Aromantisme : Comprendre le spectre aro

L’aromantisme, ou le spectre aro, désigne l’absence ou la rareté de l’attraction romantique. Explorez ses fondements psychologiques, théoriques et sociaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 24, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 24, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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L’étude contemporaine des dynamiques affectives et des orientations relationnelles a mis en lumière une diversité d’expériences humaines longtemps invisibilisées par les paradigmes normatifs dominants. Parmi ces configurations psycho-affectives figure l’aromantisme, couramment désigné par le diminutif « aro », qui remet en question la centralité de l’amour romantique dans le bien-être individuel et la structuration sociale.

Aromantisme (Aro)

1. Définition concise

L’aromantisme, souvent abrégé sous l’appellation « aro », désigne une orientation relationnelle et affective caractérisée par une absence, une rareté ou une faible intensité d’attraction romantique envers autrui. Sur le plan psychologique, une personne aromantique ne ressent pas ou très peu le désir spontané d’établir des connexions de nature spécifiquement amoureuse, sans que cela n’entrave sa capacité à éprouver de l’affection, de l’empathie, de l’attirance sexuelle ou des liens platoniques profonds.

Dans la recherche en psychologie sociale et en sexologie, l’aromantisme n’est plus envisagé comme une pathologie ou un déficit émotionnel, mais plutôt comme une variante saine et légitime de la diversité affective humaine. Le terme s’intègre généralement au sein du « spectre aromantique », une gradation conceptuelle reconnaissant une multitude de vécus intermédiaires où l’attirance amoureuse n’émerge que sous des conditions psychologiques strictes ou se manifeste de manière fluctuante.

Cette orientation se distingue fondamentalement de l’isolement social volontaire, des troubles de la personnalité ou de l’incapacité d’aimer au sens large. Elle postule que l’amour ne se résume pas à son expression passionnelle ou conjugale et valorise des formes alternatives d’engagements relationnels, telles que les amitiés queers-platoniques, les collaborations intellectuelles ou le soutien communautaire désintéressé.

2. Étymologie et origine linguistique

Le terme « aromantique » est un néologisme construit sur une base gréco-latine hybride. Il associe le préfixe privatif grec a- (ἀ-), signifiant « absence de » ou « sans », au radical « romantique », dérivé de l’ancien français romanz, qui désignait initialement un récit en langue vernaculaire avant d’évoluer, au cours des XVIIIe et XIXe siècles, pour qualifier les sentiments empreints de passion, d’idéalisme et d’imagination affective.

L’abréviation familière et communautaire « aro » est un raccourcissement morphologique apparu au début des années 2000 dans les espaces de discussion numériques anglophones consacrés à la diversité des orientations. Ce terme est né en étroite filiation avec le mouvement de visibilité asexuelle, qui utilisait déjà le diminutif « ace » pour désigner les personnes asexuelles.

L’introduction formelle du concept dans la littérature scientifique francophone et internationale découle de la diffusion du modèle d’attraction scindée (attraction interpersonnelle), qui a permis de dissocier lexicalement et sémantiquement les désirs érotiques des orientations affectives sentimentales, consacrant ainsi l’autonomie conceptuelle du terme aro.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan phonétique, le mot « aro » se prononce généralement [a.ʁo] en français standard. Le terme « aromantique » se transcrit phonétiquement par /a.ʁɔ.mɑ̃.tik/. L’accent tonique suit les règles habituelles de la langue française, reposant sur la dernière syllabe du mot ou du groupe rythmique.

Du point de vue grammatical, « aromantique » s’emploie à la fois comme adjectif épithète ou attribut (par exemple : « un individu aromantique », « une orientation aromantique ») et comme substantif (« un aromantique », « une aromantique »). Il est invariable en genre dans sa forme adjectivale standard et prend la marque du pluriel par l’adjonction d’un « s » (« des personnes aromantiques »).

Le diminutif « aro » fonctionne principalement comme un nom commun invariable ou comme un adjectif familier mais largement accepté dans les milieux académiques spécialisés en études de genre et en psychologie humaniste. On le retrouve également en composition lexicale, notamment dans les expressions « spectre aro », « communauté aro » ou dans les néologismes décrivant des identités composées, telles que « aro-ace » pour désigner les personnes cumulant aromantisme et asexualité.

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender l’aromantisme dans sa plénitude conceptuelle, il convient de déconstruire le postulat selon lequel l’épanouissement psychologique individuel dépend intrinsèquement de l’accès à un lien amoureux exclusif. L’aromantisme remet en cause le paradigme de l’amatonormativité, concept forgé par la philosophe Elizabeth Brake, qui décrit l’hypothèse sociétale selon laquelle une relation amoureuse romantique, exclusive et durable constitue un impératif universel d’accomplissement existentiel et moral.

Sur le plan phénoménologique, l’expérience d’un individu aro ne se traduit pas par un vide affectif angoissant ou un sentiment de manque pathologique, mais par une absence naturelle de résonance face aux scénarios romantiques traditionnels. Les rituels de séduction amoureuse, la cristallisation affective, l’obsession douce propre au sentiment amoureux naissant et la projection dans un couple fusionnel ne correspondent pas aux schémas motivationnels internes de la personne aromantique. Ces manifestations sont souvent vécues comme artificielles, incompréhensibles ou émotionnellement étrangères.

Il est fondamental de délimiter rigoureusement les frontières de l’aromantisme par rapport aux registres de la sexualité et de la sociabilité. Une personne sur le spectre aro peut éprouver une libido active, une attraction sexuelle intense et s’engager dans des relations érotiques consensuelles et épanouissantes sans pour autant désirer que ces échanges s’accompagnent d’un engagement romantique. À l’inverse, d’autres individus aromantiques peuvent également être asexuels, se situant ainsi au croisement de deux spectres d’attraction minimaux ou inexistants.

De surcroît, le spectre aromantique inclut des gradations subtiles. Des sous-identités telles que la demiromantisme ou la gray-romantisme illustrent le fait que l’absence d’attirance amoureuse n’est pas nécessairement monolithique. La psychologie différentielle souligne que l’orientation aro s’articule autour d’une écologie relationnelle singulière, où l’attachement sécurisant se déploie préférentiellement au travers de cercles amicaux profonds, de projets créatifs ou de structures de cohabitation coopérative.

5. Développement historique

L’émergence historique de l’aromantisme en tant que catégorie d’analyse autonome s’est produite tardivement, en grande partie en raison de la confusion persistante entre attirance sexuelle et sentiment amoureux. Tout au long du XIXe et du XXe siècle, les traités de sexologie clinique, de Richard von Krafft-Ebing à Sigmund Freud, subsumaient l’attachement affectif sous l’impulsion libidinale, rendant impensable l’existence d’une dissociation entre ces deux dynamiques.

Le tournant conceptuel s’est amorcé au début des années 2000, impulsé par les travaux pionniers de l’Asexual Visibility and Education Network (AVEN), fondée en 2001 par David Jay. Au sein des forums de discussion d’AVEN, de nombreux participants ont rapidement souligné que l’absence de désir sexuel ne s’accompagnait pas uniformément d’une absence de désir amoureux. Cette observation a entraîné la formulation collective du modèle d’attraction scindée, créant le besoin symétrique de nommer les personnes qui, inversement, n’éprouvaient pas d’attraction romantique.

Entre 2005 et 2010, les communautés aromantiques ont progressivement fondé leurs propres plateformes d’échange et élaboré des lexiques théoriques pour décrire leurs réalités singulières. C’est durant cette période qu’ont été créés les symboles visuels de ralliement, notamment le drapeau aromantique à cinq bandes (vert foncé, vert clair, blanc, gris et noir), où le vert a été choisi car il représente la couleur opposée au rouge, symbole traditionnel de la passion amoureuse.

À partir des années 2010, le milieu académique a commencé à intégrer formellement ces questions. Des sociologues, des philosophes et des psychologues de la santé ont entamé des études quantitatives et qualitatives sur les trajectoires de vie des personnes du spectre aro. Des collectifs comme l’Aromantic Spectrum Union for Recognition, Education, and Advocacy (AUREA), fondée à la fin des années 2010, ont poursuivi cette institutionnalisation en collaborant avec des chercheurs pour documenter les impacts de l’invisibilisation sociale sur cette population.

6. Fondements théoriques

L’assise théorique de l’aromantisme repose au premier chef sur le « Split Attraction Model » (SAM) ou modèle d’attraction scindée. Ce cadre postule que l’attraction humaine n’est pas une entité unitaire, mais un agencement multidimensionnel de plusieurs composantes indépendantes : l’attraction sexuelle, l’attraction romantique, l’attraction platonique, l’attraction esthétique et l’attraction sensuelle. Selon ce modèle, l’orientation affective d’un sujet peut être désalignée de son orientation sexuelle sans que cela ne constitue une anomalie développementale.

Un deuxième corpus théorique mobilisé est la théorie de l’attachement, développée initialement par John Bowlby et enrichie par Mary Ainsworth. Bien que certains cliniciens profanes aient initialement tenté de réduire l’aromantisme à un style d’attachement insécure-évitant, les analyses contemporaines montrent que les individus aromantiques peuvent présenter un attachement parfaitement sécurisant. Leur détachement du script romantique conventionnel ne procède pas d’une peur de l’intimité ou d’un traumatisme précoce, mais d’une structuration neurologique et affective qui n’utilise pas le canal amoureux pour établir des liens relationnels stables.

En psychologie sociale critique, l’apport des travaux sur la normativité culturelle permet de comprendre la construction socioculturelle de l’expérience aro. La théorie de l’amatonormativité met en évidence la manière dont les institutions juridiques, économiques et médiatiques favorisent le couple romantique au détriment de toute autre modalité relationnelle. L’aromantisme s’érige ainsi en contre-modèle, démontrant que la coopération sociale, la résilience émotionnelle et l’intimité peuvent s’organiser en dehors de l’institution conjugale.

Enfin, la psychologie positive et les approches humanistes de Carl Rogers soutiennent la légitimité de l’aromantisme au titre de l’actualisation de soi. Lorsque les personnes aromantiques cessent de s’évaluer à travers les attentes normatives de leur environnement et embrassent leur modalité affective naturelle, elles rapportent une réduction significative de la détresse psychologique et une amélioration marquée de leur bien-être subjectif.

7. Composantes clés, types et dimensions

Le spectre aromantique englobe une multiplicité de positions affectives. Afin de saisir la granularité de ces expériences, la recherche communautaire et scientifique s’appuie sur une classification descriptive rigoureuse :

  • Aromantique strict (ou aro strict) : Individu qui n’expérimente jamais d’attraction romantique, quelles que soient les circonstances, la durée de la relation ou la proximité avec le partenaire.
  • Demiromantique : Personne qui ne ressent d’attraction romantique qu’après avoir préalablement établi un lien émotionnel ou intellectuel extrêmement profond et durable avec autrui.
  • Gray-aromantique (ou aro-gris) : Position intermédiaire sur le spectre, désignant des personnes qui ressentent une attirance romantique très occasionnellement, avec une faible intensité, ou dans des contextes hautement spécifiques.
  • Lithromantique (ou akoiromantique) : Individu qui peut éprouver une attraction romantique envers autrui, mais ne souhaite pas que ce sentiment soit réciproque, voire perd son intérêt affectif si des sentiments romantiques lui sont retournés.
  • Frayromantique : Profil inverse du demiromantique, caractérisé par une attirance romantique qui s’estompe au fur et à mesure que la familiarité et le lien intime se développent avec la personne concernée.
  • Aro-allo (aromantique allosexuel) : Personne qui ne ressent pas d’attraction romantique, mais qui ressent une attraction sexuelle standard envers un ou plusieurs genres.
  • Aro-ace : Personne cumulant une identité située sur le spectre aromantique et sur le spectre asexuel, n’éprouvant ainsi ni désir romantique ni désir érotique spontané.
  • Attraction altereuse : Type de lien affectif non strictement platonique ni explicitement romantique, traduisant un désir de proximité interpersonnelle unique et profonde.

8. Exemples et cas illustratifs

L’observation de cas concrets permet de dissiper les confusions fréquentes entourant le vécu aromantique au quotidien. Considérons le cas de Marc, un homme de 34 ans, professionnellement accompli et socialement intégré. Depuis son adolescence, Marc n’a jamais ressenti le coup de foudre ou l’envie de séduire une personne dans l’espoir de former un couple amoureux. Il apprécie la compagnie de ses amis, s’investit avec dévouement dans sa fratrie et éprouve du désir sexuel pour des partenaires occasionnels avec lesquels il communique en toute transparence. Pendant des années, son entourage a présumé qu’il souffrait d’une « peur de l’engagement ». La découverte du concept d’aromantisme a permis à Marc de donner un sens cohérent à son vécu, dissipant l’anxiété diffuse causée par les injonctions à la conjugalité.

Un autre exemple représentatif est illustré par Léa, 27 ans, qui s’identifie comme aro-ace (aromantique et asexuelle). Léa ne ressent ni attirance sexuelle ni attirance romantique. En revanche, elle a développé avec sa partenaire de longue date, Sarah, une « relation queer-platonique » (QPR). Elles partagent un logement commun, gèrent un budget conjoint, ont adopté un animal de compagnie et prévoient de vieillir ensemble dans un projet de vie fondé sur une confiance mutuelle inébranlable et un soutien logistique sans équivalent. Pour Léa, cette structure relationnelle offre toute la sécurité émotionnelle d’une union solide, sans que s’y mêlent des attentes de passion romantique ou de sexualité.

Enfin, le cas de Julien, demiromantique de 22 ans, montre la complexité des dynamiques affectives évolutives. Tout au long de sa scolarité, Julien ne s’est jamais projeté dans des relations amoureuses, considérant les déclarations sentimentales de ses pairs comme incompréhensibles. Cependant, après quatre années d’une amitié intellectuelle et créative ininterrompue avec une camarade d’études, il a constaté l’apparition progressive d’une attraction romantique intense. Ce cas illustre le fait que l’aromantisme n’est pas nécessairement une imperméabilité absolue au sentiment amoureux, mais peut obéir à des mécanismes d’activation spécifiques conditionnés par une intimité préalable.

9. Mesure et évaluation

L’évaluation psychologique et la recherche quantitative autour du spectre aromantique requièrent des méthodologies adaptées qui évitent le biais normatif tendant à assimiler l’absence de sentiment amoureux à un trouble psychologique. Il n’existe pas d’indication diagnostique médicale pour l’aromantisme dans les classifications internationales telles que le DSM-5-TR ou la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé, puisque cette condition ne constitue pas une entité pathologique.

Dans la recherche empirique, les chercheurs utilisent des inventaires d’auto-évaluation conçus pour capturer les dimensions de l’attraction. L’un des instruments les plus mobilisés dans les études sur les orientations relationnelles est le Sexual and Romantic Attraction Assessment (SRAA), ainsi que des questionnaires adaptés du modèle d’attraction interpersonnelle de McCroskey et McCain, modifiés pour différencier l’attraction affective, sociale et physique.

Les cliniciens informés pratiquent une démarche d’évaluation différentielle bienveillante. Le praticien s’assure d’abord que le tableau rapporté par le consultant ne relève pas d’une anhédonie consécutive à un épisode dépressif caractérisé, d’un trouble de l’attachement réactif ou d’une alexithymie sévère. La distinction cardinale réside dans le sentiment de détresse : chez l’individu aro, la souffrance ne provient pas de l’absence d’amour romantique en soi, mais découle presque exclusivement de la pression sociale, de l’incompréhension des proches et de la marginalisation systémique.

10. Applications et portée pratique

La reconnaissance de l’aromantisme possède des répercussions directes dans le domaine de la psychologie clinique et des psychothérapies. Dans le cadre d’une thérapie affirmative, les thérapeutes sont formés à ne pas interpréter systématiquement le célibat ou le refus du couple traditionnel comme l’indice d’une immaturité affective ou d’une défense névrotique. Cette posture permet d’éviter les dérives iatrogènes de « thérapies de conversion relationnelle » déguisées, où l’on tenterait d’amener de force un consultant aromantique à « s’ouvrir à l’amour ».

Dans le secteur de l’éducation et de la prévention en santé mentale chez les jeunes, aborder la diversité des orientations romantiques au même titre que les orientations sexuelles favorise un climat d’acceptation. De nombreux adolescents découvrant leur identité aro traversent des périodes de solitude intense, pensant être « défectueux » ou dépourvus de cœur. L’accès à une information scientifique rigoureuse prévient l’isolement dépressif et valide leur mode de fonctionnement affectif.

Sur le plan social et juridique, l’étude de l’aromantisme nourrit les réflexions institutionnelles sur les droits civiques et fiscaux associés au mariage et au pacte civil de solidarité. En démontrant que la solidarité interindividuelle pérenne peut exister hors de la dyade amoureuse, ces analyses incitent à repenser la protection légale des cohabitations amicales, des coparentalités platoniques et des réseaux de soutien choisis.

11. Recherches et preuves empiriques

Bien que le champ de recherche sur l’aromantisme soit encore émergent comparé à celui de l’asexualité, plusieurs vagues de données empiriques ont consolidé sa validité scientifique. Les enquêtes démographiques transversales menées par des organismes de recherche indépendants et des universitaires, notamment les enquêtes pluriannuelles de l’Ace Community Survey intégrant un large échantillon d’individus aromantiques (plusieurs dizaines de milliers de répondants à travers le monde), ont démontré la régularité et la constance transnationale de cette identité.

Des chercheurs en psychologie sociale tels que Lori Brotto et Anthony Bogaert, bien que principalement centrés sur l’asexualité, ont fréquemment analysé les sous-groupes aromantiques dans leurs protocoles. Leurs travaux corroborent le fait que les individus aromantiques ne présentent pas de taux supérieur de traumatismes infantiles ou d’anomalies hormonales par rapport au reste de la population générale, invalidant ainsi les hypothèses d’une étiologie purement traumatique ou biologique dégénérative.

Des études récentes publiées dans des revues telles que le Journal of Social and Personal Relationships explorent la satisfaction de vie chez les personnes aro. Les résultats confirment que les individus qui s’identifient ouvertement comme aromantiques et qui bénéficient de réseaux d’amitié solides affichent des niveaux de satisfaction existentielle et d’estime de soi équivalents à ceux des individus vivant dans des couples romantiques conventionnels, attestant que le romantisme n’est pas un prérequis sine qua non à l’équilibre psychologique.

12. Considérations socioculturelles

L’expérience de l’aromantisme varie considérablement d’une culture à l’autre en fonction de la place assignée au mariage et à l’amour passionnel dans chaque société. Dans les sociétés occidentales contemporaines, l’amour romantique a été érigé au rang de mythe fondateur de la cellule familiale et d’idéal d’accomplissement personnel, ce qui rend la visibilité aro particulièrement disruptive face à cette idéologie individualiste et sentimentale.

À l’inverse, dans certaines cultures collectivistes ou traditionnelles où le mariage d’alliance, la piété filiale ou les réseaux de solidarité communautaire priment sur la passion amoureuse, le fait de ne pas éprouver d’attraction romantique peut sembler moins dissonant sur le plan pratique au quotidien. Cependant, ces mêmes sociétés exercent souvent une pression institutionnelle drastique pour contraindre les individus au mariage et à la procréation, privant ainsi les personnes aro de la liberté de vivre en dehors d’une union formelle.

De plus, l’avènement des réseaux sociaux mondialisés a permis à des personnes de contextes culturels très divers d’accéder aux concepts forgés en Occident et de se les réapproprier en adaptant ces catégories à leurs propres réalités locales. Cette circulation globale favorise la déconstruction des stéréotypes transculturels liés à l’injonction universelle du couple romantique.

13. Critiques, controverses et limites

L’introduction de l’aromantisme dans le débat public et scientifique suscite plusieurs controverses théoriques. Certains sociologues et psychiatres conservateurs ont objecté que la prolifération des sous-étiquettes au sein du spectre aro (lithromantique, frayromantique, etc.) risquait de conduire à une sur-médicalisation ou à une fragmentation sémantique excessive des variations ordinaires de l’expérience humaine. Pour ces critiques, baptiser d’une identité figée ce qui pourrait simplement relever d’une préférence passagère ou d’une fluctuation de l’humeur affective appauvrirait la compréhension du psychisme.

Une autre controverse récurrente émane de certains cercles féministes et queer matérialistes, qui s’interrogent sur la pertinence d’ériger le « ressenti romantique » en une orientation quasi innée et immuable. Selon cette perspective critique, l’amour romantique étant une construction historique et patriarcale visant à assujettir le travail reproductif et émotionnel des femmes, ne pas en éprouver pourrait être analysé comme une posture d’émancipation politique plutôt que comme une orientation psycho-développementale essentialisée.

Enfin, au sein même des communautés concernées, le débat sur l’« aro-effacement » demeure vif. De nombreux militants soulignent que l’aromantisme est trop souvent traité comme une simple annexe de l’asexualité, reléguant au second plan les problématiques spécifiques des personnes « aro-allos » (aromantiques non asexuelles). Ces dernières font face à des préjugés tenaces les dépeignant à tort comme des individus prédateurs, froids ou incapables de respect éthique envers leurs partenaires sexuels.

14. Termes associés et distinctions

Afin d’éviter tout écueil d’interprétation dans l’évaluation psychologique et le discours courant, il est nécessaire de bien distinguer l’aromantisme de plusieurs notions connexes :

  • Asexualité : Absence d’attirance sexuelle envers autrui. Bien que fréquemment associées (chez les individus aro-aces), l’asexualité relève de l’orientation sexuelle, tandis que l’aromantisme relève de l’orientation affective.
  • Célibat : État civil ou situation relationnelle objective caractérisée par l’absence de conjoint ou de partenaire officiel. Le célibat est un fait situationnel ou un choix de vie, alors que l’aromantisme est une orientation interne profonde.
  • Alexithymie : Difficulté cognitive et affective à identifier, nommer et verbaliser ses propres émotions. Une personne aromantique ressent parfaitement ses émotions (joie, tristesse, affection, colère) sans aucune entrave cognitive ; elle ne ressent simplement pas d’attraction amoureuse.
  • Trouble de la personnalité schizoïde : Entité clinique psychiatrique caractérisée par un détachement général des relations sociales, une restriction de l’expression émotionnelle et une absence d’intérêt pour autrui. À l’opposé, les personnes aromantiques peuvent être très sociables, empathiques et engagées dans des liens amicaux étroits.
  • Amatonormativité : Système de croyances sociétales privilégiant et normalisant les relations romantiques exclusives. L’aromantisme est l’orientation qui subit directement les effets d’invisibilisation de cette norme culturelle.
  • Relation queer-platonique (QPR) : Forme d’engagement relationnel privilégié et intime qui transcende les définitions conventionnelles de l’amitié sans adopter les codes de la conjugalité romantique.

15. Résumé et points clés à retenir

L’aromantisme constitue une orientation relationnelle et affective authentique, définie par l’absence ou la rareté de l’attirance romantique envers autrui. Ni pathologie psychiatrique ni conséquence inéluctable d’un traumatisme psychologique, il s’inscrit au sein d’un spectre diversifié accueillant des nuances telles que la demiromantisme ou le gray-aromantisme.

Le modèle d’attraction scindée permet d’isoler l’orientation romantique de l’orientation sexuelle, attestant qu’une personne peut être aromantique tout en vivant une sexualité active et consensuelle, ou cumuler cette disposition avec l’asexualité au sein d’une trajectoire aro-ace. Les individus aromantiques déploient des capacités d’attachement, d’empathie et de solidarité plénières à travers des amitiés indéfectibles, des relations queer-platoniques et des engagements communautaires pérennes.

La pratique clinique et la psychologie humaniste exigent une écoute affirmative, affranchie des biais amatonormatifs qui survalorisent le couple romantique traditionnel. En reconnaissant la validité du spectre aro, la psychologie enrichit sa compréhension de la diversité relationnelle humaine et participe à la déstigmatisation d’individus dont l’épanouissement s’articule hors des sentiers balisés de la passion amoureuse conventionnelle.

Références

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 24). Aromantisme : Comprendre le spectre aro. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=aromantisme-spectre-aro-psychologie
Looti, Mohammed. “Aromantisme : Comprendre le spectre aro.” Base de données de psychologie en français, 24 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=aromantisme-spectre-aro-psychologie.
Looti, Mohammed. “Aromantisme : Comprendre le spectre aro.” Base de données de psychologie en français. octobre 24, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=aromantisme-spectre-aro-psychologie.