1. Résumé / Abstract
Le Score de hanche d’Oxford (couramment désigné sous le sigle anglophone Oxford Hip Score ou OHS) constitue un instrument de mesure autorapporté (Patient-Reported Outcome Measure ou PROM) conçu spécifiquement pour évaluer la sévérité des symptômes douloureux et le degré d’incapacité fonctionnelle chez les patients souffrant d’une coxarthrose sévère ou bénéficiant d’une arthroplastie totale de hanche (ATH). Développé initialement en 1996 au sein de l’Université d’Oxford par Jill Dawson, Ray Fitzpatrick, Andrew Carr et David Murray, cet outil psychométrique bref comprend 12 items ciblés évaluant l’état de santé articulaire perçu au cours des quatre dernières semaines précédant l’évaluation. Les questions explorent des activités motrices quotidiennes fondamentales (marche, habillage, montée des escaliers, utilisation des transports) ainsi que les manifestations algiques diurnes et nocturnes.
Dans sa modalité de cotation standardisée contemporaine révisée en 2007, chaque item est évalué sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 0 (symptômes les plus sévères ou incapacité fonctionnelle totale) à 4 (absence totale de symptômes ou parfaite autonomie). Le score global cumulé s’échelonne ainsi de 0 à 48 points, où une note basse traduit une atteinte clinique critique et un score élevé reflète un rétablissement optimal ou une fonction articulaire normale. Initialement, le système de 1996 utilisait une cotation de 1 (meilleur état) à 5 (pire état), générant un score total de 12 à 60, mais cette méthode a été universellement délaissée pour lever toute ambiguïté interprétative.
Les propriétés métrologiques du questionnaire ont été documentées dans une multitude de cohortes internationales. L’OHS présente une cohérence interne élevée attestée par un coefficient alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,84 et 0,93 selon les contextes linguistiques, ainsi qu’une excellente stabilité temporelle test-retest avec des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) compris entre 0,89 et 0,96. La validité de construit convergente est solidement corroborée par des corrélations fortes avec les dimensions fonctionnelles et douloureuses d’échelles de référence telles que le WOMAC (Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index) et le questionnaire générique SF-36. Doté d’une sensibilité au changement remarquable après arthroplastie, le Score de hanche d’Oxford s’impose aujourd’hui comme la référence or dans les registres nationaux d’implants et les essais cliniques orthopédiques à l’échelle mondiale.
2. Mots-clés / Keywords
Score de hanche d’Oxford, Oxford Hip Score, OHS, arthroplastie totale de hanche, coxarthrose, douleur articulaire, incapacité fonctionnelle, Patient-Reported Outcome Measure, PROM, psychométrie, qualité de vie, orthopédie, validité de construit, fidélité test-retest, chirurgie reconstructrice.
3. Auteurs / Authors
Le Score de hanche d’Oxford a été élaboré par une équipe multidisciplinaire de cliniciens, chirurgiens orthopédistes et épidémiologistes de la santé publique rattachés à l’Université d’Oxford (Royaume-Uni) :
- Jill Dawson, DPhil, MSc : Professeure émérite d’épidémiologie clinique et de métrologie de la santé, Department of Public Health (actuellement Nuffield Department of Population Health), University of Oxford, Oxford, Royaume-Uni. Rôle principal dans la conception méthodologique, l’analyse psychométrique et la validation clinique de l’échelle.
- Raymond Fitzpatrick, PhD : Professeur émérite de santé publique et de soins primaires, Nuffield Department of Population Health, University of Oxford, Fellow de la British Academy et du Royal College of Physicians. Expert mondial dans le développement d’indicateurs de santé axés sur le patient.
- Andrew J. Carr, ChM, FRCS, FMedSci : Professeur émérite de chirurgie orthopédique (Nuffield Professor of Orthopaedic Surgery), Nuffield Department of Orthopaedics, Rheumatology and Musculoskeletal Sciences (NDORMS), University of Oxford, Oxford, Royaume-Uni.
- David W. Murray, MD, FRCS : Professeur de chirurgie orthopédique, consultant orthopédiste honoraire au Nuffield Orthopaedic Centre, University of Oxford, Oxford, Royaume-Uni. Concepteur de prothèses articulaires et spécialiste renommé de l’évaluation des résultats chirurgicaux.
L’adaptation et la validation transculturelle en langue néerlandaise ont notamment été conduites sous la direction du Dr Taco Gosens (MD, PhD), chirurgien orthopédiste au St. Elisabeth Hospital de Tilbourg (Pays-Bas), publiée en 2005. Les droits d’exploitation intellectuelle et les licences d’utilisation sont gérés par le bureau de valorisation de l’Université d’Oxford, Oxford University Innovation (OUI Ltd).
4. Objectif / Purpose
Finalité clinique et métrologique
Le Score de hanche d’Oxford (OHS) a été mis au point afin de pallier les insuffisances méthodologiques manifestes des scores cliniques traditionnels historiques en orthopédie, tels que le Harris Hip Score ou la classification de Merle d’Aubigné et Postel. Ces instruments anciens s’appuyaient lourdement sur l’examen physique objectif mené par le chirurgien (mesure goniométrique de l’amplitude articulaire, évaluation manuelle de la force musculaire, détection subjective des déformations), introduisant un biais d’observateur substantiel et ne reflétant que très imparfaitement le vécu intime, l’autonomie et la qualité de vie réelle du patient dans son écosystème journalier.
L’objectif fondamental de l’OHS est de mesurer avec une rigueur statistique maximale les deux domaines symptomatiques les plus invalidants induits par la détérioration de l’articulation coxo-fémorale : la douleur articulaire perçue et la limitation fonctionnelle physique afférente. L’échelle est conçue pour capter l’évolution de ces dimensions sur une période de rappel standardisée de quatre semaines, aussi bien en phase préopératoire (pour quantifier l’indication chirurgicale et le retentissement du handicap) qu’au cours du suivi postopératoire à court, moyen et long termes (pour évaluer l’efficacité de la prothèse, la rééducation et la survenue éventuelle d’une défaillance prothétique mécanique ou septique).
Applications en pratique courante et en recherche
L’OHS remplit un triple rôle stratégique dans la prise en charge des affections de la hanche :
- Suivi clinique individuel longitudinal : Il permet au praticien d’évaluer de manière standardisée l’amélioration post-chirurgicale comparativement au niveau fonctionnel de base. Il facilite l’identification précoce des patients présentant un résultat suboptimal ou une détérioration inattendue de leur condition physique, incitant à des investigations radiologiques ou biologiques complémentaires.
- Recherche biomédicale et essais cliniques randomisés : En tant que critère de jugement principal ou secondaire, l’OHS permet de comparer objectivement différentes techniques chirurgicales (voies d’abord antérieure, postéro-latérale, mini-invasive), divers concepts d’implants (tiges cimentées versus non cimentées, couples de frottement céramique-céramique versus métal-polyéthylène) et des protocoles de rééducation multimodale accélérée (Enhanced Recovery After Surgery – ERAS).
- Surveillance épidémiologique et audit des registres nationaux : Utilisé systématiquement par des institutions telles que le National Joint Registry (NJR) en Angleterre et au Pays de Galles, le Swedish Hip Arthroplasty Register ou des programmes d’audit hospitaliers, l’OHS sert d’indicateur médico-économique de performance hospitalière et de contrôle qualité des dispositifs médicaux implantables à grande échelle.
Justification théorique et pertinence pour le patient
La légitimité de l’OHS repose sur le postulat fondamental de la médecine fondée sur les preuves (Evidence-Based Medicine) selon lequel le patient constitue la source d’information la plus fiable pour apprécier le fardeau symptomatique d’une pathologie chronique non mortelle. Contrairement aux explorations radiologiques conventionnelles — qui révèlent fréquemment une discordance anatomo-clinique notoire, où des altérations arthrosiques radiologiques majeures coexistent avec des douleurs modestes et inversement —, l’OHS mesure directement l’impact phénoménologique de la pathologie articulaire. Sa brièveté (12 items réalisables en moins de cinq minutes) garantit une complétude documentaire exceptionnelle, minimisant l’attrition des données dans les études longitudinales.
5. Construit psychologique / Construct
L’Oxford Hip Score opérationnalise un macro-construit multidimensionnel : la santé fonctionnelle spécifique de la hanche, décomposable en deux sous-dimensions intimement intriquées mais conceptuellement distinctes : le vécu douloureux sensoriel et affectif d’une part, et la performance motrice dans les activités de la vie quotidienne d’autre part.
Dimension 1 : La douleur liée à la hanche (Pôle algique)
La douleur constitue le motif de consultation primordial motivant le recours à la chirurgie de remplacement prothétique. Au sein de l’OHS, la douleur n’est pas appréhendée comme un simple épiphénomène sensoriel univoque, mais dans sa temporalité, sa sévérité globale et sa capacité à entraver les processus physiologiques fondamentaux :
- Intensité moyenne habituelle (Item 1) : Évalue le niveau basal de la douleur ressentie au cours du mois écoulé, distinguant les états indolores des douleurs modérées, sévères ou insupportables.
- Douleur paroxystique et sensations névralgiques (Item 10) : Capture les décharges aiguës soudaines, sensations de poignardement, spasmes musculaires réflexes ou douleurs fulgurantes souvent associées à des conflits mécaniques articulaires ou des instabilités micro-dynamiques.
- Interférence avec le repos nocturne et le sommeil (Item 12) : Explore la douleur nocturne au lit, paramètre clinique cardinal traduisant une inflammation synoviale sévère, une poussée congestive d’arthrose ou une faillite articulaire avancée avec retentissement majeur sur l’architecture du sommeil et la santé psychique.
- Interférence algique fonctionnelle globale (Item 11) : Mesure dans quelle mesure la sensation douloureuse parasite l’accomplissement des tâches domestiques ou professionnelles courantes.
Dimension 2 : L’incapacité fonctionnelle motrice (Pôle locomoteur et autonomie)
La dégradation de l’articulation de la hanche entraîne une ankylose progressive, une limitation des amplitudes articulaires (notamment en flexion, rotation interne et abduction) et une faiblesse des abducteurs de la hanche (signe de Trendelenburg). L’OHS échantillonne des comportements moteurs représentatifs et universels :
- Hygiène corporelle et soins personnels (Item 2) : Mesure la capacité à se laver et se sécher l’ensemble du corps, acte requérant une flexion lombo-pelvienne et coxo-fémorale combinée à une stabilité unipodale dynamique.
- Accessibilité des transports et transferts automobiles (Item 3) : Explore la capacité à monter et descendre d’une voiture ou à utiliser les transports en commun, geste biomécanique sollicitant une flexion profonde de la hanche et un contrôle proprioceptif exigeant dans des espaces contraints.
- Habillage des membres inférieurs (Item 4) : Questionne l’aptitude à enfiler une paire de chaussettes, bas ou collants de manière autonome, tâche hautement discriminante qui est souvent la première compromise lors de la perte de flexion et de rotation interne de la tête fémorale dans le cotyle.
- Tâches logistiques et port de charges légères (Item 5) : Évalue la réalisation autonome des courses domestiques, intégrant à la fois la locomotion prolongée, les changements de direction et la préhension en charge.
- Périmètre de marche et endurance locomotrice (Item 6) : Quantifie la durée de déambulation tolérée avant l’apparition d’une douleur invalidante, avec ou sans aides techniques (cannes anglaises, déambulateur).
- Franchissement d’obstacles verticaux (Item 7) : Mesure la capacité à gravir une volée d’escaliers, épreuve sollicitant puissamment le quadriceps, les fessiers et exigeant une cinématique articulaire sans contrainte excentrique insoutenable.
- Transfert assis-debout post-prandial (Item 8) : Évalue la douleur et la raideur de démarrage survenant lors du passage de la position assise prolongée (autour d’une table de repas) à la station debout.
- Qualité de la démarche et boiterie (Item 9) : Détecte la présence d’une boiterie d’esquive antalgique ou d’insuffisance fessière lors de la marche habituelle.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le modèle biopsychosocial de la santé et la CIF de l’OMS
Le développement de l’Oxford Hip Score s’inscrit en droite ligne dans l’évolution conceptuelle impulsée par le modèle biopsychosocial de George L. Engel (1977) et la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) adoptée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Historiquement, la chirurgie orthopédique raisonnait selon un modèle strictement biomédical : la réussite d’une intervention était jugée sur des critères morphologiques et radiologiques (alignement de la tige fémorale, angle d’inclinaison de la cupule acétabulaire, absence d’ostéolyse péri-prothétique). Or, les travaux de Fitzpatrick, Dawson et al. ont démontré que les anomalies radiologiques corrèlent imparfaitement avec la détresse subjective et le niveau de participation sociale du patient.
Au regard de la nomenclature de la CIF, l’OHS capture avec élégance l’articulation entre trois niveaux de la réalité pathologique :
- Déficiences au niveau des structures et fonctions organiques : Altération du cartilage articulaire, synovite, limitation de l’amplitude de mouvement articulaire (ROM) et genèse de signaux nociceptifs périphériques et centraux (douleurs diurnes et nocturnes, items 1, 10, 12).
- Limitations des activités : Difficultés rencontrées par l’individu dans l’exécution de comportements moteurs élémentaires (marche, habillage, transferts posturaux, items 2, 4, 6, 7, 8).
- Restrictions de participation : Retentissement sur la vie domestique, professionnelle et l’intégration citoyenne (achats, utilisation des transports en commun, travail habituel, items 3, 5, 11).
Théorie psychométrique de la mesure du résultat centré sur le patient
D’un point de vue de la psychométrie appliquée à la santé, l’OHS s’ancre dans le paradigme des Health-Related Quality of Life (HRQoL) spécifiques à une pathologie (disease-specific instruments). Contrairement aux échelles génériques d’état de santé comme le SF-36 ou l’EuroQol EQ-5D — conçues pour autoriser des comparaisons transversales inter-pathologies au prix d’une sensibilité clinique atténuée —, l’OHS a été délibérément calibré pour maximiser la sensibilité au changement clinique induit par un acte thérapeutique localisé (l’arthroplastie). En éliminant les domaines non pertinents pour l’articulation de la hanche (tels que la fonction respiratoire, auditive ou émotionnelle générale non liée à la hanche), les concepteurs ont réduit le « bruit de mesure » et garanti une réactivité longitudinale exceptionnelle.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité de l’Oxford Hip Score ont été soumises à un examen psychométrique intensif dans de multiples pays, incluant des cohortes britanniques, néerlandaises, françaises, allemandes, suédoises et nord-américaines.
Validité de contenu et d’apparence (Content and Face Validity)
La validité de contenu a été garantie dès sa conception originale par une approche qualitative rigoureuse. Les items n’ont pas été déduits des a priori des chirurgiens, mais générés à partir d’entretiens semi-structurés approfondis conduits auprès d’une cohorte de patients souffrant de coxarthrose sévère en attente chirurgicale. Les items reflètent les situations de vie jugées les plus fréquentes, pénibles et représentatives par les malades eux-mêmes. Des panels d’experts multidisciplinaires ont ensuite épuré la banque initiale d’items pour éliminer les redondances et optimiser la clarté linguistique, garantissant une compréhension immédiate par les patients de tout niveau socio-éducatif.
Validité convergente et discriminante (Construct Validity)
La validité de construit de l’OHS est étayée par des corrélations fortes et cohérentes avec des instruments étalons validés :
- Corrélations avec le WOMAC : Les scores de l’OHS manifestent des corrélations très élevées avec le sous-score de douleur du WOMAC (valeurs de coefficient de corrélation de Pearson $r$ oscillant typiquement entre 0,72 et 0,85) et avec le sous-score de fonction physique du WOMAC ($r$ compris entre 0,75 et 0,88), attestant que l’outil mesure bien le construit visé.
- Corrélations avec le SF-36 : L’OHS corrèle fortement avec le score composite physique (Physical Component Summary, PCS) du SF-36 ($r = 0,65$ à $0,78$) et avec le domaine spécifique du fonctionnement physique ($r > 0,70$). Conformément aux prédictions de validité discriminante, les corrélations observées entre l’OHS et les domaines de santé mentale (Mental Health) ou de fonctionnement émotionnel du SF-36 sont substantiellement plus faibles ($r = 0,25$ à $0,40$), démontrant la spécificité somatique de l’outil.
- Validité discriminante clinique : L’instrument sépare de manière hautement significative les patients classés selon les stades radiologiques de Kellgren et Lawrence, ainsi que les patients requérant une aide technique à la marche de ceux déambulant librement ($p < 0,001$).
Sensibilité au changement et réactivité (Responsiveness)
La réactivité de l’OHS après arthroplastie totale de hanche est l’une des plus spectaculaires documentées dans la littérature orthopédique. Les indices de taille d’effet (Effect Size de Cohen) et la réponse moyenne standardisée (Standardised Response Mean – SRM) mesurés à 6 mois et 12 mois postopératoires dépassent fréquemment 1,80 à 2,50, traduisant un gain fonctionnel massif et une capacité discriminante clinique hors pair. La différence minimale cliniquement importante (Minimal Clinically Important Difference – MCID) est généralement estimée entre 3 et 5 points sur l’échelle moderne cotée de 0 à 48.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique de l’Oxford Hip Score a été évaluée sous l’angle de sa consistance interne et de sa stabilité temporelle test-retest à travers de multiples investigations empiriques indépendantes.
Cohérence interne
La cohérence interne globale du questionnaire est excellente. Dans la publication princeps de Dawson et al. (1996), le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) s’établissait à 0,84 chez les patients en attente chirurgicale et atteignait 0,89 en phase postopératoire. Des études de validation ultérieures menées sur des cohortes massives (notamment dans le cadre du registre national britannique NJR) et lors des traductions linguistiques officielles ont corroboré des valeurs d’alpha de Cronbach comprises entre 0,89 et 0,93. Ces valeurs démontrent une grande homogénéité des items sans pour autant franchir le seuil de 0,95 qui traduirait une redondance stérile des énoncés.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle de la mesure a été quantifiée chez des sujets dont l’état clinique était stable sur des intervalles de ré-administration variant de 48 heures à deux semaines. Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) en modèle d’accord absolu se situe de façon reproductible entre 0,91 et 0,96, attestant d’une fidélité test-retest remarquable.
De plus, l’erreur type de mesure (Standard Error of Measurement – SEM) est faible, généralement évaluée entre 1,5 et 2,2 points, ce qui confère une excellente précision à la mesure individuelle et permet de définir un changement minimal détectable (Smallest Detectable Change – SDC à un niveau de confiance de 95 %) avoisinant les 4 à 5 points.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle sous-jacente de l’Oxford Hip Score a fait l’objet de vifs débats méthodologiques et de raffinements analytiques rigoureux au cours des trois dernières décennies.
Analyse factorielle exploratoire (AFE) et unifactorialité pratique
Dans l’approche psychométrique classique initiale, Dawson et collaborateurs ont conceptualisé l’OHS comme une échelle unidimensionnelle globale reflétant la « sévérité globale de l’atteinte de la hanche ». Les premières analyses factorielles exploratoires ont mis en exergue un facteur dominant unique expliquant plus de 50 à 60 % de la variance totale, sur lequel l’intégralité des 12 items présentait des saturations (factor loadings) substantielles supérieures à 0,60. Ce constat a justifié l’usage opérationnel universel d’un score unique additionné pour les besoins de la pratique clinique quotidienne et de la surveillance épidémiologique.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et structure bifactorielle
Toutefois, des investigations psychométriques plus poussées par analyse factorielle confirmatoire (AFC) ont démontré que les modèles bifactoriels s’ajustent statistiquement mieux aux données empiriques qu’un modèle strictement unidimensionnel. Deux facteurs corrélés émergent nettement :
- Facteur Douleur : Regroupant préférentiellement les items 1, 8, 9, 10, 11 et 12 (avec des saturations factorielles standardisées s’étendant de 0,68 à 0,86).
- Facteur Fonction / Activité physique : Regroupant préférentiellement les items 2, 3, 4, 5, 6 et 7 (saturations factorielles s’étalant de 0,62 à 0,89).
Les indices d’adéquation du modèle bifactoriel confirment un ajustement satisfaisant aux données : l’indice de comparaison de Bentler (Comparative Fit Index – CFI) excède fréquemment 0,95, l’indice de Tucker-Lewis (TLI) est supérieur à 0,94 et l’erreur quadratique moyenne d’approximation (Root Mean Square Error of Approximation – RMSEA) s’établit en dessous du seuil critique de 0,06 (généralement entre 0,042 et 0,058).
Analyses par la théorie de réponse aux items (TRI) et modèle de Rasch
Des analyses modernes conduites selon le modèle de Rasch (TRI) ont permis de tester le fonctionnement polytomique des échelles de notation. Bien que certains items présentent un léger chevauchement des seuils de transition de catégories (threshold disordering) dans de très larges cohortes hétérogènes, l’analyse de Rasch confirme globalement l’invariance de mesure à travers l’âge et le genre, l’absence de biais de fonctionnement différentiel d’item (DIF) majeur et l’adéquation de la mesure sur l’ensemble du continuum de sévérité pré- et postopératoire.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Dénomination officielle : Oxford Hip Score (OHS) / Score de hanche d’Oxford.
- Type d’évaluation : Questionnaire autorapporté par le patient (Patient-Reported Outcome Measure – PROM).
- Modalité d’administration : Auto-passation sur support papier-crayon, via terminal tactile/tablette numérique ou télédéclaration en ligne sécurisée.
- Durée de complétion : Environ 3 à 5 minutes.
- Nombre d’items : 12 questions fermées à choix unique.
- Période de rappel : Les quatre dernières semaines précédant l’évaluation (During the past 4 weeks).
- Domaines explorés : Douleur articulaire de hanche (intensité, paroxysme, douleur nocturne) et limitations fonctionnelles physiques (marche, habillage, hygiène, escaliers, transport, transferts posturaux).
- Échelle de réponse : 5-point Likert scale (modern scoring system: 0 to 4 per item, where 0 = severe symptoms/limitations and 4 = no symptoms/limitations; original 1996 scoring system: 1 to 5 per item, where 1 = least severe and 5 = most severe).
- Système de cotation contemporain standardisé (Dawson et al., 2007 ; Murray et al., 2007) :
- Chaque item est coté de 0 (symptômes les plus intenses / limitation maximale) à 4 (aucun symptôme / autonomie totale).
- Score total cumulé : Somme directe des 12 items, s’échelonnant de 0 à 48 points.
- Interprétation clinique des scores (0 à 48) :
- 0 à 19 points : Arthrose sévère de la hanche. Atteinte clinique et fonctionnelle majeure pouvant justifier une prise en charge chirurgicale urgente ou une réévaluation orthopédique approfondie.
- 20 à 29 points : Arthrose modérée à sévère. Répercussions fonctionnelles substantielles méritant une concertation médico-chirurgicale.
- 30 à 39 points : Arthrose légère à modérée. Atteinte fonctionnelle modérée, prise en charge médicale conservatrice souvent préconisée en première intention.
- 40 à 48 points : Excellente fonction articulaire. Symptômes minimes ou nuls, résultat opératoire hautement satisfaisant.
- Règle de gestion des données manquantes : Si 1 ou 2 items sont manquants sur les 12, il est d’usage d’imputer la valeur moyenne des items complétés. Si plus de 2 items font défaut (> 15 % de données manquantes), le questionnaire doit être considéré comme non valide et exclu du calcul du score final.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1996 (Université d’Oxford).
- Année de révision du système de cotation : 2007 (mise en place de la cotation standardisée 0 à 48).
- Détenteur des droits de propriété intellectuelle : Oxford University Innovation Ltd (OUI), filiale de valorisation technologique de l’Université d’Oxford, au nom des concepteurs originaux.
- Régime de licence et conditions d’accès :
- Recherche académique, pratique clinique individuelle et organisations à but non lucratif : L’accès au questionnaire et la licence d’utilisation sont généralement concédés à titre gratuit (royalty-free), sous réserve d’un enregistrement formel obligatoire auprès du portail de gestion des PROMs d’Oxford University Innovation (Clinical Outcomes).
- Usage commercial et études sponsorisées par l’industrie pharmaceutique ou de dispositifs médicaux : L’utilisation dans le cadre d’essais cliniques financés par des entreprises commerciales, ainsi que l’intégration du questionnaire dans des logiciels médicaux commerciaux payants, sont soumises au versement de redevances et à la signature d’un contrat de licence commercial préalable.
- Contact institutionnel pour l’obtention des versions officielles : Oxford University Innovation Ltd, Clinical Outcomes Team, Oxford, Royaume-Uni. Site internet officiel : https://innovation.ox.ac.uk.
12. Références / References
- Dawson, J., Fitzpatrick, R., Carr, A., & Murray, D. (1996). Questionnaire on the perceptions of patients about total hip replacement. Journal of Bone and Joint Surgery (British Volume), 78-B(2), 185–190. https://doi.org/10.1302/0301-620X.78B2.0780185
- Dawson, J., Fitzpatrick, R., & Murray, D. (2007). Questionnaire on the perceptions of patients about total knee replacement. Journal of Bone and Joint Surgery (British Volume), 80-B(1), 63–69. [Re-scoring methodology standardization note]. https://doi.org/10.1302/0301-620X.80B1.0800063
- Gosens, T., Hoefnagels, N. H., de Vet, H. C., Dhert, W. J., van Langelaan, E. J., & Bulstra, S. K. (2005). The « Oxford Heup Score »: The translation and validation of a questionnaire for patients undergoing total hip arthroplasty in the Netherlands. Acta Orthopaedica, 76(2), 204–211. https://doi.org/10.1080/00016470510030580
- Murray, D. W., Fitzpatrick, R., Rogers, K., Pandit, H., Beard, D. J., Carr, A. J., & Dawson, J. (2007). The use of the Oxford hip and knee scores. The Journal of Bone and Joint Surgery. British Volume, 89-B(8), 1010–1014. https://doi.org/10.1302/0301-620X.89B8.19424
- Judge, A., Arden, N. K., Kiran, A., Price, A., Javaid, M. K., Beard, D., Murray, D., & Field, R. E. (2012). Interpretation of the Oxford Knee Score and Oxford Hip Score for UK primary care: A cross-sectional study. BMJ Open, 2(1), e000545. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2011-000545
- Jenny, J. Y., & Diesinger, Y. (2012). Validation of a French version of the Oxford Hip Score in patients undergoing total hip replacement. Orthopaedics & Traumatology: Surgery & Research, 98(4), 384–388. https://doi.org/10.1016/j.otsr.2012.01.009
- Beard, D. J., Harris, K., Dawson, J., Doll, H., Murray, D. W., Carr, A. J., & Fitzpatrick, R. (2015). Meaningful changes for the Oxford Hip and Knee Scores after joint replacement surgery. The Journal of Clinical Epidemiology, 68(1), 73–79. https://doi.org/10.1016/j.jclinepi.2014.08.009
- Harris, W. H. (1969). Traumatic arthritis of the hip after dislocation and acetabular fractures: Treatment by mold arthroplasty. An end-result study using a new method of result evaluation. The Journal of Bone and Joint Surgery. American Volume, 51(4), 737–755. https://doi.org/10.2106/00004623-196951040-00012
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale: 5-point Likert scale (modern scoring system: 0 to 4 per item, where 0 = severe symptoms/limitations and 4 = no symptoms/limitations; original 1996 scoring system: 1 to 5 per item, where 1 = least severe and 5 = most severe)
- During the past 4 weeks, how would you describe the pain you usually had from your hip?
- During the past 4 weeks, have you had any trouble with washing and drying yourself (all over) because of your hip?
- During the past 4 weeks, have you had any trouble getting in and out of a car or using public transport because of your hip? (whichever you tend to use)
- During the past 4 weeks, have you been able to put on a pair of socks, stockings or tights?
- During the past 4 weeks, could you do the household shopping on your own?
- During the past 4 weeks, for how long have you been able to walk before pain from your hip becomes severe? (with or without a walking aid)
- During the past 4 weeks, have you been able to climb a flight of stairs?
- During the past 4 weeks, after a meal (sitting at a table), how painful has it been for you to stand up from a chair because of your hip?
- During the past 4 weeks, have you been limping when walking, because of your hip?
- During the past 4 weeks, have you had any sudden, severe pain – ‘shooting’, ‘stabbing’ or ‘spasms’ – from the affected hip?
- During the past 4 weeks, how much has pain from your hip interfered with your usual work (including housework)?
- During the past 4 weeks, have you been troubled by pain from your hip in bed at night?