1. Résumé / Abstract
Le Quotient du Spectre Autistique (Autism Spectrum Quotient, ou AQ) constitue l’un des instruments d’auto-évaluation psychométrique les plus largement exploités et validés à l’échelle internationale pour mesurer l’expression des traits autistiques chez les adultes et les adolescents âgés de 16 ans et plus disposant d’un quotient intellectuel dans la norme ou supérieur (QI ≥ 70). Développé initialement par le professeur Simon Baron-Cohen et ses collaborateurs au Autism Research Centre (ARC) de l’Université de Cambridge en 2001, cet outil quantifie le degré auquel un individu neurotypique ou neurodivergent manifeste des traits associés au phénotype élargi de l’autisme (Broad Autism Phenotype, BAP).
Le questionnaire se compose de 50 items répartis de façon équilibrée en cinq domaines ou sous-échelles fondamentales comportant chacune 10 énoncés : les compétences sociales (Social Skill), la flexibilité attentionnelle ou alternance de l’attention (Attention Switching), l’attention aux détails (Attention to Detail), la communication interpersonnelle (Communication), et l’imagination conceptuelle et sociale (Imagination). Les participants répondent à l’aide d’une échelle ordinale en 4 points (« Tout à fait d’accord », « Plutôt d’accord », « Plutôt en désaccord », « Tout à fait en désaccord »), le système de cotation original binarisant les réponses (0 ou 1 point selon la présence ou non du trait autistique, fournissant un score global s’échelonnant de 0 à 50).
Sur le plan métrologique, l’AQ présente des propriétés psychométriques robustes établies dans de multiples pays et contextes cliniques. Dans l’étude princeps de Baron-Cohen et al. (2001), un seuil clinique de 32 permettait de discriminer 80 % des individus diagnostiqués avec un syndrome d’Asperger ou un autisme de haut niveau par rapport aux témoins neurotypiques (avec seulement 2 % de faux positifs). Des investigations ultérieures indépendantes, notamment menées par Broadbent et al. (2013), ont soutenu qu’un score seuil révisé de 29 optimise la sensibilité clinique (minimisant le taux de faux négatifs à 14,4 % tout en préservant un taux de faux positifs inférieur à 1 %). L’AQ démontre une consistance interne satisfaisante à élevée, une excellente fidélité test-retest et une validité convergente confirmée avec les critères diagnostiques du DSM-IV et du DSM-5.
2. Mots-clés / Keywords
Quotient du Spectre Autistique, AQ, Simon Baron-Cohen, trouble du spectre de l’autisme, syndrome d’Asperger, phénotype élargi de l’autisme, psychométrie, compétences sociales, flexibilité attentionnelle, évaluation clinique.
3. Auteurs / Authors
L’échelle du Quotient du Spectre Autistique a été conçue, formalisée et validée en 2001 par une équipe de chercheurs affiliés à l’Autism Research Centre (ARC), département de psychiatrie expérimentale de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), conjointement avec le Classroom Assessment and Diagnostic Clinic :
- Sir Simon Baron-Cohen, Ph.D. : Professeur de psychopathologie du développement à l’Université de Cambridge, Fellow du Trinity College, directeur de l’Autism Research Centre (ARC). Pionnier mondialement reconnu pour ses recherches sur la théorie de l’esprit, le cerveau empathique et la théorie de l’hypermasculinisation cognitive. Contact académique : Autism Research Centre, Department of Psychiatry, University of Cambridge, Douglas House, 18b Trumpington Road, Cambridge CB2 8AH, UK. Courriel institutionnel : [email protected].
- Sally Wheelwright, M.Phil. : Chercheuse principale et statisticienne senior au sein de l’Autism Research Centre, Université de Cambridge, spécialiste du développement d’instruments psychométriques (AQ, EQ, SQ).
- Richard Skinner, B.A. : Statisticien et associé de recherche en méthodologie clinique et épidémiologie psychiatrique, Université de Cambridge.
- Jacqueline Martin, B.A. : Spécialiste de la psychologie clinique et du diagnostic développemental, Cambridge Lifespan Autism Spectrum Service (CLASS).
- Emma Clubley, B.Sc. : Assistante de recherche en neuropsychologie cognitive, Autism Research Centre, Université de Cambridge.
4. Objectif / Purpose
Le Quotient du Spectre Autistique (AQ) a été élaboré pour combler un manque méthodologique majeur dans la psychiatrie contemporaine : l’absence d’un instrument d’auto-évaluation standardisé, rapide, auto-administrable et scientifiquement éprouvé, capable d’évaluer de manière quantitative la prévalence des traits autistiques chez les individus adultes d’intelligence moyenne ou supérieure. Historiquement, le diagnostic des troubles du spectre de l’autisme (TSA), et particulièrement du syndrome d’Asperger ou de l’autisme de haut niveau fonctionnel, reposait presque exclusivement sur des observations pédiatriques, des entretiens parentaux hétéro-rapportés (comme l’ADI-R) ou des évaluations standardisées directes menées par un clinicien (telles que l’ADOS). Ces approches, bien qu’essentielles, sont chronophages, coûteuses, et s’avèrent inadaptées pour le dépistage de masse ou la recherche en neurosciences cognitives auprès de populations adultes non institutionnalisées.
L’objectif fondamental de l’AQ repose sur le paradigme selon lequel l’autisme n’est pas une entité discontinue et catégorielle scindant de manière binaire l’humanité en deux groupes étanches, mais plutôt un continuum dimensionnel continu s’étendant à travers l’ensemble de la population générale. Les traits autistiques se distribuent selon une courbe de Gauss dans la population neurotypique, avec des niveaux particulièrement élevés chez les personnes recevant un diagnostic formel de TSA, mais également des niveaux intermédiaires chez les apparentés au premier degré de personnes autistes ou chez des professionnels spécialisés dans les domaines scientifiques ou mathématiques.
Sur le plan des applications cliniques, l’AQ est spécifiquement conçu comme un outil de dépistage (screening instrument) de première ligne. Il permet aux médecins généralistes, psychologues cliniciens et psychiatres d’évaluer la pertinence d’adresser un patient adulte vers une consultation hyperspécialisée pour un bilan diagnostique complet pluridisciplinaire. L’AQ n’est pas, en lui-même, un test diagnostique suffisant pour poser une conclusion nosologique formelle selon les critères de l’Organisation mondiale de la Santé (CIM-11) ou de l’APA (DSM-5), mais il met en évidence la sévérité et la constellation des atypies fonctionnelles rapportées par le sujet.
Dans la recherche académique, l’AQ est couramment utilisé comme variable continue pour corréler la charge en traits autistiques avec des biomarqueurs neuro-imageries fonctionnelles (IRMf), des paramètres génétiques, des capacités d’empathisation ou de systématisation, ainsi que des particularités sensorielles et exécutives dans des cohortes cliniques ou issues de la communauté.
5. Construit psychologique / Construct
L’AQ quantifie le construit multidimensionnel des traits du spectre autistique à travers cinq domaines fonctionnels distincts, modélisant les sphères cognitives, comportementales et sociales affectées dans le profil autistique conventionnel :
1. Compétences sociales (Social Skills)
Cette dimension évalue l’aisance perçue, la motivation intrinsèque et l’efficacité comportementale d’un individu dans les interactions sociales collectives. Les personnes autistes présentent couramment des difficultés à naviguer dans des réunions de groupe non structurées, une préférence marquée pour la solitude ou les interactions dyadiques maîtrisées, et une anxiété ou une maladresse lors de l’intégration dans des cercles relationnels inconnus. Par exemple, l’item 1 (« I prefer to do things with others rather than on my own ») mesure l’orientation vers le groupe, tandis que l’item 11 (« I find social situations easy ») et l’item 22 (« I find it hard to make new friends ») ciblent directement l’inhibition sociale ou le sentiment subjectif d’incompétence interpersonnelle.
2. Flexibilité attentionnelle / Alternance de l’attention (Attention Switching)
Ce sous-construit explore la flexibilité cognitive, la capacité à opérer un désengagement attentionnel, le respect scrupuleux de routines immuables et la propension à l’hyperfocalisation monomaniaque (monotropisme). Dans le spectre de l’autisme, l’alternance d’une tâche à l’autre induit un coût cognitif élevé et une détresse émotionnelle face aux changements imprévus. L’item 2 (« I prefer to do things the same way over and over again »), l’item 4 (« I frequently get so strongly absorbed in one thing that I lose sight of other things ») et l’item 25 (« It does not upset me if my daily routine is disturbed ») reflètent l’adhésion rigide aux habitudes et la résistance au changement spontané.
3. Attention aux détails (Attention to Detail)
Contrairement aux autres sous-échelles qui dénotent des limitations fonctionnelles, l’attention aux détails mesure un style perceptif particulier caractérisé par une acuité sensorielle exacerbée et un biais de traitement orienté vers les éléments locaux plutôt que vers la configuration globale (cohérence centrale faible). Les personnes présentant des traits autistiques élevés remarquent avec précision des régularités, des bruits faibles, des dates et des séries d’informations alphanumériques. Des items tels que l’item 5 (« I often notice small sounds when others do not »), l’item 6 (« I usually notice car number plates or similar strings of information ») ou l’item 19 (« I am fascinated by numbers ») opérationnalisent cette hypersensibilité analytique.
4. Communication interpersonnelle (Communication)
Cette échelle sonde la pragmatique du langage, la dynamique de réciprocité conversationnelle, la gestion du tour de parole et la compréhension de la subtilité communicationnelle (second degré, métaphores, ironie). Les déficits pragmatiques constituent un invariant clinique des TSA. L’item 18 (« When I talk, it isn’t always easy for others to get a word in edgeways ») explore le monologue centré sur ses intérêts, l’item 27 (« I find it easy to « read between the lines » when someone is talking to me ») aborde l’implicite verbal, et l’item 33 (« When talk on the phone, I’m not sure when it’s my turn to speak ») cible les indices temporels du dialogue.
5. Imagination sociale et conceptuelle (Imagination)
La sous-échelle de l’imagination évalue la capacité à générer des scénarios métaphoriques, la propension aux jeux de fiction (pretend play) et l’aptitude projective de la théorie de l’esprit (conceptualiser ce que ressent ou pense autrui). Les personnes avec un profil autistique manifestent fréquemment une littéralité de pensée et une difficulté à deviner les états mentaux d’autrui ou à s’immerger dans la fiction non factuelle. L’item 8 (« When I’m reading a story, I can easily imagine what the characters might look like »), l’item 20 (« When I’m reading a story, I find it difficult to work out the characters’ intentions ») et l’item 42 (« I find it difficult to imagine what it would be like to be someone else ») illustrent ce processus de décentration cognitive.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture de l’AQ s’enracine dans les formulations théoriques majeures de la neuropsychologie cognitive et du développement social développées à Cambridge entre la fin des années 1980 et le début des années 2000 :
La théorie de l’esprit et la cécité mentale (Mindblindness)
Formalisée par Baron-Cohen, Leslie et Frith (1985), la théorie de l’esprit désigne la faculté sociocognitive d’attribuer des états mentaux (croyances, désirs, intentions, connaissances, émotions) à soi-même et à autrui afin de prédire et d’interpréter les comportements sociaux. L’hypothèse de la cécité mentale postule que les personnes situées sur le spectre autistique éprouvent une difficulté spécifique et persistante à mentaliser spontanément. Dans l’AQ, les dimensions de « Communication », « Compétences sociales » et « Imagination » incorporent directement des situations nécessitant la lecture implicite des états mentaux d’autrui (ex. : repérer l’ennui d’un interlocuteur, comprendre la chute d’une plaisanterie, inférer les motivations de personnages fictionnels).
La théorie de la cohérence centrale faible (Weak Central Coherence)
Formulée par la psychologue cognitiviste Uta Frith (1989), cette théorie postule que le style de traitement cognitif neurotypique tend à intégrer automatiquement les informations contextuelles éparses pour en extraire le sens global, parfois au détriment des détails périphériques. À l’inverse, le traitement cognitif autistique est caractérisé par une cohérence centrale faible : une focalisation préférentielle sur les détails composants (« traitement localiste ») sans capture immédiate de la gestalt globale. La sous-échelle « Attention to Detail » opérationnalise ce principe théorique par l’évaluation systématique de la fascination pour les détails visuels ou auditifs discrets, les séries chiffrées et les schémas récurrents.
Le modèle empathisation-systématisation (E-S Theory)
Simon Baron-Cohen a par la suite intégré ces concepts au sein de la théorie Empathising-Systemising (E-S) et de la théorie du cerveau masculin extrême (Extreme Male Brain theory). Dans cette perspective, la cognition humaine varie selon deux grands axes indépendants :
- L’empathisation (E) : la pulsion à identifier les émotions et pensées d’une personne et à y répondre par une émotion appropriée.
- La systématisation (S) : la pulsion à analyser des systèmes réglés par des lois déterministes (mécanismes, ordinateurs, classifications, régularités temporelles) afin de construire des règles formelles prédictives.
L’AQ a été conçu comme l’expression phénotypique d’un déséquilibre orienté vers une hyper-systématisation combinée à une hypo-empathisation, reflétant une typologie cognitive où l’individu est attiré par les systèmes prévisibles et régulés (objets, listes, patterns) plutôt que par le monde social fluide, imprévisible et ambigu.
7. Validité / Validity
L’AQ a bénéficié de validations empiriques exhaustives documentant sa structure psychométrique sur des milliers de sujets à travers le monde :
Validité de construit et discriminante
Dans l’étude fondatrice de Baron-Cohen et al. (2001), l’AQ a été administré à un groupe clinique d’adultes présentant un syndrome d’Asperger ou un autisme de haut niveau (n = 58) et à un groupe témoin aléatoire représentatif de la population générale (n = 174). Les résultats ont révélé une divergence majeure : les adultes autistes ont obtenu une moyenne de score de 35,8 (Écart-type = 6,5), alors que le groupe témoin de la communauté affichait une moyenne de 16,4 (Écart-type = 6,3). Cette différence est hautement significative sur le plan statistique (t = 19,5, p < 0,0001, taille d’effet de Cohen extrêmement élevée avec d > 3,0).
L’AQ discrimine également les profils au sein de la population générale. Dans l’échantillon d’étudiants de l’Université de Cambridge (n = 840), les étudiants poursuivant des cursus en sciences exactes (mathématiques, informatique, physique) ont obtenu des scores significativement plus élevés (moyenne = 19,3) que ceux inscrits en sciences humaines et sociales (moyenne = 16,6) ou en littérature/arts (moyenne = 15,3). De même, les lauréats des Olympiades de mathématiques du Royaume-Uni présentaient une moyenne de 24,5, confirmant l’alignement théorique avec la dimension de systématisation.
Validité clinique et seuils diagnostiques (Cut-off)
Baron-Cohen et al. (2001) ont proposé un seuil critique initial de 32 : à ce niveau, 79,3 % des sujets autistes de leur échantillon étaient correctement identifiés, tandis que seulement 2,3 % des témoins contrôles dépassaient ce seuil. En 2013, Broadbent, Galic et Stokes ont réexaminé la sensibilité et la spécificité de l’AQ dans un échantillon clinique australien. Leurs analyses ROC (Receiver Operating Characteristic) ont déterminé qu’un seuil de coupure de 29 offrait un équilibre psychométrique supérieur :
- Taux de faux positifs : inférieur à 1 % dans la population générale.
- Taux de faux négatifs : 14,4 % chez les adultes diagnostiqués avec un TSA selon les critères du DSM-5.
- Score moyen des hommes avec autisme : 35,1 (SD = 6,9).
- Score moyen des femmes avec autisme : 38,1 (SD = 4,4).
Pour un score total de 29, un homme se situe au 18,9e centile de la population autiste masculine et au 95e centile de la population masculine générale. Pour une femme, un score de 29 correspond au 1,9e centile de la population autiste féminine et au 99,1e centile de la population féminine contrôle.
Validité convergente et divergente
L’AQ corrèle négativement de manière robuste avec le Quotient d’Empathie (Empathy Quotient, EQ ; r ≈ -0,50 à -0,65) et positivement avec le Quotient de Systématisation (Systemizing Quotient, SQ ; r ≈ +0,40 à +0,55). Les corrélations avec des instruments mesurant l’anxiété sociale (comme la LSAS) sont modérées (r ≈ 0,35 à 0,45), démontrant que si l’anxiété peut coexister avec les difficultés sociales de l’AQ, l’AQ capture des dimensions perceptives, communicatives et attentionnelles indépendantes de la phobie sociale.
8. Fidélité / Reliability
Les études d’évaluation métrologique attribuent à l’AQ d’excellentes qualités de réplicabilité et de consistance :
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon original de Baron-Cohen et al. (2001), la consistance interne de l’échelle totale était de α = 0,79 dans le groupe témoin et de α = 0,82 dans le groupe clinique. Concernant les 5 sous-échelles, les coefficients de consistance interne oscillent généralement de modérés à acceptables, reflétant la concision de chaque dimension (10 items) :
- Compétences sociales : α compris entre 0,70 et 0,77.
- Flexibilité attentionnelle : α compris entre 0,65 et 0,73.
- Attention aux détails : α compris entre 0,63 et 0,71.
- Communication : α compris entre 0,65 et 0,74.
- Imagination : α compris entre 0,60 et 0,68.
Dans des études de validation transcuturelles à grande échelle (par exemple la validation néerlandaise par Hoekstra et al., 2008, ou japonaise par Wakabayashi et al., 2006), l’alpha de Cronbach de l’échelle totale atteignait des valeurs comprises entre 0,82 et 0,87, démontrant une stabilité inter-échantillons remarquable.
Fidélité test-retest
La fidélité test-retest à moyen terme (intervalle de 2 à 4 semaines) a été évaluée auprès d’un sous-échantillon de participants neurotypiques et autistes. Le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) et le coefficient de Pearson pour le score global s’élèvent à r = 0,78 (p < 0,001), indiquant une stabilité temporelle satisfaisante des traits mesurés. Pour les sous-échelles prises individuellement, les corrélations test-retest varient de 0,68 (Imagination) à 0,81 (Compétences sociales).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La modélisation de la structure sous-jacente de l’AQ a fait l’objet de nombreux débats dans la littérature psychométrique contemporaine.
Structure originale à 5 facteurs
La conception théorique initiale postulait 5 dimensions de 10 items chacune, formulées a priori par Baron-Cohen et al. (2001) à partir de la sémiologie clinique classique de la triade d’impairments de Wing et Gould (1979). Bien que cette structure en 5 composantes présente une excellente validité d’apparence et facilite l’interprétation clinique par profils, plusieurs analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) indépendantes ont indiqué des ajustements modérés pour ce modèle exact à 5 facteurs de 10 items.
Modèles factoriels alternatifs et AFC
Dans une analyse factorielle confirmatoire d’envergure sur un échantillon de population générale (N = 1 003), Hoekstra et al. (2008) ont mis en évidence qu’un modèle à deux facteurs d’ordre supérieur ou un modèle réduit offrait un ajustement statistique supérieur aux données :
- Facteur 1 : « Compétences sociales et communication » (regroupant les items d’aisance sociale, de pragmatique conversationnelle et d’imagination sociale).
- Facteur 2 : « Attention aux détails et fascination pour les schémas » (regroupant les items perceptifs, numériques et répétitifs).
D’autres travaux (notamment Austin, 2005 ; Kloosterman et al., 2011) ont identifié des structures à 3 facteurs (Interaction sociale, Obsession des détails/patterns, Pragmatique verbale). Plusieurs items de la sous-échelle « Attention aux détails » (notamment les items 28, 29, 30) présentent des saturations croisées ou de faibles contributions sur le facteur autistique général, ce qui a conduit certains auteurs à développer des formes courtes de l’AQ (comme l’AQ-10 ou l’AQ-28). Néanmoins, pour l’AQ-50 standardisé, l’utilisation du score total unique complété par l’analyse des cinq sous-échelles demeure la méthode de référence préconisée dans le milieu clinique et universitaire international.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-rapporté). Peut être administré sous forme papier-crayon ou sur plateforme informatique numérisée.
- Population cible : Adultes et adolescents âgés de 16 ans et plus, dotés d’un fonctionnement intellectuel moyen ou supérieur (QI ≥ 70). (Il existe des versions distinctes adaptées pour les enfants de 4 à 11 ans [AQ-Child] et pour les adolescents de 12 à 15 ans [AQ-Adolescent], complétées par les parents).
- Nombre total d’items : 50 énoncés formulés à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale à 4 choix de réponse sans option neutre centrale : 1 = Definitely agree (Tout à fait d’accord), 2 = Slightly agree (Plutôt d’accord), 3 = Slightly disagree (Plutôt en désaccord), 4 = Definitely disagree (Tout à fait en désaccord).
- Système de cotation (Scoring) : Les réponses sont cotées de manière dichotomique (0 ou 1 point) selon que la réponse choisie traduit la présence du trait autistique :
- Cotation directe (1 point si « Definitely agree » ou « Slightly agree ») : Items 2, 4, 5, 6, 7, 9, 12, 13, 16, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 26, 33, 35, 39, 41, 42, 43, 45, 46. (Total = 24 items).
- Cotation inversée (1 point si « Definitely disagree » ou « Slightly disagree ») : Items 1, 3, 8, 10, 11, 14, 15, 17, 24, 25, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 34, 36, 37, 38, 40, 44, 47, 48, 49, 50. (Total = 26 items).
- Score total : Varie de 0 à 50 points.
- Interprétation des scores totaux :
- 0 – 21 points : Niveau de traits autistiques faible à moyen, typique de la population générale.
- 22 – 28 points : Niveau modéré de traits autistiques, fréquemment observé chez les proches au premier degré d’individus avec TSA ou les étudiants en filières scientifiques dures.
- 29 – 31 points : Seuil clinique suggéré par Broadbent et al. (2013) indiquant une charge substantielle en traits autistiques justifiant une investigation clinique formelle.
- 32 – 50 points : Seuil classique de Baron-Cohen et al. (2001) identifiant une forte présomption de trouble du spectre autistique ou de syndrome d’Asperger (plus de 80 % des patients diagnostiqués se situent dans cette zone).
- Sous-échelles (10 items par dimension, score de 0 à 10 par sous-échelle) :
- Compétences sociales (Social skill) : Items 1, 11, 13, 15, 22, 36, 44, 45, 47, 48.
- Flexibilité attentionnelle (Attention switching) : Items 2, 4, 10, 16, 25, 32, 34, 37, 43, 46.
- Attention aux détails (Attention to detail) : Items 5, 6, 9, 12, 19, 23, 28, 29, 30, 49.
- Communication (Communication) : Items 7, 17, 18, 26, 27, 31, 33, 35, 38, 39.
- Imagination (Imagination) : Items 3, 8, 14, 20, 21, 24, 40, 41, 42, 50.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et publication princeps : 2001.
- Détenteur des droits et copyright : © Simon Baron-Cohen et Autism Research Centre (ARC), University of Cambridge.
- Licence et accessibilité pour la recherche : Le questionnaire AQ-50 est accessible en libre accès pour la recherche scientifique non commerciale et pour l’évaluation clinique à des fins de dépistage. L’Autism Research Centre met à disposition le protocole en téléchargement libre sur son site web institutionnel officiel, sous réserve de citer expressément la publication source de Baron-Cohen et al. (2001).
- Tarifs d’utilisation : Gratuit pour l’usage clinique individuel non marchand et la recherche académique universitaire. Toute utilisation au sein d’applications commerciales propriétaires ou de plateformes logicielles payantes requiert une autorisation écrite préalable accordée par le centre de recherche de Cambridge.
12. Références / References
Les sources et études scientifiques fondamentales fondant la validité métrologique de l’instrument sont les suivantes :
- Austin, E. J. (2005). Personality, cognitive ability and the Autism-Spectrum Quotient (AQ) in a non-clinical database. Personality and Individual Differences, 39(8), 1395–1405. https://doi.org/10.1016/j.paid.2005.06.012
- Baron-Cohen, S., Leslie, A. M., & Frith, U. (1985). Does the autistic child have a « theory of mind »?. Cognition, 21(1), 37–46. https://doi.org/10.1016/0010-0277(85)90022-8
- Baron-Cohen, S., Wheelwright, S., Skinner, R., Martin, J., & Clubley, E. (2001). The autism-spectrum quotient (AQ): Evidence from Asperger syndrome/high-functioning autism, males and females, scientists and mathematicians. Journal of Autism and Developmental Disorders, 31(1), 5–17. https://doi.org/10.1023/A:1005653411471
- Broadbent, J., Galic, I., & Stokes, M. A. (2013). Validation of Autism Spectrum Quotient adult version in an Australian sample. Autism Research and Treatment, 2013, 984275. https://doi.org/10.1155/2013/984275
- Frith, U. (1989). Autism: Explaining the enigma. Basil Blackwell.
- Hoekstra, R. A., Bartels, M., Cath, D. C., & Boomsma, D. I. (2008). Factor structure, reliability and criterion validity of the Autism-Spectrum Quotient (AQ): A study in Dutch population and patient samples. Journal of Autism and Developmental Disorders, 38(8), 1555–1566. https://doi.org/10.1007/s10803-008-0538-x
- Kloosterman, P. H., Keefer, K. V., Liang, Z., Parker, J. D., & Holden, R. R. (2011). Autism spectrum quotient: Factor structure in a non-clinical sample. Personality and Individual Differences, 50(4), 422–427. https://doi.org/10.1016/j.paid.2010.10.025
- Wakabayashi, A., Baron-Cohen, S., Wheelwright, S., & Tojo, Y. (2006). The Autism-Spectrum Quotient (AQ) in Japan: A cross-cultural comparison. Journal of Autism and Developmental Disorders, 36(2), 263–270. https://doi.org/10.1007/s10803-005-0061-3
- Wing, L., & Gould, J. (1979). Severe impairments of social interaction and associated abnormalities in children: Epidemiology and classification. Journal of Autism and Developmental Disorders, 9(1), 11–29. https://doi.org/10.1007/BF01531288
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale: 4-point scale: 1 = Definitely agree, 2 = Slightly agree, 3 = Slightly disagree, 4 = Definitely disagree
Scoring note: Each item scores 1 point if the respondent records the autistic-like behavior either mildly or strongly.
Items where ‘agree’ (definitely or slightly) scores 1 point: 2, 4, 5, 6, 7, 9, 12, 13, 16, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 26, 33, 35, 39, 41, 42, 43, 45, 46.
Items where ‘disagree’ (definitely or slightly) scores 1 point: 1, 3, 8, 10, 11, 14, 15, 17, 24, 25, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 34, 36, 37, 38, 40, 44, 47, 48, 49, 50.
- I prefer to do things with others rather than on my own.
- I prefer to do things the same way over and over again.
- If I try to imagine something, I find it very easy to create a picture in my mind.
- I frequently get so strongly absorbed in one thing that I lose sight of other things.
- I often notice small sounds when others do not.
- I usually notice car number plates or similar strings of information.
- Other people frequently tell me that what I’ve said is impolite, even though I think it is polite.
- When I’m reading a story, I can easily imagine what the characters might look like.
- I am fascinated by dates.
- In a social group, I can easily keep track of several different people’s conversations.
- I find social situations easy.
- I tend to notice details that others do not.
- I would rather go to a library than a party.
- I find making up stories easy.
- I find myself drawn more strongly to people than to things.
- I tend to have very strong interests, which I get upset about if I can’t pursue.
- I enjoy social chit-chat.
- When I talk, it isn’t always easy for others to get a word in edgeways.
- I am fascinated by numbers.
- When I’m reading a story, I find it difficult to work out the characters’ intentions.
- I don’t particularly enjoy reading fiction.
- I find it hard to make new friends.
- I notice patterns in things all the time.
- I would rather go to the theatre than a museum.
- It does not upset me if my daily routine is disturbed.
- I frequently find that I don’t know how to keep a conversation going.
- I find it easy to « read between the lines » when someone is talking to me.
- I usually concentrate more on the whole picture, rather than the small details.
- I am not very good at remembering phone numbers.
- I don’t usually notice small changes in a situation, or a person’s appearance.
- I know how to tell if someone who is listening to me is getting bored.
- I find it easy to do more than one thing at once.
- When I talk on the phone, I’m not sure when it’s my turn to speak.
- I enjoy doing things spontaneously.
- I am often the last to understand the point of a joke.
- I find it easy to work out what someone is thinking or feeling just by looking at their face.
- If there is an interruption, I can switch back to what I was doing very quickly.
- I am good at social chit-chat.
- People often tell me that I keep going on and on about the same thing.
- When I was young, I used to enjoy playing games involving pretending with other children.
- I like to collect information about categories of things (e.g. types of car, types of bird, types of train, types of plant, etc.).
- I find it difficult to imagine what it would be like to be someone else.
- I like to plan any activities I participate in carefully.
- I enjoy social occasions.
- I find it difficult to work out people’s intentions.
- New situations make me anxious.
- I enjoy meeting new people.
- I am a good diplomat.
- I am not very good at remembering people’s dates of birth.
- I find it very easy to play games with children that involve pretending.