Questionnaire sur le comportement alimentaire de l’enfant (CEBQ)

Le Child Eating Behaviour Questionnaire (CEBQ) est un instrument psychométrique parentale de 35 items évaluant les styles et traits alimentaires chez l’enfant : réactivité alimentaire, satiété, plaisir de manger et sélectivité.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Child Eating Behaviour Questionnaire (CEBQ), ou Questionnaire sur le comportement alimentaire de l’enfant, est un instrument psychométrique hétéro-rapporté standardisé conçu par la professeure Jane Wardle et ses collaborateurs en 2001 à l’University College London (UCL). Cet outil d’évaluation parentale a été développé pour quantifier de manière multidimensionnelle les variations phénotypiques et comportementales du style alimentaire chez les jeunes enfants âgés de 2 à 12 ans. Reposant sur la théorie de la susceptibilité comportementale à l’obésité (Behavioral Susceptibility Theory), le CEBQ permet de caractériser l’expression précoce de traits appétitifs distincts agissant comme des facteurs de risque ou de protection face à l’environnement obésogène moderne.

Le questionnaire est structuré en 35 items répartis selon une architecture factorielle robuste comprenant huit sous-échelles distinctes : la réactivité aux indices alimentaires (Food Responsiveness, FR), la suralimentation émotionnelle (Emotional Over-eating, EOE), le plaisir alimentaire (Enjoyment of Food, EF), le désir de boire (Desire to Drink, DD), la sensibilité à la satiété (Satiety Responsiveness, SR), la lenteur d’ingestion (Slowness in Eating, SE), la sous-alimentation émotionnelle (Emotional Under-eating, EUE) et la sélectivité/néophobie alimentaire (Food Fussiness, FF). Les réponses sont recueillies sur une échelle de type Likert à 5 points s’étalant de 1 (« Jamais » / Never) à 5 (« Toujours » / Always).

Sur le plan psychométrique, le CEBQ présente une consistance interne remarquable dans sa version originale et ses multiples adaptations internationales, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,72 et 0,91 pour les huit dimensions. La stabilité temporelle test-retest sur des intervalles de deux semaines à plusieurs mois s’avère hautement satisfaisante (coefficients de corrélation intraclasse couramment supérieurs à 0,70). La validité de construit et la validité convergente ont été corroborées par des associations directes avec l’indice de masse corporelle (IMC) de l’enfant, l’adiposité mesurée par absorptiométrie biphotonique à rayons X (DEXA) et des paradigmes comportementaux de consommation en laboratoire (notamment l’ingestion en l’absence de faim, Eating in the Absence of Hunger). Il s’agit aujourd’hui de l’un des instruments les plus cités et utilisés à l’échelle mondiale dans les cohortes pédiatriques de recherche nutritionnelle, génétique et comportementale.

2. Mots-clés / Keywords

Comportement alimentaire pédiatrique, CEBQ, appétit infantile, susceptibilité comportementale à l’obésité, réactivité alimentaire, sensibilité à la satiété, néophobie alimentaire, psychométrie parentale, Jane Wardle, régulation énergétique, adiposité pédiatrique, styles alimentaires.

3. Auteurs / Authors

Le questionnaire a été élaboré au sein du Department of Epidemiology and Public Health de l’University College London (UCL, Royaume-Uni) par une équipe multidisciplinaire de pionniers en psychologie de la santé et en épidémiologie comportementale :

  • Jane Wardle, Ph.D. (1950–2015) : Professeure de psychologie clinique et directrice du Cancer Research UK Health Behaviour Research Centre à l’UCL. Figure de renommée mondiale pour ses travaux fondateurs sur l’étiologie comportementale et génétique de l’obésité infantile.
  • Carly A. Guthrie, Ph.D. : Chercheuse en psychologie de la santé à l’University College London, spécialisée dans l’évaluation psychométrique des habitudes alimentaires précoces.
  • Stephen Sanderson, M.Sc. : Statisticien et chercheur en épidémiologie comportementale au Department of Epidemiology and Public Health de l’UCL.
  • Lucy Rapoport, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse associée à l’UCL, contributrice majeure des premiers protocoles cliniques et expérimentaux d’ingestion infantile.
  • Susan Carnell, Ph.D. : Professeure associée de psychiatrie et de sciences comportementales à l’École de médecine de l’Université Johns Hopkins (États-Unis), collaboratrice historique de Jane Wardle ayant dirigé les études ultérieures de validation structurelle et de réplication comportementale en laboratoire du CEBQ (Carnell & Wardle, 2007).

4. Objectif / Purpose

Le développement du Child Eating Behaviour Questionnaire (CEBQ) découle d’un constat épidémiologique et clinique fondamental : face à la généralisation d’un environnement nutritionnel contemporain hautement énergétique, omniprésent et commercialement attractif (souvent qualifié d’« environnement obésogène »), tous les enfants ne réagissent pas de manière uniforme. Certains développent une adiposité excessive dès la petite enfance, tandis que d’autres maintiennent une régulation pondérale stable. L’objectif premier du CEBQ est de capturer et d’opérationnaliser ces différences interindividuelles de réactivité appétitive afin d’identifier les profils comportementaux associés aux risques d’obésité ou, à l’inverse, d’insuffisance pondérale et de troubles du comportement alimentaire (TCA).

Applications en recherche épidémiologique et génétique

Dans les cohortes populationnelles longitudinales (telles que la cohorte britannique de jumeaux Gemini, la cohorte Generation R aux Pays-Bas ou la cohorte EDEN en France), le CEBQ est utilisé pour :

  • Déterminer l’héritabilité des phénotypes d’ingestion et leur médiation génétique face aux scores de risque polygénique (PRS) de l’obésité.
  • Analyser les trajectoires de croissance staturo-pondérale de la petite enfance à l’adolescence en fonction de la réactivité aux indices sensoriels externes vs internes.
  • Examiner les interactions réciproques entre les styles éducatifs parentaux en matière d’alimentation (restrictions, pressions à manger, instrumentalisation affective de la nourriture) et les prédispositions comportementales innées de l’enfant.

Applications cliniques et préventives

En pratique clinique pédiatrique, le CEBQ fournit aux équipes médicales (pédiatres, pédopsychiatres, psychologues cliniciens et diététiciens) une cartographie détaillée du profil d’appétit de l’enfant. Il permet de :

  • Distinguer les formes de surconsommation liées à une sensibilité accrue aux stimulations hédoniques externes (odeur, vue, disponibilité) des dérégulations émotionnelles (manger pour soulager une détresse affective ou un ennui).
  • Repérer les enfants présentant une régulation homéostatique défaillante (faible réactivité à la satiété) nécessitant un aménagement spécifique de l’environnement domestique (taille des portions, rythme des repas).
  • Évaluer la sélectivité alimentaire sévère (Food Fussiness) afin de poser les diagnostics différentiels nécessaires entre une néophobie développementale transitoire banale et un trouble de l’alimentation avec restriction ou évitement (ARFID).
  • Établir des interventions parentales ciblées fondées sur la psychoéducation, évitant les réponses coercitives délétères comme forcer un enfant lent ou restreindre autoritairement un enfant hyper-réactif.

5. Construit psychologique / Construct

Le CEBQ postule que le comportement alimentaire pédiatrique n’est pas un trait unitaire, mais un ensemble complexe d’adaptations neurocomportementales regroupées sous le concept de traits appétitifs. Ces traits sont globalement divisés en deux grands groupes fonctionnels : les traits d’« approche alimentaire » (food approach traits), positivement corrélés au poids, et les traits d’« évitement alimentaire » (food avoidant traits), négativement corrélés au poids.

1. Réactivité aux indices alimentaires (Food Responsiveness – FR)

Cette dimension mesure la propension de l’enfant à vouloir consommer de la nourriture en réponse à des stimuli sensoriels ou environnementaux (vision d’aliments appétissants, odeurs de cuisson, présence de friandises), indépendamment de son niveau physiologique de faim. Un score élevé reflète une salience motivationnelle disproportionnée accordée à l’alimentation. Exemple d’item : « Even if my child is full up s/he finds room to eat his/her favourite food » (Même s’il est rassasié, mon enfant trouve de la place pour manger son aliment favori).

2. Suralimentation émotionnelle (Emotional Over-eating – EOE)

Cette sous-échelle évalue l’augmentation quantitative de l’ingestion alimentaire déclenchée par des états affectifs à valence négative ou des situations de détresse psychologique (anxiété, colère, tristesse, fatigue, ennui). L’alimentation fonctionne ici comme une stratégie dysfonctionnelle d’autorégulation émotionnelle ou d’apaisement sensoriel. Exemple d’item : « My child eats more when anxious » (Mon enfant mange davantage lorsqu’il est anxieux).

3. Plaisir alimentaire (Enjoyment of Food – EF)

Le plaisir alimentaire quantifie l’intérêt général, l’enthousiasme subjectif et l’hédonisme manifestés par l’enfant à l’égard de la nourriture et du moment du repas. Les enfants présentant un score élevé manifestent une appétence marquée et une attitude particulièrement positive envers les repas. Exemple d’item : « My child loves food » (Mon enfant adore la nourriture).

4. Désir de boire (Desire to Drink – DD)

Cette dimension mesure le souhait constant de l’enfant de consommer des liquides, en particulier des boissons aromatisées ou sucrées, tout au long de la journée. Les recherches de Carnell et Wardle (2007) ont démontré que ce trait peut constituer une voie détournée de surconsommation calorique passive par l’ingestion continue de boissons à haute densité énergétique. Exemple d’item : « If given the chance, my child would drink continuously throughout the day » (Si on lui en laissait l’occasion, mon enfant boirait continuellement toute la journée).

5. Sensibilité à la satiété (Satiety Responsiveness – SR)

Cette sous-échelle apprécie la capacité physiologique et comportementale de l’enfant à ajuster son ingestion en réponse aux signaux internes de réplétion gastrique et d’adéquation énergétique. Un enfant doté d’une forte sensibilité à la satiété interrompt spontanément son alimentation lorsque ses besoins caloriques sont satisfaits, même en présence d’aliments attractifs. Exemple d’item : « My child gets full before his/her meal is finished » (Mon enfant est calé avant d’avoir terminé son repas).

6. Lenteur d’ingestion (Slowness in Eating – SE)

La lenteur d’ingestion quantifie la vitesse d’exécution du repas et la décélération progressive des prises de bouchées au fur et à mesure du déroulement du repas. En laboratoire, ce trait est directement associé à un rythme de mastication prolongé et à une régulation calorique plus rigoureuse. Exemple d’item : « My child takes more than 30 minutes to finish a meal » (Mon enfant met plus de 30 minutes pour terminer un repas).

7. Sous-alimentation émotionnelle (Emotional Under-eating – EUE)

À l’inverse de la suralimentation émotionnelle, ce construit mesure la baisse d’appétit et le désintérêt transitoire pour la nourriture provoqués par des affects négatifs ou un stress aigu (tristesse, colère, contrariété). Il reflète la réponse classique d’inhibition digestive sympathique en situation de stress perçu. Exemple d’item : « My child eats less when upset » (Mon enfant mange moins lorsqu’il est contrarié).

8. Sélectivité alimentaire / Néophobie (Food Fussiness – FF)

Cette dimension capture à la fois la sélectivité nutritionnelle (refus d’une large gamme d’aliments sur des critères de texture, d’aspect ou de goût) et la néophobie alimentaire (rejet catégorique des aliments non familiers ou réticence à tester de nouvelles saveurs). Exemple d’item : « My child decides that he/she doesn’t like a food, even without tasting it » (Mon enfant décrète qu’il n’aime pas un aliment, sans même y avoir goûté).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le CEBQ s’ancre principalement dans la Behavioral Susceptibility Theory (BST), formulée par Jane Wardle et approfondie par Susan Carnell et Clare Llewellyn. Selon la BST, l’obésité n’est pas simplement la conséquence d’un dérèglement métabolique passif, mais émerge de l’interaction dynamique entre un génome hérité favorisant des traits appétitifs d’approche et un environnement contemporain sursaturé d’aliments ultra-transformés et hyper-palatables.

Les fondements de la théorie de l’externalité et de l’autorégulation

La théorie de Jane Wardle s’inspire et affine la théorie de l’externalité de Stanley Schachter (1968), qui postulait que les personnes vulnérables à l’obésité répondent préférentiellement aux signaux externes (stimuli visuels, odeurs, horloge) plutôt qu’aux signaux homéostatiques internes de faim et de réplétion. Le CEBQ formalise cette dichotomie sous forme de traits continus mesurables dès le plus jeune âge :

  • La cascade de la satiété (John Blundell, 1991) : Le modèle psychobiologique de Blundell distingue les processus pré-ingestifs (faim sensorielle), intra-ingestifs (rassasiement) et post-ingestifs (satiété métabolique). Le CEBQ mesure l’efficience comportementale de cette cascade via les sous-échelles SR et SE, montrant que les enfants à faible sensibilité à la satiété possèdent un seuil de rassasiement retardé ou affaibli.
  • Le modèle génétique et évolutif : Dans une perspective évolutionniste, les traits favorisant une forte réactivité aux aliments et une faible sensibilité à la satiété constituaient un avantage adaptatif majeur en période de pénurie alimentaire ancestrale, maximisant l’accumulation de réserves adipeuses. Dans notre société d’abondance sédentaire, ces mêmes adaptations deviennent des facteurs directs de risque de gain pondéral pathologique.

L’héritabilité des traits appétitifs

Les études sur de vastes cohortes de jumeaux monozygotes et dizygotes (notamment la cohorte Gemini regroupant plus de 2400 paires de jumeaux suivis depuis la naissance) ont révélé que les scores du CEBQ présentent une héritabilité substantielle, comprise entre 50 % et 80 % pour le plaisir alimentaire, la réactivité aux indices et la sensibilité à la satiété (Llewellyn et al., 2010). Ces traits agissent ainsi comme des endophénotypes comportementaux par lesquels les polymorphismes génétiques prédisposants (tels que les variants du gène FTO) modulent l’adiposité corporelle.

7. Validité / Validity

Les propriétés psychométriques du CEBQ ont été documentées à travers des études cliniques, comportementales et épidémiologiques menées sur des échantillons diversifiés à l’échelle internationale.

Validité de construit et validité factorielle

La structure originale à huit facteurs identifiée par Wardle et al. (2001) chez 397 parents d’enfants âgés de 4 à 11 ans a démontré une excellente adéquation aux données empiriques. Cette structure a été reproduite de manière rigoureuse dans des contextes culturels variés : aux Pays-Bas (Sleddens et al., 2008), au Portugal (Viana et al., 2008), au Canada, en Australie (Mallan et al., 2013) et en France (de Lauzon-Guillain et al., 2012 au sein de l’étude EDEN). Toutes ces validations confirment l’invariance de mesure de l’instrument à travers les sexes et les tranches d’âge pédiatriques.

Validité convergente et comportementale en laboratoire

Une étape déterminante de la validation psychométrique a consisté à vérifier si les déclarations parentales au CEBQ reflétaient fidèlement les comportements effectifs des enfants lors d’expérimentations standardisées en laboratoire (Carnell & Wardle, 2007) :

  • Paradigme de l’ingestion en l’absence de faim (EAH) : Les scores élevés à la sous-échelle Food Responsiveness prédisent significativement une consommation calorique accrue de collations sucrées et salées immédiatement après un repas complet où l’enfant a mangé à satiété ($r = 0,38$, $p < 0,001$).
  • Paradigme de compensation calorique (COMPX) : Les enfants obtenant des scores élevés en Satiety Responsiveness et Slowness in Eating démontrent une capacité précise d’ajustement calorique : lorsqu’on leur sert un pré-chargement calorique (boisson riche en énergie vs boisson placebo), ils réduisent spontanément leur consommation lors du repas suivant pour compenser l’apport énergétique reçu ($r = 0,42$, $p < 0,01$).

Validité critérielle et prédictive de l’adiposité

Les scores aux échelles d’approche alimentaire (FR, EOE, EF, DD) présentent une corrélation positive systématique avec le z-score d’IMC pour l’âge et le sexe ($z$-IMC), le tour de taille et le pourcentage de masse grasse mesuré par impédancemétrie ou DEXA. Inversement, les échelles d’évitement alimentaire (SR, SE, EUE, FF) sont négativement corrélées à l’indice corporel ($r$ variant de $-0,22$ à $-0,35$, $p < 0,001$). Les études longitudinales attestent par ailleurs que la réactivité alimentaire à l’âge de 4 ans prédit le risque d’évolution vers le surpoids ou l’obésité à l’âge de 10 ans.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité du CEBQ a été examinée sous l’angle de la consistance interne, de la stabilité temporelle (test-retest) et de l’accord inter-évaluateurs (père-mère).

Consistance interne

Dans l’étude princeps de Wardle et al. (2001), les coefficients alpha de Cronbach ont démontré un niveau d’homogénéité interne très satisfaisant pour l’ensemble des huit sous-échelles :

  • Food Responsiveness (FR) : $\alpha = 0,82$
  • Emotional Over-eating (EOE) : $\alpha = 0,75$
  • Enjoyment of Food (EF) : $\alpha = 0,87$
  • Desire to Drink (DD) : $\alpha = 0,85$
  • Satiety Responsiveness (SR) : $\alpha = 0,76$
  • Slowness in Eating (SE) : $\alpha = 0,76$
  • Emotional Under-eating (EUE) : $\alpha = 0,74$
  • Food Fussiness (FF) : $\alpha = 0,91$

Les études de réplication subséquentes menées sur des échantillons de plusieurs milliers d’enfants rapportent des coefficients oméga de McDonald ($\omega$) et des alphas de Cronbach comparables, confirmant que chaque sous-échelle capte une variance unitaire sans redondance excessive.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

L’évaluation de la stabilité test-retest à un intervalle de deux semaines dans l’étude fondatrice a révélé des coefficients de corrélation de Pearson très élevés, s’échelonnant de $r = 0,52$ à $r = 0,87$ ($p < 0,001$). Dans l’étude de Carnell et Wardle (2007), la stabilité test-retest réévaluée a donné des valeurs moyennes de corrélation intraclasse supérieures à 0,70. De plus, des analyses longitudinales sur des cohortes suivies sur 12 à 24 mois démontrent que bien que les scores puissent légèrement évoluer avec la maturation de l’enfant, le rang relatif des enfants au sein de la cohorte demeure remarquablement stable au cours du développement.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’architecture factorielle du CEBQ a été établie à l’origine par une analyse factorielle exploratoire (AFE), complétée par des analyses factorielles confirmatoires (AFC) dans de nombreuses études indépendantes.

Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) initiale

Dans les travaux initiaux de Wardle et al. (2001), une AFE avec extraction en composantes principales suivie d’une rotation Varimax a été conduite sur les données recueillies auprès des parents. Les critères d’extraction (valeur propre > 1 et examen du diagramme d’éboulis de Cattell) ont nettement isolé huit facteurs orthogonaux expliquant collectivement 64 % de la variance totale des scores :

  • Tous les items présentent une saturation principale substantielle ($ge 0,50$) sur leur facteur théorique respectif.
  • Les saturations croisées (cross-loadings) sur d’autres facteurs demeurent minimes ($le 0,25$), confirmant une discrimination conceptuelle nette entre les dimensions.
  • Par exemple, les items de l’échelle Food Fussiness saturent entre $0,64$ et $0,82$ sans contamination par les items de l’échelle Enjoyment of Food, démontrant que la néophobie/sélectivité constitue un construit distinct de la simple absence de plaisir de manger.

Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC) et ajustement des modèles

Les modélisations par équations structurelles menées par Carnell et Wardle (2007) puis répliquées par Sleddens et al. (2008) ont comparé le modèle à huit facteurs à des modèles concurrents (par exemple, un modèle bipolaire à deux facteurs regroupant simplement l’approche et l’évitement). Le modèle à 8 dimensions présente des indices d’adéquation significativement supérieurs :

  • Comparative Fit Index (CFI) : $ge 0,93$
  • Tucker-Lewis Index (TLI) : $ge 0,92$
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : $le 0,045$ (intervalle de confiance à 90 % : $0,040 – 0,051$)
  • Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : $le 0,052$

Les corrélations inter-facteurs confirment une organisation théorique cohérente : les facteurs d’approche alimentaire sont positivement corrélés entre eux (ex. FR et EF, $r \approx 0,60$), tout comme les facteurs d’évitement (ex. SR et SE, $r \approx 0,55$), tandis que des corrélations négatives significatives s’observent entre traits d’approche et traits d’évitement.

10. Instrument de mesure / Instrument

Le CEBQ est un inventaire psychométrique hétéro-rapporté par l’un des parents ou le tuteur légal habituel de l’enfant.

  • Format du test : Questionnaire papier-crayon ou informatisé auto-administré par le parent.
  • Nombre d’items : 35 énoncés décrivant des réactions, attitudes et comportements observables lors des repas et au quotidien.
  • Population cible : Enfants âgés de 2 à 12 ans environ (une version adaptée pour les nourrissons, le Baby Eating Behaviour Questionnaire ou BEBQ, a été développée ultérieurement pour les 0-12 mois).
  • Temps de passation : Environ 10 à 15 minutes.
  • Format des réponses : Échelle de Likert à 5 points s’étalant de 1 à 5 :
    • 1 = Never (Jamais)
    • 2 = Rarely (Rarement)
    • 3 = Sometimes (Parfois)
    • 4 = Often (Souvent)
    • 5 = Always (Toujours)
  • Cotation et calcul des scores :
    • Score de sous-échelle : Calculé en effectuant la moyenne arithmétique des items composant chaque sous-échelle (somme des items de la sous-échelle divisée par le nombre d’items renseignés de cette sous-échelle). Cela génère pour chaque dimension un score standardisé allant de 1,00 à 5,00.
    • Items inversés : Dans la sous-échelle Sélectivité alimentaire (Food Fussiness), les items 18 (« My child will eat new foods he/she has not tasted before ») et 30 (« My child is interested in tasting new food ») sont formulés positivement. Ils doivent être inversés lors du calcul ($1 \rightarrow 5$, $2 \rightarrow 4$, $3 \rightarrow 3$, $4 \rightarrow 2$, $5 \rightarrow 1$) afin que les scores élevés reflètent une plus forte sélectivité / néophobie.
    • Note méthodologique de scoring : Comme indiqué par Jane Wardle et al., le texte original de l’article de 2001 mentionnait par inadvertance un codage de 0 à 4 ; la cotation réelle utilisée dans l’ensemble des études empiriques et tables de référence est rigoureusement de 1 à 5.
  • Composition des 8 sous-échelles :
    • Food Responsiveness (FR) : Items 15, 19, 21, 28, 34
    • Emotional Over-eating (EOE) : Items 2, 13, 17, 25
    • Enjoyment of Food (EF) : Items 1, 3, 6, 16
    • Desire to Drink (DD) : Items 5, 29, 35
    • Satiety Responsiveness (SR) : Items 4, 14, 20, 24, 27
    • Slowness in Eating (SE) : Items 7, 9, 22, 33
    • Emotional Under-eating (EUE) : Items 8, 11, 23, 31
    • Food Fussiness (FF) : Items 10, 12, 18 (inversé), 26, 30 (inversé), 32

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 2001 (complété par des travaux de validation clés en 2007).
  • Propriété intellectuelle : Jane Wardle et collaborateurs (University College London).
  • Conditions d’utilisation et licence : Le CEBQ est un instrument du domaine public académique. Il est mis gratuitement à disposition des chercheurs, cliniciens et universitaires sans frais de redevance ni redevance d’auteur (free open-access research tool).
  • Modalités d’accès : L’outil complet, la grille de cotation et les consignes de passation sont librement téléchargeables à des fins de recherche non commerciale via les publications de référence ou les dépôts institutionnels de l’University College London. Pour tout usage commercial ou intégration logicielle propriétaire, il convient de se rapprocher du service de transfert de technologies de l’UCL (UCL Business).

12. Références / References

  • Blundell, J. E. (1991). The biology of appetite. Clinical Nutrition, 10(4), 209–216. https://doi.org/10.1016/0261-5614(91)90001-f
  • Carnell, S., & Wardle, J. (2007). Measuring behavioural susceptibility to obesity: Validation of the Child Eating Behaviour Questionnaire. Appetite, 48(1), 104–113. https://doi.org/10.1016/j.appet.2006.07.075
  • de Lauzon-Guillain, B., Oliveira, A., Charles, M. A., Grammatikaki, E., Jones, L., Rigal, N., Jouret, B., Manios, Y., Lopes, C., & Moreiras, O. (2012). A review of methods to assess parental feeding practices and child eating behaviour in the primary care setting. Maternal & Child Nutrition, 8(4), 409–427. https://doi.org/10.1111/j.1740-8709.2012.00424.x
  • Llewellyn, C. H., van Jaarsveld, C. H., Johnson, L., Carnell, S., & Wardle, J. (2010). Nature and nurture in infant appetite: Analysis of the Gemini twin birth cohort. The American Journal of Clinical Nutrition, 91(5), 1172–1179. https://doi.org/10.3945/ajcn.2009.28868
  • Mallan, K. M., Liu, W. H., Mehta, R. J., & Daniels, L. A. (2013). Maternal report of young children’s eating styles. Validation of the Children’s Eating Behaviour Questionnaire in three ethnically diverse Australian cohorts. Appetite, 64, 48–55. https://doi.org/10.1016/j.appet.2012.12.020
  • Schachter, S. (1968). Obesity and eating. Internal and external cues differentially affect the eating behavior of obese and normal subjects. Science, 161(3843), 751–756. https://doi.org/10.1126/science.161.3843.751
  • Sleddens, E. F. C., Kremers, S. P. J., & Thijs, C. (2008). The Children’s Eating Behaviour Questionnaire: Factorial validity and association with Body Mass Index in Dutch children aged 6–7. International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 5, Article 49. https://doi.org/10.1186/1479-5868-5-49
  • Viana, V., Sinde, S., & Saxton, J. C. (2008). Children’s Eating Behaviour Questionnaire: Associations with BMI in Portuguese children. British Journal of Nutrition, 100(2), 445–450. https://doi.org/10.1017/S0007114508910403
  • Wardle, J., Guthrie, C. A., Sanderson, S., & Rapoport, L. (2001). Development of the Children’s Eating Behaviour Questionnaire. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 42(7), 963–970. https://doi.org/10.1111/1469-7610.00792

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response scale: 5-point Likert scale: 1 = Never, 2 = Rarely, 3 = Sometimes, 4 = Often, 5 = Always

Instructions: Please read the following statements and tick the boxes most appropriate to your child’s eating behaviour.

  1. My child loves food
  2. My child eats more when worried
  3. My child has a big appetite
  4. My child finishes his/her meal quickly
  5. My child is always asking for a drink
  6. My child is interested in food
  7. My child eats slowly
  8. My child eats less when angry
  9. My child takes more than 30 minutes to finish a meal
  10. My child decides that he/she doesn’t like a food, even without tasting it
  11. My child eats less when he/she is tired
  12. My child refuses new foods at first
  13. My child eats more when annoyed
  14. My child leaves food on his/her plate at the end of a meal
  15. Even if my child is full up s/he finds room to eat his/her favourite food
  16. My child looks forward to mealtimes
  17. My child eats more when anxious
  18. My child will eat new foods he/she has not tasted before
  19. If given the chance, my child would drink continuously throughout the day
  20. My child gets full before his/her meal is finished
  21. If given the chance, my child would always have food in his/her mouth
  22. My child eats meals progressively more slowly
  23. My child eats less when upset
  24. My child gets full up easily
  25. My child eats more when she/he has nothing else to do
  26. My child is difficult to please with meals
  27. My child cannot eat a meal if s/he has had a treat just before
  28. If allowed to, my child would eat too much
  29. My child drinks continuously, if given the opportunity
  30. My child is interested in tasting new food
  31. My child eats less when worried
  32. My child is often happy to take water when s/he asks for a drink
  33. My child takes a long time to eat meals
  34. Given the choice, my child would eat most of the time
  35. If given the chance, my child would drink continuously throughout the day
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Looti, M. (2026, octobre 18). Questionnaire sur le comportement alimentaire de l’enfant (CEBQ). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-sur-le-comportement-alimentaire-de-lenfant-cebq
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur le comportement alimentaire de l’enfant (CEBQ).” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-sur-le-comportement-alimentaire-de-lenfant-cebq.
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur le comportement alimentaire de l’enfant (CEBQ).” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-sur-le-comportement-alimentaire-de-lenfant-cebq.