AACS : Au cœur de la sexologie clinique

L’American Academy of Clinical Sexologists (AACS) est une institution pionnière d’enseignement doctoral ayant façonné la pratique et l’éthique de la sexologie clinique moderne.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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L’American Academy of Clinical Sexologists, Inc. (AACS) représente une institution pionnière dans l’histoire de la professionnalisation et de la formation universitaire supérieure en sexologie clinique aux États-Unis. Fondée pour structurer la pratique thérapeutique des troubles de la sexualité humaine au niveau doctoral, l’organisation a joué un rôle d’avant-garde en intégrant les découvertes de la psychologie, de la psychiatrie et de la biomédecine dans un cursus clinique rigoureux.

American Academy of Clinical Sexologists (AACS)

1. Définition concise

L’American Academy of Clinical Sexologists, Inc. (AACS) est un établissement universitaire privé et indépendant d’études supérieures, historiquement agréé dans l’État de Floride, dédié à l’enseignement doctoral et à l’accréditation des professionnels de santé mentale et du domaine biomédical souhaitant se spécialiser dans l’évaluation, le diagnostic et le traitement psychothérapeutique des dysfonctions et des dynamiques sexuelles complexes.

Fondée sous la direction de figures éminentes de la sexologie contemporaine, en particulier le psychologue et sexologue américain William A. Granzig, l’académie s’est distinguée en établissant un cursus menant au doctorat de recherche et d’exercice (Ph.D.) en sexologie clinique. Contrairement à de simples associations corporatives de réseautage, l’AACS a opéré principalement comme une institution académique diplômante de troisième cycle, exigeant des postulants une licence clinique préalable ou un master en relation d’aide et disciplines médicales afin de professionnaliser la thérapie sexuelle sous une bannière scientifique standardisée.

Elle se définit également comme une passerelle institutionnelle vers des titres de spécialistes certifiés par des pairs, collaborant étroitement avec des commissions de qualification telles que l’American Board of Sexology (ABS) pour promouvoir un code de déontologie rigoureux, la recherche factuelle et des protocoles thérapeutiques fondés sur des données probantes dans l’espace clinique international.

2. Étymologie et origine linguistique

L’intitulé « American Academy of Clinical Sexologists, Inc. » puise son armature linguistique dans des racines gréco-latines et dans le droit institutionnel corporatif anglo-américain. Le syntagme « American Academy » renvoie à la tradition platonicienne de l’Akadêmeia (Ἀκαδήμεια), école philosophique antique désignant initialement le sanctuaire dédié au héros Académos, avant de devenir par métonymie le symbole des hautes études scientifiques et des corps savants réunis pour la transmission du savoir universel.

L’adjectif « clinique » dérive du grec klinikê (κλινική), se rapportant au lit du patient (klinê), qui a consacré dans la médecine moderne et la psychologie clinique l’observation directe, l’écoute diagnostique et le traitement individualisé de la souffrance psychopathologique ou somatique au chevet de l’individu. Le vocable « sexologue » conjugue la racine latine sexus (la distinction biologique des sexes, la sexualité) et le suffixe grec logos (λόγος), traduisant le discours rationnel, la discipline académique et la compréhension scientifique. La sexologie, terme introduit au tournant du XXe siècle par des aliénistes et biologistes européens comme Iwan Bloch, prend ici sa déclinaison appliquée : le « sexologue clinicien » n’est pas uniquement un observateur descriptif du comportement érotique, mais un praticien habilité à intervenir sur les pathologies de l’intimité.

Enfin, le suffixe corporatif « Inc. » (abréviation d’Incorporated) formalise la reconnaissance juridique de l’institution en tant que personne morale à but éducatif et scientifique selon les statuts régulateurs du système d’enseignement post-secondaire nord-américain.

3. Prononciation et forme grammaticale

En français, le titre complet s’énonce selon les règles de la phonétique anglaise américanisée, ou bien se traduit littéralement par l’« Académie américaine des sexologues cliniciens » :

  • Forme grammaticale : Nom propre composé féminin singulier lorsqu’on fait référence à l’Académie (« l’AACS est reconnue… »).
  • Sigle usuel : AACS (prononcé alphabétiquement en français [a-a-se-ɛs] ou phonétiquement à l’anglaise [eɪ-eɪ-siː-ɛs]).
  • Variantes orthographiques rencontrées dans la littérature : American Academy of Clinical Sexology (employé au singulier dans les derniers registres d’agrément de l’État de Floride) et American Academy of Clinical Sexologists, Inc. (appellation juridique originelle enregistrée).

Dans la pratique rédactionnelle académique francophone, il est d’usage d’employer l’acronyme anglais accompagné d’une glose explicative ou de le conserver tel quel entre parenthèses après la traduction du nom pour maintenir l’exactitude des archives documentaires et universitaires internationales.

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender la portée de l’AACS, il convient de replacer son action au carrefour de la santé mentale, de la médecine psychosomatique et de la science relationnelle. Durant la seconde moitié du XXe siècle, la pratique de la thérapie sexuelle a longtemps souffert d’un flou épistémologique et réglementaire. N’importe quel conseiller, médecin généraliste ou travailleur social pouvait s’improviser thérapeute de couple ou conseiller en sexualité sans posséder de maîtrise approfondie de la neurobiologie de l’excitation, des pharmacologies incidentes, des dynamiques de transferts spécifiques ou des intrications perverses et traumatiques.

L’AACS a été instituée pour combler cette lacune systémique en postulant que la sexologie clinique constitue une sur-spécialité de troisième cycle à part entière. Le périmètre conceptuel de l’académie repose sur l’impératif suivant : la sexualité humaine ne saurait être réduite à une simple dimension biologique ou réflexe, ni à un pur construit socioculturel désincarné. Elle mobilise des processus neuroendocriniens, des représentations psychodynamiques inconscientes, des apprentissages cognitivo-comportementaux et des dynamiques systémiques de couple.

En conséquence, l’institution a borné son champ d’action pédagogique autour d’un modèle d’admission sélectif. Ne pouvaient prétendre aux diplômes doctoraux que des professionnels disposant d’une pratique clinique attestée (psychologues cliniciens, psychiatres, infirmiers praticiens en psychiatrie, conseillers conjugaux agréés, travailleurs sociaux cliniciens). L’enseignement n’avait pas pour vocation d’enseigner les fondements de la psychothérapie générale, mais de transposer ces compétences préalables aux spécificités de la sexualité humaine : traitement des paraphilies, levée des inhibitions érectiles d’origine psychogène, rééducation de l’éjaculation prématurée, prise en charge des dyspareunies et du vaginisme, gestion des répercussions psychosexuelles consécutives aux chirurgies pelviennes ou oncologiques, et accompagnement éthique des minorités sexuelles et de genre.

Ce positionnement a permis à l’AACS de faire progresser la profession du statut d’orientation théorique informelle vers celui de discipline académique structurée, dotée de manuels de formation clinique, de protocoles de supervision rigoureux et de jurys d’évaluation doctorale sanctionnant des mémoires originaux.

5. Évolution historique

L’histoire de l’American Academy of Clinical Sexologists s’inscrit directement dans la continuité de la révolution sexologique initiée aux États-Unis par Alfred Kinsey dans les années 1940 et 1950, puis par les travaux empiriques monumentaux de William Masters et Virginia Johnson dans les années 1960. À cette époque, la publication de Human Sexual Inadequacy (1970) prouva que de nombreux dysfonctionnements sexuels pouvaient être résolus par des thérapies brèves comportementales et éducatives ciblées, générant une demande sociale et thérapeutique sans précédent.

Face à l’essor des pratiques informelles et parfois douteuses des années 1970, le docteur William A. Granzig — chercheur influent et sixième président de l’American Association of Sexuality Educators, Counselors and Therapists (AASECT) de 1978 à 1980 — a pris la mesure du besoin d’un ancrage doctoral. Conjointement avec des collègues universitaires, il a œuvré à la structuration d’une entité académique indépendante capable d’offrir un Ph.D. spécifiquement orienté vers la clinique sexologique, conduisant à la constitution de l’AACS.

Initialement associée institutionnellement à l’Université Maimonides à North Miami Beach en Floride, l’académie a ensuite établi son campus principal et ses activités administratives à Orlando. Elle a opéré avec l’autorisation officielle de la Commission for Independent Education du Département de l’Éducation de Floride (licence n° 3439). Durant les années 1980 et 1990, l’AACS a entretenu des ponts étroits avec les grandes figures de la sexologie mondiale, comptant parmi ses soutiens ou ses pairs accrédités des sommités telles que Helen Singer Kaplan, Albert Ellis ou Ruth Westheimer.

En parallèle, pour répondre au besoin d’une reconnaissance indépendante par les pairs au-delà du monde universitaire traditionnel, le docteur Granzig a cofondé à la fin des années 1980 l’American Board of Sexology (ABS), concevant l’AACS comme le creuset de formation intellectuelle et l’ABS comme l’organisme de certification professionnelle (diplomate status). L’AACS a continué de former des promotions de spécialistes internationaux jusqu’au décès de son président fondateur en 2020, événement marquant la fermeture administrative de la structure historique, tout en laissant un héritage pérenne par l’entremise de ses milliers de diplômés exerçant aux quatre coins du globe.

6. Fondements théoriques

Le corpus théorique transmis au sein de l’AACS ne relève pas d’une école de pensée exclusive, mais articule de manière novatrice quatre grands paradigmes scientifiques contemporains :

En premier lieu, le paradigme cognitivo-comportemental (TCC), héritier direct de Joseph Wolpe et de Masters et Johnson. Cette approche postule que la majorité des dysfonctions sexuelles secondaires (telles que l’impuissance psychogène ou l’anorgasmie) sont maintenues par l’anxiété de performance, le rôle d’auto-observation critique (le statut de spectateur) et des conditionnements aversifs. L’académie a enseigné l’usage systématique de la désensibilisation systématique in vivo, des techniques de focalisation sensorielle (sensate focus) et de restructuration des croyances dysfonctionnelles au sujet de la sexualité.

En deuxième lieu, l’intégration psychodynamique inspirée des travaux de la psychiatre Helen Singer Kaplan. L’AACS a intégré le modèle triphasique de la réponse sexuelle (désir, excitation, orgasme), reconnaissant que les troubles du désir hypoactif trouvent souvent leur racine dans des conflits intrapsychiques inconscients, des deuils non résolus, des blessures narcissiques ou des dynamiques relationnelles d’évitement de l’intimité. Les sexologues de l’AACS étaient formés à repérer ces résistances sous-jacentes pour éviter les rechutes thérapeutiques fréquentes des approches purement comportementales.

En troisième lieu, la perspective systémique et interactionnelle. La sexualité y est appréhendée comme un baromètre de la relation de couple. Les modèles de David Schnarch sur la différentiation de soi et l’intimité conjugale ont constitué des piliers majeurs de l’enseignement dispensé, invitant le praticien à travailler sur la tolérance à l’anxiété au sein du couple plutôt que sur la simple réduction symptomatique immédiate.

Enfin, le modèle bio-psycho-social contemporain formulé par George Engel a servi de cadre intégrateur unifié. L’AACS a insisté sur l’étiologie multifactorielle de toute plainte sexuelle : l’évaluation minutieuse des paramètres vasculaires, endocriniens (taux de testostérone, prolactine), neurologiques et iatrogènes (effets secondaires des antidépresseurs sérotoninergiques, antihypertenseurs) constitue un prérequis incontournable avant d’engager toute prise en charge psychothérapeutique.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

L’architecture de l’académie et son action dans le domaine de la sexologie reposaient sur des dimensions pédagogiques et cliniques bien distinctes, formalisées au sein de sa structure :

  • Cursus doctoral en sexologie clinique (Ph.D. Program) : Programme d’études avancées comprenant des séminaires théoriques intensifs, des cours magistraux de biologie humaine de la reproduction, des modules avancés de nosographie sexuelle et la soutenance d’une thèse de recherche originale.
  • Condition d’admission sur titre clinique : Obligation stricte pour les candidats d’être détenteurs d’une licence d’exercice d’État en santé mentale (psychologue, psychiatre, Licensed Professional Counselor, Licensed Marriage and Family Therapist, travailleur social clinicien) ou d’un diplôme médical correspondant.
  • Stages cliniques et supervision directe : Exigence de centaines d’heures de pratique clinique supervisée au cours desquelles les étudiants présentaient des cas thérapeutiques réels à des superviseurs seniors agréés par l’Académie.
  • Cadre déontologique et éthique spécifique : Adhésion inconditionnelle à une charte déontologique traitant spécifiquement des frontières thérapeutiques, de la nudité en clinique (formellement proscrite pour le thérapeute), du consentement éclairé et de l’interdiction de tout contact sexuel direct avec le patient.
  • Articulation avec le statut de Diplomate : Collaboration organique avec des jurys professionnels évaluant les compétences acquises en vue de l’obtention du statut honorifique de clinicien émérite (Board Certified Sex Therapist).

8. Exemples et cas illustratifs

Pour illustrer la méthodologie clinique promue par l’AACS, considérons le cas d’un couple se présentant pour une anérection secondaire chez un homme de quarante-cinq ans, accompagnée d’un évitement systématique des rapports au sein du couple depuis deux ans.

Un praticien formé selon les standards de l’AACS n’aurait pas immédiatement proposé un traitement médicamenteux pro-érectile sans investigation approfondie. Le protocole clinique enseigné débute par un dépistage médical complet (recherche de diabète de type 2, bilan lipidique, profil hormonal) afin d’écarter ou de quantifier une composante organique sous-jacente. Simultanément, le clinicien évalue l’histoire sexuelle des deux partenaires à l’aide d’anamnèses croisées individuelles et conjointes.

Dans un cas typique, le clinicien identifie une anxiété de performance majeure apparue suite à un épisode passager de défaillance érectile, renforcée par une communication de couple devenue conflictuelle où la partenaire interprète la panne comme un désamour. L’approche de l’AACS combine la psychoéducation sur le cycle de la réponse sexuelle, la prescription d’exercices progressifs de sensate focus sans exigence de coït, et une restructuration cognitive visant à dédramatiser l’absence d’érection rigide. En dissociant l’intimité corporelle de l’obligation de pénétration, la pression d’évaluation s’effondre, permettant le rétablissement spontané de la fonction érectile.

Un second exemple concerne la prise en charge d’un trouble du désir sexuel hypoactif chez une patiente ayant subi un traumatisme sexuel à l’adolescence. Le modèle de l’AACS préconise ici une articulation délicate entre la thérapie du trauma (telle que l’EMDR ou l’exposition prolongée) et une désensibilisation graduelle corporelle menée avec le consentement actif de la patiente, évitant toute retraumatisation et réconciliant le schéma corporel avec le registre du plaisir.

9. Évaluation et méthodologie de mesure

La pratique de la sexologie clinique au sein du cadre promu par l’AACS s’appuie sur une démarche rigoureuse d’évaluation psychométrique et sémiologique. L’anamnèse sexuelle constitue l’outil primordial : elle retrace chronologiquement l’éveil sensuel, les premières expériences, l’éducation morale et religieuse reçue, les traumatismes éventuels et l’historique précis du symptôme actuel.

Les cliniciens s’appuient sur des batteries de questionnaires validés internationalement pour quantifier la sévérité des dysfonctionnements, notamment :

  • L’Indice international de la fonction érectile (IIEF) pour mesurer la fonction érectile, la satisfaction globale, l’orgasme et le désir chez l’homme.
  • L’Indice de la fonction sexuelle féminine (FSFI), évaluant le désir, l’excitation subjective et physiologique, la lubrification, l’orgasme, la satisfaction et la douleur pelvienne.
  • L’Inventaire d’anxiété sexuelle et les échelles de communication conjugale (telles que le Dyadic Adjustment Scale).

Sur le plan diagnostique, l’AACS a toujours exigé de ses étudiants une maîtrise absolue des nomenclatures psychiatriques officielles, principalement le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) et la Classification internationale des maladies (CIM), tout en maintenant un regard critique sur la pathologisation indue des variations sexuelles non préjudiciables.

10. Applications cliniques et portée pratique

Les retombées pratiques des programmes de l’AACS se manifestent dans de multiples contextes professionnels à travers le monde :

En cabinet de consultation libérale, les diplômés de l’AACS interviennent comme thérapeutes sexuels spécialisés, recevant des individus ou des couples orientés par des médecins de famille, des urologues ou des gynécologues confrontés à l’échec de traitements purement pharmacologiques.

En milieu hospitalier et oncologique, les praticiens formés appliquent ces compétences dans les services d’onco-urologie et d’onco-gynécologie pour accompagner la réhabilitation sexuelle de patients ayant subi une prostatectomie radicale, une mastectomie ou des radiothérapies pelviennes destructrices de tissus érectiles ou muqueux.

Dans le domaine médicolégal et pénitentiaire, la formation permet l’évaluation clinique et la prise en charge thérapeutique des auteurs d’infractions à caractère sexuel, ainsi que le diagnostic différentiel complexe entre paraphilies non criminelles et troubles paraphiliques entraînant un passage à l’acte dommageable envers autrui.

Enfin, au sein des universités et des institutions de formation continue, les anciens membres de l’AACS ont contribué à concevoir les programmes d’enseignement pour les nouvelles générations de psychologues, assurant la transmission de protocoles empiriques rigoureux face à l’avalanche de désinformation véhiculée par les réseaux sociaux et la pornographie numérique non régulée.

11. Recherche empirique et données probantes

Le développement de l’AACS a coïncidé avec l’essor d’une recherche sexologique de plus en plus sophistiquée, abandonnant les simples spéculations psychanalytiques pour se fonder sur la biomécanique, les neurosciences affectives et les études cliniques contrôlées.

Les recherches menées ou relayées par les figures associées à l’académie ont démontré l’efficacité supérieure des approches intégratives combinant la thérapie sexologique de couple et les thérapies pharmacologiques adjuvantes (telles que les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 comme le sildénafil). Des études coordonnées par des chercheurs comme Raymond Rosen ont confirmé que la pharmacothérapie seule présente un taux d’abandon supérieur à 50 % si les composantes psychologiques, relationnelles et cognitives du couple ne sont pas traitées conjointement.

De même, les travaux sur la douleur génito-pelvienne menés par des équipes internationales (comme celles d’Yitzchak Binik et Sophie Bergeron) ont pleinement validé la pertinence du modèle d’évaluation intégrative défendu par l’AACS : le vaginisme et la vestibulodynie sont aujourd’hui officiellement reconnus comme des syndromes douloureux chroniques musculo-squelettiques et neuropathiques nécessitant une approche interdisciplinaire conjuguant rééducation périnéale et psychothérapie cognitivo-comportementale.

12. Considérations socioculturelles et diversité

L’un des défis majeurs auxquels l’AACS s’est confrontée au fil des décennies réside dans l’évolution des normes culturelles relatives au genre, à l’orientation sexuelle et aux modèles relationnels. Les concepts développés dans les années 1970 aux États-Unis portaient initialement l’empreinte d’une vision hétéronormée et monogame du couple conjugal traditionnel.

Sous la pression des études de genre et des mouvements de défense des minorités sexuelles, l’AACS a dû réviser ses cadres de référence pour intégrer la diversité sexuelle sans préjugé moral. La dépathologisation définitive de l’homosexualité par l’American Psychological Association en 1973, suivie plus tard par la dépsychiatrisation de la transidentité, a nécessité une transformation profonde des curricula cliniques.

De plus, l’exercice de la sexologie clinique exige une vigilance transculturelle absolue. Les manifestations de la pudeur, les tabous linguistiques, le rôle attribué à la femme et à l’homme dans le contrat matrimonial et les représentations spirituelles du corps varient considérablement d’une communauté ethnique ou religieuse à une autre. Les diplômés étaient formés à pratiquer une écoute contextualisée, évitant d’imposer des modèles de libération ou d’affirmation sexuelle occidentaux qui pourraient heurter les loyautés familiales ou l’équilibre culturel de leurs patients.

13. Critiques, controverses et limites

Malgré sa contribution reconnue à l’enseignement de la sexologie, l’American Academy of Clinical Sexologists n’a pas échappé à des controverses significatives inhérentes au système américain d’enseignement supérieur indépendant :

La critique principale a porté sur la nature de son accréditation institutionnelle. Bien que détentrice d’une licence légale d’exploitation d’État auprès de la Commission for Independent Education en Floride, l’AACS ne bénéficiait pas de l’accréditation régionale délivrée par les grandes agences reconnues par le Département américain de l’Éducation (telle que la SACSCOC). Pour certains détracteurs et milieux académiques traditionnels, les doctorats délivrés par des instituts privés indépendants présentaient un risque de disparité de standard académique comparés aux programmes de Ph.D. de psychologie clinique des grandes universités de recherche publiques ou fédérales.

Une autre controverse récurrente a concerné les rivalités corporatistes entre organismes de certification aux États-Unis. Des tensions ont pu exister entre l’AASECT, organisme historique certifiant sans pour autant délivrer de diplômes universitaires, et des structures combinant enseignement doctoral autonome et certifications collatérales comme l’AACS et l’American Board of Sexology. Certains observateurs ont dénoncé la fragmentation du paysage professionnel, générant parfois une confusion auprès du grand public quant à la valeur respective des différents titres et certificats de sexologue.

Enfin, la fermeture définitive de l’académie en 2020 suite à la disparition de ses figures tutélaires illustre la fragilité des institutions universitaires privées reposant fortement sur le charisme et le leadership d’une poignée de pionniers fondateurs, sans adossement financier pérenne à un grand complexe hospitalo-universitaire public.

14. Termes connexes et distinctions

Dans la littérature spécialisée et l’exercice quotidien, plusieurs concepts et organismes voisins côtoient l’AACS. Il importe d’établir des distinctions nettes :

  • Sexologue clinicien (Clinical Sexologist) vs Thérapeute sexuel (Sex Therapist) : Si les deux termes sont souvent employés de façon interchangeable dans le langage courant, le thérapeute sexuel est obligatoirement un psychothérapeute agréé menant des cures de modification comportementale et affective, tandis que le sexologue clinicien peut également intervenir comme consultant expert, éducateur de haut niveau ou évaluateur sans nécessairement conduire de psychothérapie au long cours.
  • AASECT (American Association of Sexuality Educators, Counselors and Therapists) : Principale association professionnelle nord-américaine de certification par les pairs, fondée en 1967. Contrairement à l’AACS, l’AASECT n’a jamais été un établissement d’enseignement supérieur conférant des diplômes doctoraux universitaires (Ph.D.), mais une association accréditrice de formations continues.
  • American Board of Sexology (ABS) : Conseil d’examen et organisme de qualification par les pairs fondé en 1989 par William Granzig pour décerner le statut de Diplomate aux cliniciens titulaires d’une formation doctorale reconnue ou équivalente.
  • IASHS (Institute for Advanced Study of Human Sexuality) : Autre institution d’études supérieures pionnière basée à San Francisco, proposant également des diplômes doctoraux en sexologie, mais avec une orientation historiquement plus orientée vers les libertés civiles, la recherche socio-comportementale et l’érotisme que sur la stricte sur-spécialité psychothérapeutique d’exercice réservée aux soignants agréés, marque de fabrique de l’AACS.

15. Synthèse et points clés à retenir

L’American Academy of Clinical Sexologists (AACS) demeure un jalon fondamental dans l’histoire de la thérapie sexuelle moderne. En érigeant la sexologie clinique au rang de discipline doctorale autonome réservée à des praticiens déjà dûment diplômés et licenciés en santé mentale ou en médecine, l’AACS a contribué à sortir le traitement des dysfonctions érotiques de l’amateurisme empirique.

Grâce à la synthèse des modèles comportementaux, psychodynamiques, systémiques et biomédicaux, l’académie a permis la diffusion de protocoles thérapeutiques structurés, garantissant aux patients une prise en charge éthique, scientifique et bienveillante des troubles de l’intimité. Bien que son cycle d’enseignement direct se soit achevé en 2020, les principes épistémologiques et cliniques défendus par l’institution continuent d’irriguer les standards des associations internationales et la pratique de milliers de sexologues cliniciens à travers le monde.

Références

  • American Psychological Association. (2018). American Academy of Clinical Sexologists, Inc. (AACS). APA Dictionary of Psychology. https://dictionary.apa.org/american-academy-of-clinical-sexologists-inc
  • American Board of Sexology. (2024). History and legacy of clinical sexology credentials. https://americanboardofsexology.org/
  • Kaplan, H. S. (1974). The New Sex Therapy: Active Treatment of Sexual Dysfunctions. Brunner/Mazel.
  • Masters, W. H., & Johnson, V. E. (1970). Human Sexual Inadequacy. Little, Brown and Company.
  • Wylie, K. (2015). ABC of Sexual Health (3rd ed.). Wiley-Blackwell.

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 23). AACS : Au cœur de la sexologie clinique. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=american-academy-of-clinical-sexologists-aacs
Looti, Mohammed. “AACS : Au cœur de la sexologie clinique.” Base de données de psychologie en français, 23 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=american-academy-of-clinical-sexologists-aacs.
Looti, Mohammed. “AACS : Au cœur de la sexologie clinique.” Base de données de psychologie en français. octobre 23, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=american-academy-of-clinical-sexologists-aacs.