Résumé
Le Questionnaire sur les expériences négatives de l’enfance (en anglais, Adverse Childhood Experiences Questionnaire ou ACE-Q) constitue l’un des instruments épidémiologiques et psychométriques les plus influents développés en santé publique et en psychologie clinique. Conçu initialement dans le cadre de l’étude séminale menée conjointement par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention – CDC) et le consortium de santé Kaiser Permanente (Felitti et al., 1998), cet outil évalue de manière rétrospective l’exposition à dix formes distinctes d’adversité vécues avant l’âge de 18 ans. L’instrument s’articule autour de trois grands domaines fondamentaux : les maltraitances directes (abus psychologique ou émotionnel, abus physique, abus sexuel), les négligences (négligence émotionnelle, négligence physique) et les dysfonctionnements du foyer familial (séparation ou divorce parental, violences conjugales subies par la mère ou la belle-mère, abus de substances psychoactives au sein du foyer, troubles mentaux ou tentatives de suicide d’un membre de la famille, et incarcération d’un membre du foyer).
L’échelle comporte 10 items formulés de manière dichotomique (Réponse : Oui = 1, Non = 0). Le score global, variant de 0 à 10, représente une mesure cumulative reflétant la charge allostatique et le cumul des stresseurs développementaux toxiques. D’un point de vue psychométrique, l’instrument démontre une excellente fidélité test-retest à travers le temps (coefficients Kappa et coefficients de corrélation intraclasse généralement supérieurs à 0,70 pour la majorité des catégories) ainsi qu’une remarquable validité de construit et de critère. Les recherches épidémiologiques et cliniques indiquent une relation dose-réponse graduée entre le score d’ACE et l’émergence ultérieure de multiples pathologies somatiques chroniques (maladies cardiovasculaires, bronchopneumopathies, cancers, obésité sévère), de troubles psychopathologiques majeurs (dépression majeure, trouble de stress post-traumatique, dépendances, idéations et tentatives suicidaires), ainsi que de trajectoires de mortalité prématurée réduisant l’espérance de vie jusqu’à 20 ans pour les scores les plus élevés.
Mots-clés
Expériences négatives de l’enfance, traumatisme développemental, maltraitance infantile, négligence parentale, dysfonctionnement familial, stress toxique, charge allostatique, épidémiologie psychiatrique, psychométrie, santé publique.
Auteurs
Le questionnaire ACE a été élaboré et standardisé par une équipe pluridisciplinaire de médecins, d’épidémiologistes et de chercheurs en sciences du comportement rattachés au département de médecine préventive de Kaiser Permanente à San Diego (Californie) et au National Center for Injury Prevention and Control des CDC à Atlanta (Géorgie) :
- Dr. Vincent J. Felitti, MD : Département de médecine préventive, Kaiser Permanente Medical Care Program, San Diego, Californie, États-Unis.
- Dr. Robert F. Anda, MD, MS : National Center for Injury Prevention and Control, Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Atlanta, Géorgie, États-Unis.
- Dr. Daniel Nordenberg, MD : Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Atlanta, Géorgie, États-Unis.
- Dr. David F. Williamson, PhD : Division of Diabetes Translation, Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Atlanta, Géorgie, États-Unis.
- Dr. Alison M. Spitz, MPH, MS : Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Atlanta, Géorgie, États-Unis.
- Dr. Valerie J. Edwards, PhD : Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Atlanta, Géorgie, États-Unis.
- Dr. Mary P. Koss, PhD : Mel and Enid Zuckerman College of Public Health, University of Arizona, Tucson, Arizona, États-Unis.
- Dr. James S. Marks, MD, MPH : National Center for Chronic Disease Prevention and Health Promotion, CDC, Atlanta, Géorgie, États-Unis.
Objectif
L’objectif fondamental du Questionnaire sur les expériences négatives de l’enfance est de quantifier l’exposition cumulative précoce à des facteurs d’adversité biopsychosociale majeurs survenus durant les périodes critiques du développement neurobiologique et relationnel (de la naissance à l’âge de 18 ans). Historiquement, les approches cliniques et épidémiologiques analysaient les traumatismes de manière segmentée, isolant l’abus sexuel de l’abus physique ou ignorant les retombées systémiques de la toxicomanie parentale et de la violence conjugale. L’étude de Felitti et al. (1998) a radicalement transformé ce paradigme en postulant que les différentes formes de maltraitance et de dysfonctionnement domestique surviennent rarement de manière isolée et partagent un potentiel d’impact neurodéveloppemental cumulatif.
Sur le plan des applications cliniques, l’ACE-Q sert d’outil de dépistage structuré pour évaluer le risque traumatique dans divers contextes médico-psychologiques : psychiatrie générale, pédopsychiatrie, médecine interne, services d’addictologie, protection de l’enfance et thérapies centrées sur le trauma. L’administration de l’outil permet aux praticiens d’ancrer les symptômes somatiques ou comportementaux récalcitrants de l’adulte (douleurs chroniques inexpliquées, conduites addictives, obésité réfractaire, labilité émotionnelle) dans une perspective de développementalement informée par le trauma (trauma-informed care). Pour le patient, ce dépistage favorise la psychoéducation, réduit la honte intériorisée et valide l’étiologie environnementale de ses difficultés actuelles, orientant ainsi le plan de traitement vers des interventions ciblant la régulation émotionnelle, la résilience et le retraitement neuroémotionnel des souvenirs traumatiques.
Sur le plan de la recherche, l’ACE-Q offre une métrique standardisée permettant de modéliser les trajectoires de vie, d’étudier l’épigénétique du stress chronique, d’analyser les mécanismes de la charge allostatique et d’orienter les politiques macro-sociales de prévention primaire. En objectivant le lien empirique entre l’adversité précoce et le fardeau économique des maladies chroniques, l’ACE-Q constitue un levier d’action privilégié pour justifier le déploiement d’investissements publics dans le soutien précoce à la parentalité, la lutte contre les violences intrafamiliales et l’accès universel aux soins de santé mentale périnatale et infantile.
Construit psychologique
Le construit théorique opérationnalisé par l’ACE-Q repose sur la notion d’adversité cumulative durant l’enfance, conceptualisée comme un ensemble hétérogène mais hautement corrélé d’expériences de stress toxique chronique vécues au sein de l’écologie familiale immédiate. L’échelle délimite dix sous-construits regroupés en trois dimensions majeures :
1. Maltraitances directes dirigées contre l’enfant
- Abus émotionnel ou psychologique (Item 1) : Défini par des conduites verbales ou non verbales répétées de dénigrement, d’insultes, d’humiliations publiques ou privées, de menaces de violences physiques ou d’actes délibérés visant à instiller chez l’enfant une terreur constante pour sa sécurité physique. Ce construit évalue l’atteinte directe à l’estime de soi fondamentale et au sentiment de sécurité psychologique.
- Abus physique (Item 2) : Défini par des actes d’agression corporelle commis par un parent ou un adulte du foyer, incluant le fait de pousser, empoigner, gifler, projeter des objets, ou frapper avec une intensité telle qu’elle engendre des ecchymoses, des plaies ou des blessures physiques nécessitant ou non des soins médicaux.
- Abus sexuel (Item 3) : Mesure l’imposition de contacts sexuels ou d’expositions sexuelles non sollicitées par une personne adulte ou âgée d’au moins 5 ans de plus que la victime, comprenant les attouchements des zones érogènes, le fait de contraindre l’enfant à toucher le corps de l’agresseur, ainsi que les tentatives ou les actes consommés de pénétration orale, anale ou vaginale.
2. Négligences développementales
- Négligence émotionnelle (Item 4) : Évalue le sentiment subjectif récurrent de carence affective au sein du cercle familial, caractérisé par la conviction que personne dans la famille n’aimait l’enfant, ne le considérait comme important ou spécial, ou par une absence totale de proximité, d’entraide et de soutien affectif mutuel entre les membres du foyer.
- Négligence physique (Item 5) : Correspond à la carence chronique dans la couverture des besoins biologiques et sécuritaires fondamentaux de l’enfant (alimentation insuffisante, port de vêtements souillés ou inadaptés, absence de protection face aux dangers), ou à l’incapacité parentale d’assurer les soins de santé essentiels en raison d’un état d’ébriété, d’intoxication aux drogues ou d’incurie sévère.
3. Dysfonctionnements du milieu familial (Household Dysfunction)
- Séparation ou divorce parental (Item 6) : Marque la rupture définitive de la dyade parentale durant l’enfance, souvent génératrice de transitions de vie déstabilisantes, de précarisation socio-économique ou de conflits de loyauté prolongés.
- Violence conjugale subie par la figure maternelle (Item 7) : Évalue l’exposition vicariante de l’enfant aux violences conjugales exercées contre sa mère ou sa belle-mère, allant des bousculades, gifles et projections d’objets, jusqu’aux agressions violentes à coups de poing, coups de pied, blessures infligées avec des armes blanches ou menaces par arme à feu.
- Consommation de substances psychoactives au sein du foyer (Item 8) : Présence dans l’environnement résidentiel d’un membre de la famille présentant un alcoolisme avéré, une consommation problématique d’alcool ou un usage illicite de stupéfiants, altérant la stabilité et la prévisibilité du climat domestique.
- Trouble mental ou comportement suicidaire familial (Item 9) : Présence d’un membre du foyer souffrant de dépression chronique, de psychose ou d’autres pathologies psychiatriques invalidantes, ou ayant commis une tentative de suicide, confrontant l’enfant à l’angoisse de mort et à la parentalisation précoce.
- Incarcération d’un membre de la famille (Item 10) : Emprisonnement effectif d’un parent ou d’un cohabitant du foyer, entraînant la stigmatisation sociale, la discontinuité de l’attachement et un stress économique et émotionnel aigu.
Cadre théorique
Le questionnaire ACE s’inscrit au carrefour de multiples paradigmes théoriques contemporains : la théorie de l’attachement de John Bowlby, le modèle de l’allostasie et de la charge allostatique développé par Bruce McEwen, et la théorie du stress toxique formalisée par le Center on the Developing Child de l’Université Harvard (Shonkoff et al., 2012).
La théorie de l’attachement postule que le développement psychoaffectif et l’intégration cognitive de l’enfant dépendent de la disponibilité, de la sensibilité et de la prévisibilité d’une figure d’attachement protectrice, servant de « havre de sécurité » et de « base de sécurité ». Lorsque les figures parentales deviennent elles-mêmes les sources du danger (maltraitances physiques, émotionnelles, sexuelles) ou s’avèrent incapables de réguler l’environnement (addictions, pathologies psychiatriques sévères), l’enfant fait face à un « paradoxe biologique insoluble » : le système d’alarme le pousse à chercher refuge auprès de la personne même qui génère la terreur. Ce mécanisme entrave la maturation des systèmes d’attachement sécure et favorise l’installation de schémas d’attachement désorganisés, associés à des déficits profonds de mentalisation et de régulation affective à l’âge adulte.
Sur le plan neurophysiologique et somatique, le concept de charge allostatique de McEwen éclaire la transposition biologique de l’adversité psychosociale. L’exposition prolongée et répétée à des stresseurs sans le tampon régulateur d’un adulte bienveillant active de manière chronique l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) et le système nerveux sympathique. Cette hypersécrétion soutenue de glucocorticoïdes (cortisol) et de catécholamines entraîne une cascade de remodelages structurels et fonctionnels au niveau des structures cérébrales immatures : atrophie dendritique de l’hippocampe, altération de la morphogenèse du cortex préfrontal dorsolatéral et hyperréactivité de l’amygdale. Parallèlement, cette contrainte physiologique perturbe la réponse immunitaire systémique, induisant un état inflammatoire chronique de bas grade (élévation de la protéine C-réactive, de l’IL-6 et du TNF-alpha), qui constitue le terrain biologique de maturation des maladies coronariennes, des maladies auto-immunes et du vieillissement cellulaire accéléré mesuré par l’attrition prématurée des télomères.
Enfin, l’ACE-Q repose sur le modèle écologique du développement humain de Bronfenbrenner (1979). Les perturbations du microsystème (foyer intrafamilial) exercent une influence proximale directe sur l’ontogenèse de l’enfant, qui internalise des mécanismes d’adaptation comportementale initialement protecteurs dans un contexte hostile (hypervigilance, dissociation, émoussement affectif), mais qui deviennent hautement dysfonctionnels et pathogènes dans les environnements sociaux et relationnels ultérieurs de l’adulte.
Validité
La validité psychométrique et épidémiologique du questionnaire ACE a été établie à travers des milliers d’enquêtes empiriques réalisées dans le monde entier, à commencer par la cohorte fondatrice de Kaiser Permanente comprenant 17 337 adultes (Felitti et al., 1998 ; Anda et al., 2006).
Validité de critère et prédictive
La robustesse prédictive de l’ACE-Q se caractérise par une relation dose-réponse constante, documentée tant pour les troubles mentaux que pour la morbidité somatique générale. Les études longitudinales et transversales démontrent que par rapport à un score ACE de 0 :
- Un score ≥ 4 multiplie par 4,6 le risque de dépression clinique au cours de la vie, par 12,2 le risque de tentatives de suicide, et par 3 à 5 le risque de trouble de stress post-traumatique (Anda et al., 2006).
- Le risque d’alcoolisme chronique est multiplié par 7,4, tandis que l’initiation précoce à l’usage de drogues illicites et l’addiction aux opiacés ou aux stimulants intraveineux sont multipliées par un facteur variant de 10 à 11 chez les personnes cumulant 4 ACE ou plus.
- Concernant la morbidité somatique, un score élevé (≥ 4) augmente significativement les risques relatifs ajustés de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO ; OR = 3,9), de cardiopathies ischémiques (OR = 2,2), d’accidents vasculaires cérébraux (OR = 2,4), d’hépatopathies chroniques (OR = 2,4) et d’obésité morbide de classe III (IMC ≥ 40 ; OR = 1,6 à 2,0).
- Les études de mortalité prospective indiquent que les personnes présentant un score ACE ≥ 6 présentent une diminution moyenne de l’espérance de vie d’environ 20 ans par rapport aux individus ayant un score nul (Brown et al., 2009).
Validité convergente et discriminante
La validité convergente de l’ACE-Q a été amplement vérifiée en le corrélant avec d’autres échelles d’évaluation traumatique validées internationalement, notamment le Childhood Trauma Questionnaire (CTQ ; Bernstein et al., 2003) et le Trauma Symptom Checklist-40 (TSC-40). Les corrélations entre les domaines de maltraitance de l’ACE-Q et les sous-échelles homologues du CTQ sont substantielles, oscillant habituellement entre r = 0,65 et r = 0,82 (p < 0,001), attestant que les questions courtes de l’ACE-Q ciblent fidèlement les mêmes réalités phénoménologiques que des inventaires dimensionnels plus volumineux.
La validité discriminante a été confirmée par la capacité de l’outil à dissocier l’impact spécifique de l’adversité intrafamiliale précoce d’autres facteurs de confusion socio-économiques comme le niveau de diplôme des parents ou le revenu à l’âge adulte. Même après ajustement multivarié pour le statut socio-économique actuel, l’ethnicité, l’âge et le genre, la relation prédictive entre le score ACE et les dysfonctionnements psychosociaux demeure statistiquement significative et de forte magnitude.
Fidélité
Bien que l’ACE-Q repose sur le rappel rétrospectif d’expériences vécues durant l’enfance — ce qui suscite historiquement des interrogations quant aux biais mnésiques —, les données empiriques démontrent une excellente stabilité et fidélité de mesure.
Fidélité test-retest
Dans les cohortes de validation longitudinale, la concordance temporelle des déclarations individuelles s’est avérée remarquablement élevée. Dube et al. (2004) ont réévalué un échantillon de plusieurs milliers de participants de l’étude ACE après un intervalle moyen de plusieurs années. Les coefficients Kappa de Cohen pour les dix items individuels s’échelonnaient de 0,55 à 0,77, indiquant une concordance allant de modérée à substantielle :
- Abus sexuel : κ = 0,75 – 0,78
- Incarcération d’un proche : κ = 0,72 – 0,76
- Substances au sein du foyer : κ = 0,68 – 0,73
- Abus physique : κ = 0,60 – 0,66
- Abus émotionnel : κ = 0,55 – 0,62
Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total cumulé (0 à 10) dépassait 0,80, démontrant que la quantification globale du fardeau d’adversité reste d’une stabilité clinique exemplaire à travers le cycle de vie.
Consistance interne
L’estimation de la cohérence interne par le coefficient alpha de Cronbach (α) pour l’ensemble des 10 items dichotomiques varie typiquement entre 0,70 et 0,81 selon les populations étudiées (Murphy et al., 2014 ; Ford et al., 2014). Bien que l’outil ait été conçu comme un index d’accumulation environnementale plutôt que comme une échelle homogène unidimensionnelle mesurant un trait latent pur, ce niveau de consistance interne atteste d’une co-occurrence significative et cohérente des différentes dimensions de l’adversité.
Analyse factorielle
La nature de la structure factorielle du questionnaire ACE a fait l’objet de nombreuses analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) dans la littérature psychométrique contemporaine.
Modèle à trois facteurs corrélés
La structure factorielle la plus largement répliquée et soutenue sur le plan empirique correspond à un modèle hiérarchique ou à trois facteurs de premier ordre (Ford et al., 2014 ; Meinck et al., 2017) :
- Facteur 1 : Maltraitances directes (Abus), englobant l’abus verbal/émotionnel (Item 1), l’abus physique (Item 2) et l’abus sexuel (Item 3). Les saturations factorielles standardisées pour ce facteur oscillent habituellement entre 0,65 et 0,85.
- Facteur 2 : Négligences développementales, regroupant la négligence émotionnelle (Item 4) et la négligence physique (Item 5), avec des saturations factorielles souvent comprises entre 0,60 et 0,80.
- Facteur 3 : Dysfonctionnements du milieu familial, réunissant le divorce parental (Item 6), la violence conjugale maternelle (Item 7), l’alcoolisme ou la toxicomanie au foyer (Item 8), la maladie mentale ou le suicide d’un proche (Item 9), et l’incarcération (Item 10). Les saturations standardisées pour ces items varient généralement de 0,45 à 0,78.
Les indices d’ajustement global pour ce modèle tridimensionnel dans les analyses AFC atteignent des seuils satisfaisants (par exemple : CFI > 0,95, TLI > 0,94, RMSEA < 0,05, SRMR < 0,04), surpassant significativement le modèle unidimensionnel strict.
Modèle bifactoriel et validité du score cumulé
Afin de justifier l’usage clinique universel d’un score total unique variant de 0 à 10, plusieurs chercheurs ont modélisé l’ACE-Q au moyen d’analyses factorielles confirmatoires bifactorielles (modèles bi-factor). Ces études mettent en évidence un facteur général d’adversité précoce robuste, expliquant la majeure partie de la variance commune (Omega hiérarchique ωh > 0,75), tout en conservant des facteurs spécifiques résiduels pour les abus, les négligences et le dysfonctionnement familial. Cette configuration méthodologique valide l’emploi clinique du score total cumulatif comme indice pertinent de la sévérité de l’exposition globale aux traumatismes infantiles.
Instrument de mesure
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation rétrospective (auto-questionnaire administrable sous format papier, numérique ou via un entretien clinique direct dirigé par un professionnel de santé).
- Population cible : Adultes et adolescents (dès 12 ans avec adaptations mineures ou passation guidée) ; une forme hétéro-évaluée peut être renseignée par les tuteurs légaux dans les contextes pédiatriques.
- Format d’administration : Auto-passation individuelle supervisée ou co-passation collaborative clinicien-patient afin de minimiser le potentiel de déstabilisation affective induit par l’évocation des traumatismes.
- Nombre d’items : 10 items fondamentaux recouvrant 10 catégories mutuellement exclusives d’adversité.
- Format de réponse : Dichotomique (Oui / Non ; 1 = Oui, 0 = Non).
- Temps de passation : Environ 3 à 5 minutes en auto-passation standard.
- Règles de cotation et de calcul du score :
- Chaque réponse affirmative (« Oui ») confère 1 point à la catégorie concernée.
- Chaque réponse négative (« Non ») est cotée 0 point.
- Le score global ACE-Q est obtenu par la somme arithmétique des 10 items, produisant un score total compris entre 0 et 10.
- Il n’y a pas d’items inversés. Le score exprime le nombre cumulé de catégories distinctes de stresseurs auxquels l’individu a été exposé avant l’âge de 18 ans, et non la fréquence absolue ou la durée d’un événement unique.
- Seuils d’interprétation clinique :
- Score = 0 : Absence d’exposition déclarée aux 10 catégories d’adversités répertoriées par l’outil (groupe de référence épidémiologique).
- Score de 1 à 3 : Exposition faible à modérée. Représente la majorité statistique de la population générale adulte (50 % à 70 %). Risque accru mesurable mais généralement modulable par les facteurs de protection et de résilience ultérieurs.
- Score ≥ 4 : Seuil de signification clinique majeure. Présent chez environ 5 % à 12 % de la population générale. Ce seuil marque un point d’inflexion exponentiel au-delà duquel les risques de pathologies cardiovasculaires, auto-immunes, addictives et psychiatriques graves sont multipliés par un facteur de 3 à 12.
- Score ≥ 6 : Exposition critique et extrême à un stress toxique omniprésent durant le développement, associée à une réduction documentée de l’espérance de vie d’environ 20 années.
Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication initiale : 1998 (Felitti et al., American Journal of Preventive Medicine).
- Statut du droit d’auteur : Domaine public clinique et académique. L’instrument original a été conçu avec le soutien d’agences gouvernementales fédérales américaines (CDC), ce qui permet son utilisation libre de droits à des fins de recherche scientifique, de formation universitaire et d’évaluation clinique non commerciale.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit (aucun coût d’acquisition de licence, aucune redevance par passation).
- Conditions d’utilisation et recommandations éthiques : Bien que le questionnaire soit en accès libre, son administration auprès de populations vulnérables requiert un encadrement déontologique strict. Les cliniciens et chercheurs doivent s’assurer de disposer de protocoles de soutien psychologique d’urgence en cas de réactivation émotionnelle ou de détresse péri-traumatique induite par le rappel des violences subies.
Références
Les travaux fondamentaux et études empiriques de référence validant le questionnaire ACE comprennent :
- Anda, R. F., Felitti, V. J., Bremner, J. D., Walker, J. D., Whitfield, C., Perry, B. D., Dube, S. R., & Giles, W. H. (2006). The enduring effects of abuse and related adverse experiences in childhood: A review of child abuse and adult psychopathology, and a proposed neurodevelopmental paradigm. European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 256(3), 174–186. https://doi.org/10.1007/s00406-005-0624-4
- Anda, R. F., Fleisher, V. I., Felitti, V. J., Edwards, V. J., Whitfield, C. L., Dube, S. R., & Williamson, D. F. (2004). Childhood abuse, household dysfunction, and indicators of impaired adult worker performance. The Permanente Journal, 8(1), 30–38. https://doi.org/10.7812/tpp/03-089
- Bernstein, D. P., Stein, J. A., Newcomb, M. D., Walker, E., Pogge, D., Ahluvalia, T., Stokes, J., Handelsman, L., Medrano, M., & Zule, W. (2003). Development and validation of a brief screening version of the Childhood Trauma Questionnaire. Child Abuse & Neglect, 27(2), 169–190. https://doi.org/10.1016/s0145-2134(02)00541-0
- Bronfenbrenner, U. (1979). The Ecology of Human Development: Experiments by Nature and Design. Harvard University Press.
- Brown, D. W., Anda, R. F., Tiemeier, H., Felitti, V. J., Edwards, V. J., Croft, J. B., & Giles, W. H. (2009). Adverse childhood experiences and the risk of premature mortality. American Journal of Preventive Medicine, 37(5), 389–396. https://doi.org/10.1016/j.amepre.2009.06.021
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- Edwards, V. J., Anda, R. F., Gu, D., Dube, S. R., & Felitti, V. J. (2007). Adverse childhood experiences and smoking persistence in adults with smoking-related symptoms and illness. The Permanente Journal, 11(2), 5–13. https://doi.org/10.7812/tpp/06-141
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Questions et items du questionnaire
Response Scale: Dichotomous (Yes / No; 1 = Yes, 0 = No)
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Did a parent or other adult in the household often swear at you, insult you, put you down, or humiliate you? Or act in a way that made you afraid that you might be physically hurt?
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Did a parent or other adult in the household often push, grab, slap, or throw something at you? Or ever hit you so hard that you had marks or were injured?
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Did an adult or person at least 5 years older than you ever touch or fondle you or have you touch their body in a sexual way? Or try to or actually have oral, anal, or vaginal sex with you?
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Did you often feel that no one in your family loved you or thought you were important or special? Or your family didn’t look out for each other, feel close to each other, or support each other?
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Did you often feel that you didn’t have enough to eat, had to wear dirty clothes, and had no one to protect you? Or your parents were too drunk or high to take care of you or take you to the doctor if you needed it?
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Were your parents ever separated or divorced?
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Was your mother or stepmother: often pushed, grabbed, slapped, or had something thrown at her? Or sometimes or often kicked, bitten, hit with a fist, or hit with something hard? Or ever repeatedly hit over at least a few minutes or threatened with a gun or knife?
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Did you live with anyone who was a problem drinker or alcoholic, or who used street drugs?
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Was a household member depressed or mentally ill, or did a household member attempt suicide?
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Did a household member go to prison?
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