1. Résumé
Le Questionnaire d’intégration communautaire (Community Integration Questionnaire, CIQ) est un instrument psychométrique de référence élaboré par Barry Willer et ses collaborateurs en 1993, spécifiquement conçu pour évaluer et quantifier le niveau de réinsertion et de participation des personnes ayant subi une lésion cérébrale acquise (traumatisme crânien ou craniocérébral, TCC). Composé de 15 items, l’outil explore l’engagement effectif de l’individu au sein de son environnement de vie ordinaire à travers trois domaines fondamentaux : l’intégration domestique (Home Integration, 5 items évaluant la participation aux tâches ménagères, à la préparation des repas et aux responsabilités familiales), l’intégration sociale (Social Integration, 6 items examinant les sorties récréatives, les relations interpersonnelles, la gestion des finances et la présence d’un confident) et la productivité (Productivity, dérivée de 3 items combinés et d’un item de mobilité évaluant l’activité professionnelle, les études, la formation et le bénévolat).
Le score global s’échelonne de 0 à 29 points, où un score plus élevé reflète une intégration communautaire plus autonome et aboutie. L’administration peut se faire par auto-évaluation, hétéro-évaluation assistée par un clinicien ou par l’intermédiaire d’un proche mandataire (proxy) lorsque les troubles cognitifs, mnésiques ou phasiques de la personne le requièrent. Sur le plan psychométrique, le CIQ présente une consistance interne satisfaisante à modérée (alpha de Cronbach variant généralement entre 0,75 et 0,84 pour l’échelle globale selon les cohortes cliniques), une excellente fidélité test-retest (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,80) ainsi qu’une fidélité inter-évaluateurs robuste entre le patient et son aidant naturel. Les analyses de validité démontrent une sensibilité remarquable pour discriminer les personnes avec traumatisme crânien des adultes sains sans incapacité notoire, tout en reflétant fidèlement l’efficacité différentielle des programmes intensifs de réadaptation neurofonctionnelle post-lésionnelle.
2. Mots-clés
Questionnaire d’intégration communautaire, CIQ, traumatisme crânien, réadaptation neuropsychologique, intégration sociale, participation sociale, fonctionnement domestique, productivité professionnelle, psychométrie, indépendance fonctionnelle.
3. Auteurs
Le Questionnaire d’intégration communautaire a été développé par une équipe pluridisciplinaire d’experts universitaires et cliniciens nord-américains spécialisés dans la neuroréhabilitation et les traumatismes crânio-cérébraux :
- Barry Willer, Ph.D. : Professeur émérite au Département de psychiatrie et de médecine de réadaptation à la Jacobs School of Medicine and Biomedical Sciences, State University of New York (SUNY) at Buffalo, Buffalo, New York, États-Unis. Chercheur principal sur les modèles d’intégration sociale et les commotions cérébrales.
- Mitchell Rosenthal, Ph.D., ABPP (1949–2007) : Neuropsychologue clinicien de renommée mondiale, professeur au Département de médecine physique et de réadaptation de l’école de médecine de l’Université du Michigan et vice-président de la recherche au Kessler Medical Rehabilitation Research and Education Center, West Orange, New Jersey, États-Unis.
- Jeffrey S. Kreutzer, Ph.D., ABPP : Professeur émérite de médecine physique et de réadaptation, de neurochirurgie et de psychiatrie à la Virginia Commonwealth University (VCU), Richmond, Virginie, États-Unis. Co-directeur du Virginia TBI Model System.
- Wayne A. Gordon, Ph.D., ABPP : Professeur de recherche en médecine de réadaptation à l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai, New York, États-Unis. Spécialiste pionnier de la réadaptation des lésions cérébrales traumatiques.
- Ronald Rempel, M.A. : Statisticien et associé de recherche affilié au groupe d’évaluation en santé communautaire de la State University of New York at Buffalo, New York, États-Unis.
4. Objectif
Le principal objectif du Questionnaire d’intégration communautaire (CIQ) est de fournir une mesure objective, standardisée, brève et cliniquement opérationnelle du niveau de réinsertion et de réengagement effectif dans la vie quotidienne des individus ayant survécu à un traumatisme craniocérébral, une fois achevée la phase aiguë de soins hospitaliers et de réadaptation stationnaire. Avant l’émergence du CIQ au début des années 1990, les instruments de mesure en médecine physique et de réadaptation (tels que la Mesure de l’indépendance fonctionnelle ou l’échelle de Glasgow Outcome) se concentraient de manière quasi exclusive sur les déficits physiques, moteurs, neurologiques directs ou sur l’autonomie élémentaire dans les activités de la vie quotidienne (AVQ : s’habiller, faire sa toilette, marcher). Il existait une lacune méthodologique majeure pour documenter ce que l’Organisation mondiale de la santé a formalisé plus tard dans la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) sous le concept de « participation » sociale et de rôles dans la communauté.
Le CIQ comble ce vide en se focalisant sur les comportements effectifs et réels observés plutôt que sur les capacités physiques maximales théoriques ou les perceptions subjectives de bien-être. Il cherche à déterminer si l’individu accomplit concrètement les activités, s’il les effectue de façon totalement indépendante ou conjointe avec autrui, ou si ces rôles sont totalement délégués à une tierce personne ou abandonnés en raison des séquelles cognitives, comportementales ou motrices. L’outil s’adresse prioritairement aux programmes de suivi longitudinal, aux essais cliniques interventionnels et aux dispositifs de type Traumatic Brain Injury Model Systems (TBIMS) subventionnés par les organismes fédéraux de recherche, dans le dessein d’évaluer l’efficacité à moyen et long terme des interventions de réinsertion communautaire.
En pratique clinique, le CIQ constitue un levier déterminant pour la planification thérapeutique individualisée en neuropsychologie et en ergothérapie : il permet d’identifier avec précision les ruptures écologiques de participation (par exemple, un patient capable de gérer sa motricité mais incapable d’initier des sorties sociales ou de gérer son compte bancaire) et d’orienter les aménagements environnementaux ou l’entraînement aux habiletés sociales et instrumentales. En outre, bien que créé initialement pour la patientèle cérébrolésée, la portée de l’instrument s’est étendue dans la littérature à d’autres affections chroniques invalidantes (accidents vasculaires cérébraux, blessures médullaires, sclérose en plaques, troubles psychiatriques sévères) vivant en milieu ordinaire extra-institutionnel.
5. Construit psychologique
Le construit théorique au cœur de l’instrument est l’intégration communautaire. Dans la perspective adoptée par Willer et al. (1993, 1994), l’intégration communautaire ne se résume pas à l’absence de placement en établissement de soins ou d’hébergement médicalisé. Elle est définie comme un processus bidirectionnel et dynamique d’exercice de rôles sociaux normatifs, caractérisé par un mode de vie actif au sein du domicile, le développement et le maintien d’un tissu relationnel significatif, ainsi que la participation à des activités valorisées par la collectivité. L’instrument opérationnalise ce méta-construit à travers trois sous-échelles complémentaires :
Intégration domestique (Home Integration)
Cette dimension (couvrant les items 1 à 5) explore l’attribution et l’exécution active des rôles et des responsabilités domestiques courantes au sein de la cellule familiale ou de l’unité de vie. L’accent est mis sur le niveau d’autonomie ou de dépendance fonctionnelle dans des tâches instrumentales indispensables au fonctionnement du foyer :
- La réalisation des achats de subsistance et d’épicerie pour la maisonnée (item 1) ;
- La préparation habituelle des repas chauds et de l’alimentation quotidienne (item 2) ;
- La prise en charge de l’entretien ménager régulier et des corvées domestiques (item 3) ;
- La garde et le soin direct accordé aux enfants mineurs vivant au domicile familial (item 4) ;
- La planification et l’organisation logistique d’événements sociaux ou de rassemblements familiaux et amicaux (item 5).
La logique sous-jacente postule qu’une participation autonome ou conjointe à ces tâches démontre le rétablissement de fonctions exécutives complexes (planification, organisation temporelle, mémoire prospective, flexibilité mentale) et prévient la passivité ou la relégation du patient au statut de récepteur passif d’assistance.
Intégration sociale (Social Integration)
La sous-échelle d’intégration sociale (items 6 à 11) capture l’implication de la personne dans les interactions humaines et les réseaux écologiques situés hors de la sphère domestique immédiate. Elle explore :
- L’autonomie dans la gestion des finances personnelles, incluant les opérations bancaires et le règlement des factures courantes (item 6) ;
- La fréquence mensuelle des sorties pour faire des emplettes personnelles hors du domicile (item 7) ;
- La fréquence des activités récréatives et de loisirs en extérieur (restaurants, cinémas, manifestations sportives) (item 8) ;
- La récurrence des visites rendues à des proches, amis ou membres de la famille élargie (item 9) ;
- La qualité du cercle relationnel accompagnateur lors des loisirs, en différenciant la participation solitaire, la fréquentation exclusive d’autres personnes cérébrolésées, ou au contraire l’intégration au sein de cercles mixtes composés de pairs tout-venant et de proches (item 10) ;
- L’existence d’un confident ou d’un meilleur ami réciproque permettant le partage émotionnel et le soutien intime (item 11).
Cette dimension s’oppose conceptuellement à l’isolement social et à l’aliénation post-lésionnelle, marqueurs fréquents des séquelles neuropsychiatriques du traumatisme crânien.
Productivité (Productivity)
La sous-échelle de productivité évalue la contribution sociétale et l’engagement structuré dans des rôles reconnus au sein de la communauté. Elle combine la fréquence des déplacements hors du domicile (item 12) et une matrice combinatoire synthétisant la situation d’emploi rémunéré (item 13), le statut d’inscription dans un programme d’enseignement ou de formation professionnelle (item 14) et la fréquence de l’engagement bénévole ou volontaire non rémunéré (item 15). Cette approche multivariée reconnaît qu’une personne retraitée ou inapte au travail salarié traditionnel peut maintenir un niveau élevé de productivité sociétale par le bénévolat structuré ou la reprise d’études, évitant ainsi le piège d’une équivalence réductrice entre valeur humaine et salaire marchand.
6. Cadre théorique
Le développement du CIQ s’ancre à la croisée de plusieurs courants fondamentaux de la sociologie de la réadaptation, de la neuropsychologie écologique et du modèle biosocial du handicap :
Le modèle sociologique du handicap de Saad Nagi et les taxonomies de l’OMS
Dans les années 1970 et 1980, le sociologue Saad Nagi a proposé une distinction séminale entre la pathologie active, la déficience (impairment), la limitation fonctionnelle (functional limitation) et le désavantage social ou handicap (disability). Selon Nagi, le désavantage social ne découle pas mécaniquement de la lésion biologique brute, mais de l’inadéquation entre les capacités fonctionnelles réelles de l’individu et les attentes ou exigences normatives dictées par son rôle social et ses systèmes d’appartenance. Cette conception a fortement influencé la Classification internationale des handicaps : déficiences, incapacités et désavantages (CIDIH) publiée par Philip Wood pour l’OMS en 1980, puis la révision contemporaine qu’est la CIF (2001).
Le CIQ s’inscrit précisément au niveau du « désavantage » (handicap selon Wood) et de la « restriction de participation » (selon la CIF). Alors que les tests neuropsychologiques classiques isolent les processus mentaux en laboratoire (tests d’attention, de mémoire verbale, de fonctions exécutives sur table), le CIQ évalue le comportement molarisé in situ : la capacité d’orchestrer ces compétences préservées pour habiter la communauté, interagir avec autrui et assumer des devoirs productifs.
Le modèle écologique et la théorie des rôles
Le cadre théorique puise également dans la théorie des rôles de Talcott Parsons et la perspective écologique du développement humain théorisée par Urie Bronfenbrenner. L’individu est conçu comme un acteur inséré dans des microsystèmes imbriqués (la famille, le domicile), des mésosystèmes (le voisinage immédiat, les cercles amicaux) et des exosystèmes sociétaux (le marché du travail, l’appareil éducatif). L’intégration communautaire est atteinte lorsque la personne maintient une présence physique régulière dans ces sphères et y remplit des rôles réciproques valorisés, plutôt que de demeurer cantonnée dans une posture de dépendance asymétrique.
Le courant de la désinstitutionnalisation et de la normalisation
Inspiré par le principe de normalisation de Wolf Wolfensberger et le mouvement de vie autonome (Independent Living Movement), le groupe d’experts réuni autour de Willer a postulé que l’issue clinique optimale après un traumatisme crânien n’est pas simplement la stabilité médicale ou la survie physiologique, mais l’accès à une existence digne, semblable à celle de tout citoyen ordinaire. L’intégration suppose l’autodétermination, l’exercice d’un pouvoir d’agir sur son environnement et le refus de la ségrégation institutionnelle.
7. Validité
Les qualités métrologiques du CIQ ont fait l’objet d’un examen empirique approfondi à travers des cohortes multicentriques d’individus cérébrolésés et de groupes témoins sans antécédents neurologiques :
Validité de construit et validité discriminante
Dans l’étude princeps de Willer et al. (1993), le CIQ a été administré à un échantillon clinique de personnes ayant subi un traumatisme crânien modéré à sévère et à un échantillon témoin d’individus appariés sans incapacité notoire. Les résultats ont mis en évidence une différence hautement significative entre les deux groupes sur le score global (moyenne des sujets TCC ≈ 13,0 contre ≈ 22,5 chez les sujets sains sans incapacité, p < 0,001), ainsi que sur chacune des trois sous-échelles individuelles. Cette divergence confirme la sensibilité de l’instrument pour quantifier les répercussions écologiques durables des atteintes cérébrales.
De surcroît, l’outil a prouvé sa capacité à discriminer les patients TCC ayant bénéficié d’une prise en charge structurée au sein de filières spécialisées intégrées (TBI Model Systems) de ceux n’ayant reçu que des soins conventionnels non coordonnés : les patients issus des centres d’excellence présentaient des scores d’intégration domestique et sociale significativement supérieurs post-traitement.
Validité convergente et concourante
Des recherches indépendantes (notamment menées par Corrigan et al., 1998 ; Sander et al., 1999 ; Dijkers, 1997) ont exploré les corrélations entre le CIQ et d’autres échelles cliniques étalonnées :
- Mesure de l’indépendance fonctionnelle (FIM) : Corrélations positives modérées à fortes (r = 0,45 à 0,65) entre le score total du CIQ et la FIM cognitive et motrice, indiquant que si l’autonomie élémentaire est une condition favorable à l’intégration, elle ne l’explique pas intégralement.
- Disability Rating Scale (DRS) : Corrélations négatives robustes (généralement entre r = -0,50 et r = -0,72), un niveau de handicap résiduel élevé sur la DRS étant étroitement associé à des scores plus faibles d’intégration sur le CIQ.
- Échelle d’évaluation globale des résultats (Glasgow Outcome Scale – GOS et GOS-Extended) : Des scores CIQ systématiquement plus élevés sont observés chez les patients classés en « bonne récupération » comparativement à ceux présentant un « handicap modéré ou sévère ».
- Qualité de vie et bien-être : Associations positives modérées avec des questionnaires d’auto-évaluation de la satisfaction de vie (Satisfaction With Life Scale – SWLS).
Sensibilité au changement et validité prédictive
Le CIQ s’est avéré sensible aux gains thérapeutiques longitudinaux documentés à 1 an, 2 ans et 5 ans post-traumatisme. Les augmentations observées sur la sous-échelle de productivité corrèlent de façon prédictive avec le maintien durable d’une insertion socioprofessionnelle et une diminution de l’épuisement émotionnel (burnout) des aidants naturels familiaux.
8. Fidélité
La consistance interne et la stabilité temporelle du Questionnaire d’intégration communautaire ont été rigoureusement documentées dans la littérature spécialisée :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Lors de la validation inaugurale de Willer et al. (1993), le coefficient alpha de Cronbach pour le score global s’établissait à 0,76 au sein de la cohorte clinique. Dans des réplications ultérieures à plus grande échelle (par exemple Corrigan et al., 1998, sur plus de 1 000 participants des TBIMS), l’alpha global oscillait entre 0,75 et 0,84, ce qui dénote une consistance interne satisfaisante pour un inventaire comportemental bref et multidimensionnel.
Au niveau des sous-échelles individuelles, les coefficients alpha observés sont plus hétérogènes :
- Intégration domestique : α variant généralement de 0,75 à 0,82 (très bonne homogénéité des items de vie au foyer) ;
- Intégration sociale : α variant de 0,58 à 0,68 (reflétant la diversité des facettes explorées, allant des finances aux amitiés intimes) ;
- Productivité : α variant de 0,62 à 0,73.
Fidélité test-retest
La reproductibilité temporelle des scores a été évaluée à des intervalles variant de une à deux semaines chez des patients stabilisés. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) ou les corrélations de Pearson rapportés dans l’article séminal de Willer et al. (1993) ainsi que dans les travaux de Dijkers (1997) dépassent régulièrement 0,80 pour le score total (r = 0,83 à 0,91), attestant d’une excellente stabilité des réponses en l’absence de changement clinique ou environnemental majeur.
Fidélité inter-juges et accord patient-aidant (Proxy Agreement)
Une question métrologique cruciale chez les blessés médullaires ou crâniens concerne l’anosognosie et la fiabilité des auto-évaluations. Des analyses comparatives systématiques (Willer et al., 1994 ; Sander et al., 1999) ont mesuré la concordance entre les réponses fournies par le patient lui-même et celles consignées par un proche mandataire ou un examinateur tiers. Les coefficients de corrélation inter-juges sont élevés pour les items concrets et observables (achats, corvées, travail : r > 0,85) et demeurent modérément élevés pour les dimensions plus intimes (confident, planification amicale : r = 0,65 à 0,78), validant l’utilisation conjointe ou déléguée de la passation lorsque la personne évaluée est dans l’incapacité d’écrire ou de s’exprimer.
9. Analyse factorielle
La structure dimensionnelle interne du CIQ a été explorée à travers de multiples analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) publiées au cours des trois dernières décennies :
L’analyse initiale de Willer et al. (1993)
Lors de la conception de l’instrument, les 15 items originaux ont été soumis à une analyse en composantes principales (ACP) avec rotation orthogonale Varimax. Les critères d’extraction (critère de Kaiser des valeurs propres supérieures à 1,0 et inspection visuelle du diagramme d’éboulis de Cattell) ont fait émerger sans ambiguïté une solution tripartite expliquant plus de 50 % de la variance totale des scores :
- Facteur 1 (Intégration domestique) : Saturations massives des items 1 (courses), 2 (repas), 3 (ménage) et 5 (planification sociale), avec des saturations factorielles comprises entre 0,62 et 0,84. L’item 4 (garde d’enfants) présente une saturation spécifique mais satisfaisante lorsqu’il s’applique au foyer.
- Facteur 2 (Intégration sociale) : Saturations substantielles des items 7 (sorties de courses), 8 (loisirs extérieurs), 9 (visites aux amis), 10 (compagnie lors des loisirs) et 11 (meilleur ami), avec des poids factoriels oscillant entre 0,48 et 0,78.
- Facteur 3 (Productivité) : Regroupement des items 12 (déplacements hors du domicile), 13 (statut professionnel), 14 (formation/études) et 15 (activités bénévoles).
L’item 6 (finances personnelles) présentait historiquement des saturations croisées entre le facteur domestique et le facteur social, mais a été rattaché à l’intégration sociale en raison de sa charge relationnelle avec les institutions bancaires et marchandes extérieures.
Analyses factorielles confirmatoires et modèles alternatifs
L’étude multicentrique majeure de Sander et al. (1999), réalisée auprès de 676 patients inscrits dans le registre TBIMS, a testé la structure factorielle par analyse confirmatoire. Si le modèle original à 3 facteurs a été largement validé (goodness-of-fit satisfaisant), certains auteurs ont souligné que l’item 10 et l’item 12 présentaient parfois des instabilités selon l’âge des participants ou le degré de sédentarité rurale versus urbaine. D’autres modélisations ont proposé une structure hiérarchique avec un facteur général d’intégration communautaire de second ordre subsumant les trois domaines de premier ordre. Néanmoins, la solution classique à trois facteurs de Willer et al. (1993) demeure la convention clinique universellement appliquée pour le calcul des scores normatifs.
10. Instrument de mesure
Le Questionnaire d’intégration communautaire se présente sous une forme rigoureusement standardisée dont les caractéristiques techniques d’administration et de calcul sont détaillées ci-après :
- Type d’évaluation : Questionnaire comportemental standardisé hétéro- ou auto-administré, utilisable en face-à-face clinique, par entretien téléphonique guidé ou par passation papier-crayon.
- Population cible : Personnes ayant subi un traumatisme crânien (léger, modéré ou sévère), un AVC, une encéphalopathie anoxique ou d’autres affections neurologiques acquises, vivant en communauté hors institutions de soins permanents.
- Nombre total d’items : 15 questions distinctes.
- Format et échelle de réponse : Formats polytomiques différenciés selon la nature des questions :
- Items 1 à 6 (Rôles domestiques et financiers) : Échelle de performance en 3 points : Yourself alone (coté 2 points ; accompli seul) ; Yourself and someone else (coté 1 point ; accompli avec une tierce personne) ; Someone else (coté 0 point ; accompli par quelqu’un d’autre). Pour l’item 4 (enfants), une option « Non applicable » existe ; en son absence, on substitue la moyenne arithmétique des items 1, 2, 3 et 5.
- Items 7 à 9 (Fréquence mensuelle des sorties et visites) : Échelle de fréquence ordinale en 3 points : Never (0 point) ; 1 – 4 times (1 point) ; 5 or more (2 points).
- Item 10 (Compagnie de loisirs) : Échelle d’affiliation sociale à choix multiples : avec des amis sans lésion cérébrale ou combinaison famille/amis (coté 2) ; avec des amis cérébrolésés ou famille seule (coté 1) ; majoritairement seul (coté 0).
- Item 11 (Présence d’un confident) : Échelle dichotomique : Yes (coté 2 points) ; No (coté 0 point).
- Item 12 (Fréquence de mobilité hors domicile) : Presque tous les jours (coté 2 points) ; presque chaque semaine (coté 1 point) ; rarement ou jamais / moins d’une fois par semaine (coté 0 point).
- Items 13, 14, 15 (Variable combinée de Productivité) : Combinaison algorithmique de la situation professionnelle (plein temps > 20h/sem, temps partiel ≤ 20h/sem, sans emploi à la recherche, sans emploi non demandeur, retraité en raison de l’âge), du statut scolaire/formation et de la fréquence du bénévolat, produisant un score unique pondéré s’étalant de 0 à 5 points.
- Calcul des sous-échelles et score global :
- Sous-échelle d’intégration domestique : Somme des items 1 + 2 + 3 + 4 (ou moyenne de substitution) + 5 (étendue : 0 à 10 points).
- Sous-échelle d’intégration sociale : Somme des items 6 + 7 + 8 + 9 + 10 + 11 (étendue : 0 à 12 points).
- Sous-échelle de productivité : Item 12 + Variable combinée de Productivité (étendue : 0 à 7 points).
- Score global du CIQ : Somme arithmétique simple des 3 sous-échelles (étendue théorique totale : 0 à 29 points). Un score élevé témoigne d’un haut niveau d’indépendance, de participation et d’insertion écologique.
- Durée moyenne de passation : Environ 10 à 15 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
Le Questionnaire d’intégration communautaire a été officiellement publié en 1993 dans le Journal of Head Trauma Rehabilitation. Ayant été initialement financé et développé sous l’égide de fonds publics nord-américains (notamment le National Institute on Disability and Rehabilitation Research – NIDRR, désormais NIDILRR), le CIQ est considéré comme un instrument relevant du domaine public académique.
Il est accessible gratuitement pour la pratique clinique, l’enseignement universitaire et la recherche scientifique sans paiement de redevance (royalty-free). Le formulaire de cotation et les consignes de passation peuvent être téléchargés librement depuis plusieurs centres de ressources institutionnels spécialisés, notamment la base d’instruments du Center for Outcome Measurement in Brain Injury (COMBI Project). Les utilisateurs sont tenus de citer rigoureusement l’article princeps de Willer et al. (1993) dans toute communication ou publication scientifique découlant de son utilisation.
12. Références
Corrigan, J. D., Smith-Knapp, K., & Granger, C. V. (1998). Outcomes in the first 5 years after traumatic brain injury. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 79(3), 298–305. https://doi.org/10.1016/s0003-9993(98)90010-8
Dijkers, M. P. (1997). Measuring the long-term-outcomes of traumatic brain injury: A review of the Community Integration Questionnaire. The Journal of Head Trauma Rehabilitation, 12(6), 74–91. https://doi.org/10.1097/00001199-199712000-00008
Hall, K. M., Bushnik, T., Lakisic-Kazazic, B., Wright, J., & Cantagallo, A. (2001). Assessing community integration in survivors of traumatic brain injury: A study of the Community Integration Questionnaire (CIQ) and the Comprehensive Assessment of Community Integration (CACI). Journal of Head Trauma Rehabilitation, 16(1), 56–72. https://doi.org/10.1097/00001199-200102000-00007
Sander, A. M., Fuchs, K. L., High, W. M., Hall, K. M., Kreutzer, J. S., & Rosenthal, M. (1999). The Community Integration Questionnaire revisited: An assessment of factor structure and validity in persons with persons with traumatic brain injury. Journal of Head Trauma Rehabilitation, 14(2), 128–138. https://doi.org/10.1097/00001199-199904000-00004
Willer, B., Linn, R., & Allen, K. (1994). Community integration and barriers to integration for individuals with brain injury. Physical Medicine and Rehabilitation Clinics of North America, 5(4), 653–665. https://doi.org/10.1016/S1047-9651(18)30501-1
Willer, B., Ottenbacher, K. J., & Coad, M. L. (1994). The community integration questionnaire: A comparative examination. American Journal of Physical Medicine & Rehabilitation, 73(2), 103–111. https://doi.org/10.1097/00002060-199404000-00006
Willer, B., Rosenthal, M., Kreutzer, J. S., Gordon, W. A., & Rempel, R. (1993). Assessment of community integration following rehabilitation for traumatic brain injury. Journal of Head Trauma Rehabilitation, 8(2), 75–87. https://doi.org/10.1097/00001199-199306000-00009
World Health Organization. (2001). International Classification of Functioning, Disability and Health (ICF). World Health Organization. https://www.who.int/classifications/international-classification-of-functioning-disability-and-health