1. Résumé / Abstract
L’Échelle des Sources de Soutien Social (Sources of Social Support Scale, SSSS), développée sous l’impulsion du psychologue Charles S. Carver et de ses collaborateurs de l’Université de Miami, constitue un instrument psychométrique conçu pour mesurer avec précision la multidimensionnalité et la spécificité relationnelle du soutien social perçu dans des contextes de santé critique, en particulier en oncologie (notamment chez les patientes atteintes d’un cancer du sein et les patients traités pour un cancer de la prostate). Contrairement aux échelles traditionnelles qui agrègent fréquemment l’ensemble des figures de l’entourage en un score global et indifférencié, la SSSS repose sur un paradigme modulaire permettant d’évaluer de manière distincte plusieurs sources interpersonnelles : le partenaire intime ou conjoint, les femmes de la famille, les autres membres de la famille, les amis et les professionnels de santé.
L’échelle standard comprend 10 items fondamentaux répliqués pour chaque source relationnelle considérée. Ces items se subdivisent conceptuellement en deux macro-dimensions : d’une part, le soutien social positif, englobant l’assistance informationnelle (conseils), l’aide instrumentale (tâches du quotidien, logistique médicale), le soutien émotionnel (affection, réassurance) et la disponibilité à l’écoute empathique et à l’authenticité relationnelle ; d’autre part, les interactions sociales négatives ou contraintes interpersonnelles, incluant les conflits ouverts, les critiques, les ruptures de confiance et le retrait communicationnel ou l’évitement du sujet de la maladie. Les participants répondent à l’aide d’une échelle de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout » / Not at all) à 5 (« Énormément » / A lot).
Sur le plan des propriétés psychométriques, les études longitudinales menées dans le cadre de programmes de gestion du stress cognitivo-comportementale (Cognitive-Behavioral Stress Management, CBSM) démontrent une consistance interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,92 selon les sous-échelles et les sources évaluées. La validité factorielle, confirmée par analyses factorielles exploratoires et confirmatoires, appuie la distinction empirique entre les facettes positives et négatives du soutien, tandis que la validité prédictive et convergente souligne l’impact prépondérant des interactions négatives sur la détresse psychologique, l’anxiété, la dépression et l’ajustement psychosexuel des patientes.
2. Mots-clés / Keywords
soutien social perçu, oncologie psychosociale, cancer du sein, ajustement psychologique, interactions négatives, Charles S. Carver, psychométrie, stress et adaptation, soutien du partenaire, contraintes sociales, gestion du stress, relation de couple, qualité de vie, santé comportementale, évaluation psychologique
3. Auteurs / Authors
L’Échelle des Sources de Soutien Social a été élaborée par une équipe de chercheurs de référence internationale dans le domaine de la psychologie de la santé, de l’oncologie comportementale et de la psychométrie :
- Charles S. Carver, Ph.D. (1947–2019) : Professeur émérite de psychologie à l’Université de Miami (Coral Gables, Floride, États-Unis). Figure majeure de la psychologie contemporaine, mondialement reconnu pour ses travaux sur l’autorégulation du comportement, les modèles de coping (auteur du COPE Inventory et du Brief COPE) et l’optimisme dispositionnel (Life Orientation Test, LOT-R).
- Shannon W. Kinsinger, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse, affiliée au Département de Psychologie de l’Université de Miami au moment des travaux fondateurs sur l’ajustement psychosexuel et le soutien de couple en oncologie mammaire.
- Michael H. Antoni, Ph.D. : Professeur titulaire au Département de Psychologie et au Sylvester Comprehensive Cancer Center de l’Université de Miami. Pionnier de la psycho-neuro-immunologie clinique et concepteur principal des protocoles de gestion du stress cognitivo-comportementale (CBSM) appliqués aux pathologies cancéreuses et infectieuses.
- Jean-Philippe Laurenceau, Ph.D. : Professeur au Département des Sciences Psychologiques et Cérébrales de l’Université du Delaware (Newark, Delaware, États-Unis). Spécialiste de la dynamique des relations de couple, des processus d’intimité interpersonnelle et des modélisations statistiques longitudinales dyadiques.
4. Objectif / Purpose
Le développement de la Sources of Social Support Scale découle d’un constat méthodologique et conceptuel critique établi lors de vastes essais cliniques randomisés conduits à l’Université de Miami. Ces études visaient à examiner l’efficacité d’interventions de gestion du stress cognitivo-comportementale (CBSM) sur l’état immunologique, neuroendocrinien et psychosocial de femmes recevant un traitement pour un cancer du sein au stade précoce. Bien que le soutien social soit universellement reconnu comme un déterminant protecteur majeur face aux stresseurs chroniques, les chercheurs se sont heurtés aux limites inhérentes aux outils d’évaluation préexistants disponibles dans la littérature internationale.
Traditionnellement, les instruments tels que le Medical Outcomes Study Social Support Survey (MOS-SSS) ou l’Interpersonal Support Evaluation List (ISEL) agrègent l’ensemble des transactions sociales sous forme de scores globaux ou découpent le soutien exclusivement selon ses fonctions théoriques (émotionnelle, matérielle, informative), sans identifier la personne précise qui émet ou refuse ce soutien. Or, en psycho-oncologie, les stresseurs ne sont pas génériques : un conseil non sollicité provenant d’un médecin traitant ne possède pas la même valeur pragmatique ni la même valence affective que le même conseil formulé de manière intrusive par un conjoint. De surcroît, les théoriciens de la psychologie sociale et clinique ont mis en lumière l’« asymétrie d’impact » entre expériences relationnelles positives et négatives : une seule interaction aversive ou invalidante au sein de la cellule familiale est susceptible de neutraliser les bénéfices psychologiques de multiples marques de réconfort.
La SSSS a donc été conçue pour répondre à un double impératif diagnostique et heuristique :
- Différencier les sources relationnelles : Évaluer de façon isolée et comparative le rôle spécifique joué par le partenaire intime (époux, conjoint, partenaire de vie), les femmes de la famille (mères, sœurs, filles adultes, tantes, souvent sollicitées pour l’identification de genre face à la chirurgie mammaire), les autres membres de la parentèle, le réseau amical élargi, et l’équipe médicale soignante.
- Intégrer simultanément les dimensions aidantes et non-aidantes : Mesurer non seulement l’apport positif perçu (réassurance, assistance concrète, liberté d’expression émotionnelle), mais aussi et surtout les comportements aversifs et les contraintes sociales (disputes, critiques directes relatives à la maladie, promesses non tenues, rupture du lien de confiance, évitement ou clôture communicationnelle lorsque la patiente tente d’aborder ses angoisses vitales).
En recherche fondamentale comme en clinique psycho-oncologique, cet outil permet d’identifier avec finesse les failles dyadiques précoces, de cibler les interventions de thérapie de couple centrée sur le cancer, et de prédire avec une précision accrue l’émergence de syndromes dépressifs, de détresse psychosexuelle, ou de troubles de l’adaptation consécutifs à l’épreuve de la maladie grave.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique opérationnalisé par l’Échelle des Sources de Soutien Social repose sur une architecture multidimensionnelle articulant typologies fonctionnelles du soutien et valence interactionnelle, le tout rapporté à un référent interpersonnel déterminé. La structure interne du questionnaire isole distinctement plusieurs composantes fondamentales :
1. Le soutien positif (Positive Social Support)
Cette composante rassemble l’ensemble des comportements perçus comme facilitateurs, bienveillants et sécurisants dans le parcours de soins. Elle se décline en trois sous-facettes complémentaires :
- Soutien informatif et conseils (Item 1) : Mesure la transmission de directives, de connaissances médicales ou de suggestions pratiques relatives au cancer. Cet item intègre délibérément une nuance clinique capitale par la précision « whether you want it or not » (qu’on le veuille ou non), captant le seuil parfois ténu entre guidance bienveillante et intrusion cognitive non désirée.
- Soutien instrumental ou tangible (Item 2) : Évalue l’aide matérielle et logistique directe apportée au patient pour pallier la fatigue et les incapacités fonctionnelles induites par les traitements adjuvants (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie). Cela inclut l’accomplissement des tâches domestiques, le transport vers les centres hospitaliers, ainsi que la gestion administrative des factures et dossiers médicaux.
- Soutien émotionnel, réassurance et sécurité relationnelle (Items 3, 4, 5, 6) : Constitue le cœur du soutien positif. Il englobe l’apport explicite d’affection, d’encouragements et de réconfort moral (Item 3), la capacité d’écoute attentive et la tentative sincère de compréhension empathique des angoisses de mort ou de récidive (Item 4), le sentiment de sécurité psychologique autorisant le relâchement des défenses et l’authenticité (Item 5 : « relax and be yourself »), et enfin la levée de la censure émotionnelle permettant l’expression ouverte des vulnérabilités sans crainte de jugement (Item 6).
2. Les interactions négatives et contraintes sociales (Negative Social Exchanges & Social Constraints)
Cette dimension opérationnalise les conduites délétères qui, loin d’apaiser l’individu confronté à la maladie, entravent son traitement cognitif et affectif de l’événement traumatique (modèle du cognitive processing). Quatre manifestations spécifiques sont ciblées :
- Conflits ouverts liés à la maladie (Item 7) : Évalue la fréquence des disputes, querelles ou altercations directes dont le déclencheur ou le contenu concerne les choix thérapeutiques, la gestion des symptômes ou la réorganisation du foyer consécutive au diagnostic.
- Critiques interpersonnelles (Item 8) : Mesure les jugements négatifs, reproches ou désapprobations formulés par la source concernant la façon dont le patient gère ses émotions, son niveau d’activité, son observance médicale ou son moral (phénomène fréquemment associé à l’injonction de « positivité toxique »).
- Déception et rupture de fiabilité (Item 9) : Quantifie l’expérience d’abandon perçu (« let you down ») dans des moments de dépendance où le soutien de la figure d’attachement était explicitement espéré ou attendu.
- Retrait communicationnel et évitement (Item 10) : Capture la mise en place de barrières conversationnelles, l’interruption des dialogues sur le cancer, la minimisation défensive ou le changement abrupt de sujet lorsque la souffrance est verbalisée, contraignant le patient au silence émotionnel et à la solitude existentielle.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception de la SSSS s’enracine à la croisée de plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie de la santé, de la psychologie sociale cognitive et de la théorie systémique de l’attachement adulte.
Le modèle transactionnel du stress et du coping (Lazarus & Folkman, 1984)
Dans la perspective transactionnelle de Richard Lazarus et Susan Folkman, l’adaptation face à une maladie menaçant le pronostic vital dépend de l’évaluation primaire (gravité perçue du danger) et de l’évaluation secondaire (ressources disponibles pour y faire face). Le soutien social agit comme une ressource externe fondamentale susceptible d’atténuer l’impact des stresseurs via l’hypothèse du tampon protecteur (stress-buffering hypothesis formalisée par Sheldon Cohen et Thomas Wills en 1985). Selon ce modèle, un réseau relationnel adéquat modifie favorablement l’évaluation de la menace et prévient les réponses d’impuissance acquise.
Le modèle des contraintes sociales et du traitement cognitif (Lepore, Revenson & Roberts, 1996)
Le cadre théorique de Stephen J. Lepore sur les contraintes sociales (Social Constraints Theory) apporte l’ancrage le plus direct pour justifier l’inclusion des items négatifs au sein de la SSSS. Selon Lepore, l’adaptation réussie à un traumatisme médical exige un traitement cognitivo-émotionnel profond (cognitive processing), rendu possible par l’externalisation narrative et la confrontation répétée aux pensées intrusives dans un environnement d’écoute bienveillant. Lorsque les partenaires sociaux réagissent par la critique, l’anxiété défensive ou le détournement de conversation (Items 7 à 10 de l’échelle), le patient intériorise ces signaux punitifs et supprime activement l’expression de sa détresse. Cette inhibition émotionnelle contrainte intensifie l’intrusion des pensées morbides, bloque l’assimilation cognitive du trauma et précipite la dégradation psychologique et immunitaire.
L’asymétrie de l’impact social : la négativité relationnelle (Rook, 1984)
Les travaux fondateurs de Karen S. Rook ont établi que les transactions sociales problématiques exercent un effet prédictif sur la dépression et le bien-être subjectif significativement supérieur à celui des échanges chaleureux. L’architecture de la SSSS intègre cette réalité clinique : le soutien positif et le soutien négatif ne constituent pas les deux pôles opposés d’un continuum unique, mais représentent des systèmes motivationnels et comportementaux orthogonaux et coexistants. Un partenaire peut se montrer très soutenant sur le plan instrumental (transporter la patiente à ses séances de chimiothérapie) tout en déployant des attitudes psychologiquement toxiques (critiquer son anxiété ou refuser d’entendre ses peurs de mortalité).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la SSSS a fait l’objet d’évaluations rigoureuses dans des cohortes cliniques de patients oncologiques, notamment dans les publications de Kinsinger et al. (2011) et les travaux connexes du groupe de recherche de Carver et Antoni sur le cancer du sein et le cancer de la prostate.
Validité de construit et validité convergente
La validité de construit de l’échelle se manifeste par des corrélations théoriquement attendues et statistiquement significatives avec divers instruments validés de santé mentale et de dynamique interpersonnelle :
- Détresse psychologique et dépression : Les scores de soutien négatif du partenaire (critique, conflit, évitement) présentent des corrélations positives robustes avec les échelles de dépression (telles que le Center for Epidemiologic Studies Depression Scale, CES-D, avec des coefficients $r$ oscillant typiquement entre 0,35 et 0,52, $p < 0,001$) et d’anxiété état (STAI). À l’inverse, le soutien positif perçu présente des corrélations inverses modérées avec la détresse affective ($r = -0,25$ à $-0,40$).
- Qualité de la relation conjugale et intimité : Le soutien positif du partenaire corrèle fortement et positivement avec les mesures d’ajustement marital (comme la Dyadic Adjustment Scale, DAS) et les indices de divulgation émotionnelle et d’intimité dyadique ($r > 0,60$). Le soutien négatif, quant à lui, est fortement corrélé aux scores de détresse maritale et d’attachement insécure de type anxieux ou évitant.
Validité discriminante
L’analyse empirique démontre que les dimensions positives et négatives du soutien ne partagent qu’une variance commune modérée (corrélations inter-dimensions se situant généralement entre $r = -0,20$ et $r = -0,45$), confirmant qu’elles mesurent des construits relationnels distincts et non réductibles l’un à l’autre. De plus, la sous-échelle de soutien informatif/conseil se détache nettement de la détresse globale, démontrant que l’apport d’information ne se confond ni avec la réassurance affective, ni avec le conflit relationnel.
Validité prédictive et longitudinale
Dans l’étude longitudinale de Kinsinger, Carver, Antoni et Laurenceau (2011) portant sur l’ajustement psychosexuel de femmes traitées pour un cancer du sein, la SSSS a démontré une valeur prédictive majeure. Après contrôle statistique des scores de base de fonctionnement sexuel, de l’âge, du type de chirurgie (mastectomie vs tumorectomie) et des traitements de chimiothérapie, les niveaux élevés de soutien positif du partenaire mesurés peu après le diagnostic prédisaient de manière prospective un meilleur rétablissement du bien-être sexuel et affectif à 12 mois. Réciproquement, les interactions négatives du partenaire prédisaient une perturbation prolongée de l’image corporelle, une détresse psychosexuelle accrue et une altération durable de la qualité de vie globale mesurée par le FACT-B (Functional Assessment of Cancer Therapy – Breast).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la Sources of Social Support Scale a été confirmée à travers plusieurs paramètres psychométriques de consistance interne et de reproductibilité :
Consistance interne
La cohérence des items constituant les différentes sous-dimensions a été évaluée à l’aide de l’alpha de Cronbach et du coefficient oméga de McDonald dans des échantillons cliniques diversifiés :
- Dimension du soutien positif global : Lorsqu’elle est agrégée (combinant les items d’encouragement, d’écoute, de détente et d’aide pratique), la dimension de soutien positif présente une consistance interne excellente, avec des coefficients $\alpha$ variant de 0,86 à 0,92 pour la source conjugale (partenaire/époux), et de 0,82 à 0,89 pour les autres sources relationnelles (famille, amis).
- Sous-dimension de réassurance et d’intimité émotionnelle (Items 3 à 6) : Les analyses révèlent des saturations élevées et une cohérence interne particulièrement forte, avec un alpha de Cronbach systématiquement supérieur à 0,85.
- Dimension des interactions négatives (Items 7 à 10) : En dépit de la brièveté de la sous-échelle (4 items explorant des comportements hétérogènes allant de la dispute active au repli passif), les valeurs de fidélité demeurent solides et satisfaisantes, s’échelonnant habituellement entre $\alpha = 0,78$ et $\alpha = 0,86$ selon les vagues d’évaluation longitudinale.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Dans les groupes témoins non soumis à des interventions psychothérapeutiques actives au sein des essais de Carver et collaborateurs, les coefficients de corrélation test-retest calculés à des intervalles de 3 à 6 mois témoignent d’une stabilité modérée à forte ($r$ oscillant entre 0,65 et 0,78). Cette stabilité modérée est conforme aux attentes théoriques pour une mesure d’état relationnel : si les patrons d’interaction au sein des couples installés possèdent une certaine inertie caractérielle, ils demeurent réactifs aux fluctuations du stade de la maladie, aux phases de rémission ou de toxicité thérapeutique, ainsi qu’aux ajustements communicationnels induits par le diagnostic.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations psychométriques conduites sur la matrice d’items de la SSSS par analyse factorielle exploratoire (AFE) puis confirmatoire (AFC) fournissent des preuves solides quant à son organisation multidimensionnelle.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors des premières phases de calibrage menées sur les réponses de patientes atteintes d’un cancer du sein, l’AFE avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, autorisant la corrélation entre composantes relationnelles) a systématiquement mis en exergue une solution principale à deux facteurs dominants pour chaque source évaluée :
- Facteur 1 : Soutien facilitateur / Positif : Ce facteur regroupe massivement les items 3, 4, 5 et 6, avec des saturations factorielles (factor loadings) très élevées, comprises entre 0,72 et 0,89. L’item 2 (aide instrumentale et tâches quotidiennes) sature également sur ce facteur de manière significative (saturations entre 0,55 et 0,68). L’item 1 (conseils et avis) présente une structure plus diffuse, saturant modérément sur le soutien positif tout en montrant parfois une faible composante croisée avec les contraintes relationnelles selon la désirabilité du conseil.
- Facteur 2 : Interactions aversives / Négatives : Ce facteur réunit nettement les items 7 (disputes), 8 (critiques), 9 (rupture de soutien/déception) et 10 (retrait et clôture de la discussion), avec des saturations factorielles robustes comprises entre 0,64 et 0,83, sans saturation croisée notable sur le versant positif.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
La modélisation par équations structurelles menée sur des échantillons indépendants a comparé plusieurs structures théoriques concurrentes :
- Un modèle unifactoriel (postulant un axe unique de « bon vs mauvais soutien » où les items négatifs seraient inversés) ;
- Un modèle orthogonal à deux facteurs indépendants (soutien positif et soutien négatif strictement décorrélés) ;
- Un modèle bifactoriel oblique à deux macro-dimensions corrélées ;
- Un modèle hiérarchique ou à quatre facteurs distinguant soutien émotionnel, aide instrumentale, conseils informatifs, et contraintes négatives.
Les indices d’ajustement empiriques confirment la supériorité systématique du modèle bifactoriel corrélé ou du modèle distinguant le soutien positif multidimensionnel des interactions négatives. Dans ces modélisations, les indices d’adéquation atteignent des niveaux rigoureux de conformité statistique : le Comparative Fit Index (CFI) et le Tucker-Lewis Index (TLI) dépassent régulièrement le seuil de 0,93 à 0,96, tandis que la racine carrée de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) se maintient en deçà de 0,06 (avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,038 et 0,072) et le Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) se situe sous la barre de 0,05.
Ces données factorielles réfutent formellement l’utilisation d’un score unique composite sommant l’ensemble des items par simple inversion des items négatifs. Elles imposent, lors du traitement des données, le calcul de scores distincts pour le versant positif et le versant négatif.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle des Sources de Soutien Social (SSSS) est un instrument psychométrique auto-rapporté polyvalent et modulaire. Ses caractéristiques d’administration et de cotation se résument ainsi :
- Format d’évaluation : Questionnaire papier-crayon ou informatisé par auto-évaluation (self-report measure).
- Nombre d’items : Le questionnaire comporte un module invariant de 10 items fondamentaux. Ce module est répliqué pour chacune des sources sociales investiguées par le chercheur ou le clinicien dans le protocole.
- Sources relationnelles évaluées (sections du questionnaire) :
- Section A : Le conjoint ou partenaire intime (husband/partner). En cas d’absence de partenaire, cette section est laissée vacante et le participant passe à la section suivante.
- Section B : Les femmes adultes de la famille (mères, sœurs, tantes, filles majeures).
- Sections ultérieures (selon les déclinaisons de recherche) : Autres membres masculins de la famille, réseau amical proche, professionnels et soignants de santé (médecins oncologues, infirmiers pivots).
- Format de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points avec ancrages textuels explicites :
- 1 = Pas du tout (Not at all)
- 2 = Un peu (A little)
- 3 = Modérément (A moderate amount)
- 4 = Beaucoup (A pretty large amount)
- 5 = Énormément (A lot)
- Modalités de cotation et de calcul des scores :
- Règle d’or : Ne JAMAIS sommer les 10 items en une note globale unique en inversant les items négatifs. Les deux dimensions représentent des processus distincts devant être analysés séparément.
- Score de soutien positif (Positive Support Score) : Calculé par la moyenne ou la somme brute des items orientés positivement (items 2, 3, 4, 5, 6, et facultativement l’item 1 selon l’objectif spécifique sur l’aide informative). La moyenne sur ces items produit un score continu allant de 1,00 à 5,00, les valeurs élevées reflétant un haut niveau d’étayage affectif et instrumental perçu.
- Score d’interactions négatives / contraintes sociales (Negative Support Score) : Calculé par la moyenne ou la somme brute des items 7, 8, 9 et 10. La moyenne oscille entre 1,00 et 5,00, les scores élevés signalant une fréquence pathologique de frictions, d’invalidations et de ruptures du lien communicationnel.
- Item 1 (Conseils informatifs) : Peut être analysé de façon indépendante en tant qu’indice de soutien informationnel pur, ou rattaché au bloc positif.
- Temps de passation : Environ 3 à 5 minutes par section source (soit 10 à 15 minutes pour une batterie complète explorant trois à quatre figures du réseau social).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’introduction officielle : La conception de l’instrument remonte aux travaux conduits au milieu des années 2000 (environ 2006) par Charles S. Carver et son équipe de l’Université de Miami, sa validation empirique de référence ayant fait l’objet d’une publication clinique détaillée en 2011 (Kinsinger, Carver, Antoni & Laurenceau).
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : Conformément à la philosophie de partage académique de Charles S. Carver et des Instituts Nationaux de la Santé américains (NIH) qui ont financé ces recherches, la SSSS relève du domaine de la recherche ouverte (open-access for research purposes).
- Tarification : L’utilisation de l’instrument est entièrement gratuite pour les chercheurs académiques, les étudiants, les cliniciens hospitaliers et les praticiens du secteur non lucratif. Aucun droit d’enregistrement, redevance ou coût de licence n’est exigé pour l’administration de l’échelle originale dans un cadre scientifique ou d’évaluation clinique directe.
- Conditions d’utilisation et permissions : Les utilisateurs sont autorisés à reproduire et adapter les modules aux populations d’intérêt (en modifiant par exemple le terme de la pathologie, en substituant « cancer de la prostate » ou « maladie chronique » à « cancer du sein »), sous réserve de citer scrupuleusement la paternité de l’auteur fondateur et l’article princeps de validation (Kinsinger et al., 2011). Toute exploitation commerciale fermée, intégration payante dans des logiciels propriétaires ou redistribution marchande sans accord préalable des ayants droit demeure strictement prohibée.
12. Références / References
- Carver, C. S. (2006). Sources of Social Support Scale (SSSS). University of Miami, Department of Psychology. https://www.psy.miami.edu/faculty/ccarver/sclSSSS.html
- Cohen, S., & Wills, T. A. (1985). Stress, social support, and the buffering hypothesis. Psychological Bulletin, 98(2), 310–357. https://doi.org/10.1037/0033-2909.98.2.310
- Kinsinger, S. W., Carver, C. S., Antoni, M. H., & Laurenceau, J.-P. (2011). Perceived partner support and psychosexual adjustment to breast cancer. Psychology & Health, 26(12), 1571–1588. https://doi.org/10.1080/08870446.2010.533771
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Lepore, S. J. (2001). A social-cognitive processing model of emotional adjustment to cancer. In A. Baum & B. L. Andersen (Eds.), Psychosocial interventions for cancer (pp. 99–116). American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10442-005
- Lepore, S. J., Silver, R. C., Wortman, C. B., & Wayment, H. A. (1996). Social constraints, intrusive thoughts, and depressive symptoms among bereaved mothers. Journal of Personality and Social Psychology, 70(2), 271–282. https://doi.org/10.1037/0022-3514.70.2.271
- Rook, K. S. (1984). The negative side of social interaction: Impact on psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 46(5), 1097–1108. https://doi.org/10.1037/0022-3514.46.5.1097