1. Résumé
Le Questionnaire d’inquiétude de Penn State (Penn State Worry Questionnaire, ou PSWQ) est un instrument psychométrique auto-rapporté de référence internationale, initialement développé par Thomas D. Borkovec et ses collaborateurs en 1990 à l’Université d’État de Pennsylvanie (Meyer et al., 1990). Conçu pour opérationnaliser et quantifier le trait d’inquiétude indépendamment du contenu situationnel ou thématique spécifique des pensées anxieuses, le PSWQ s’est imposé comme l’étalon-or (gold standard) dans l’évaluation empirique et clinique de l’inquiétude excessive, incontrôlable et envahissante, caractéristique cardinale du trouble anxieux généralisé (TAG).
L’instrument se compose de seize (16) items formulés sous la forme d’affirmations évaluant la fréquence, l’intensité, la généralité et la perçue incontrôlabilité de l’activité d’inquiétude. Les participants répondent au moyen d’une échelle de Likert à 5 points s’échelonnant de 1 (« Pas du tout représentatif de moi ») à 5 (« Tout à fait représentatif de moi »). Cinq items sont rédigés sous une forme inversée (items 1, 3, 8, 10 et 11) afin de limiter les biais d’acquiescement. Le score composite total varie de 16 à 80 points, où une valeur élevée témoigne d’un niveau d’inquiétude pathologique accru.
Sur le plan métrologique, le PSWQ présente des propriétés psychométriques robustes établies dans des populations cliniques et non cliniques diversifiées. La cohérence interne est exceptionnellement élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach généralement compris entre 0,86 et 0,95, et une stabilité temporelle satisfaisante confirmée par des coefficients test-retest oscillant entre 0,74 et 0,93 sur des intervalles variant de deux à dix semaines. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires mettent en évidence une structure sous-jacente unidimensionnelle robuste relative au trait d’inquiétude, bien que certains modèles identifient un facteur méthodologique résiduel associé aux items inversés. L’outil démontre une excellente validité convergente avec les mesures d’anxiété générale, ainsi qu’une validité discriminante remarquable permettant de distinguer le trouble anxieux généralisé d’autres pathologies internalisées telles que le trouble panique, le trouble obsessionnel-compulsif ou la dépression majeure.
2. Mots-clés
Questionnaire d’inquiétude de Penn State, PSWQ, inquiétude trait, trouble anxieux généralisé, TAG, psychométrie, évaluation clinique, Thomas D. Borkovec, validité factorielle, thérapie cognitive et comportementale, Rumination cognitive, anxiété incontrôlable, échelle d’auto-évaluation.
3. Auteurs
Le PSWQ a été élaboré au sein du Département de Psychologie de l’Université d’État de Pennsylvanie (Pennsylvania State University, University Park, États-Unis) par une équipe de chercheurs de premier plan dans le domaine des thérapies cognitivo-comportementales et de la psychopathologie de l’anxiété :
- Timothy J. Meyer, Ph.D. : Chercheur en psychologie clinique à la Pennsylvania State University au moment du développement de l’outil, ayant principalement orienté ses travaux sur la conceptualisation empirique des processus cognitifs anxieux et la méthodologie d’évaluation psychologique.
- Michael L. Miller, Ph.D. : Psychologue clinicien et méthodologiste, affilié au département de psychologie de la Pennsylvania State University, spécialiste de l’analyse psychométrique et des interventions comportementales appliquées aux troubles émotionnels.
- Richard L. Metzger, Ph.D. : Professeur de psychologie cognitive et expérimentale, affilié à la Pennsylvania State University (Shenango Campus), reconnu pour ses recherches sur le traitement de l’information cognitive, la mémoire de travail et l’impact de l’inquiétude sur les fonctions exécutives.
- Thomas D. Borkovec, Ph.D. : Professeur émérite distingué de psychologie à la Pennsylvania State University. Pionnier mondialement reconnu pour ses travaux fondateurs sur l’étiologie, le maintien cognitif et le traitement cognitivo-comportemental de l’inquiétude chronique et du trouble anxieux généralisé. Ses modèles théoriques ont redéfini la conceptualisation moderne de l’évitement cognitif et émotionnel. (Correspondance historique : Department of Psychology, The Pennsylvania State University, University Park, PA 16802, USA).
4. Objectif
L’objectif fondamental du Penn State Worry Questionnaire (PSWQ) est de fournir une mesure quantitative, standardisée, valide et fidèle du trait d’inquiétude, conceptualisé comme une tendance cognitive chronique, généralisée et stable à générer des chaînes de pensées à tonalité négative et orientées vers des menaces futures incertaines. Avant la création du PSWQ à la fin des années 1980, l’évaluation de l’anxiété reposait principalement sur des échelles mesurant soit la détresse émotionnelle globale (comme l’Inventaire d’anxiété de Spielberger – STAI), soit la symptomatologie somatique et physiologique (comme l’Inventaire d’anxiété de Beck – BAI). Aucune mesure validée ne ciblait spécifiquement la nature cognitive, verbale et répétitive du processus d’inquiétude en tant que dimension psychopathologique autonome.
La justification théorique majeure du PSWQ repose sur la nécessité de distinguer le processus d’inquiétude (sa chronicité, son intensité et l’incapacité perçue du sujet à y mettre un terme) du contenu conjoncturel de cette inquiétude (santé, finances, famille, travail, relations sociales). En s’affranchissant délibérément des domaines thématiques circonstanciels, le PSWQ évite le biais de contamination contextuelle : il n’évalue pas « de quoi » la personne s’inquiète, mais « dans quelle mesure » elle s’inquiète de façon envahissante, disproportionnée et incontrôlable au quotidien.
Dans la pratique clinique, le questionnaire remplit plusieurs fonctions essentielles :
- Le dépistage et le diagnostic différentiel : Le PSWQ constitue l’outil diagnostique d’appoint le plus largement utilisé pour identifier les profils évocateurs d’un trouble anxieux généralisé (TAG). Il permet de discriminer avec précision les patients souffrant de TAG des personnes présentant d’autres troubles anxieux (phobie sociale, trouble panique, trouble obsessionnel-compulsif) ou un trouble dépressif caractérisé, chez lesquels l’inquiétude peut être présente mais secondaire et restreinte à des stimuli spécifiques.
- L’évaluation de la sévérité initiale : Il permet au praticien d’établir une ligne de base quantitative de la gravité de l’activité d’inquiétude avant l’amorce de protocoles psychothérapeutiques ou pharmacologiques.
- Le suivi thérapeutique et l’évaluation des résultats : Grâce à son excellente sensibilité au changement thérapeutique, le PSWQ est régulièrement administré au cours de la prise en charge (notamment dans les protocoles de TCC focalisés sur l’intolérance à l’incertitude ou l’exposition cognitive) pour mesurer l’atténuation objective des ruminations anxieuses et vérifier l’atteinte d’une rémission clinique normative.
Dans le domaine de la recherche, le PSWQ sert d’instrument pivot dans les protocoles de psychologie cognitive expérimentale étudiant les biais attentionnels, les déficits d’inhibition exécutive et le rôle modulateur de l’inquiétude dans la flexibilité mentale. Il est également omniprésent dans les essais cliniques randomisés comme critère de jugement principal ou secondaire d’efficacité thérapeutique.
5. Construit psychologique
Le concept central mesuré par le PSWQ est le trait d’inquiétude (trait worry). L’inquiétude a été formellement définie par Borkovec, Robinson, Pruzinsky et DePree (1983) comme « une chaîne de pensées et d’images chargée d’affect négatif et relativement incontrôlable, représentant une tentative de s’engager dans une résolution mentale de problèmes concernant une issue incertaine contenant la possibilité d’un ou plusieurs événements négatifs ». Le PSWQ opérationnalise ce construit complexe en ciblant quatre dimensions structurales interconnectées, qui forment une entité clinique unifiée :
1. La généralité et l’omniprésence (Pervasiveness)
Cette composante explore le caractère ubiquitaire et non contingent des pensées anxieuses. Les personnes affichant un score élevé manifestent une tendance systématique à s’inquiéter face à une multitude de stimuli de la vie courante, quelle que soit leur gravité objective. L’inquiétude n’est pas confinée à un secteur d’activité particulier (par exemple, la santé physique ou la performance professionnelle), mais infiltre l’ensemble de l’expérience quotidienne. Des items tels que « Many situations make me worry » (Item 4) ou « I am always worrying about something » (Item 7) illustrent directement cette diffusion trans-situationnelle de l’appréhension.
2. L’incontrôlabilité perçue (Perceived Uncontrollability)
Caractéristique diagnostique cardinale du TAG selon le DSM-5, le sentiment d’impuissance cognitive face aux pensées intrusives est central dans la pathogénicité de l’inquiétude. Le sujet reconnaît la nature stérile, excessive ou irrationnelle de ses anticipations négatives mais se déclare incapable de freiner ou d’interrompre l’emballement mental. Les items « I know I should not worry about things, but I just cannot help it » (Item 5) et « Once I start worrying, I cannot stop » (Item 14) capturent cette sensation d’aliénation volontaire et d’échec des mécanismes d’autorégulation attentionnelle.
3. L’intensité et la propension à être submergé (Excessive Intensity and Overwhelm)
Cette dimension renvoie à la charge cognitive et émotionnelle démesurée générée par l’activité d’inquiétude. Lorsque l’inquiétude se déploie, elle consomme une part prépondérante des ressources de la mémoire de travail et induit un sentiment de saturation subjective de la conscience. L’item 2, « My worries overwhelm me », synthétise cette sensation d’engloutissement psychique, où l’individu se sent désarmé et psychologiquement paralysé par le flot de ses propres scénarios catastrophistes.
4. La chronicité temporelle (Chronicity)
Le PSWQ mesure l’inquiétude en tant que disposition stable de la personnalité plutôt qu’en tant qu’état émotionnel transitoire induit par un stresseur immédiat aigu. Cette composante temporelle ancre le construit dans l’histoire de vie du participant. L’item 12, « I have been a worrier all my life », exemplifie cette identification durable du soi à la figure du « tourmenté » permanent, distinguant l’anxiété-trait d’une simple réaction adaptative de stress conjoncturel.
En miroir, l’instrument inclut des affirmations reflétant l’aisance à congédier les pensées perturbatrices et la capacité à tolérer l’inactivité face aux problèmes insolubles (items inversés, tels que « I find it easy to dismiss worrisome thoughts », Item 8). L’ensemble converge vers une mesure unifiée de la vulnérabilité cognitive anxieuse.
6. Cadre théorique
Le fondement théorique du PSWQ s’enracine dans la tradition cognitive et comportementale, et plus spécifiquement dans le modèle d’évitement cognitif de l’inquiétude développé par Borkovec (1994 ; Borkovec et al., 2004). Selon ce modèle révolutionnaire, l’inquiétude chronique n’est pas simplement un symptôme passif de l’anxiété, mais une stratégie active d’adaptation cognitive dysfonctionnelle, maintenue par des mécanismes de renforcement négatif.
Borkovec postule que l’inquiétude est une activité mentale principalement verbale et linguistique plutôt qu’imagée. Lorsqu’un individu est confronté à une menace potentielle, le recours à un monologue intérieur verbal abstrait (« et si tel drame survenait ? ») permet d’inhiber l’activation de représentations imagées vives et chargées d’émotion. Or, le traitement affectif complet et l’extinction de la peur nécessitent la confrontation à des images mentales émotionnelles et l’activation des réponses physiologiques associées. En maintenant l’activité cognitive dans un registre linguistique abstrait, l’individu évite le pic d’activation autonome (sensation somatique de panique). Ce soulagement relatif à court terme renforce négativement l’habitude de s’inquiéter, tout en empêchant le traitement émotionnel correct et l’habituation, pérennisant ainsi la peur à long terme.
De surcroît, le cadre théorique intègre deux paradigmes complémentaires essentiels :
- Le modèle d’intolérance à l’incertitude (Freeston, Dugas et al.) : Développé par l’école de recherche québécoise (Dugas, Gagnon, Ladouceur, & Freeston, 1998), ce modèle avance que les individus souffrant d’inquiétude pathologique traitent l’incertitude et l’ambiguïté comme intrinsèquement intolérables, menaçantes et déstabilisantes. L’inquiétude est alors mise en œuvre comme une tentative vaine de planifier mentalement toutes les éventualités possibles afin d’éradiquer toute incertitude future, ce qui nourrit le caractère inextinguible et envahissant évalué par le PSWQ.
- Le modèle métacognitif de Wells : Adrian Wells (1995, 2005) distingue deux types d’inquiétudes : les inquiétudes de Type 1 (portant sur des événements externes ou des sensations corporelles) et les inquiétudes de Type 2 (méta-inquiétudes, c’est-à-dire le fait de « s’inquiéter de s’inquiéter »). Wells soutient que la transition vers la pathologie clinique survient lorsque l’individu développe des croyances négatives sur l’incontrôlabilité et le danger de ses propres pensées (« mes inquiétudes vont me rendre fou ou me détruire »). Le PSWQ accorde une place centrale à l’incontrôlabilité perçue, reflétant parfaitement ce niveau métacognitif dysfonctionnel.
7. Validité
L’accumulation de données empiriques depuis 1990 confirme l’excellente validité métrologique du PSWQ à travers divers contextes culturels et linguistiques.
Validité de construit et validité convergente
La validité de construit du PSWQ est solidement attestée par des corrélations positives élevées et statistiquement significatives avec d’autres échelles mesurant des dimensions conceptuellement proches :
- Des corrélations fortes sont observées avec l’Inventaire d’Anxiété État-Trait de Spielberger (STAI-Trait), oscillant généralement entre r = 0,64 et r = 0,79 (Meyer et al., 1990 ; Brown et al., 1992).
- Une corrélation substantielle est documentée avec le questionnaire d’inquiétudes de worry domains (WDQ) de Tallis et al. (r = 0,65 à 0,72), confirmant que le PSWQ mesure l’intensité du processus cognitif commun qui sous-tend les différents domaines de préoccupation.
- Les associations avec les mesures de dépression (telles que le Beck Depression Inventory – BDI) se situent à un niveau modéré à élevé (r = 0,40 à 0,60), ce qui concorde avec la comorbidité clinique fréquente entre anxiété et dépression tout en préservant la spécificité du construit.
Validité discriminante
La force cardinale du PSWQ réside dans sa remarquable validité discriminante. Dans l’étude clinique fondatrice de Brown, Antony et Barlow (1992) portant sur un échantillon de patients consultant pour des troubles anxieux (N = 414), les individus diagnostiqués avec un TAG ont obtenu des scores moyens significativement plus élevés (M = 67,8 ; ÉT = 9,2) que les patients atteints d’un trouble obsessionnel-compulsif (TOC ; M = 55,2), d’un trouble panique avec agoraphobie (M = 53,6) ou d’une phobie sociale (M = 54,8). Ces différences demeuraient hautement significatives même après contrôle statistique des niveaux d’anxiété générale et de dépression.
Gillis, Haaga et Ford (1995) ont corroboré ces résultats en établissant des normes pour la population générale adulte (N = 244), où le score moyen se situe à 41,5 (ÉT = 13,8), soit plus de deux écarts-types en dessous de la moyenne typique des patients souffrant de TAG. De même, les travaux de Turk, Fresco, Mennin et Heimberg (2001) ont démontré au moyen de courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) qu’un seuil clinique situé autour de 62 à 65 points permet de discriminer de façon optimale les sujets présentant un TAG de ceux souffrant d’anxiété sociale (N = 132), avec une sensibilité supérieure à 85 % et une spécificité avoisinant 80 %.
Validité prédictive et sensibilité au changement
Le PSWQ démontre une excellente sensibilité aux effets des interventions psychothérapeutiques. Dans de multiples essais cliniques contrôlés évaluant l’efficacité de la TCC pour le TAG, une réduction statistiquement et cliniquement significative des scores au PSWQ a été observée entre le pré-traitement et le post-traitement, les scores post-thérapeutiques se maintenant durablement lors des suivis à 6 et 12 mois (Borkovec & Costello, 1993). La normalisation des scores au PSWQ (généralement un score final inférieur à 45-50) constitue un indice prédictif robuste de rémission stable sans rechute à moyen terme.
8. Fidélité
La fidélité métrologique du PSWQ a fait l’objet d’évaluations exhaustives, démontrant des indices de précision et de consistance parmi les plus élevés de la littérature psychométrique clinique.
Cohérence interne
Dans l’étude originale de développement menée par Meyer, Miller, Metzger et Borkovec (1990) auprès de plusieurs cohortes d’étudiants universitaires (totalisant plus de 1 000 participants), le coefficient alpha de Cronbach était de 0,91. Dans l’échantillon clinique de Brown, Antony et Barlow (1992), la cohérence interne a atteint 0,93 chez les patients atteints de troubles anxieux et 0,95 chez les participants du groupe témoin sans trouble psychopathologique.
Les corrélations item-total corrigées sont uniformément robustes, variant typiquement entre 0,45 et 0,78 pour les items directement cotés, attestant que chaque item contribue de façon substantielle et cohérente à la mesure du macro-construit de l’inquiétude.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La stabilité du score a été documentée sur divers intervalles temporels, consolidant le statut de l’inquiétude en tant que disposition stable de type « trait » :
- Meyer et al. (1990) ont rapporté un coefficient de corrélation test-retest de r = 0,92 sur un intervalle de 8 à 10 semaines chez des étudiants n’ayant reçu aucune intervention.
- Dans un sous-échantillon de patients en liste d’attente évalués par Brown et al. (1992), le coefficient de stabilité temporelle était de r = 0,74 sur une période moyenne de 4 semaines, confirmant que le score ne fluctue pas spontanément de manière aléatoire en l’absence de thérapie active.
9. Analyse factorielle
La dimensionalité du PSWQ a suscité un débat scientifique de haute volée en psychométrie moderne, stimulant une vaste série d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).
L’hypothèse initiale de l’unidimensionnalité
Lors de la validation initiale, Meyer et al. (1990) ont conclu à une structure strictement unidimensionnelle. L’analyse en composantes principales révélait un facteur général dominant expliquant une part prépondérante de la variance totale, sur lequel l’ensemble des 16 items saturaient de façon substantielle (coefficients de saturation compris entre 0,47 et 0,79). Sur cette base conceptuelle, le calcul d’un score composite global unique a été préconisé.
La mise en évidence de deux facteurs : contenu vs artefact méthodologique
Ultérieurement, plusieurs chercheurs utilisant l’analyse factorielle confirmatoire (notamment Brown, 2003 ; Hazlett-Stevens, Ullman, & Craske, 2004) ont constaté qu’un modèle à deux facteurs corrélés offrait fréquemment un meilleur ajustement statistique qu’un modèle unifactoriel standard :
- Un premier facteur regroupant les 11 items formulés positivement, désigné sous le terme d’« Inquiétude » ou d’« Engagement dans l’inquiétude » (items 2, 4, 5, 6, 7, 9, 12, 13, 14, 15, 16).
- Un second facteur regroupant les 5 items formulés de manière inversée, souvent labellisé « Absence d’inquiétude » (items 1, 3, 8, 10, 11).
Cependant, les travaux méthodologiques approfondis menés par Brown (2003) et Rodebaugh, Holaway et Heimberg (2008) ont résolu ce paradoxe structural. En appliquant des modèles d’équations structurelles incluant un facteur de trait substantif global et un facteur de méthode résiduel spécifique aux items inversés (bifactor model ou method effect model), les auteurs ont prouvé que la scission en deux facteurs ne reflète pas deux dimensions psychologiques distinctes, mais un artefact méthodologique classique causé par le sens de formulation syntaxique des items (effet de méthode lié à l’inversion des énoncés). Le facteur substantiel sous-jacent est bel et bien unitaire. En conséquence, le consensus psychométrique actuel soutient formellement l’utilisation du score total unidimensionnel du PSWQ dans la pratique clinique et la recherche empirique.
10. Instrument de mesure
- Type de test : Instrument psychométrique d’auto-évaluation (auto-questionnaire).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée / numérique standardisée.
- Nombre d’items : 16 questions d’auto-évaluation.
- Population cible : Adultes et adolescents (dès 16 ans) en contexte clinique (psychiatrie, psychologie médicale) ou non clinique (recherche, milieu universitaire, population générale). Des adaptations spécifiques existent pour les enfants (PSWQ-C).
- Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Échelle de réponse (authentique Likert en 5 points) :
1= Not at all typical of me (Pas du tout représentatif de moi)2= Rarely typical of me (Rarement représentatif de moi)3= Somewhat typical of me (Assez représentatif de moi)4= Often typical of me (Souvent représentatif de moi)5= Very typical of me (Tout à fait représentatif de moi)
- Règles de cotation et calcul des scores :
- Items inversés : Les items 1, 3, 8, 10 et 11 sont formulés positivement (reflétant l’absence d’inquiétude). Leurs scores doivent impérativement être inversés avant le calcul du total :
1 = 5,2 = 4,3 = 3,4 = 2,5 = 1. - Items directs : Les items 2, 4, 5, 6, 7, 9, 12, 13, 14, 15 et 16 sont cotés directement selon la valeur choisie (de 1 à 5).
- Score total : Somme des 16 items après inversion. L’étendue théorique des scores varie de 16 à 80 points.
- Items inversés : Les items 1, 3, 8, 10 et 11 sont formulés positivement (reflétant l’absence d’inquiétude). Leurs scores doivent impérativement être inversés avant le calcul du total :
- Repères d’interprétation clinique :
- Score de 16 à 39 : Niveau d’inquiétude faible à modéré, typique de la population générale saine.
- Score de 40 à 59 : Niveau d’inquiétude modéré à élevé, fréquent dans les populations étudiantes stressées ou chez des personnes manifestant des traits anxieux sous-cliniques.
- Score de 60 à 80 : Niveau d’inquiétude sévère et pathologique. Un score supérieur ou égal à 62-65 suggère très fortement la présence d’un Trouble Anxieux Généralisé (TAG) et justifie une investigation diagnostique clinique structurée approfondie.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication initiale : 1990 (article princeps publié dans la revue Behaviour Research and Therapy).
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : Le PSWQ est considéré dans la communauté scientifique internationale comme un instrument dans le domaine public à visée académique et clinique (open-access research tool). Les auteurs originaux (Meyer, Borkovec et al.) n’ont pas restreint l’usage de l’instrument sous un brevet commercial payant.
- Frais d’utilisation : Gratuit pour une utilisation clinique non commerciale, la recherche universitaire et les contextes d’enseignement. Aucune redevance (royalty) par passation n’est exigée.
- Conditions d’utilisation : Les cliniciens et chercheurs sont libres d’administrer le questionnaire à condition de citer fidèlement la source princeps (Meyer et al., 1990) et de ne pas modifier le texte ni la structure des items afin d’en préserver les propriétés métrologiques standardisées. Pour toute intégration dans des logiciels commerciaux ou des plateformes numériques payantes, l’autorisation préalable des détenteurs moraux des droits et de l’éditeur du journal d’origine (Elsevier) est requise.
12. Références
Borkovec, T. D. (1994). The nature, functions, and origins of worry. In G. C. L. Davey & F. Tallis (Eds.), Worrying: Perspectives on theory, assessment and treatment (pp. 5-33). John Wiley & Sons.
Borkovec, T. D., Alcaine, O., & Behar, E. (2004). Avoidance theory of worry and generalized anxiety disorder. In R. G. Heimberg, C. L. Turk, & D. S. Mennin (Eds.), Generalized anxiety disorder: Advances in research and practice (pp. 77-108). The Guilford Press.
Borkovec, T. D., & Costello, E. (1993). Experimental analysis of the effects of relaxation training and cognitive therapy on generalized anxiety disorder. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 61(4), 611-619. https://doi.org/10.1037/0022-006X.61.4.611
Borkovec, T. D., Robinson, E., Pruzinsky, T., & DePree, J. A. (1983). Preliminary exploration of worry: Some characteristics and processes. Behaviour Research and Therapy, 21(1), 9-16. https://doi.org/10.1016/0005-7967(83)90121-3
Brown, T. A. (2003). Confirmatory factor analysis of the Penn State Worry Questionnaire: Multiple latent factors or method effects? Behaviour Research and Therapy, 41(2), 141-155. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(01)00134-2
Brown, T. A., Antony, M. M., & Barlow, D. H. (1992). Psychometric properties of the Penn State Worry Questionnaire in a clinical anxiety disorders sample. Behaviour Research and Therapy, 30(1), 33-37. https://doi.org/10.1016/0005-7967(92)90093-V
Dugas, M. J., Gagnon, F., Ladouceur, R., & Freeston, M. H. (1998). Generalized anxiety disorder: A preliminary test of a conceptual model. Behaviour Research and Therapy, 36(2), 215-226. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(97)00070-3
Gillis, M. M., Haaga, D. A., & Ford, G. T. (1995). Normative values for the Beck Anxiety Inventory, Fear Questionnaire, Penn State Worry Questionnaire, and Social Phobia and Anxiety Inventory. Psychological Assessment, 7(4), 450-455. https://doi.org/10.1037/1040-3590.7.4.450
Hazlett-Stevens, H., Ullman, J. B., & Craske, M. G. (2004). Factor analysis of the Penn State Worry Questionnaire: Further evidence for a two-factor structure. Journal of Anxiety Disorders, 18(6), 843-855. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2003.10.003
Meyer, T. J., Miller, M. L., Metzger, R. L., & Borkovec, T. D. (1990). Development and validation of the Penn State Worry Questionnaire. Behaviour Research and Therapy, 28(6), 487-495. https://doi.org/10.1016/0005-7967(90)90135-6
Rodebaugh, T. L., Holaway, R. M., & Heimberg, R. G. (2008). The Penn State Worry Questionnaire: Reaction to reverse-scored items. Journal of Anxiety Disorders, 22(8), 1450-1460. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2008.02.006
Turk, C. L., Fresco, D. M., Mennin, D. S., & Heimberg, R. G. (2001). Using the Penn State Worry Questionnaire to distinguish individuals with generalized anxiety disorder from individuals with social anxiety disorder. Poster presentation at the 35th Annual Meeting of the Association for Advancement of Behavior Therapy, Philadelphia, PA.
Wells, A. (1995). Meta-cognition and worry: A cognitive model of generalized anxiety disorder. Behavioural and Cognitive Psychotherapy, 23(3), 301-320. https://doi.org/10.1017/S1352465800015897
Wells, A. (2005). The metacognitive model of GAD: Assessment of meta-worry and treatment status with cognitive therapy. Cognitive Therapy and Research, 29(1), 73-85. https://doi.org/10.1007/s10608-005-1652-z