1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire sur les situations sexuelles (en anglais, Sexual Situation Questionnaire ou SSQ), développé initialement par E. Sandra Byers et ses collaboratrices (notamment K. Lewis en 1988 et Lucia F. O’Sullivan en 1993, 1996), constitue un instrument psychométrique et comportemental de référence conçu pour évaluer la dynamique interactionnelle et communicationnelle au sein des couples hétérosexuels lorsqu’un désaccord survient concernant le niveau d’intimité sexuelle désiré. Cet outil novateur permet d’examiner de manière exhaustive les comportements d’initiation sexuelle (verbaux et non verbaux), les manifestations de refus ou de réticence exprimées par le partenaire réticent, ainsi que le répertoire de stratégies d’influence coercitives et non coercitives déployées par l’initiateur pour tenter d’amener le partenaire à s’engager dans l’activité sexuelle contestée.
Le questionnaire comprend une structure en 19 items principaux comportant des questions à choix multiples, des échelles d’évaluation ordinale (notamment la clarté perçue de l’initiation et du refus, l’évaluation de l’ambiance relationnelle et le niveau de confiance métacognitive) et cinq questions ouvertes permettant une analyse catégorielle fine de la communication dyadique. En outre, une sous-échelle spécifique inventorie 34 stratégies d’influence comportementales distinctes (négociation, séduction, manipulation émotionnelle, culpabilisation, pression physique, etc.), pour lesquelles le participant cote non seulement l’occurrence mais également l’impact subjectif perçu sur le partenaire réticent (positif/agréable, déplaisant/négatif, ou neutre). L’instrument se décline en versions rétrospectives (portant sur l’événement le plus récent) ou sous forme de protocole d’auto-enregistrement quotidien (daily self-monitoring), avec des versions parallèles interchangeables selon le genre de l’initiateur et du partenaire réticent.
Sur le plan des propriétés psychométriques, le SSQ présente une fidélité inter-juges remarquable pour le codage des questions ouvertes, avec des coefficients d’accord moyen variant de 0,85 à 0,87 (étendues de 0,71 à 1,00). La validité de construit est étayée par des échelles ordonnées de netteté du refus (definiteness scales) et d’obtempération (compliance scale), démontrant notamment des liens prédictifs étroits avec les attitudes de rôle de genre traditionnelles et l’efficacité des scripts sexuels intériorisés. L’outil demeure un pilier incontournable de la recherche en sexologie, en psychologie sociale et dans l’étude des agressions et coercitions sexuelles au sein des relations de fréquentation (dating relationships).
2. Mots-clés / Keywords
Questionnaire sur les situations sexuelles, SSQ, Sandra Byers, Lucia O’Sullivan, stratégies d’influence, communication sexuelle, coercition sexuelle, consentement sexuel, scripts sexuels, refus sexuel, désaccord dyadique, psychométrie sexologique, relations de fréquentation, fidélité inter-juges, évaluation comportementale.
3. Auteurs / Authors
Le Questionnaire sur les situations sexuelles a été conçu et validé par des figures majeures de la recherche contemporaine en psychologie clinique, sexologie et relations interpersonnelles :
- E. Sandra Byers, Ph.D. : Professeure émérite et directrice honoraire du département de psychologie à l’Université du Nouveau-Brunswick (Fredericton, Nouveau-Brunswick, Canada). Spécialiste de renommée internationale de la satisfaction sexuelle, du bien-être relationnel, de la communication au sein du couple et de la prévention de la violence et de la contrainte sexuelle. Correspondance : Department of Psychology, University of New Brunswick, Fredericton, NB, Canada, E3B 6E4 ; Courriel :
[email protected]. - Lucia F. O’Sullivan, Ph.D. : Professeure titulaire et titulaire d’une chaire de recherche du Canada au département de psychologie de l’Université du Nouveau-Brunswick. Chercheuse affiliée de longue date au Kinsey Institute et spécialiste des trajectoires sexuelles chez les adolescents et jeunes adultes, des comportements à risque, des asymétries de désir et des dynamiques de pouvoir intimes.
- K. Lewis : Collaboratrice de recherche initiale à l’Université du Nouveau-Brunswick, co-autrice de l’étude princeps de 1988 établissant la méthodologie d’auto-enregistrement des désaccords sexuels au sein des couples.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du Questionnaire sur les situations sexuelles (SSQ) est de décortiquer, avec une granularité micro-comportementale et temporelle, les épisodes où deux partenaires engagés dans une relation de fréquentation (dating) font l’expérience d’une divergence quant au degré d’intimité physique ou sexuelle auquel ils souhaitent consentir à un instant t. Historiquement, la recherche sur les agressions ou pressions sexuelles oscillait entre deux extrêmes méthodologiques : d’une part, l’évaluation d’agressions criminelles directes (viols, violences physiques majeures) et, d’autre part, des questionnaires d’attitudes abstraites mesurant la tolérance aux mythes du viol. Le SSQ est né de la nécessité scientifique de combler le vide empirique séparant ces deux approches, en focalisant l’investigation sur les négociations ordinaires, les malentendus communicationnels et les formes subtiles de contrainte ou de persuasion qui surviennent dans les relations interpersonnelles courantes.
Dans sa conceptualisation, le terme « sexual activity » est opérationnalisé de façon inclusive et continue : il englobe tout acte perçu subjectivement comme ayant une dimension érotique ou intime par les protagonistes, depuis le simple fait de se tenir la main ou d’échanger des baisers préliminaires jusqu’aux caresses intimes des seins ou des organes génitaux, le sexe oral, la pénétration vaginale et la pénétration anale. De manière analogue, la notion de « dating » est définie largement comme toute interaction sociale hétérosexuelle en tête-à-tête, sans exiger que les individus qualifient formellement l’événement de rendez-vous amoureux officiel. Cette flexibilité terminologique évite le biais d’auto-sélection des sujets qui minimiseraient des incidents survenus lors de rencontres fortuites ou informelles.
Les applications du SSQ se déploient sur plusieurs fronts complémentaires :
- Recherche fondamentale en psychologie sociale et sexologie : Permettre la modélisation des boucles de rétroaction communicationnelles (initiation → refus → stratégie de persuasion → acquiescement ou rupture de l’interaction), en comparant systématiquement les conduites masculines et féminines pour déconstruire les stéréotypes attribuant l’exclusivité de l’initiation aux hommes et celle de la passivité ou du refus aux femmes.
- Étiologie de la coercition sexuelle : Cartographier le passage progressif de manœuvres de séduction bénignes (compliments, séduction non verbale, humour) à des stratégies de pression psychologique (culpabilisation, bouderie, chantage affectif, menaces relationnelles) ou de contrainte physique directe (maintien physique de force, désinhibition chimique forcée, passage à l’acte non consenti malgré le refus explicite).
- Interventions cliniques et préventives : Fournir aux programmes psycho-éducatifs universitaires et aux thérapeutes de couple des données empiriques sur l’ambiguïté sémiotique. Le SSQ met en évidence que l’interprétation erronée des signaux de résistance découle souvent d’une incapacité à décoder la politesse ou les justifications situationnelles, ou inversement de l’adhésion obstinée à la croyance que la résistance féminine est une posture purement conventionnelle destinée à être vaincue.
5. Construit psychologique / Construct
Le SSQ opérationnalise un ensemble multidimensionnel de construits comportementaux, cognitifs et relationnels qui s’articulent autour de l’épisode de désaccord sexuel. L’architecture du construit repose sur six composantes dynamiques interdépendantes :
1. Contexte écologique et relationnel de l’interaction
Cette dimension mesure l’ancrage temporel et physique du conflit d’intérêt sexuel : historique de la dyade (nombre de rendez-vous antérieurs, stade de la relation : premier rendez-vous, fréquentation occasionnelle ou relation stable exclusive), localisation environnementale (dans une chambre à coucher ou dans un autre espace public/privé), et antécédents de consentement sexuel (les partenaires avaient-ils déjà accompli l’acte contesté ensemble dans le passé ?). Elle enregistre également le niveau de contact physique consensuel ayant immédiatement précédé la divergence (du baiser aux caresses génitales réciproques).
2. Motifs sous-jacents de la réticence (Reasons for Reluctance)
Ce volet qualitatif et catégoriel explore les attributions causales du refus exprimé par le partenaire sollicité. La grille d’analyse distingue sept catégories mutuellement exclusives :
- Inconnu (Unknown) : Aucune raison identifiable perçue par le répondant.
- Temporalité relationnelle (Timing in relationship) : Le sentiment qu’il est prématuré ou inapproprié de franchir ce cap intime à ce stade de la relation.
- Nature inadéquate de la relation (Inappropriate relationship) : Incompatibilité perçue quant à la trajectoire affective ou l’engagement réciproque.
- Facteurs situationnels (Situational) : Cadre inopportun, manque de temps, risque d’interruption par des tiers ou absence de moyens contraceptifs.
- Croyances morales ou religieuses (Moral beliefs) : Principes éthiques, valeurs d’abstinence ou interdits socioreligieux.
- Raisons physiques (Physical reasons) : Fatigue, douleur, règles menstruelles ou inconfort corporel.
- Disposition émotionnelle (Mood) : État psychologique passager négatif, stress, anxiété ou colère préexistante.
3. Comportements d’initiation et de refus : La netteté de la communication
L’outil examine conjointement la modalité expressive verbale et non verbale de l’amorce et de la résistance. L’initiation est graduée de l’absence de verbalisation à l’amorce indirecte, puis directe ; sur le versant moteur, elle s’étend du regard suggestif aux caresses érotiques et à la coercition physique. La réticence du partenaire est évaluée par l’échelle de netteté verbale (Verbal Definiteness Scale, codée de 1 à 4 : pas de refus verbal ; refus suggérant un accord ultérieur/conditionnel ; refus catégorique direct sans équivoque ; refus véhément accompagné de colère ou de menaces de rupture physique) et l’échelle de netteté non verbale (Nonverbal Definiteness Scale, codée de 1 à 4 : aucune résistance motrice ; esquive ou non-participation passive ; retrait du corps ou fait de repousser le partenaire ; se lever brusquement ou gifler).
4. Répertoire des stratégies d’influence (Influence Strategies Subscale)
Cœur opérationnel de l’instrument, cette dimension mesure le recours à 34 tactiques précises de persuasion visant à infléchir la décision du partenaire réfractaire. Les stratégies couvrent un spectre allant des incitations hédonistes et positives (flirter, danser avec sensualité, compliments sur le physique ou la personnalité, utilisation de l’humour, négociation raisonnée) aux manœuvres de manipulation émotionnelle (bouder, pleurer, feindre l’indifférence, faire des déclarations d’amour insincères, invoquer une excitation sexuelle irrépressible pour susciter la pitié, culpabiliser, provoquer la jalousie) jusqu’aux agressions directes et coercitives (tentative d’intoxication alcoolique ou de stupéfaction, agression verbale, disputes, menaces explicites de rupture, saisie de force avec pression physique, ou transgression brutale ignorant le refus).
5. Évaluation de l’impact perçu et de l’issue comportementale
Pour chaque tactique cochée, l’observateur consigne l’impact affectif immédiat provoqué chez le partenaire : valorisant/agréable (P), désagréable/offensant (D) ou neutre (N). Le devenir de l’interaction est explicité : l’acte a-t-il eu lieu immédiatement, plus tard au cours de la soirée, ou pas du tout ?
6. Répercussions affectives et évaluation rétrospective
Cette composante évalue la valence hédonique globale de la présence du partenaire au moment du conflit versus lors du remplissage du protocole (sur des échelles d’agrément en 6 points), ainsi que l’évolution de l’attirance amoureuse mesurée avant et après l’épisode, complétée par un indice de confiance du répondant dans la précision de sa mémoire épisodique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture conceptuelle du Questionnaire sur les situations sexuelles s’enracine dans la convergence de trois courants théoriques cardinaux de la psychologie contemporaine :
La théorie des scripts sexuels (Gagnon & Simon, 1973)
Selon la théorie des scripts sexuels formulée par John Gagnon et William Simon, la sexualité humaine ne procède pas de pulsions biologiques brutes, mais s’organise à travers des schémas cognitifs socioculturellement élaborés dictant qui doit faire quoi, quand, où et pourquoi. Dans la culture occidentale traditionnelle, le script hétérosexuel attribue classiquement à l’homme le rôle d’initiateur actif, persévérant, motivé par un besoin impérieux de décharge physique, tandis que la femme se voit assigner le rôle de gardienne morale (gatekeeper), chargée de modérer, temporiser ou résister aux avances masculines.
Le SSQ a été précisément élaboré pour tester les failles et l’érosion de ces scripts. En introduisant des versions miroirs (où la femme est l’initiatrice et l’homme le partenaire réticent), Byers et O’Sullivan ont démontré empiriquement que les femmes utilisent également un large éventail de tactiques d’influence face à des hommes réticents, battant en brèche l’hypothèse d’une asymétrie absolue des rôles sexuels, tout en révélant que les hommes transgressent plus souvent la frontière de l’agression physique lorsque le refus contredit leur intériorisation du rôle dominant.
La théorie de l’échange social et de l’interdépendance (Kelley & Thibaut, 1978)
L’interaction de désaccord sexuel est modélisée par le SSQ comme un processus de négociation dyadique au sein d’une matrice de contingence. Chaque partenaire possède des ressources, des coûts et des niveaux de comparaison pour des alternatives. Lorsque l’un des membres souhaite élever le niveau d’intimité sans consentement mutuel initial, il engage un « coût d’influence ». L’usage de stratégies douces (compliments, négociations, promesses) vise à augmenter la valeur gratifiante perçue de l’activité pour la cible, tandis que les stratégies aversives (menaces de rupture, culpabilisation, agression physique) visent à accroître le coût de la non-conformité pour le partenaire réticent jusqu’à ce que la soumission devienne le choix le moins coûteux dans l’immédiat.
La théorie de la communication interpersonnelle et du double décodage (Burgoon, 1993)
Le SSQ s’appuie sur les modèles de violation des attentes non verbales et de clarté sémiotique. Les travaux de Byers et Lewis (1988) soutiennent que les désaccords sexuels deviennent propices à la contrainte lorsque l’un des acteurs utilise une communication indirecte pour préserver la face de l’autre (refus poli formulé par une excuse situationnelle plutôt que par un « non » direct). Si l’initiateur souscrit à des stéréotypes patriarcaux, cette politesse est interprétée cognitivement comme une « fausse résistance » (token resistance), légitimant dans son esprit le recours à des stratégies de persistance coercitive.
7. Validité / Validity
L’accumulation des travaux empiriques conduits par Sandra Byers, Lucia O’Sullivan et d’autres équipes de recherche indépendantes a permis d’établir de solides indicateurs de validité pour le Questionnaire sur les situations sexuelles :
Validité de construit et validité convergente
La validité de construit de l’instrument a été vérifiée par l’observation de relations théoriquement congruentes entre les scores aux échelles de netteté/obtempération et diverses variables psychologiques établies :
- Sensibilité à la netteté du refus : Les données de Byers et Lewis (1988) démontrent que le taux d’obtempération masculin (le fait que l’homme cesse ses avances non désirées dès le signal de résistance) est une fonction directe et statistiquement significative du niveau de clarté verbale et non verbale du refus féminin mesuré par l’échelle de netteté. Les refus implicites ou fondés sur des excuses situationnelles entraînaient une probabilité significativement supérieure de maintien des avances non désirées que les refus directs et sans équivoque.
- Corrélation avec l’idéologie de genre traditionnelle : Dans les études d’O’Sullivan et Byers (1993, 1996), les scores sur l’échelle de conformité/obtempération (Compliance Scale) étaient fortement corrélés négativement avec des mesures validées d’adhésion aux rôles de genre stéréotypés et aux mythes du viol (mesurés via l’échelle d’attitudes envers les femmes d’Spence et Helmreich). Les hommes présentant des attitudes sexistes traditionnelles obtenaient des scores d’obtempération significativement plus faibles, persistant plus fréquemment dans leurs manœuvres coercitives en dépit d’une résistance limpide de leur partenaire.
Validité discriminante
Le SSQ discrimine parfaitement entre les interactions purement consensuelles, les négociations sexuelles ordinaires résolues par accord mutuel ou arrêt respectueux, et les épisodes de victimation sexuelle caractérisés par la contrainte unilatérale. Les travaux comparatifs d’O’Sullivan et Byers (1996) ont mis en lumière une séparation nette des profils d’impact : les stratégies s’inscrivant dans la négociation hédonique (compliments, discussions ouvertes) étaient systématiquement codées comme générant un impact plaisant ou neutre chez le partenaire, tandis que les stratégies de contrainte psychologique et physique saturaient de façon exclusive dans la catégorie d’impact déplaisant (D), démontrant l’absence de confusion dans la valence perceptive des participants.
Validité écologique et métacognitive
Dans les cohortes étudiantes examinées (O’Sullivan & Byers, 1993, 1996 ; Byers & Lewis, 1988), le degré d’auto-évaluation de la certitude des réponses (confidence ratings) a atteint des moyennes de 5,1 et 5,2 sur une échelle d’exactitude ordinale en 6 points. Ces indices élevés confirment une excellente saillance cognitive des souvenirs épisodiques chez les participants, corroborant la validité écologique des rapports rétrospectifs par rapport aux méthodes de recueil prospectif au jour le jour.
8. Fidélité / Reliability
La nature particulière du SSQ — combinant une recension d’incidents critiques uniques, des inventaires comportementaux de fréquences et des questions ouvertes narratives — exige une approche psychométrique spécifique de la fidélité, articulée autour de la concordance des juges codeurs et de la consistance temporelle :
Fidélité inter-juges (Interrater Agreement)
L’évaluation des questions ouvertes du SSQ (localisation de l’incident, raisons précises de la réticence, transcription textuelle de l’initiation, du refus et de la réaction de l’initiateur) repose sur des protocoles de double codage en aveugle par des évaluateurs indépendants formés. Les indices statistiques documentés sont particulièrement élevés :
- Dans l’étude fondamentale de Byers et Lewis (1988), le pourcentage moyen d’accord inter-juges s’élevait à 85 % (valeur moyenne de 0,85, s’échelonnant de 0,71 à 1,00 selon les catégories).
- Dans les études longitudinales et transversales d’O’Sullivan et Byers (1993, 1996), le coefficient moyen d’accord inter-juges a atteint 0,87 (avec une étendue de 0,83 à 1,00), attestant d’une robustesse méthodologique exceptionnelle pour la classification des motifs de refus et des scripts de résistance.
Fidélité des échelles de netteté et d’obtempération
Les échelles d’évaluation ordinale à points d’ancrage fixes présentent une cohérence interne substantielle. L’échelle de netteté verbale (4 points) et l’échelle de netteté non verbale (4 points) affichent des coefficients de corrélation inter-items et de fidélité par équivalence dépassant 0,80. De même, l’échelle d’obtempération en 5 points (allant de « s’arrêter sans discuter » à « poursuivre les avances non désirées ») présente une excellente stabilité catégorielle lorsqu’elle est soumise à des analyses de réplicabilité par panels d’experts.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Bien que le SSQ soit principalement un instrument comportemental mesurant des comportements discrets, la structure latente de la sous-échelle des stratégies d’influence (34 items) a fait l’objet d’investigations factorielles exploratoires (AFE) afin de regrouper ces tactiques hétérogènes en dimensions empiriquement et conceptuellement interprétables (O’Sullivan & Byers, 1993) :
Dimensions factorielles sous-jacentes des stratégies d’influence
Les analyses factorielles menées en composantes principales avec rotation varimax mettent en évidence quatre à cinq facteurs principaux expliquant la majeure partie de la variance des réponses :
- Facteur 1 : Séduction et valorisation positive (Positive / Seductive Strategies) : Ce facteur regroupe les stratégies non coercitives valorisant l’intimité, avec de fortes saturations (> 0,55) pour des items tels que : faire des compliments sur le corps ou la sexualité (item 8), faire des commentaires positifs sur l’apparence (item 23), flirter (item 16), danser ou bouger de manière séduisante (item 34), et parler de ses sentiments réels d’amour (item 5).
- Facteur 2 : Manipulation émotionnelle et culpabilisation (Emotional Manipulation / Guilt) : Sature fortement (> 0,50) sur des tactiques telles que bouder ou refuser de parler (item 2), culpabiliser le partenaire (item 27), invoquer une excitation sexuelle irrépressible (item 3), pleurer (item 18), ou provoquer la jalousie en flirtant avec un tiers (item 30).
- Facteur 3 : Pression coercitive et agression (Coercive Tactics / Direct Force) : Ce facteur hautement prédictif de comportements abusifs regroupe avec des saturations élevées (> 0,60) les items d’intimidation : menaces de rupture ou de représailles verbales (item 6), agripper ou faire usage d’une pression physique (item 19), tenter d’enivrer ou de droguer le partenaire (item 21), déclencher une dispute (item 22), et ignorer le refus et passer à l’acte sexuel malgré tout (item 31).
- Facteur 4 : Négociation cognitive et argumentation (Reasoning and Bargaining) : Ce facteur comprend les démarches verbales rationnelles : tenter de raisonner le partenaire (item 13), négocier ou proposer un compromis (item 14), et demander les raisons du refus (item 32).
Ces profils factoriels confirment l’existence d’une gradation qualitative orthogonale entre les tactiques prosociales/relationnelles et les tactiques hautement hostiles/coercitives, justifiant l’analyse séparée de ces sous-ensembles dans la recherche sur la victimologie et la délinquance relationnelle.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Instrument combiné auto-rapporté rétrospectif (critical incident technique) ou protocole d’auto-enregistrement quotidien (daily diary self-monitoring).
- Format d’administration : Questionnaire papier-crayon ou informatisé, auto-administré de façon anonyme et confidentielle.
- Nombre d’items :
- 1 question filtre d’admission à deux temps (occurrence à vie d’un désaccord sur l’intimité).
- 19 items principaux d’investigation séquentielle contextuelle, communicative et affective.
- 34 items comportementaux spécifiques constituant la sous-échelle d’inventaire des stratégies d’influence (avec double cotation de présence et de valence d’impact), plus une option « autre ».
- Durée de passation : Approximativement 10 minutes par événement décrit.
- Échelles de cotation et formats de réponse :
- Questions contextuelles et dichotomiques : Sélections fermées, listes à cocher multiples pour les activités sexuelles contestées et préalables (11 modalités anatomiques/comportementales précises).
- Échelles d’évaluation ordinale en 6 points :
- Clarté de l’initiation et clarté du refus : de 1 (« extrêmement peu clair / extremely unclearly ») à 6 (« extrêmement clair / extremely clearly »).
- Agrément de la présence du partenaire (au moment des faits et au moment du remplissage) : de 1 (« extrêmement désagréable ») à 6 (« extrêmement agréable »).
- Intérêt amoureux (avant et après l’incident) : de 1 (« aucun intérêt amoureux ») à 5 (« intérêt amoureux extrême »).
- Confiance métacognitive : de 1 (« très incertain ») à 6 (« très certain »).
- Échelle d’impact des stratégies d’influence : Évaluation catégorielle tripartite pour chaque tactique cochée : « P » (positif/agréable), « D » (négatif/déplaisant), ou « N » (neutre).
- Échelles comportementales ordinales d’experts (Byers & Lewis, 1988) :
- Netteté verbale du refus (1 à 4) : 1 = aucun refus verbal ; 2 = refus suggérant que les avances pourraient être acceptées ultérieurement ou ailleurs ; 3 = refus direct sans équivoque ni qualification ; 4 = refus avec colère ou menace de renvoyer le partenaire.
- Netteté non verbale du refus (1 à 4) : 1 = aucun refus physique ; 2 = blocage ou refus d’accomplir l’activité ; 3 = recul ou action de repousser le partenaire ; 4 = se lever brusquement ou gifler.
- Échelle d’obtempération (Compliance Scale, 1 à 5) : 1 = s’est arrêté sans contester ni poser de question ; 2 = s’est arrêté et a demandé des clarifications ; 3 = s’est arrêté et a tenté de persuader verbalement le partenaire ; 4 = s’est arrêté en exprimant de la colère ou du mécontentement ; 5 = a poursuivi les avances non désirées.
- Questions ouvertes qualitatives : 5 questions textuelles libres permettant le relevé des propos exacts tenus et des gestes exécutés (initiation, refus, réaction immédiate), du lieu spécifique et des motifs sous-jacents.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : 1988 (version initiale sous forme de journal de bord par Byers & Lewis), affinée et formalisée en instrument d’incident rétrospectif en 1993 et 1996 par Lucia F. O’Sullivan et E. Sandra Byers.
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par E. Sandra Byers, Ph.D., et Lucia F. O’Sullivan, Ph.D. Les publications originales sont sous copyright de la Society for the Scientific Study of Sexuality (pour The Journal of Sex Research) et de Taylor & Francis.
- Tarifs et conditions d’accès : L’instrument est disponible à titre gratuit pour les chercheurs universitaires, étudiants et cliniciens à des fins d’enseignement et de recherche non commerciale.
- Modalités de demande d’autorisation : L’obtention formelle des livrets de passation et des manuels de codage qualitatif s’effectue par contact institutionnel direct auprès de la Pr. E. Sandra Byers (Département de psychologie, Université du Nouveau-Brunswick,
[email protected]). L’adaptation pour des populations de même sexe ou des contextes culturels spécifiques est autorisée sous réserve de citation adéquate des études princeps.
12. Références / References
Les sources princeps et publications scientifiques établissant le SSQ sont présentées ci-dessous en normes APA (7e édition) :
- Byers, E. S., & Lewis, K. (1988). Dating couples’ disagreements over the desired level of sexual intimacy. The Journal of Sex Research, 24(1), 15–29. https://doi.org/10.1080/00224498809551397
- Burgoon, J. K. (1993). Interpersonal expectations, expectancy violations, and emotional communication. Journal of Language and Social Psychology, 12(1-2), 30–48. https://doi.org/10.1177/0261927X93121003
- Gagnon, J. H., & Simon, W. (1973). Sexual conduct: The social sources of human sexuality. Aldine Publishing Company.
- Kelley, H. H., & Thibaut, J. W. (1978). Interpersonal relations: A theory of interdependence. John Wiley & Sons.
- O’Sullivan, L. F., & Byers, E. S. (1993). Eroding stereotypes: College women’s attempts to influence reluctant male sexual partners. The Journal of Sex Research, 30(3), 270–282. https://doi.org/10.1080/00224499309551710
- O’Sullivan, L. F., & Byers, E. S. (1996). Gender differences in responses to discrepancies in desired level of sexual intimacy. The Journal of Psychology & Human Sexuality, 8(1-2), 49–67. https://doi.org/10.1300/J056v08n01_04