Acromégalie : Impacts Psychiques et Cliniques

L’acromégalie est un trouble neuroendocrinien rare résultant d’une hypersécrétion de somatotropine (GH) et d’IGF-1. Au-delà des déformations physiques caractéristiques, cette maladie chronique bouleverse l’image de soi, les fonctions cognitives et l’équilibre psychologique du patient.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 22, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 22, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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Acromégalie

L’acromégalie constitue une affection neuroendocrinienne chronique rare, caractérisée par une sécrétion autonome excessive d’hormone de croissance après la soudure des cartilages de conjugaison. Si ses manifestations morphologiques et somatiques sont au premier plan, ses répercussions psychopathologiques, cognitives et affectives altèrent profondément l’intégrité identitaire et la qualité de vie des personnes atteintes. L’analyse conjointe de ses dimensions médicales et psychologiques révèle l’intime interconnexion unissant l’axe somatotrope, la neuroplasticité cérébrale et l’économie psychique de l’individu.

1. Définition concise

L’acromégalie est un trouble neuroendocrinien acquis, résultant dans la quasi-totalité des cas d’un adénome hypophysaire hypersécrétant de l’hormone de croissance (somatotropine ou GH), qui stimule une production hépatique et périphérique dérégulée de facteur de croissance analogue à l’insuline de type 1 (IGF-1). Chez l’adulte, cette surcharge hormonale induit une hypertrophie ostéo-cartilagineuse et tissulaire acquise, progressive et insidieuse touchant particulièrement les extrémités céphaliques, acrales et les viscères.

Au-delà de la métamorphose physique progressive, l’acromégalie génère un retentissement neuropsychiatrique et psychodynamique considérable. L’exposition prolongée du système nerveux central à des concentrations supraphysiologiques de GH et d’IGF-1 provoque des perturbations neurochimiques majeures, souvent associées à des troubles de l’humeur, une anxiété chronique, une altération de l’image du corps et des dysfonctionnements exécutifs. Cette intrication somatopsychique confère à la pathologie un statut d’affection complexe à la frontière de l’endocrinologie, de la neurologie et de la psychologie clinique.

2. Étymologie et origines linguistiques

Le vocable « acromégalie » dérive directement de la composition de deux racines du grec ancien : akron (ἄκρον), qui signifie « extrémité », « sommet » ou « pointe », et megas, megalou (μέγας, μεγάλου), signifiant « grand », combiné au suffixe d’état abstrait féminin -ia (-ie). Littéralement, le terme se traduit par « hypertrophie ou agrandissement des extrémités », désignant expressément l’élargissement caractéristique des mains, des pieds, du nez, des lèvres et des arcades sus-orbitaires.

Ce néologisme scientifique a été introduit formellement dans la littérature médicale internationale en 1886 par le neurologue français Pierre Marie, chef de clinique de Jean-Martin Charcot à l’hôpital de la Salpêtrière. Bien que des descriptions cliniques éparses aient préexisté sous des terminologies descriptives telles que « macrosomie » ou « gigantisme des adultes », Pierre Marie a isolé l’entité morbide en publiant son article princeps intitulé « Sur deux cas d’acromégalie : hypertrophie singulière non congénitale des extrémités supérieures, inférieures et céphalique » dans la Revue de Médecine, marquant ainsi l’acte de naissance nosographique de la pathologie.

3. Prononciation et forme grammaticale

Sur le plan grammatical, l’acromégalie est un substantif féminin singulier (une acromégalie, l’acromégalie ; au pluriel : les acromégalies, bien que l’usage pluriel soit restreint aux classifications typologiques). En alphabet phonétique international (API), la prononciation standard en français s’écrit /a.kʁɔ.me.ɡa.li/. L’adjectif dérivé correspondant est « acromégale » (/a.kʁɔ.me.ɡal/), invariable en genre, pouvant s’employer tant comme adjectif qualificatif (par exemple, « faciès acromégale » ou « syndrome acromégale ») que comme substantif (« un acromégale », bien que la tendance contemporaine en milieu hospitalier privilégie la désignation déstigmatisante de « patient atteint d’acromégalie »).

4. Explication conceptuelle détaillée

L’acromégalie repose sur une rupture homéostatique de l’axe somatotrope hypothalamo-hypophysaire. En conditions physiologiques normales, la sécrétion de GH par les cellules somatotropes de l’adénohypophyse est pulsatile, coordonnée par l’effet stimulant de la somatolibérine (GHRH) et l’effet inhibiteur de la somatostatine. Lors du développement d’un adénome hypophysaire bénin — presque toujours monoclonal —, cette régulation fine est rompue. Les cellules tumorales s’affranchissent du rétrocontrôle négatif exercé par l’IGF-1 circulant, sécrétant de la somatotropine de manière autonome et continue.

L’impact biologique s’exerce à un double niveau : direct par la liaison de la GH à ses récepteurs transmembranaires tissulaires, et indirect, via la transcription hépatique massive de l’IGF-1 (ou somatomédine C). L’IGF-1 se comporte comme un puissant agent mitogène et anti-apoptotique, favorisant la synthèse protéique, la prolifération des ostéoblastes, chondrocytes et fibroblastes, ainsi que la rétention hydrosodée. Chez l’adulte mature, les épiphyses osseuses étant fusionnées, la prolifération périostée entraîne un épaississement osseux appositionnel transversal sans allongement longitudinal, transformant irrémédiablement l’architecture faciale et les extrémités osseuses et cutanées.

Sur le plan neuropsychologique et psychiatrique, les implications de cette pathologie sont considérables. Les récepteurs de la GH et de l’IGF-1 sont abondamment exprimés dans les structures limbiques et cérébrales supérieures, notamment l’hippocampe, le cortex préfrontal et l’amygdale. L’imprégnation hormonale anormale engendre des altérations fonctionnelles et microstructurales documentées par imagerie cérébrale, associées à une fatigue centrale invalidante, une apathie, des déficits de la mémoire de travail et une réduction de la vitesse de traitement de l’information.

D’un point de vue psychodynamique et psychanalytique, l’acromégalie incarne l’expérience angoissante de la déformation somatique progressive. L’altération lente et inexorable des traits du visage et de la silhouette corporelle déstabilise le schéma corporel et l’image de soi. Les patients assistent impuissants à une « inquiétante étrangeté » de leur propre corps, ce qui déclenche fréquemment des épisodes dépressifs majeurs, des conduites de retrait social, des troubles d’évitement relationnel et une angoisse de castration ou de morcellement symbolique.

5. Évolution historique

Avant la description séminale du XIXe siècle, plusieurs figures historiques ont présenté de façon rétrospective des stigmates manifestes de l’affection, documentés par l’art statuaire ou les portraits, comme le souverain égyptien Akhenaton ou le boxeur Primo Carnera. La première caractérisation autopsique et macroscopique remonte à 1772, lorsque le chirurgien néerlandais Nicolas Saucerotte décrit l’hyperostose singulière d’un patient. Cependant, ces observations isolées étaient alors confondues avec le rachitisme tardif, la syphilis osseuse, le myxœdème ou la maladie de Paget.

En 1886, Pierre Marie opère une rupture paradigmatique en isolant l’acromégalie des autres dystrophies ostéo-articulaires. Peu après, en 1887, le médecin roumain Gheorghe Marinescu, alors interne de Pierre Marie, et l’anatomopathologiste allemand Carl Benda démontrent la corrélation constante entre les anomalies morphologiques de l’acromégalie et la présence d’une tumeur occupant la selle turcique : l’adénome hypophysaire. Cette avancée jette les bases de l’endocrinologie moderne en prouvant qu’une anomalie glandulaire microscopique peut piloter une métamorphose somatique systémique.

Le XXe siècle voit l’essor conjoint des thérapeutiques neurochirurgicales et biochimiques. Dès 1907, Hermann Schloffer réalise la première résection transsphénoïdale d’un adénome hypophysaire. Cette technique est perfectionnée dans les années 1960 par Gérard Guiot à Paris et Jules Hardy à Montréal grâce à l’introduction du microscope opératoire. Parallèlement, l’isolement de l’hormone de croissance en 1944 par Choh Hao Li et la caractérisation de l’IGF-1 par Salmon et Daughaday en 1957 ont permis la mise au point des dosages radio-immunologiques modernes et des premiers traitements pharmacologiques ciblés (agonistes dopaminergiques, analogues de la somatostatine, puis antagonistes des récepteurs de la GH).

6. Fondements théoriques

La compréhension contemporaine de l’acromégalie s’articule autour de trois paradigmes conceptuels majeurs : l’oncologie neuroendocrinienne, la neurobiologie comportementale et la psychosomatique.

Le modèle oncologique et moléculaire postule que la pathogenèse somatotrope provient majoritairement d’événements mutationnels somatiques au sein de la sous-unité alpha de la protéine G stimulatrice (gène GNAS), identifiés chez près de 40 % des patients. Cette altération constitutivement active stimule en continu l’adénylate cyclase, mimant une exposition permanente à la somatolibérine et déclenchant une prolifération clonale hypersécrétante. Ce modèle rend compte de la croissance tumorale et des répercussions compressives mécaniques locales sur le chiasma optique et le parenchyme cérébral adjacent.

Le modèle neurobiologique et psychoneuroendocrinien démontre que l’hyperactivation chronique des récepteurs cérébraux à l’IGF-1 perturbe les systèmes monoaminergiques centraux, en particulier la neurotransmission sérotoninergique, noradrénergique et dopaminergique. Cette dérégulation sous-tend la forte prévalence de syndromes thymiques caractérisés par une anhédonie, une fatigabilité réfractaire et des modifications de la réactivité émotionnelle, indépendantes des répercussions strictement mécaniques de la masse tumorale.

Enfin, le modèle théorique de la psychologie de la santé et de la corporéité met l’accent sur la rupture du « miroir identitaire ». Selon les théories de l’attachement et de l’image inconsciente du corps, l’irruption d’altérations faciales et corporelles progressives désorganise les processus d’étayage narcissique. La modification progressive de la voix, devenue caverneuse en raison de l’élargissement des sinus et des cordes vocales, et la dysmorphophobie secondaire placent le sujet dans une dissonance cognitive et corporelle permanente entre son intériorité subjective et son apparence perçue par autrui.

7. Composantes clés, types et dimensions

L’acromégalie est un syndrome multidimensionnel associant des composantes morphologiques, métaboliques, neuropsychologiques et psychiatriques distinctes :

  • Syndrome dysmorphique périphérique : Élargissement des mains (doigts boudinés, obligation d’agrandir les bagues) et des pieds (augmentation progressive de la pointure) causé par l’hypertrophie des tissus mous et des structures osseuses corticales ; épaississement cutané, hypersudation malodorante due à l’hyperplasie des glandes sudoripares.
  • Dysmorphie cranio-faciale : Propreté accentuée des arcades sourcilières, élargissement du nez et des lèvres, épaississement de la langue (macroglossie), élargissement mandibulaire créant un prognathisme avec articulé dentaire inversé et écartement anormal des incisives inférieures (diastème).
  • Manifestations viscérales et systémiques : Cardiomégalie avec hypertrophie ventriculaire gauche, hypertension artérielle, apnées obstructives du sommeil sévères, diabète sucré secondaire à l’effet diabétogène et lipolytique direct de la GH, polyposes coliques nécessitant un dépistage rigoureux.
  • Syndrome tumoral chiasmatique : Céphalées chroniques résistantes, hémianopsie bitemporale ou quadranopsie supérieure par compression extrinsèque du chiasma optique par le macroadénome, hypopituitarisme partiel ou panhypopituitarisme par compression du parenchyme hypophysaire sain adjacent.
  • Dimension neuropsychologique : Altérations cognitives spécifiques ciblant l’attention soutenue, l’encodage mnésique verbal et visuospatial, ralentissement idéomoteur et dysfonctionnement exécutif lié aux altérations microstructurales préfrontales.
  • Dimension affective et psychopathologique : Syndrome dépressif majeur, anxiété généralisée, troubles phobiques sociaux, asthénie d’origine centrale non réparée par le sommeil, alexithymie et altération profonde de l’estime de soi.

8. Exemples et cas illustratifs

Cas clinique n° 1 : L’errance diagnostique et le déclin thymique
Marc, cadre d’entreprise de 42 ans, consulte son médecin traitant pour un état d’épuisement chronique, des céphalées matinales tenaces et des douleurs articulaires diffuses mises sur le compte du stress professionnel. Au fil des cinq dernières années, son alliance matrimoniale est devenue trop étroite, son alliance a dû être sectionnée et sa pointure est passée de 43 à 46. Sur le plan psychologique, Marc présente un repli social marqué : il évite les réunions en visioconférence et éprouve une honte obsédante relative à la modification de ses traits faciaux et à la tonalité rauque de sa voix. Le bilan endocrinien révèle une concentration sérique d’IGF-1 à trois fois la limite supérieure de la normale et l’IRM hypophysaire confirme un macroadénome de 18 mm. La prise en charge psycho-oncologique parallèle à la chirurgie a permis d’accompagner le travail de deuil de son image corporelle antérieure.

Cas clinique n° 2 : L’impact sur la cognition et l’observance thérapeutique
Éléonore, 56 ans, suivie pour un diabète de type 2 atypique et un syndrome d’apnées obstructives du sommeil apparemment réfractaire, est diagnostiquée d’une acromégalie tardive. En consultation neuropsychologique, Éléonore décrit une incapacité progressive à planifier ses tâches complexes et des pertes de mémoire de travail handicapantes dans sa vie quotidienne. Les tests psychométriques mettent en évidence une altération des fonctions exécutives liée à l’hypoxie nocturne cumulée et à l’effet neurotoxique direct de l’hypersomatotropisme. L’instauration d’un traitement par analogues de la somatostatine couplé à une réhabilitation cognitive ciblée a restauré significativement son autonomie et stabilisé son anxiété réactionnelle.

9. Mesure et évaluation clinique

L’évaluation de l’acromégalie combine obligatoirement des explorations biochimiques standardisées, des bilans morphologiques neuroradiologiques et des outils d’évaluation psychométrique et fonctionnelle.

Le dépistage biologique de première intention repose sur le dosage de l’IGF-1 plasmatique, dont le taux doit être rigoureusement comparé aux intervalles de référence ajustés selon l’âge et le sexe. Un taux élevé constitue une indication formelle à l’épreuve dynamique de référence : l’hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) avec administration de 75 grammes de glucose. Chez l’individu sain, l’hyperglycémie induit un freinage strict de la GH sérique à des concentrations inférieures à 0,4 µg/L (ou 1 µg/L selon les techniques d’immuno-analyse). L’absence de nadir GH sous ce seuil confirme formellement l’autonomie sécrétoire somatotrope.

L’exploration morphologique utilise l’imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébro-hypophysaire millimétrique en séquences T1 et T2, avant et après injection de gadolinium, complétée par un bilan ophtalmologique intégrant une campimétrie visuelle informatisée pour quantifier le retentissement mécanique chiasmatique.

Sur le plan psychologique et fonctionnel, l’hétérogénéité des symptômes impose l’utilisation d’échelles validées, au premier rang desquelles figure l’AcroQoL (Acromegaly Quality of Life Questionnaire), questionnaire spécifique comprenant 22 items répartis entre statut physique et dimensions psychologiques (apparence physique et impact relationnel). L’exploration psychiatrique s’appuie parallèlement sur des inventaires validés comme le BDI-II (Beck Depression Inventory), la sous-échelle d’anxiété STAI et des batteries de bilan cognitif évaluant la flexibilité mentale (Test de Stroop, Trail Making Test).

10. Applications et pertinence pratique

La pertinence pratique de l’acromégalie se reflète dans l’extrême rigueur du parcours de soins pluridisciplinaire. L’intervention primaire demeure l’exérèse microchirurgicale par voie transsphénoïdale endoscopique. Cette intervention permet la décompression immédiate des structures optiques et offre une chance de rémission biochimique complète, notamment pour les microadénomes ou les macroadénomes bien circonscrits.

En cas d’échec, de récidive ou d’inopérabilité, l’arsenal thérapeutique pharmacologique intervient : les analogues de la somatostatine de première génération (octréotide, lanréotide) et de deuxième génération (pasiréotide), les agonistes dopaminergiques (cabergoline) pour les adénomes mixtes, ou l’antagoniste compétitif du récepteur de la GH (pegvisomant). La radiothérapie stéréotaxique ou par radiochirurgie (Gamma Knife) constitue une alternative de recours pour le contrôle tumoral à long terme.

Au-delà de la normalisation hormonale, les interventions en santé mentale et en éducation thérapeutique du patient jouent un rôle déterminant. Les programmes psycho-éducatifs aident à surmonter la dysmorphophobie résiduelle, car la régression des anomalies osseuses faciales est très limitée après guérison hormonale. Des interventions cognitivo-comportementales (TCC), des groupes de soutien de pairs et des consultations d’onco-psychologie améliorent l’adhésion thérapeutique, réduisent le risque de rupture de suivi et favorisent la réintégration socio-professionnelle des sujets traumatisés par les années d’errance diagnostique.

11. Recherche et données empiriques

Les investigations empiriques des deux dernières décennies ont permis de clarifier la prévalence, la morbidité et les conséquences neuropsychologiques de l’acromégalie. Des études épidémiologiques européennes évaluent la prévalence entre 40 et 125 cas par million d’habitants, avec une incidence annuelle de 3 à 4 nouveaux cas par million, et un délai moyen entre les premières manifestations cliniques et le diagnostic définitif toujours compris entre 6 et 10 ans.

Sur le plan des neurosciences cognitives, les travaux de León-Carrión et de ses collaborateurs ont été pionniers dans la caractérisation des profils neuropsychologiques. Leurs études d’imagerie structurelle par volumétrie ont démontré une diminution du volume de matière grise au sein de l’hippocampe et du gyrus cingulaire antérieur chez les patients exposés de longue date à des concentrations élevées d’hormone de croissance, expliquant la persistance de déficits mnésiques et d’une instabilité affective même après normalisation biochimique chirurgicale.

Les recherches axées sur la qualité de vie, menées notamment par Webb et al. lors de la validation internationale du questionnaire AcroQoL, ont mis en évidence que les scores de qualité de vie restent durablement inférieurs à ceux de la population générale, y compris après la rémission endocrinologique certifiée. Les perturbations de l’image corporelle, l’arthropathie acromégale irréversible et la prévalence de l’asthénie chronique centrale émergent comme les déterminants majeurs de cette morbidité psychique résiduelle à long terme.

12. Considérations culturelles et transculturelles

L’expression et le vécu subjectif de l’acromégalie varient largement selon les contextes culturels, les normes de beauté et les systèmes d’organisation des soins. Dans de nombreuses sociétés occidentales contemporaines, où la minceur, la symétrie faciale et la jeunesse morphologique représentent des capitaux sociaux déterminants, la transformation dysmorphique induite par l’acromégalie est souvent vécue comme une stigmatisation narcissique dévastatrice, source d’isolement et de détresse psychique sévère.

Dans d’autres contextes culturels ou au sein de certaines communautés traditionnelles, les modifications morphologiques — en particulier l’accroissement de la stature, l’élargissement des mains et la masculinisation des traits chez l’homme — ont parfois pu être perçues comme des symboles d’autorité, de force musculaire ou de robustesse physique, retardant d’autant plus la consultation médicale. Chez la femme, en revanche, les stigmates faciaux de virilisation et l’épaississement de la voix heurtent presque universellement les idéaux de féminité, induisant des taux significativement plus élevés de dépression réactionnelle et d’anxiété phobique sociale documentés dans les cohortes interculturelles.

L’accès aux technologies diagnostiques de pointe (dosages ultrasensibles d’IGF-1, IRM hypophysaire haute résolution) varie considérablement entre les pays à hauts revenus et les pays du Sud global. Dans les régions disposant de ressources médicales limitées, les patients sont fréquemment diagnostiqués à des stades tumoraux très avancés avec cécité irréversible par atrophie optique ou défaillances cardio-respiratoires majeures, ce qui transforme l’affection en pathologie létale précoce.

13. Critiques, controverses et limites

L’un des débats les plus vifs au sein de la communauté endocrinologique concerne la définition stricte des critères de guérison ou de contrôle optimal de la maladie. Alors que certains consensus préconisent l’alignement absolu sur un taux d’IGF-1 strictement normal pour l’âge, d’autres auteurs soulignent la discordance fréquente entre les concentrations circulantes de GH et d’IGF-1 sous certains traitements médicamenteux (notamment le pegvisomant), posant la question du biomarqueur idéal reflétant la rémission tissulaire et métabolique réelle.

Une autre controverse clinique réside dans la dissociation fréquente entre la guérison biologique et la persistance de symptômes invalidants. Il existe un décalage substantiel entre les paramètres biochimiques normalisés et la détresse somatopsychique persistante rapportée par les malades (douleurs articulaires dégénératives inaltérables, fatigue chronique, brouillard mental). Cette discordance conduit parfois les praticiens à négliger les plaintes fonctionnelles en affirmant que « la maladie est guérie », laissant les patients dans une solitude thérapeutique préjudiciable.

Enfin, l’impact neuropsychiatrique intrinsèque de la maladie reste parfois difficile à dissocier des conséquences indirectes de son fardeau clinique : les déficits cognitifs résultent-ils directement de la toxicité neurohormonale de l’axe somatotrope, des perturbations hypoxiques induites par les apnées du sommeil sévères, ou du retentissement psychologique réactionnel d’une affection défigurante chronique ? Cette complexité étiologique continue d’alimenter les travaux en neuro-endocrinologie computationnelle.

14. Termes associés et distinctions différentielles

Pour éviter toute confusion nosologique, il importe de distinguer précisément l’acromégalie de plusieurs entités cliniques apparentées :

  • Gigantisme hypophysaire : Pathologie résultant de la même hypersécrétion d’hormone de croissance, mais survenant chez l’enfant ou l’adolescent avant la fermeture des cartilages de croissance épiphysaires. Elle se caractérise par une croissance staturale démesurée et accélérée, tandis que l’acromégalie survient après la soudure osseuse et n’accroît pas la taille de l’individu.
  • Maladie de Paget (ostéite déformante) : Affection osseuse localisée caractérisée par un remodelage osseux excessif et désorganisé, provoquant des déformations des os longs et de la voûte crânienne. Contrairement à l’acromégalie, le profil endocrinien somatotrope est strictement normal et les tissus mous ne sont pas hypertrophiés.
  • Syndrome de Pseudo-acromégalie : Phénotype dysmorphique mimant l’acromégalie causé par une résistance sévère à l’insuline (syndromes insulinorésistants extrêmes), l’hypothyroïdie sévère et prolongée (myxœdème) ou l’usage abusif de GH recombinante à visée dopante dans le milieu sportif, en l’absence totale d’adénome hypophysaire.
  • Pachydermopériostose : Maladie génétique ostéo-arthrodermique rare caractérisée par un épaississement cutané majeur (pachydermie faciale et du scalp avec cutis verticis gyrata) et une périostose osseuse sous-périostée bilatérale, dont les taux de GH et d’IGF-1 demeurent parfaitement normaux.

15. Résumé et points clés

L’acromégalie représente une pathologie multisystémique complexe à fort retentissement physique, fonctionnel et psychopathologique. Ses points cardinaux se résument comme suit :

  • Affection rare causée dans plus de 95 % des cas par un adénome hypophysaire hypersécrétant de l’hormone de croissance (GH), entraînant une surproduction hépatique d’IGF-1.
  • Développement clinique insidieux marqué par une altération lente des extrémités, de l’architecture faciale et des structures viscérales, causant un retard diagnostique moyen de 6 à 8 ans.
  • Forte comorbidité métabolique, cardiovasculaire, respiratoire et ostéo-articulaire engageant le pronostic vital en l’absence d’intervention précoce.
  • Retentissement psychologique profond caractérisé par une altération de l’image corporelle, des épisodes dépressifs majeurs fréquents, une fatigue centrale chronique et des déficits des fonctions exécutives.
  • Prise en charge intégrative combinant la résection chirurgicale transsphénoïdale, des pharmacothérapies ciblées, la réhabilitation cognitive et un soutien psychothérapeutique prolongé pour optimiser la qualité de vie globale.

Références

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 22). Acromégalie : Impacts Psychiques et Cliniques. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=acromegalie-impacts-psychiques-et-cliniques
Looti, Mohammed. “Acromégalie : Impacts Psychiques et Cliniques.” Base de données de psychologie en français, 22 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=acromegalie-impacts-psychiques-et-cliniques.
Looti, Mohammed. “Acromégalie : Impacts Psychiques et Cliniques.” Base de données de psychologie en français. octobre 22, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=acromegalie-impacts-psychiques-et-cliniques.