1. Résumé / Abstract
Le Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders – Child Version (SCARED-Enfant) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour identifier, dépister et évaluer la sévérité des troubles anxieux chez les enfants et adolescents âgés de 8 à 18 ans. Développé initialement par le Dr Boris Birmaher et ses collaborateurs au sein du Western Psychiatric Institute and Clinic de l’Université de Pittsburgh (1997, 1999), le SCARED a été élaboré pour pallier le manque d’outils pédiatriques standardisés alignés sur les critères nosographiques du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV et DSM-5). L’instrument comprend 41 items évalués sur une échelle de cotation ordinale en trois points (0 = « Non vrai ou presque jamais vrai », 1 = « Un peu vrai ou parfois vrai », 2 = « Très vrai ou souvent vrai »), invitant le jeune à apprécier ses ressentis au cours des trois derniers mois.
L’architecture factorielle du SCARED s’articule autour de cinq dimensions cliniques distinctes : (1) le trouble panique et les symptômes somatiques significatifs (13 items), (2) le trouble d’anxiété généralisée (9 items), (3) l’anxiété de séparation (8 items), (4) la phobie sociale ou anxiété sociale (7 items), et (5) l’évitement scolaire significatif ou refus scolaire anxieux (4 items). La somme globale des scores oscille entre 0 et 82 points. Un score seuil clinique établi à 25 ou plus oriente fortement vers la présence d’un trouble anxieux caractérisé, nécessitant une évaluation diagnostique approfondie. Chacune des sous-échelles dispose également de seuils d’alerte spécifiques dotés d’une excellente sensibilité (généralement supérieure à 70-80 %) et d’une spécificité clinique rigoureuse.
Sur le plan métrologique, le SCARED-Enfant présente une cohérence interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,89 et 0,93 pour l’échelle globale, et entre 0,70 et 0,89 pour les cinq sous-échelles, tant dans les cohortes cliniques que dans les échantillons en population générale. Sa validité convergente est démontrée par de fortes corrélations avec d’autres échelles d’anxiété pédiatrique (telles que le RCMAS et le MASC), tandis que sa validité discriminante permet de différencier avec précision les troubles anxieux des troubles dépressifs majeurs, des troubles du comportement et des troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Conçu pour être complété en complémentarité avec la version hétéro-évaluée destinée aux parents (SCARED-Parent), cet outil constitue une référence internationale incontournable tant dans la recherche translationnelle en psychopathologie développementale que dans la pratique pédopsychiatrique et psychologique quotidienne.
2. Mots-clés / Keywords
SCARED, anxiété infantile, psychopathologie développementale, pédopsychiatrie, évaluation psychométrique, trouble panique, anxiété généralisée, anxiété de séparation, phobie sociale, refus scolaire, auto-évaluation pédiatrique, validation transculturelle.
3. Auteurs / Authors
Le développement du questionnaire SCARED (Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders) est le fruit des travaux de recherche translationnelle conduits au milieu des années 1990 au département de psychiatrie de l’école de médecine de l’Université de Pittsburgh (Western Psychiatric Institute and Clinic, Pennsylvanie, États-Unis) :
- Boris Birmaher, M.D. : Professeur émérite de psychiatrie pédiatrique, titulaire de la chaire dotée Endowed Chair in Pediatric Psychiatry à l’Université de Pittsburgh. Clinicien-chercheur de renommée mondiale spécialisé dans les troubles de l’humeur et les troubles anxieux chez les jeunes.
- David A. Brent, M.D. : Professeur de psychiatrie, de pédiatrie et d’épidémiologie à l’Université de Pittsburgh, expert international de la dépression infantile, des conduites suicidaires de l’adolescent et de la psychopharmacologie clinique.
- Sona Khetarpal, M.D. : Chercheuse et pédopsychiatre clinicienne, co-conceptrice des versions initiales de l’outil à l’Université de Pittsburgh.
- Marianne Cully, M.Ed., L. Balach, M.S., Joan Kaufman, Ph.D., Sharon M. Neer, B.S., Sandra McKenzie, M.D., Lisa Chiappetta, Ph.D., Jeffrey Bridge, Ph.D., Suneeta Monga, M.D., et Melanie Baugher, M.S. : Équipe multidisciplinaire de biostatisticiens, psychologues cliniciens et psychiatres ayant contribué aux phases d’échantillonnage, de modélisation factorielle, de validation croisée et de standardisation psychométrique.
4. Objectif / Purpose
L’évaluation des troubles anxieux chez l’enfant et l’adolescent représente l’un des défis majeurs de la psychopathologie contemporaine. Bien que les manifestations anxieuses constituent le groupe de troubles psychiatriques le plus prévalent au cours de la période infanto-juvénile (avec des taux de prévalence vie entière estimés entre 15 % et 32 %), ces états de détresse psychologique demeurent fréquemment sous-diagnostiqués et insuffisamment pris en charge. Plusieurs barrières structurales expliquent cette invisibilité clinique : la nature internalisée des symptômes, la tendance des enfants à dissimuler leurs préoccupations par crainte de stigmatisation ou par manque d’accès au métalangage émotionnel, et la propension des adultes à banaliser l’anxiété en la réduisant à des « phases développementales passagères » ou à des manifestations de mauvaise volonté.
Dans ce contexte, la conception du SCARED répond à un triple objectif épistémologique et clinique :
- Fournir un instrument d’évaluation diagnostique préliminaire rapide et multidimensionnel : Contrairement aux instruments unidimensionnels historiques tels que la Revised Children’s Manifest Anxiety Scale (RCMAS) ou la State-Trait Anxiety Inventory for Children (STAIC), qui quantifient une intensité anxieuse globale sans catégorisation sémiologique précise, le SCARED a été explicitement architecturé pour cartographier les entités diagnostiques majeures répertoriées dans le DSM : le trouble panique (avec composante somatique), l’anxiété généralisée, l’anxiété de séparation et la phobie sociale, tout en intégrant une dimension clinique cruciale en milieu scolaire : l’évitement ou le refus scolaire anxieux.
- Optimiser le dépistage de première ligne en médecine pédiatrique et générale : Dans les structures de soins primaires, les consultations de médecine générale ou de pédiatrie ambulatoire, les enfants anxieux consultent très souvent pour des plaintes somatiques inexpliquées (algies abdominales récurrentes, céphalées de tension, nausées matinales, tachycardie fonctionnelle). Le SCARED permet aux praticiens d’objectiver en moins de dix minutes l’existence d’une étiologie anxieuse sous-jacente et d’orienter vers une consultation pédopsychiatrique ciblée.
- Mesurer l’efficacité thérapeutique et la trajectoire longitudinale des symptômes : En recherche clinique et en pratique psychothérapeutique (notamment dans le cadre des thérapies cognitivo-comportementales ou des protocoles pharmacologiques par inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), le SCARED offre une sensibilité élevée au changement. Il permet d’administrer des passations répétées au fil du traitement pour monitorer l’extinction des symptômes cibles et déceler d’éventuelles rechutes.
Par ailleurs, la disponibilité conjointe d’une version pour l’enfant et d’une version pour les parents permet de confronter les perspectives informateurs multiples (multi-informant assessment), un impératif méthodologique désormais reconnu comme indispensable pour dresser un tableau clinique exhaustif en psychiatrie de l’enfant.
5. Construit psychologique / Construct
Le SCARED opérationnalise l’anxiété pédiatrique non pas comme une entité monolithique indifférenciée, mais comme une constellation de syndromes distincts partageant un noyau commun d’hyperactivation affective et neurovégétative, tout en se différenciant par leurs déclencheurs cognitifs, relationnels et contextuels. Les 41 items s’articulent autour de cinq sous-construits théoriques rigoureusement définis :
1. Trouble panique et symptômes somatiques significatifs (Panic Disorder / Somatic Symptoms – 13 items)
Cette sous-échelle (items 1, 6, 9, 12, 15, 18, 19, 22, 24, 27, 30, 34, 38) capture l’expérience viscérale, catastrophique et paroxystique de l’angoisse. Elle regroupe les manifestations neurovégétatives aiguës régies par l’hyperréactivité du système nerveux sympathique : dyspnée subjective (« hard to breathe »), sensation d’étouffement (« choking »), palpitations tachycardiques (« my heart beats fast »), sueurs profuses (« sweat a lot »), tremblements (« shaky »), vertiges et présyncope (« feel dizzy », « passing out »), et nausées (« feel like throwing up »). Elle intègre simultanément les manifestations cognitives de déréalisation (« feel like things are not real »), la peur de perdre le contrôle (« going crazy »), la terreur sans objet (« frightened for no reason at all ») et l’anxiété anticipatoire spécifique relative à la récurrence des attaques de panique (item 30).
2. Trouble d’anxiété généralisée (Generalized Anxiety Disorder – 9 items)
Cette dimension (items 5, 7, 14, 21, 23, 28, 33, 35, 37) explore l’anxiété libre, diffuse et chronique caractérisée par des processus cognitifs de rumination et d’appréhension incontrôlable. Les items évaluent l’inquiétude excessive portant sur des domaines de vie variés : anticipation catastrophique de l’avenir (« worry about what is going to happen in the future »), ressassement d’événements passés (« worry about things that have already happened »), exigences de perfectionnisme et d’auto-évaluation (« worry about how well I do things », « worry about being as good as other kids »), quête continue de réassurance sociale (« worry about other people liking me ») et sentiment subjectif global d’être tendu, nerveux et incapable de relâcher la vigilance (« I am a worrier », « I am nervous »).
3. Trouble d’anxiété de séparation (Separation Anxiety Disorder – 8 items)
Centrée sur les liens d’attachement primaire, cette sous-échelle (items 4, 8, 13, 16, 20, 25, 29, 31) opérationnalise la détresse excessive et développementalement inappropriée déclenchée par la séparation physique réelle ou anticipée d’avec les figures d’attachement (généralement les parents). Elle inclut les peurs intrusives d’accidents mortels ou de malheurs frappant les parents (« worry that something bad might happen to my parents ») ou l’enfant lui-même (« nightmares about something bad happening to me »), les comportements d’agrippement et de collage (« follow my mother or father wherever they go »), l’angoisse de rester seul au domicile familial (« afraid to be alone in the house »), et l’incapacité à dormir seul ou hors de la maison (« worry about sleeping alone », « scared if I sleep away from home »).
4. Phobie sociale / Trouble d’anxiété sociale (Social Anxiety Disorder – 7 items)
Cette sous-échelle (items 3, 10, 26, 32, 39, 40, 41) mesure la peur persistante et invalidante des situations interpersonnelles dans lesquelles l’enfant est exposé au regard d’autrui ou risque d’être jugé négativement, humilié ou rejeté. Les items ciblent à la fois la timidité généralisée et l’inhibition face à des personnes non familières (« feel shy with people I don’t know well », « hard for me to talk to people I don’t know well »), l’angoisse de performance lors de tâches publiques (« read aloud, speak, play a game, play a sport » sous le regard des pairs ou des adultes), et l’évitement des rassemblements sociaux collectifs (« parties, dances, or school events »).
5. Évitement scolaire significatif (Significant School Avoidance – 4 items)
Souvent conceptualisée historiquement sous le terme de phobie scolaire ou de refus scolaire anxieux, cette dimension (items 2, 11, 17, 36) explore les symptômes directement liés au contexte éducatif. Elle associe une peur affective explicite d’aller à l’école (« scared to go to school », « worry about going to school ») à la somatisation réactionnelle survenant exclusivement ou principalement dans l’enceinte de l’établissement scolaire (« headaches when I am at school », « stomachaches at school »), signalant une détresse environnementale aiguë nécessitant une intervention conjointe de la famille et de l’école.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise théorique du SCARED s’inscrit au carrefour de la psychopathologie développementale (Cicchetti & Cohen), des théories cognitives de l’anxiété (Beck, Clark & Watson) et de la théorie de l’attachement formulée par John Bowlby.
Le modèle tripartite de Clark et Watson et l’affect négatif
Sur le plan structural, le SCARED s’appuie implicitement sur le modèle tripartite des émotions développé par Clark et Watson (1991). Ce paradigme postule que l’anxiété et la dépression partagent un socle tempéramental commun d’« affect négatif » élevé (défini par une propension à la détresse subjective, à l’irritabilité et à la vulnérabilité au stress), mais se distinguent radicalement par deux composantes spécifiques :
- La dépression est caractérisée par un niveau effondré d’« affect positif » (anhédonie, perte d’énergie, désespoir).
- L’anxiété se caractérise par une hyperactivité neurovégétative (physiological hyperarousal), matérialisée par l’activation du système d’alerte biologique autonome (tachycardie, tachypnée, hypersudation, contractures musculaires).
La sous-échelle Trouble panique/symptômes somatiques du SCARED incarne de manière éclatante cette hyperactivation physiologique, fournissant un indicateur hautement spécifique de la dysrégulation sympathique propre aux troubles anxieux graves, prévenant ainsi la confusion clinique avec les troubles affectifs unilatéraux.
Le modèle cognitif du traitement de l’information (Beck, Clark)
Les dimensions d’anxiété généralisée et d’anxiété sociale reposent sur les modèles cognitifs de Beck (1985). Selon ce cadre conceptuel, les individus anxieux présentent des schémas dysfonctionnels précoces caractérisés par une surestimation systématique de la probabilité et de la gravité des menaces potentielles, couplée à une sous-estimation dramatique de leurs propres capacités d’adaptation et de maîtrise (coping). Chez l’enfant, cela se traduit par des biais d’attention sélective envers les stimuli menaçants et des interprétations catastrophistes de situations ambiguës (par exemple, interpréter le regard d’un pair comme un signal certain de rejet ou de mépris).
La théorie de l’attachement et l’éthologie humaine (Bowlby)
La sous-échelle d’anxiété de séparation s’enracine directement dans l’éthologie et la théorie de l’attachement de John Bowlby (1973). Bowlby a démontré que la proximité physique et émotionnelle avec la figure de soins primaire (le donneur de soins ou caregiver) constitue un mécanisme d’adaptation évolutif essentiel à la survie du petit d’homme. Lorsque l’homéostasie du système d’attachement est rompue — par insécurité relationnelle, traumatisme de perte, ou sensibilité biologique exacerbée —, l’enfant active un comportement d’alarme intense et prolongé. Le SCARED formalise les manifestations comportementales et imaginaires de cette perturbation de la base de sécurité (refus de s’éloigner, cauchemars d’abandon, angoisse nocturne).
La nosologie critériologique du DSM-IV
Enfin, le SCARED s’est appuyé sur la révolution opérationnelle du DSM-IV (APA, 1994). Avant sa publication, les échelles pédiatriques agrégent les symptômes sans correspondance sémiologique précise avec les catégories nosologiques établies. Birmaher et ses collègues ont voulu combler cet écart en modélisant un instrument dont les sous-échelles répliquent les frontières nosologiques officielles des troubles anxieux pédiatriques de l’époque, architecture qui conserve toute sa pertinence avec le DSM-5 (dans lequel l’anxiété de séparation et le mutisme sélectif sont pleinement réintégrés au chapitre des troubles anxieux généraux).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du SCARED-Enfant a été établie à travers de multiples études empiriques longitudinales, transversales et méta-analytiques au sein de populations diversifiées (Birmaher et al., 1997, 1999 ; Muris et al., 2002 ; Hale et al., 2011).
Validité discriminante et diagnostique
Dans l’étude princeps de Birmaher et al. (1997) portant sur 141 enfants et adolescents psychiatriques ambulatoires et 54 volontaires communautaires sains, le SCARED a démontré une capacité remarquable à discriminer :
- Les enfants souffrant de troubles anxieux de ceux sans pathologie psychiatrique (p < 0,001).
- Les enfants présentant un trouble anxieux de ceux consultant pour un trouble dépressif caractérisé isolé, un trouble des conduites ou un TDAH.
Dans l’étude de réplication menée par Birmaher et al. (1999) auprès de 190 enfants et adolescents (45 avec diagnostic clinique de trouble anxieux confirmé par interview structurée DISC, et 145 présentant d’autres troubles psychiatriques), le score total moyen des enfants anxieux était de 36,1 (± 17,3), contre seulement 20,7 (± 13,1) chez les jeunes présentant d’autres troubles non anxieux. De plus, les sous-échelles présentaient une validité différentielle intra-anxieuse remarquable :
- Les enfants diagnostiqués avec un trouble panique obtenaient un score moyen à la sous-échelle Somatique/Panique de 14,6 (± 6,4), significativement supérieur à celui des enfants présentant d’autres troubles anxieux (8,2 ± 6,1).
- Les enfants avec un trouble d’anxiété de séparation obtenaient un score moyen de séparation de 8,9 (± 4,1) contre 4,6 (± 3,6) pour les autres enfants anxieux.
- Les sujets souffrant d’une phobie sociale présentaient une moyenne de 11,1 (± 3,4) sur la sous-échelle sociale, contre 6,9 (± 3,9) pour leurs pairs anxieux sans phobie sociale.
Dans un échantillon communautaire normatif de 521 adolescents âgés de 12 à 18 ans étudié par Muris et al. (2002), le score total moyen s’élevait à 16,1 (± 12,6), illustrant la démarcation nette avec les populations cliniques.
Analyses par courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) et seuils d’efficacité
Les analyses ROC conduites par les développeurs ont permis de fixer le seuil clinique global optimal à 25 points. À ce seuil :
- La sensibilité globale pour la détection d’un trouble anxieux s’établit à 71 % dans l’échantillon clinique de réplication de Birmaher et al. (1999), et dépasse 80 % lorsqu’il est combiné à l’évaluation des parents.
- La spécificité s’élève à 71 % face à d’autres pathologies psychiatriques actives (dépression, troubles disruptifs), et dépasse 88 % lorsqu’elle est mesurée face à des témoins sains de la population générale.
- L’aire sous la courbe (AUC) excède systématiquement 0,82 pour l’échelle globale et les sous-échelles spécifiques.
Validité convergente et divergente
La validité convergente du SCARED est corroborée par de fortes corrélations positives avec d’autres échelles validées évaluant l’anxiété pédiatrique :
- Corrélation élevée avec la Revised Children’s Manifest Anxiety Scale (RCMAS) : r = 0,78 à 0,86 (Birmaher et al., 1997 ; Muris et al., 2002).
- Corrélation substantielle avec la sous-échelle d’anxiété/dépression du Child Behavior Checklist (CBCL) : r = 0,65.
- Validité divergente attestée par des corrélations modérées à faibles avec les scores d’agressivité et de délinquance de la CBCL (r < 0,25) et les mesures de symptômes externalisés du TDAH.
8. Fidélité / Reliability
L’exactitude métrologique et la stabilité temporelle du SCARED-Enfant ont été attestées par une convergence de résultats statistiques rigoureux issus d’études épidémiologiques et cliniques internationales.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Omega de McDonald)
La cohérence interne globale de l’instrument s’avère excellente. Dans l’échantillon clinique original de Birmaher et al. (1999) comme dans les méta-analyses transculturelles ultérieures (Hale et al., 2011, portant sur plus de 25 000 participants dans 18 pays) :
- Score total (41 items) : α = 0,89 à 0,93 en milieu clinique ; α = 0,90 à 0,92 en milieu scolaire général.
- Sous-échelle Trouble panique / Somatique (13 items) : α = 0,85 à 0,89.
- Sous-échelle Anxiété généralisée (9 items) : α = 0,79 à 0,87.
- Sous-échelle Anxiété de séparation (8 items) : α = 0,70 à 0,81.
- Sous-échelle Phobie sociale (7 items) : α = 0,78 à 0,85.
- Sous-échelle Évitement scolaire (4 items) : α = 0,60 à 0,74 (ce coefficient plus modeste étant directement imputable au faible nombre d’items constituant cette sous-dimension).
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fiabilité test-retest du SCARED a été éprouvée sur divers intervalles d’administration :
- Sur un intervalle court de 1 à 2 semaines chez des enfants cliniques stabilisés, le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) du score total varie de 0,82 à 0,90 (Birmaher et al., 1997, 1999), démontrant une très bonne stabilité des scores en l’absence d’intervention thérapeutique active.
- Sur un suivi à moyen terme (5 semaines), Muris et al. (2002) rapportent des coefficients test-retest oscillant entre r = 0,70 et r = 0,81 pour les différentes sous-échelles au sein d’une cohorte scolaire non clinique.
Concordance inter-informateurs (Enfant vs. Parent)
Les investigations psychométriques révèlent de manière constante des corrélations modérées entre les déclarations des enfants et celles de leurs parents (r variant généralement entre 0,32 et 0,55 selon les sous-échelles). Cette concordance modérée n’est pas le reflet d’une déficience psychométrique de l’outil, mais traduit un phénomène clinique universel en pédopsychiatrie : les parents ont tendance à mieux repérer les comportements observables (évitement scolaire, anxiété de séparation, agitation motrice), tandis que les enfants rapportent avec plus de précision les vécus internalisés subjectifs, les ruminations cognitives et les micro-sensations somatiques de panique. Ce constat réaffirme l’impérieuse nécessité de colliger conjointement les versions Enfant et Parent.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle du SCARED a fait l’objet d’analyses exploratoires approfondies suivies de multiples validations confirmatoires à l’échelle planétaire.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) initiales
Dans l’étude de dérivation initiale, Birmaher et al. (1997) ont appliqué une analyse en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) et oblique (Promax) sur un pool initial d’items administré à des enfants et parents. Ces travaux ont extrait cinq facteurs robustes représentant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0 et expliquant une part prépondérante de la variance totale :
- Facteur 1 (Symptômes somatiques / Panique) : Saturations factorielles élevées (0,52 à 0,78) pour les items de détresse physiologique aiguë (palpitations, difficultés respiratoires, impressions de déréalisation).
- Facteur 2 (Anxiété généralisée) : Saturations comprises entre 0,45 et 0,73 pour les items de soucis diffus, d’inquiétude de performance et de perfectionnisme.
- Facteur 3 (Anxiété de séparation) : Saturations nettes (0,48 à 0,75) pour les items impliquant l’éloignement parental et la peur d’être seul.
- Facteur 4 (Phobie sociale) : Saturations situées entre 0,55 et 0,81 pour les items décrivant la gêne, l’inhibition et la peur de s’exprimer devant des inconnus ou des groupes.
- Facteur 5 (Évitement scolaire) : Bien que composé de seulement quatre items, ce facteur s’isolait clairement avec des saturations oscillant entre 0,58 et 0,82, sans contamination factorielle croisée excessive avec les autres dimensions.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et méta-analyse transculturelle
La validité structurelle du modèle à cinq facteurs a été examinée via des modélisations par équations structurelles (SEM). Dans la méta-analyse structurale de grande envergure conduite par Hale, Crocetti, Raaijmakers et Meeus (2011), regroupant des études réalisées aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Italie, en Belgique, en Allemagne, en Chine et en Afrique du Sud :
- Le modèle à 5 facteurs intercorrélés s’est révélé systématiquement supérieur à un modèle unidimensionnel ou à un modèle hiérarchique à facteur général unique.
- Les indices d’ajustement globaux satisfont aux critères méthodologiques les plus rigoureux : Comparative Fit Index (CFI) ≥ 0,93, Tucker-Lewis Index (TLI) ≥ 0,92, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) compris entre 0,041 et 0,055 (avec un intervalle de confiance à 90 % très resserré).
- L’invariance de mesure (invariance métrique et scalaire) a été confirmée à travers les genres (garçons vs. filles) et les tranches d’âge (enfants de 8-11 ans vs. adolescents de 12-18 ans), bien que les filles et les enfants plus jeunes affichent des moyennes latentes structurellement plus élevées sur l’anxiété de séparation et l’anxiété généralisée.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders – Child Version (SCARED-Child).
- Nom en français : Dépistage des troubles émotionnels liés à l’anxiété chez l’enfant – Version enfant (SCARED Enfant).
- Format d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation individuel papier-crayon ou numérique administré directement à l’enfant ou à l’adolescent.
- Tranche d’âge cible : 8 à 18 ans. Pour les enfants âgés de 8 à 11 ans, il est explicitement recommandé qu’un clinicien ou un adulte référent soit présent pour expliciter les termes complexes et s’assurer de la bonne compréhension des énoncés métacognitifs.
- Période de référence clinique : Les 3 derniers mois écoulés.
- Durée de passation : Environ 8 à 12 minutes.
- Nombre total d’items : 41 énoncés formulés à la première personne du singulier.
- Échelle de cotation ordinale (format de réponse) : Échelle de type Likert en 3 points :
- 0 = Not True or Hardly Ever True (Non vrai ou presque jamais vrai)
- 1 = Somewhat True or Sometimes True (Un peu vrai ou parfois vrai)
- 2 = Very True or Often True (Très vrai ou souvent vrai)
- Cotation et inversion des items : L’ensemble des 41 items est coté de manière directe (0, 1 ou 2). Il n’existe aucun item inversé dans le SCARED.
- Calcul du score total et seuil critique : La somme globale s’étend de 0 à 82 points.
- Score total ≥ 25 : Indique une probabilité clinique très élevée de trouble anxieux caractérisé (seuil d’alerte diagnostique). Un percentile de 50 par rapport à une cohorte clinique anxieuse correspond approximativement au 95e percentile d’une cohorte communautaire normale.
- Sous-échelles et seuils cliniques spécifiques :
- Trouble panique ou symptômes somatiques significatifs : Items 1, 6, 9, 12, 15, 18, 19, 22, 24, 27, 30, 34, 38 (13 items, score 0-26). Seuil clinique ≥ 7.
- Trouble d’anxiété généralisée : Items 5, 7, 14, 21, 23, 28, 33, 35, 37 (9 items, score 0-18). Seuil clinique ≥ 9.
- Trouble d’anxiété de séparation : Items 4, 8, 13, 16, 20, 25, 29, 31 (8 items, score 0-16). Seuil clinique ≥ 5.
- Phobie sociale / Anxiété sociale : Items 3, 10, 26, 32, 39, 40, 41 (7 items, score 0-14). Seuil clinique ≥ 8.
- Évitement scolaire significatif : Items 2, 11, 17, 36 (4 items, score 0-8). Seuil clinique ≥ 3.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le questionnaire SCARED a été initialement conceptualisé et mis à l’épreuve clinique en 1995, avant de faire l’objet de ses publications scientifiques princeps dans le Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry en 1997 et 1999.
Statut légal, propriété intellectuelle et gratuité : Les créateurs du SCARED, sous l’égide de l’Université de Pittsburgh (Western Psychiatric Institute and Clinic), ont délibérément placé l’instrument dans le domaine public académique afin d’encourager son utilisation la plus large possible par les chercheurs, les pédopsychiatres, les psychologues scolaires et les professionnels de santé mentale à travers le monde. En conséquence :
- Droits d’utilisation et tarifs : L’accès au test est totalement gratuit (free of charge). Aucun paiement de redevance (royalty) ni achat de licence commerciale n’est exigé pour l’administration clinique individuelle, l’enseignement universitaire ou les recherches non commerciales.
- Conditions de reproduction : Les utilisateurs sont autorisés à reproduire et diffuser le questionnaire à condition de respecter scrupuleusement l’intégrité rédactionnelle des 41 items et de mentionner explicitement la paternité intellectuelle des auteurs (Birmaher et al., 1995, 1997, 1999).
- Exploitation commerciale et intégrations logicielles privées : Toute inclusion de l’échelle au sein de plateformes numériques commerciales payantes ou d’éditions d’évaluation psychométrique propriétaires nécessite l’autorisation formelle expresse de l’Université de Pittsburgh et des auteurs titulaires des droits originels.
12. Références / References
- Birmaher, B., Khetarpal, S., Cully, M., Brent, D. A., & McKenzie, S. (1995). The Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders (SCARED). Western Psychiatric Institute and Clinic, University of Pittsburgh.
- Birmaher, B., Khetarpal, S., Brent, D., Cully, M., Balach, L., Kaufman, J., & Neer, S. M. (1997). The Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders (SCARED): Scale construction and psychometric characteristics. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 36(4), 545–553. https://doi.org/10.1097/00004583-199704000-00018
- Birmaher, B., Brent, D. A., Chiappetta, L., Bridge, J., Monga, S., & Baugher, M. (1999). Psychometric properties of the Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders (SCARED): A replication study. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 38(10), 1230–1236. https://doi.org/10.1097/00004583-199910000-00011
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