Activisme : Les ressorts de l’engagement

L’activisme désigne l’engagement intentionnel et soutenu pour le changement social ou politique. Découvrez ses fondements psychologiques, cognitifs et identitaires.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 22, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 22, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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L’activisme constitue l’un des vecteurs les plus puissants par lesquels les individus transforment leurs convictions éthiques et politiques en dynamiques collectives de transformation sociale. En psychologie sociale et politique, ce phénomène ne se réduit pas à une simple prise de position idéologique, mais engage des processus cognitifs, émotionnels et identitaires complexes qui façonnent la subjectivité humaine. Comprendre l’activisme permet ainsi de décrypter les mécanismes par lesquels la conscience individuelle s’articule à l’action civique pour contester les structures établies et promouvoir la justice sociale.

L’activisme en psychologie sociale et politique

1. Définition concise

L’activisme désigne l’engagement intentionnel, soutenu et souvent collectif d’un individu ou d’un groupe en faveur d’un changement social, politique, économique ou environnemental, ou au contraire en résistance à une telle transformation. En psychologie, il est conceptualisé comme une forme d’action collective motivée par des facteurs d’identité sociale, d’efficacité perçue, d’indignation morale et d’adhésion à des valeurs de justice.

Sur le plan psychologique fondamental, l’activisme dépasse le simple comportement politique conventionnel, tel que l’exercice du droit de vote. Il implique une réorganisation de l’identité personnelle autour d’une cause, guidée par une évaluation subjective des injustices systémiques et par la croyance en la capacité du groupe à infléchir le cours des événements historiques. L’activiste investit des ressources cognitives, affectives et temporelles considérables au service d’un objectif supra-individuel.

Cette dynamique mobilise tant des processus intrapsychiques — tels que la résonance morale et le sentiment d’obligation éthique — que des processus intergroupes régis par la polarisation, la solidarité intragroupe et la confrontation avec les normes dominantes ou les institutions détentrices du pouvoir.

2. Étymologie et origine linguistique

Le vocable « activisme » dérive du latin activus, issu du verbe agere, signifiant « agir », « mener », « conduire » ou « mettre en mouvement ». Le suffixe « -isme » renvoie quant à lui à un système de pensée, une doctrine ou une pratique systématisée. Historiquement, le terme a émergé à la fin du XIXe et au début du XXe siècle au sein du vocabulaire philosophique, notamment sous la plume du philosophe allemand Rudolf Eucken, pour désigner une doctrine privilégiant l’action humaine volontaire et spirituelle sur la pure contemplation passive.

Son transfert vers le domaine politique et sociologique s’est opéré au cours des années 1910 et 1920, notamment pour décrire les mouvements d’avant-garde et les factions prônant une action politique directe plutôt que le légalisme parlementaire. En langue française, le terme « militantisme » — forgé à partir du latin militans, participe présent de militare (« être soldat », « combattre ») — a longtemps été privilégié dans le contexte des partis politiques et des syndicats ouvriers. L’usage contemporain francophone tend à distinguer le militantisme, souvent associé à l’adhésion institutionnelle et partisane, de l’activisme, qui renvoie davantage à des formes d’action transversales, décentralisées, directes et issues de la société civile.

3. Prononciation et forme grammaticale

Le mot « activisme » est un substantif masculin singulier appartenant au registre soutenu et académique. Sa transcription phonétique normalisée dans l’Alphabet Phonétique International (API) est /ak.ti.vism/. Il s’accorde au pluriel sous la forme « activismes » (/ak.ti.vism/), désignant alors la multiplicité des répertoires d’action ou des courants idéologiques spécifiques.

La forme adjectivale et substantive associée est « activiste » (/ak.ti.vist/), invariable au masculin et au féminin au singulier (« un chercheur activiste », « une démarche activiste »). Dans la littérature francophone en sciences humaines, les syntagmes récurrents incluent « activisme civique », « activisme identitaire », « activisme radical » ou encore « cyberactivisme », soulignant la modularité syntaxique du concept selon les contextes opératoires.

4. Explication conceptuelle détaillée

La psychologie aborde l’activisme non comme un ensemble abstrait de doctrines, mais comme une modalité spécifique de fonctionnement psychologique individuel et collectif. À son niveau le plus fondamental, l’activisme exige le dépassement de la résignation face au statu quo. Ce basculement implique la transformation d’une insatisfaction passive en une injustice perçue comme illégitime, modifiable et intolérable sur le plan axiologique. L’individu activiste opère une attribution causale externe : la souffrance ou le préjudice n’est plus envisagé comme une fatalité biologique ou un échec personnel, mais comme le résultat de structures sociales ou institutionnelles identifiables.

Ce processus de prise de conscience s’articule étroitement avec la construction d’une identité collective politisée. Selon les modèles contemporains de psychologie sociale, lorsqu’un individu intègre son appartenance à un groupe opprimé ou solidaire dans son concept de soi central, les intérêts de ce collectif deviennent consubstantiels à ses propres motivations. Dès lors, l’action pour défendre le groupe n’est plus perçue comme un coût sacrificiel, mais comme une affirmation d’intégrité personnelle et d’authenticité existentielle.

De surcroît, l’activisme s’inscrit dans un spectre comportemental d’une vaste amplitude. Il englobe des comportements normatifs conformes aux cadres juridiques préexistants — tels que la signature de pétitions, l’éducation populaire, les marches pacifiques ou le plaidoyer institutionnel — jusqu’à des pratiques non normatives voire transgressives, incluant la désobéissance civile, le blocage économique, les grèves de la faim ou les actions directes de sabotage matériel. La frontière entre ces différents registres dépend de facteurs psychologiques tels que le niveau de désespoir face aux canaux institutionnels, le degré d’urgence temporelle perçue et la légitimité accordée aux autorités en place.

Enfin, l’expérience activiste engendre des dynamiques psychologiques internes singulières. Elle offre aux participants des gains psychologiques majeurs, tels qu’un fort sentiment de cohérence, une connectivité sociale profonde et un sentiment d’auto-efficacité collective. Néanmoins, elle expose également ses acteurs à une vulnérabilité psychologique marquée : fatigue compassionnelle, anxiété existentielle face à la lenteur des transformations sociétales, et risque élevé d’épuisement militant (burnout activiste), résultant de la tension permanente entre idéaux élevés et contraintes structurelles adverses.

5. Évolution historique

L’analyse psychologique de l’activisme a traversé plusieurs paradigmes épistémologiques majeurs depuis la fin du XIXe siècle, reflétant l’évolution des représentations de la foule et de la dissidence.

Dans les premières théories de la psychologie des foules développées à la fin du XIXe siècle par des auteurs tels que Gustave Le Bon, l’engagement politique contestataire était appréhendé sous l’angle de la pathologie mentale, de la suggestion hypnotique et de la régression intellectuelle primitive. Les manifestants et agitateurs sociaux étaient perçus comme des êtres dépersonnalisés, guidés par des pulsions irrationnelles et une contagion affective déstructurante.

Au cours des années 1930 à 1960, l’avènement des approches psychanalytiques et de la psychologie de la personnalité a conduit à conceptualiser l’activiste à travers la lentille du conflit névrotique inconscient ou de l’autoritarisme. Des travaux comme ceux de Harold Lasswell suggéraient que l’activiste déplaçait ses affects privés et ses conflits paternels non résolus sur des objets publics, rationnalisant des pulsions agressives sous couvert d’idéalisme politique.

Un basculement fondamental s’est produit dans les années 1960 et 1970 avec les mouvements des droits civiques aux États-Unis, les révoltes étudiantes de Mai 68 et les luttes anticoloniales. Les sociologues et psychologues ont alors reconnu la rationalité instrumentale des mouvements sociaux. La théorie de la mobilisation des ressources initiée par John McCarthy et Mayer Zald a réhabilité l’activiste en tant qu’acteur social rationnel évaluant les coûts et bénéfices de son engagement.

À partir des années 1980 et 1990, sous l’influence des travaux de Henri Tajfel et John Turner sur l’identité sociale, puis des conceptualisations de Martijn van Zomeren et Bernd Simon au XXIe siècle, la psychologie a intégré les dimensions cognitives, émotionnelles et morales de l’activisme. L’engagement militant est désormais reconnu par la communauté scientifique comme un comportement prosocial hautement structuré, médié par des processus sophistiqués de régulation émotionnelle, d’identification groupale et de prise de décision morale.

6. Fondements théoriques

L’étude contemporaine de l’activisme en sciences psychologiques repose principalement sur trois grands cadres théoriques interconnectés.

Le premier socle théorique est la théorie de l’identité sociale et la théorie de l’auto-catégorisation formulées par Henri Tajfel et John Turner. Selon cette perspective, les individus catégorisent leur environnement social en endogroupes (« nous ») et exogroupes (« eux »). Lorsque l’identité sociale devient saillante et politisée, l’individu fait sienne la destinée de son groupe. L’activisme découle ici de la volonté de restaurer ou de défendre une identité sociale positive face à un statut social défavorisé perçu comme illégitime et perméable aux changements.

Le second pilier théorique est la théorie de la privation relative, initiée par Samuel Stouffer puis enrichie par Walter Runciman. Cette théorie postule que ce n’est pas le dénuement objectif qui incite les individus à l’action contestataire, mais le décalage subjectif entre ce qu’ils estiment devoir obtenir légitimement et ce qu’ils reçoivent effectivement. Runciman distingue la privation égoïste (comparaison individuelle) de la privation fraternelle ou collective (comparaison de son groupe avec un groupe de référence). C’est précisément cette privation collective qui déclenche l’indignation et alimente l’activisme soutenu.

Le troisième modèle, synthétique et largement validé empiriquement, est le modèle SIMCA (Social Identity Model of Collective Action) développé par Martijn van Zomeren et ses collaborateurs. Ce modèle intègre quatre prédicteurs psychosociaux fondamentaux de l’action collective :

  • L’identité sociale politisée : Le sentiment subjectif d’appartenance à un collectif en lutte pour une cause spécifique.
  • L’efficacité collective : La conviction partagée que les efforts conjugués du groupe ont la capacité réelle de transformer la situation politique ou sociale.
  • L’injustice et la colère morale : L’expérience affective d’indignation face à la violation de principes éthiques fondamentaux.
  • La motivation morale : Les convictions morales absolues qui transcendent les simples calculs de coûts et bénéfices utilitaristes.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’activisme se décline en multiples facettes et dimensions opérationnelles qu’il convient de classifier rigoureusement :

  • L’activisme normatif : Ensemble d’actions opérant à l’intérieur des canaux institutionnels, juridiques et démocratiques reconnus par l’État (pétitionnement, participation électorale, campagnes d’information, manifestations autorisées).
  • L’activisme non normatif : Pratiques qui dérogent délibérément aux conventions légales ou procédurales afin de perturber l’ordre établi (désobéissance civile non violente, blocages d’infrastructures, occupations de lieux symboliques).
  • L’activisme expressif : Forme centrée sur la proclamation de valeurs, la visibilité identitaire et la mise en scène symbolique du désaccord pour éveiller les consciences publiques.
  • L’activisme instrumental : Stratégie ciblée sur l’obtention de gains tangibles, législatifs ou matériels à court et moyen terme au moyen de négociations ou de pressions ciblées.
  • Le cyberactivisme (ou activisme numérique) : Déploiement de stratégies militantes via les réseaux socionumériques, incluant la dissémination de contenus, le hacktivisme et les mobilisations virtuelles d’urgence.
  • L’activisme par procuration (ou solidaire) : Engagement d’individus issus de groupes socialement privilégiés qui se mobilisent en faveur de minorités discriminées auxquelles ils n’appartiennent pas directement.

8. Exemples et illustrations concrètes

L’analyse psychologique de l’activisme s’éclaire à travers plusieurs manifestations historiques et contemporaines emblématiques.

Un premier exemple réside dans le mouvement pour les droits civiques aux États-Unis dans les années 1950 et 1960. Des figures comme Martin Luther King ou Rosa Parks, et des milliers de citoyens anonymes, ont incarné un activisme fondé sur la non-violence active et l’efficacité collective. Les participants aux boycotts d’autobus ou aux sit-ins démontraient une forte identification de groupe et une capacité remarquable de régulation émotionnelle face aux provocations hostiles, puisant leur force dans des valeurs religieuses et éthiques transcendantes.

Un autre cas marquant est le mouvement de lutte contre le sida incarné par Act Up à Paris et à New York durant les décennies 1980 et 1990. Confrontés à l’indifférence étatique face à une hécatombe sanitaire, les activistes ont converti le deuil et le traumatisme individuel en colère politique collective hautement théâtralisée (actions « die-in », projections de sang artificiel). L’expertise profane acquise par ces malades a transformé les protocoles de recherche biomédicale et illustré le passage d’une condition de victime stigmatisée à celle d’acteur politique influent.

À l’ère contemporaine, les mouvements écologistes de jeunesse tels que Fridays for Future ou Extinction Rebellion illustrent le rôle central de l’éco-anxiété comme catalyseur d’activisme. L’appréhension existentielle face aux bouleversements climatiques mondiaux n’y génère pas nécessairement de la sidération pathologique, mais est canalisée par les réseaux de pairs en une exigence de rupture systémique et en une redéfinition radicale des priorités de politique publique.

9. Mesure et évaluation psychologique

L’évaluation quantitative et qualitative de l’activisme s’effectue au moyen de divers instruments psychométriques validés dans la recherche en psychologie sociale :

  • L’échelle d’intention d’action collective : Évalue la probabilité autodéclarée qu’un individu participe à différentes catégories d’actions politiques (légales ou illégales, modérées ou radicales).
  • L’échelle d’identité sociale politisée (Simon & Klandermans) : Mesure le degré auquel l’appartenance à un mouvement social constitue une composante centrale et signifiante de l’auto-définition d’un participant.
  • L’échelle de conviction morale (Skitka et al.) : Mesure la force avec laquelle une position idéologique est perçue comme un impératif moral absolu, universel et non négociable, imperméable aux compromis pragmatiques.
  • L’échelle d’efficacité collective perçue (Bandura) : Évalue la croyance des individus quant au pouvoir transformateur réel de leur groupe face aux institutions dominantes.
  • L’inventaire d’épuisement militant (Activist Burnout Inventory) : Outil psychométrique mesurant les trois dimensions du syndrome d’épuisement chez les militants de longue durée : l’épuisement émotionnel, la désillusion militante et la dépersonnalisation des relations intragroupes.

10. Applications et portée pratique

Les connaissances psychologiques relatives à l’activisme trouvent des applications concrètes dans de multiples secteurs de la société civile, des politiques publiques et de l’accompagnement clinique.

Dans le domaine de la psychologie communautaire, l’ingénierie sociale utilise ces données pour développer le concept de renforcement du pouvoir d’agir (empowerment). Les intervenants conçoivent des dispositifs participatifs qui permettent aux populations marginalisées de développer leur sentiment d’efficacité personnelle et collective, transformant la résignation acquise en engagement civique constructif au niveau de leurs quartiers ou collectivités locales.

Sur le plan de la santé mentale et de la psychothérapie, les cliniciens intègrent de plus en plus l’engagement militant dans leurs modèles d’accompagnement. L’activisme peut fonctionner comme une ressource thérapeutique précieuse pour restaurer l’agentivité de patients ayant subi des violences discriminatoires ou des injustices structurelles. Toutefois, les thérapeutes doivent également prévenir le burnout militant en aidant les activistes à établir des frontières psychiques protectrices et à cultiver le soin communautaire.

Dans les organisations non gouvernementales et les associations, la compréhension des dynamiques d’adhésion permet d’optimiser les stratégies de communication publique, de fidéliser le bénévolat et de prévenir les tensions interpersonnelles intragroupes souvent dévastatrices au sein des collectifs militants fermés.

11. Recherche et données empiriques

La recherche contemporaine confirme avec constance que la dimension émotionnelle constitue le moteur premier de l’action politique collective. Les travaux méta-analytiques menés par Martijn van Zomeren et ses collègues (2008), synthétisant des décennies de recherche expérimentale et corrélationnelle, ont démontré que la colère morale collective constitue le prédicteur le plus puissant et direct de la participation à des actions protestataires, surpassant largement le seul calcul rationnel d’intérêt économique personnel.

Parallèlement, les recherches dirigées par Linda Skitka sur les mandats moraux révèlent que lorsque les individus soutiennent une cause fondée sur une conviction morale forte, ils font preuve d’une intolérance accrue aux opinions divergentes et d’une moindre confiance dans les procédures démocratiques légales si celles-ci aboutissent à un résultat contraire à leur idéal moral. Cette configuration psychologique explique la propension des militants hautement moralisés à recourir à des actions directes transgressives lorsqu’ils estiment que les institutions faillent à leurs devoirs éthiques universels.

D’autres études longitudinales conduites par des chercheurs en santé publique et psychologie positive (notamment Klar & Kasser, 2009) ont mis en évidence un paradoxe stimulant : bien que l’activisme implique une exposition régulière au stress et à des charges émotionnelles intenses, les personnes engagées dans des actions collectives militantes rapportent en moyenne des niveaux plus élevés de bien-être eudémonique, de sens à la vie et d’intégration sociale que leurs pairs inactifs.

12. Considérations socioculturelles et transculturelles

La manifestation et la psychologie de l’activisme varient considérablement selon les contextes sociopolitiques et culturels dans lesquels il s’enracine.

Dans les sociétés occidentales individualistes, l’activisme est souvent structuré autour de l’expression de l’autonomie personnelle, des droits subjectifs individuels et de causes choisies volontairement en fonction d’affinités éthiques personnelles. À l’inverse, dans les cultures collectivistes, l’engagement contestataire découle davantage d’obligations communautaires, de loyautés familiales ou claniques, et vise prioritairement la préservation de la cohésion ou de la survie physique et matérielle du groupe tout entier.

De surcroît, le coût psychologique et les risques objectifs encourus modèlent drastiquement la structure mentale de l’activiste. Dans les régimes démocratiques stables, l’activisme s’exerce généralement dans un cadre juridique protégé où les conséquences néfastes prévisibles demeurent limitées. Dans les contextes de régimes autocratiques ou de répression étatique sévère, l’activisme requiert une résilience psychologique d’un ordre distinct : il exige la gestion permanente de la peur de l’emprisonnement, de la torture ou de la mort, reposant sur des réseaux de solidarité clandestine extrêmement serrés où la confiance interpersonnelle est une condition de survie.

13. Critiques, controverses et limites

L’activisme suscite de nombreux débats théoriques et sociétaux, tant sur son efficacité intrinsèque que sur ses dérives potentielles.

Une première critique porte sur le phénomène du « slacktivisme » (ou militantisme de façade). Certains théoriciens de la communication soutiennent que la prolifération des clics, des partages de statuts et des pétitions en ligne procure aux individus une illusion de participation politique à faible coût affectif et temporel. Cette pratique risquerait de désamorcer l’impulsion vers un engagement réel sur le terrain physique, servant davantage à la mise en scène flatteuse du soi numérique qu’à une transformation concrète des rapports de pouvoir.

Une seconde controverse concerne les processus d’extrémisation idéologique et de sectarisme intragroupe. Lorsque les collectifs activistes s’enferment dans des chambres d’écho hermétiques, la dynamique de pensée de groupe peut conduire à une délégitimation totale de toute dissension interne, à un manichéisme rigide (« avec nous ou contre nous ») et à la justification de violences politiques dirigées contre des biens ou des personnes.

Enfin, la recherche soulève la question de la représentativité sociologique des militants. Les activistes les plus vocaux dans l’espace public appartiennent souvent à des franges éduquées ou bénéficiant d’un certain capital social leur permettant d’assumer les coûts de l’engagement, ce qui peut parfois créer un décalage entre les priorités exprimées par ces avant-gardes et les besoins concrets immédiats des populations précaires qu’elles affirment défendre.

14. Termes connexes et distinctions notionnelles

Pour appréhender adéquatement l’activisme, il importe de le situer au sein du champ sémantique des concepts voisins :

  • Militantisme : Désigne traditionnellement l’engagement fidèle et discipliné au sein d’une organisation politique formelle (parti politique, syndicat ouvrier). L’activisme se distingue par une pratique plus fluide, thématique, horizontale et parfois autonome des structures institutionnelles hiérarchisées.
  • Plaidoyer (Advocacy) : Consiste à défendre une cause ou un groupe auprès des décideurs publics et législatifs en utilisant des arguments techniques et juridiques. Le plaidoyer relève souvent d’une expertise professionnelle, tandis que l’activisme implique une mobilisation citoyenne de masse et la création d’un rapport de force public.
  • Comportement civique conventionnel : Englobe les devoirs et prérogatives habituels du citoyen (voter, respecter les lois, participer aux assemblées de quartier). L’activisme se singularise par une intensité supérieure, une nature contestataire et la volonté explicite de défier le statu quo établi.
  • Radicalisme politique : Représente la volonté de transformer les fondements structurels d’un système politique ou économique. Bien que certains activistes soient radicaux, l’activisme comprend également des réformismes pragmatiques focalisés sur des ajustements légaux spécifiques.
  • Prosocialité ordinaire : Actes individuels d’entraide ou de générosité (bénévolat caritatif, dons matériels). Contrairement à la simple philanthropie, l’activisme s’attaque aux causes structurelles et politiques productrices d’injustices sociales plutôt qu’au seul soulagement de leurs symptômes.

15. Synthèse et points clés

En résumé, l’activisme constitue un phénomène psychosocial dynamique à la croisée de la subjectivité individuelle et de l’histoire collective. Les points fondamentaux suivants synthétisent l’état actuel des connaissances scientifiques sur le sujet :

  • Une matrice motivationnelle pluridimensionnelle : L’engagement activiste est principalement prédit par la conjonction d’une identité sociale politisée, de l’indignation morale face à l’injustice et du sentiment partagé d’efficacité collective.
  • Au-delà de la rationalité économique : L’action militante n’obéit pas uniquement à des calculs de coûts et de bénéfices instrumentaux ; elle est profondément ancrée dans des impératifs moraux et affectifs identitaires fondamentaux.
  • Une expérience aux impacts contrastés sur le bien-être : Si l’activisme est porteur de sens existentiel, d’émancipation personnelle et de lien social communautaire puissant, il comporte des risques substantiels d’épuisement émotionnel et de détresse psychologique face aux résistances institutionnelles.
  • Une variabilité contextuelle et comportementale : Les répertoires de l’activisme évoluent constamment, depuis les actions conventionnelles pacifiques jusqu’à la désobéissance civile directe et aux mobilisations numériques décentralisées, s’adaptant continuellement au climat sociopolitique mondial.

Références

  • Klar, M., & Kasser, T. (2009). Some benefits of being an activist: Measuring activism and its role in personal well-being and the development of an integrated identity. Political Psychology, 30(5), 755-777. https://doi.org/10.1111/j.1467-9221.2009.00724.x
  • Skitka, L. J., Bauman, C. W., & Sargis, E. G. (2005). Moral conviction: Another contributor to group identity, collective action, and social change. Journal of Personality and Social Psychology, 88(6), 895-917. https://doi.org/10.1037/0022-3514.88.6.895
  • Tajfel, H., & Turner, J. C. (1979). An integrative theory of intergroup conflict. In W. G. Austin & S. Worchel (Eds.), The social psychology of intergroup relations (pp. 33-47). Brooks/Cole.
  • van Zomeren, M., Postmes, T., & Spears, R. (2008). Toward an integrative social identity model of collective action: A quantitative research synthesis of three socio-psychological perspectives. Psychological Bulletin, 134(4), 504-535. https://doi.org/10.1037/0033-2909.134.4.504
  • van Zomeren, M., Kutlaca, M., & Turner-Zwinkels, F. (2018). Integrating who « we » are with what « we » (will not) stand for: A review and co-action perspective on the identity-morality nexus in social movement participation. European Review of Social Psychology, 29(1), 122-160. https://doi.org/10.1080/10463283.2018.1471328

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Looti, M. (2026, octobre 22). Activisme : Les ressorts de l’engagement. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=activisme-psychologie-engagement
Looti, Mohammed. “Activisme : Les ressorts de l’engagement.” Base de données de psychologie en français, 22 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=activisme-psychologie-engagement.
Looti, Mohammed. “Activisme : Les ressorts de l’engagement.” Base de données de psychologie en français. octobre 22, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=activisme-psychologie-engagement.