Autassassinophilie : Le désir au péril de la vie

L’autassassinophilie est une paraphilie rare où l’excitation sexuelle dépend du danger d’être tué. Analyse complète de ses origines, dynamiques et risques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 25, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 25, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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L’intersection paradoxale entre la pulsion de mort et l’excitation sexuelle constitue l’un des territoires les plus déroutants de la psychopathologie et de la sexologie clinique. L’autassassinophilie incarne cette énigme psychologique à son paroxysme, décrivant un état où la sensation érotique ultime dépend de l’illusion ou du risque imminent d’être assassiné.

Autassassinophilie

1. Définition concise

L’autassassinophilie est une paraphilie rare caractérisée par l’obtention d’une excitation ou d’un plaisir sexuel subordonné au fait d’être en danger réel ou simulé d’être tué par une autre personne. L’individu tire son excitation érotique du scénario, du fantasme ou de la mise en scène dans laquelle sa propre vie est activement menacée par un agresseur armé ou létal.

Sur le plan psychopathologique, cette affection ne se confond pas avec un désir suicidaire classique. Bien que le pronostic vital puisse être engagé lors de passages à l’acte imprudents, l’objectif fondamental de la personne atteinte n’est pas le trépas biologique en tant que fin définitive, mais l’intensité phénoménologique extrême générée par l’imminence de l’anéantissement. La mort appréhendée agit comme un catalyseur dopaminergique et adrénergique maximal qui déverrouille l’orgasme ou l’érection.

Dans la nosographie psychiatrique moderne, l’autassassinophilie s’inscrit au sein des troubles paraphiliques non spécifiés du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5). Elle se distingue des formes habituelles de masochisme par le caractère spécifiquement létal de l’attaque anticipée, souvent ritualisée sous la forme d’un guet-apens, d’un meurtre commandité ou d’une exécution sommaire.

2. Étymologie et origine linguistique

Le vocable « autassassinophilie » est un néologisme savant d’origine hybride, combinant des racines grecques et une dérivation romane et arabe médiévale. Il est formé à partir du préfixe grec autos (αὐτός), signifiant « soi-même », du substantif « assassin », et du suffixe grec philia (φιλία), désignant une inclination affective, une attirance élective ou, dans le vocabulaire médical, une déviation paraphilique.

Le terme « assassin » puise lui-même son étymologie historique dans l’arabe médiéval ḥaššāšīn (désignant historiquement les Nizârites d’Alamût selon les chroniques des Croisades), entré dans les langues romanes pour qualifier le meurtrier agissant avec préméditation ou sur contrat. L’association morphologique d’autos et d’assassin produit une construction sémantique rigoureuse : l’attirance pour sa propre destruction criminelle exécutée par autrui.

Le concept a été forgé sur le plan académique par le psychologue et sexologue américain d’origine néo-zélandaise John Money au milieu des années 1980. Money a introduit ce descripteur afin d’enrichir sa cartographie descriptive des cartes érotiques déviantes (« lovemaps »), désignant précisément les sujets dont l’érotisation dépend de la menace directe d’un homicide dirigé contre leur propre personne.

3. Prononciation et forme grammaticale

En français contemporain, le terme se prononce phonétiquement [o.ta.sa.si.nɔ.fi.li] (« o-tas-sa-si-no-fi-li »). Sur le plan syntaxique, il s’agit d’un substantif féminin singulier (« une autassassinophilie »). Bien que le pluriel (« des autassassinophilies ») soit morphologiquement régulier, il demeure exceptionnel en pratique, le mot désignant une entité psychopathologique continue ou une orientation érotique spécifique.

Les dérivés morphologiques associés incluent l’adjectif « autassassinophile » (employé indifféremment au masculin et au féminin, par exemple : « un scénario autassassinophile » ou « une impulsion autassassinophile ») et le substantif désignant le sujet qui en fait l’expérience (« un autassassinophile », « une autassassinophile »). Dans le discours académique, la construction prépositionnelle canonique demeure « présenter une autassassinophilie » ou « manifester des fantasmes autassassinophiles ».

4. Explication conceptuelle détaillée

Comprendre l’autassassinophilie exige de dépasser l’apparente contradiction entre l’instinct de conservation vital et le plaisir érotique. Dans le fonctionnement psychique ordinaire, la perception d’une menace mortelle déclenche immédiatement une réaction neurobiologique de lutte ou de fuite médiée par l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et l’amygdale, inhibant tout comportement reproducteur ou appétitif. Chez l’autassassinophile, cette réponse d’effroi primitif n’éteint pas la libido ; au contraire, elle est réquisitionnée, détournée et intégrée dans un circuit de gratification hédonique intense.

La structure de ce trouble repose sur un scénario fantasmatique récurrent où la vulnérabilité absolue devient le véhicule de l’extase. Le sujet n’éprouve généralement pas de jouissance face à la souffrance physique lente ou aux mutilations prolongées, ce qui trace une frontière avec le masochisme physique somatique ; le point de bascule réside dans le suspens métaphysique de l’instant fatal. C’est l’imminence de la rupture d’existence, orchestrée par un prédateur, qui déclenche la décharge libidinale. La figure du tueur y est souvent idéalisée ou investie d’une toute-puissance érotisée, transformant une agression abominable en un acte de transcendance sacrificielle.

L’expression de cette paraphilie s’échelonne le long d’un continuum clinique aux frontières graduées. À l’extrémité la plus bénigne, le trouble reste confiné à l’imaginaire érotique : l’individu utilise des scénarios de meurtre simulé, de capture mortelle ou de sacrifice pour atteindre l’excitation lors de la masturbation solitaire, sans jamais transgresser dans le réel. À un niveau intermédiaire, le sujet recourt à des jeux de rôle sexuels consentis (mises en scène théâtralisées avec un partenaire averti, usage d’armes factices, simulacres d’embuscade), où le protocole de sécurité et le consentement mutuel neutralisent le danger létal effectif.

À l’extrémité pathologique et médico-légale la plus sévère, l’autassassinophile franchit le pas de la mise en acte non simulée. Cette transgression peut se traduire par l’exposition délibérée à des prédateurs réels, la fréquentation nocturne de zones coupe-gorge en provoquant sciemment des inconnus armés, ou même des tentatives d’engager des tiers pour perpétrer un meurtre commandité déguisé. Dans ces configurations périlleuses, le seuil de sécurité cède entièrement la place à une recherche effrénée de sensations fortes, où la ligne séparant l’apothéose érotique et la mort accidentelle s’estompe tragiquement.

5. Évolution historique

Bien que des comportements liant le risque de mort violente et la jouissance sensuelle aient été rapportés sous diverses formes métaphoriques dans les mémoires criminologiques du XIXe siècle, la formalisation systématique du concept n’intervient que dans le dernier quart du XXe siècle. Les aliénistes français et allemands comme Richard von Krafft-Ebing ou Bénédict Morel avaient déjà répertorié des cas de masochisme mortifère dans le célèbre Psychopathia Sexualis (1886), mais ces conduites étaient alors subsumées sous le diagnostic englobant de monstruosité morale, de dégénérescence psychique ou de mélancolie suicidaire érotisée.

Le tournant conceptuel s’opère en 1984 lorsque le professeur John Money, professeur de psychologie médicale et de pédiatrie à l’Université Johns-Hopkins de Baltimore, publie ses travaux précurseurs sur la typologie des paraphilies inhabituelles. Money cherchait à cataloguer de manière rigoureuse ce qu’il nommait les déviations des « lovemaps » — les modèles mentaux internalisés déterminant l’idéal amoureux et érotique d’un sujet. Il isole alors les tableaux cliniques où le stimulus inconditionnel de l’excitation exige la participation d’un tiers dans une tentative d’homicide.

Dans les décennies 1990 et 2000, le psychiatre et sexologue Ronald M. Holmes a intégré l’autassassinophilie dans les typologies criminologiques appliquées aux homicides et aux comportements de victimisation par procuration. Les chercheurs ont commencé à examiner des décès d’abord classés comme homicides non résolus ou comme suicides déguisés par le prisme de cette paraphilie extrême. Avec la révolution numérique des années 2010 et 2020, l’essor des forums clandestins et du dark web a apporté un éclairage nouveau sur ces dynamiques, révélant des réseaux marginaux où des individus cherchent activement des tueurs à gages ou des partenaires pour orchestrer leur propre agression mortelle, réactualisant ainsi l’urgence d’une prise en charge clinique spécialisée.

6. Fondements théoriques

Plusieurs cadres conceptuels majeurs de la psychologie et des neurosciences s’articulent pour rendre intelligible l’autassassinophilie. La psychanalyse fournit l’une des premières grilles de lecture herméneutiques à travers le concept de pulsion de mort (Todestrieb), formulé par Sigmund Freud dans Au-delà du principe de plaisir (1920). Selon ce prisme, l’autassassinophilie représente une fusion archaïque et désastreuse entre Éros et Thanatos : pour surmonter une angoisse d’anéantissement ingérable ou une culpabilité inconsciente intolérable, le moi sexualise la force destructrice. L’agression mortelle attendue devient alors l’équivalent fantasmatique d’une punition expiatoire suprême autorisant paradoxalement la libération du plaisir coupable.

Dans la perspective cognitivo-comportementale et sexologique de Money, le trouble s’explique par la déformation précoce de la carte érotique au cours du développement psycho-sexuel infantile. Si, lors des phases critiques de la structuration cérébrale, des expériences de terreur extrême, d’agression ou de sidération ont été concomitantes d’une réactivité neuro-hormonale génitale, une association synaptique aberrante peut se cristalliser. Dès lors, le cerveau n’enregistre l’éveil sexuel que s’il est alimenté par l’adrénaline de la panique mortelle.

Sur le versant neurobiologique, le mécanisme de transfert d’excitation (« excitation-transfer theory ») décrit par Dolf Zillmann met en lumière la confusion physiologique entre peur intense et exaltation érotique. La peur viscérale et l’excitation sexuelle partagent des substrats végétatifs communs : tachycardie massive, vasoconstriction périphérique, hyperventilation et décharges d’endorphines, de dopamine et de noradrénaline. Chez un profil vulnérable, l’interruption brusque d’une frayeur extrême peut provoquer une vague de soulagement neurochimique si puissante qu’elle est traduite subjectivement comme un orgasme cataclysmique.

Enfin, la théorie de l’attachement éclaire la dimension relationnelle dévoyée de cette pathologie. Chez certains sujets ayant grandi dans un environnement précocement violent ou imprévisible, l’intimité et la proximité affective ont toujours été indissociables de la menace d’annihilation corporelle. Dès lors, le meurtrier fantasmé incarne l’ultime figure d’attachement paradoxal : celui qui prête une attention exclusive, absolue et totale au sujet, fût-ce pour lui arracher la vie.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’analyse sémiologique de l’autassassinophilie permet de décomposer le tableau clinique en dimensions dynamiques et typologies distinctes :

  • La nature de la menace : Le fantasme repose presque invariablement sur une agression soudaine, violente et armée (arme blanche, arme à feu, strangulation manuelle), éliminant les formes passives de maladie ou de fin de vie naturelle.
  • Le degré de mise en acte :
    • Dimension purement cognitive (idéatoire) : Fantasmes limités à la rêverie masturbatoire, sans tentative de concrétisation dans l’environnement physique.
    • Dimension théâtralisée (consentie) : Scénarisations érotiques éphémères (« role-play ») opérées dans un cadre BDSM sécurisé avec règles d’arrêt (« safewords ») et armes inoffensives.
    • Dimension factuelle (dangereuse) : Quête active de prédateurs non informés, fréquentation de coupe-gorges ou provocation délibérée d’individus dangereux, où l’aléa mortel est bien réel.
  • La relation avec l’agresseur : L’assaillant fantasmé peut être un inconnu anonyme incarnant une fatalité impersonnelle, un criminel réputé dont la cruauté est idéalisée, ou au contraire une figure familière dont la trahison létale parachève le scénario érotique.
  • Le locus de contrôle fantasmatique : Certains individus tirent leur excitation du sentiment de capture totale et d’impuissance (soumission absolue au prédateur), tandis que d’autres érotisent la provocation machiavélique de l’assaillant, conservant l’illusion de piloter leur propre exécution jusqu’au dernier instant.

8. Exemples et cas illustratifs

Dans la littérature sexologique, les manifestations autassassinophiles oscillent entre confessions cliniques et affaires médico-légales complexes. Un cas clinique classique rapporte l’anamnèse d’un homme d’une quarantaine d’années incapable d’atteindre l’orgasme lors de relations intimes conventionnelles. Ce dernier ne parvenait à éjaculer qu’en demandant à sa partenaire de porter un masque menaçant, de lui plaquer la lame d’un couteau de chasse aiguisé contre la gorge et de proférer des déclarations sans équivoque sur son assassinat imminent. Le sujet décrivait une sensation de terreur pure et de paralysie, immédiatement convertie en une érection irrépressible.

Un autre profil plus alarmant, documenté dans les annales de la psychiatrie légale, concerne des individus engagés dans des démarches clandestines d’auto-mise en danger délibérée. Un cas célèbre d’intervention judiciaire en Europe du Nord a révélé le parcours d’une personne qui publiait des annonces sur des forums marginaux, sollicitant des inconnus pour être traquée, capturée et exécutée dans des forêts isolées. Les enquêteurs ont découvert que cette quête n’était pas sous-tendue par un épisode dépressif majeur mélancolique, mais par une obsession érotique envahissante où chaque rendez-vous constituait un rituel érotique d’une dangerosité sans borne.

Sur le plan sociétal, l’autassassinophilie se manifeste également dans certaines fascinations observées autour des tueurs en série, bien que distincte de l’hybristophilie. Alors que l’hybristophile désire être en couple avec un criminel dangereux ou le réformer, l’autassassinophile fantasme explicitement sur le fait d’être la prochaine proie sacrifiée par ce dernier, projetant sa jouissance érotique dans l’acte d’homicide dont il serait l’objet direct.

9. Évaluation et diagnostic clinique

L’évaluation diagnostique de l’autassassinophilie impose une démarche sémiologique prudente et minutieuse, en raison de l’extrême dangerosité potentielle des passages à l’acte et de l’intrication fréquente avec d’autres troubles psychiatriques. Aucun marqueur biologique ou test de laboratoire ne permet de poser ce diagnostic, qui repose exclusivement sur des entretiens cliniques approfondis menés par des sexologues, des psychiatres ou des psychologues cliniciens chevronnés.

Le diagnostic différentiel doit impérativement écarter ou préciser les affections concomitantes suivantes :

  • Le masochisme sexuel : Si le masochisme implique la recherche de douleur, d’humiliation ou de contrainte pour parvenir à l’excitation, il n’inclut pas nécessairement la menace d’extinction vitale. L’autassassinophile cherche la mort criminelle imminente, pas nécessairement la douleur physique prolongée.
  • L’asphyxiophilie (ou asphyxie érotique) : Dans l’asphyxiophilie, l’excitation provient de l’anoxie cérébrale induite par strangulation ou suspension, souvent auto-infligée et solitaire. Dans l’autassassinophilie, la présence d’un agresseur meurtrier et l’intention criminelle projetée sont structuralement indispensables.
  • La crise suicidaire avec équivalents érotisés : Un patient présentant un épisode dépressif caractérisé sévère peut rationaliser son intention d’en finir par des scénarios morbides. La distinction repose sur le fait que l’autassassinophile aime la vie et l’orgasme via le scénario de mort, tandis que le suicidaire recherche l’anéantissement de la souffrance psychique sans finalité érotique première.
  • Le trouble de la personnalité borderline : Les conduites ordaliques et les mises en danger délibérées chez les personnalités limites traduisent souvent une régulation émotionnelle déficiente ou une tentative d’apaiser une dissociation, sans que l’excitation érotique ne soit liée à la figure d’un assassin.

Les cliniciens emploient des échelles standardisées d’évaluation des paraphilies ainsi que des outils psychométriques généraux (comme le MMPI-2) pour dépister les traits de personnalité sous-jacents, l’impulsivité et la dissociation. Dans des contextes de recherche spécialisés, la pléthysmographie pénienne ou la photopléthysmographie vaginale ont pu être mobilisées historiquement pour quantifier les réponses sexuelles à divers stimuli narratifs, bien que leur usage soulève d’immenses questions éthiques face à des contenus violents.

10. Applications et pertinence clinique et médico-légale

La pertinence de l’autassassinophilie s’illustre avec acuité au croisement de la médecine légale et de la criminologie. Lors de la découverte d’un cadavre présentant des traces de sévices ou d’homicide singulier, les enquêteurs peuvent être confrontés à des scènes de crime atypiques où la victime a elle-même facilité, sollicité ou provoqué l’intervention fatale de son agresseur. La compréhension de cette paraphilie évite alors des erreurs d’interprétation judiciaires en élucidant les antécédents comportementaux de victimisation volontaire.

Sur le terrain de la psychothérapie, la prise en charge clinique d’un patient autassassinophile est complexe et urgente dès lors qu’il existe un risque de passage à l’acte. Les approches cognitivo-comportementales (TCC) constituent la première ligne de traitement, recourant à des techniques de restructuration cognitive, de désensibilisation systématique et de reconditionnement masturbatoire visant à dissocier le stimulus de mort violente du réflexe orgasmique.

Lorsque les pulsions paraphiliques deviennent incontrôlables, intrusives ou induisent un risque vital imminent, une pharmacothérapie d’appoint s’impose. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont couramment prescrits à haute dose pour atténuer les obsessions sexuelles et émousser la libido. Dans les cas les plus intraitables marqués par un passage à l’acte compulsif, l’administration d’anti-androgènes ou d’analogues de la GnRH peut être envisagée en milieu hospitalier sécurisé pour juguler la production de testostérone et prévenir une issue fatale.

11. Recherche empirique et données scientifiques

La littérature scientifique consacrée à l’autassassinophilie demeure restreinte et se compose majoritairement d’études de cas cliniques (single-case reports) et d’analyses médico-légales rétrospectives. La rareté extrême de la condition et le tabou majeur qui l’entoure rendent la constitution de cohortes représentatives quasi impossible. Les travaux pionniers de Money (1984, 1986) ont posé les jalons descriptifs, documentant une prévalence quasi exclusivement masculine dans les cas d’expression comportementale active rapportés.

Les études de Ronald M. Holmes (1991, 2002) dans le champ de la sexologie criminologique ont approfondi les liens entre cette paraphilie et les phénomènes de victimogenèse atypique. Ses enquêtes suggèrent que de nombreux sujets masquent leur déviance sous l’apparence de modes de vie hyper-émotionnels ou de conduites à haut risque banalisées (implication dans le grand banditisme, toxicomanie de rue), où la probabilité d’une mort violente n’est pas subie mais activement et secrètement convoitée.

Plus récemment, les recherches en imagerie cérébrale fonctionnelle menées sur les paraphilies sévères suggèrent des anomalies dans l’intégration fonctionnelle entre le cortex préfrontal ventromédian, garant de l’inhibition des conduites et de la balance bénéfice-risque, et l’amygdale, épicentre de la détection de la peur. Ces données corroborent l’hypothèse d’une synchronisation neuro-fonctionnelle atypique où l’activation amygdalienne face au péril extrême surstimule directement le striatum ventral et le noyau accumbens, sièges du système de récompense cérébral.

12. Considérations socioculturelles et transculturelles

La perception et l’émergence de l’autassassinophilie ne peuvent être complètement dissociées du tissu culturel dans lequel elles évoluent. Dans les sociétés occidentales contemporaines, l’omniprésence du spectacle de la violence médiatisée, des figures de tueurs en série érigées en icônes de la pop culture et la pornographie extrême constituent un terreau sémiotique puissant. Les récits de fictions criminelles (romans noirs, séries télévisées) offrent des répertoires de symboles dans lesquels les fantasmes autassassinophiles viennent puiser leurs scénarios préférentiels.

D’un point de vue anthropologique et transculturel, l’érotisation du sacrifice personnel s’enracine dans des traditions spirituelles et rituelles anciennes. De multiples civilisations prémodernes ont célébré des figures de martyrs sacrificiels dont la mise à mort volontaire était perçue comme un état d’extase mystique suprême. Bien que ces rituels historiques n’aient pas été qualifiés de déviances sexuelles au sens contemporain, ils témoignent de la perméabilité archaïque entre destruction du corps physique et transcendance hédonique ou spirituelle.

Par ailleurs, la tolérance sociale face à ces inclinations diverge radicalement selon les cultures. Dans les nations valorisant une stricte conformité des rôles de genre, les fantasmes d’anéantissement de soi chez les hommes sont violemment refoulés car ils entrent en contradiction frontale avec les impératifs d’invulnérabilité masculine. Ce refoulement accru entraîne fréquemment une expression plus souterraine et dangereuse du trouble, augmentant la probabilité de passages à l’acte non concertés par rapport aux sociétés où la subculture BDSM permet une canalisation symbolique et régulée de ces pulsions.

13. Critiques, controverses et limites conceptuelles

La validité nosologique de l’autassassinophilie en tant qu’entité diagnostique distincte et autonome continue de faire l’objet de vives controverses au sein de la communauté psychiatrique internationale. De nombreux cliniciens et théoriciens soutiennent que l’inventaire proliférant des paraphilies proposé par John Money procède d’une sur-médicalisation descriptive (« nosomanie »), où chaque nuance d’attirance érotique atypique reçoit un néologisme grec sans posséder d’étiologie psychologique singulière.

Les critiques arguent que l’autassassinophilie n’est qu’une variante paroxystique et ultra-spécifique du trouble du masochisme sexuel. Isoler une catégorie nosographique distincte simplement en raison de l’issue mortelle envisagée dans le scénario risquerait d’atomiser inutilement le diagnostic psychiatrique sans modifier substantiellement la stratégie thérapeutique, qui repose invariablement sur les mêmes principes psychothérapeutiques et psychotropes.

Une autre controverse clinique majeure concerne la notion de consentement et de danger pour autrui. Si un individu utilise un tiers à son insu pour orchestrer sa propre mort (par exemple en provoquant délibérément un policier armé lors d’un « suicide by cop » ou en agressant une personne pour qu’elle riposte mortellement), le trouble transgresse brutalement la sphère privée pour générer un préjudice psychologique et moral dévastateur chez la personne instrumentalisée pour tuer. Cette dimension soulève d’immenses questions bioéthiques sur la qualification pénale de ces actes et sur la responsabilité du clinicien dans la levée du secret professionnel pour protéger la vie du patient et celle de ses partenaires involontaires.

14. Termes associés et distinctions différentielles

La cartographie terminologique entourant l’autassassinophilie nécessite de distinguer formellement plusieurs concepts psychiatriques et sexologiques voisins :

  • Hybristophilie : Attirance sexuelle et affective éprouvée pour des individus ayant commis des crimes notoires ou violents (souvent incarcérés). Contrairement à l’autassassinophile, l’hybristophile ne cherche pas à être assassiné par le criminel, mais souhaite tisser un lien d’intimité ou de rédemption avec lui.
  • Symphorophilie : Paraphilie dans laquelle l’excitation sexuelle est déclenchée par le spectacle d’une catastrophe ou d’un accident désastreux (incendies, collisions ferroviaires). Le symphorophile reste un spectateur externe du drame, tandis que l’autassassinophile en constitue la cible sacrificielle directe.
  • Biastophilie (ou raptophilie) : Paraphilie caractérisée par l’excitation sexuelle tirée de l’agression violente et non consentie d’une victime. C’est l’antithèse active de l’autassassinophilie, qui en représente la contrepartie victimaire érotisée.
  • Suicide par procuration : Comportement consistant à se faire éliminer par une force létale légale ou criminelle sans motivation d’excitation sexuelle. L’autassassinophilie peut emprunter cette trajectoire, mais avec pour finalité exclusive l’extase érotique.
  • Thanatophilie : Attirance morbide généralisée pour la mort et les cadavres (croisant parfois la nécrophilie), alors que l’autassassinophilie se focalise spécifiquement sur l’instant dynamique de l’assassinat perpétré par un agent vivant.

15. Synthèse et points clés à retenir

L’autassassinophilie demeure l’une des déviations érotiques les plus singulières et potentiellement létales de la psychopathologie contemporaine. Son étude offre un éclairage précieux sur les paradoxes de l’appareil psychique humain et de la neurobiologie des émotions :

  • Fondement clinique : L’excitation sexuelle y dépend de la menace imminente d’être assassiné par autrui, transformant l’effroi absolu en orgasme érotique.
  • Origine théorique : Terme introduit par John Money dans les années 1980 pour décrire une fixation déviante des cartes érotiques (« lovemaps ») façonnée par des traumatismes précoces ou des transferts neuro-végétatifs atypiques.
  • Absence de finalité suicidaire pure : Le sujet ne poursuit pas la mort biologique pour elle-même, mais l’apogée émotionnelle suscitée par son imminence spectaculaire.
  • Spectre de sévérité : La condition s’étend des simples fantasmes masturbatoires privés à la provocation réelle et hautement périlleuse d’agresseurs armés.
  • Impératif d’intervention : En raison des risques de décès accidentel ou de victimisation criminelle provoquée, la prise en charge clinique conjuguant thérapie cognitivo-comportementale et pharmacothérapie modératrice de la libido est indispensable dès le repérage des premiers passages à l’acte.

Références

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  • Freud, S. (1920). Jenseits des Lustprinzips. Internationaler Psychoanalytischer Verlag.
  • Holmes, R. M. (1991). Sex crimes: Patterns and behavior. SAGE Publications.
  • Money, J. (1984). Paraphilias: Phenomenology and classification. American Journal of Psychotherapy, 38(2), 164–179. https://doi.org/10.1176/appi.psychotherapy.1984.38.2.164
  • Money, J. (1986). Lovemaps: Clinical concepts of sexual/erotic health and pathology, paraphilia, and gender transposition in childhood, adolescence, and maturity. Irvington Publishers.
  • Zillmann, D. (1971). Excitation transfer in communication-mediated aggressive behavior. Journal of Experimental Social Psychology, 7(4), 419–434. https://doi.org/10.1016/0022-1031(71)90075-8

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 25). Autassassinophilie : Le désir au péril de la vie. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=autassassinophilie-definition-psychopathologie
Looti, Mohammed. “Autassassinophilie : Le désir au péril de la vie.” Base de données de psychologie en français, 25 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=autassassinophilie-definition-psychopathologie.
Looti, Mohammed. “Autassassinophilie : Le désir au péril de la vie.” Base de données de psychologie en français. octobre 25, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=autassassinophilie-definition-psychopathologie.