Test de la baguette et du cadre (RFT)

Le Test de la baguette et du cadre (Rod and Frame Test – RFT) est un test psychophysique standardisé conçu par Herman A. Witkin pour évaluer la dépendance-indépendance à l’égard du champ.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 15, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 15, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Test de la baguette et du cadre (mieux connu sous sa dénomination anglophone d’Rod and Frame Test ou RFT) est un paradigme psychophysique et psychométrique classique développé initialement par Herman A. Witkin et ses collaborateurs à la fin des années 1940 et formalisé au cours des années 1950 et 1960 (Witkin & Asch, 1948 ; Witkin et al., 1954, 1962). Cet instrument expérimental standardisé a été conçu pour évaluer les différences interindividuelles au niveau du fonctionnement perceptif, plus spécifiquement le long de la dimension cognitive et perceptive d’indépendance versus dépendance à l’égard du champ (Field Dependence-Independence, FDI). L’épreuve soumet l’individu à une tâche d’estimation de la verticale gravitaire visuelle (VGV) au sein d’un environnement spatial perturbé par un cadre visuel incliné, créant ainsi un conflit sensoriel direct entre les indices visuels contextuels et les afférences proprioceptives, somatosensorielles et vestibulaires.

L’administration classique du test s’effectue dans l’obscurité totale à l’aide d’un dispositif mécanique ou informatisé comprenant un cadre carré luminescent orientable et une baguette luminescente centrale, pivotant indépendamment autour du même axe géométrique. Le participant est invité à ajuster la baguette jusqu’à ce qu’il la perçoive comme parfaitement verticale dans l’espace physique, indépendamment de l’inclinaison du cadre et de celle de son propre corps (qui peut être maintenu droit ou incliné sur le côté). Le score psychométrique correspond à l’erreur absolue ou signée de déviation angulaire par rapport à la verticale gravitationnelle vraie (0°). Sur le plan psychométrique, le RFT a démontré une excellente fidélité test-retest à long terme (coefficients de corrélation compris entre r = 0,66 et r = 0,84 sur trois ans ; Bauman, 1951) ainsi qu’une très forte consistance interne par la méthode bissectionnelle (coefficients de r = 0,89 à r = 0,92 ; Gardner et al., 1960 ; Loeff, 1961). Il constitue l’un des piliers méthodologiques de l’étude du style cognitif, de l’intégration multisensorielle et de la neuro-otologie contemporaine.

2. Mots-clés / Keywords

Dépendance à l’égard du champ, Indépendance à l’égard du champ, Style cognitif, Perception spatiale, Verticale visuelle subjective, Herman Witkin, Intégration multisensorielle, Psychophysique, Proprioception, Conflit visuo-vestibulaire, Évaluation psychométrique, Différences individuelles.

3. Auteurs / Authors

Le développement fondamental du paradigme du RFT et de la théorie de la différenciation psychologique est attribué à une équipe pionnière de psychologues expérimentaux et cliniciens américains dirigée par Herman A. Witkin :

  • Herman A. Witkin, Ph.D. (1916–1979) : Psychologue cognitiviste et différentialiste de renommée internationale, chercheur au State University of New York (SUNY) Downstate Medical Center à Brooklyn, puis directeur de recherche émérite au sein de l’Educational Testing Service (ETS) à Princeton, New Jersey, États-Unis.
  • Ruth B. Dyk, M.S. : Chercheuse associée au département de psychiatrie et de psychologie du SUNY Downstate Medical Center, Brooklyn, New York.
  • Hanna F. Faterson, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse en psychologie du développement au SUNY Downstate Medical Center.
  • Donald R. Goodenough, Ph.D. : Chercheur senior en sciences cognitives à l’Educational Testing Service (ETS), spécialiste de l’apprentissage et des styles de traitement perceptif de l’information.
  • Stephen A. Karp, Ph.D. : Psychologue chercheur, co-développeur des épreuves de figures enchevêtrées (Embedded Figures Test) et collaborateur de recherche à l’université George Washington.

Les correspondances historiques et les demandes d’archives scientifiques liées à ces travaux sont centralisées au sein des collections de recherche de l’Educational Testing Service (ETS, Princeton, NJ, USA).

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental du Test de la baguette et du cadre est de quantifier avec précision la manière dont un individu arbitre entre des flux sensoriels conflictuels lors de la construction de référentiels spatiaux égocentrés et allocentrés. Dans notre environnement quotidien, l’orientation dans l’espace repose sur une redondance sensorielle harmonieuse combinant le système visuel (alignement sur les murs, les portes, les horizons géométriques), le système vestibulaire (canaux semi-circulaires et organes otolithiques détectant la gravité) et les récepteurs somatosensoriels/proprioceptifs (pressions plantaires, récepteurs articulaires et musculaires du cou et du tronc). Lorsque le cadre extérieur est délibérément incliné, le RFT soumet le système nerveux central à une discordance sensorielle artificielle : la scène visuelle globale suggère une verticalité inclinée, tandis que les capteurs inertiels et somesthésiques indiquent la véritable direction gravitaire terrestre.

Sur le plan théorique et psychologique, le test ne cherche pas simplement à mesurer une acuité sensorielle basale, mais à identifier le style perceptif préférentiel d’un individu. Witkin et ses collaborateurs ont posé la question épistémologique suivante : face à une structure globale dominante mais trompeuse, l’individu est-il capable d’isoler un élément discret (la baguette) pour le rapporter à son propre corps et à la physique externe, ou son jugement est-il inexorablement capté et distordu par le cadre de référence environnant ? Cette mesure opérationnalise ainsi la tendance à la dépendance ou à l’indépendance à l’égard du champ.

Les applications du RFT s’étendent sur plusieurs disciplines :

  • Psychologie cognitive et différentielle : Compréhension des mécanismes de traitement global versus analytique de l’information, de la résistance à l’interférence visuo-spatiale, et de la flexibilité attentionnelle.
  • Psychologie ergonomique et des transports : Sélection et entraînement de pilotes d’aéronefs militaires et civils, d’astronautes et de conducteurs d’engins, pour lesquels la vulnérabilité aux illusions spatiales (« désorientation spatiale ») représente un enjeu critique de sécurité vitale.
  • Neurologie clinique et vestibulaire : Évaluation des déficits otolithiques unilatéraux ou bilatéraux, des atteintes du tronc cérébral et des accidents vasculaires cérébraux affectant le cortex pariéto-insulaire vestibulaire (PIVC). L’écart systématique de la verticale visuelle subjective est un biomarqueur clinique établi de pathologies neuro-vestibulaires aiguës (neuronite vestibulaire, syndrome de Wallenberg).
  • Gérontologie et rééducation posturale : Analyse des risques de chute chez la personne âgée. Une dépendance visuelle excessive couplée à une baisse de sensibilité proprioceptive constitue un prédicteur majeur d’instabilité motrice.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par le RFT est la dépendance-indépendance à l’égard du champ (Field Dependence-Independence, FDI), conceptualisée originellement comme une dimension bipolaire continue et unitaire du fonctionnement psychologique. Cette dimension renvoie au degré auquel l’organisation du champ perceptif prédominant dicte la perception des composantes internes de ce même champ.

Le pôle d’Indépendance à l’égard du champ (Field Independence – FI)

Les individus situés vers le pôle de l’indépendance à l’égard du champ démontrent une capacité élevée à s’abstraire du contexte visuel immédiat. Face à un cadre incliné à 28° par exemple, le sujet indépendant est capable d’inhiber activement l’illusion d’entraînement visuel induite par l’armature lumineuse. Il ancre son jugement perceptif sur les informations internes fournies par le système vestibulaire et les mécanorécepteurs de son propre corps (axe graviceptif idiotropique et somesthésique). Par conséquent, ses ajustements de la baguette sont remarquablement proches de la verticale physique réelle (erreurs moyennes faibles, généralement inférieures à 2 ou 3 degrés d’angle). Ce profil reflète un mode de fonctionnement analytique, articulé et capable de déstructurer un ensemble perceptif complexe pour en extraire des composantes isolées.

Le pôle de Dépendance à l’égard du champ (Field Dependence – FD)

À l’opposé, les individus tendant vers la dépendance à l’égard du champ sont fortement influencés par la configuration contextuelle externe. Lorsque le cadre est incliné, la baguette est perçue comme verticale uniquement lorsqu’elle est inclinée dans le sens du cadre, souvent parallèlement à ses côtés verticaux apparents. Ces sujets commettent des erreurs angulaires majeures, pouvant atteindre ou dépasser 10 à 15 degrés d’inclinaison. Dans ce cas, les afférences proprioceptives et vestibulaires internes sont submergées ou subordonnées au champ visuel dominant. Le mode de traitement privilégié est dit « global » ou « holistique », le sujet subissant passivement l’organisation globale du champ sans parvenir à opérer une séparation rigoureuse entre l’objet focal et son arrière-plan.

Expansion multidimensionnelle du construit

Bien que le RFT évalue une compétence perceptive élémentaire d’orientation gravitaire, Witkin a rapidement étendu ce construit à l’ensemble de la personnalité et du fonctionnement socio-affectif sous l’appellation d’articulation psychologique ou de différenciation. Les sujets indépendants du champ ont tendance à adopter une orientation interpersonnelle plus autonome, avec un recours préférentiel à des mécanismes de défense internes (intellectualisation, isolation), tandis que les sujets dépendants du champ manifestent une plus grande sensibilité aux signaux sociaux, une empathie interpersonnelle accrue et une recherche active de repères externes pour guider leurs prises de décision comportementales.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique du RFT s’enracine dans la convergence historique entre la psychologie de la forme (Gestalttheorie), la psychophysique sensorielle et la théorie du développement cognitif différentiel de Witkin (la Théorie de la Différenciation Psychologique).

L’influence de la Gestalt et le rôle du cadre de référence spatial

Les théoriciens de la Gestalt (Wertheimer, Koffka, Köhler) ont mis en évidence la notion de « cadre de référence » (framework) : la perception d’un objet n’est jamais un phénomène isolé mais dépend structurellement de la totalité phénoménale dans laquelle il s’insère. Witkin s’est inspiré de ces principes pour concevoir une situation expérimentale où le cadre géométrique est dissocié de la géométrie de la Terre. Selon la théorie gestaltiste pure, le cadre incliné devrait réorganiser l’ensemble de l’espace phénoménal en imposant ses propres axes comme nouvelle norme verticale-horizontale. Cependant, Witkin a découvert une variabilité individuelle considérable, infirmant l’universalité déterministe postulée par certains gestaltistes : tous les observateurs humains ne succombent pas avec la même intensité à l’effet de capture contextuelle du cadre.

La théorie de la différenciation psychologique de Witkin

Witkin et ses collègues (1962) ont formalisé une vaste théorie intégrative reposant sur le concept d’auto-différenciation ontogénétique. Selon ce modèle, le développement psychologique normal progresse d’un état indifférencié et global vers un état de différenciation structurelle croissante. Cette différenciation se manifeste à trois niveaux interconnectés :

  1. La différenciation corporelle : Développement d’une frontière claire entre le soi (le corps propre) et le non-soi (l’environnement extérieur), permettant un schéma corporel stable et indépendant des variations contextuelles.
  2. La différenciation perceptive (style analytique vs global) : Capacité à désenchâsser une figure géométrique de son arrière-plan masquant (mesurée par l’Embedded Figures Test) et à percevoir la verticalité corporelle et visuelle en faisant abstraction de l’orientation du cadre (mesurée par le RFT et le Tilting-Room-Tilting-Chair Test).
  3. La différenciation psychologique et socio-cognitive : Émergence d’un sens de l’identité autonome, d’objectifs personnels stabilisés et d’un contrôle régulateur interne des affects, s’opposant à une dépendance constante aux feedbacks de conformité émanant de l’entourage social.

Modèles neurophysiologiques et d’intégration multisensorielle modernes

À l’ère contemporaine, le cadre théorique a été réactualisé à la lumière des modèles bayésiens de l’intégration multisensorielle (Ernst & Banks, 2002). Selon ces modèles computationnels, le système nerveux central estime l’orientation verticale en combinant de façon optimale les signaux sensoriels selon leur fiabilité respective (estimation du maximum de vraisemblance). Chez un sujet « dépendant du champ », le gain synaptique attribué au canal visuel est pondéré de manière disproportionnée par rapport aux canaux graviceptifs vestibulaires et somesthésiques. Inversement, l’indépendance à l’égard du champ reflète une pondération préférentielle et robuste des entrées somato-vestibulaires internes, immunisant le système perceptif contre l’induction de mouvement ou d’inclinaison visuelle contextuelle.

7. Validité / Validity

Le Test de la baguette et du cadre a fait l’objet de centaines d’investigations empiriques évaluant ses diverses facettes psychométriques sur plus de six décennies.

Validité de construit et convergente

La validité convergente du RFT a été initialement démontrée par ses corrélations modérées à fortes avec les autres épreuves historiques conçues par Witkin pour évaluer la même dimension de style perceptif :

  • Corrélation avec l’Embedded Figures Test (EFT) : L’EFT, qui demande de retrouver une figure géométrique simple cachée au sein d’une figure complexe multicolore, partage avec le RFT l’exigence d’analyser un champ structuré pour en extraire une cible. Les corrélations observées entre les erreurs au RFT et les temps de détection à l’EFT se situent typiquement entre r = 0,40 et r = 0,65 (Witkin et al., 1962), attestant que les deux tests sollicitent un construit cognitivo-perceptif commun de désenchâssement structural.
  • Corrélation avec le Tilting-Room-Tilting-Chair Test (TRTC) : Dans cette épreuve où la pièce entière et la chaise du sujet basculent indépendamment, les corrélations avec le RFT atteignent des valeurs allant de r = 0,55 à r = 0,78, confirmant la validité du construit de reliance sensorielle gravitaire versus optique.

Validité de construit avec les tests d’aptitudes cognitives générales

La recherche s’est attachée à distinguer le style cognitif FDI de l’intelligence générale (facteur g). Des études factorielles ont montré que si le RFT présente des corrélations faibles à non significatives avec les échelles de quotient intellectuel verbal (WAIS Verbal IQ, r < 0,20), il corrèle de manière significative avec les épreuves de performance spatiale de la WAIS, notamment l’épreuve des Cubes de Kohs (Block Design) avec des coefficients variant entre r = -0,45 et r = -0,60 (le signe négatif indiquant qu’une meilleure performance aux cubes est associée à une erreur plus faible au RFT). Cela valide le statut du RFT en tant que mesure d’une aptitude spatio-perceptive spécifique d’analyse structurale plutôt que d’un reflet non spécifique de l’intelligence globale.

Validité prédictive et écologique

Sur le plan clinique et appliqué, le RFT présente une excellente validité prédictive :

  • Désorientation spatiale aéronautique : Des études conduites au sein des forces aériennes américaines et européennes ont démontré que les pilotes présentant des scores élevés de dépendance au champ au RFT sont significativement plus vulnérables aux illusions d’inclinaison (the leans) et aux accidents imputables à la désorientation spatiale lors du vol aux instruments.
  • Diagnostic neurotologique : En médecine vestibulaire, les déviations systématiques de la verticale subjective au RFT permettent d’objectiver avec une sensibilité supérieure à 85 % une déafférentation vestibulaire périphérique unilatérale aiguë (comme dans la névrite vestibulaire).

8. Fidélité / Reliability

Le RFT se distingue par des indices de fidélité métrologique particulièrement solides pour un instrument psychophysique de laboratoire, attestant de la robustesse de l’évaluation dans le temps et de l’homogénéité interne des conditions de mesure.

Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

La stabilité du style perceptif mesuré par le RFT à travers le temps a été confirmée par plusieurs recherches longitudinales. L’étude princeps de Bauman (1951) a suivi des participants adultes sur un intervalle temporel prolongé de trois années consécutives. Les coefficients de corrélation test-retest se sont révélés remarquablement élevés :

  • Hommes : r = 0,84
  • Femmes : r = 0,66

Sur des intervalles plus courts (de quelques jours à quelques mois), les coefficients de stabilité test-retest oscillent régulièrement entre r = 0,80 et r = 0,90, indiquant que la dépendance-indépendance à l’égard du champ est un trait stable et pérenne de la personnalité cognitive adulte.

Fidélité par bissection (Split-Half Reliability)

La consistance interne de l’épreuve, évaluée par la corrélation entre les essais pairs et impairs (odd-even reliability) corrigée par la formule de Spearman-Brown, atteint des standards psychométriques exceptionnels :

  • Gardner, Jackson et Messick (1960) : Corrélation bissectionnelle de r = 0,92.
  • Loeff (1961) : Corrélation bissectionnelle de r = 0,89.
  • Arbuthnot (1972) : Revue psychométrique rapportant des médianes de consistance interne supérieures à r = 0,90 sur des cohortes mixtes de collégiens et d’adultes.

Ces données confirment que la variance des scores au RFT n’est pas le produit de fluctuations aléatoires de l’attention ou de la fatigue motrice au fil des essais, mais traduit fidèlement une caractéristique structurelle du système de traitement spatial de l’opérateur.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Dans la littérature psychométrique factorielle, le RFT a fait l’objet de nombreuses analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), souvent administré au sein de vastes batteries comprenant l’EFT, les tests de visualisations spatiales d’Ekstrom, et les échelles de Wechsler.

La structure unifactorielle du test

Lorsque les scores d’erreur angulaire issus des différents essais du RFT sont analysés de manière isolée (différentes combinaisons d’inclinaison cadre-baguette et positions du corps), les modèles factoriels mettent systématiquement en évidence un facteur général unique d’erreur d’ajustement spatial, expliquant fréquemment entre 65 % et 80 % de la variance totale des essais. Les saturations factorielles de chacun des essais individuels sur ce facteur principal sont uniformément fortes, généralement supérieures à 0,70. Cela confirme l’unidimensionnalité stricte de l’instrument dans son opérationnalisation standardisée.

Positionnement dans l’espace factoriel cognitif (Modèle CHC)

Dans le cadre des modélisations hiérarchiques contemporaines des aptitudes cognitives (modèle de Cattell-Horn-Carroll ou théorie CHC) :

  • Le RFT se charge de manière prédominante sur le facteur large de Traitement Visuo-Spatial (Gv), et plus précisément sur le facteur étroit de Relations Spatiales (SR – Spatial Relations) et d’Orientation Spatiale (SO – Spatial Orientation).
  • Dans les études factorielles menées par Gardner et al. (1960) puis par Goodenough et Karp (1961), le RFT s’est regroupé de manière élective avec l’EFT et le subtest des Cubes pour former un facteur spécifique baptisé initialement Facteur de Champ Analytique ou Désenchâssement Perceptif, saturant à plus de 0,75 sur cet axe et montrant des saturations résiduelles quasi nulles sur les facteurs verbaux ou de vitesse perceptive pure.

10. Instrument de mesure / Instrument

Le Test de la baguette et du cadre n’est pas un questionnaire papier-crayon, mais une épreuve psychophysique instrumentale. Il existe aujourd’hui sous deux grandes configurations : l’appareil électromécanique de Witkin et les versions informatisées/en réalité virtuelle (C-RFT ou VR-RFT).

  • Type d’épreuve : Mesure de performance spatio-perceptive de laboratoire / Test psychophysique objectif.
  • Matériel expérimental standard (Dispositif classique) :
    • Une pièce entièrement obscurcie (chambre noire absolue), supprimant tout repère visuel d’orthogonalité architecturale (plinthes, angles de murs).
    • Un cadre carré luminescent de 105 cm de côté (pour la version originale complète) ou de 30 cm (pour la version portable dite PRFT de Nyborg ou Oltman), dont le contour brille d’une lueur phosphorescente ou électroluminescente.
    • Une baguette lumineuse fine placée au centre géométrique du cadre, pivotant librement sur 360°.
    • Un fauteuil pour le participant placé à une distance normée (souvent 2,5 à 5 mètres pour le grand modèle, 60 à 100 cm pour le modèle portable), permettant d’incliner le corps du sujet à gauche (-28°), à droite (+28°) ou de le maintenir droit (0°).
  • Nombre d’essais standardisés : Le protocole complet original comporte généralement 8 ou 24 essais, combinant de manière contrebalancée les inclinaisons du cadre et les positions corporelles. Le protocole portable abrégé compte typiquement 8 essais clés :
  • Conditions expérimentales classiques :
    • Cadre incliné à 28° vers la gauche / Baguette inclinée à 28° vers la gauche.
    • Cadre incliné à 28° vers la gauche / Baguette inclinée à 28° vers la droite.
    • Cadre incliné à 28° vers la droite / Baguette inclinée à 28° vers la gauche.
    • Cadre incliné à 28° vers la droite / Baguette inclinée à 28° vers la droite.
  • Consigne donnée au sujet : Le participant utilise une commande mécanique ou un potentiomètre (ou donne des instructions verbales à l’expérimentateur selon la méthode d’ajustement) afin d’aligner la baguette sur la verticale pure de la pièce (« Ajustez la baguette de manière à ce qu’elle se dresse parfaitement droite, comme un fil à plomb dirigé vers le centre de la Terre, sans tenir compte de la position de la boîte environnante »).
  • Format des réponses et cotation :
    • La déviation angulaire est mesurée au rapporteur optique ou par encodeur rotatif numérique en degrés d’angle et fractions de degrés.
    • Score d’erreur absolue moyenne : Moyenne arithmétique de l’écart absolu en degrés par rapport à la verticale absolue (0°) sur l’ensemble des essais. Une valeur proche de 0° indique une indépendance totale à l’égard du champ ; une valeur élevée (par exemple 8° à 15°) dénote une forte dépendance au champ.
    • Score de déviation signée (effet-cadre direct ou Frame Effect) : Mesure algébrique isolant spécifiquement l’amplitude de l’attraction induite par le cadre dans le sens de son inclinaison.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement initial : 1948 (premières expériences de Witkin & Asch) ; standardisation psychométrique formalisée en 1954 et 1962. Le Portable Rod and Frame Test (PRFT) a été introduit ultérieurement par Philip K. Oltman en 1968.
  • Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : Le principe conceptuel et géométrique du RFT relève du domaine public scientifique. Les schémas expérimentaux originaux décrits dans les publications de Witkin et al. (1954, 1962) peuvent être répliqués librement à des fins de recherche académique.
  • Versions commerciales et matérielles : Des appareils mécaniques spécialisés (notamment le Portable Rod and Frame Apparatus Model 16011) ont été commercialisés par Lafayette Instrument Company. Ces dispositifs matériels propriétaires sont soumis aux tarifs du constructeur (généralement situés entre 1 500 $ et 3 000 $ USD selon les spécifications d’encodage électronique).
  • Paradigmes informatisés et open-source : De nos jours, la majorité des laboratoires de recherche implémentent des versions virtuelles programmées sur PsychoPy, MATLAB (Psychtoolbox) ou Unity pour casques de réalité virtuelle (HTC Vive, Meta Quest). Ces scripts sont fréquemment distribués sous licence libre (Creative Commons ou MIT) au sein des dépôts de science ouverte (OSF, GitHub).

12. Références / References

Ci-dessous figurent les publications scientifiques fondatrices et normatives relatives au Test de la baguette et du cadre, présentées selon les normes de l’American Psychological Association (APA, 7e édition) :

  • Arbuthnot, J. (1972). Cautionary note on measurement of field independence. Perceptual and Motor Skills, 35(1), 63–70. https://doi.org/10.2466/pms.1972.35.1.63
  • Bauman, G. (1951). The stability of the individual’s mode of perception, and of perception-personality relationships [Thèse de doctorat non publiée, New York University].
  • Ernst, M. O., & Banks, M. S. (2002). Humans integrate visual and haptic information in a statistically optimal fashion. Nature, 415(6870), 429–433. https://doi.org/10.1038/415429a
  • Gardner, R. W., Jackson, D. N., & Messick, S. (1960). Personality organization in cognitive controls and intellectual abilities. Psychological Issues, 2(4), 1–149.
  • Goodenough, D. R., & Karp, S. A. (1961). Field dependence and intellectual functioning. The Journal of Abnormal and Social Psychology, 63(2), 241–246. https://doi.org/10.1037/h0045461
  • Loeff, R. G. (1961). Embedding and enclosing behavior [Thèse de doctorat non publiée, New York University].
  • Oltman, P. K. (1968). A portable rod-and-frame apparatus. Perceptual and Motor Skills, 26(2), 503–506. https://doi.org/10.2466/pms.1968.26.2.503
  • Witkin, H. A., & Asch, S. E. (1948). Studies in space orientation: IV. Further experiments on perception of the upright with displaced visual fields. Journal of Experimental Psychology, 38(6), 762–782. https://doi.org/10.1037/h0054177
  • Witkin, H. A., Lewis, H. B., Hertzman, M., Machover, K., Meissner, P. B., & Wapner, S. (1954). Personality through perception: An experimental and clinical study. Harper & Brothers.
  • Witkin, H. A., Dyk, R. B., Faterson, H. F., Goodenough, D. R., & Karp, S. A. (1962). Analytical functioning in perception. In H. A. Witkin, R. B. Dyk, H. F. Faterson, D. R. Goodenough, & S. A. Karp (Eds.), Psychological differentiation: Studies of development (pp. 35–58). John Wiley & Sons, Inc. https://doi.org/10.1037/13128-004

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Il convient de souligner que le Test de la baguette et du cadre (RFT) est un test expérimental psychophysique reposant sur un appareil instrumenté et des conditions d’essais perceptifs répétés, et non un inventaire psychométrique composé d’items ou de questions déclaratives écrites au sens classique des échelles d’auto-évaluation.

Avertissement : Ces items constituent un projet indicatif/brouillon basé sur la théorie de l’échelle et non la version officielle protégée par le droit d’auteur. Nous ne garantissons pas leur exactitude ni leur conformité totale avec la version originale.

Structure of Experimental Trials (Standard Protocol):

In the standard testing procedure, respondents do not answer verbal survey items. Instead, they complete a standardized sequence of psychophysical trials. Below is the operational trial grid illustrating the presentation series administered to participants:

Series 1: Body Upright Condition (Chair at 0°)

  1. Trial 1: Frame tilted 28° Left (-28°), Rod initial position 28° Left (-28°). Participant adjusts rod to perceived verticality.
  2. Trial 2: Frame tilted 28° Left (-28°), Rod initial position 28° Right (+28°). Participant adjusts rod to perceived verticality.
  3. Trial 3: Frame tilted 28° Right (+28°), Rod initial position 28° Left (-28°). Participant adjusts rod to perceived verticality.
  4. Trial 4: Frame tilted 28° Right (+28°), Rod initial position 28° Right (+28°). Participant adjusts rod to perceived verticality.

Series 2: Body Tilted Condition (Chair at 28° Left or Right)

  1. Trial 5: Body tilted 28° Left, Frame tilted 28° Left, Rod initial position 28° Left. Participant adjusts rod to perceived true vertical.
  2. Trial 6: Body tilted 28° Left, Frame tilted 28° Right, Rod initial position 28° Right. Participant adjusts rod to perceived true vertical.
  3. Trial 7: Body tilted 28° Right, Frame tilted 28° Left, Rod initial position 28° Left. Participant adjusts rod to perceived true vertical.
  4. Trial 8: Body tilted 28° Right, Frame tilted 28° Right, Rod initial position 28° Right. Participant adjusts rod to perceived true vertical.

Standard Verbal Instructions Given by the Experimenter:

« Your task in this experiment is to adjust the luminous rod so that it appears perfectly vertical to you—straight up and down, parallel to the walls of an upright building or like a plumb line pointing directly toward the center of the earth. You must disregard the orientation of the surrounding square frame completely. Rely solely on your internal sense of gravity to set the rod straight. »
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Looti, M. (2026, octobre 15). Test de la baguette et du cadre (RFT). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=test-de-la-baguette-et-du-cadre-rft
Looti, Mohammed. “Test de la baguette et du cadre (RFT).” Base de données de psychologie en français, 15 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=test-de-la-baguette-et-du-cadre-rft.
Looti, Mohammed. “Test de la baguette et du cadre (RFT).” Base de données de psychologie en français. octobre 15, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=test-de-la-baguette-et-du-cadre-rft.