1. Résumé / Abstract
L’Échelle de sensibilité au rejet basé sur l’apparence (communément désignée dans la littérature internationale sous l’acronyme Appearance-RS ou ARS, pour Appearance-Based Rejection Sensitivity Scale) a été développée par la chercheuse Lora E. Park en 2007. Cet instrument psychométrique évalue une disposition cognitive et affective spécifique, conceptualisée comme un système de traitement de la personnalité (personality-processing system), au sein duquel les individus anticipent avec anxiété, perçoivent promptement et réagissent de manière disproportionnée au rejet interpersonnel fondé sur leur attractivité physique ou leur apparence corporelle. Contrairement à la sensibilité générale au rejet, l’Appearance-RS isole les dynamiques psychologiques directement liées aux préoccupations somato-esthétiques, aux contingences de l’estime de soi corporelle et aux pressions socioculturelles relatives à l’idéal esthétique.
L’instrument existe sous deux formats validés : une version intégrale comprenant 15 scénarios situationnels hypothétiques et une version abrégée en 10 scénarios. Pour chaque mise en situation concrète (par exemple, se rendre à une soirée avec des vêtements jugés inadéquats, apercevoir une imperfection cutanée avant un rendez-vous amoureux, ou interagir avec des pairs dans un vestiaire ou une salle de sport), le répondant évalue deux dimensions interdépendantes à l’aide d’échelles de Likert en 6 points : d’une part, le niveau d’anxiété ou de préoccupation quant au risque de rejet lié à l’apparence (de 1 = très peu préoccupé/inquiet à 6 = très préoccupé/inquiet), et d’autre part, l’espérance subjective d’acceptation sociale (de 1 = très peu probable à 6 = très probable). Le score composite pour chaque item est obtenu par un produit multiplicatif pondéré, modélisant la dynamique cognitive selon laquelle la sensibilité au rejet résulte de la préoccupation anxieuse multipliée par l’inversion de l’attente d’acceptation (c’est-à-dire l’attente de rejet calculée via la formule Score d'anxiété × [7 − Score d'acceptation]).
Les données psychométriques issues des travaux inauguraux et des réplications internationales démontrent des qualités remarquables. La cohérence interne est invariablement élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,87 et 0,93 pour la version à 15 items et entre 0,84 et 0,90 pour la version courte. La stabilité temporelle test-retest sur un intervalle de plusieurs semaines est robuste (r > 0,80), attestant du caractère dispositionnel et stable de ce patron cognitivo-émotionnel. L’analyse factorielle confirmatoire démontre une structure unifactorielle claire après application du modèle multiplicatif, invariable selon le genre. Sur le plan de la validité de construit et de la validité prédictive, l’Appearance-RS est corrélée de façon significative avec l’insatisfaction corporelle, la symptomatologie des troubles des conduites alimentaires (boulimie, restriction cognitive, anorexie mentale), l’anxiété physique sociale, le névrosisme, le style d’attachement insécure et la contingence de l’estime de soi fondée sur l’apparence, tout en expliquant une part de variance incrémentielle substantielle au-delà de la sensibilité générale au rejet et de l’estime de soi globale.
2. Mots-clés / Keywords
Sensibilité au rejet, apparence physique, image corporelle, estime de soi contingente, troubles des conduites alimentaires, anxiété sociale, psychométrie, évaluation de la personnalité, comparaison sociale descendante, schéma cognitif, relations interpersonnelles, dysmorphophobie.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue, formalisée et validée initialement par la professeure Lora E. Park, membre émérite du corps professoral du Département de Psychologie de l’Université d’État de New York à Buffalo (University at Buffalo, The State University of New York, États-Unis). Ses axes de recherche portent principalement sur le soi, l’estime de soi, les contingences de la valeur personnelle, les relations interpersonnelles et les déterminants motivationnels et sanitaires de l’image de soi.
Des travaux ultérieurs d’extension empirique, de validation croisée et d’approfondissement clinique ont été menés en étroite collaboration avec plusieurs chercheurs reconnus internationalement dans le domaine de la psychologie sociale et de la psychologie de l’apparence :
- Lora E. Park, Ph.D. — Department of Psychology, University at Buffalo, SUNY, Buffalo, NY 14260-4110, États-Unis. Courriel institutionnel : [email protected].
- Rachael T. Pinkus, Ph.D. — Co-autrice des études consacrées aux conséquences interpersonnelles et relationnelles de la sensibilité au rejet basé sur l’apparence.
- Rachel M. Calogero, Ph.D. — Spécialiste de la théorie de l’auto-objectification, de la stigmatisation pondérale et de la psychopathologie de l’image corporelle, affiliée au Département de Psychologie de l’Université du Kent (Royaume-Uni) et de la Western University (Canada).
- Z. R. Rahemtulla & K. C. D. Williams — Chercheurs ayant contribué aux études de validation transculturelle et à l’examen de la valeur prédictive de l’échelle chez les jeunes adultes britanniques.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de sensibilité au rejet basé sur l’apparence est d’opérationnaliser et de quantifier avec rigueur un construit psychologique situé à l’intersection de la psychologie de la personnalité, de la psychologie sociale et de la psychopathologie clinique : la propension individuelle à anticiper avec angoisse, à détecter de manière sélective et hypervigilante, et à réagir de façon intense et destructrice aux signaux, réels ou présumés, de rejet social attribués à l’apparence physique.
Dans les sociétés contemporaines saturées de normes visuelles et d’idéaux corporels irréalistes propagés par les médias de masse et les réseaux sociaux numériques, l’attractivité corporelle est souvent implicitement assimilée à la valeur globale de l’individu. Cependant, tous les individus ne sont pas également vulnérables à ces pressions normatives. Alors que certains parviennent à dissocier leur sentiment de sécurité relationnelle de leur allure physique, les individus présentant un niveau élevé d’Appearance-RS ont intégré un modèle cognitif selon lequel l’acceptation sociale, l’amour, l’amitié et la considération d’autrui sont conditionnés de manière absolue par leur conformité esthétique.
Applications en recherche fondamentale et appliquée
Dans le domaine de la recherche, l’Appearance-RS constitue un outil indispensable pour modéliser les trajectoires développementales et les processus cognitifs sous-jacents aux dysfonctionnements relationnels et comportementaux :
- Mécanismes de comparaison sociale : L’échelle permet de comprendre pourquoi certains individus s’engagent compulsivement dans des comparaisons ascendantes destructrices face à des cibles jugées plus attirantes, générant des affects dépressifs immédiats.
- Vulnérabilité aux indices environnementaux : Elle sert à évaluer comment la confrontation à des stimuli négatifs relatifs au corps (par exemple, des commentaires désobligeants sur le poids ou la simple exposition à des photographies idéalisées) induit chez les individus à score élevé un sentiment aigu de solitude, d’isolement social et de dévalorisation.
- Études d’intervention et de modération : Elle est mobilisée dans des paradigmes expérimentaux visant à tester des techniques d’atténuation du stress social, telles que l’auto-affirmation des valeurs fondamentales (self-affirmation theory) ou l’activation d’un schéma d’attachement sécure à travers l’évocation d’un partenaire bienveillant.
Applications cliniques et diagnostiques
Dans la pratique psychothérapeutique, psychiatrique et de conseil en santé mentale, l’Appearance-RS offre une valeur différentielle essentielle :
- Troubles des conduites alimentaires (TCA) : L’échelle aide à identifier un mécanisme sous-jacent crucial à l’anorexie mentale, à la boulimie et à l’hyperphagie boulimique. Elle explique la motivation sous-jacente au contrôle draconien du poids non pas seulement comme un désir esthétique abstrait, mais comme une stratégie désespérée d’évitement du rejet affectif.
- Trouble dysmorphophobique (dysmorphie corporelle) : Chez les patients souffrant de dysmorphophobie, l’Appearance-RS permet de mesurer la composante relationnelle-menaçante de leurs obsessions somatiques, orientant les protocoles de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) vers la restructuration des croyances interpersonnelles conditionnelles.
- Anxiété sociale et évitement comportemental : L’outil met en lumière les raisons spécifiques pour lesquelles certains sujets évitent les situations publiques, les rassemblements festifs, les activités sportives ou les rencontres intimes, facilitant une exposition graduée adaptée au schéma de rejet spécifique identifié.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de sensibilité au rejet basé sur l’apparence relève de la classe des systèmes de traitement de la personnalité cognitivo-affectifs (Cognitive-Affective Processing System – CAPS). Il ne s’agit pas d’un simple trait de personnalité global et rigide (comme l’extraversion ou l’amabilité dans le modèle des Big Five), mais d’une constellation dynamique de schémas mentaux conditionnels structurés autour du postulat : « Si je ne suis pas physiquement attirant(e), alors les autres me rejetteront, m’abandonneront ou me mépriseront ». Ce construit comporte trois composantes séquentielles intriquées :
1. L’anxiété anticipatoire et la préoccupation vigilante
Avant même qu’une interaction sociale n’ait lieu, l’individu présentant un score élevé sur l’Appearance-RS éprouve une anxiété prospective intense. Confronté à une situation sociale potentiellement évaluative (par exemple, se présenter à un premier rendez-vous, se rendre à la plage en maillot de bain ou entrer dans une pièce où se trouvent des inconnus), son attention est monopolisée par la recherche proactive de défauts physiques perçus. L’attention sélective se focalise sur les imperfections de la peau, la silhouette, la coiffure ou les vêtements, interprétés comme des vulnérabilités critiques exposées au jugement d’autrui.
2. L’attente de rejet (faible attente d’acceptation)
En miroir de cette anxiété, l’individu estime extrêmement improbable que les autres le jugent séduisant, attirant ou agréable à regarder. Il projette sur ses interlocuteurs un standard d’évaluation impitoyable et inflexible. Cette composante n’est pas simplement un déficit d’estime de soi corporelle globale : une personne peut être consciente d’avoir certaines qualités physiques objectives, mais croire fermement que dans les contextes interpersonnels réels, son apparence sera jugée insuffisante pour garantir l’acceptation et l’amour d’autrui.
3. La réactivité interprétative et comportementale disproportionnée
Lorsqu’un événement social ambigu survient — comme un regard furtif suivi d’un détournement des yeux, une absence de réaction immédiate (« mentions j’aime » ou commentaires) sur une photographie publiée en ligne, ou une attitude réservée d’un interlocuteur —, la personne caractérisée par une forte sensibilité au rejet basé sur l’apparence l’attribue automatiquement et immédiatement à sa laideur ou à son manque d’attrait physique présumé. Cette attribution déclenche en cascade des sentiments dévastateurs de rejet, de honte internalisée, d’humiliation et de solitude existentielle. En réponse, l’individu adopte des stratégies inadaptées : retrait social complet, réassurance compulsive auprès de son entourage, régimes alimentaires drastiques, recours excessif à des artifices cosmétiques, voire conduites de vérification corporelle incessantes dans les miroirs.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’Appearance-RS repose sur la convergence de plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie contemporaine, articulant modèles cognitifs, théories de l’attachement et psychosociologie de l’image du corps :
Le modèle de sensibilité au rejet de Downey et Feldman (1996)
Le socle théorique direct de l’échelle est le modèle de sensibilité générale au rejet formalisé par Geraldine Downey et Scott I. Feldman. Selon ces auteurs, la sensibilité au rejet est un système cognitivo-affectif issu d’expériences précoces de rejet, de négligence ou d’amour conditionnel dispensé par les figures d’attachement ou les pairs. Ce système se caractérise par une attente anxieuse du rejet qui biaise le traitement de l’information sociale. Lora Park a étendu ce cadre théorique général en démontrant qu’il existe une sensibilité au rejet spécifique au domaine de l’apparence. Alors qu’une personne peut se sentir en sécurité sur le plan intellectuel, moral ou professionnel, elle peut présenter une vulnérabilité aiguë focalisée exclusivement sur l’attractivité corporelle.
La théorie des contingences de l’estime de soi de Crocker et Wolfe (2001)
L’autre pilier fondamental est la théorie des contingences de l’estime de soi (Contingencies of Self-Worth – CSW) développée par Jennifer Crocker et Connie T. Wolfe. Cette approche postule que ce n’est pas seulement le niveau global de l’estime de soi qui importe pour la santé psychologique, mais surtout les domaines sur lesquels repose cette valeur personnelle. Les individus dont l’estime de soi est fortement contingente à l’apparence physique (Appearance Contingency of Self-Worth) sont structurellement vulnérables aux fluctuations émotionnelles majeures : chaque succès esthétique (compliment, séduction) engendre une euphorie temporaire, tandis que chaque échec ou imperfection perçue précipite l’estime de soi dans un effondrement brutal, médiatisé par la terreur d’être rejeté socialement.
La théorie de l’auto-objectification de Fredrickson et Roberts (1997)
L’Appearance-RS dialogue également de façon intime avec la théorie de l’auto-objectification. Barbara Fredrickson et Tomi-Ann Roberts ont démontré que dans les environnements occidentaux, les individus — et particulièrement les femmes — sont socialisés à intérioriser le regard d’un observateur extérieur sur leur propre corps, se traitant eux-mêmes comme des objets visuels à évaluer. L’Appearance-RS opérationnalise le coût interpersonnel direct de cette auto-objectification : le corps n’est plus seulement surveillé pour répondre à des critères esthétiques internes, mais surveillé en permanence comme l’unique rempart contre l’exclusion relationnelle.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle de sensibilité au rejet basé sur l’apparence a été rigoureusement établie au travers de séries d’études empiriques corrélationnelles, expérimentales et longitudinales menées sur des échantillons diversifiés d’étudiants et de populations adultes en Amérique du Nord et en Europe.
Validité convergente
Les investigations initiales de Park (2007) ainsi que les réplications ultérieures démontrent des associations théoriquement cohérentes et hautement significatives avec une série d’instruments mesurant des construits connexes :
- Contingence de l’estime de soi sur l’apparence : Corrélations positives fortes (r variant typiquement entre 0,55 et 0,68, p < 0,001), confirmant que les sujets qui basent leur valeur sur l’apparence sont précisément ceux qui anticipent le rejet esthétique.
- Sensibilité générale au rejet (Downey & Feldman RSQ) : Corrélations modérées à fortes (r compris entre 0,40 et 0,52, p < 0,001), attestant que l’Appearance-RS partage un tronc commun d’insécurité interpersonnelle tout en restant distincte.
- Anxiété physique sociale (SPAS) : Corrélations positives très élevées (r > 0,60, p < 0,001) avec l’échelle de Hart et al. évaluant l’inconfort lié à l’évaluation physique par les pairs.
- Style d’attachement insécure (anxieux et évitant) : Corrélations significatives positives avec la dimension de préoccupation anxieuse de l’attachement (r ≈ 0,38 à 0,46, p < 0,001).
- Névrosisme : Association positive modérée (r ≈ 0,35 à 0,45) mesurée par le NEO-PI-R ou le BFI.
Validité discriminante
L’Appearance-RS présente des corrélations négatives robustes avec l’estime de soi globale mesurée par l’Échelle d’estime de soi de Rosenberg (r compris entre −0,35 et −0,50) et avec l’auto-évaluation de son attractivité physique réelle (r ≈ −0,30 à −0,42). De manière cruciale, les analyses de régression multiple et de régression hiérarchique démontrent que l’Appearance-RS n’est pas un simple artefact d’une faible estime de soi ou d’une mauvaise perception de sa beauté physique : même après contrôle statistique rigoureux de l’attractivité perçue, de l’estime de soi globale, du névrosisme et de la sensibilité générale au rejet, l’Appearance-RS conserve une contribution unique et significative.
Validité prédictive et incrémentielle
Les études expérimentales et cliniques attestent d’une validité prédictive remarquable :
- Troubles des conduites alimentaires (TCA) : Dans l’étude de Calogero et al. (2010), l’Appearance-RS s’est révélée être le prédicteur le plus puissant des préoccupations excessives relatives à l’image corporelle et des symptômes boulimiques chez des étudiants universitaires, surpassant les mesures traditionnelles d’internalisation de l’idéal de minceur.
- Vulnérabilité affective expérimentale : Park (2007) a démontré que lorsqu’on manipule expérimentalement la saillance d’un défaut corporel (en demandant aux sujets de se remémorer un moment où leur apparence était défavorable), seuls les participants affichant un score élevé à l’Appearance-RS manifestent une chute abrupte de l’affect positif, une augmentation des sentiments de rejet et un sentiment d’isolement social intense.
- Effets protecteurs de l’affirmation de soi : Ces réactions néfastes sont entièrement neutralisées lorsque les individus à haut risque réalisent préalablement un exercice d’auto-affirmation ou lorsqu’ils sont amorcés avec le souvenir d’un partenaire affectueux et inconditionnel, prouvant la spécificité des processus de traitement en jeu.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle de sensibilité au rejet basé sur l’apparence a été établie au moyen d’indices de cohérence interne et d’évaluations de la stabilité temporelle sur divers sous-groupes démographiques.
Cohérence interne (Homogénéité)
Dans l’ensemble des études menées par Park (2007), la consistance interne calculée via le coefficient alpha de Cronbach pour l’échelle globale de 15 scénarios se situe continuellement dans d’excellents intervalles psychométriques :
- Échantillon de développement initial (Étude 1, N = 265) : α = 0,89 pour les femmes, α = 0,88 pour les hommes, et α = 0,89 pour l’échantillon total combiné.
- Échantillons d’études expérimentales ultérieures (Études 2 à 5) : les coefficients alpha oscillent entre 0,87 et 0,93.
- Version courte à 10 items (Short ARS) : α = 0,85 à 0,89, ce qui démontre que la réduction du nombre d’items ne dégrade pas de manière substantielle la fiabilité de la mesure.
- Corrélations item-total corrigées : la totalité des 15 scénarios pondérés affiche des corrélations item-total supérieures à 0,45 (moyenne des corrélations autour de 0,58), confirmant que chaque situation contribue de façon substantielle au score global.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Afin de déterminer si l’instrument appréhende un trait stable plutôt qu’une simple fluctuation de l’humeur passagère, des protocoles de réévaluation ont été mis en œuvre :
- Sur un intervalle de deux à trois semaines, le coefficient de corrélation test-retest intra-classe s’élève à r = 0,84 (p < 0,001).
- Sur des périodes plus longues allant jusqu’à deux mois, la stabilité demeure très satisfaisante avec des coefficients de corrélation r > 0,76.
Ces données attestent que l’Appearance-RS mesure une structure de personnalité pérenne, un schéma interprétatif stable dans le temps, tout en demeurant sensible aux interventions psychologiques ciblées visant à modifier les croyances conditionnelles sur l’acceptation sociale.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations psychométriques initiales et de réplication ont examiné en détail l’architecture dimensionnelle de l’Appearance-RS par le recours à des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors du processus de développement de l’outil, Park (2007) a soumis les 15 items multiplicatifs (anxiété × attente de rejet) à une analyse factorielle en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin). Les résultats ont révélé une structure empirique limpide :
- Un premier facteur dominant émerge nettement, avec une valeur propre (eigenvalue) très élevée (supérieure à 6,5), expliquant à lui seul plus de 45 % à 52 % de la variance totale des réponses.
- Le test du coude de Cattell (scree plot) indique une cassure brutale après le premier facteur, justifiant sans ambiguïté la rétention d’une solution unifactorielle.
- Toutes les saturations factorielles (factor loadings) des 15 scénarios sur ce facteur unique sont substantielles, oscillant entre 0,51 et 0,78, ne laissant subsister aucun item ambigu ou marginal.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et invariance de mesure
Pour confirmer formellement cette structure, des modèles d’équations structurelles ont été testés sur des échantillons indépendants masculins et féminins :
- Indices d’ajustement du modèle unifactoriel : Le modèle à un facteur général présente d’excellents critères d’adéquation aux données : le rapport Chi-deux sur degrés de liberté (χ²/ddl) est inférieur à 2,5 ; l’indice de comparaison de Bentler (Comparative Fit Index – CFI) est supérieur à 0,94 ; l’indice de Tucker-Lewis (TLI) est supérieur à 0,93 ; et l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) est comprise entre 0,045 et 0,062 avec un intervalle de confiance à 90 % étroit.
- Invariance selon le genre : Des tests d’invariance de mesure métrique et scalaire ont confirmé l’invariance factorielle à travers les sexes. Bien que les femmes présentent en moyenne des scores absolus d’Appearance-RS légèrement supérieurs à ceux des hommes (en raison de pressions normatives socioculturelles plus marquées sur l’esthétique corporelle féminine), l’instrument mesure rigoureusement le même construit sous-jacent chez les deux genres, avec une équivalence stricte de la charge des items.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Appearance-Based Rejection Sensitivity Scale (Appearance-RS Scale) / Échelle de sensibilité au rejet basé sur l’apparence.
- Auteur : Lora E. Park, Ph.D. (2007).
- Type de mesure : Questionnaire auto-rapporté fondé sur des scénarios hypothétiques (vignette-based situational questionnaire).
- Format et nombre d’items :
- Version complète : 15 scénarios situationnels.
- Version abrégée : 10 scénarios situationnels.
- Structure des questions par item : Pour chaque scénario décrit, le sujet doit répondre consécutivement à deux questions distinctes :
- Question (a) – Préoccupation ou anxiété quant au rejet esthétique : mesurée sur une échelle de 1 (« Très peu préoccupé(e) / inquiet(ète) ») à 6 (« Très préoccupé(e) / inquiet(ète) »).
- Question (b) – Attente d’acceptation sociale : mesurée sur une échelle de 1 (« Très peu probable ») à 6 (« Très probable »).
- Échelle de réponse authentique :
- Concern/Anxiety: 1 = very unconcerned to 6 = very concerned.
- Expectation of Acceptance: 1 = very unlikely to 6 = very likely.
- Procédure de calcul et formule de cotation :
- La sensibilité au rejet est conceptualisée selon un modèle cognitif où l’anxiété subjective n’engendre une souffrance disproportionnée que si l’individu s’attend effectivement à être rejeté (c’est-à-dire s’il anticipe une faible acceptation).
- Pour chaque scénario i (de 1 à 15), on inverse d’abord le score d’attente d’acceptation afin d’obtenir le score d’attente de rejet :
Attente de rejet = (7 − Score d'acceptation). - Le score partiel de sensibilité au rejet pour le scénario i correspond au produit multiplicatif :
RS_i = Score d'anxiété_i × (7 − Score d'acceptation_i). - Le score d’un scénario individuel est ainsi compris entre un minimum de 1 (1 × [7 − 6] = 1 × 1) et un maximum de 36 (6 × [7 − 1] = 6 × 6).
- Le score total d’Appearance-RS s’obtient en calculant la moyenne arithmétique des scores partiels des 15 scénarios (ou des 10 scénarios pour la version abrégée) :
Score Total = (∑ RS_i) / N, où N représente le nombre de situations (15 ou 10). - Un score moyen plus élevé indique une sensibilité accrue au rejet fondé sur l’apparence physique.
- Durée moyenne de passation : Environ 10 à 15 minutes pour la version à 15 scénarios ; 6 à 8 minutes pour la version courte à 10 items.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2007 (publication officielle dans le Personality and Social Psychology Bulletin).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par la Dre Lora E. Park et la Society for Personality and Social Psychology (SPSP) / SAGE Publications.
- Tarifs d’utilisation : L’utilisation de l’Échelle de sensibilité au rejet basé sur l’apparence est totalement gratuite pour les chercheurs académiques, les étudiants universitaires et les cliniciens œuvrant dans un cadre de recherche à but non lucratif ou de pratique évaluative individuelle non commerciale.
- Modalités d’obtention et permissions : Les fichiers originaux des versions intégrale (Full ARS) et abrégée (Short ARS) sont mis à disposition de la communauté scientifique par le biais du laboratoire de recherche de l’autrice (Self and Motivation Research Laboratory, University at Buffalo) ou via des plateformes d’instruments de mesure validés comme MIDSS (Measurement Instrument Database for the Social Sciences, identifiant DOI :
10.13072/midss.441). Toute reproduction commerciale ou insertion dans un logiciel payant nécessite une autorisation écrite formelle de l’autrice et des détenteurs des droits d’édition.
12. Références / References
- Calogero, R. M., Park, L. E., Rahemtulla, Z. R., & Williams, K. C. D. (2010). Predicting excessive body image concerns among British university students: The unique role of appearance-based rejection sensitivity. Body Image, 7(1), 78–81. https://doi.org/10.1016/j.bodyim.2009.09.006
- Crocker, J., & Wolfe, C. T. (2001). Contingencies of self-worth. Psychological Review, 108(3), 593–623. https://doi.org/10.1037/0033-295X.108.3.593
- Downey, G., & Feldman, S. I. (1996). Implications of rejection sensitivity for intimate relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 70(6), 1327–1343. https://doi.org/10.1037/0022-3514.70.6.1327
- Fredrickson, B. L., & Roberts, T.-A. (1997). Objectification theory: Toward understanding women’s lived experiences and mental health risks. Psychology of Women Quarterly, 21(2), 173–206. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.1997.tb00108.x
- Hart, E. A., Leary, M. R., & Rejeski, W. J. (1989). The Social Physique Anxiety Scale: Construction, validation, and preliminary findings. Journal of Sport & Exercise Psychology, 11(1), 94–104. https://doi.org/10.1123/jsep.11.1.94
- Park, L. E. (2007). Appearance-based rejection sensitivity: Implications for mental and physical health, affect, and motivation. Personality and Social Psychology Bulletin, 33(4), 490–504. https://doi.org/10.1177/0146167206296301
- Park, L. E., & Pinkus, R. T. (2009). Interpersonal effects of appearance-based rejection sensitivity. Journal of Research in Personality, 43(4), 602–612. https://doi.org/10.1016/j.jrp.2009.03.011