1. Résumé / Abstract
L’Indice d’ennui sexuel (en anglais, Sexual Boredom Index ou SBI ; de Oliveira et al., 2025) est un instrument psychométrique auto-rapporté en six items, conçu pour quantifier l’ennui sexuel conceptualisé en tant qu’état psychologique transitoire, dynamique et dépendant du contexte écologique et relationnel. Élaboré initialement à partir des données narratives issues d’une recherche qualitative fondamentale menée auprès d’un échantillon communautaire en ligne (de Oliveira et al., 2021), l’outil traduit les conceptualisations expérientielles brutes des participants en propositions psychométriques standardisées, par la suite affinées par un panel tripartite d’experts en sexologie clinique et psychométrie.
L’instrument repose sur une échelle de réponse ordinale de type Likert en 5 points, allant de 1 (« fortement en désaccord ») à 5 (« fortement en accord »), invitant les répondants à évaluer leurs expériences intimes au cours du mois écoulé. Initialement configuré autour d’un ensemble de 10 énoncés candidats, l’instrument a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) itératives auprès d’un échantillon diversifié d’adultes américains âgés de 18 à 94 ans. Ce processus de réduction rigoureux a isolé une structure unidimensionnelle parcimonieuse et robuste composée de 6 items évaluant le désengagement affectif, la sensation de répétition machinale, le manque de stimulation et la monotonie érotique.
Sur le plan métrologique, l’Indice d’ennui sexuel présente d’excellentes propriétés psychométriques. La consistance interne est élevée, attestée par un coefficient alpha de Cronbach (α) de .88. La validité discriminante et la validité de construit ont été confirmées par des corrélations négatives statistiquement significatives avec les mesures du plaisir sexuel et du bien-être érotique général, ainsi que par des corrélations positives robustes avec les difficultés attentionnelles et l’impulsivité, documentant ainsi des passerelles empiriques notables avec la symptomatologie du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). En somme, le SBI s’impose comme un outil méthodologiquement rigoureux pour la recherche empirique et l’évaluation clinique des baisses de désir non dysfonctionnelles.
2. Mots-clés / Keywords
Ennui sexuel, Indice d’ennui sexuel, mesure d’état, psychométrie sexologique, monotonie relationnelle, TDAH et sexualité, bien-être sexuel, plaisir érotique, analyse factorielle confirmatoire, évaluation psychologique, intimité de couple, santé sexuelle.
3. Auteurs / Authors
L’Indice d’ennui sexuel (SBI) a été développé par une équipe multidisciplinaire de chercheurs rattachés à des départements de sexologie, de médecine et de santé publique :
- Leonor de Oliveira, Ph.D. : Medical School, University of Minnesota, Minneapolis, MN, États-Unis. Identifiant ORCID : 0000-0002-9903-8046. Courriel : [email protected]. Adresse de correspondance : University of Minnesota, 1300 South 2nd Street, Suite 180, Minneapolis, Minnesota, 55415, États-Unis.
- Ryan Rham-Knigge, Ph.D. : Medical School, University of Minnesota, Minneapolis, MN, États-Unis.
- Jessie Ford, Ph.D. : Department of Sociomedical Sciences, Mailman School of Public Health, Columbia University, New York, NY, États-Unis.
- Eli Coleman, Ph.D. : Institute for Sexual and Gender Health (ISGH), Medical School, University of Minnesota, Minneapolis, MN, États-Unis.
- Kristen Mark, Ph.D., MPH : Institute for Sexual and Gender Health (ISGH), Medical School, University of Minnesota, Minneapolis, MN, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
Fondements et vocation primaire de l’instrument
L’objectif fondamental du Sexual Boredom Index (SBI) est d’isoler, de mesurer et de suivre l’ennui sexuel conçu comme un état transitoire (state) plutôt que comme un trait invariant de la personnalité (trait). Dans la littérature sexologique contemporaine, le désengagement affectif et la perte d’intérêt lors des interactions intimes ont longtemps été amalgamés à des dysfonctions érectiles, à des troubles de l’orgasme ou au trouble du désir sexuel hypoactif (HSDD/TDSH) répertorié dans les classifications nosographiques telles que le DSM-5. Or, cette pathologisation prématurée ignore la nature idiosyncrasique de l’ennui : une émotion d’alarme signalant une inadéquation entre les attentes de stimulation subjective et la réalité de l’environnement interactif immédiat.
Contrairement aux échelles antérieures qui conceptualisaient la propension générale à la monotonie ou la recherche permanente de sensations fortes en tant que variables dispositionnelles rigides, le SBI saisit la tonalité phénoménologique de la vie sexuelle contemporaine sur une fenêtre temporelle délimitée (le mois écoulé). Cette spécificité temporelle permet d’appréhender les fluctuations contextuelles inhérentes à l’évolution des couples, aux périodes de stress psychosocial, aux changements de routines intimes ou aux transitions de vie (périnatalité, ménopause, modifications professionnelles).
Applications en sexothérapie et en clinique de couple
En pratique clinique, le SBI fournit aux psychologues, psychiatres et sexothérapeutes un levier diagnostique différentiel précieux. Lorsque des consultants consultent pour une « baisse de libido » ou une « perte de désir », le clinicien est souvent confronté à la difficulté de déterminer si le blocage relève d’une étiologie neurobiologique, d’un traumatisme psychosexuel, d’une dysfonction érectile/douloureuse ou d’une simple usure de la nouveauté au sein du script sexuel partagé. Grâce à ses six items focalisés sur le caractère mécanique, monotone et déconnecté des rapports récents, le SBI identifie précisément les situations où la capacité physiologique de réponse sexuelle est intacte, mais neutralisée par un script prévisible et routinier.
L’utilisation de l’échelle permet de démédicaliser les difficultés sexuelles au sein du couple en recadrant le motif de consultation : le problème ne réside pas dans une déficience organique individuelle, mais dans un épuisement du répertoire de stimulation contextuelle. Le SBI devient ainsi une boussole d’intervention permettant de cibler des techniques de diversification érotique, de renégociation des scripts sexuels (selon l’approche des scénarios de Gagnon et Simon) et d’approfondissement de la présence attentive (mindfulness) pendant l’acte.
Applications dans la recherche fondamentale et translationnelle
Au niveau de la recherche académique, le SBI comble une lacune méthodologique majeure en offrant un outil standardisé sensible aux changements. Il se prête idéalement aux protocoles longitudinaux, aux devis de mesures écologiques momentanées (Ecological Momentary Assessment [EMA]) et aux essais cliniques randomisés évaluant l’efficacité des thérapies conjugales ou des programmes d’éducation sexuelle. De plus, le SBI ouvre de nouvelles pistes d’investigation translationnelle concernant les liens unissant la régulation dopaminergique, les fonctions exécutives, l’impulsivité et la réceptivité érotique chez les populations neurodivergentes, notamment les individus porteurs d’un TDAH.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le Sexual Boredom Index est l’ennui sexuel en tant qu’état. Dans le champ de la psychologie différentielle et des sciences affectives, l’ennui est défini comme l’expérience aversive de vouloir, sans y parvenir, engager une activité satisfaisante ou stimulante, couplée à un état d’activation sous-optimale (hypo-éveil ou hyper-éveil frustré) et à des difficultés de focalisation attentionnelle (Eastwood et al., 2012). Transposé au domaine de la sexualité humaine par de Oliveira et ses collaborateurs, l’ennui sexuel ne renvoie pas à une simple absence d’activité érotique, mais à une altération qualitative de l’expérience vécue pendant ou autour des activités intimes.
Architecture unidimensionnelle et facettes phénoménologiques
Bien que l’analyse factorielle confirmatoire démontre une stricte unidimensionnalité statistique, le construit intègre sur le plan phénoménologique plusieurs facettes interdépendantes documentées dans l’étude qualitative initiale (de Oliveira et al., 2021) :
- La monotonie et la prévisibilité du script (Item 2 & Item 6) : L’expérience du sexe perçu comme « routinier » ou « monotone » reflète l’absence de surprises, de variations posturales, sensorielles ou émotionnelles. L’interaction sexuelle suit un enchaînement déterministe où chaque étape est connue d’avance, transformant l’exploration intime en une tâche procédurale répétitive.
- La mécanisation de l’acte (Item 4) : Le sentiment que l’acte sexuel est « mécanique » signale un clivage entre l’exécution physique des mouvements copulatoires et l’investissement affectif ou sensoriel. L’individu accomplit les gestes requis pour parvenir à l’orgasme ou pour satisfaire le partenaire sans immersion corporelle authentique.
- La déconnexion psychologique et corporelle (Item 5) : L’état d’ennui sexuel s’accompagne d’un sentiment prononcé de dissociation légère ou de déconnexion relationnelle (« Felt disconnected during sex »). L’attention glisse loin de la dynamique érotique partagée, se traduisant par des pensées intrusives ou un vagabondage mental (mind-wandering).
- La déception relative et le désir d’élévation sensorielle (Item 3) : L’aspiration à ce que le sexe soit « plus intéressant » souligne l’écart cognitif entre les attentes hédoniques idéales du sujet et la pauvreté des gratifications actuelles, générant une frustration sourde.
- L’affect résiduel d’ennui franc (Item 1) : L’éprouvé subjectif explicite (« Felt bored when having sex »), qui cristallise l’expérience aversive globale face à l’acte.
Distinction cruciale : État vs Trait
L’innovation conceptuelle du SBI réside dans son ancrage comme mesure d’état (circonscrit aux 30 derniers jours). Une personne peut posséder une personnalité curieuse, hautement réceptive à l’excitation générale (faible propension au trait d’ennui), tout en éprouvant un score élevé au SBI en raison de l’installation d’une routine usante dans son partenariat de longue durée. Inversement, une amélioration de la communication de couple ou l’introduction de nouvelles pratiques peut rapidement faire chuter le score au SBI, démontrant sa réactivité écologique supérieure aux échelles de personnalité traditionnelles.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage théorique de l’Indice d’ennui sexuel se situe au carrefour de la théorie du script sexuel, du modèle du double contrôle de la réponse sexuelle, de la théorie de l’autodétermination et des neurosciences de l’ennui.
1. La théorie des scripts sexuels (Gagnon & Simon)
La théorie des scripts sexuels développée par John Gagnon et William Simon postule que la sexualité humaine n’est pas un simple réflexe instinctif biologique, mais une conduite hautement codée par des scripts culturels, interpersonnels et intrapsychiques. Selon cette perspective, l’ennui sexuel émerge lorsque les scénarios interactifs se rigidifient. Lorsque les scripts intrapsychiques (fantasmes, désirs personnels) ne trouvent aucun écho dans les scripts interpersonnels négociés au sein de la dyade, les comportements deviennent mécaniques et prévisibles. Le SBI opérationnalise le dysfonctionnement de ces scripts par ses items mesurant la routine imposée et la monotonie.
2. Le modèle du double contrôle de Bancroft et Janssen
Le modèle du double contrôle (Bancroft & Janssen, 2000) stipule que la réponse sexuelle humaine résulte d’un équilibre dynamique entre l’excitation sexuelle (Sexual Excitation System, SES) et l’inhibition sexuelle (Sexual Inhibition System, SIS). L’ennui sexuel peut être modélisé comme un déficit d’activation du SES provoqué par l’habituation sensorielle, combiné à une inhibition légère de désengagement. L’absence de stimuli sexuels saillants, congruents ou novateurs empêche le système nerveux central d’atteindre le seuil critique d’activation érotique, maintenant le sujet dans un état d’hypo-activation cognitive que le SBI mesure fidèlement.
3. La théorie de l’autodétermination (Deci & Ryan)
La théorie de l’autodétermination (Deci & Ryan, 2000) identifie trois besoins psychologiques fondamentaux pour maintenir la motivation intrinsèque : l’autonomie, la compétence et la proximité relationnelle (relatedness). L’item 6 du SBI (« Had sex because it was routine ») capture parfaitement une motivation extrinsèque ou introjectée, où l’engagement sexuel est guidé par l’obligation ou l’inertie plutôt que par le choix autonome. Dès lors que l’autonomie et l’intimité authentique s’érodent, l’expérience sexuelle perd son potentiel de gratification intrinsèque, favorisant l’apparition de l’ennui.
4. Les neurosciences attentionnelles et le rôle du système dopaminergique
Sur le plan neurocognitif, James Danckert et John Eastwood ont mis en lumière le rôle central des boucles cortico-striatales et du neurotransmetteur dopamine dans l’évaluation de la valeur de l’action et l’allocation attentionnelle. Le cerveau recherche spontanément l’apprentissage prédictif et l’information inédite. Dans un contexte érotique sans imprévisibilité, la libération phasique de dopamine s’atténue considérablement (habituation). Ce mécanisme explique de façon lumineuse les corrélations fortes observées entre les scores du SBI et les traits de TDAH : chez les individus présentant une régulation dopaminergique atypique, la tolérance à la sous-stimulation est nettement abaissée, rendant l’expérience de la répétition sexuelle particulièrement intolérable et génératrice d’ennui immédiat.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques du SBI ont été analysées avec une grande rigueur méthodologique lors de l’étude de validation initiale menée par de Oliveira et ses collaborateurs (2025) sur un échantillon représentatif d’adultes américains (N = 845 à l’inclusion initiale, âges échelonnés de 18 à 94 ans).
Validité de contenu
La validité de contenu a été garantie par une démarche séquentielle mixte exploratoire :
- Dérivation empirique qualitative : Les formulations initiales ont été directement extraites des verbatim de l’étude qualitative fondatrice de de Oliveira et al. (2021), respectant la phraséologie naturelle et les métaphores employées par les individus pour décrire leur ennui sexuel.
- Évaluation par un panel d’experts : Un groupe de trois chercheurs et cliniciens chevronnés en sexologie a procédé à un examen itératif à l’aveugle pour épurer la clarté conceptuelle, éliminer les ambiguïtés sémantiques et s’assurer que chaque proposition ciblait l’état d’ennui et non une dysfonction physique sous-jacente.
Validité convergente et discriminante
La matrice des corrélations bivariées confirme la validité divergente et convergente de l’échelle par rapport aux construits théoriquement reliés :
- Plaisir et bien-être sexuel : Le SBI affiche des corrélations négatives robustes et statistiquement significatives avec le plaisir sexuel auto-rapporté (r variant typiquement entre -.45 et -.60 selon les sous-groupes, p < .001) et le bien-être érotique général. Ces résultats démontrent que l’ennui est inversement proportionnel à la satisfaction somatosensorielle et relationnelle.
- Satisfaction relationnelle : Des associations négatives modérées à fortes ont été constatées avec les indices d’harmonie conjugale, confirmant que l’ennui sexuel d’état corrode le climat affectif dyadique sans toutefois se confondre entièrement avec la détresse conjugale globale.
- Difficultés attentionnelles et impulsivité (TDAH) : En accord direct avec les hypothèses théoriques neuropsychologiques, les scores au SBI présentent une corrélation positive significative avec les mesures de distractibilité attentionnelle (Adult ADHD Self-Report Scale [ASRS]) et d’impulsivité cognitive (r ≈ .32 à .42, p < .001). Les répondants manifestant des déficits d’attention soutenue sont significativement plus susceptibles de décrocher cognitivement pendant l’acte érotique et d’éprouver l’intimité comme machinale.
8. Fidélité / Reliability
Consistance interne
Dans l’échantillon de validation de de Oliveira et al. (2025), le Sexual Boredom Index a fait preuve d’une excellente cohérence interne, mesurée par un coefficient alpha de Cronbach (α) de .88. Ce niveau de fidélité dépasse largement les seuils conventionnels préconisés par Nunnally (.70 pour la recherche et .80 pour les évaluations en pratique clinique appliquée). L’indice oméga de McDonald (ω), particulièrement indiqué pour les modèles unidimensionnels évaluant la variance factorielle commune exempte de biais de tau-équivalence, corrobore cette homogénéité élevée (ω ≥ .88).
Corrélations item-total et résiduelles
Toutes les corrélations item-total corrigées pour les 6 items retenus se maintiennent confortablement au-dessus de la valeur seuil de .55, variant entre .61 et .77. L’élimination d’aucun des 6 items finaux n’entraîne une augmentation du coefficient alpha de l’instrument global, ce qui démontre la parfaite contribution conjointe de chaque proposition à la variance du construit sous-jacent.
Stabilité temporelle et considérations de fidélité test-retest
Puisque le SBI est conçu pour évaluer un état contextuel borné dans le temps (30 derniers jours), les coefficients de fidélité test-retest doivent être interprétés avec circonspection méthodologique. Contrairement à une échelle de trait qui exige une corrélation intra-classe très élevée sur plusieurs mois, un instrument d’état légitime doit fluctuer en réponse aux changements environnementaux ou relationnels. Néanmoins, sur de courts intervalles où la dynamique conjugale reste stable (période de test-retest de 2 semaines), le SBI fait preuve d’une stabilité satisfaisante (r > .75), attestant que l’instrument capture une expérience structurée et non de simples variations aléatoires d’humeur.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Analyse factorielle exploratoire (AFE) initiale
Le processus de développement métrologique du SBI s’est appuyé sur une démarche factorielle en plusieurs phases successives à partir du réservoir initial de 10 items :
- Première AFE (10 items) : L’analyse factorielle exploratoire initiale menée sur l’ensemble des dix énoncés candidats suggérait en première lecture une solution à deux facteurs. Cependant, l’examen détaillé de la matrice factorielle a révélé que la quasi-totalité des items saturaient de façon prédominante sur le facteur principal (Facteur 1), tandis que seuls les items 3 et 6 saturaient sur un second facteur résiduel ténu.
- Critères d’exclusion des items problématiques : En raison de faibles corrélations inter-items avec le reste de l’échelle, de scores item-total corrigés sous-optimaux et d’un isolement artificiel sur un facteur secondaire, les items 3 et 6 de la version préliminaire ont été définitivement retirés du modèle.
- Seconde AFE (8 items) : Une nouvelle AFE a été menée sur les 8 items restants. Les valeurs propres (eigenvalues), l’inspection du graphique d’éboulis (scree plot de Cattell) et l’analyse parallèle de Horn ont clairement démontré qu’une solution unifactorielle représentait le modèle le plus parcimonieux et le mieux ajusté aux données. Tous les énoncés saturaient fortement sur ce facteur unique, avec des poids factoriels largement supérieurs au seuil standard de .40 (saturations comprises entre .58 et .84).
Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et optimisation structurelle
Afin de valider la robustesse de cette structure unidimensionnelle, une analyse factorielle confirmatoire (AFC) a été conduite à l’aide de l’estimateur des moindres carrés pondérés diagonalement robuste (WLSMV), particulièrement adapté aux variables ordinales de Likert :
- Modèle initial et indices de modification : Le modèle unidimensionnel à 8 items présentait initialement un ajustement imparfait. L’examen approfondi des indices de modification (Modification Indices [MI]) a mis en évidence une très forte covariance d’erreurs résiduelles entre les items 9 et 10, ainsi qu’entre les items 4 et 5 de la numérotation initiale. Cette redondance statistique révélait un chevauchement sémantique étroit entre ces paires de questions.
- Élimination sélective et modèle final à 6 items : Afin de préserver la parcimonie et d’éviter d’introduire des paramètres de covariance d’erreurs injustifiés, les items 10 et 5 ont été définitivement retirés de la matrice. Le modèle final a ainsi été stabilisé sous la forme d’une échelle strictement unidimensionnelle à 6 items.
- Indices d’ajustement globaux : Le modèle unifactoriel à 6 items a démontré un ajustement satisfaisant sur les principaux indices statistiques reconnus : l’indice d’ajustement comparatif (CFI) et l’indice de Tucker-Lewis (TLI) affichaient tous deux des valeurs supérieures au seuil d’adéquation de .95 ; la racine carrée moyenne des résidus standardisés (SRMR) s’est établie confortablement en dessous du seuil critique de .06. Seule l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) est apparue légèrement inférieure aux critères optimaux standards, un phénomène statistique fréquent et documenté dans les échelles courtes disposant d’un très faible nombre de degrés de liberté (Kenny, Kaniskan, & McCoach, 2015).
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Échelle psychométrique auto-rapportée (questionnaire standardisé de mesure d’état psychologique).
- Nombre d’items : 6 items formulés de manière concise et univoque.
- Format de passation : Administration sur support papier-crayon ou passation électronique/numérique en ligne.
- Fenêtre temporelle d’évaluation : Les participants sont explicitement invités à réfléchir à leurs interactions, activités et ressentis sexuels survenus au cours du mois écoulé (les 30 derniers jours).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert ordinale en 5 points :
- 1 = Strongly disagree (Fortement en désaccord)
- 2 = Disagree (En désaccord)
- 3 = Neither agree nor disagree (Ni en accord ni en désaccord)
- 4 = Agree (D’accord)
- 5 = Strongly agree (Fortement d’accord)
- Calcul et cotation du score global :
- Le score total s’obtient par la somme arithmétique directe des 6 items (étendue théorique de 6 à 30 points) ou par le calcul de la moyenne arithmétique des items (étendue théorique de 1.00 à 5.00 points).
- Aucun item inversé : L’ensemble des 6 items est orienté de manière congruente dans le sens d’un ennui accru. Plus le score est élevé, plus le niveau d’ennui sexuel ressenti dans le contexte des interactions intimes récentes est intense et débilitant.
- Durée approximative de passation : Moins de 2 à 3 minutes.
- Population cible : Adultes de tout genre et orientation sexuelle (18 ans et plus), engagés dans une vie sexuelle active (en solo ou en couple).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2025.
- Statut commercial : Non commercial (instrument libre de droits pour la recherche scientifique et l’exercice clinique individuel sans but lucratif).
- Frais d’utilisation (Fee) : Gratuit / Sans frais d’enregistrement.
- Gestion des permissions et propriété intellectuelle : L’instrument est protégé par le droit d’auteur détenu par les auteurs et la revue éditrice (Taylor & Francis). Toute utilisation à des fins académiques, universitaires ou d’intervention clinique privée non lucrative est autorisée sous réserve de citation rigoureuse de l’article source. Pour toute reproduction commerciale, inclusion dans un progiciel payant ou adaptation numérique commerciale, il convient d’adresser une demande formelle à l’éditeur ou à l’auteure correspondante, la Dre Leonor de Oliveira ([email protected]).
12. Références / References
- Bancroft, J., & Janssen, E. (2000). The dual control model of male sexual response: A theoretical approach to centrally mediated erectile dysfunction. European Urology, 38(3), 257–275. https://doi.org/10.1159/000020297
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The « what » and « why » of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
- de Oliveira, L., Rham-Knigge, R., Ford, J., Coleman, E., & Mark, K. (2021). Conceptualizing sexual boredom: A qualitative study. The Journal of Sex Research, 59(7), 882–892. https://doi.org/10.1080/00224499.2021.1986799
- de Oliveira, L., Rham-Knigge, R., Ford, J., Coleman, E., & Mark, K. (2025). Sexual Boredom Inventory (SBI): Development and initial validation. Journal of Sex & Marital Therapy, 51(1), 74–84. https://doi.org/10.1080/0092623X.2024.2442944
- Eastwood, J. D., Frischen, A., Fenske, M. J., & Smilek, D. (2012). The unengaged mind: Defining boredom in terms of attention. Perspectives on Psychological Science, 7(5), 482–495. https://doi.org/10.1177/1745691612447308
- Gagnon, J. H., & Simon, W. (1973). Sexual Conduct: The Social Sources of Human Sexuality. Aldine Publishing Company.
- Kenny, D. A., Kaniskan, B., & McCoach, D. B. (2015). The performance of RMSEA in models with small degrees of freedom. Sociological Methods & Research, 44(3), 486–507. https://doi.org/10.1177/0049124114543236