Absence non autorisée : Dynamiques et enjeux

L’absence non autorisée (AWOL) est un comportement de rupture marquant un éloignement non consenti d’un cadre institutionnel, psychiatrique ou militaire, révélateur de détresses psychiques profondes.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 21, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 21, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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L’absence non autorisée, universellement désignée par l’acronyme militaire anglo-saxon AWOL (Absence Without Leave), constitue un comportement de rupture qui interpelle simultanément la psychiatrie clinique, la psychologie organisationnelle et la psychologie des armées. Bien loin de se résumer à une simple transgression disciplinaire ou à un manquement administratif, cette conduite traduit fréquemment une détresse psychologique aiguë, une tentative désespérée d’échapper à un environnement perçu comme intolérable ou l’expression agie d’un trouble psychiatrique sous-jacent. L’analyse fouillée de ce phénomène met en lumière les tensions complexes entre la préservation de l’autonomie individuelle, la contrainte institutionnelle et les mécanismes de régulation du stress face à des contextes de vulnérabilité extrême.

Absence non autorisée (AWOL)

1. Définition concise

L’absence non autorisée (AWOL) désigne l’abandon temporaire ou le non-ralliement d’un poste, d’un cantonnement, d’une unité de soins fermée ou d’un lieu de travail désigné, sans permission officielle, sans congé accordé et sans justification médicale formellement validée par l’autorité compétente. Bien qu’ancrée historiquement dans le droit pénal militaire pour qualifier l’infraction consistant à quitter ses devoirs sans intention définitive de déserter, la notion a été largement intégrée dans le vocabulaire de la psychiatrie hospitalière pour caractériser la fugue ou l’échappement non concerté d’un patient hospitalisé sous contrainte ou en service libre.

Sur le plan psychopathologique, l’AWOL se définit comme une conduite d’évitement comportemental ou d’agir (acting-out) survenant lorsqu’un individu subit une surcharge cognitive, affective ou environnementale qui dépasse ses capacités de régulation émotionnelle. L’acte de quitter le cadre institutionnel sans autorisation matérialise une rupture brutale de l’alliance thérapeutique ou du contrat organisationnel, souvent précipitée par un sentiment d’oppression, une angoisse persécutoire, une impulsivité marquée ou un désir impérieux de retrouver des repères familiers.

Dans le domaine organisationnel plus large, le terme est employé métaphoriquement ou techniquement pour qualifier les formes les plus sévères d’absentéisme imprévu, dans lesquelles le collaborateur interrompt toute communication avec son employeur, dénotant un désengagement profond, une détresse morale non formulée ou un état de syndrome d’épuisement professionnel avancé.

2. Étymologie et origine linguistique

L’acronyme « AWOL » provient de la locution anglaise Absent Without Leave, dont l’usage s’est formalisé dans les règlements militaires britanniques et américains au cours du XIXe siècle, avant de devenir un terme d’usage courant durant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Le mot leave dérive du vieil anglais lēaf (qui signifie permission, licence ou congé), apparenté au terme allemand Erlaubnis et au néerlandais verlof. Le mot absence procède du latin absentia, dérivé du verbe abesse (être éloigné, être absent), formé du préfixe privatif ou séparatif ab- (loin de) et de esse (être).

En langue française, la notion trouve son équivalent réglementaire historique dans l’expression « absence sans permission » ou « absence irrégulière », codifiée dans le Code de justice militaire. L’emprunt direct de l’acronyme anglo-saxon s’est toutefois imposé dans les publications internationales de psychiatrie médico-légale et de psychopathologie militaire (sous la forme lexicalisée AWOL, parfois prononcée phonétiquement « a-wol »), en raison de la concision du terme pour décrire l’échappement hospitalier ou le manquement opérationnel.

L’introduction du terme dans le champ clinique hospitalier s’est produite au cours de la seconde moitié du XXe siècle, sous l’influence des études épidémiologiques nord-américaines consacrées aux « psychiatric elopements » et aux départs non autorisés des institutions asilaires et des hôpitaux pour anciens combattants (Veterans Affairs hospitals).

3. Prononciation et forme grammaticale

En français, l’expression principale s’articule comme un groupe nominal féminin : « l’absence non autorisée » [ap.sɑ̃s nɔ̃.n‿o.tɔ.ʁi.ze] ou « l’absence sans permission » [ap.sɑ̃s sɑ̃ pɛʁ.mi.sjɔ̃]. Lorsqu’il est employé comme acronyme emprunté, « AWOL » fonctionne principalement comme un substantif masculin invariable (« un AWOL », désignant l’acte ou l’épisode d’absence) ou comme un modificateur adjectival invariable dans des expressions calquées telles que « être AWOL » (équivalent de « être en absence irrégulière » ou « avoir fugué »). La prononciation usuelle en milieu francophone médical ou universitaire suit la phonétique anglaise francisée [eɪ.wɒl] ou plus couramment [a.wɔl].

Sur le plan syntaxique, le terme s’intègre au lexique médico-légal et institutionnel au travers de collocations récurrentes : « commettre une absence non autorisée », « taux d’AWOL en milieu psychiatrique », « protocole de gestion des absences non autorisées » ou encore « profil à risque d’AWOL ».

4. Explication conceptuelle détaillée

L’absence non autorisée représente un phénomène multidimensionnel qui se situe à l’intersection de la liberté de circulation, de la psychopathologie de l’impulsivité et des devoirs inhérents à un collectif structuré. Pour comprendre l’essence de l’AWOL, il convient d’analyser les différentes forces dynamiques qui sous-tendent ce comportement : la rupture du cadre, la tentative d’auto-préservation psychique et la défaillance des mécanismes de négociation relationnelle.

Dans le paradigme psychiatrique, l’AWOL transcende le simple départ d’un bâtiment hospitalier. Il constitue une rupture radicale de l’environnement contenant (holding) théorisé par Donald Winnicott. Le patient qui quitte sans autorisation le service psychiatrique fuit généralement une angoisse interne massive projetée sur l’institution soignante. L’espace hospitalier, initialement conçu comme protecteur et thérapeutique, est soudainement appréhendé par le patient comme un lieu de persécution, d’enfermement insoutenable ou de perte d’identité. L’acte d’AWOL devient ainsi une tentative paradoxale de réappropriation de son autonomie motrice face à une désorganisation psychique imminente.

Dans le contexte des organisations à haute fiabilité et des structures militaires, l’absence sans permission constitue une rupture délibérée ou dissociative du lien d’allégeance et de subordination. L’individu s’abstrait des exigences de la mission en raison d’un effondrement de sa résilience morale ou d’un conflit insurmontable entre ses impératifs personnels (crise familiale, maladie d’un proche, épuisement émotionnel) et les exigences institutionnelles. Loin d’être un acte gratuit d’insoumission, l’AWOL militaire s’enracine très couramment dans un trouble de stress post-traumatique non diagnostiqué, un épisode dépressif majeur ou une réaction aiguë à un stress opérationnel intense.

L’AWOL pose également d’épineux dilemmes éthiques et juridiques. En milieu de soins, l’absence non autorisée confronte l’équipe soignante à la dialectique fondamentale entre bienfaisance, non-malfaisance et respect de l’autonomie du patient. Si le départ d’un individu hospitalisé sans consentement engage la responsabilité juridique de l’établissement en raison des risques imminents de passage à l’acte auto- ou hétéro-agressif, la sur-sécurisation des unités fermées pour prévenir les AWOL peut paradoxalement exacerber la claustrophobie institutionnelle et précipiter de nouvelles tentatives de fugue.

Enfin, sur le versant organisationnel contemporain, l’absence non autorisée reflète une érosion critique du contrat psychologique implicite liant le travailleur à l’entreprise. Lorsqu’un salarié s’absente de manière non signalée et répétée, ce comportement signale l’inefficacité des canaux conventionnels d’expression de la souffrance au travail, témoignant d’une détresse silencieuse ou d’une protestation passive contre un management déshumanisant ou des conditions délétères.

5. Évolution historique

L’histoire de l’absence non autorisée est consubstantielle à celle de la codification des armées permanentes. Dans l’Antiquité romaine, le soldat qui abandonnait son poste sans permission subissait des sanctions corporelles exemplaires ou la peine capitale par fustuarium. La distinction légale entre la désertion (abandon définitif avec refus de servir) et l’absence illégitime temporaire s’est affinée à l’époque moderne. Sous l’Ancien Régime et l’ère napoléonienne en Europe, les ordonnances militaires ont commencé à graduer les sanctions en fonction de la durée de l’absence et de la distance parcourue par le soldat fugitif.

Durant la guerre de Sécession américaine (1861-1865), les deux camps ont été confrontés à des taux endémiques d’AWOL, causés par le manque d’entraînement des conscrits et le besoin pressant des soldats-fermiers de retourner temporairement aider leurs familles lors des récoltes. C’est à cette époque que l’abréviation « AWOL » s’est diffusée dans les registres d’appel militaires. Durant la Première Guerre mondiale, des milliers de soldats britanniques et français en rupture de ban ont été traduits en cour martiale pour absence sans permission, souvent consécutive à ce que les psychiatres de l’époque nommaient l’« obusite » ou le « choc d’obus » (shell shock), aujourd’hui reconnu comme trauma de guerre.

Dans le domaine médical et psychiatrique, l’histoire de l’AWOL suit l’évolution des asiles d’aliénés au XIXe siècle. Avec la naissance de l’aliénisme sous la houlette de Philippe Pinel et Jean-Étienne Esquirol, la « fugue des aliénés » a fait l’objet de classifications nosologiques minutieuses, souvent rattachée à la manie, à la démence précoce ou à l’automatisme ambulatoire des épileptiques. Le grand neurologue Jean-Martin Charcot et ses contemporains ont longuement disserté sur les « dromomanes » ou « voyageurs pathologiques », individus pris d’un besoin irrépressible de marcher et de fuir leur environnement habituel.

Le mouvement de désinstitutionnalisation psychiatrique initié dans les années 1960 et 1970 a radicalement transformé la nature de l’AWOL hospitalier. L’ouverture progressive des portes des asiles et le développement de la sectorisation ont rendu les départs non autorisés plus visibles et fréquents, incitant la psychiatrie moderne à développer des protocoles rigoureux de gestion des risques plutôt que d’accentuer un enfermement carcéral systématique.

6. Fondements théoriques

L’analyse de l’absence non autorisée mobilise plusieurs cadres théoriques majeurs issus de la psychodynamique, des théories du stress et de la psychologie sociale.

Sur le plan psychanalytique et psychodynamique, l’AWOL est principalement conçu comme un acting-out (passage à l’acte défensif). Selon les travaux d’Otto Kernberg sur les organisations limites de la personnalité, l’incapacité à métaboliser des affects dépressifs ou agressifs intenses entraîne une décharge motrice immédiate. L’éloignement physique du lieu de soins ou de devoir opère comme un clivage projectif : le sujet dépose l’angoisse dans le lieu qu’il abandonne, cherchant à restaurer une illusion de toute-puissance et de contrôle face à un sentiment menaçant d’engloutissement institutionnel. La théorie de l’attachement développée par John Bowlby fournit également une grille de lecture féconde : face à une menace perçue, les individus dotés d’un attachement insécurisant évitant ont tendance à désactiver leur système d’attachement et à fuir physiquement la proximité d’autrui pour réguler leur détresse.

Sur le plan cognitivo-comportemental, le modèle de l’évitement conditionné explique l’AWOL comme une réponse de fuite face à des stimuli aversifs intolérables. L’individu évalue l’environnement immédiat (l’unité psychiatrique, le théâtre d’opérations militaires, le lieu de travail toxique) comme une source de danger ou d’inconfort insurmontable. Selon la théorie transactionnelle du stress de Richard Lazarus et Susan Folkman, lorsque les exigences de la situation dépassent les ressources perçues d’adaptation (coping), et que les stratégies centrées sur le problème sont inaccessibles, le coping d’évitement comportemental s’impose comme l’unique issue perçue pour réduire immédiatement le niveau d’éveil anxieux.

Dans le domaine de la psychologie des organisations, l’AWOL s’intègre au modèle du retrait professionnel (withdrawal model) et à la théorie de la conservation des ressources de Stevan Hobfoll. Lorsque les employés constatent un épuisement irréversible de leurs ressources énergétiques, émotionnelles et matérielles au sein de leur environnement de travail, l’absence imprévue et non autorisée constitue l’ultime rempart pour préserver leur santé mentale résiduelle face à des stresseurs chroniques incontrôlables.

7. Composantes clés, typologies et dimensions

L’absence non autorisée ne constitue pas un acte homogène. Elle se subdivise en plusieurs composantes, formes cliniques et dimensions dynamiques :

  • L’AWOL impulsif ou réactionnel : Départ soudain, non prémédité, déclenché immédiatement par un événement stressant ponctuel (une altercation avec un soignant ou un supérieur, l’annonce d’une mauvaise nouvelle familiale, un accès d’angoisse panique ou un sentiment insupportable de frustration).
  • L’AWOL planifié ou intentionnel : Échappement méthodique préparé à l’avance, où le sujet dissimule des effets personnels, organise un transport ou un hébergement extérieur, souvent motivé par un refus d’obtempérer à une décision administrative, un désir de recouvrer sa liberté ou des obligations perçues comme prioritaires à l’extérieur.
  • L’AWOL psychotique ou dissociatif : Fuite gouvernée par des symptômes psychiatriques florides, tels que des hallucinations acoustico-verbales impératives ordonnant le départ, un délire de persécution dans lequel l’institution est vécue comme mortifère, ou un état crépusculaire/confusionnel avec errance désorientée.
  • Le non-retour d’autorisation de sortie : Modalité indirecte d’AWOL où l’individu, ayant bénéficié d’une permission légitime temporaire (permission de sortie thérapeutique le week-end, quartier-libre militaire), ne réintègre pas la structure à l’heure prescrite et coupe tout contact.
  • L’AWOL addictif ou de quête : Conduite d’échappement spécifiquement motivée par un besoin irrépressible (craving) de se procurer des substances psychoactives (alcool, drogues illicites) non accessibles au sein de l’environnement contrôlé.
  • Dimension temporelle et géographique : L’absence peut varier de la brève fugue de quelques heures dans le périmètre immédiat de l’établissement jusqu’à la disparition prolongée de plusieurs semaines nécessitant le recours aux forces de l’ordre.

8. Exemples et cas illustratifs

Afin de concrétiser les manifestations de l’absence non autorisée, trois situations paradigmatiques illustrent la diversité de ce comportement :

Cas 1 : L’AWOL psychiatrique en milieu hospitalier fermé. Un patient de 24 ans, hospitalisé sous contrainte pour un premier épisode psychotique aigu avec thématique persécutoire, présente une méfiance extrême envers l’équipe soignante. Persuadé que la nourriture servie est empoisonnée et que les soignants sont des agents hostiles, il profite de l’ouverture temporaire d’un sas de sécurité lors de la livraison des repas pour s’échapper en courant. Son AWOL n’est pas une rébellion raisonnée, mais une fuite éperdue commandée par une terreur délirante intense. La prise en charge nécessite une intervention coordonnée des forces de sécurité et de l’équipe mobile pour le localiser rapidement, évitant ainsi un accident de la voie publique ou un geste d’auto-agression sous angoisse panique.

Cas 2 : L’AWOL militaire en zone d’engagement ou de préparation opérationnelle. Un jeune engagé de 20 ans, soumis à un entraînement intensif pré-déploiement, reçoit un appel l’informant de la tentative de suicide de sa compagne et de menaces d’expulsion de leur logement. Face au refus de sa hiérarchie de lui accorder une permission exceptionnelle en raison des contraintes d’exercice, le militaire quitte la base pendant la nuit sans autorisation pour rejoindre son domicile. L’expertise psychologique militaire révélera un état de détresse psychique sévère avec sentiment d’impuissance insurmontable, disqualifiant l’accusation de lâcheté au profit d’un trouble de l’adaptation avec humeur dépressive nécessitant un rapatriement sanitaire et un soutien psychothérapeutique.

Cas 3 : L’absence non autorisée organisationnelle par épuisement. Une cadre de santé de 45 ans, confrontée depuis plusieurs mois à un sous-effectif critique, à un harcèlement institutionnel larvé et à une charge mentale démesurée, cesse soudainement de se présenter à son poste un lundi matin sans avertir sa direction et éteint son téléphone professionnel. Cette rupture totale de contact, qualifiée administrativement d’absence non autorisée, masque en réalité un effondrement psychique brutal de type burnout sévère, caractérisé par une sidération anxieuse et une incapacité physique à franchir les portes de son lieu de travail.

9. Mesure et évaluation

L’évaluation du risque d’absence non autorisée constitue une priorité clinique, particulièrement dans les services de psychiatrie et les milieux pénitentiaires ou militaires. Divers instruments psychométriques et protocoles structurés de jugement professionnel permettent de quantifier ce risque :

En psychiatrie médico-légale et générale, des outils standardisés d’évaluation du risque de violence et de fugue sont couramment employés, à l’instar du HCR-20 (évaluation du risque de violence qui intègre les antécédents de rupture de cadre) ou de grilles spécifiques d’évaluation du risque de fugue hospitalière. Ces instruments examinent des variables statiques et dynamiques :

  • Les antécédents d’AWOL ou de fugues antérieures (facteur prédictif le plus robuste de récidive).
  • Le statut légal d’admission (les hospitalisations sous contrainte présentent des taux d’AWOL significativement plus élevés que les admissions libres).
  • La sévérité de l’agitation psychomotrice et de l’impulsivité mesurée par des échelles telles que la BPRS (Brief Psychiatric Rating Scale) ou la PANSS (Positive and Negative Syndrome Scale).
  • L’anosognosie ou l’absence d’insight (déni du trouble mental et du besoin de soins thérapeutiques).
  • La présence de comorbidités liées à l’usage de substances psychoactives évaluée par des échelles de dépendance.
  • Le niveau de détresse affective et d’idéation suicidaire sous-jacente.

En psychologie du travail et des armées, les taux d’absentéisme irrégulier sont monitorés au travers d’indicateurs de climat social, de bilans psychologiques d’aptitude et d’entretiens de retour au poste, visant à identifier précocement les indices d’aliénation au travail ou de vulnérabilité au stress opérationnel.

10. Applications et pertinence pratique

La compréhension scientifique de l’AWOL engendre des retombées directes sur les pratiques institutionnelles, l’architecture hospitalière et les protocoles de sécurité :

Dans le domaine de l’architecture hospitalière contemporaine et du design thérapeutique, la prévention de l’AWOL a incité à repenser les environnements de soins. L’approche moderne préconise la réduction des éléments carcéraux au profit d’une sécurité environnementale passive : création de jardins intérieurs sécurisés et apaisants, amélioration de la luminosité naturelle, réduction des nuisances sonores et aménagement d’espaces privatifs préservant l’intimité. Ces aménagements réduisent significativement le sentiment d’oppression spatiale à l’origine de nombreuses fugues impulsives.

Sur le plan organisationnel et clinique, des modèles de soins innovants tels que le modèle Safewards, développé par le professeur Len Bowers au Royaume-Uni, ont démontré une efficacité majeure pour diminuer les départs non autorisés sans recourir à la coercition mécanique. En formant les équipes soignantes à la désescalade verbale, à l’accueil chaleureux lors des admissions, à la transparence des règles de vie et à la prise en compte proactive des angoisses des patients, les taux d’AWOL chutent considérablement, favorisant une solide alliance thérapeutique.

Dans les armées modernes, la détection des facteurs de vulnérabilité prédisposant à l’AWOL a favorisé la mise en place de structures d’écoute psychologique décentralisées, de cellules de soutien médico-psychologique au plus près des régiments et de programmes de sensibilisation des cadres de contact, évitant de judiciariser immédiatement des comportements relevant initialement d’une souffrance psychique traitable.

11. Recherche et preuves empiriques

La littérature scientifique internationale fournit un corpus substantiel de données épidémiologiques et cliniques sur l’absence non autorisée en milieu de soins psychiatriques. Les méta-analyses et études de cohorte mettent en évidence des constances statistiques remarquables.

Les travaux de référence menés par Len Bowers et son équipe de recherche à l’Institut de psychiatrie du King’s College de Londres ont révélé que le profil modal du patient psychiatrique effectuant un AWOL est généralement un homme jeune, célibataire, sans emploi, diagnostiqué avec une schizophrénie ou un trouble du spectre psychotique, souvent consommateur de toxiques, et hospitalisé sous un régime de soins sans consentement. Leurs recherches démontrent que la majorité des départs non autorisés se produisent durant les premières semaines suivant l’admission, période où l’angoisse d’adaptation et le refus des soins atteignent leur acmé.

Une étude empirique longitudinale majeure menée par Hunt et al. (2010) au Royaume-Uni a souligné la gravité des risques encourus lors d’un AWOL : les patients en absence non autorisée présentent un risque de suicide multiplié de façon alarmante par rapport aux patients présents dans l’unité, une proportion notable des suicides de patients hospitalisés survenant précisément en dehors des murs de l’hôpital après une fugue non détectée. De surcroît, le risque de victimisation extérieure ou d’aggravation sévère de l’état somatique (exposition aux intempéries, déshydratation, traumatismes) est hautement prévalent.

Des recherches menées par le ministère américain des Anciens Combattants (VA) sur les militaires AWOL ont démontré qu’une forte proportion de soldats absents sans permission remplissaient rétrospectivement les critères diagnostiques complets de traumatismes crâniens légers non décelés, de troubles anxieux sévères ou d’antécédents d’abus sexuels subis durant le service militaire, infirmant l’hypothèse réductrice d’un simple opportunisme frauduleux.

12. Considérations culturelles et transculturelles

La perception et la fréquence de l’absence non autorisée varient considérablement selon les contextes culturels et les philosophies nationales des soins de santé mentale. Dans les cultures collectivistes, où les liens familiaux et communautaires exercent une régulation sociale intense, le taux d’AWOL individuel peut être modéré par la présence constante de membres de la famille élargie au chevet du patient, assumant une fonction de co-gardiennage bienveillant et de médiation relationnelle.

À l’inverse, dans les sociétés individualistes occidentales, l’accent mis sur les libertés fondamentales et le droit à l’autodétermination colore différemment le débat sur l’AWOL. Dans des pays comme les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, le mouvement vers des services psychiatriques complètement ouverts (« open-door policies ») a montré, contre toute attente, que le déverrouillage mesuré des portes n’augmentait pas systématiquement les AWOL, mais diminuait au contraire le climat de tension et le désir compulsif de fuir une structure vécue comme carcérale.

En anthropologie médicale, l’acte de fuite d’un patient issu de minorités culturelles ou de populations migrantes peut également refléter un profond décalage herméneutique : l’incompréhension des représentations culturelles de la maladie mentale, la barrière linguistique et la crainte d’une persécution administrative peuvent transformer l’institution hospitalière en une menace terrifiante, précipitant l’AWOL comme une tentative désespérée de retrouver des pratiques de guérison traditionnelles ou une protection communautaire.

13. Critiques, débats et limites

Le concept d’absence non autorisée suscite des controverses nourries au sein de la communauté psychiatrique et éthique contemporaine. La principale critique porte sur la nature normative et asymétrique du terme. Qualifier un patient d’« AWOL » ou de « fugueur » tend à attribuer l’entière responsabilité du dysfonctionnement à la personne soignée, masquant les failles institutionnelles, le manque d’humanité de certains soins, la surpopulation des services et l’indisponibilité du personnel soignant pour instaurer un dialogue apaisant.

Un autre débat concerne les technologies de surveillance numérique. L’utilisation croissante de bracelets électroniques à radiofréquence (RFID), de puces GPS ou de caméras de reconnaissance faciale pour prévenir les AWOL chez les personnes âgées désorientées atteintes de maladie d’Alzheimer ou chez les patients sous contrainte soulève de vives inquiétudes éthiques. Si ces dispositifs réduisent le risque d’éloignement tragique, ils peuvent porter atteinte à la dignité intrinsèque, transformer le lieu de soins en panoptique technologique et dispenser l’institution de fournir un encadrement humain suffisant.

Dans le domaine militaire, la frontière disciplinaire entre l’AWOL et la désertion fait l’objet de contestations juridiques récurrentes. L’absence de prise en compte systématique de la détresse psychologique par les juridictions d’exception a historiquement conduit à des condamnations disproportionnées de combattants en état de dissociation péritraumatique, ouvrant la voie à des campagnes de réhabilitation posthume pour les soldats fusillés pour l’exemple au cours du XXe siècle.

14. Termes connexes et distinctions

La distinction rigoureuse entre l’AWOL et d’autres notions frontières s’avère indispensable pour éviter toute confusion conceptuelle :

  • Désertion : Contrairement à l’AWOL qui implique l’absence d’intention définitive d’abandonner son service (ou une intention ambiguë), la désertion se caractérise juridiquement par la volonté résolue de rompre définitivement les liens avec l’institution militaire ou de se soustraire à un péril imminent face à l’ennemi.
  • Fugue psychiatrique : Terme clinique francophone souvent utilisé comme synonyme d’AWOL hospitalier, mais qui englobe également des comportements d’errance dissociative en dehors de tout cadre d’enfermement institutionnel (fugue amnésique, dromomanie).
  • Sortie contre avis médical (SCAM) : Situation où le patient quitte l’établissement de soins de manière formelle et déclarée, en signant une décharge administrative reconnaissant qu’il agit contre les recommandations médicales, contrairement à l’AWOL qui s’effectue clandestinement et sans formalité.
  • Présentéisme : Antonyme comportemental sur le versant organisationnel, où le travailleur est physiquement présent à son poste mais dans un état de fonctionnement psychologique ou somatique profondément dégradé, incapable d’accomplir ses tâches avec efficacité.
  • Absentéisme ordinaire : Manquement au travail généralement justifié a posteriori par un arrêt maladie ou des motifs conventionnels, distinct de l’AWOL qui se caractérise par l’absence d’autorisation préalable et la rupture unilatérale de communication.

15. Résumé et points clés

L’absence non autorisée (AWOL) incarne un phénomène clinique et sociologique d’une haute complexité qui dépasse le cadre d’une simple infraction disciplinaire :

  • Origine et définition : Issu du vocabulaire militaire désignant l’absence sans permission, le terme caractérise en psychopathologie hospitalière la fugue ou le départ non concerté d’une personne prise en charge.
  • Substrat psychologique : L’AWOL résulte d’une interaction dynamique entre des stresseurs environnementaux perçus comme menaçants, une détresse émotionnelle paroxystique et une faillite temporaire des capacités d’adaptation régulées.
  • Profils et contextes : Fréquemment corrélé à des troubles psychotiques florides, à des troubles de l’attachement, à des addictions ou au stress post-traumatique, il survient le plus souvent dans les phases initiales de prise en charge ou lors de crises existentielles aiguës.
  • Enjeux sécuritaires et thérapeutiques : L’AWOL expose l’individu à un risque accru de suicide, d’accidents somatiques et de victimisation, justifiant le recours à des approches préventives bienveillantes telles que le modèle Safewards plutôt qu’à une surenchère coercitive.
  • Prise en charge intégrative : La réduction pérenne des départs non autorisés repose sur l’humanisation des cadres institutionnels, le renforcement continu de l’alliance thérapeutique et la reconnaissance précoce de la détresse psychique sous-jacente.

Références

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 21). Absence non autorisée : Dynamiques et enjeux. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=absence-non-autorisee-awol-dynamiques-cliniques
Looti, Mohammed. “Absence non autorisée : Dynamiques et enjeux.” Base de données de psychologie en français, 21 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_term=absence-non-autorisee-awol-dynamiques-cliniques.
Looti, Mohammed. “Absence non autorisée : Dynamiques et enjeux.” Base de données de psychologie en français. octobre 21, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_term=absence-non-autorisee-awol-dynamiques-cliniques.