1. Résumé
L’Échelle d’anxiété face à la mort (communément désignée par l’acronyme DAS pour Death Anxiety Scale ou test d’anxiété de mort) a été initialement conçue et validée par le psychologue clinicien Donald I. Templer en 1970. Cet instrument psychométrique pionnier a été développé dans l’objectif de quantifier de manière standardisée, rigoureuse et objective le niveau d’anxiété, d’appréhension et de peur consciente suscité par la perspective de sa propre finitude corporelle et biologique. Reposant sur un format d’auto-évaluation composé de 15 items dichotomiques (Vrai / Faux), l’instrument capture un spectre dimensionnel hétérogène incluant la crainte de l’agonie physique, l’angoisse temporelle liée à la brièveté de l’existence, l’effroi face aux maladies dégénératives ou létales (telles que le cancer ou les cardiopathies aiguës), ainsi que la détresse métaphysique relative à l’après-vie et aux catastrophes collectives.
D’un point de vue psychométrique, la DAS de Templer présente des indices de consistance interne acceptables pour une échelle dichotomique brève, avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,65 et 0,83 selon les populations et les adaptations linguistiques internationales. La fidélité test-retest à court et moyen terme s’avère particulièrement robuste (généralement supérieure à 0,80 sur des intervalles de trois à six semaines). Bien que conçue initialement comme une mesure unidimensionnelle du construit de thanatophobie consciente, de multiples analyses factorielles exploratoires et confirmatoires menées au cours des cinq dernières décennies ont identifié une structure multidimensionnelle sous-jacente comprenant entre trois et quatre facteurs principaux : la peur du processus d’agonie et de la douleur, la préoccupation temporelle et existentielle, la peur de la maladie et de la dégradation somatique, et la détresse cognitive relative aux représentations de la mort. Utilisée à grande échelle en psychologie clinique, en thanatologie, en oncologie et en gérontologie, la DAS demeure l’une des mesures de référence pour évaluer l’impact des thérapeutiques cognitives et comportementales et des interventions existentielles ciblant l’angoisse de mort.
2. Mots-clés
Anxiété de mort, thanatophobie, Donald Templer, psychométrie, échelle DAS, finitude, peur de mourir, analyse factorielle, fidélité test-retest, psychologie clinique, soins palliatifs, théorie de la gestion de la terreur.
3. Auteurs
L’échelle a été conçue et standardisée par le professeur Donald I. Templer, Ph.D. (1938–2018), psychologue clinicien et chercheur émérite américain spécialisé dans l’évaluation psychométrique, la neuropsychologie et la psychologie clinique. Au cours de sa carrière académique prolifique, le Dr Templer a occupé des postes professoraux et de recherche au sein de la California School of Professional Psychology (Fresno, Alliant International University), ainsi que dans divers établissements psychiatriques hospitaliers aux États-Unis.
Des travaux d’extension, de validation transculturelle et de méta-analyses ont été ultérieurement conduits par de nombreux cliniciens et chercheurs internationaux, incluant notamment les travaux doctoraux de Mark E. Hoelterhoff (University of Plymouth, courriel institutionnel : [email protected]) portant sur la résilience face à l’angoisse de mort dans le contexte du trouble de stress post-traumatique, ainsi que les études de validation approfondies menées par Mohammad Ali Tavakoli et Behrooz Ahmadzadeh dans le domaine de la psychologie clinique hospitalière.
4. Objectif
L’objectif fondamental de la Death Anxiety Scale (DAS) est d’opérationnaliser et de quantifier l’intensité de l’angoisse subjective ressentie par un individu face à la réalité inéluctable de sa propre mort. Avant la publication des travaux fondateurs de Donald Templer en 1970, l’évaluation de l’anxiété de mort était largement fragmentée, reposant sur des méthodes projectives sujettes à une forte subjectivité interprétative (telles que le test de Rorschach ou le Thematic Apperception Test) ou sur des questionnaires composites non standardisés dépourvus de validation factorielle solide. La DAS a été créée pour combler cette lacune méthodologique majeure en offrant un outil standardisé, normé, facilement administrable en milieu clinique et expérimental, capable de discriminer les degrés normatifs d’appréhension existentielle des manifestations pathologiques invalidantes de thanatophobie.
Applications en recherche psychologique et sociale
Dans le domaine de la recherche fondamentale, la DAS sert d’instrument d’investigation privilégié au sein de multiples paradigmes théoriques :
- Psychologie différentielle et démographique : L’analyse systématique des variations de l’angoisse de mort selon le genre (les femmes rapportant fréquemment des scores moyens légèrement plus élevés que les hommes), l’âge (trajectoire curviligne où l’anxiété culmine au début de l’âge adulte et diminue chez les personnes âgées bénéficiant d’une bonne intégrité de l’ego), et les affiliations religieuses ou philosophiques.
- Théorie de la gestion de la terreur (TMT) : Mesure des variations de l’affect anxieux consécutif aux protocoles de saillance de la mortalité (mortality salience), explorant les mécanismes de défense proximaux et distaux activés par l’esprit humain pour préserver l’estime de soi et l’adhésion aux visions culturelles du monde.
- Études longitudinales sur le vieillissement : Évaluation de l’impact des transitions de vie, du déclin fonctionnel physique et de l’institutionnalisation sur la peur de la finitude chez les personnes du grand âge.
Applications cliniques et psychiatriques
En pratique clinique, l’angoisse de mort ne constitue pas une entité diagnostique isolée au sein du DSM-5, mais représente un facteur transdiagnostique transversal sous-tendant un large spectre de psychopathologies :
- Troubles anxieux et hypocondrie (anxiété de santé) : Les scores élevés à la DAS sont fréquemment associés à des comportements de réassurance compulsive, à une hypervigilance somatosensorielle et à la phobie des pathologies létales telles que le cancer ou les accidents vasculaires cérébraux.
- Soins palliatifs et psycho-oncologie : Identification précoce de la détresse existentielle chez les patients atteints de pathologies chroniques progressives ou en phase terminale, permettant d’orienter le soutien psychologique vers des approches centrées sur le sens (comme la thérapie de la dignité ou les thérapies d’acceptation).
- Trouble de stress post-traumatique (TSPT) : Mesure de la réactivation de la terreur de mort après une exposition directe à des événements menaçant l’intégrité vitale (guerres, accidents graves, agressions physiques).
- Évaluation des psychothérapies : Suivi pré/post-traitement attestant de l’efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et des approches existentielles pour atténuer l’inhibition phobique et les ruminations mortifères envahissantes.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par la DAS est l’anxiété face à la mort (death anxiety), définie conceptuellement comme une réaction émotionnelle et cognitive négative, multidimensionnelle, suscitée par l’anticipation de la mort personnelle, de l’anéantissement de soi ou des processus d’agonie qui y conduisent. Ce construit se distingue rigoureusement d’autres concepts thanatologiques voisins :
- La nécrophobie : Peur phobique spécifique et circonscrite des cadavres, des objets mortuaires, des cercueils ou des personnes en train de mourir, relevant d’un mécanisme phobique classique déclenché par des stimuli environnementaux externes, alors que l’anxiété de mort est intrinsèquement liée à la perspective réflexive de son propre anéantissement.
- La dépression existentielle : Sentiment de vide, d’absurdité ou de désespoir face à la condition humaine, caractérisé par un ralentissement psychomoteur et une anhédonie, tandis que l’anxiété de mort implique une hyperactivation autonome, une terreur subjective et une lutte active contre la perspective de la dissolution de l’ego.
Dimensions sous-jacentes du construit
Bien que Templer ait structuré la DAS pour obtenir un score global continu, les recherches psychométriques ont mis en lumière plusieurs facettes distinctes mais interconnectées composant ce construit psychologique :
- La peur de la douleur et du processus d’agonie (dimension somatique) : Cette composante englobe la terreur de souffrir physiquement lors des derniers instants de la vie, la peur des interventions médicales invasives et l’appréhension des traumatismes corporels extrêmes (illustrée par les items 4, 9 et 11). L’individu ne redoute pas seulement le néant final, mais craint l’agonie physique, l’étouffement, la douleur réfractaire et la perte de contrôle physiologique.
- L’angoisse temporelle et la brièveté de la vie (dimension chronologique) : Représentée par les items 8 et 12, cette dimension traduit la détresse ressentie face à l’accélération inexorable du temps qui passe. L’individu prend conscience que chaque instant vécu le rapproche de sa destruction finale, engendrant un sentiment d’urgence ou de regret existentiel quant à l’impossibilité d’accomplir ses projets de vie.
- La vulnérabilité aux maladies graves et à la déchéance biologique : Capturée par les items 6 et 11, cette facette correspond à l’hyper-réactivité face aux menaces nosologiques majeures (cancer, infarctus du myocarde). La maladie n’est pas seulement vécue comme une altération fonctionnelle, mais comme l’avant-garde destructive de la mort corporelle.
- L’évitement cognitif et les représentations métaphysiques : Couverte par les items 1, 2, 3, 5, 7, 10 et 15, cette dimension mesure la capacité de l’individu à intégrer consciemment la thématique de la mort ou, inversement, la mise en place de barrières défensives (déni, évitement des conversations portant sur la finitude) et la perturbation engendrée par l’incertitude quant à ce qui advient après le trépas.
6. Cadre théorique
L’élaboration de la DAS et les recherches ultérieures sur l’anxiété de mort s’inscrivent au croisement de plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie contemporaine, de la psychanalyse et de la philosophie existentielle.
Les fondements psychanalytiques : Freud et Erikson
Historiquement, Sigmund Freud a abordé la mort sous un angle paradoxal dans ses écrits (notamment dans Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, 1915). Pour Freud, l’inconscient humain ne croit pas à sa propre mortalité et se comporte comme s’il était immortel ; par conséquent, ce que l’on qualifie superficiellement d’angoisse de mort dissimule généralement une autre angoisse inconsciente, telle que l’angoisse de castration ou la culpabilité vis-à-vis du Surmoi. Plus tard, avec l’introduction de la pulsion de mort (Thanatos) en 1920 dans Au-delà du principe de plaisir, la tension entre conservation de soi et dissolution biologique est devenue un axe central de la métapsychologie.
Dans la perspective développementale d’Erik Erikson, l’attitude envers la mort constitue l’aboutissement de la huitième et dernière étape du cycle psychosocial : le conflit entre intégrité de l’ego et désespoir. Erikson postule que les personnes âgées qui parviennent à accepter le sens unique de leur trajectoire de vie sans amertume développent la vertu de la sagesse et manifestent une anxiété de mort minimale. En revanche, l’échec de cette synthèse adaptative mène au désespoir, caractérisé par la terreur de mourir et le sentiment intolérable que le temps est désormais trop court pour recommencer une autre existence.
L’approche existentielle et la théorie d’Ernest Becker
L’influence théorique la plus déterminante sur la compréhension contemporaine de l’anxiété de mort provient des travaux de l’anthropologue et philosophe Ernest Becker, immortalisés dans son ouvrage séminal The Denial of Death (1973). Becker soutient que la peur fondamentale de l’anéantissement est le moteur premier de la psyché et de la culture humaine. L’homme est un être paradoxal : doté d’une conscience de soi illimitée et réflexive, mais emprisonné dans un corps physique vulnérable, défaillant et voué à la décomposition cadavérique.
Pour ne pas sombrer dans une terreur paralysante face à cette condition biologique monstrueuse, l’être humain édifie des systèmes culturels, des idéologies religieuses et des projets héroïques qui lui confèrent un sentiment de transcendance symbolique. Cette perspective a servi de fondement direct à la théorie de la gestion de la terreur (TMT) formulée par Jeff Greenberg, Sheldon Solomon et Tom Pyszczynski à la fin des années 1980. Selon la TMT, l’adhésion aux normes culturelles et le maintien d’une haute estime de soi fonctionnent comme un bouclier d’anxiété (anxiety buffer) destiné à neutraliser la terreur de mort potentiellement dévastatrice.
Le modèle tripartite de Robert Langs
Dans le domaine psychothérapeutique, le psychanalyste et théoricien Robert Langs a formalisé un modèle distinguant trois formes primaires d’angoisse de mort :
- L’anxiété prédatrice : Réaction biologique archaïque déclenchée par un danger externe immédiat menaçant la survie de l’organisme (équivalente à la réaction de combat-fuite du système nerveux autonome).
- L’anxiété du prédateur : Culpabilité profonde et angoisse consécutive à l’agression d’autrui ou à des comportements causant intentionnellement ou symboliquement la mort d’un autre être humain.
- L’anxiété existentielle : Angoisse réflexive spécifiquement humaine découlant de la prise de conscience fondamentale que la vie est éphémère, que la mort est universelle, inévitable et irréversible, et que le néant attend chaque organisme vivant.
7. Validité
La validité psychométrique de la DAS a fait l’objet d’innombrables investigations depuis sa conception initiale par Templer en 1970, confirmant sa robustesse à travers divers contextes culturels, linguistiques et démographiques.
Validité de construit et validité convergente
Lors des études de validation princeps menées par Templer (1970), la validité convergente a été démontrée en corrélant les scores de la DAS avec d’autres échelles d’anxiété générale validées :
- Une corrélation positive statistiquement significative a été observée avec le Taylor Manifest Anxiety Scale (TMAS) ($r = 0,27$ à $0,36$, $p < 0,01$), attestant que l'anxiété de mort partage une part de variance commune avec la propension névrotique générale à l'anxiété, tout en s'en différenciant nettement.
- Une corrélation modérée a été retrouvée avec le Welsh Anxiety Index issu du MMPI ($r = 0,39$, $p < 0,001$).
- Les études ultérieures comparant la DAS à d’autres instruments thanatologiques, tels que le Death Obsession Scale (DOS) d’Abdel-Khalek ou le Collett-Lester Fear of Death Scale, ont systématiquement mis en évidence de fortes corrélations convergentes ($r$ compris entre $0,60$ et $0,75$), attestant de la validité conceptuelle de la mesure.
Validité discriminante
La validité discriminante a été confirmée par l’absence de corrélation significative entre les scores à la DAS et des variables psychologiques orthogonales telles que le quotient intellectuel mesuré par des tests d’intelligence standardisés ($r = -0,04$ à $0,06$, non significatif). De plus, bien que des corrélations faibles à modérées soient parfois observées avec des échelles de désirabilité sociale (comme l’échelle de mensonge du MMPI), les coefficients restent généralement sous le seuil critique de $0,25$, indiquant que la franchise des répondants quant à leur peur de mourir n’est pas substantiellement contaminée par le besoin d’approbation sociale.
Validité prédictive et différentielle
L’instrument a démontré une capacité prédictive robuste dans plusieurs contextes cliniques et expérimentaux :
- Discrimination des populations psychiatriques : Templer (1970) a administré la DAS à des patients psychiatriques hospitalisés présentant des dépressions sévères ou des états d’angoisse aiguë, observant des scores significativement plus élevés chez ces derniers comparativement à des groupes contrôles normatifs appariés ($t = 5,83$, $p < 0,001$).
- Sensibilité aux interventions thérapeutiques : De nombreuses méta-analyses des thérapies cognitivo-comportementales et existentielles ciblant la finitude ont montré une réduction statistiquement significative des scores totaux à la DAS post-intervention, démontrant la sensibilité clinique de l’échelle au changement thérapeutique.
- Études d’exposition à la mort : Des professionnels constamment confrontés à la mort biologique sans préparation psychologique adéquate présentent des élévations transitoires mesurables à la DAS par rapport aux professionnels bénéficiant de groupes de parole ou de supervision clinique.
8. Fidélité
La fidélité de l’Échelle d’anxiété face à la mort a été documentée au moyen d’indices de consistance interne et de coefficients de stabilité temporelle (test-retest).
Consistance interne
Dans l’échantillon normatif initial de Donald Templer (constitué de 343 étudiants de premier cycle universitaire), le coefficient de consistance interne calculé par la formule de Kuder-Richardson 20 (KR-20, adaptée aux items dichotomiques) s’élevait à 0,76. Ce niveau de consistance interne est considéré comme satisfaisant pour une échelle courte de 15 items binaires mesurant un construit à multiples composantes.
Au cours des décennies suivantes, des réplications internationales ont fait état de coefficients alpha de Cronbach (ou KR-20) variant généralement entre 0,65 et 0,83 :
- Dans l’étude de Hoelterhoff (2010) auprès de populations exposées à des traumatismes, le coefficient alpha se situait à 0,74.
- L’investigation psychométrique conduite par Tavakoli et Ahmadzadeh (2011) sur un vaste échantillon clinique et non-clinique a mis en évidence un coefficient de consistance interne de 0,79 pour l’échelle globale.
- Les variations observées du coefficient alpha s’expliquent principalement par l’hétérogénéité des contenus des items (allant de la peur du cancer aux considérations métaphysiques sur l’au-delà), limitant mécaniquement la covariance inter-items sans altérer l’utilité globale du score total.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle de la DAS est particulièrement remarquable. Dans l’étude originale de Templer (1970), l’administration de l’échelle à un sous-échantillon de 31 étudiants réévalués après un intervalle de trois semaines a produit un coefficient de corrélation test-retest de $r = 0,83$ ($p < 0,001$).
D’autres travaux longitudinaux ont confirmé cette stabilité :
- Lonetto, Fleming et Mercer ont retrouvé un coefficient test-retest de 0,85 sur une période de quatre semaines.
- Sur un intervalle plus étendu de huit semaines, des coefficients oscillant entre 0,71 et 0,78 ont été régulièrement rapportés en l’absence d’événements de vie traumatiques majeurs ou d’interventions thérapeutiques ciblées, confirmant que la DAS mesure une caractéristique psychologique stable de type trait plutôt qu’un état émotionnel purement transitoire.
9. Analyse factorielle
Bien que Donald Templer ait conçu la DAS comme un instrument unidimensionnel fournissant un score composite d’anxiété de mort, la structure dimensionnelle de l’échelle a suscité des débats méthodologiques continus en psychométrie.
Analyses factorielles exploratoires (AFE)
L’étude pionnière de Lonetto, Fleming et Mercer (1979) utilisant une analyse factorielle avec rotation Varimax a identifié quatre facteurs majeurs expliquant une part prépondérante de la variance totale :
| Facteur | Désignation conceptuelle | Items constitutifs | Saturation typique ($lambda$) |
|---|---|---|---|
| Facteur I | Destin cognitif et affectif (Cognitive/Affective Fate) | Items 1, 3, 5, 7 | 0,52 – 0,78 |
| Facteur II | Passage du temps et brièveté vitale | Items 8, 12 | 0,58 – 0,72 |
| Facteur III | Douleur physique et agonie médicale | Items 4, 9, 11 | 0,45 – 0,69 |
| Facteur IV | Événements morbides et finitude globale | Items 6, 10, 13, 14 | 0,41 – 0,63 |
Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Les investigations menées par analyse factorielle confirmatoire (notamment celles documentées par Hoelterhoff en 2010 et Tavakoli & Ahmadzadeh en 2011) ont comparé plusieurs modèles concurrents :
- Modèle unidimensionnel strict : Bien qu’il présente des indices d’adéquation modestes ($CFI \approx 0,85$, $RMSEA \approx 0,08$), il demeure largement utilisé en recherche clinique grâce à la simplicité d’un score unique synthétique.
- Modèle hiérarchique de second ordre : Ce modèle postule l’existence d’un facteur général d’angoisse de mort de second ordre sous-tendant les quatre sous-facteurs de premier ordre. Les indices d’ajustement pour ce modèle s’avèrent satisfaisants ($CFI > 0,90$, $TLI > 0,88$, $RMSEA le 0,05$), fournissant une justification empirique rigoureuse à l’utilisation conjointe d’un score global et de profils dimensionnels spécifiques.
10. Instrument de mesure
L’instrument de mesure présente des spécifications opérationnelles standardisées détaillées ci-dessous :
- Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-rapport).
- Nombre total d’items : 15 items rédigés sous forme d’affirmations à la première personne du singulier.
- Format et modalité de réponse : Format dichotomique forcé : Vrai (True) ou Faux (False). (Dans certaines versions adaptées pour la recherche avancée, des échelles de type Likert en 5 ou 7 points ont été occasionnellement explorées, mais la formulation standard originale de Templer demeure strictement dichotomique).
- Temps de passation : Environ 3 à 5 minutes, rendant l’instrument particulièrement adapté aux contextes cliniques où les participants sont affaiblis ou fatigables.
- Population cible : Adultes et adolescents à partir de 16 ans. Utilisable auprès de populations cliniques hospitalières, de personnes âgées en institution, ou dans des échantillons non cliniques de la population générale.
- Protocole et clé de cotation (Scoring) :
- Chaque item indiquant la présence d’angoisse de mort est coté 1 point. Les items ne dénotant pas d’anxiété sont cotés 0 point.
- Items cotés 1 pour une réponse « VRAI » (True) : Items 1, 4, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14. (Une réponse affirmative à ces questions indique la présence directe d’une appréhension ou d’un effroi face à la mort ou à la souffrance).
- Items cotés 1 pour une réponse « FAUX » (False – items inversés) : Items 2, 3, 5, 6, 7, 15. (Ces items expriment l’absence d’anxiété ou le déni de préoccupation ; par conséquent, répondre « Faux » témoigne de la présence sous-jacente de l’anxiété de mort).
- Interprétation du score total :
- Le score total s’échelonne de 0 à 15 points.
- Score de 0 à 6 : Niveau bas à modéré d’anxiété face à la mort (plage normative typique retrouvée chez la majorité des adultes sains ; peut également refléter des mécanismes de défense de déni chez certains profils très bas).
- Score de 7 à 9 : Niveau moyen d’anxiété face à la mort, fréquemment observé dans les populations universitaires ou lors de périodes de transition de vie.
- Score de 10 à 15 : Niveau élevé à très sévère d’angoisse de mort, suggérant une préoccupation existentielle intrusive, une thanatophobie marquée, ou une comorbidité avec un trouble panique, une hypocondrie ou un état de stress post-traumatique nécessitant une investigation psychothérapeutique approfondie.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
La Death Anxiety Scale a été initialement publiée en 1970 par Donald I. Templer dans la revue académique The Journal of General Psychology.
- Droits d’auteur et permissions : Les 15 items de l’échelle ont été diffusés dans le domaine de la recherche scientifique dès leur publication princeps. L’utilisation de l’instrument à des fins de recherche académique non commerciale, d’enseignement ou d’évaluation clinique individuelle est traditionnellement libre de redevance (royalty-free), sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale de Templer (1970).
- Tarifs : Aucun coût d’acquisition de licence n’est exigé pour l’administration académique standard de l’instrument.
- Considérations éthiques : En raison de la charge émotionnelle potentiellement déstabilisante liée à la confrontation aux thématiques du cancer, des crises cardiaques, de la guerre et des cadavres, l’administration de l’échelle doit s’accompagner d’un protocole d’information éclairé et d’un débriefing clinique bienveillant, particulièrement auprès de patients vulnérables hospitalisés ou en fin de vie.
12. Références
Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à la DAS sont répertoriées ci-dessous :
- Becker, E. (1973). The Denial of Death. Free Press.
- Freud, S. (1915). Thoughts for the times on war and death. The Standard Edition of the Complete Psychological Works of Sigmund Freud, 14, 273-300.
- Greenberg, J., Pyszczynski, T., & Solomon, S. (1986). The causes and consequences of a need for self-esteem: A terror management theory. In R. F. Baumeister (Ed.), Public Self and Private Self (pp. 189-212). Springer-Verlag. https://doi.org/10.1007/978-1-4613-9564-5_10
- Hoelterhoff, M. E. (2010). Resilience against death anxiety in relationship to post-traumatic stress disorder and psychiatric co-morbidity (Thèse de doctorat inédite). University of Plymouth. http://pearl.plymouth.ac.uk/pearl_jspui/bitstream/10026.1/306/4/Hoelterhoff%20M%20E_2010.pdf
- Langs, R. (2004). Death anxiety and clinical practice. Karnac Books.
- Lonetto, R., Fleming, S., & Mercer, G. W. (1979). The factor structure of the Death Anxiety Scale. The Journal of General Psychology, 100(2), 299-300. https://doi.org/10.1080/00221309.1979.9920038
- Tavakoli, M. A., & Ahmadzadeh, B. (2011). Investigation of validity and reliability of Templer Death Anxiety Scale. Thought & Behavior in Clinical Psychology, 6(21), 25-34. http://www.sid.ir/en/VEWSSID/J_pdf/1000520112101.pdf
- Templer, D. I. (1970). The construction and validation of a Death Anxiety Scale. The Journal of General Psychology, 82(2), 165-177. https://doi.org/10.1080/00221309.1970.9920634
- Templer, D. I., & Ruff, C. F. (1971). Death Anxiety Scale means, standard deviations, and embedding. Psychological Reports, 29(1), 173-174. https://doi.org/10.2466/pr0.1971.29.1.173
13. Questions et items du questionnaire
- I am very much afraid to die.
- The thought of death seldom enters my mind.
- It does not make me nervous when people talk about death.
- I dream to think about having to have an operation.
- I am not at all afraid to die.
- I am not particularly afraid of getting cancer.
- The thought of death never bothers me.
- I am often distressed by the way time flies so very rapidly.
- I fear dying a painful death.
- The subject of life after death troubles me greatly.
- I am really scared of having a heart attack.
- I often think about how short life really is.
- I shudder when I hear people talk about a World War III.
- The sigh of a dead body is horrifying to me.
- I feel that the future holds nothing for me to fear.