Fondée pour catalyser le progrès des sciences du comportement, l’American Psychological Foundation constitue un pilier fondamental de la philanthropie scientifique contemporaine. En allouant des ressources financières stratégiques aux chercheurs émergents et aux projets novateurs, cette institution façonne activement les trajectoires de la recherche fondamentale et appliquée en psychologie.
American Psychological Foundation (APF) : Fondation américaine de psychologie
1. Définition concise
L’American Psychological Foundation (APF) est une organisation philanthropique indépendante, à but non lucratif, étroitement affiliée à l’American Psychological Association (APA). Établie en 1953, elle a pour mission centrale de mobiliser la recherche et la pratique psychologiques afin d’améliorer la condition humaine, de prévenir la souffrance psychique et de résoudre des problématiques sociétales complexes grâce au financement de bourses d’études, de subventions de recherche et de prix honorifiques.
Sur le plan fonctionnel, l’APF agit comme un incubateur d’idées novatrices en soutenant particulièrement les chercheurs en début de carrière (early-career psychologists) et les étudiants diplômés dont les projets novateurs peinent souvent à obtenir des financements auprès des organismes gouvernementaux traditionnels. En ciblant des domaines critiques tels que la prévention de la violence, la réduction des disparités de santé mentale, l’éradication des préjugés et la compréhension des traumatismes psychologiques, l’APF transforme les connaissances scientifiques en interventions pratiques et en politiques publiques pérennes.
L’institution se distingue ainsi par sa capacité à combler le fossé entre la découverte académique fondamentale et l’application concrète sur le terrain, affirmant la valeur intrinsèque de la psychologie comme science essentielle au bien-être collectif et à la justice sociale.
2. Étymologie et origines linguistiques
L’intitulé « American Psychological Foundation » est composé de termes issus du vocabulaire institutionnel anglo-saxon et du lexique savant gréco-latin. Le qualificatif « American » dérive du nom de l’explorateur Amerigo Vespucci, désignant ici le contexte géographique et juridictionnel des États-Unis d’Amérique. Le substantif « Foundation », issu du latin fundatio (action de fonder, base, assise), renvoie historiquement à la création d’un fonds perpétuel destiné à une œuvre d’utilité publique, caritative ou scientifique.
Le terme « Psychological » trouve quant à lui sa racine dans le grec ancien psyché (ψυχή), signifiant originellement le souffle vital, l’esprit ou l’âme, associé au suffixe -logie, dérivé de logos (λόγος), qui renvoie à l’étude rationnelle, au discours méthodique et à la science. Introduit dans le vocabulaire néolatin à la fin du XVIe siècle, notamment sous la plume de Marko Marulić puis popularisé par Christian Wolff, le concept de psychologie désigne la discipline scientifique vouée à l’analyse des processus mentaux, des affects et des conduites comportementales.
L’acronyme officiel « APF » est utilisé de façon universelle dans les milieux académiques, tant anglophones que francophones, pour désigner cette fondation. En langue française, la structure est couramment désignée sous l’appellation descriptive de « Fondation américaine de psychologie » ou maintenue sous sa forme originale anglophone afin de préserver sa désignation juridique précise.
3. Prononciation et forme grammaticale
En français, le sigle se prononce alphabétiquement : /a.pe.εf/ (A-P-F). Le nom complet anglais se prononce /əˈmɛrɪkən ˌsaɪkəˈlɒdʒɪkəl faʊnˈdeɪʃən/ selon l’alphabet phonétique international (API).
D’un point de vue morphosyntaxique, l’American Psychological Foundation est un nom propre institutionnel féminin singulier lorsqu’il est employé en français (« l’American Psychological Foundation », « la Fondation américaine de psychologie »). Le sigle APF s’emploie également au féminin (« l’APF a attribué de nouvelles subventions »). Dans la littérature spécialisée, le terme est invariable et ne s’accorde pas au pluriel. Sur le plan syntaxique, il régit des accords au féminin singulier lorsqu’il réfère directement à l’entité organisationnelle.
4. Explication conceptuelle détaillée
L’American Psychological Foundation s’inscrit au carrefour de la science comportementale, de la politique de santé publique et de la philanthropie stratégique. Contrairement aux grandes agences gouvernementales de financement comme les National Institutes of Health (NIH) ou la National Science Foundation (NSF), dont les mécanismes d’attribution privilégient souvent des programmes de recherche déjà hautement consolidés et présentant un risque d’échec minimal, l’APF adopte une philosophie de capital-risque scientifique (venture philanthropy). Elle s’engage activement à fournir des capitaux d’amorçage pour des hypothèses audacieuses, non conventionnelles et pionnières.
Le champ d’intervention de la fondation repose sur le postulat que les sciences psychologiques possèdent les outils empiriques nécessaires pour atténuer les plus grands maux de la société humaine. L’APF ne se contente pas de subventionner la recherche fondamentale de laboratoire ; elle oriente prioritairement ses dotations vers des initiatives capables de générer des retombées sociétales tangibles. Les axes d’action prioritaires englobent l’atténuation des effets de la pauvreté sur le développement cognitif de l’enfant, l’élucidation des déterminants psychologiques du racisme systémique, la conception de protocoles de désescalade des conflits intergroupes et l’optimisation des interventions auprès des populations marginalisées, notamment les minorités sexuelles et de genre.
Un autre trait distinctif de l’architecture conceptuelle de l’APF réside dans son investissement délibéré sur le capital humain précoce. En consacrant une part substantielle de ses fonds aux étudiants de troisième cycle, aux stagiaires postdoctoraux et aux chercheurs n’ayant pas encore obtenu leur titularisation, l’APF agit comme un tremplin d’autonomisation intellectuelle. Cette démarche permet d’éviter l’attrition des talents scientifiques durant la période transitoire critique qui sépare l’obtention du doctorat de l’établissement d’un laboratoire autonome.
Enfin, l’APF opère en synergie étroite avec les cinquante-quatre divisions spécialisées de l’American Psychological Association, ce qui lui confère une couverture thématique globale : neuropsychologie clinique, psychologie cognitive, psychologie scolaire, psychologie industrielle et organisationnelle, psycho-oncologie et psychologie communautaire. Cette transversalité lui permet de fédérer des expertises diversifiées autour d’appels à projets hautement ciblés.
5. Évolution historique
La genèse de l’American Psychological Foundation remonte à l’immédiat après-guerre, une période caractérisée par une prise de conscience accrue du rôle de la psychologie dans la reconstruction sociétale, la réhabilitation des anciens combattants et la santé mentale communautaire. En 1953, plusieurs figures éminentes de l’APA, guidées par le désir d’instaurer un mécanisme financier indépendant capable de pérenniser la discipline au-delà des cotisations syndicales et professionnelles, officialisent la création de la fondation.
Parmi les figures fondatrices clés figurait Clifford T. Morgan, neuroscientifique et psychophysiologiste renommé, qui a joué un rôle moteur dans l’impulsion financière initiale en cédant des droits d’auteur issus de ses manuels académiques fondamentaux. Durant ses deux premières décennies d’existence, l’APF a fonctionné principalement comme un organe d’attribution de prix prestigieux, couronnant l’ensemble de la carrière de chercheurs d’exception afin de valoriser l’excellence scientifique auprès du grand public et des universités.
Le tournant paradigmatique s’est opéré à partir des années 1970 et 1980. Sous la direction de leaders visionnaires au sein de la communauté psychologique américaine, la fondation a révisé sa charte opérationnelle pour devenir un bailleur de fonds direct pour des projets de recherche prospectifs. L’intégration de legs testamentaires substantiels, tels que ceux laissés par Esther Katz Rosen pour la recherche sur les enfants surdoués, ou par Wayne F. Placek pour l’investigation scientifique des préjugés liés à l’orientation sexuelle, a permis d’accroître considérablement la dotation financière (endowment) de l’organisme.
Au cours des années 2000 et 2010, l’APF a adapté ses priorités stratégiques pour répondre aux défis du XXIe siècle : crise mondiale des opioïdes, émergence des traumatismes climatiques, cyberintimidation, polarisation politique extrême et disparités flagrantes dans l’accès aux soins de santé mentale. Aujourd’hui, l’APF gère un portefeuille philanthropique représentant plusieurs dizaines de millions de dollars et distribue annuellement plus d’un million de dollars sous forme de subventions compétitives, consolidant sa réputation d’acteur institutionnel incontournable.
6. Fondements théoriques et épistémologiques
L’American Psychological Foundation s’appuie sur une tradition épistémologique résolument ancrée dans le post-positivisme critique, l’empirisme méthodologique et le modèle biopsychosocial. L’institution postule que les phénomènes psychologiques ne peuvent être dissociés de leurs substrats biologiques, ni de leurs matrices socioculturelles, récusant ainsi tout réductionnisme simpliste.
D’un point de vue paradigmatique, l’APF privilégie l’approche de la « science translationnelle ». Ce concept, emprunté originellement à la médecine, vise à accélérer le transfert des découvertes de la recherche fondamentale (« de la paillasse du laboratoire ») vers des applications cliniques concrètes et des interventions de terrain (« au chevet du patient » et dans la cité). La fondation souscrit au paradigme de la pratique fondée sur des données probantes (evidence-based practice), garantissant que les protocoles soutenus reposent sur des critères de réplicabilité, de validité interne et de puissance statistique rigoureux.
Parallèlement, la fondation intègre les apports de la théorie écologique des systèmes formulée par Urie Bronfenbrenner. Cette perspective soutient que le comportement humain et la santé mentale résultent d’interactions continues entre des microsystèmes immédiats (famille, école), des mésosystèmes, des exosystèmes (institutions socio-économiques) et des macrosystèmes culturels et idéologiques. En finançant des recherches qui opèrent à ces multiples échelles, l’APF favorise des interventions holistiques qui ne culpabilisent pas l’individu pour des souffrances générées par des dysfonctionnements structurels.
Enfin, l’épistémologie de l’APF s’articule autour de l’humanisme critique et de la justice distributive. La recherche subventionnée n’est pas envisagée comme une quête épistémique neutre et désincarnée, mais comme un devoir civique destiné à démanteler les inégalités, à protéger les populations vulnérables et à promouvoir l’épanouissement individuel et collectif (human flourishment).
7. Composantes clés, programmes et dimensions
L’architecture opérationnelle de l’American Psychological Foundation s’articule autour de programmes ciblés gérés au travers de fonds spécifiques, chacun répondant à un mandat précis. Ces composantes structurelles comprennent :
- Le Fonds Esther Katz Rosen : Dédié exclusivement à l’avancement de la recherche psychologique relative au développement cognitif, émotionnel et pédagogique des enfants intellectuellement précoces ou à haut potentiel, favorisant leur intégration scolaire optimale.
- Le Fonds Wayne F. Placek : Créé par un legs historique, ce programme finance des recherches empiriques rigoureuses visant à déconstruire les préjugés, la stigmatisation et la violence dirigés contre la communauté LGBTQ+, tout en documentant la santé mentale et le bien-être de ces populations.
- Les subventions pour chercheurs en début de carrière (Early Career Grants) : Ce volet octroie des fonds de démarrage compétitifs à de jeunes docteurs afin de financer la collecte de données pilotes, condition préalable indispensable pour postuler ultérieurement aux grandes subventions fédérales.
- Le Programme d’éradication de la violence et des traumatismes : Une gamme de subventions orientée vers l’étude des traumatismes psychiques complexes, la maltraitance infantile, la violence domestique et les fusillades en milieu scolaire ou communautaire, avec un accent mis sur la résilience psychologique.
- Les bourses de recherche sur la santé mentale et la justice sociale : Financements orientés vers les disparités raciales, ethniques et socioéconomiques en santé mentale, soutenant les modèles d’intervention déstigmatisés au sein des communautés sous-représentées.
- Prix honorifiques et médailles d’or (APF Gold Medal Awards) : Distinctions récompensant l’ensemble d’une carrière dans quatre catégories majeures : la recherche fondamentale en psychologie, l’application pratique de la psychologie, la psychologie d’intérêt public et l’enseignement des sciences du comportement.
8. Exemples et projets emblématiques financés
L’impact de l’American Psychological Foundation se mesure à travers les multiples projets de recherche novateurs qu’elle a soutenus dès leur phase embryonnaire, dont beaucoup ont profondément modifié la pratique clinique et les politiques sociétales contemporaines.
Un exemple paradigmatique concerne les recherches pionnières financées par le Fonds Wayne F. Placek au début des années 1990. À une époque où les études sur l’homoparentalité suscitaient de vives controverses idéologiques et juridiques, l’APF a soutenu des cohortes longitudinales examinant le bien-être psychosocial d’enfants élevés par des parents de même sexe. Ces recherches, fondées sur des méthodologies rigoureuses et des groupes témoins appariés, ont démontré l’absence de disparité en matière d’ajustement émotionnel et social par rapport aux enfants de couples hétérosexuels. Les données ainsi générées ont ensuite été soumises sous forme de mémoires consultatifs (amicus curiae) devant la Cour suprême des États-Unis, contribuant directement à l’évolution de la jurisprudence constitutionnelle relative à l’égalité du mariage et aux droits d’adoption.
Dans le champ de la santé publique et du développement de la petite enfance, l’APF a financé des travaux explorant l’impact du stress toxique lié à la précarité économique extrême sur l’architecture du cerveau infantile. Les chercheurs subventionnés ont pu concevoir et tester des protocoles d’attachement parent-enfant au sein de foyers d’hébergement d’urgence. Ces interventions brèves ont montré une réduction significative des taux de cortisol salivaire chez les nourrissons et une amélioration tangible de l’autorégulation émotionnelle, incitant plusieurs départements d’État à intégrer ces modules dans leurs services de protection maternelle et infantile.
Sur le versant de la psychologie de la santé, des subventions de l’APF ont permis de valider des programmes de thérapie cognitivo-comportementale digitalisée et d’interventions basées sur la pleine conscience pour des adolescents atteints de douleurs chroniques ou de maladies auto-immunes. Ces projets ont jeté les bases d’outils de télésanté aujourd’hui déployés à grande échelle dans des centres hospitaliers pédiatriques universitaires.
9. Mécanismes d’évaluation et critères d’attribution
L’octroi des subventions au sein de l’American Psychological Foundation obéit à un processus d’évaluation par les pairs (peer review) scrupuleusement formalisé, garantissant l’intégrité, la transparence et l’équité de la sélection académique. Les demandes font l’objet d’un examen approfondi mené par des comités d’experts indépendants issus de l’académie et des milieux professionnels spécialisés.
Le protocole d’arbitrage évalue systématiquement les projets selon une grille de critères standardisés :
- Pertinence et adéquation à la mission : Mesure dans laquelle le projet proposé répond directement aux priorités de la bourse ciblée et démontre un potentiel manifeste d’amélioration de la condition humaine.
- Rigueur et faisabilité méthodologique : Solidité de l’ancrage théorique, pertinence du devis de recherche (quantitatif, qualitatif ou mixte), puissance des analyses statistiques prévues et gestion éthique des protocoles expérimentaux.
- Innovation et caractère transformateur : Originalité des hypothèses formulées, exploration de territoires scientifiques délaissés ou application novatrice d’un cadre conceptuel existant.
- Impact potentiel et potentiel d’extension : Capacité du projet pilote à produire des résultats préliminaires probants susceptibles de justifier des levées de fonds ultérieures auprès d’institutions majeures (NIH, NSF, CIHR).
- Qualification du chercheur et environnement de recherche : Adéquation de la formation du candidat, qualité du mentorat institutionnel pour les jeunes chercheurs et disponibilité des ressources techniques requises.
L’APF applique des directives éthiques strictes visant à éliminer les conflits d’intérêts : aucun examinateur ne peut participer à l’évaluation d’une proposition soumise par un collègue affilié à sa propre université ou par un ancien étudiant.
10. Applications cliniques, éducatives et sociétales
Les répercussions pratiques des financements délivrés par l’American Psychological Foundation s’étendent à de multiples sphères de la vie civile et des soins de santé mentale. Dans le domaine clinique, les fonds ont soutenu l’élaboration et l’étalonnage de thérapies manuelles pour les états de stress post-traumatique (ESPT) consécutifs à des agressions sexuelles ou à des catastrophes naturelles. En favorisant la dissémination de protocoles empiriquement soutenus auprès des cliniciens de terrain, l’APF participe à l’élévation globale des standards de soins psychothérapeutiques.
Sur le plan éducatif, les recherches sponsorisées par le Fonds Rosen ont profondément modifié la perception des besoins psycho-affectifs des élèves à haut potentiel intellectuel. Longtemps perçus comme des apprenants autonomes ne nécessitant aucune intervention individualisée, ces élèves ont pu être reconnus dans leur vulnérabilité face à l’ennui chronique, au perfectionnisme inadapté et au décrochage scolaire masqué. Les guides pédagogiques développés grâce à l’APF ont guidé des milliers d’enseignants dans la différenciation pédagogique et la prise en charge socio-émotionnelle en classe ordinaire.
Au niveau organisationnel et sociétal, l’APF subventionne des initiatives relatives à la psychologie de la sécurité au travail, à la réduction de l’épuisement professionnel (burnout) chez les soignants et à la réinsertion des anciens détenus. En fournissant des données probantes aux décideurs législatifs, la fondation éclaire la formulation de politiques publiques axées sur la justice restaurative, la lutte contre l’isolement social des personnes âgées et la promotion d’environnements urbains favorables au bien-être psychique.
11. Recherches soutenues et preuves empiriques
La littérature scientifique atteste de la fécondité des investissements consentis par l’APF. De nombreux chercheurs ayant bénéficié d’une subvention initiale de l’APF ont publié leurs résultats dans des revues phares soumises à comité de lecture, telles que l’American Psychologist, le Journal of Consulting and Clinical Psychology, ou Psychological Science.
Des synthèses rétrospectives menées sur le devenir académique des lauréats des bourses de l’APF démontrent un effet multiplicateur remarquable. En moyenne, chaque dollar investi par la fondation dans une subvention d’amorçage pour un jeune chercheur génère entre huit et douze dollars en financements ultérieurs accordés par des agences fédérales d’État. Ce rendement témoigne de la justesse de diagnostic des comités scientifiques de l’APF, qui parviennent à déceler précocement des projets hautement viables.
Sur le plan empirique, les travaux soutenus dans le domaine de la psychologie de la santé ont apporté des preuves documentant l’impact biologique des interventions psychosociales. Des études financées sur la régulation émotionnelle ont mis en évidence la modulation de marqueurs immunitaires et inflammatoires systémiques (tels que l’interleukine 6 et la protéine C-réactive) consécutivement à des interventions psychologiques ciblées, renforçant la légitimité neurobiologique des psychothérapies contemporaines.
12. Considérations culturelles et internationales
Bien que son siège social et ses assises juridiques soient établis aux États-Unis, l’American Psychological Foundation porte une attention croissante à la validité transculturelle et à la portée internationale des sciences comportementales. L’histoire de la psychologie a souvent été critiquée pour son biais ethnocentrique occidental, les échantillons de recherche étant historiquement issus des populations dites « WEIRD » (Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic).
Pour répondre à cette limite épistémologique, l’APF a institué des programmes spécifiques visant à subventionner des recherches menées dans les pays du Sud global ou conduits en collaboration avec des communautés autochtones d’Amérique du Nord. Ces subventions encouragent la contextualisation culturelle des instruments d’évaluation diagnostique, évitant ainsi l’exportation acritique de catégories psychopathologiques occidentales vers des univers culturels dotés d’autres systèmes de sens.
De plus, l’APF s’efforce de promouvoir le multiculturalisme au sein même de la communauté des chercheurs en encourageant l’accès aux bourses pour les scientifiques issus de minorités ethnoculturelles sous-représentées. Cette diversification du corps des chercheurs contribue à renouveler les paradigmes de recherche, à poser de nouvelles questions empiriques et à concevoir des interventions psychologiques culturellement adaptées aux réalités des populations migrantes et des réfugiés.
13. Critiques, débats et limites institutionnelles
En dépit de son prestige et de ses contributions indiscutables, l’American Psychological Foundation fait l’objet de plusieurs débats au sein de la communauté scientifique.
La critique la plus récurrente concerne le volume financier unitaire de ses bourses d’amorçage. Les dotations de l’APF oscillent généralement entre 5 000 et 25 000 dollars, des sommes considérées par certains critiques comme modestes au regard des coûts exorbitants de la recherche contemporaine, notamment en neuroimagerie fonctionnelle ou en génétique comportementale. Si ces montants suffisent à financer des études comportementales en ligne ou des analyses qualitatives, ils contraignent parfois les chercheurs à réduire la taille de leurs échantillons, ce qui peut soulever des questions de puissance statistique à l’ère de la crise de la réplicabilité.
Un autre point de débat réside dans la dépendance historique de la fondation envers les legs et dons philanthropiques privés. Ce modèle de financement expose inévitablement l’organisme aux orientations et préférences thématiques des donateurs particuliers, risquant de surfinancer certains champs très spécifiques (comme la douance intellectuelle) au détriment de problématiques de santé publique universelles mais moins attractives pour les mécènes. Néanmoins, l’APF a réagi en créant des fonds non restreints (unrestricted funds), permettant à son conseil d’administration d’allouer les ressources avec souplesse en fonction des urgences sociétales émergentes.
Enfin, la proximité organique de l’APF avec l’American Psychological Association a parfois suscité des interrogations quant à son indépendance politique et scientifique, notamment lors des controverses ayant touché l’APA dans les années 2000 concernant l’implication de psychologues dans les interrogatoires militaires post-11 septembre. L’APF a toutefois maintenu une gouvernance fiduciaire distincte, affirmant sa fidélité exclusive aux principes éthiques de bienfaisance et d’intégrité scientifique.
14. Termes connexes et distinctions conceptuelles
Pour appréhender adéquatement le rôle de l’American Psychological Foundation, il convient de la distinguer précisément de plusieurs entités institutionnelles voisines :
- American Psychological Association (APA) : L’APA est une association professionnelle et syndicale représentant les psychologues aux États-Unis. Alors que l’APA se consacre à la défense des intérêts professionnels, à l’accréditation des cursus universitaires, à la publication de revues scientifiques et à la définition de lignes directrices déontologiques, l’APF est une fondation caritative dédiée au mécénat et à l’octroi direct de fonds de recherche.
- National Institute of Mental Health (NIMH) : Le NIMH est une agence gouvernementale fédérale américaine relevant des NIH. Doté d’un budget annuel de plusieurs milliards de dollars, le NIMH finance des essais cliniques à grande échelle et des recherches neurobiologiques majeures. L’APF intervient en amont, finançant les études pilotes exploratoires que le NIMH considère souvent comme trop risquées ou trop préliminaires.
- Association for Psychological Science (APS) : L’APS est une autre organisation savante américaine, axée exclusivement sur la psychologie scientifique fondamentale et expérimentale. L’APS n’administre pas de fondation philanthropique d’une envergure équivalente à celle de l’APF et ne dispose pas d’un réseau comparable de subventions d’amorçage.
- Bourses de recherche vs Prix honorifiques : Contrairement à des fondations qui se limitent à la remise de distinctions rétrospectives récompensant des accomplissements passés, l’APF combine reconnaissance honorifique et investissement prospectif sous forme de subventions d’études pour des projets à initier.
15. Synthèse et points clés à retenir
L’American Psychological Foundation incarne une force motrice incontournable pour la vitalité et l’évolution des sciences psychologiques globales. Les éléments cardinaux de sa contribution institutionnelle s’articulent ainsi :
- Catalyseur de l’innovation : Grâce à sa stratégie de capital-risque scientifique, l’APF finance des projets novateurs et audacieux à leurs stades initiaux, comblant le fossé laissé par les agences gouvernementales plus conservatrices.
- Soutien indéfectible à la relève : L’organisation privilégie massivement les étudiants diplômés et les psychologues en début de carrière, garantissant le renouvellement générationnel et intellectuel des sciences comportementales.
- Engagement sociétal résolu : Les subventions ciblent prioritairement des défis sociétaux majeurs tels que la prévention de la violence, l’éradication des discriminations et la réduction des disparités d’accès à la santé mentale.
- Autonomie et rigueur philanthropique : Bien qu’affiliée à l’APA, l’APF opère avec un statut d’organisation à but non lucratif autonome, guidée par une sélection par les pairs intransigeante et éthique.
- Portée translationnelle : L’APF transforme la rigueur des découvertes psychologiques fondamentales en leviers concrets d’amélioration du bien-être individuel et collectif.
Références
- American Psychological Foundation. (2023). Advancing psychology to impact lives: Annual report and grantmaking priorities. APF Publications. https://www.apa.org/apf
- Benjamin, L. T. (2007). A brief history of modern psychology. Blackwell Publishing.
- Dewsbury, D. A. (1997). Unification through division: Histories of the divisions of the American Psychological Association. American Psychological Association. https://www.apa.org
- Pickren, W. E., & Rutherford, A. (2010). A history of modern psychology in context: Facing the mind and brain. John Wiley & Sons.
- VandenBos, G. R. (Ed.). (2015). APA dictionary of psychology (2nd ed.). American Psychological Association.