Adduction : Anatomie, Corps et Cognition

L’adduction désigne le mouvement anatomique de rapprochement vers l’axe médian du corps. Analyse biomécanique, neuropsychologique et clinique de ses implications.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 22, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 22, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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L’adduction désigne fondamentalement le mouvement biomécanique par lequel un membre ou une structure anatomique se rapproche du plan sagittal médian du corps ou de l’axe central d’un membre. Bien qu’ancrée de prime abord dans la kinésiologie et l’anatomie fonctionnelle, l’adduction prend une dimension cruciale en neuropsychologie, en psychomotricité et en psychologie incarnée, où elle traduit des dynamiques fondamentales de repli, de protection somatique, d’inhibition comportementale et de régulation affective.

Adduction

1. Définition concise

En anatomie fonctionnelle et en biomécanique, l’adduction est définie comme le déplacement cinématique d’un segment corporel se dirigeant vers le plan médian du corps ou vers l’axe directeur d’une extrémité anatomique. Ce vecteur de rapprochement s’oppose directement à l’abduction, qui éloigne le segment considéré de la ligne médiane de référence.

Dans le domaine des sciences psychologiques, de la neuropsychologie motrice et de la cognition incarnée, l’adduction dépasse sa stricte acception descriptive musculo-squelettique. Elle est analysée en tant que manifestation motrice élémentaire participant aux schèmes d’approche et d’évitement, aux synergies posturales d’autoprotection, ainsi qu’aux marqueurs non verbaux de l’état émotionnel et affectif. Qu’il s’agisse de la fermeture protectrice des membres supérieurs, du resserrement des cordes vocales lors du stress aigu ou de la convergence oculaire sous forte charge cognitive, l’adduction incarne la dynamique somatique du centrage, de la rétraction ou de la focalisation interne.

2. Étymologie et origine linguistique

Le vocable « adduction » provient du latin classique adductio, substantif dérivé du verbe transitif adducere, lui-même formé par l’agglutination du préfixe directionnel ad- (signifiant « vers », « en direction de ») et du verbe ducere (signifiant « conduire », « mener », « tirer »). Sur le plan littéral, l’adduction renvoie donc à l’action de « conduire vers soi » ou de « ramener vers un point d’origine ».

Le terme a d’abord émergé dans le vocabulaire médical et chirurgical de la Renaissance, s’imposant formellement dans la nomenclature anatomique latine sous la désignation motus adductivus au cours des XVIe et XVIIe siècles pour qualifier les muscles adducteurs (musculi adductores). Progressivement, avec la naissance de la physiologie expérimentale au XIXe siècle et de la psychomotricité au XXe siècle, le terme s’est diffusé pour décrire non seulement le mouvement articulaire passif ou actif, mais également les synergies motrices associées aux patterns posturo-émotionnels et neuromoteurs de recentrage corporel.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan phonétique, le mot se prononce /a.dyk.sjɔ̃/ en français standard. Il s’agit d’un substantif féminin singulier (« une adduction », « l’adduction »), dont la forme plurielle régulière est « adductions ». L’adjectif relationnel associé est « adducteur » (au masculin) et « adductrice » (au féminin), couramment employé pour qualifier les faisceaux musculaires (les muscles adducteurs) ou le mouvement cinématique lui-même (mouvement adducteur).

Sur le plan de l’usage syntaxique, l’adduction régit fréquemment des compléments de détermination précisant l’articulation ou le segment mis en jeu (par exemple : « l’adduction du bras », « l’adduction de la hanche », « l’adduction des plis vocaux » ou « l’adduction oculaire »). En sémiologie clinique et psychologique, l’expression s’emploie également pour qualifier des configurations posturales globales traduisant une posture adduite ou un repli défensif.

4. Explication conceptuelle détaillée

Pour appréhender l’adduction dans toute sa complexité conceptuelle, il convient d’examiner ses trois niveaux d’organisation : biomécanique, neurologique et psychologique. Au plan purement cinématique, l’adduction s’exécute généralement dans un plan frontal ou coronal autour d’un axe antéro-postérieur (sagittal). Lorsqu’un individu en position anatomique de référence abaisse son bras tendu pour le ramener le long du flanc, ou lorsqu’il franchit la ligne médiane avec une jambe, les effecteurs neuromusculaires exécutent une adduction. Ce mouvement requiert une balance réciproque très précise : la contraction concentrique des muscles agonistes adducteurs doit s’accompagner d’un relâchement dosé ou d’un allongement excentrique des muscles antagonistes abducteurs.

Sur le plan de la neuropsychologie motrice, l’adduction s’intègre au sein de synergies posturales complexes régulées par les voies cortico-spinales et les circuits sous-corticaux, notamment les noyaux gris centraux, le tronc cérébral et le cervelet. L’orientation des membres vers le centre corporel reflète une organisation téléologique de l’espace péripersonnel. Ramener les mains ou les avant-bras vers l’axe médian permet d’interagir avec des objets tenus près du tronc, de minimiser le rayon d’inertie biomécanique pour stabiliser la posture, ou encore de constituer un bouclier anatomique devant les organes vitaux et la région viscérale.

En psychologie incarnée (cognition incarnée) et en éthologie humaine, l’adduction des membres représente l’un des piliers moteurs du comportement de fermeture somatique. Alors que l’abduction des membres est classiquement corrélée à l’expansion, à l’exploration territoriale, à l’affirmation de dominance ou à l’extériorisation affective, les postures d’adduction prolongée sont préférentiellement recrutées lors d’états d’inhibition comportementale, de retrait affectif, d’appréhension ou d’économie énergétique. L’adduction des épaules et des bras contre la cage thoracique, conjuguée à une flexion céphalique, constitue le patron stéréotypé de la posture de capitulation ou de protection face à une menace perçue.

Enfin, le concept s’étend aux organes sensoriels et phonatoires. L’adduction oculaire unilatérale ou bilatérale (convergence) permet la focalisation fovéale conjointe sur un stimulus situé à faible distance, servant de support mécanique à l’attention visuelle soutenue et au traitement cognitif approfondi. De même, l’adduction des plis vocaux (cordes vocales) conditionne la phonation : un hyper-serrage adducteur traduit fréquemment une hyperactivation du système nerveux sympathique liée à l’anxiété de performance, provoquant une dysphonie de tension ou un blocage vocal.

5. Développement historique

L’histoire de l’adduction s’inscrit au carrefour de l’anatomie moderne, de la neurologie clinique et de la psychodynamique corporelle. Dès le XVIe siècle, André Vésale décrit avec minutie dans son traité fondateur De humani corporis fabrica (1543) les faisceaux musculaires responsables du rapprochement des membres, posant les bases descriptives de la cinétique segmentaire.

Au XIXe siècle, les pionniers de la physiologie motrice comme Guillaume Duchenne de Boulogne intègrent l’adduction dans l’étude des mimiques et des synergies musculaires. Par l’électrophysiologie localisée, Duchenne met en évidence la manière dont les contractions coordonnées des muscles du visage et du tronc participent à l’extériorisation des affects. Parallèlement, Charles Darwin, dans son ouvrage L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872), observe que les animaux et les humains adoptent systématiquement des postures d’adduction des membres et de repli central lorsqu’ils manifestent de la soumission, de la détresse ou de la terreur, afin de réduire la surface d’exposition aux blessures potentielles.

Au XXe siècle, le concept s’enrichit des apports de la psychanalyse corporelle et de la caractérologie somatique développées par Wilhelm Reich, puis par Alexander Lowen dans le cadre de l’analyse bioénergétique. Ces cliniciens identifient l’adduction chronique des épaules et le verrouillage médial des membres comme des cuirasses musculaires cristallisant des mécanismes de défense psychologiques inconscients contre l’angoisse d’abandon ou le traumatisme. Dans le même temps, les travaux de Julien de Ajuriaguerra en neuropsychiatrie de l’enfant montrent comment le tonus d’adduction-flexion domine la motricité néonatale avant de s’assouplir avec la maturation du système nerveux pyramidal et le développement de la communication intersubjective.

6. Fondements théoriques

L’étude de l’adduction repose sur plusieurs modèles théoriques convergents en sciences psychologiques et neurocognitives :

Le modèle de la cognition incarnée et située (Varela, Thompson & Rosch) postule que les processus cognitifs et émotionnels sont intrinsèquement façonnés par la structure et la motricité du corps physique. Selon cette perspective, les actions d’adduction et d’abduction ne sont pas de simples ordres moteurs efférents : elles modulent en retour le traitement sémantique et affectif. Les recherches sur les boucles sensori-motrices démontrent qu’induire une posture en adduction ou une contraction des muscles adducteurs prédispose l’esprit à des évaluations affectives spécifiques, en interaction avec les circuits de valence émotionnelle.

La théorie polyvagale de Stephen Porges fournit un ancrage neurobiologique solide aux dynamiques posturales d’adduction. Selon Porges, l’activation du système vagal dorsal primitif ou de l’axe de défense sympathique non résolu favorise des réactions d’immobilisation, de figement (freezing) ou de protection viscérale. Dans ce contexte, l’adduction réflexe des membres supérieurs vers le sternum et le repli du cou constituent la traduction motrice directe du circuit de survie face à une insécurité environnementale non négociable.

Le paradigme de l’approche et de l’évitement (élaboré notamment par John Cacioppo et ses collaborateurs) associe les dynamiques de flexion et d’adduction à la saisie protectrice ou au repli défensif selon le contexte de stimulation. Rapprocher les effecteurs de l’axe médian sert soit à sécuriser une ressource acquise contre soi (adduction d’appropriation), soit à ériger un écran de protection contre un stresseur exogène (adduction de barrage postural).

7. Composantes clés, types et dimensions

L’adduction se décline en différentes sous-catégories selon l’axe anatomique impliqué, la dimension fonctionnelle et le degré d’engagement psychomoteur :

  • Adduction appendiculaire supérieure : Rapprochement du bras vers le thorax au niveau de la ceinture scapulaire (articulation gléno-humérale), principalement sous l’action du grand pectoral, du grand dorsal et du grand rond. Sur le plan comportemental, cette composante intervient massivement dans l’étreinte, le portage d’objets, mais également dans les postures défensives de croisement des bras.
  • Adduction appendiculaire inférieure : Rapprochement de la cuisse vers la ligne médiane au niveau de la hanche (articulation coxo-fémorale), médié par le groupe des adducteurs (long, court, grand adducteur, gracile et pectiné). En sémiologie psychomotrice, une hypertonie des adducteurs inférieurs reflète souvent une raideur émotionnelle, un refus du contact ou une inhibition locomotrice.
  • Adduction des doigts et des orteils : Rapprochement des phalanges vers l’axe médian de la main (troisième doigt) ou du pied (deuxième orteil), assuré par les muscles interosseux palmaires et plantaires. Cette motricité fine intervient dans la préhension digitale serrée, révélatrice de tension psychologique ou de crispation motrice.
  • Adduction des cordes vocales (phonatoire) : Rapprochement des plis vocaux sur la ligne médiane du larynx par les muscles crico-aryténoïdiens latéraux et aryténoïdiens intermédiaires. Cette adduction hermétique permet la montée en pression sous-glottique nécessaire à l’émission de la voix et à l’expulsion d’urgence (toux, déglutition protectrice).
  • Adduction oculaire (convergence) : Rotation médiale du globe oculaire vers le nez commandée par le muscle droit médial, innervé par le nerf oculomoteur (III). Elle sous-tend la vision binoculaire proximale et la centration cognitive lors de la lecture ou de tâches d’attention sélective ciblée.
  • Adduction scapulaire (rétraction) : Rapprochement des omoplates vers la colonne vertébrale par l’action des trapèzes et des rhomboïdes, fréquemment mobilisée lors des attitudes d’ouverture thoracique ou d’alerte corporelle redynamisée.

8. Exemples et cas illustratifs

Pour illustrer la portée psychologique et clinique de l’adduction, plusieurs situations paradigmatiques méritent d’être explicitées :

Dans un contexte d’entretien d’embauche ou d’évaluation sous pression sociale, un candidat peut manifester une posture stéréotypée en adduction complète : coudes collés aux flancs, avant-bras ramenés sur l’abdomen, jambes serrées ou croisées à hauteur des genoux avec chevilles bloquées. Cette réduction drastique de l’espace occupé traduit une réactivité neuro-végétative au stress social : le sujet resserre involontairement son schéma corporel pour s’offrir le moins de vulnérabilité corporelle possible à l’interlocuteur perçu comme évaluateur menaçant.

En psychogériatrie et en neuropsychologie du vieillissement, l’observation d’un patient atteint de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé montre fréquemment l’apparition d’un syndrome de rétraction posturo-motrice. Ce tableau clinique se caractérise par une posture fœtale grabataire où l’adduction bilatérale permanente des cuisses et la flexion-adduction des avant-bras contre le tronc signent la régression motrice, la désafférentation cortico-sous-corticale et l’angoisse catastrophique non verbalisée.

Un autre cas représentatif concerne la pratique orthophonique et psychothérapeutique chez les patients souffrant de dysphonie spasmodique en adduction. Lors des épisodes d’anxiété aiguë ou de résurgence de conflits affectifs non résolus, les cordes vocales du patient entrent en adduction paroxystique incontrôlable lors de la tentative d’émission vocale. Le larynx se bloque, la voix devient hachée, étranglée, illustrant comment une hyperadduction physiologique localisée devient le réceptacle d’un spasme psycho-affectif somatisé.

9. Mesure et évaluation

L’évaluation des mouvements et des états d’adduction repose sur un continuum d’outils allant de la métrologie biomécanique de précision à l’analyse observationnelle psychomotrice et non verbale :

En biomécanique et en kinésiologie clinique, l’amplitude d’adduction articulaire se quantifie à l’aide d’un goniomètre manuel universel ou d’inclinomètres numériques, mesurant avec rigueur le débattement angulaire par rapport à l’axe zéro neutre. Les laboratoires d’analyse du mouvement utilisent aujourd’hui des systèmes optoélectroniques de capture du mouvement tridimensionnelle (tels que Vicon ou Qualisys) couplés à l’électromyographie de surface (EMG). Ces dispositifs permettent d’enregistrer le timing précis d’activation des faisceaux adducteurs, leur puissance contractile et d’éventuelles co-contractions pathologiques traduisant un déficit d’inhibition centrale.

Dans le domaine psychologique et psychiatrique, l’observation des postures d’adduction s’effectue via des échelles standardisées d’évaluation motrice et psychomotrice, telles que l’Examen Psychomoteur de Bucher, l’échelle de régression motrice de Thomas, ou des grilles de codage du comportement non verbal comme le Facial Action Coding System étendu aux postures corporelles (Body Action and Posture coding system – BAP). Les chercheurs y quantifient la fréquence, la durée et l’intensité des postures fermées (membres en adduction croisée) en fonction des stimuli émotionnels présentés au cours de l’évaluation.

10. Applications et portée pratique

La compréhension fine des patterns d’adduction trouve des retombées directes dans plusieurs champs d’application pratique :

En thérapie psychomotrice et en kinésithérapie intégrative, l’assouplissement des schèmes d’adduction tonique constitue un levier thérapeutique majeur pour désamorcer l’angoisse enkystée. Chez les patients souffrant de trouble anxieux généralisé ou de syndrome de stress post-traumatique, le travail de désengagement des adducteurs de hanche et de décollement des membres supérieurs permet de libérer la mécanique diaphragmatique, d’induire un rétrocontrôle proprioceptif apaisant et de réhabiliter la sensation de sécurité psychocorporelle.

En ergonomie et en psychologie du travail, l’évaluation des postures prolongées en adduction forcée (par exemple lors du maintien resserré d’outils manuels ou d’une assise contrainte en bureaux partagés) permet de prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS). Elle favorise également l’instauration d’espaces de travail favorisant une motricité variée, diminuant à la fois l’épuisement postural et la charge mentale associée à l’enfermement corporel.

Dans le champ de la communication interpersonnelle et du coaching professionnel, la sensibilisation à la cinématique corporelle aide les individus à prendre conscience de leurs adductions spontanées. Sans diaboliser les postures de fermeture qui répondent à un besoin temporaire de recentrage, les praticiens apprennent aux sujets à alterner consciemment entre adduction protectrice et abduction d’ouverture relationnelle pour optimiser la transmission de messages empathiques et affirmés.

11. Recherche et données empiriques

Les investigations en psychologie expérimentale et en neurosciences cognitives ont largement documenté l’interaction bidirectionnelle entre l’adduction motrice et le traitement cognitivo-émotionnel. Dans une étude devenue classique sur le feedback proprioceptif musculaire, John Cacioppo et ses collègues (1993) ont démontré l’influence de l’activation musculaire sur le jugement évaluatif : la flexion et l’adduction des bras vers le corps lors de la saisie d’un objet facilitent l’association de valences positives lorsqu’il s’agit d’assimilation (« amener vers soi ce que l’on désire »), mais activent un réflexe d’évitement négatif lorsque le mouvement est vécu comme une contention ou une crispation défensive face à une menace.

En neuropsychologie affective, des travaux d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) menés sur des paradigmes de postures corporelles menaçantes ont montré que la perception visuelle de congénères adoptant des postures d’adduction défensive déclenche une activation immédiate de l’amygdale et du cortex cingulaire antérieur chez l’observateur. Ce phénomène atteste de l’existence d’un système de neurones miroirs spécialisé dans le décodage rapide des signaux de détresse ou de rétraction motrice chez autrui, nécessaire à la survie collective et à la contagion émotionnelle.

12. Considérations culturelles et interculturelles

La manifestation et l’interprétation des postures d’adduction sont profondément modulées par les normes culturelles et de genre. Dans de nombreuses cultures occidentales contemporaines fortement imprégnées de valeurs individualistes et assertives, les postures d’expansion corporelle (faisant appel à l’abduction des membres, à l’élargissement des jambes et au déploiement des bras) sont socialement valorisées comme des signes de confiance en soi, de statut hiérarchique élevé et de leadership.

Inversement, dans plusieurs sociétés collectivistes d’Asie orientale, notamment au Japon avec la notion de kenshin ou de retenue corporelle polie, l’adduction modérée et harmonieuse des membres (genoux parfaitement joints, bras tenus près du torse, inclinaison sans écartement des membres) est perçue comme un témoignage indispensable de respect, de maîtrise de soi, de déférence et de raffinement relationnel. De surcroît, les assignations sociétales de genre ont historiquement prescrit aux femmes des postures strictes en adduction (cuisses serrées, coudes repliés) sous peine de transgresser les codes de modestie, tandis que l’abduction corporelle décomplexée (comme le phénomène contemporain décrit sous le terme de mansplaining ou manspreading) demeurait un privilège masculin intériorisé.

13. Critiques, débats et limites

L’assimilation systématique de l’adduction à un état psychologique négatif ou défensif fait l’objet de vives critiques épistémologiques et méthodologiques au sein de la communauté scientifique :

La première critique majeure concerne le réductionnisme de la « synergologie » vulgarisée et des manuels simplistes de langage corporel, qui postulent arbitrairement que le croisement des bras ou des jambes (adduction maximale) constitue indubitablement un signe de « fermeture psychologique », de mensonge ou de rejet d’autrui. Les chercheurs en kinésique scientifique rappellent avec force que l’adduction posturale répond d’abord à des impératifs d’homéothermie (conserver la chaleur corporelle dans un environnement frais), de décharge musculo-squelettique passive (soulager les érecteurs du rachis ou les articulations sacro-iliaques), ou simplement d’habitude biomécanique confortable, sans lien avec l’état d’esprit du sujet.

Un second débat théorique porte sur la réplication empirique des effets de « posture de pouvoir » (power posing) popularisés par Carney, Cuddy et Yap (2010), qui affirmaient que passer deux minutes dans une posture d’abduction expansive modifiait les taux sériques de testostérone et de cortisol par rapport à une posture d’adduction contractée. Des réplications indépendantes rigoureuses à large échelle menées ultérieurement n’ont pas confirmé les altérations endocriniennes revendiquées, bien que l’effet subjectif sur le sentiment de puissance ressenti persiste chez certains individus. L’adduction ne doit donc pas être sur-interprétée comme un agent causal biochimique automatique, mais analysée dans un contexte sémiotique et situationnel global.

14. Termes connexes et distinctions

Pour éviter toute ambiguïté terminologique au sein de la littérature spécialisée, il importe de distinguer formellement l’adduction des concepts voisins :

  • Abduction : Mouvement opposé strict qui écarte un membre ou un segment de la ligne médiane du corps. Alors que l’adduction rassemble vers l’intérieur, l’abduction projette vers l’extérieur et ouvre le schéma postural.
  • Flexion : Mouvement cinématique diminuant l’angle entre deux segments osseux, s’effectuant préférentiellement dans le plan sagittal (par exemple plier le coude). Bien que l’adduction et la flexion soient souvent associées dans les postures défensives globales de repli fœtal, elles opèrent sur des axes géométriques distincts.
  • Rotation médiale (ou interne) : Pivotement d’un os long autour de son propre axe longitudinal vers l’avant et le centre du corps. Bien qu’elle oriente la face antérieure du membre vers l’intérieur, elle ne déplace pas nécessairement l’ensemble du segment corporel à travers le plan sagittal.
  • Pronation : Mouvement spécifique de l’avant-bras amenant la paume de la main vers le bas ou l’arrière (ou du pied abaissant le bord médial). Elle concerne la torsion du squelette antébrachial et ne doit pas être confondue avec l’adduction du bras entier au niveau de l’épaule.
  • Rétraction posturale : Terme englobant en psychomotricité qui désigne l’attitude générale de diminution volumétrique du corps dans l’espace perçu, combinant fréquemment adduction appendiculaire, flexion vertébrale et tension axiale.

15. Synthèse et points clés à retenir

L’adduction est un concept carrefour dont la portée s’étend bien au-delà de sa définition anatomique première :

Sur le plan mécanique, elle désigne le mouvement par lequel un segment corporel est ramené vers l’axe médian sagittal du corps ou d’un membre directeur, grâce à la contraction coordonnée de groupes musculaires agonistes spécifiques.

Sur le plan neuropsychologique et comportemental, l’adduction participe aux schèmes phylogénétiques d’autoprotection, de dissimulation vitale, de concentration perceptivo-motrice et d’inhibition relationnelle. Elle s’oppose à la dispersion et à l’exploration expansive associées à l’abduction.

L’analyse clinique de l’adduction requiert une extrême prudence déontologique : elle ne peut être décodée de manière univoque sans contextualisation biomécanique, situationnelle, relationnelle et transculturelle. Intégrée avec rigueur dans les bilans psychomoteurs et les thérapies corporelles, elle constitue une fenêtre d’observation privilégiée sur la dynamique d’incarnation du sujet dans son espace propre.

Références

  • Cacioppo, J. T., Priester, J. R., & Berntson, G. G. (1993). Rudimentary determinants of attitudes: II. Arm flexion and extension have differential effects on attitudes. Journal of Personality and Social Psychology, 65(1), 5–17. https://doi.org/10.1037/0022-3514.65.1.5
  • Darwin, C. (1872). The expression of the emotions in man and animals. John Murray. https://doi.org/10.1037/10001-000
  • de Ajuriaguerra, J. (1970). Manuel de psychiatrie de l’enfant. Masson.
  • Lowen, A. (1975). Bioenergetics. Coward, McCann & Geoghegan.
  • Porges, S. W. (2011). The polyvagal theory: Neurophysiological foundations of emotions, attachment, communication, and self-regulation. W. W. Norton & Company.
  • Varela, F. J., Thompson, E., & Rosch, E. (1991). The embodied mind: Cognitive science and human experience. MIT Press. https://doi.org/10.7551/mitpress/6730.001.0001

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 22). Adduction : Anatomie, Corps et Cognition. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=adduction-anatomie-psychologie
Looti, Mohammed. “Adduction : Anatomie, Corps et Cognition.” Base de données de psychologie en français, 22 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=adduction-anatomie-psychologie.
Looti, Mohammed. “Adduction : Anatomie, Corps et Cognition.” Base de données de psychologie en français. octobre 22, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=adduction-anatomie-psychologie.