1. Résumé / Abstract
L’échelle d’évaluation de la satisfaction subjective et du stress au travail et dans la profession (initialement développée en langue allemande sous l’intitulé Fragebogen zur Erfassung der subjektiven Belastung und Unzufriedenheit im beruflichen Bereich par Weyer, Hodapp et Neuhäuser en 1980, puis validée et répliquée par Giegler en 1984 et 1985) constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation structuré autour de l’analyse conjointe du bien-être et des contraintes professionnelles. Ce questionnaire a été élaboré en s’appuyant sur le modèle transactionnel du stress postulé par Richard Lazarus (1966). Il a pour vocation fondamentale d’appréhender la dynamique psychologique par laquelle les individus évaluent subjectivement leurs conditions de travail, la charge perçue, la qualité des relations interpersonnelles et l’épanouissement professionnel global.
Dans sa forme opérationnelle standardisée et validée selon les préceptes de la théorie de la réponse aux items (IRT), l’instrument comporte 30 items répartis sur trois dimensions fondamentales :
- Arbeits- und Berufszufriedenheit (ABZ) : la satisfaction professionnelle et vocationnelle (10 items) ;
- Positives Betriebsklima (BK) : le climat d’entreprise et les relations socioprofessionnelles (9 items) ;
- Arbeits- und Berufsbelastung (ABL / ABB) : la charge, la tension et l’astreinte professionnelles subjectives (11 items).
Chaque énoncé fait l’objet d’un format de réponse dichotomique (« stimmt » / correspond vs « stimmt nicht » / ne correspond pas), réduisant considérablement la variance d’erreur associée aux biais de réponse extrêmes ou centraux sur échelles de cotation graduelle. D’un point de vue psychométrique, l’outil se distingue par sa conformité rigoureuse au modèle de Rasch (1960), une propriété rare dans les inventaires traditionnels de santé au travail. Cette propriété confère aux scores bruts une convertibilité directe en paramètres de personnes (logits) sur une échelle d’intervalle invariante. La cohérence interne globale de l’outil est remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre .93 et .94 selon les sous-échelles. L’adéquation aux exigences de Rasch a été démontrée par des tests de déviance du chi-deux basés sur la méthode de scission sous-groupale de Fischer et Scheiblechner (1970), attestant une excellente invariance de mesure.
2. Mots-clés / Keywords
Satisfaction au travail, stress professionnel, climat organisationnel, modèle transactionnel de Lazarus, modèle de Rasch, psychométrie du travail, charge mentale, évaluation subjective, santé au travail, théorie de la réponse aux items, épuisement professionnel, relations professionnelles.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue à l’origine par une équipe de chercheurs pionniers en psychologie clinique, psychologie différentielle et psychométrie appliquée de l’Université de Mayence (Johannes Gutenberg-Universität Mainz) et de l’Université de Wurtzbourg en Allemagne fédérale :
- G. Weyer : Psychologue chercheur spécialisé dans la modélisation psychophysiologique du stress et le développement de batteries de tests psychométriques standardisés.
- Volker Hodapp : Professeur émérite en psychologie différentielle et méthodologie de l’évaluation psychologique, auteur de multiples travaux fondateurs sur l’anxiété de performance, le stress au travail et l’analyse de données multivariées.
- B. Neuhäuser : Chercheur en psychologie appliquée et psychologie de la santé au travail, contributeur aux premières conceptualisations opérationnelles de la charge de travail perçue.
- Helmut Giegler : Sociologue et méthodologue quantitatif ayant apporté des contributions majeures à la validation croisée, à l’analyse factorielle basée sur les corrélations tétrachoriques et à la réplication empirique de l’instrument sur des échantillons représentatifs de travailleurs actifs (1984, 1985).
Les données historiques ne mentionnent aucune adresse électronique contemporaine institutionnelle accessible publiquement pour les concepteurs de l’outil.
4. Objectif / Purpose
L’instrument de mesure de la satisfaction subjective et du stress au travail et dans la profession a été développé pour pallier une insuffisance critique observée dans la littérature psychologique des années 1970 et 1980 : la surreprésentation d’indicateurs objectifs ou purement comportementaux (temps de travail, rendement quantitatif, taux d’absentéisme) au détriment de l’évaluation subjective et cognitive des facteurs de stress et d’épanouissement. Conformément au paradigme cognitiviste, deux individus soumis à des contraintes physiques et temporelles strictement identiques peuvent développer des niveaux de détresse psychologique ou de satisfaction professionnelle radicalement opposés. L’objectif premier de cette échelle est donc de quantifier la réaction cognitive et émotionnelle médiatisée de l’individu face à son environnement de travail.
Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée en psychologie du travail et des organisations, l’échelle poursuit plusieurs buts majeurs :
- Mesure simultanée des valences positives et négatives : Dépasser la vision réductionniste qui conçoit la satisfaction comme l’absence de stress. L’échelle démontre que la satisfaction professionnelle, le climat social et la charge de travail constituent des dimensions orthogonales ou partiellement indépendantes pouvant coexister au sein d’un même profil individuel.
- Fourniture d’une échelle métrique invariante : Rendre possible la comparaison interindividuelle et intra-individuelle au moyen du modèle de Rasch, permettant d’échapper aux biais d’ordinalité des échelles de type Likert conventionnelles.
- Prévention des risques psychosociaux (RPS) : Identifier précocement les foyers de détérioration du climat social d’entreprise et les surcharges cognitives ou émotionnelles chroniques avant qu’elles ne se cristallisent sous forme d’épuisement professionnel (burnout), de pathologies cardiovasculaires ou de dépression liée au travail.
Sur le plan pratique et clinique, l’inventaire sert d’outil d’audit diagnostique dans les services de santé au travail, lors de bilans de compétences professionnelles, d’enquêtes d’ambiance organisationnelle ou lors d’interventions de restructuration d’entreprise. Il permet de discriminer si l’inconfort d’un salarié découle de la nature intrinsèque de ses tâches (sous-échelle ABZ), d’une dysharmonie groupale au sein de l’équipe (sous-échelle BK) ou d’une disproportion insurmontable entre les exigences temporelles/intellectuelles et ses ressources disponibles (sous-échelle ABL).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré englobe le fonctionnement psychologique au travail à travers une modélisation tripartite intégrée. Initialement développé pour couvrir un spectre de 60 énoncés préliminaires s’inspirant des travaux pionniers de Neuberger et Allerbeck (1978) sur le profil de satisfaction au travail (Arbeits-Beschreibungs-Bogen), le modèle final extrait trois dimensions stables, homogènes et cumulatives.
1. Satisfaction professionnelle et vocationnelle (Arbeits- und Berufszufriedenheit – ABZ)
Cette dimension de 10 items capture l’attitude affective et cognitive globale du travailleur envers son activité, ses missions courantes et son sentiment d’utilité et de compétence. Elle évalue l’intérêt intrinsèque ressenti face au métier (« Ich habe einen wirklich interessanten Beruf »), le sentiment d’accomplissement personnel (« Nach getaner Arbeit habe ich doch öfter das Gefühl, wirklich etwas geleistet zu haben »), ainsi que le plaisir et la fierté comparative (« Ich glaube, ich habe mehr Spaß am Beruf als andere Leute »). À l’inverse, les items inversés mesurent le rejet ou l’aversion affective du travail, l’ennui chronique et le désir d’évasion professionnelle (« Wenn ich könnte, würde ich gerne den Beruf wechseln »). Cette dimension représente la polarité positive de l’engagement vocationnel.
2. Climat d’entreprise et relations socioprofessionnelles (Positives Betriebsklima – BK)
Composée de 9 items, cette dimension évalue la qualité perçue de l’environnement humain, social et collaboratif au sein de l’organisation. Elle sonde la confiance interpersonnelle et le soutien social instrumental et émotionnel perçu de la part des collègues (« Auf meine Arbeitskollegen/kolleginnen kann ich mich in jeder Beziehung verlassen »), la perception d’une harmonie groupale globale (« An meiner Arbeitsstelle herrscht ein ausgezeichnetes Betriebsklima »), ainsi que l’absence de tensions conflictuelles internes. Les items inversés investiguent les perturbations relationnelles, l’envie d’échanger ses collaborateurs pour d’autres collègues et la frustration quant au tissu relationnel au quotidien. En psychométrie organisationnelle, un climat de soutien agit comme un puissant modulateur protecteur réduisant l’impact délétère des stresseurs professionnels.
3. Charge et tension professionnelles subjectives (Arbeits- und Berufsbelastung – ABL)
Cette échelle de 11 items quantifie l’astreinte vécue par le sujet, c’est-à-dire le coût psychologique, physique et cognitif imposé par les exigences de l’emploi. Elle capture la perception d’une surcharge temporelle et d’une urgence permanente (« Ich arbeite unter starkem Zeitdruck »), le sentiment d’épuisement vespéral (« Abends nach der Arbeit bin ich erschöpft »), l’impression d’être submergé par des obstacles insurmontables (« Ich habe manchmal das Gefühl, dass ich mit meiner Arbeit einfach nicht mehr fertig werde ») et la sensation d’un déséquilibre aigu entre les ressources de l’individu et les contraintes de la tâche (« Manchmal fühle ich mich den Anforderungen, die die Arbeit an mich stellt, nicht gewachsen »). Cette dimension reflète fidèlement la composante d’évaluation cognitive de menace ou de surcharge définie dans les théories contemporaines du stress.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise épistémologique de cet instrument repose au premier chef sur le modèle transactionnel et cognitif du stress élaboré par Richard S. Lazarus (1966), développé plus tard avec Susan Folkman (1984). Selon ce paradigme, le stress professionnel ne doit être défini ni exclusivement comme un stimulus environnemental (les exigences professionnelles objectives), ni uniquement comme une réponse physiologique (le syndrome général d’adaptation de Hans Selye), mais plutôt comme une relation dynamique (ou transaction) entre la personne et son environnement professionnel.
Cette transaction est médiatisée par deux processus d’évaluation cognitive (cognitive appraisals) :
- L’évaluation primaire (Primary Appraisal) : L’individu évalue si la situation de travail représente un défi stimulant (source potentielle de satisfaction, item ABZ), une menace, ou un dommage potentiel pour son intégrité psychologique et son statut (source de tension, item ABL).
- L’évaluation secondaire (Secondary Appraisal) : L’employé évalue la disponibilité et l’efficacité de ses ressources d’adaptation (coping) pour faire face aux exigences. Le climat d’entreprise et la solidarité des collègues (dimension BK) constituent des ressources environnementales cruciales déterminant si la demande excède ou non les capacités perçues du sujet.
En complémentarité avec le modèle de Lazarus, les auteurs ont articulé leur démarche avec les théories de la satisfaction organisationnelle, notamment les travaux de Frederick Herzberg (théorie bi-factorielle des facteurs moteurs et d’hygiène) et les analyses multidimensionnelles de Neuberger et Allerbeck (1978). Les travaux de Neuberger et Allerbeck considèrent la satisfaction au travail comme une structure composite intégrant les collègues, l’activité, les perspectives d’évolution, les conditions matérielles et l’encadrement. Weyer et ses collaborateurs ont opéré une synthèse rigoureuse en réduisant ces axes aux trois éléments fondamentaux récurrents qui influencent le bien-être au travail : la nature même de la tâche (ABZ), l’écosystème interpersonnel (BK) et la pression opératoire globale (ABL).
Enfin, sur le plan méthodologique, le cadre s’appuie sur la théorie de la mesure de Georg Rasch (1960). En rupture avec le postulat souvent abusif de la théorie classique des tests (TCT) qui traite des scores ordinaux sommés comme des variables d’intervalle, la modélisation probabiliste de Rasch considère que la probabilité d’une réponse affirmative $P(X_{vi}=1)$ dépend exclusivement de la différence entre la capacité/attitude de la personne $\beta_v$ et la difficulté intrinsèque de l’item $\sigma_i$ :
$$P(X_{vi} = 1 | \beta_v, \sigma_i) = \frac{\exp(\beta_v – \sigma_i)}{1 + \exp(\beta_v – \sigma_i)}$$
Ce cadre théorique garantit l’invariance conjointe des paramètres et élimine les artefacts de mesure liés à la composition spécifique des échantillons.
7. Validité / Validity
L’évaluation des qualités métrologiques d’un test requiert une analyse approfondie de ses différentes facettes de validité : validité de construit, de contenu, critérielle et validité différentielle de mesure.
Validité de construit et conformité au modèle de Rasch
Dans la tradition psychométrique germanophone, la démonstration de la conformité au modèle de Rasch est considérée comme la preuve suprême de validité de construit structurale, car elle établit sans ambiguïté l’unidimensionnalité et l’additivité des items. La validité de Rasch-scalabilité des trois dimensions a été vérifiée au moyen du test de compatibilité de modèle (Modellverträglichkeitstest) formulé par Fischer et Scheiblechner (1970).
Cette méthode consiste à scinder l’échantillon d’étalonnage en deux sous-groupes indépendants selon le niveau de score brut total (par exemple, individus situés en dessous vs au-dessus de la médiane), à estimer les paramètres de difficulté des items ($\sigma_i$) de façon autonome dans chaque sous-groupe, puis à examiner les écarts standardisés $z$ entre ces estimations. Si le modèle est valide, les estimations des paramètres d’items doivent demeurer identiques indépendamment du niveau des participants (propriété d’invariance spécifique).
Les tests d’ajustement global du $\chi^2$ (Chi-carré de Fischer-Scheiblechner) ont produit les résultats empiriques suivants (Giegler, 1985) :
- Arbeits- und Berufszufriedenheit (ABZ) : $\chi^2 = 6.07$, degrés de liberté ($dl$) = 9, $p le .73$. La probabilité non significative démontre une adéquation parfaite entre les données observées et le modèle théorique.
- Betriebsklima (BK) : $\chi^2 = 1.69$, degrés de liberté ($dl$) = 8, $p le .99$. L’ajustement est optimal, illustrant une invariance exceptionnelle des paramètres d’items quel que soit le sous-groupe considéré.
- Arbeits- und Berufsbelastung (ABL) : $\chi^2 = 4.64$, degrés de liberté ($dl$) = 10, $p le .91$. L’adéquation statistique au modèle de Rasch est une nouvelle fois pleinement vérifiée.
Les corrélations entre les deux estimations indépendantes des paramètres d’items issues des sous-groupes séparés par la médiane atteignent respectivement $r = .87$ pour l’ABZ, $r = .90$ pour le BK, et $r = .81$ pour l’ABL, confirmant l’extrême stabilité empirique de la calibration.
Validité de contenu et validité apparente
L’évaluation qualitative des items montre une excellente représentativité du domaine conceptuel. Les énoncés recouvrent aussi bien les manifestations somatiques de la contrainte (épuisement en fin de journée), les aspects cognitifs de la performance sous tension (sentiment de débordement, charge temporelle), que les ressentis affectifs d’appartenance sociale et de satisfaction vocationnelle.
Validité convergente, discriminante et limites
Le manuel d’origine et la documentation psychométrique rapportent que bien que la validité structurale de Rasch soit parfaitement documentée, les corrélations systématiques avec des critères externes objectifs (mesures biologiques de cortisol, taux d’accidents de travail, bilans de performance de la direction) n’étaient pas initialement fournies sous forme de matrices empiriques exhaustives (« keine Hinweise » dans la fiche descriptive initiale de Weyer et al.). Néanmoins, les travaux ultérieurs de Giegler (1984, 1985) ont apporté des preuves robustes de validité convergente en démontrant des associations très fortes avec les sous-échelles d’Allerbeck et Neuberger (1978) : l’ABZ corrèle massivement avec la dimension « Activité », l’ABL avec la dimension « Conditions de travail » et le BK avec la dimension « Collègues ».
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’instrument a été rigoureusement quantifiée selon deux paradigmes complémentaires : la théorie classique des tests (TCT) via la cohérence interne et les corrélations partielles item-total, et la théorie de la réponse aux items (IRT) via les fonctions d’information du test.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les indices d’homogénéité interne obtenus sur l’échantillon d’étalonnage de Giegler (1985) témoignent d’une précision de mesure de premier ordre :
- Échelle ABZ (10 items) : $\alpha = .94$
- Échelle BK (9 items) : $\alpha = .93$
- Échelle ABL (11 items) : $\alpha = .93$
Ces coefficients dépassent largement le seuil standard de $.80$ requis pour la recherche fondamentale et satisfont pleinement aux exigences déontologiques rigoureuses de $.90$ imposées pour le diagnostic individuel en milieu clinique et professionnel.
Corrélations item-total part-whole corrigées ($r_{it}$)
La corrélation de chaque item avec le score composite de son échelle d’appartenance (corrigée de la contribution propre de l’item afin d’éviter toute inflation spurieuse) est exceptionnellement élevée sur l’ensemble de l’inventaire :
- ABZ : Les valeurs de $r_{it}$ s’échelonnent entre .61 (item 02 : « sentiment d’avoir accompli quelque chose ») et .80 (item 01 : « métier vraiment intéressant » et item 06 : « aller au travail avec plaisir »), avec une moyenne d’inter-corrélation des items de .60 ($s = .12$).
- BK : Les coefficients $r_{it}$ s’étendent de .66 (item 03 : « critique des relations ») à .91 (item 08 : « climat différent de mes attentes »), avec une moyenne d’inter-corrélation de .65 ($s = .13$).
- ABL : Les valeurs oscillent entre .64 (item 01 : « épuisé le soir », item 09 : « pression temporelle » et item 10 : « exigences insurmontables ») et .85 (item 05 : « pression constante au travail »), avec une moyenne d’inter-corrélation de .55 ($s = .14$).
Fonctions d’information et fidélité selon Rasch
Contrairement à l’alpha de Cronbach qui postule une erreur standard de mesure uniforme sur tout le continuum latent, l’approche de Rasch quantifie l’information locale apportée en fonction du niveau de la personne. Le montant maximal d’information atteint :
- ABZ : Information maximale = 9.25 (centrée autour des scores médians 4 à 6, où le pourcentage d’information apporté par la mesure atteint 89 % à 92 %).
- BK : Information maximale = 3.25 (couvrant une plage d’information maximale de 71 % à 74 % pour les scores de 4 à 6).
- ABL : Information maximale = 23.00 (avec une fidélité d’estimation atteignant 91 % d’information sur les scores bruts centraux de 5 et 6).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture multidimensionnelle initiale du pool de 60 items a été explorée en considérant que les réponses dichotomiques reflètent la discrétisation de variables continues sous-jacentes normalement distribuées. Pour traiter fidèlement la nature non linéaire de telles données sans distorsion artificielle de la structure de covariance, les auteurs ont calculé des analyses factorielles basées sur une matrice de corrélations tétrachoriques.
Extraction factorielle initiale et identification des facteurs
L’analyse initiale a mis en évidence cinq facteurs clairement interprétables :
- Faktor 1 : Arbeits- und Berufzufriedenheit (Satisfaction professionnelle et vocationnelle)
- Faktor 2 : Belastendes Betriebsklima (Climat d’entreprise pénalisant / relations de travail)
- Faktor 3 : Arbeits- und Berufsbelastung (Charge et astreinte professionnelles)
- Faktor 4 : Mangelnde Erholung von der Berufsbelastung (Déficit de récupération face à l’astreinte professionnelle)
- Faktor 5 : Karrierestreben (Aspiration à la promotion et développement de carrière)
Conformément aux préconisations méthodologiques de Weyer et al. (1980) et aux réplications indépendantes menées par Helmut Giegler (1984, 1985), seuls les trois premiers facteurs ont été conservés pour la calibration de l’instrument définitif. Les facteurs 4 et 5 ont été délaissés en raison d’un nombre trop faible d’items satellites ou de saturations factorielles marginales jugées insuffisantes pour satisfaire aux critères de saturation forte requis pour la calibration de Rasch.
Saturations factorielles des items retenus (Matrice de structure)
Les saturations factorielles observées par Giegler (1985) sur les 30 items définitifs révèlent une structure d’une netteté exceptionnelle, dénuée de saturations croisées substantielles :
| Sous-échelle | Item N° | Saturation factorielle | Corrélation item-total ($r_{it}$) |
|---|---|---|---|
| ABZ | 01 | .83 | .80 |
| ABZ | 02 | .64 | .61 |
| ABZ | 03 | .78 | .76 |
| ABZ | 04 | .80 | .77 |
| ABZ | 05 | .79 | .77 |
| ABZ | 06 | .91 | .80 |
| ABZ | 07 | .71 | .68 |
| ABZ | 08 | .79 | .76 |
| ABZ | 09 | .80 | .77 |
| ABZ | 10 | .68 | .67 |
| BK | 01 | .84 | .67 |
| BK | 02 | .83 | .80 |
| BK | 03 | .89 | .66 |
| BK | 04 | .88 | .85 |
| BK | 05 | .76 | .73 |
| BK | 06 | .76 | .73 |
| BK | 07 | .82 | .80 |
| BK | 08 | .94 | .91 |
| BK | 09 | .79 | .78 |
| ABB | 01 | .67 | .64 |
| ABB | 02 | .68 | .66 |
| ABB | 03 | .77 | .75 |
| ABB | 04 | .81 | .74 |
| ABB | 05 | .87 | .85 |
| ABB | 06 | .76 | .73 |
| ABB | 07 | .69 | .65 |
| ABB | 08 | .77 | .75 |
| ABB | 09 | .67 | .64 |
| ABB | 10 | .71 | .64 |
| ABB | 11 | .85 | .82 |
Les saturations s’échelonnent de .64 à .91 pour la satisfaction (ABZ), de .76 à .94 pour le climat (BK) et de .67 à .87 pour la charge (ABB/ABL). Cette configuration confirme que les items de chaque sous-échelle constituent des indicateurs éminemment homogènes du trait latent sous-jacent.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’inventaire d’évaluation du stress et de la satisfaction professionnelle présente des caractéristiques d’administration précises :
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (self-report inventory), utilisable sous format papier-crayon ou par passation informatique numérisée.
- Public cible : Tout individu exerçant une activité professionnelle rémunérée (salarié, indépendant, fonctionnaire), qu’il s’agisse d’un emploi à temps plein, à temps partiel ou d’une activité horaire.
- Nombre d’items opérationnels : 30 items standardisés, scindés en trois sous-échelles : 10 items pour la satisfaction (ABZ), 9 items pour le climat d’entreprise (BK), et 11 items pour la charge de travail (ABL).
- Format de réponse : Format dichotomique forcé à deux modalités objectives : « stimmt » (correspond) ou « stimmt nicht » (ne correspond pas).
- Durée moyenne de passation : Environ 5 à 10 minutes, ce qui en fait un outil particulièrement économique et adapté aux enquêtes en milieu organisationnel à large échelle.
- Consigne de passation (Instruktion) : Les participants sont invités à lire attentivement chaque énoncé en relation avec leur expérience de travail actuelle et à cocher l’option correspondant fidèlement à leur situation, sans omettre de question.
- Procédure de cotation (Scoring) et calcul des scores bruts :
- Chaque item dispose d’une polarité spécifique (+ ou -). Pour un item codé positivement (+), la réponse « stimmt » se voit attribuer 1 point et « stimmt nicht » 0 point.
- Pour un item codé négativement (-) [item inversé], la réponse « stimmt nicht » attribue 1 point et « stimmt » attribue 0 point.
- Le score brut d’une sous-échelle est égal à la somme arithmétique simple des points obtenus sur ses items constituants. Plages de scores bruts possibles : 0 à 10 pour l’ABZ, 0 à 9 pour le BK, et 0 à 11 pour l’ABL.
- Conversion en paramètres de Rasch (Person-Parameters / Logits) :
Grâce aux propriétés métrologiques du modèle de Rasch, les scores bruts sont directement convertibles en paramètres de personnes ($\theta$ exprimé en logits ou en échelle de transformation logarithmique naturelle), permettant une mesure d’intervalle pure exempte des déformations d’échelles ordinales :
- Sous-échelle ABZ (Score brut $\rightarrow$ Logit $\rightarrow$ Info %) : 1 $\rightarrow$ -2.12 (41 %) ; 2 $\rightarrow$ -1.36 (66 %) ; 3 $\rightarrow$ -0.85 (81 %) ; 4 $\rightarrow$ -0.41 (90 %) ; 5 $\rightarrow$ -0.01 (92 %) ; 6 $\rightarrow$ 0.39 (89 %) ; 7 $\rightarrow$ 0.83 (79 %) ; 8 $\rightarrow$ 1.37 (63 %) ; 9 $\rightarrow$ 2.16 (40 %).
- Sous-échelle BK (Score brut $\rightarrow$ Logit $\rightarrow$ Info %) : 1 $\rightarrow$ -2.59 (34 %) ; 2 $\rightarrow$ -1.57 (53 %) ; 3 $\rightarrow$ -0.84 (64 %) ; 4 $\rightarrow$ -0.22 (71 %) ; 5 $\rightarrow$ 0.35 (74 %) ; 6 $\rightarrow$ 0.92 (71 %) ; 7 $\rightarrow$ 1.55 (61 %) ; 8 $\rightarrow$ 2.41 (41 %).
- Sous-échelle ABL (Score brut $\rightarrow$ Logit $\rightarrow$ Info %) : 1 $\rightarrow$ -2.25 (37 %) ; 2 $\rightarrow$ -1.49 (61 %) ; 3 $\rightarrow$ -0.98 (76 %) ; 4 $\rightarrow$ -0.56 (86 %) ; 5 $\rightarrow$ -0.18 (91 %) ; 6 $\rightarrow$ 0.19 (91 %) ; 7 $\rightarrow$ 0.56 (86 %) ; 8 $\rightarrow$ 0.98 (77 %) ; 9 $\rightarrow$ 1.49 (61 %) ; 10 $\rightarrow$ 2.25 (37 %).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Les données historiques et juridiques entourant l’instrument se déclinent ainsi :
- Année de développement initial : 1980 (Weyer, Hodapp et Neuhäuser).
- Années des réplications et étalonnages majeurs : 1984 et 1985 (Helmut Giegler).
- Droits d’auteur et permissions : L’outil a été publié à l’origine au sein de monographies et revues académiques universitaires en psychologie appliquée et sociologie quantitative en Allemagne. En tant qu’instrument scientifique diffusé dans la littérature universitaire ouverte pour la communauté scientifique (notamment documenté au sein du système d’information psychométrique ZPID / Leibniz-Zentrum für Psychologische Information und Dokumentation), son usage est généralement libre de redevance pour des recherches académiques non commerciales et des thèses universitaires.
- Tarifs : Aucun coût de licence commerciale n’est prélevé pour la reproduction des items dans le cadre de recherches académiques d’intérêt public. Pour tout déploiement institutionnel systématique dans des plateformes informatisées de gestion des ressources humaines ou de conseil commercial, il convient de se référer aux règles de citation standard du droit d’auteur académique et aux éventuels ayants droit des publications originales.
12. Références / References
Fischer, G. H., & Scheiblechner, H. (1970). Algorithmen und Programme für das probabilistische Testmodell von Rasch. Psychologische Beiträge, 12, 23–51.
Giegler, H. (1984). Zur Replikation psychometrischer Skalen im Bereich der Arbeits- und Organisationspsychologie: Methodische Überlegungen und empirische Befunde. Zeitschrift für Soziologie, 13(4), 312–330.
Giegler, H. (1985). Dimensionen und Determinanten der Arbeitszufriedenheit: Eine empirische Untersuchung zur Skalierung und Erklärung subjektiver Arbeitsbewertungen nach dem Rasch-Modell. Peter Lang Verlag.
Lazarus, R. S. (1966). Psychological stress and the coping process. McGraw-Hill.
Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
Neuberger, O., & Allerbeck, M. (1978). Messung und Analyse von Arbeitszufriedenheit: Das Arbeitsbeschreibungsbogen (ABB)-Verfahren. Hans Huber Verlag.
Rasch, G. (1960). Probabilistic models for some intelligence and attainment tests. Danmarks Paedagogiske Institut (Expanded edition, 1980, The University of Chicago Press).
Weyer, G., Hodapp, V., & Neuhäuser, B. (1980). Fragebogen zur Erfassung der subjektiven Belastung und Unzufriedenheit im beruflichen Bereich. Dans Forschungsberichte aus dem Psychologischen Institut der Johannes Gutenberg-Universität Mainz. Universität Mainz.