Anomalie du SNC : Aux racines du psychisme

Découvrez la définition, les causes et les implications neuropsychologiques des anomalies du système nerveux central, de la neuroanatomie aux fonctions cognitives.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 31, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 31, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Au carrefour de la neurologie, de la psychiatrie biologique et de la neuropsychologie, l’étude des anomalies neuroanatomiques et neurophysiologiques éclaire d’un jour nouveau la genèse des conduites humaines. L’exploration fine des perturbations cérébrales permet de déconstruire le dualisme cartésien traditionnel pour appréhender la souffrance psychique à travers son substrat organique.

Anomalie du système nerveux central

1. Définition concise

Une anomalie du système nerveux central désigne toute altération structurelle, lésionnelle, métabolique, génétique ou fonctionnelle survenant au niveau de l’encéphale ou de la moelle épinière, susceptible d’entraver le traitement normal des signaux neuronaux. Cette perturbation peut être congénitale ou acquise au cours du développement ou de la vie adulte.

Dans le domaine de la psychologie et des neurosciences cognitives, ce concept ne se limite pas aux lésions macroscopiques visibles à l’œil nu. Il englobe également des dysfonctionnements microstructuraux, des perturbations de la connectivité synaptique, des anomalies de la neurotransmission et des défauts de migration neuronale qui modifient l’architecture des réseaux cérébraux sous-tendant les fonctions exécutives, la régulation affective et les processus cognitifs supérieurs.

Ainsi, l’anomalie du système nerveux central sert d’interface explicative majeure dans la compréhension des troubles neurodéveloppementaux, neuropsychiatriques et neurodégénératifs, en établissant une passerelle causale ou corrélationnelle entre une rupture d’intégrité biologique et l’émergence d’une sémiologie comportementale ou cognitive.

2. Étymologie et origine linguistique

Le syntagme « anomalie du système nerveux central » provient de la convergence de vocables d’origines grecque et latine ayant évolué au fil de l’histoire médicale. Le substantif « anomalie » dérive du grec ancien anômalia (ἀνωμαλία), signifiant « irrégularité », « inégalité » ou « rugosité », lui-même formé du préfixe privatif an- et de l’adjectif homalos (ὁμαλός), signifiant « uni », « égal » ou « semblable ». Étymologiquement, l’anomalie renvoie donc à une déviation par rapport à une surface plane, une norme statistique ou une régularité morphologique.

L’adjectif « nerveux » procède du latin nervosus, dérivé de nervus (lui-même emprunté au grec neuron, νεῦρον), désignant initialement les tendons, les ligaments, puis, avec Galien et les anatomistes de l’Antiquité tardive, les structures conductrices de l’influx moteur et sensitif. Le terme « central » est issu du latin centralis, dérivé de centrum (emprunté au grec kentron, κέντρον, pointe de compas, centre du cercle), désignant le pôle d’intégration principal, par opposition au système périphérique.

L’intégration de cette expression en neuropsychiatrie s’est consolidée au XIXe siècle, au moment où la corrélation anatomoclinique a commencé à formaliser les affections cérébrales non plus comme des dérèglements humoraux abstraits, mais comme des altérations tangibles et localisables du tissu cérébrospinal.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan phonétique, le terme s’énonce en français standard : /a.nɔ.ma.li dy sis.tɛm nɛʁ.vø sɑ̃.tʁal/. Il s’agit d’une locution nominale féminine singulière. Son pluriel régulier s’orthographie « anomalies du système nerveux central ».

Dans la littérature scientifique et clinique francophone, on rencontre fréquemment l’acronyme « anomalie du SNC ». Sur le plan syntaxique, le terme est employé comme sujet ou complément d’objet direct dans des propositions explicatives, par exemple : « Cette anomalie du système nerveux central conditionne l’apparition des déficits attentionnels observés chez le patient. » On observe également des formes adjectivales dérivées qualifiant des sous-types, comme « anomalie neurocentrale » ou « dysfonction centrale ».

4. Explication conceptuelle détaillée

La notion d’anomalie du système nerveux central dépasse largement la simple présence d’un dommage physique unifocal. En neurosciences contemporaines, le concept s’étend sur un continuum allant de la perturbation moléculaire la plus fine jusqu’à la malformation macroscopique globale de l’axe cérébrospinal. Le cerveau fonctionnant comme un système dynamique complexe en réseau, toute anomalie, même minime ou très localisée, est susceptible d’induire des répercussions à distance en vertu du principe de diaschisis et de la réorganisation synaptique compensatoire.

Les anomalies structurelles concernent la morphologie visible des tissus : agénésie du corps calleux, holoprosencéphalie, lissencéphalie, hétérotopies de la substance grise ou atrophies cortico-sous-corticales. Ces atteintes compromettent l’infrastructure matérielle nécessaire au déploiement des opérations computationnelles du système nerveux. Dans les troubles du spectre autistique ou les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité, l’anomalie morphologique est souvent plus subtile, se traduisant par des altérations localisées de l’épaisseur corticale, des atypies du volume amygdalien ou des dérèglements du volume des ganglions de la base.

Les anomalies fonctionnelles et physiologiques, quant à elles, se manifestent sans rupture anatomique évidente à l’imagerie conventionnelle. Elles relèvent de dysfonctionnements de la synchronisation oscillatoire neuronale, d’anomalies de la perfusion sanguine régionale, de canalopathies ou de dérèglements de la transmission monoaminergique et glutamatergique. Le concept intègre désormais la notion de « connectivopathie », théorisant que certaines anomalies cérébrales résultent d’un déséquilibre de connectivité fonctionnelle entre des réseaux cérébraux à grande échelle, tels que le réseau du mode par défaut (DMN), le réseau de saillance et le réseau de contrôle exécutif.

Sur le plan temporel, l’impact d’une anomalie du SNC est conditionné par le stade ontogénétique auquel elle survient. Une lésion ou une mutation génétique intervenant in utero durant la prolifération ou la migration neuroblastique génère une cascade d’effets développementaux qui réorientent fondamentalement l’organisation psychique de l’individu. En revanche, une anomalie acquise à l’âge adulte (accident vasculaire cérébral, traumatisme crânien, processus auto-immun) confronte un système déjà câblé et mature à une rupture brutale de son intégrité, engageant des mécanismes de plasticité réparatrice souvent limités.

5. Évolution historique

La compréhension des anomalies du système nerveux central s’enracine dans la méthode anatomoclinique du XIXe siècle. Dès les années 1860, Paul Broca et Carl Wernicke établissent un lien direct entre des lésions spécifiques des circonvolutions cérébrales frontales et temporales gauches et des déficits distincts du langage parlé, inaugurant le modèle localisationniste classique. L’anomalie cérébrale était alors définie comme une lésion focale nécrotique, hémorragique ou tumorale directement observable lors de l’autopsie post-mortem.

Au début du XXe siècle, des pionniers comme Alois Alzheimer et Santiago Ramón y Cajal ont raffiné cette approche grâce aux techniques de coloration histologique. Ils ont démontré que l’anomalie centrale pouvait être microscopique, caractérisée par des dégénérescences neurofibrillaires, des plaques séniles ou des défauts de morphologie de l’arborisation dendritique. Parallèlement, des neurologues comme John Hughlings Jackson ont introduit une vision hiérarchique et évolutive, suggérant que l’atteinte d’un centre cérébral supérieur libère des fonctions plus archaïques et automatiques, préfigurant les modèles neuropsychologiques contemporains.

La seconde moitié du XXe siècle a été marquée par une révolution méthodologique majeure avec l’avènement des techniques d’électrophysiologie clinique (électroencéphalographie par Hans Berger) et l’émergence de la neuro-imagerie dans les années 1970 et 1980 (tomodensitométrie, imagerie par résonance magnétique structurale). Pour la première fois, la visualisation de l’anomalie du SNC est devenue possible in vivo, permettant d’étudier les corrélats cérébraux des troubles mentaux chez le sujet vivant sans attendre l’examen autopsique.

Depuis l’aube du XXIe siècle, l’essor de la génétique moléculaire, de l’épigénétique et de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et de diffusion (DTI) a déplacé le paradigme vers la notion de réseau et de vulnérabilité neurodéveloppementale. Les anomalies cérébrales ne sont plus perçues comme de simples trous ou tumeurs, mais comme des déviations dynamiques de la microstructure et de la topologie connectomique.

6. Fondements théoriques

Plusieurs cadres théoriques de haut niveau structurent l’analyse des anomalies du système nerveux central en psychologie et en neurosciences cognitives :

Le modèle neurodéveloppemental postule que de nombreuses affections psychiatriques majeures, notamment la schizophrénie et les troubles du spectre de l’autisme, proviennent d’anomalies précoces de l’organisation cérébrale survenant durant la vie fœtale ou périnatale. Selon la théorie formulée initialement par Daniel Weinberger, ces perturbations silencieuses de la cytoarchitecture corticale interagissent avec la maturation cérébrale ultérieure (notamment l’émondage synaptique à l’adolescence) et des facteurs de stress environnementaux pour précipiter l’éclosion symptomatique à l’orée de l’âge adulte.

La théorie du connectome et des réseaux à petite dimension (small-world networks) formalise le cerveau comme un graphe complexe constitué de nœuds (régions cérébrales) et d’arêtes (faisceaux de substance blanche). Dans ce cadre théorique modélisé par des chercheurs comme Olaf Sporns et Ed Bullmore, l’anomalie centrale est conçue comme une désorganisation topologique : une rupture de l’efficacité locale de traitement ou une altération des concentrateurs (hubs) d’intégration globale. Cette approche permet de modéliser mathématiquement pourquoi une anomalie focale restreinte peut dégrader les performances cognitives holistiques d’un individu.

Le paradigme de la neuroplasticité et de l’épigénétique développementale, soutenu par des chercheurs tels que Michael Meaney, postule une interaction dynamique et bidirectionnelle entre le génome, l’environnement et la structure nerveuse. Selon cette perspective, les anomalies du système nerveux central ne sont pas des entités purement déterministes et figées ; elles résultent de cascades transcriptionnelles modulées par les stress précoces, les carences affectives ou les agressions toxiques, qui altèrent l’expression de protéines clés comme le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF).

7. Composantes clés, typologies et dimensions

La classification sémiologique et étiologique des anomalies du système nerveux central repose sur l’analyse de plusieurs dimensions cliniques et structurales :

  • Anomalies morphologiques et malformatives congénitales : Comprennent les défauts de fermeture du tube neural (spina bifida, anencéphalie), les troubles de la prolifération neuronale (microcéphalie vraie, mégalencéphalie) et les perturbations de la migration neuronale (pachygyrie, lissencéphalie, polymicrogyrie, hétérotopies nodulaires sous-épendymaires).
  • Anomalies acquises et destructives : Englobent les lésions focales provoquées par des accidents vasculaires cérébraux (ischémie, hémorragie cérébrale), les contusions et lésions axonales diffuses d’origine traumatique, ainsi que les encéphalopathies anoxiques consécutives à un arrêt cardiorespiratoire.
  • Anomalies neuroinflammatoires et démyélinisantes : Caractérisées par une dégradation progressive ou par poussées de la gaine de myéline et des axones au sein du SNC, observées électivement dans la sclérose en plaques, les neuromyélites et les encéphalites auto-immunes à anticorps anti-récepteurs NMDA.
  • Anomalies neurochimiques et synaptopathies : Perturbations de la transmission synaptique, déséquilibres entre neurotransmission excitatrice glutamatergique et inhibitrice GABAergique, et canalopathies modifiant la polarité membranaire, fréquemment associées aux épilepsies génétiques et aux troubles de l’humeur.
  • Anomalies neurodégénératives : Processus lents marqués par l’accumulation anormale d’agrégats protéiques toxiques (bêta-amyloïde, protéine tau hyperphosphorylée, alpha-synucléine, protéine TDP-43) entraînant une mort neuronale sélective (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, démences frontotemporales).
  • Anomalies fonctionnelles et de connectivité : Altérations de la cohérence électrophysiologique et hypo- ou hyper-connectivité au sein des réseaux corticaux d’état de repos, mesurées par IRMf et quantifiées par connectomique.

8. Exemples et cas illustratifs

Le cas paradigmatique de Phineas Gage (1848) demeure la référence historique la plus emblématique d’une anomalie acquise du SNC. La destruction massive de son cortex préfrontal ventromédian gauche par une barre de fer a préservé ses fonctions motrices, sensorielles et intellectuelles élémentaires, mais a profondément altéré sa personnalité, son contrôle inhibiteur et son jugement éthique, illustrant le rôle crucial des lobes frontaux dans les fonctions exécutives et métacognitives.

Dans le domaine des troubles neurodéveloppementaux, l’agénésie complète ou partielle du corps calleux constitue une anomalie congénitale majeure. Les enfants présentant cette malformation développent fréquemment un syndrome de déconnexion calleuse congénitale, marqué par des déficits d’intégration bimanuelle complexe, des difficultés dans le traitement des émotions verbalisées et des obstacles sévères dans la cognition sociale et la théorie de l’esprit, simulant un trouble du spectre de l’autisme.

Un autre exemple clinique frappant est celui du patient H.M. (Henry Molaison), qui a subi en 1953 une résection bilatérale des lobes temporaux médiaux (incluant les formations hippocampiques) pour traiter une épilepsie pharmaco-résistante. Cette anomalie iatrogène du SNC a induit une amnésie antérograde pure et irréversible, démontrant que l’hippocampe est indispensable à la consolidation de la mémoire déclarative, tout en épargnant la mémoire procédurale et la mémoire de travail.

9. Mesure et évaluation clinique

L’objectivation et la caractérisation des anomalies du système nerveux central requièrent une approche pluridisciplinaire combinant imagerie, électrophysiologie, biologie moléculaire et tests neuropsychologiques :

L’imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale haute résolution (3T ou 7T) représente la pierre angulaire de l’évaluation morphologique. Les séquences pondérées en T1, T2, FLAIR et diffusion permettent de repérer les atrophies focales, les hypersignaux de la substance blanche, les kystes, les glioses ou les malformations de la gyration corticale. La volumétrie basée sur les voxels (VBM) quantifie avec précision la perte de substance grise dans des structures clés comme l’amygdale ou l’hippocampe.

L’évaluation électrophysiologique, principalement via l’électroencéphalographie (EEG) standard et quantifiée (EEGq) ainsi que la magnétoencéphalographie (MEG), permet d’identifier les anomalies de l’activité rythmique cérébrale, les paroxysmes épileptiformes infracliniques et les asymétries de cohérence interhémisphérique souvent associées à des troubles neuropsychiatriques.

L’évaluation neuropsychologique standardisée complète l’investigation physique en mesurant l’impact fonctionnel des anomalies du système nerveux central. Des batteries complètes évaluent l’efficience intellectuelle globale (échelles de Wechsler comme la WAIS-IV ou la WISC-V), la mémoire épisodique et de travail (MEM-IV, test de Grober et Buschke), les fonctions exécutives (test de Stroop, Trail Making Test, tour de Londres) et la cognition sociale, permettant de dresser une cartographie cognitive précise.

10. Applications et portée pratique

La détection d’une anomalie du système nerveux central produit des implications directes dans de nombreux contextes cliniques et décisionnels :

Sur le plan diagnostique et différentiel, l’identification d’une anomalie cérébrale permet de discriminer une pathologie neurologique primitive d’un trouble psychiatrique fonctionnel. Par exemple, la mise en évidence d’une encéphalite à anticorps anti-récepteurs NMDA chez une adolescente écarte un diagnostic initial erroné de bouffée délirante aiguë ou de schizophrénie débutante, autorisant la mise en œuvre urgente d’une plasmaphérèse ou d’une corticothérapie salvatrice.

En réhabilitation neuropsychologique, l’analyse détaillée des anomalies structurales et des circuits épargnés guide l’élaboration de programmes de remédiation cognitive sur mesure. En exploitant la plasticité cérébrale compensatoire, les thérapeutes conçoivent des stratégies de réapprentissage visant à contourner les modules neuronaux défaillants au moyen d’aides externes ou d’itinéraires cognitifs alternatifs.

En médecine fœtale et périnatale, le diagnostic anténatal par échographie fœtale et IRM in utero des anomalies graves du SNC (comme la ventriculomégalie sévère ou la lissencéphalie) oriente le conseil génétique, la planification d’accouchements médicalisés en centre tertiaire, ou la discussion éthique pluridisciplinaire autour de l’interruption médicale de grossesse.

Dans le domaine médicolégal et d’expertise judiciaire, la preuve d’une anomalie structurelle frontale ou orbitofrontale chez un individu accusé d’infractions violentes ou de comportements désinhibés éclaire l’évaluation de son discernement au moment des faits, alimentant les débats contemporains sur la neuroresponsabilité.

11. Recherche et données empiriques

La recherche sur les anomalies du SNC s’est profondément transformée grâce aux études d’association pangénomique (GWAS) et aux méga-analyses multicentriques. Le consortium international ENIGMA (Enhancing Neuro Imaging Genetics through Meta-Analysis), qui fédère des données d’imagerie et de génomique issues de dizaines de milliers de sujets à travers le monde, a apporté des éclairages empiriques fondamentaux sur les altérations cérébrales associées aux pathologies mentales.

Les travaux d’ENIGMA ont démontré que les anomalies structurales dans la schizophrénie ne sont pas localisées de manière anarchique, mais touchent de façon hautement reproductible le volume de l’hippocampe, du thalamus et du cortex frontal, avec un élargissement compensatoire marqué des ventricules latéraux. De surcroît, ces études ont mis en lumière que l’épaisseur corticale subit un amincissement diffus chez les patients atteints de troubles dépressifs majeurs récurrents et de troubles bipolaires, corrélé à la durée et à la fréquence des épisodes cliniques non traités.

Des recherches translationnelles récentes menées sur des modèles murins et des organoïdes cérébraux humains (souvent désignés sous le terme de « mini-cerveaux » dérivés de cellules souches pluripotentes induites, iPSC) permettent d’analyser in vitro l’émergence des anomalies cellulaires du SNC. Ces approches ont révélé que des mutations dans des gènes du complexe synaptique (comme SHANK3 ou NLGN3) perturbent directement la maturation morphologique des épines dendritiques, établissant un lien causal direct entre altération génétique, dysfonction synaptique et anomalies neurodéveloppementales.

12. Considérations culturelles et transculturelles

Bien que l’anomalie du système nerveux central soit un substrat biologique universel, son interprétation, son vécu et les attributions causales qui lui sont associées varient largement selon les cultures et les représentations de la santé mentale :

Dans les sociétés occidentales hautement médicalisées, la mise en évidence d’une anomalie cérébrale via la neuro-imagerie a tendance à biologicaliser la souffrance psychologique. Si cette médicalisation peut réduire la culpabilisation du patient et de sa famille en déplaçant le blâme sur un organe lésé, des études en socio-anthropologie médicale montrent qu’elle peut paradoxalement accroître le fatalisme pronostique et alimenter la stigmatisation de l’individu, perçu comme « génétiquement ou cérébralement défectueux ».

Dans de nombreuses cultures traditionnelles d’Afrique subsaharienne, d’Asie ou des communautés autochtones d’Amérique latine, les manifestations comportementales consécutives à une anomalie du SNC (comme les crises d’épilepsie du lobe temporal ou les modifications comportementales post-traumatiques) continuent d’être interprétées à travers des prismes spirituels, religieux ou communautaires (possession par des esprits, rupture de tabou ou châtiment des ancêtres). Le retard de recours aux soins neurologiques qui en découle souligne l’impératif pour les soignants de pratiquer une ethnopsychiatrie rigoureuse respectant les représentations locales du corps tout en dispensant l’accès aux thérapies biomédicales indispensables.

13. Critiques, débats et limites épistémologiques

L’utilisation du concept d’anomalie du système nerveux central dans les sciences psychologiques fait l’objet de vifs débats théoriques et méthodologiques :

Le principal écueil dénoncé par les épistémologues et psychiatres critiques est le « réductionnisme neurobiologique » ou « neuro-essentialisme ». Cette position tend à assimiler l’expérience psychique consciente, la complexité de l’intersubjectivité et l’histoire affective d’un individu à de simples traces lésionnelles ou à des pixels colorés sur une coupe IRM. Les critiques rappellent qu’une anomalie physique cérébrale n’est que rarement suffisante pour prédire l’expression clinique finale, qui demeure modelée par l’environnement social, les ressources psychologiques individuelles et les mécanismes de résilience.

Un second problème majeur réside dans la variabilité interindividuelle et le défi de définir une « norme » neuroanatomique. Les études d’imagerie mettent couramment en évidence des « anomalies » cérébrales fortuites (incidentalomes, kystes arachnoïdiens, asymétries ventriculaires, anomalies de développement veineux) chez des sujets rigoureusement sains ne présentant aucun symptôme neurologique ou cognitif. Cette constatation interroge la validité prédictive des altérations mineures et expose au risque de surdiagnostic et de surmédicalisation.

Enfin, la question de la causalité demeure un enjeu épistémologique non résolu dans de nombreuses études en psychiatrie : l’anomalie cérébrale observée est-elle la cause première du trouble mental, une simple conséquence secondaire de la chronicité de la maladie (stress chronique, effets indésirables des psychotropes, malnutrition, isolement social), ou un épiphénomène partagé issu d’un facteur tiers sous-jacent ? L’établissement de liens de causalité univoques reste exceptionnel en l’absence d’études prospectives longitudinales démarrées avant l’apparition des premiers symptômes.

14. Termes connexes et distinctions conceptuelles

Pour éviter toute confusion terminologique en neurosciences et en clinique, il est impératif de distinguer l’anomalie du système nerveux central d’autres notions adjacentes :

  • Lésion cérébrale : Désigne spécifiquement une atteinte destructrice circonscrite et acquise des tissus (plaie, nécrose ischémique, hématome). L’anomalie du SNC est un concept plus large qui inclut les lésions, mais également les malformations génétiques, les atypies développementales microscopiques et les dysfonctions métaboliques sans lésion physique macroscopique.
  • Malformation congénitale : Fait référence aux seuls défauts morphologiques survenus durant l’embryogenèse ou la fœtogenèse. Toute malformation du SNC est une anomalie, mais toute anomalie du SNC n’est pas une malformation (elle peut être acquise ou neurodégénérative).
  • Neurodiversité : Cadre conceptuel proposant de considérer les variations du fonctionnement cérébral (comme l’autisme ou le TDAH) non comme des anomalies pathologiques à corriger, mais comme des variantes naturelles de la condition humaine. Ce modèle s’oppose à la qualification médicale d’« anomalie » lorsqu’elle est employée de manière péjorative ou normative.
  • Trouble fonctionnel du système nerveux : Trouble caractérisé par des symptômes neurologiques invalidants (paralysies, crises non épileptiques) sans anomalie structurelle ou organique décelable par les examens paracliniques actuels, traditionnellement rattaché aux mécanismes conversifs en psychopathologie.

15. Synthèse et points clés

L’anomalie du système nerveux central constitue un concept intégrateur fondamental pour appréhender les bases biologiques du comportement, de la cognition et de la vie affective :

Elle englobe un spectre étendu d’altérations allant des malformations du développement embryonnaire aux processus dégénératifs tardifs, en passant par les lésions acquises et les perturbations fines de la connectivité des réseaux cérébraux.

L’évaluation contemporaine de ces anomalies associe l’imagerie par résonance magnétique multimodale, l’électrophysiologie de précision et le bilan neuropsychologique approfondi, garantissant une caractérisation à la fois morphologique et fonctionnelle.

La prise en charge clinique exige de dépasser le réductionnisme purement anatomique pour replacer l’anomalie dans le parcours de vie global de la personne, en exploitant les formidables capacités de plasticité et d’adaptation du cerveau humain.

Références

  • Broca, P. (1861). Remarques sur le siège de la faculté du langage articulé, suivies d’une observation d’aphémie (perte de la parole). Bulletin de la Société Anatomique de Paris, 36, 330-357. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54942705/f334.item
  • Bullmore, E., & Sporns, O. (2009). Complex brain networks: Graph theoretical analysis of structural and functional systems. Nature Reviews Neuroscience, 10(3), 186-198. https://doi.org/10.1038/nrn2575
  • Scoville, W. B., & Milner, B. (1957). Loss of recent memory after bilateral hippocampal lesions. Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry, 20(1), 11-21. https://doi.org/10.1136/jnnp.20.1.11
  • Thompson, P. M., Jahanshad, N., Ching, C. R., Salminen, L. E., Thomopoulos, S. I., Bright, J., … & ENIGMA Consortium. (2020). ENIGMA and global neuroscience: A infrastructure for analyzing big data in psychiatry and neurology. Translational Psychiatry, 10(1), 1-20. https://doi.org/10.1038/s41398-020-0705-1
  • Weinberger, D. R. (1987). Implications of normal brain development for the pathogenesis of schizophrenia. Archives of General Psychiatry, 44(7), 660-669. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1987.01800190080012

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 31). Anomalie du SNC : Aux racines du psychisme. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=anomalie-systeme-nerveux-central
Looti, Mohammed. “Anomalie du SNC : Aux racines du psychisme.” Base de données de psychologie en français, 31 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=anomalie-systeme-nerveux-central.
Looti, Mohammed. “Anomalie du SNC : Aux racines du psychisme.” Base de données de psychologie en français. octobre 31, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=anomalie-systeme-nerveux-central.