1. Résumé / Abstract
Le Test des associations à distance (Remote Associates Test, RAT), conçu initialement par Sarnoff A. Mednick et formalisé avec Martha T. Mednick et Sharon Halpern au début des années 1960, constitue l’un des instruments psychométriques les plus emblématiques et pérennes dans l’étude des processus créatifs et de la pensée associative. Fondé sur l’hypothèse théorique selon laquelle la créativité réside dans la capacité d’un individu à former de nouvelles combinaisons sémantiques à partir d’éléments mutuellement distants, le RAT opérationnalise le concept de synthèse associative en soumettant les sujets à des triades de mots apparemment hétérogènes.
Dans sa forme standardisée pour adultes et étudiants universitaires (18 ans et plus), le test comporte 30 items présentés sous forme papier-crayon ou administrés par voie informatisée. Chaque item se compose de trois vocables stimulants (par exemple : « cookies / sixteen / heart ») provenant de registres sémantiques dissemblables. Le répondant a pour tâche de découvrir un quatrième terme médiateur commun capable de s’associer sémantiquement ou syntaxiquement avec chacun des trois termes sources (dans cet exemple : « sweet »). Le format de réponse est une tâche de complétion ouverte (open-ended completion), où le participant doit générer et consigner activement le terme unificateur.
Sur le plan psychométrique, le RAT original présente une consistance interne remarquablement élevée pour une épreuve d’aptitude cognitive complexe. Les analyses de bissection corrigées par la formule de Spearman-Brown ont révélé des coefficients de fidélité de 0,91 au sein d’un échantillon masculin de l’Université du Michigan et de 0,92 auprès d’une cohorte féminine d’un collège de l’Est des États-Unis. Si la validité factorielle originale a longtemps soutenu un modèle unidimensionnel centré sur la production convergente créative, les investigations contemporaines par modélisation d’équations structurelles et théories de la réponse aux items (TRI) soulignent une saturation conjointe sur l’intelligence fluide (Gf), les compétences lexicales cristallisées (Gc) et des mécanismes exécutifs d’inhibition sémantique et de restructuration cognitive par « insight » (illumination soudaine).
2. Mots-clés / Keywords
Processus associatifs, pensée créative, test des associations à distance, créativité convergente, médiation cognitive, insight, flexibilité sémantique, résolution de problèmes, psychométrie cognitive, activation diffusante, gradients associatifs, fidélité Spearman-Brown.
3. Auteurs / Authors
Le développement fondamental et la formalisation psychométrique du Remote Associates Test sont principalement attribués à :
- Martha T. Mednick (également connue sous le nom de Martha Shuch Mednick) : Psychologue clinicienne et chercheuse en psychologie sociale et cognitive, affiliée durant ses travaux fondateurs à l’Institute for Social Research de l’Université du Michigan et ultérieurement professeure émérite à Howard University (Washington, D.C.). Ses recherches ont profondément enrichi la psychométrie de la créativité et la psychologie des femmes.
- Sharon Halpern : Chercheuse et collaboratrice technique ayant œuvré avec Mednick au département de psychologie de l’Université du Michigan lors des campagnes de validation empirique et d’étalonnage psychométrique des formes parallèles du RAT destinées aux populations collégiales et universitaires.
- Sarnoff A. Mednick (1928–2015) : Psychologue clinicien, psychopathologue et théoricien de la créativité de renommée mondiale, affilié à l’Université de Californie à Berkeley, à l’Université du Michigan et plus tard à la University of Southern California. Il est l’auteur de l’article théorique séminal paru en 1962 dans la Psychological Review qui a posé les fondations conceptuelles de l’instrument.
Les demandes académiques et documentaires historiques étaient traditionnellement gérées par la maison d’édition Houghton Mifflin, bien que les versions contemporaines dérivées relèvent désormais de la littérature de recherche ouverte ou d’adaptations spécialisées de laboratoires en neurosciences cognitives.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du Remote Associates Test est de mesurer de manière standardisée, rigoureuse et objective le processus de pensée créative associative, défini spécifiquement comme la capacité d’accéder à des représentations sémantiques éloignées, d’inhiber les associations prototypiques immédiates et de synthétiser des concepts dissemblables en une configuration sémantique unitaire nouvelle et fonctionnelle. Contrairement aux approches dominantes de son époque — portées notamment par les travaux de J.P. Guilford sur la pensée divergente qui privilégiaient la fluidité quantitative et l’idéation foisonnante —, Mednick a postulé que la créativité aboutie nécessite une phase intégrative et convergente où le système cognitif résout une équation sémantique contrainte.
Dans le domaine de la recherche fondamentale, le RAT est largement utilisé comme paradigme standardisé pour examiner :
- Les phénomènes d’insight cognitif (le fameux moment « Eurêka ! »), en comparant les résolutions par recherche stratégique analytique pas-à-pas aux résolutions émergentes soudaines caractérisées par une restructuration globale du champ sémantique.
- Les mécanismes d’amorçage sémantique et d’activation diffusante au sein de la mémoire déclarative, évaluant la vitesse et l’étendue de la propagation des signaux neuraux à travers des nœuds conceptuels éloignés.
- L’impact des états affectifs, du stress, de la prise de substances psychotropes, du sommeil (notamment le sommeil paradoxal / REM) et de la méditation sur la flexibilité mentale et le relâchement des contraintes cognitives associatives.
Sur le plan des applications appliquées et cliniques, le RAT fournit une méthode d’évaluation du potentiel créatif chez les adultes scolarisés, dispensée de biais de notation subjective inhérents aux tests ouverts traditionnels de créativité (tels que le Torrance Tests of Creative Thinking). Dans les cadres organisationnels et universitaires, il sert à identifier les profils d’individus capables de pensée latérale et d’innovation face à des problèmes ambigus et non structurés. En neuropsychologie et en psychiatrie, l’instrument a été employé pour caractériser les altérations des réseaux associatifs sémantiques dans les troubles du spectre de la schizophrénie (marqués par des associations excessivement lâches ou déviantes) et dans les pathologies affectives majeures (caractérisées par un rétrécissement cognitif et une rigidité des schémas de pensée).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par le Remote Associates Test s’articule autour de la notion de gradient associatif et de la dynamique d’exploration au sein des réseaux de la mémoire sémantique. Mednick théorise que tout concept verbal active un faisceau hiérarchique de réponses associées. La distinction psychométrique critique entre les individus hautement créatifs et les individus moins créatifs réside dans la configuration structurale de cette hiérarchie associative.
1. Hiérarchies associatives abruptes vs plates
Les individus caractérisés par une faible créativité présentent un gradient associatif abrupt (steep associative hierarchy) : face à un vocable inducteur (stimulus), ils génèrent rapidement un petit nombre d’associations hautement conventionnelles, fréquentes et prototypiques (par exemple, face à « table », la réponse immédiate et dominante sera « chaise »). L’énergie attentionnelle est épuisée dans ces réponses prototypiques, créant un blocage pour accéder à des liens plus originaux. En revanche, les individus hautement créatifs se distinguent par un gradient associatif plat (flat associative hierarchy) : ils disposent d’un répertoire associatif étendu où les réponses communes n’écrasent pas les associations distantes ; la distribution de probabilité d’évocation d’un terme rare ou lointain demeure élevée, facilitant ainsi l’émergence d’analogies inattendues.
2. Les trois voies de la créativité associative
Selon l’architecture conceptuelle du RAT, l’atteinte d’une combinaison créative valide peut survenir à travers trois mécanismes cognitifs distincts :
- La sérendipité (Serendipity) : La survenue accidentelle et simultanée dans l’environnement sensoriel de deux stimuli non reliés, permettant la découverte fortuite de leur conjonction (par exemple, la découverte de la pénicilline par Fleming).
- La similarité (Similarity) : La reconnaissance d’une ressemblance physique, structurelle ou sémantique entre deux éléments appartenant à des domaines disparates (processus central dans la pensée métaphorique et la création poétique).
- La médiation sémantique (Mediation) : L’invocation délibérée ou implicite d’un élément tiers qui sert de pont cognitif reliant des pôles conceptuels autrement disjoints. C’est précisément ce mécanisme d’induction médiatrice que le RAT isole et quantifie avec une rigueur expérimentale maximale.
3. Double exigence : divergence exploratoire et convergence sélective
Le RAT requiert une coordination exécutive sophistiquée : le répondant doit simultanément déployer une recherche divergente au sein de trois espaces sémantiques distincts correspondant aux trois mots présentés, tout en appliquant un filtre de convergence drastique pour sélectionner l’unique intersection lexicale satisfaisant les trois contraintes sémantiques ou contextuelles. Par exemple, pour l’item « cookies / sixteen / heart », le sujet doit inhiber les associés primaires de chaque mot (tels que « milk » pour cookies, « seventeen » pour sixteen, ou « love » pour heart) pour extraire l’élément médiateur sous-jacent « sweet » (sweet cookies, sweet sixteen, sweetheart). Il s’agit donc d’une épreuve emblématique de pensée convergente appliquée à des matériaux distribués de façon distante.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique du RAT repose sur la théorie associative du processus créatif formalisée par Sarnoff A. Mednick en 1962 dans son article princeps : « The associative basis of the creative process ». Cette théorie s’inscrit au carrefour de la tradition béhavioriste-associationniste américaine (héritière de Clark Hull et Kenneth Spence) et des premières intuitions de la psychologie cognitive moderne.
Fondements historiques et associationnisme
Mednick s’est inspiré des écrits introspectifs de grands scientifiques et mathématiciens, notamment Henri Poincaré. Poincaré soutenait que créer ne consiste pas à combiner n’importe quoi, mais à lier des éléments substantiellement utiles issus de régions lointaines de la pensée : « Parmi les combinaisons que l’on choisira, les plus fécondes seront souvent celles formées d’éléments empruntés à des domaines très éloignés ». Mednick a formalisé cette intuition en postulant une définition opérationnelle rigoureuse : la pensée créative est la recombinaison d’éléments associatifs en de nouvelles configurations qui soit répondent à des exigences spécifiques, soit s’avèrent manifestement utiles. Plus les éléments constitutifs de la nouvelle combinaison proviennent de zones mutuellement distantes de l’espace conceptuel, plus le processus de résolution est jugé intrinsèquement créatif.
Modèles d’activation diffusante et théories du double processus
Bien que formalisé initialement sous un paradigme stimulus-réponse (S-R), le cadre théorique du RAT a été pleinement réinterprété par la suite à la lumière du modèle de propagation de l’activation en réseau sémantique proposé par Collins et Loftus (1975). Lorsqu’un sujet lit les trois mots stimuli, des impulsions d’activation se propagent dans le réseau neuro-lexical le long des liens synaptiques. Pour que le mot cible soit identifié, l’activation conjointe issue des trois sources doit se superposer sur le nœud sémantique commun jusqu’à dépasser le seuil d’éveil conscient (phénomène de sommation spatiale de l’activation sémantique).
Ce processus mobilise des mécanismes exécutifs relevant des théories du double processus (Système 1 / heuristique et intuitif, et Système 2 / analytique et délibératif) :
- D’une part, une phase inconsciente, rapide et associative caractérisée par une désactivation de l’attention focalisée et un élargissement du champ lexical (permettant la germination de l’insight).
- D’autre part, une régulation métacognitive et un contrôle exécutif soutenus par le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC), nécessaires pour valider systématiquement si le candidat lexical découvert satisfait rigoureusement l’ensemble des trois contraintes syntaxiques ou composées de l’item.
7. Validité / Validity
L’évaluation des qualités métrologiques du RAT a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques depuis sa parution en 1962, suscitant d’abondants débats sur la nature exacte de sa validité de construit, de sa validité convergente et de sa validité discriminante.
Validité de construit et corrélats d’insight
La validité de construit du RAT en tant que mesure de la créativité et de la résolution de problèmes par illumination est solidement étayée par la littérature neurocognitive (Bowden et al., 2005). Les résolutions du RAT accompagnées de l’expérience phénoménologique d’insight (« Eureka ») démontrent des signatures neurophysiologiques spécifiques, notamment une augmentation subite de l’activité oscillatoire dans la bande gamma (approximativement 40 Hz) au niveau du gyrus temporal supérieur antérieur droit (aSTG) environ 300 millisecondes avant la réponse motrice ou verbale, précédée par un sursaut d’ondes alpha au niveau du cortex occipital (reflet d’une atténuation des influx sensoriels parasites).
Validité convergente
La validité convergente du RAT a été examinée en le confrontant à des épreuves établies d’aptitude intellectuelle et de pensée divergente :
- Tests de créativité divergente : Les corrélations entre le score global au RAT et les sous-échelles de fluidité, flexibilité et originalité des tests de Torrance (TTCT) ou de Guilford oscillent généralement entre r = 0,25 et r = 0,45. Cette amplitude modérée confirme que si le RAT partage une composante de flexibilité idéationnelle commune avec la pensée divergente, il capture une dimension spécifique : la capacité d’intégration convergente contrainte, absente des tâches de simple génération d’idées multiples.
- Résolution de problèmes par restructuration : Les corrélations entre le RAT et les énigmes classiques d’insight (comme le problème des 9 points, le problème de la bougie de Duncker ou le problème des deux cordes de Maier) se situent couramment entre r = 0,35 et r = 0,55, témoignant d’une parenté méthodologique profonde dans la nécessité de briser les fixités fonctionnelles sémantiques.
Validité prédictive des accomplissements créatifs
Dans les cohortes étudiantes originales examinées par Mednick (1962), les performances au RAT prédisaient de façon statistiquement significative le jugement par les pairs et par les professeurs quant au potentiel créatif d’étudiants en architecture, en psychologie et en design (corrélations de rang variant de r = 0,30 à r = 0,50). Des études longitudinales ont également montré que le score au RAT corrèle positivement avec l’obtention de brevets, la production de publications scientifiques innovantes et les performances en écriture créative.
Validité discriminante et le débat sur l’intelligence verbale
La principale controverse relative à la validité du RAT réside dans sa dépendance vis-à-vis de l’intelligence générale (g) et plus particulièrement de l’intelligence verbale cristallisée (Gc). Des études métrologiques rigoureuses (notamment Lee, Huggins & Therriault, 2014) rapportent des corrélations substantielles (souvent entre r = 0,40 et r = 0,65) entre les scores au RAT et des épreuves de vocabulaire ou de raisonnement analogique (SAT Verbal, Miller Analogies Test, WAIS Vocabulaire). Néanmoins, les analyses en régression multiple hiérarchique et les modèles factoriels confirmatoires démontrent systématiquement que le RAT conserve une variance unique significative prédisant l’insight et la flexibilité adaptative, même après avoir contrôlé statiquement le niveau de vocabulaire, la vitesse de traitement et la mémoire de travail.
8. Fidélité / Reliability
Dès sa phase initiale de standardisation, le Remote Associates Test s’est illustré par des indices de cohérence interne et d’homogénéité psychométrique exceptionnellement robustes pour un test d’aptitude cognitive créative, surpassant notablement la plupart des instruments de pensée divergente à cotation manuelle subjective.
Indices de consistance interne
Dans les données empiriques fondatrices publiées par Mednick (1962) :
- Au sein d’un échantillon normatif composé de femmes issues d’un collège universitaire d’arts libéraux de l’Est américain (Eastern women’s college), le coefficient de fidélité de bissection corrigé par la formule de Spearman-Brown a atteint la valeur de 0,92.
- Auprès d’un échantillon indépendant d’hommes scolarisés à l’Université du Michigan (University of Michigan), le coefficient de fidélité de Spearman-Brown obtenu a été de 0,91.
Dans les recherches psychométriques modernes utilisant les 30 items complets, l’indice de cohérence interne mesuré par le coefficient alpha de Cronbach (α) se situe typiquement dans une fourchette allant de 0,78 à 0,86. Les versions abrégées ou révisées (telles que les items composés de Bowden & Beeman, 2003) maintiennent des valeurs d’alpha de Cronbach comprises entre 0,70 et 0,83, en fonction de la durée allouée par item.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest du RAT a été évaluée sur des intervalles variant de deux semaines à six mois. Sur un intervalle moyen de quatre semaines, les coefficients de corrélation test-retest se maintiennent de façon stable autour de r = 0,75 à r = 0,82 chez des populations d’étudiants adultes, attestant d’une grande stabilité temporelle de la disposition psychologique à la recherche associative distante.
Indices de difficulté et de discrimination des items
L’analyse classique des items démontre un gradient de difficulté équilibré sur l’ensemble de l’épreuve de 30 items :
- Le taux moyen de réussite par item (indice de difficulté p) varie entre 0,15 (items difficiles, sollicitant une inhibition très poussée comme « line / fruit / drunk ») et 0,80 (items faciles comme « cookies / sixteen / heart »).
- Les coefficients de corrélation point-bisériale (rpb) reliant le succès à un item particulier au score total du test oscillent de manière générale entre 0,30 et 0,55, garantissant un pouvoir de discrimination item-test satisfaisant.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Bien que Sarnoff et Martha Mednick n’aient pas conduit d’analyses factorielles formelles par réduction de dimension dans leur monographie inaugurale de 1962 — s’appuyant principalement sur l’homogénéité des corrélations inter-items et la fidélité de bissection —, la structure factorielle du RAT a fait l’objet de nombreuses modélisations contemporaines au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).
Modèle unidimensionnel vs bifactoriel
Les premières études factorielles exploratoires ont conclu à la quasi-unidimensionnalité de la batterie, identifiant un facteur général prédominant expliquant la majorité de la variance commune (souvent entre 30 % et 45 % de la variance totale des items). Ce facteur général unitaire a été interprété comme la capacité de convergence associative sémantique.
Cependant, les investigations structurales récentes menées via la modélisation en équations structurelles (SEM) et les analyses factorielles confirmatoires bifactorielles (p. ex., Lee et al., 2014 ; Chermahini, Hickendorff & Hommel, 2012) proposent une architecture plus granulaire composée d’un facteur général et de facteurs de groupe :
- Un facteur général de résolution créative par illumination (Insight/Associative Synthesis) : Sur lequel l’ensemble des items sature significativement (charges factorielles standardisées comprises entre 0,35 et 0,68).
- Un facteur spécifique de fluidité lexicale / connaissances sémantiques cristallisées (Gc) : Capturant les compétences spécifiques de repérage de collocations linguistiques, d’idiomes et d’expressions composées (compound words).
- Un facteur de contrôle exécutif et de mémoire de travail : Associé à l’effort de recherche dirigée, au maintien en mémoire des indices lexicaux et au désengagement attentionnel des candidats erronés.
Modélisation selon la Théorie de la Réponse aux Items (TRI)
L’application de modèles logistiques à deux paramètres (2-PL) ou du modèle de Rasch met en lumière que le RAT couvre un large spectre du continuum d’aptitude latente (θ, thêta), s’étendant d’environ -2,5 à +2,5 écarts-types autour de la moyenne. Les items présentent des paramètres de discrimination (a) élevés, confirmant que le test est particulièrement efficace pour différencier les individus se situant dans les tranches moyennes à hautement supérieures de l’aptitude créative associative, évitant ainsi les effets de plafond marqués fréquemment observés dans d’autres instruments psychométriques.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Remote Associates Test se structure comme un test d’efficience cognitive verbale standardisé, dont les caractéristiques techniques de passation et de dépouillement sont précisées ci-dessous :
- Type d’instrument : Test psychométrique standardisé de performance maximale mesurant la pensée créative associative et la capacité d’insight sémantique.
- Format d’administration : Historiquement administré sous format papier-crayon collectif ou individuel ; couramment programmé et administré via des plateformes d’expérimentation informatisées (E-Prime, PsychoPy, Qualtrics).
- Nombre d’items : 30 items présentés sous forme de triades verbales linguistiquement calibrées.
- Format de réponse : Complétion ouverte (Open-ended completion (write the single word that connects all three stimulus words)). Le sujet doit consigner par écrit ou saisir au clavier l’unique terme cible établissant une association sémantique ou linguistique valide avec chacun des trois termes inducteurs.
- Consigne standard transmise au participant : Il est présenté au répondant trois mots par ligne, issus de contextes différents. Sa tâche est de trouver un quatrième mot qui se rattache simultanément aux trois mots présentés. Il est spécifié que le mot recherché peut s’associer par composition de mots, par collocation lexicale ou par relation sémantique conceptuelle directe. Des exemples d’entraînement résolus (ex. same / love / tennis → match) sont obligatoirement fournis avant le début de l’épreuve.
- Temps de passation : Dans la condition standard historique de Mednick, une durée limite de 30 à 40 minutes était allouée pour l’ensemble des 30 items. Dans les protocoles modernes et les études en imagerie cérébrale ou chronométrie mentale, une limite de temps stricte par item est fréquemment appliquée (couramment de 15 à 30 secondes par triade).
- Cotation et calcul des scores :
- Chaque item est coté de façon binaire : 1 point si le terme exact produit correspond à l’associé cible validé, 0 point si la réponse est erronée, absente ou hors délai.
- Aucun score inversé n’est présent.
- Le score global total correspond à la somme arithmétique directe des bonnes réponses, générant une échelle de score continue s’échelonnant de 0 à 30 points. Un score élevé reflète une flexibilité associative supérieure, une organisation sémantique étendue et une aptitude accrue à la résolution convergente par illumination.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Année de première parution officielle : 1962 (les formulaires standardisés universitaires ont été diffusés entre 1962 et 1967).
Statut légal, droits d’auteur et permissions :
- Le test original a été initialement publié et distribué sur le plan commercial par la maison d’édition Houghton Mifflin Company (Boston, MA).
- La forme originale de 1962 et les items publiés dans l’article fondateur de Mednick (1962) dans la Psychological Review sont largement reconnus comme appartenant au domaine de l’usage académique et scientifique. Ils peuvent être utilisés sans redevance commerciale à des fins de recherche fondamentale non lucrative, sous réserve de citer scrupuleusement la source séminale de l’auteur.
- Pour toute exploitation institutionnelle formelle, clinique ou commerciale utilisant les livrets imprimés protégés d’origine, il convient de vérifier la disponibilité des droits auprès des ayants droit ou des dépositaires légaux des archives psychométriques de Houghton Mifflin / Mednick.
- Tarifs : L’utilisation des stimuli du RAT à des fins de recherche en psychologie cognitive et neurosciences est généralement gratuite au sein de la communauté scientifique internationale. Des bases d’items normées enrichies contemporaines (comme celles de Bowden & Beeman, 2003) sont librement accessibles dans les annexes d’articles scientifiques révisés par des pairs.
12. Références / References
Les sources bibliographiques majeures documentant le développement, les fondements théoriques et les propriétés psychométriques du test sont listées ci-après en conformité avec les normes APA (7e édition) :
- Bowden, E. M., & Beeman, M. J. (2003). Normative data for 144 compound remote associate problems. Behavior Research Methods, Instruments, & Computers, 35(4), 634–645. https://doi.org/10.3758/BF03195543
- Bowden, E. M., Jung-Beeman, M., Fleck, J., & Kounios, J. (2005). New approaches to demystifying insight. Trends in Cognitive Sciences, 9(7), 322–328. https://doi.org/10.1016/j.tics.2005.05.012
- Chermahini, S. A., Hickendorff, M., & Hommel, B. (2012). Development and evaluation of a Dutch version of the Compound Remote Associate Task (CRAT). Behavior Research Methods, 44(3), 691–697. https://doi.org/10.3758/s13428-011-0171-3
- Collins, A. M., & Loftus, E. F. (1975). A spreading-activation theory of semantic processing. Psychological Review, 82(6), 407–428. https://doi.org/10.1037/0033-295X.82.6.407
- Lee, C. S., Huggins, A. C., & Therriault, D. J. (2014). A measure of creativity or intelligence? Examining the latent structure of the Remote Associates Test. The Journal of Creative Behavior, 48(4), 301–315. https://doi.org/10.1002/jocb.59
- Mednick, M. T., Mednick, S. A., & Sharon, E. V. (1964). Associative facilitation of creative thinking. Journal of Abnormal and Social Psychology, 68(1), 84–88. https://doi.org/10.1037/h0043132
- Mednick, S. A. (1962). The associative basis of the creative process. Psychological Review, 69(3), 220–232. https://doi.org/10.1037/h0048850
- Taft, R. (1967). Measuring creativity: An evaluation of the Remote Associates Test. The Journal of Creative Behavior, 1(3), 241–248. https://doi.org/10.1002/j.2162-6057.1967.tb00049.x
- Worthen, B. R., & Clark, P. M. (1971). Toward an improved measure of remote associational ability. Journal of Educational Measurement, 8(2), 113–123. https://doi.org/10.1111/j.1745-3984.1971.tb00913.x
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
Open-ended completion (write the single word that connects all three stimulus words)
Test Items:
- cookies / sixteen / heart (Target: sweet)
- poke / go / molasses (Target: slow)
- surprise / line / birthday (Target: party)
- base / show / dance (Target: ball)
- rat / blue / cottage (Target: cheese)
- envy / golf / beans (Target: green)
- board / duck / dollar (Target: bill)
- blue / cake / cottage (Target: cheese)
- scotch / tap / wash (Target: water)
- peach / arm / tar (Target: pit)
- walker / main / sweeper (Target: street)
- show / life / row (Target: boat)
- dew / comb / bee (Target: honey)
- out / band / dog (Target: house)
- silver / spot / gold (Target: coin)
- river / note / blood (Target: bank)
- wheel / hand / shopping (Target: cart)
- stop / petty / sneak (Target: thief)
- night / wrist / stop (Target: watch)
- preserve / range / tropical (Target: forest)
- high / district / house (Target: school)
- fountain / baking / pop (Target: soda)
- duck / fold / dollar (Target: bill)
- jump / kill / bliss (Target: joy)
- dream / blue / cloth (Target: print)
- stalk / trainer / king (Target: lion)
- cover / arm / wear (Target: leg)
- line / fruit / drunk (Target: punch)
- blue / wish / catch (Target: cold)
- change / circuit / cake (Target: short)