Tâche des décisions ambiguës

La Tâche des décisions ambiguës (Ambiguous Decisions Task, ADT; van Mulukom et al., 2024) évalue la confiance métacognitive envers les styles de pensée analytique et intuitif à travers 12 scénarios ambigus.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 15, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 15, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

La Tâche des décisions ambiguës (Ambiguous Decisions Task, ADT), développée et validée par Valerie van Mulukom, Adam Baimel, Everton Maraldi et Miguel Farias en 2024, constitue un instrument psychométrique novateur conçu pour évaluer la confiance métacognitive accordée aux différents styles de pensée. Contrairement aux outils traditionnels mesurant l’adhésion personnelle déclarée ou la performance brute à des problèmes logiques — tels que le Rational-Experiential Inventory (REI) ou le Cognitive Reflection Test (CRT) —, l’ADT permet d’isoler l’évaluation métacognitive que porte un individu sur la validité et la pertinence respective de la pensée analytique et de la pensée intuitive face à l’incertitude.

L’instrument se compose de 12 scénarios ambigus au sein desquels deux protagonistes prennent une décision divergente en adoptant explicitement, pour l’un, une démarche analytique et délibérative, et pour l’autre, une démarche intuitive et expérientielle. Les participants évaluent leur niveau d’approbation pour chacune des deux approches décisionnelles de manière indépendante sur une échelle visuelle analogique horizontale graduée de 0 (« Pas du tout ») à 100 (« Complètement »), avec des repères visuels par paliers de 10 points. Cette architecture fournit deux scores orthogonaux distincts : le score de Décisions Analytiques et le score de Décisions Intuitives.

Les propriétés psychométriques de l’ADT ont été établies sur un échantillon international d’adultes recrutés en ligne (Brésil, Canada, États-Unis). L’analyse factorielle exploratoire (AFE), conduite par factorisation des axes principaux, révèle une structure unifactorielle claire pour chaque sous-échelle, le premier facteur expliquant 36,9 % de la variance pour les décisions analytiques (valeur propre = 4,42 ; saturations de 0,40 à 0,69) et 42,2 % de la variance pour les décisions intuitives (valeur propre = 5,06 ; saturations de 0,44 à 0,72). La fidélité par cohérence interne est élevée, avec un coefficient alpha de Cronbach de 0,83 pour la sous-échelle analytique et de 0,87 pour la sous-échelle intuitive. La validité convergente et discriminante confirme que l’ADT capte une dimension métacognitive indépendante des traits de personnalité normatifs ou des compétences de raisonnement de premier ordre, ce qui en fait un outil de premier plan pour la psychologie cognitive, la psychologie sociale et l’étude des croyances épistémiques.

2. Mots-clés / Keywords

Tâche des décisions ambiguës, confiance métacognitive, styles de pensée, prise de décision, pensée analytique, pensée intuitive, théorie du double processus, métacognition, psychométrie, évaluation cognitive, Cognitive Reflection Test, Rational Experiential Inventory, incertitude, validité factorielle.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été élaboré par une équipe internationale de chercheurs affiliés à des institutions académiques de premier plan en psychologie cognitive, psychologie sociale et sciences des religions :

  • Valerie van Mulukom, Ph.D. : ORCID. Chercheuse principale au Brain, Belief & Behaviour Lab, Centre for Trust, Peace and Social Relations (CTPSR), Coventry University, Innovation Village IV5, Cheetah Road, Coventry, CV1 2TL, Royaume-Uni. Courriel institutionnel : [email protected]. Ses travaux portent sur les mécanismes cognitifs sous-tendant l’imagination, les croyances séculières et religieuses, ainsi que l’interaction entre mémoire épisodique et prise de décision.
  • Adam Baimel, Ph.D. : Maître de conférences au Center for Psychological Research, Département de psychologie, Oxford Brookes University, Oxford, Royaume-Uni. Spécialiste de la cognition sociale, de l’évolution culturelle et des représentations normatives guidant le comportement prosocial.
  • Everton Maraldi, Ph.D. : Professeur et chercheur à la Pontifícia Universidade Católica de São Paulo (PUC-SP), São Paulo, Brésil. Ses recherches examinent les états modifiés de conscience, les expériences anomales et les processus dissociatifs dans les contextes culturels et métacognitifs.
  • Miguel Farias, D.Phil. : ORCID. Directeur du Brain, Belief & Behaviour Lab, Coventry University, Coventry, Royaume-Uni. Ses axes de recherche englobent la psychologie expérimentale des croyances, l’impact des pratiques contemplatives et les fondements neurobiologiques des valeurs existentielles.

4. Objectif / Purpose

La Tâche des décisions ambiguës poursuit un objectif méthodologique et théorique fondamental : mesurer la confiance métacognitive qu’un individu accorde aux modes de pensée analytique et intuitif, en s’affranchissant des biais inhérents aux échelles d’auto-évaluation fondées sur la personnalité ou sur des jugements de valeur normatifs. Dans la littérature en psychologie cognitive, les instruments dominants mesurent soit la performance objective face à des énigmes mathématiques ou logiques (par exemple, le CRT développé par Frederick en 2005), soit l’auto-attribution de caractéristiques personnelles de rationalité ou d’intuition (par exemple, le REI d’Epstein et al., 1996). Ces méthodologies traditionnelles présentent deux limites conceptuelles majeures que l’ADT a été spécifiquement conçue pour surmonter.

Premièrement, les questionnaires de style cognitif d’auto-évaluation demandent fréquemment aux répondants d’indiquer s’ils se considèrent comme « logiques », « calculateurs » ou « guidés par leurs pressentiments ». Ces énoncés activent inévitablement des biais de désirabilité sociale, des stéréotypes de genre relatifs à l’émotivité ou à la rationalité, et reflètent davantage l’image de soi idéale que le répertoire épistémique réellement mobilisé par le sujet. Deuxièmement, les tâches de performance objective mesurent l’habileté cognitive à inhiber une réponse heuristique fausse au profit d’une réponse logique exacte ; or, l’habileté à résoudre un problème n’est pas équivalente à la confiance générale ou à l’autorité épistémique qu’une personne accorde à l’intuition ou à l’analyse lorsqu’elle se trouve confrontée à des problèmes réels où aucune solution objective n’est accessible.

L’ADT contourne ces obstacles en plaçant le participant dans une posture d’observateur-évaluateur extérieur au sein de 12 situations écologiques ambiguës. L’ambiguïté contextuelle est un paramètre central : dans des contextes hautement formalisés (comme un calcul statistique), la supériorité de l’analyse est axiomatique ; dans des contextes affectifs purs (comme l’attirance interpersonnelle), l’intuition est culturellement prédominante. En revanche, dans des situations professionnelles, organisationnelles, éthiques ou existentielles ambiguës, aucun style de traitement de l’information ne s’impose a priori comme la règle normative infaillible. En demandant aux participants d’évaluer la décision d’un tiers ayant utilisé l’analyse et celle d’un tiers ayant utilisé l’intuition, la tâche capture l’adhésion épistémique de second ordre (métacognitive) sans forcer un choix mutuellement exclusif ni imposer de jugement axiologique.

Les applications de cet instrument sont vastes. En recherche fondamentale, il permet de dissocier les capacités cognitives de base de la métacognition épistémique, ouvrant des perspectives inédites sur la genèse des croyances aux théories du complot, le scepticisme scientifique, l’adhésion religieuse ou la pensée superstitieuse. En contexte clinique et de conseil organisationnel, la tâche offre un profil nuancé des heuristiques de décision managériale, identifiant les profils caractérisés par une surconfiance dogmatique dans l’intuition ou, à l’inverse, par une paralysie de l’analyse face à l’incertitude radicale.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit central mesuré par l’instrument est la confiance métacognitive dans les styles de pensée (Metacognitive Trust in Thinking Styles). Ce construit se déploie selon deux dimensions orthogonales et indépendantes : la confiance dans les décisions analytiques et la confiance dans les décisions intuitives.

5.1. La confiance dans les décisions analytiques

Cette sous-échelle évalue le degré auquel un sujet perçoit une approche délibérée, calculée, systématique et fondée sur la décomposition méthodique des données comme étant légitime, fiable et opportune face à un problème indéterminé. L’individu obtenant un score élevé sur cette dimension considère qu’une décision optimale repose impérativement sur la collecte rigoureuse d’informations, la pesée explicite du pour et du contre, et l’élimination des biais affectifs, même lorsque le contexte comporte un déficit d’information critique ou une contrainte temporelle.

Par exemple, face à un scénario dans lequel une entreprise hésite à lancer un produit innovant sans disposer d’historique de marché, le personnage « analytique » passera des jours à élaborer des modèles prévisionnels, à sonder des panels et à analyser des métriques partielles. Un répondant affichant une forte confiance métacognitive analytique approuvera hautement cette démarche (valeur proche de 100/100 sur l’échelle), estimant que l’effort de rationalisation confère une valeur intrinsèque à la décision, indépendamment de son résultat final.

5.2. La confiance dans les décisions intuitives

Cette dimension mesure l’assentiment accordé aux processus décisionnels fondés sur les impressions globales, les sensations viscérales (gut feelings), la reconnaissance implicite de configurations (pattern recognition) et la rapidité du jugement sans verbalisation délibérée. Ce construit ne traduit pas une impulsivité chaotique ou un manque de discernement, mais la reconnaissance épistémique de l’intelligence expérientielle et tacite emmagasinée par l’organisme.

Dans le même scénario d’ambiguïté entrepreneuriale, le personnage « intuitif » décidera immédiatement de commercialiser le produit parce qu’il « sent » intimement le besoin du public et fait confiance à son flair forgé par des années de pratique. Le participant doté d’une forte confiance métacognitive intuitive accordera une note maximale à ce personnage, estimant que la sur-analyse paralyse l’action et que les impressions premières capturent des indices subtils que la délibération formelle ignore.

5.3. Indépendance et orthogonalité des dimensions

Un apport déterminant du modèle de Van Mulukom et ses collaborateurs réside dans la démonstration que ces deux dimensions ne constituent pas les pôles opposés d’un continuum unidimensionnel (où être intuitif impliquerait automatiquement de rejeter l’analyse). Les scores analytiques et intuitifs sont calculés séparément. Ainsi, l’instrument permet de caractériser quatre profils métacognitifs distincts :

  • Les intégrateurs ou bilingues cognitifs : Présentent des scores élevés simultanément en confiance analytique et intuitive. Ils manifestent une flexibilité métacognitive remarquable, considérant les deux démarches comme complémentaires et légitimes.
  • Les rationalistes stricts : Affichent une confiance analytique maximale doublée d’un rejet catégorique de l’intuition, considérée comme irrationnelle ou dangereuse.
  • Les intuitifs exclusifs : Privilégient massivement le ressenti subjectif et discréditent les processus formels, souvent perçus comme stériles ou déconnectés de la réalité.
  • Les sceptiques métacognitifs : Affichent de faibles niveaux de confiance envers les deux approches, traduisant un doute épistémique profond quant à la capacité de toute méthode humaine à trancher face à l’ambiguïté.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La conception de la Tâche des décisions ambiguës s’enracine dans la convergence de trois grands courants de la psychologie contemporaine : la théorie du double processus, la théorie du soi cognitif-expérientiel (CEST) et les modèles modernes de la métacognition et de la vigilance épistémique.

6.1. La théorie du double processus (Système 1 et Système 2)

Popularisée par Daniel Kahneman (2011), Jonathan Evans (2008) et Keith Stanovich (2009), la théorie du double processus postule l’existence de deux architectures cognitives génériques :

  • Le Type 1 (intuitif / autonome) : Rapide, automatisé, fonctionnant sans effort conscient, associatif et peu dépendant des ressources de la mémoire de travail.
  • Le Type 2 (analytique / délibératif) : Lent, séquentiel, contrôlé, coûteux en énergie cognitive, fondé sur des règles formelles et la manipulation de simulations contrefactuelles.

Historiquement, les théoriciens normatifs du double processus ont associé le Type 2 à l’exactitude rationnelle et le Type 1 aux biais cognitifs et aux erreurs de jugement. Néanmoins, des chercheurs comme Gerd Gigerenzer ont démontré que dans des environnements écologiques complexes et incertains, les heuristiques rapides (Type 1) s’avèrent fréquemment plus efficaces et plus robustes que les optimisations mathématiques lourdes (Type 2). L’ADT prend acte de cette équivalence fonctionnelle potentielle en élaborant des scénarios où aucune réponse n’est intrinsèquement « biaisée », mesurant ainsi la préférence métacognitive du sujet plutôt que sa vulnérabilité à un piège logique.

6.2. La théorie du soi cognitif-expérientiel (CEST) de Seymour Epstein

La théorie CEST développée par Seymour Epstein (1996) soutient que l’être humain appréhende le monde à travers deux systèmes conceptuels interactifs mais autonomes : le système rationnel et le système expérientiel. Epstein a développé le Rational-Experiential Inventory (REI) pour capturer ces préférences individuelles. Toutefois, la CEST postule que ces systèmes sont des composantes de la personnalité globale du sujet. L’ADT reprend la distinction duale fondamentale d’Epstein tout en déplaçant le regard du champ de la personnalité vers celui de la métacognition appliquée à des tiers, neutralisant l’auto-complaisance et l’effet Dunning-Kruger dans l’auto-évaluation de ses propres compétences.

6.3. Le modèle métacognitif à deux niveaux de Nelson et Narens

Le cadre théorique de l’ADT s’appuie explicitement sur la distinction entre le niveau-objet (les processus de pensée primaires mis en œuvre pour résoudre une tâche) et le méta-niveau (les représentations, surveillances et régulations portant sur ces processus), formulée par Nelson et Narens (1990). La majorité des tests cognitifs évaluent le niveau-objet (ex. : résoudre correctement l’énigme de la batte et de la balle dans le CRT). L’ADT se situe exclusivement au méta-niveau : elle mesure la confiance épistémique, c’est-à-dire le jugement porté sur la fiabilité intrinsèque d’un mécanisme de pensée donné. En évaluant les démarches d’autrui dans des conditions d’ambiguïté, le sujet projette ses propres normes épistémiques fondamentales, révélant ses croyances de second ordre quant à la manière dont le savoir valide doit être généré dans un univers incertain.

7. Validité / Validity

La validation psychométrique de la Tâche des décisions ambiguës repose sur une série d’analyses statistiques rigoureuses portant sur la validité de construit, la validité convergente et la validité discriminante, menées auprès d’un échantillon diversifié d’adultes aux États-Unis, au Canada et au Brésil (van Mulukom et al., 2024).

7.1. Validité de construit et distinction de niveau métacognitif

L’enjeu central de la validité de construit consistait à démontrer que l’ADT ne se contente pas de dupliquer les outils existants, mais isole une variance spécifique correspondant à la confiance métacognitive. Les résultats démontrent que si les scores de l’ADT sont en corrélation significative avec les échelles traditionnelles, ces associations sont modérées, confirmant que l’outil capte un construit distinct des compétences exécutives de niveau-objet.

7.2. Validité convergente

La validité convergente a été établie par l’examen des associations entre les deux sous-échelles de l’ADT et les étalons de référence de la littérature :

  • Sous-échelle Décisions Analytiques : Elle présente des corrélations positives statistiquement significatives avec le score de rationalité du Rational-Experiential Inventory (REI-R, Rational Engagement and Ability) et avec les scores de performance au Cognitive Reflection Test (CRT). Les participants qui approuvent fortement les démarches analytiques dans les scénarios ambigus sont également ceux qui privilégient le raisonnement logique dans leur vie quotidienne et réussissent à déjouer les pièges intuitifs du CRT.
  • Sous-échelle Décisions Intuitives : Elle corrèle positivement et fortement avec la dimension expérientielle du REI (REI-E, Experiential Engagement and Ability), ainsi qu’avec des échelles mesurant la foi dans l’intuition (Faith in Intuition). Les individus accordant leur confiance aux décisions spontanées dans l’ADT rapportent une confiance accrue dans leurs propres ressentis corporels et pressentiments.

7.3. Validité discriminante

La validité discriminante a été confirmée par un patron d’associations inversées et divergentes particulièrement net :

  • Les scores à la sous-échelle de Décisions Analytiques sont corrélés négativement aux mesures d’engagement intuitif et de pensée magique ou ésotérique.
  • Inversement, les scores à la sous-échelle de Décisions Intuitives présentent des corrélations négatives avec les scores du CRT et avec les mesures de disposition à la réflexion ouverte (Actively Open-minded Thinking, AOT).
  • De surcroît, la corrélation interne entre la sous-échelle analytique de l’ADT et la sous-échelle intuitive de l’ADT demeure faible à modérée, confirmant que l’approbation d’un style de pensée ne constitue pas l’exacte négation mathématique de l’autre, consolidant ainsi la structure bidimensionnelle orthogonale du test.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique de la Tâche des décisions ambiguës a été documentée à travers l’analyse de sa cohérence interne et la stabilité de ses indices de fidélité au sein de sous-groupes démographiques et culturels.

8.1. Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Les indices de cohérence interne obtenus lors des études de validation princeps démontrent une excellente précision de mesure pour un instrument bref de 12 items comportant deux évaluations par item :

  • Sous-échelle Décisions Analytiques : $\alpha = 0{,}83$. Cette valeur dépasse largement le seuil standard de 0,70 requis en recherche fondamentale et approche le standard de 0,85 souhaité pour les diagnostics individuels. L’analyse des corrélations item-total indique que chaque scénario contribue positivement au score global, sans qu’aucune suppression d’item ne permette d’augmenter significativement le coefficient alpha.
  • Sous-échelle Décisions Intuitives : $\alpha = 0{,}87$. Cet indice témoigne d’une très forte homogénéité des jugements métacognitifs portés sur les décisions intuitives à travers l’ensemble des 12 scénarios. Comme pour l’échelle analytique, l’élimination sélective d’items ne produit aucune amélioration de la cohérence interne.

8.2. Erreur de mesure et homogénéité inter-items

Les corrélations inter-items moyennes oscillent dans la zone optimale recommandée (entre 0,25 et 0,50), ce qui prouve que les scénarios ne sont pas de simples paraphrases redondantes les uns des autres, mais explorent une variété substantielle de domaines d’ambiguïté (vie personnelle, gestion de carrière, santé, dilemmes sociaux) tout en convergeant solidement vers le construit cible.

De plus, les analyses d’invariance préliminaires menées entre les sous-échantillons d’Amérique du Nord (Canada, États-Unis) et d’Amérique du Sud (Brésil) révèlent une remarquable stabilité des indices alpha, attestant de la robustesse interculturelle de la mesure dans les sociétés occidentalisées et émergentes.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de l’ADT a été soumise à une analyse factorielle exploratoire (AFE) rigoureuse par van Mulukom et ses collaborateurs (2024) afin de déterminer si les évaluations analytiques et intuitives se structurent en facteurs latents stables.

9.1. Méthodologie d’extraction factorielle

En raison de l’orthogonalité théorique postulée entre les deux modes de traitement de l’information, deux analyses factorielles exploratoires séparées ont été conduites : l’une portant exclusivement sur les 12 évaluations de personnages analytiques, et l’autre sur les 12 évaluations de personnages intuitifs. Les chercheurs ont appliqué la méthode de factorisation des axes principaux (Common Principal Axis Factoring), particulièrement adaptée à l’extraction de variance commune exempte de variance d’erreur unique.

9.2. Structure de la sous-échelle Décisions Analytiques

L’analyse des valeurs propres et du diagramme d’éboulis (scree plot) pour les 12 choix analytiques a mis en évidence la prédominance d’une dimension unique majeure :

  • Premier facteur non tourné : Valeur propre initiale (Eigenvalue) = $4{,}42$.
  • Variance expliquée : Ce facteur unique rend compte de $36{,}9,%$ de la variance totale des scores.
  • Saturations factorielles (Factor Loadings) : Les saturations des 12 items sur ce facteur sont toutes substantielles et statistiquement significatives, s’échelonnant de $0{,}40$ à $0{,}69$.
  • Décision de rétention : Le tracé d’éboulis présentait une rupture nette après le premier facteur, justifiant la rétention d’un modèle strictement unifactoriel pour la confiance dans les décisions analytiques.

9.3. Structure de la sous-échelle Décisions Intuitives

Une configuration similaire, encore plus accentuée, a été observée pour les 12 choix intuitifs :

  • Premier facteur non tourné : Valeur propre initiale (Eigenvalue) = $5{,}06$.
  • Variance expliquée : Ce facteur unitaire explique $42{,}2,%$ de la variance totale des réponses.
  • Saturations factorielles (Factor Loadings) : Les saturations des items oscillent entre $0{,}44$ et $0{,}72$, dénotant un alignement conceptuel puissant de l’ensemble des vignettes sur le construit de confiance intuitive.
  • Décision de rétention : Le nivellement immédiat des valeurs propres subséquentes sur le diagramme d’éboulis a confirmé l’unidimensionnalité parfaite de la sous-échelle.
Sous-échelle Nombre d’items Valeur propre (Facteur 1) % Variance expliquée Étendue des saturations $\alpha$ de Cronbach
Décisions Analytiques 12 4,42 36,9 % 0,40 – 0,69 0,83
Décisions Intuitives 12 5,06 42,2 % 0,44 – 0,72 0,87

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’instrument : Tâche de jugement métacognitif basée sur des scénarios (vignettes décisionnelles).
  • Nombre d’items / scénarios : 12 scénarios distincts présentant une situation ambiguë sans solution mathématique ou logique évidente.
  • Évaluations par scénario : Chaque scénario implique obligatoirement 2 évaluations indépendantes (une pour le protagoniste utilisant un style analytique, une pour le protagoniste utilisant un style intuitif), soit un total de 24 cotations numériques par participant.
  • Format de réponse : Échelle visuelle analogique horizontale continue graduée de $0$ à $100$ points :
    • $0$ = « Pas du tout d’accord / Ne soutient pas du tout » (Not at all)
    • $50$ = Soutien modéré / Neutre
    • $100$ = « Entièrement d’accord / Soutient complètement » (Completely)
    • Des repères visuels discrets sont disposés tous les 10 points ($0, 10, 20, dots, 100$) pour faciliter l’ancrage perceptif.
  • Modalité d’administration : Informatisée / Électronique (compatible ordinateurs, tablettes et plateformes en ligne de type Qualtrics ou Gorilla Experiment Builder). La passation dure environ 8 à 12 minutes.
  • Calcul des scores et cotation :
    • Score de Décisions Analytiques : Moyenne arithmétique (ou somme) des 12 notations attribuées aux protagonistes analytiques (score total de 0 à 100).
    • Score de Décisions Intuitives : Moyenne arithmétique (ou somme) des 12 notations attribuées aux protagonistes intuitifs (score total de 0 à 100).
    • Aucune inversion d’item : Tous les items sont formulés dans le sens direct du soutien à l’approche décrite. Les deux sous-échelles doivent être interprétées indépendamment sans être fusionnées en un score composite unique.
  • Population cible : Adultes (18 ans et plus), applicable en population générale, étudiante ou professionnelle.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement : 2024.
  • Statut des droits d’auteur : Les travaux originaux sont documentés et diffusés par les auteurs sous l’égide de la science ouverte (Open Science Framework – OSF). La méthodologie et les protocoles expérimentaux sont protégés par les droits de propriété intellectuelle des auteurs (Van Mulukom et al., 2024).
  • Tarif d’utilisation : L’accès est libre et sans frais (gratuit) à des fins de recherche académique, scientifique et pédagogique non commerciale.
  • Procédure d’obtention : Le matériel d’administration, les scripts et les scénarios intégraux sont déposés sur le dépôt institutionnel OSF. Pour toute utilisation commerciale, adaptation clinique ou traduction formelle, il convient de contacter directement l’auteure correspondante, la Dre Valerie van Mulukom ([email protected]), au Centre for Trust, Peace and Social Relations de l’Université de Coventry.

12. Références / References

Les publications fondatrices et les travaux théoriques encadrant l’élaboration de la Tâche des décisions ambiguës comprennent :

  • Epstein, S., Pacini, R., Denes-Raj, V., & Heier, H. (1996). Individual differences in intuitive–experiential and analytical–rational thinking styles. Journal of Personality and Social Psychology, 71(2), 390–405. https://doi.org/10.1037/0022-3514.71.2.390
  • Evans, J. S. B. (2008). Dual-processing accounts of reasoning, judgment, and social cognition. Annual Review of Psychology, 59(1), 255–278. https://doi.org/10.1146/annurev.psych.59.103006.093629
  • Evans, J. S. B., & Stanovich, K. E. (2013). Dual-process theories of higher cognition: Advancing the debate. Perspectives on Psychological Science, 8(3), 223–241. https://doi.org/10.1177/1745691612460685
  • Frederick, S. (2005). Cognitive reflection and decision making. Journal of Economic Perspectives, 19(4), 25–42. https://doi.org/10.1257/089533005775196732
  • Kahneman, D. (2011). Thinking, fast and slow. Farrar, Straus and Giroux.
  • Nelson, T. O., & Narens, L. (1990). Metamemory: A theoretical framework and new findings. In G. H. Bower (Ed.), Psychology of Learning and Motivation (Vol. 26, pp. 125–173). Academic Press. https://doi.org/10.1016/S0079-7421(08)60053-5
  • Pennycook, G., Fugelsang, J. A., & Koehler, D. J. (2015). What makes us think? A three-stage dual-process model of analytic flow. Cognitive Psychology, 80, 34–72. https://doi.org/10.1016/j.cogpsych.2015.05.001
  • Stanovich, K. E. (2009). Distinguishing the reflective, algorithmic, and autonomous minds: Is it time for a tri-process theory? In J. S. B. Evans & K. Frankish (Eds.), In Two Minds: Dual Processes and Beyond (pp. 55–88). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780199230167.003.0003
  • van Mulukom, V., Baimel, A., Maraldi, E., & Farias, M. (2024). Measuring metacognitive trust in thinking styles: The Ambiguous Decisions Task. Cognition / OSF Preprints. https://osf.io/

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: In this task, you will read 12 scenarios describing people making decisions in ambiguous real-life situations. For each scenario, two people use different decision-making approaches: an analytical approach (deliberate, systematic analysis) and an intuitive approach (gut feeling, instinct). Please rate how much you support each person's decision-making approach using the 0 to 100 slider scale.
Response Scale: Continuous visual analogue / slider scale from 0 ('Do not support at all') to 100 ('Completely support')
1

Scenario 1: You are looking to invest some money in a new business startup. Two friends give you advice on two different companies.
•

Person A gathered extensive financial reports, market trends, and past performance analytics before recommending Company X.

•

Person B had an immediate gut feeling and instinctive hunch that Company Y is destined for success.

2

How much do you support Person A's decision?
3

How much do you support Person B's decision?
4

Scenario 2: A hiring manager needs to choose between two equally qualified candidates for a critical leadership role.
•

Person A creates a detailed scoring rubric to objectively rank the candidates' past achievements and interview responses.

•

Person B relies on their intuitive feeling and instant interpersonal connection during the interview.

5

How much do you support Person A's decision?
6

How much do you support Person B's decision?
7

Scenario 3: An individual is deciding whether to undergo an experimental medical procedure with mixed clinical data.
•

Person A reads through all available clinical trials, medical literature, and statistical probability tables before choosing.

•

Person B listens to their inner sense of bodily intuition and gut feeling about what feels right.

8

How much do you support Person A's decision?
9

How much do you support Person B's decision?
10

Scenario 4: A person is choosing between two apartments to rent in an unfamiliar city.
•

Person A constructs a spreadsheet comparing square footage, price per square meter, commute times, and local crime statistics.

•

Person B chooses the one that gave them an immediate positive vibe and emotional resonance upon walking through the door.

11

How much do you support Person A's decision?
12

How much do you support Person B's decision?
13

Scenario 5: A company executive is deciding whether to launch a new product into an untested market.
•

Person A insists on conducting months of formal consumer surveys and quantitative market analyses before proceeding.

•

Person B trusts their seasoned instinct and entrepreneurial gut feeling that the product will be a hit.

14

How much do you support Person A's decision?
15

How much do you support Person B's decision?
16

Scenario 6: A juror is deliberating in a complex criminal trial where circumstantial evidence is ambiguous.
•

Person A meticulously cross-checks timeline discrepancies and forensic evidence point-by-point.

•

Person B evaluates the defendant's character based on instinct and impressions formed while observing the defendant in court.

17

How much do you support Person A's decision?
18

How much do you support Person B's decision?
19

Scenario 7: A student must decide which university offer to accept for graduate studies.
•

Person A systematically ranks the departments by faculty publication metrics, funding packages, and post-graduation employment rates.

•

Person B picks the university where they felt an immediate personal sense of belonging during the campus visit.

20

How much do you support Person A's decision?
21

How much do you support Person B's decision?
22

Scenario 8: A couple is deciding whether to make an offer on an old house that might have hidden foundation issues.
•

Person A hires three independent structural engineers and requests exhaustive historical maintenance records.

•

Person B feels strongly at an intuitive level that the home has good energy and will be a safe haven.

23

How much do you support Person A's decision?
24

How much do you support Person B's decision?
25

Scenario 9: An art collector is considering purchasing an expensive piece from an emerging, unverified artist.
•

Person A analyzes auction trend databases, provenance certificates, and comparative sales data.

•

Person B buys the piece because of an immediate, profound emotional and intuitive pull toward the artwork.

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How much do you support Person A's decision?
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How much do you support Person B's decision?
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Scenario 10: A manager must assemble a project team under strict deadlines from a pool of new employees.
•

Person A reviews psychological test scores, past performance reviews, and technical skill certifications.

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Person B selects team members based on their intuition about who will develop good chemistry and synergy.

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How much do you support Person A's decision?
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How much do you support Person B's decision?
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Scenario 11: A traveler is planning an expedition route through a remote region with unpredictable weather patterns.
•

Person A studies meteorological models, topographical satellite maps, and contingency matrices.

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Person B chooses their daily path by tuning into their instincts and sensing the immediate environment.

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How much do you support Person A's decision?
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How much do you support Person B's decision?
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Scenario 12: A person is deciding whether to change careers to enter an emerging, volatile industry.
•

Person A conducts a comprehensive cost-benefit analysis calculating expected income projections and industry risk factors.

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Person B makes the leap because their inner compass and gut sense tell them it is their true calling.

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 15). Tâche des décisions ambiguës. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=tache-des-decisions-ambigues
Looti, Mohammed. “Tâche des décisions ambiguës.” Base de données de psychologie en français, 15 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=tache-des-decisions-ambigues.
Looti, Mohammed. “Tâche des décisions ambiguës.” Base de données de psychologie en français. octobre 15, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=tache-des-decisions-ambigues.