Test de dénomination interlinguistique de Copenhague (C-CLNT)

Le Test de dénomination interlinguistique de Copenhague (C-CLNT) est un outil neuropsychologique d’évaluation de la dénomination d’images chez les personnes âgées issues de la diversité culturelle et linguistique. Analyse psychométrique complète, validité diagnostique et items officiels.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

Le Test de dénomination interlinguistique de Copenhague (Copenhagen Cross-Linguistic Naming Test, C-CLNT ; Nielsen et al., 2023) est un instrument d’évaluation neuropsychologique novateur conçu pour mesurer avec précision les déficits d’accès lexical et de dénomination d’images chez des populations gériatriques et cliniques caractérisées par une forte hétérogénéité linguistique, culturelle et éducationnelle. Développé initialement au Danemark au sein de cliniques de la mémoire confrontées à des flux croissants de patients issus de l’immigration ou de minorités ethnolinguistiques, le C-CLNT s’émancipe des biais inhérents aux épreuves classiques de dénomination telles que le Boston Naming Test (BNT). L’outil s’appuie sur la base ouverte MULTIMAP (Gisbert-Muñoz et al., 2021), une base de données de 218 dessins standardisés en couleurs représentant des objets et des actions, soigneusement calibrés sur des variables psycholinguistiques rigoureuses dans plusieurs familles de langues.

La version intégrale du C-CLNT comporte 30 items visuels, subdivisés en 20 items d’objets (noms concrets) et 10 items d’actions (verbes). Une forme abrégée unidimensionnelle de 20 items exclut les actions pour cibler exclusivement les substantifs. Chaque stimulus est administré avec un temps de réponse alloué de 5 secondes, complété au besoin par un indiçage sémantique ou phonologique standardisé en cas d’échec initial, sans règle d’arrêt prématuré, ce qui permet une passation rapide en moins de 5 minutes. Les réponses exactes produites spontanément ou après un étayage sémantique sont créditées d’un point (score total de 0 à 30 pour la version complète ; 0 à 20 pour la version abrégée), tandis que l’indiçage phonémique offre un indicateur qualitatif de la préservation du stock lexico-sémantique vs un déficit de récupération phonologique.

Sur le plan psychométrique, le C-CLNT présente une cohérence interne modérée mais attendue pour une tâche composite intégrant des substantifs et des verbes translinguistiques (coefficient alpha de Cronbach de 0,67). Sa validité de construit est étayée par des corrélations modérées à fortes avec le BNT standard (r = 0,55, p < 0,001), le BNT-15 (r = 0,54, p < 0,001), les épreuves de fluence catégorielle (r = 0,44, p < 0,001) et l’efficience cognitive globale (r = 0,35, p < 0,001). Concernant la validité discriminante, le C-CLNT démontre une supériorité diagnostique notable par rapport au BNT pour distinguer les patients atteints de démence des témoins sains (aire sous la courbe ROC de 0,80 contre 0,64 pour le BNT, p < 0,001). À un seuil de coupure de ≤ 28/30, la sensibilité est de 75 % et la spécificité de 79 %. La version à 20 items conserve d’excellentes qualités diagnostiques (AUC = 0,78 ; sensibilité de 83 % et spécificité de 70 % au seuil de ≤ 18/20), faisant du C-CLNT un outil de dépistage multiculturel robuste et équitable.

2. Mots-clés

Déficit de dénomination, Évaluation translinguistique, Neuropsychologie transculturelle, Démence, Clinique de la mémoire, Accès lexical, MULTIMAP, Troubles neurocognitifs, Évaluation gériatrique, Psychométrie transculturelle, Trouble cognitif léger, Validité diagnostique, Biais culturel.

3. Auteurs

Le Test de dénomination interlinguistique de Copenhague a été élaboré par une équipe multidisciplinaire de chercheurs et cliniciens experts en neuropsychologie clinique, en neurologie cognitive et en psycholinguistique :

  • T. Rune Nielsen : Hôpital universitaire de Copenhague – Rigshospitalet, Département de neurologie, Centre danois de recherche sur la démence (Danish Dementia Research Centre), Copenhague, Danemark. Courriel : [email protected]. Auteur correspondant.
  • Bernadette Unmack Grollenberg : Hôpital universitaire de Copenhague – Rigshospitalet, Département de neurologie, Centre danois de recherche sur la démence, Copenhague, Danemark.
  • Signe Pertou Ringkøbing : Hôpital universitaire de Copenhague – Rigshospitalet, Département de neurologie, Centre danois de recherche sur la démence, Copenhague, Danemark.
  • Maria Özden : Hôpital universitaire de Copenhague – Rigshospitalet, Département de neuroréhabilitation et lésions médullaires, Centre de neurosciences, Copenhague, Danemark.
  • Brendan Weekes : Faculté d’éducation, Université de Hong Kong, Hong Kong SAR, Chine ; chercheur affilié aux programmes de psycholinguistique et de neurosciences cognitives de la communication.
  • Gunhild Waldemar : Hôpital universitaire de Copenhague – Rigshospitalet, Département de neurologie, Centre danois de recherche sur la démence, Copenhague, Danemark.

4. Objectif

L’évaluation des fonctions linguistiques, et tout particulièrement de la capacité de dénomination orale sur confrontation visuelle, constitue un pilier fondamental de l’examen neuropsychologique chez les personnes âgées suspectées de déclin cognitif. L’anomie représente fréquemment l’un des premiers signes révélateurs des pathologies neurodégénératives, notamment dans la maladie d’Alzheimer, l’aphasie progressive primaire (variantes sémantique et logopénique) et la démence vasculaire. Historiquement, le Boston Naming Test (Kaplan et al., 2001) a fait figure d’étalon-or international. Néanmoins, l’application clinique du BNT et de ses dérivés abrégés à des populations issues de contextes migratoires, linguistiques et scolaires minoritaires soulève d’immenses écueils méthodologiques et diagnostiques. Ces tests classiques intègrent des stimuli fortement marqués par la culture anglo-saxonne dominante, avec des gradients de familiarité et de fréquence lexicale qui ne sont pas transposables directement dans d’autres langues et d’autres milieux socioculturels.

Il en résulte un risque majeur de faux positifs : des patients issus de minorités culturelles ou linguistiques obtiennent régulièrement des scores pathologiques au BNT non pas en raison d’une lésion neurodégénérative sous-jacente, mais du fait d’un biais culturel, d’un niveau d’alphabétisation variable ou d’un manque de familiarité avec les concepts graphiques représentés (par exemple des objets traditionnels occidentaux tels que le joug, l’abaque ou le castor). Le Copenhagen Cross-Linguistic Naming Test (C-CLNT) a été expressément développé pour surmonter cette barrière structurelle. L’objectif principal était de doter les cliniques de la mémoire et les centres de recherche d’un test standardisé de dénomination d’images équitable, indépendant de la dominance culturelle unilatérale, et validé pour une administration fluide chez des patients multilingues et d’origines socioculturelles plurielles.

Le C-CLNT poursuit trois buts cardinaux :

  • Minimiser les disparités translinguistiques et transculturelles : En sélectionnant des concepts universels possédant un accord sur le nom (name agreement) quasi unanime et une fréquence lexicale comparable dans un large éventail de langues européennes et non européennes (notamment l’arabe, le chinois mandarin, l’espagnol, le catalan, le basque, l’italien, le français, l’anglais et l’allemand).
  • Distinguer avec précision le vieillissement sain des processus démentiels : Fournir une sensibilité et une spécificité diagnostiques élevées pour le diagnostic de la démence au sein de cohortes hétérogènes suivies en clinique de la mémoire, surpassant les performances des tests conventionnels biaisés.
  • Optimiser l’efficience clinique : Permettre une administration rapide en moins de cinq minutes au lit du patient ou en consultation externe, sans imposer de règle d’arrêt susceptible de pénaliser les profils atypiques, tout en prévoyant un protocole d’étayage gradué (indiçage sémantique vs phonologique) afin de dissocier les pannes d’accès lexical périphérique des dégradations centrales de la mémoire sémantique.

L’utilité du C-CLNT s’étend ainsi tant au diagnostic différentiel clinique quotidien qu’aux études épidémiologiques et cohortes longitudinales internationales s’intéressant au vieillissement cognitif dans les sociétés cosmopolites modernes.

5. Construit psychologique

Le C-CLNT mesure le construit neuropsychologique de la dénomination d’images sur confrontation visuelle (confrontation naming), qui renvoie à la capacité d’un individu à identifier un stimulus visuel représenté graphiquement, à accéder à sa représentation conceptuelle au sein de la mémoire sémantique, à sélectionner le lemme correspondant dans le lexique mental et à planifier puis exécuter l’articulation motrice du mot cible.

Contrairement aux épreuves unidimensionnelles simplifiées, le C-CLNT opérationnalise ce construit à travers deux dimensions distinctes mais complémentaires : la dénomination d’objets concrets (substantifs) et la dénomination d’actions courantes (verbes).

1. Dénomination d’objets concrets (Substantifs – 20 items)

La première sous-échelle évalue l’accès aux représentations sémantiques et lexicales d’entités concrètes et statiques. Ces stimuli englobent des catégories biologiques naturelles (animaux comme Cat, Dog, Bird, Fish ; parties du corps humain telles que Hand, Eye ; flore comme Tree) et des artéfacts fabriqués de la vie quotidienne (objets domestiques comme Bed, Chair, Cup, Key, Shoe, Spoon, Bottle ; aliments universels comme Apple, Bread ; véhicules comme Car, Bicycle ; habitations comme House ; et objets culturels de base comme Book).

Sur le plan neuro-anatomique et cognitif, la récupération lexicale des noms d’objets repose préférentiellement sur les réseaux associatifs temporaux ventraux et antérieurs (le pôle temporal et le gyrus fusiforme), responsables du traitement perceptif complexe et du stockage conceptuel des propriétés physiques et fonctionnelles des objets. L’évaluation standardisée de ces 20 items permet de détecter les amincissements corticaux ou les perturbations synaptiques de ces zones, caractéristiques des stades initiaux et modérés de la maladie d’Alzheimer.

2. Dénomination d’actions (Verbes – 10 items)

La seconde dimension mesure la capacité à dénommer des actions dynamiques représentées visuellement (par exemple Crying, Cutting, Drinking, Eating, Reading, Running, Sleeping, Swimming, Walking, Writing). Les verbes d’action véhiculent une complexité syntaxique et sémantique plus élevée que les noms d’objets, car ils impliquent la structuration d’arguments thématiques (agent, patient, instrument) et l’intégration de composantes sensorimotrices et temporelles.

Le traitement des verbes mobilise de façon accrue les réseaux fronto-striataux, le cortex prémoteur et les régions périsylviennes frontales postérieures (dont l’aire de Broca). L’adjonction de ces 10 items d’action dans la forme complète du C-CLNT confère à l’instrument une sensibilité accrue envers des pathologies affectant préférentiellement les circuits frontaux ou sous-corticaux, telles que la démence frontotemporale, la démence à corps de Lewy ou les pathologies vasculaires sous-corticales, où la dénomination de verbes est fréquemment altérée de façon disproportionnée par rapport aux substantifs.

3. Dissociation entre accès lexical et dégradation sémantique

Le construit mesuré intègre également une différenciation clinique fonctionnelle via le protocole d’indiçage standardisé :

  • Réponse spontanée correcte : Témoigne d’une intégrité complète de la chaîne allant de la reconnaissance visuo-perceptive à l’encodage phonologique et articulatoire.
  • Bénéfice de l’indice sémantique : L’indice sémantique (définition fonctionnelle ou catégorielle) permet de vérifier si l’échec initial résulte d’un problème d’analyse perceptive visuelle ou d’une difficulté transitoire d’accès au nœud lexical. Les réponses correctes après étayage sémantique sont incluses dans le score total du test, mesurant la préservation du système lexico-sémantique global.
  • Bénéfice de l’indice phonémique : L’apport de la première syllabe ou du premier phonème débloque typiquement les états de « mot sur le bout de la langue » (déficit de sélection phonologique avec concept préservé). Bien que non comptabilisées dans le score total pour préserver la métrique stricte de la dénomination, ces réponses fournissent un indice qualitatif précieux sur la nature du trouble instrumental.

6. Cadre théorique

Le développement du C-CLNT s’enracine dans les modèles cognitifs contemporains de la production verbale, tout en intégrant les avancées de la neuropsycholinguistique transculturelle.

1. Le modèle psycholinguistique de Levelt

Sur le plan psycholinguistique fondamental, l’architecture du C-CLNT s’appuie sur le modèle d’accès lexical à double étape formulé par Willem Levelt et ses collègues (Levelt, Roelofs, & Meyer, 1999). Selon ce cadre théorique, la dénomination d’un objet implique quatre macro-étapes successives :

  1. Préparation conceptuelle : Activation du concept sémantique cible dans la mémoire sémantique à partir des caractéristiques perceptives de l’image.
  2. Sélection du lemme : Activation et choix de l’entrée lexicale abstraite, contenant les propriétés syntaxiques et grammaticales (par exemple catégorie grammaticale : nom vs verbe) sans information phonologique.
  3. Encodage morphologique et phonologique : Récupération de la forme sonore du mot (les morphèmes et phonèmes constitutifs).
  4. Planification articulatoire et phonation : Exécution motrice des patrons musculaires orofaciaux produisant l’onde acoustique.

Dans les affections neurocognitives, ces étapes peuvent être dissociées. La dégénérescence lobaire sémantique altère l’étape 1, alors que les troubles vasculaires sous-corticaux ou les aphasies de conduction perturbent spécifiquement les étapes 2 ou 3. Le système d’indiçage standardisé du C-CLNT est théoriquement calibré pour moduler et évaluer le passage entre ces niveaux d’encodage.

2. Modèle d’organisation neurale des catégories grammaticales

La distinction structurale entre substantifs et verbes au sein du C-CLNT s’appuie sur les théories d’incarnation cognitive (embodied cognition) et de modularité linguistique (Damasio & Tranel, 1993 ; Cappa & Pulvermüller, 2012). Selon cette approche théorique, le traitement des verbes d’action active les systèmes neuronaux moteurs et prémoteurs nécessaires à l’exécution motrice même de ces actions, tandis que les noms d’objets inanimés recrutent principalement les voies visuo-sensorielles temporales. En évaluant conjointement les deux classes de mots dans un même format d’épreuve standardisé, le C-CLNT capture un spectre plus étendu des atteintes du réseau neuro-anatomique du langage.

3. Cadre transculturel et base de données MULTIMAP

Le fondement transculturel du test repose sur les travaux psychométriques de Gisbert-Muñoz et ses collaborateurs (2021), qui ont créé la base de données MULTIMAP (Multilingual Picture Database). Ce consortium international a développé un ensemble de 218 dessins standardisés en couleurs représentant des concepts universels du quotidien, accompagnés de normes empiriques collectées auprès de locuteurs de nombreuses langues maternelles (notamment l’espagnol, le basque, le catalan, l’italien, le français, l’anglais, l’allemand, le mandarin et l’arabe).

Pour intégrer le C-CLNT, chaque item a dû satisfaire à des critères psycholinguistiques rigoureux :

  • Un accord sur le nom (name agreement) très élevé : le stimulus visuel déclenche spontanément le même mot cible chez la quasi-totalité des locuteurs natifs dans toutes les langues évaluées, réduisant à néant les confusions sémantiques ou stylistiques.
  • Une fréquence lexicale élevée et homogène dans les corpus de chaque langue, garantissant que le mot fait partie du vocabulaire de base d’un individu quel que soit son niveau d’instruction.
  • Une familiarité conceptuelle transculturelle, écartant tout item dépendant d’un écosystème géographique restreint, de coutumes religieuses spécifiques ou de technologies occidentales spécialisées.

Grâce à ce cadre, le C-CLNT garantit que les variations de performance reflètent fidèlement l’état cognitif réel du patient plutôt que des variations de compétence linguistique ou d’acculturation.

7. Validité

La validation empirique du C-CLNT a été conduite par Nielsen et al. (2023) auprès d’une cohorte clinique diversifiée au Centre danois de recherche sur la démence (Rigshospitalet, Copenhague). Cette cohorte regroupait des participants sains, des patients souffrant de troubles affectifs (dépression), des individus présentant un trouble cognitif léger (Mild Cognitive Impairment, MCI) et des patients ayant reçu un diagnostic formel de démence (notamment maladie d’Alzheimer et démence vasculaire), issus de milieux culturels et linguistiques variés.

1. Validité de construit (convergente)

La validité convergente du C-CLNT a été documentée par des analyses de corrélations avec plusieurs mesures neuropsychologiques étalonnées :

  • Corrélation avec le Boston Naming Test complet (BNT) : Le C-CLNT présente une corrélation positive statistiquement robuste de r = 0,55 (p < 0,001), attestant qu’il mesure bien le processus central de dénomination visuelle.
  • Corrélation avec la version courte du BNT (BNT-15) : Une association similaire et très significative a été démontrée (r = 0,54, p < 0,001).
  • Corrélation avec la fluence verbale catégorielle : Le score total du C-CLNT est significativement corrélé avec les tâches de fluence sémantique (animaux/fruits ; r = 0,44, p < 0,001), reflétant la mise en jeu partagée des réserves lexico-sémantiques.
  • Corrélation avec l’efficience cognitive globale : Une corrélation modérée mais significative est mise en évidence avec les scores cognitifs globaux (r = 0,35, p < 0,001), ce qui confirme que la dénomination est partiellement tributaire de l’état cognitif général sans s’y réduire.
  • Équivalence entre les versions : La forme abrégée à 20 items (objets seuls) présente une corrélation quasi parfaite avec la forme complète de 30 items (r = 0,87, p < 0,001), démontrant une excellente interchangeabilité pour le suivi clinique de routine.

2. Validité discriminante et précision diagnostique

Les propriétés diagnostiques du C-CLNT ont été analysées à l’aide de courbes de caractéristiques d’efficacité du récepteur (courbes ROC) pour évaluer sa capacité à discriminer les patients avec démence par rapport aux témoins non déments :

  • Supériorité diagnostique face au BNT : Dans cette population multiculturelle, le C-CLNT complet (30 items) a obtenu une aire sous la courbe (AUC) de 0,80, ce qui est significativement supérieur à l’aire sous la courbe obtenue par le Boston Naming Test traditionnel (AUC = 0,64 ; différence statistiquement significative à p < 0,001). Cette découverte met en évidence l’échec du BNT classique en milieu hétérogène et confirme l’excellente précision discriminante du C-CLNT.
  • Seuil de coupure et sensibilité/spécificité (version 30 items) : Au seuil optimal de ≤ 28 sur 30, le C-CLNT présente une sensibilité de 75 % et une spécificité de 79 % pour l’identification de la démence.
  • Performance de la version abrégée (20 items) : Pour la forme courte à 20 items, l’aire sous la courbe ROC pour la démence atteint 0,78 (intervalle de confiance à 95 % : [0,70 – 0,86]). Cette performance ne diffère pas de manière statistiquement significative de celle de la version complète (z = 1,21, p = 0,23). Au seuil de ≤ 18 sur 20, la sensibilité s’élève à 83 % et la spécificité à 70 %.
  • Limite discriminante dans le Trouble Cognitif Léger (MCI) : À l’instar de la plupart des épreuves courtes de dénomination par confrontation, la précision diagnostique du C-CLNT s’est révélée faible à modérée pour différencier le MCI des témoins sains, le déficit d’accès lexical au stade MCI étant souvent subtil et mieux capté par des épreuves de fluence chronométrée ou des tâches de mémoire épisodique verbale.

8. Fidélité

L’évaluation des propriétés de fidélité métrologique du C-CLNT a porté sur l’analyse de son homogénéité interne et sur la consistance de son protocole d’administration standardisé.

1. Cohérence interne

Le coefficient alpha de Cronbach rapporté pour l’ensemble des 30 items du C-CLNT s’établit à 0,67 dans l’échantillon clinique de validation de Nielsen et al. (2023). Bien que cette valeur se situe légèrement sous le seuil académique usuel de 0,70 requis pour une échelle purement homogène, elle est jugée très satisfaisante par les auteurs et les experts psychométriciens compte tenu des particularités structurelles de l’outil :

  • Le test a été délibérément conçu pour combiner deux catégories morphosyntaxiques distinctes (noms d’objets et verbes d’actions), mobilisant des circuits cérébraux partiellement découplés.
  • Les items ont été calibrés pour avoir une fréquence lexicale élevée et un accord inter-locuteurs quasi unanime, ce qui limite la variance inter-items chez les sujets sains (effet plafond chez les témoins) tout en maximisant la variance diagnostique en présence de lésions cérébrales.
  • Dans le champ de la neuropsychologie clinique gériatrique, un alpha de 0,67 pour un instrument de 30 items translinguistiques garantit une sensibilité différentielle adéquate sans redondance stérile entre les stimuli.

2. Fidélité inter-évaluateurs et standardisation

La cotation du C-CLNT repose sur des règles de réponse binaires objectives (1 point pour la production exacte du lemme validé ou de ses variantes acceptées selon les normes MULTIMAP ; 0 point en cas d’omission, de néologisme ou de paraphasie sémantique non corrigée). La phase pilote menée auprès de 10 patients de clinique de la mémoire a permis de lever toute ambiguïté relative aux critères de correction et aux règles d’indiçage. Les protocoles standardisés assurent ainsi une fidélité inter-juges virtuellement parfaite dès lors que l’évaluateur se réfère au guide de cotation spécifique à la langue de passation du patient.

9. Analyse factorielle

Dans la publication princeps de validation (Nielsen et al., 2023), aucune analyse factorielle formelle (qu’elle soit exploratoire ou confirmatoire) n’a été mise en œuvre.

Cette absence d’analyse factorielle classique s’explique par plusieurs motifs théoriques et méthodologiques propres au champ de la neuropsychologie de la dénomination :

  • Sélection a priori basée sur des critères psycholinguistiques : Les items n’ont pas été dégagés à partir d’un regroupement statistique inductif au sein d’un grand vivier de questions d’attitude, mais sélectionnés rigoureusement en amont selon les propriétés linguistiques issues de la base MULTIMAP (taux d’accord sur le nom supérieur aux normes internationales, fréquence lemmatique élevée, équivalence sémantique entre langues).
  • Effet plafond structurel chez les témoins sains : Les individus sains ou sans pathologie neurocognitive réussissent quasi systématiquement l’ensemble des items (scores de 29 ou 30 sur 30), ce qui engendre une asymétrie marquée des distributions et une restriction de variance rendant instables les matrices de corrélation de Pearson sous-jacentes aux analyses factorielles linéaires traditionnelles.
  • Approche diagnostique par critère externe : L’outil est conceptualisé non comme une échelle de traits de personnalité ou d’états d’âme multivariés, mais comme un test de performance cognitive maximale orienté vers la détection d’un déficit pathologique (démence vs absence de démence). Dans ce contexte, l’analyse par courbe ROC et la recherche de seuils opérationnels de sensibilité et spécificité constituent la démarche de validation de référence.
  • Structure bidimensionnelle théorique implicite : Sur le plan théorique, la division entre 20 items d’objets (substantifs) et 10 items d’actions (verbes) pose l’existence de deux dimensions fonctionnelles. Des études complémentaires basées sur des modèles de réponse à l’item (Théorie de Réponse aux Items, TRI / modèles de Rasch) permettraient d’examiner formellement l’unidimensionnalité de la version abrégée à 20 items et la bidimensionnalité de la forme complète à 30 items.

10. Instrument de mesure

Le C-CLNT est une épreuve neuropsychologique individuelle brève administrée sur confrontation directe par un professionnel de santé formé (neuropsychologue, neurologue, gériatre, orthophoniste).

  • Type de test : Test neuropsychologique original de dénomination orale sur confrontation visuelle de dessins standardisés en couleurs.
  • Formats d’administration :
    • Version intégrale : 30 items au total, comprenant 20 items d’objets et 10 items d’actions.
    • Version abrégée : 20 items, restreinte exclusivement aux items d’objets (substantifs).
  • Support des stimuli : Planches ou écrans standardisés présentant les illustrations en couleurs issues de la base internationale ouverte MULTIMAP (Gisbert-Muñoz et al., 2021).
  • Temps de réponse alloué : Le participant dispose d’un intervalle de 5 secondes pour émettre spontanément sa réponse à compter de la présentation visuelle du stimulus.
  • Procédure d’indiçage standardisée :
    • Si le patient ne répond pas dans les 5 secondes ou produit une erreur (par exemple une circonlocution ou une paraphasie), un indice sémantique prédéterminé lui est fourni (ex. pour Apple : « C’est un fruit »). Le patient dispose à nouveau de 5 secondes pour répondre.
    • En cas de nouvel échec ou d’absence de réponse après l’indice sémantique, un indice phonémique est administré (prononciation du premier phonème ou de la première syllabe du mot cible).
  • Règle d’arrêt : Aucune règle d’arrêt prématuré (discontinuation rule). Les 30 items (ou les 20 items de la forme abrégée) sont systématiquement présentés à l’ensemble des patients pour assurer une couverture exhaustive.
  • Durée de passation : Très courte, généralement inférieure à 5 minutes pour l’ensemble du protocole.
  • Cotation et calcul des scores :
    • Le score total C-CLNT correspond à la somme des réponses correctes émises de façon spontanée ou immédiatement après la délivrance de l’indice sémantique.
    • Chaque item correctement dénommé (spontané ou après indice sémantique) est coté 1 point.
    • Une réponse erronée ou une absence de réponse est cotée 0 point.
    • Les réponses correctes obtenues uniquement après l’indice phonémique ne sont pas incluses dans le score total quantitatif ; elles font l’objet d’un relevé qualitatif distinct pour documenter la nature de l’anomie.
    • L’intervalle du score total s’étend de 0 à 30 points pour la version complète, et de 0 à 20 points pour la version abrégée.
  • Langues d’administration disponibles et validées : Arabe, chinois mandarin, espagnol, basque, catalan, italien, français, anglais, allemand.
  • Populations cibles : Adultes (18 ans et plus), adultes d’âge moyen (40–64 ans), personnes âgées (65–84 ans) et personnes très âgées (85 ans et plus), suivis en milieu hospitalier, en consultation mémoire ou en recherche clinique.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication du test : 2023.
  • Droits d’auteur et permissions : Les droits du protocole expérimental et de ses normes appartiennent aux auteurs et aux éditeurs du Journal of the International Neuropsychological Society (Cambridge University Press). L’utilisation clinique ou pour des travaux de recherche universitaire nécessite une prise de contact auprès de l’auteur correspondant : Dr T. Rune Nielsen (Courriel : [email protected]).
  • Frais d’utilisation (Tarifs) : Gratuit (aucun coût d’acquisition de licence d’utilisation pour la recherche et la pratique hospitalière publique à but non lucratif). La base d’images sous-jacente MULTIMAP est en libre accès sous licence Creative Commons (Gisbert-Muñoz et al., 2021).

12. Références

Les publications fondatrices et cadres théoriques associés au C-CLNT sont répertoriés ci-dessous :

  • Cappa, S. F., & Pulvermüller, F. (2012). Cortical basis of language. In The Oxford Handbook of Cognitive Neuroscience. Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/oxfordhb/9780195304176.013.0016
  • Damasio, A. R., & Tranel, D. (1993). Nouns and verbs are retrieved with differently distributed neural systems. Proceedings of the National Academy of Sciences, 90(11), 4957–4960. https://doi.org/10.1073/pnas.90.11.4957
  • Gisbert-Muñoz, S., Pérez-Sánchez, M. Á., & Ferré, P. (2021). MULTIMAP: A multilingual picture database with standardized visual, linguistic, and affective norms for 218 objects and actions. PLOS ONE, 16(8), Article e0254247. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0254247
  • Kaplan, E., Goodglass, H., & Weintraub, S. (2001). Boston Naming Test (2nd ed.). Pro-Ed.
  • Levelt, W. J., Roelofs, A., & Meyer, A. S. (1999). A theory of lexical access in speech production. Behavioral and Brain Sciences, 22(1), 1–38. https://doi.org/10.1017/s0140525x99001776
  • Morris, J. C., Heyman, A., Mohs, R. C., Hughes, J. P., van Belle, G., Fillenbaum, G., Mellits, E. D., & Clark, C. (1988). The Consortium to Establish a Registry for Alzheimer’s Disease (CERAD). Part I. Clinical and neuropsychological assessment of Alzheimer’s disease. Neurology, 39(9), 1159–1165. https://doi.org/10.1212/wnl.39.9.1159
  • Nielsen, T. R., Grollenberg, B. U., Ringkøbing, S. P., Özden, M., Weekes, B., & Waldemar, G. (2023). The Copenhagen Cross-Linguistic Naming Test (C-CLNT): Development and validation in a multicultural memory clinic population. Journal of the International Neuropsychological Society, 29(10), 911–921. https://doi.org/10.1017/S1355617723000437

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: The participant is shown standardized color drawings depicting objects and actions (drawn from the MULTIMAP database) and asked to name each pictured object or action. For action items, the participant is prompted to describe what the person/entity is doing.
Response Scale: Participants are given 5 seconds to respond following a semantic cue or phonetic cue. There is no discontinuation rule. The administration time is generally less than 5 minutes. The C-CLNT total score is the number of correct responses, including responses provided after semantic cues. Responses after phonemic cues are not included in the total correct score but can be noted to provide qualitative information about naming performance.
Scoring / Reverse Items: Spontaneous correct naming within the time limit is scored 1 point. Incorrect or no response is scored 0. Total score ranges from 0 to 30 for the full version (or 0 to 20 for the abbreviated 20-item object-only version).
1

Object Items:
1

Apple
2

Bed
3

Bicycle
4

Bird
5

Book
6

Bottle
7

Bread
8

Car
9

Cat
10

Chair
11

Cup
12

Dog
13

Eye
14

Fish
15

Hand
16

House
17

Key
18

Shoe
19

Spoon
20

Tree
21

Action Items:
21

Cry / Crying
22

Cut / Cutting
23

Drink / Drinking
24

Eat / Eating
25

Read / Reading
26

Run / Running
27

Sleep / Sleeping
28

Swim / Swimming
29

Walk / Walking
30

Write / Writing
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Looti, M. (2026, octobre 14). Test de dénomination interlinguistique de Copenhague (C-CLNT). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=test-de-denomination-interlinguistique-de-copenhague-c-clnt
Looti, Mohammed. “Test de dénomination interlinguistique de Copenhague (C-CLNT).” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=test-de-denomination-interlinguistique-de-copenhague-c-clnt.
Looti, Mohammed. “Test de dénomination interlinguistique de Copenhague (C-CLNT).” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=test-de-denomination-interlinguistique-de-copenhague-c-clnt.