1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire d’identité gaie (Gay Identity Questionnaire, GIQ), développé par Stephen M. Brady (1983) et validé formellement par Brady et Busse (1994), constitue un outil d’évaluation psychométrique conçu pour opérationnaliser et mesurer les stades séquentiels du modèle de formation de l’identité homosexuelle proposé par Vivienne Cass (Homosexual Identity Formation, HIF, 1979). L’instrument comprend 45 items dichotomiques (Vrai/Faux) auto-administrés. Trois items spécifiques (items 4, 22 et 40) font office d’items de contrôle de validité pour confirmer la présence de sentiments, de pensées ou de comportements homosexuels autodéclarés, condition sine qua non pour l’interprétation du protocole. Les 42 items restants sont répartis de manière équilibrée à raison de 7 items par stade à travers les six dimensions développementales conceptualisées par Cass : Confusion de l’identité (Stade 1), Comparaison de l’identité (Stade 2), Tolérance de l’identité (Stade 3), Acceptation de l’identité (Stade 4), Fierté de l’identité (Stade 5) et Synthèse de l’identité (Stade 6).
Sur le plan psychométrique, le GIQ a été initialement standardisé auprès d’un échantillon de 225 hommes homosexuels et bisexuels (âge moyen = 28,8 ans). Les analyses de cohérence interne calculées à l’aide de la formule de Kuder-Richardson (KR-20) indiquent des coefficients acceptables à élevés pour la majorité des sous-échelles : $r = 0{,}76$ pour la Tolérance (Stade 3), $r = 0{,}71$ pour l’Acceptation (Stade 4) et $r = 0{,}78$ pour la Synthèse (Stade 6), bien que le Stade 5 (Fierté) présente une fidélité plus modeste ($r = 0{,}44$). La validité de construit est étayée par des relations hautement significatives avec le bien-être psychologique global, $F(3, 189) = 8{,}67$, $p < 0{,}01$, ainsi qu'avec de multiples indices d'ajustement homosexuel incluant le dévoilement de soi (coming out), l'exclusivité comportementale et l'engagement relationnel intime. Le GIQ demeure un instrument séminal pour les chercheurs en psychologie sociale, en psychologie du développement et pour les cliniciens travaillant auprès des minorités sexuelles.
2. Mots-clés / Keywords
Coming out, développement de l’identité sexuelle, modèle de Cass, minorités sexuelles, homosexualité masculine, psychométrie, ajustement psychologique, bien-être psychologique, échelle dichotomique, Kuder-Richardson, affirmation de soi, homophobie intériorisée.
3. Auteurs / Authors
Le questionnaire a été conçu et validé par :
- Stephen M. Brady, Ph.D. : Division of Psychiatry, Boston University School of Medicine, Boston, Massachusetts, États-Unis. Ses travaux de recherche portent principalement sur la santé mentale des minorités sexuelles, les processus de développement identitaire, les facteurs psychosociaux associés au VIH/sida et la psychothérapie affirmative. Correspondance : Division of Psychiatry, Boston University School of Medicine, 715 Albany Street, Robinson 2 B-2903, Boston, MA 02118 ; Courriel : [email protected].
- Wilfried J. Busse, Ph.D. : Chercheur associé et clinicien ayant collaboré à la formalisation psychométrique, à l’analyse empirique et à la publication de l’instrument dans les revues académiques à comité de lecture.
4. Objectif / Purpose
Le Gay Identity Questionnaire a été élaboré pour combler un vide méthodologique majeur dans la recherche sur les minorités sexuelles au début des années 1980. Jusqu’alors, la trajectoire d’élaboration de l’identité gaie était abondamment décrite sur le plan théorique mais manquait d’instruments standardisés permettant une classification empirique fiable des individus dans un stade spécifique de développement. L’objectif premier du GIQ est d’identifier avec précision le stade d’acquisition de l’identité homosexuelle chez les hommes ayant des désirs, des sentiments ou des comportements homosexuels, conformément au modèle de formation de l’identité homosexuelle (Homosexual Identity Formation – HIF) théorisé par Vivienne Cass en 1979.
D’un point de vue clinique, le GIQ offre aux psychothérapeutes et aux professionnels de la santé mentale un cadre d’évaluation structuré pour comprendre les conflits intrapsychiques et interpersonnels vécus par les consultants. Le processus d’affirmation de l’identité sexuelle ne constitue pas un événement ponctuel, mais une restructuration cognitive et affective complexe s’étalant sur plusieurs années. En identifiant le stade dominant du patient, le clinicien peut adapter ses interventions thérapeutiques : déconstruire l’incongruence affective et la honte au stade de la confusion ou de la comparaison, soutenir le réseau social au stade de la tolérance, faciliter la gestion stratégique de la visibilité au stade de l’acceptation, ou canaliser la colère militante vers une intégration harmonieuse au stade de la fierté et de la synthèse.
En contexte de recherche fondamentale et appliquée, l’instrument permet de tester des hypothèses différentielles sur le lien entre l’étape d’intégration identitaire et divers indicateurs psychosociaux, tels que l’anxiété sociale, la dépression, l’homophobie intériorisée, les conduites sexuelles à risque et la résilience face au stress des minorités. Il permet également d’opérationnaliser le changement développemental dans le cadre d’études longitudinales ou d’évaluations de programmes de soutien communautaire destinés aux minorités sexuelles.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par le GIQ est la formation de l’identité homosexuelle, conceptualisée comme une transition psychosociale continue partant d’une auto-définition hétérosexuelle présumée vers une identité gaie pleinement intégrée, congruente et positive. Ce macro-construit est subdivisé en six dimensions orthogonales théoriques de 7 items chacune, complétées par un sous-ensemble de vérification de la validité de l’éligibilité :
Contrôle de validité (Validity Check Items)
Composé de 3 items fondamentaux (items 4, 22 et 40), ce sous-ensemble vérifie la pertinence du test pour le sujet en confirmant la présence de sentiments, de cognitions ou de pratiques sexuelles homosexuelles. L’adhésion à au moins un de ces items conditionne la recevabilité du profil.
Stade 1 : Confusion de l’identité (Identity Confusion)
Cette dimension capture la première prise de conscience d’émotions ou d’attirances envers le même sexe, perçues comme dissonantes par rapport au schéma hétéronormatif interne. L’individu ressent une vive perplexité quant à son identité et mobilise de puissants mécanismes de défense, notamment le déni, la rationalisation ou l’évitement comportemental. Exemple d’item caractéristique : « I doubt that I am homosexual, but still am confused about who I am sexually » (Item 6) ou encore « The topic of homosexuality does not relate to me personally » (Item 25).
Stade 2 : Comparaison de l’identité (Identity Comparison)
Ce stade marque l’acceptation de l’éventualité d’une identité homosexuelle, accompagnée d’un sentiment profond d’aliénation, d’isolement social et de divergence face au monde hétérosexuel majoritaire. L’individu prend acte de sa différence mais tente fréquemment de préserver un statut hétérosexuel compensatoire ou bisexuel pour réduire l’anxiété. Exemple d’item caractéristique : « I probably am sexually attracted equally to men and women » (Item 1) et « I dread having to deal with the fact that I may be homosexual » (Item 29).
Stade 3 : Tolérance de l’identité (Identity Tolerance)
L’individu reconnaît de manière croissante qu’il est probablement homosexuel, mais cette réalité est vécue sur le mode de la tolérance résignée plutôt que de l’adhésion fière. Pour pallier l’isolement, le sujet commence à rechercher activement des contacts avec la communauté homosexuelle, tout en maintenant une stricte étanchéité entre sa vie privée et son image publique hétérosexuelle. Exemple d’item caractéristique : « I tolerate rather than accept my homosexual thoughts and feelings » (Item 42) et « I’m probably homosexual, even though I maintain a heterosexual image in both my personal and public life » (Item 11).
Stade 4 : Acceptation de l’identité (Identity Acceptance)
À cette étape, l’individu valide son identité gaie sur le plan interne et intensifie ses relations interpersonnelles positives avec d’autres pairs gais. Néanmoins, il adopte une gestion compartimentée de son identité : l’homosexualité est affirmée dans le cercle privé mais soigneusement dissimulée dans les sphères professionnelles, académiques ou familiales afin d’éviter la stigmatisation. Exemple d’item caractéristique : « My homosexuality is a valid private identity, that I do not want made public » (Item 3) et « I accept but would not say I am proud of the fact that I am definitely homosexual » (Item 36).
Stade 5 : Fierté de l’identité (Identity Pride)
Cette dimension reflète une dichotomisation radicale de l’environnement social entre le monde gai (idéalisé et valorisé) et le monde hétérosexuel (perçu comme oppresseur et rejeté). L’individu éprouve une fierté militante intense, s’affiche ouvertement, ressent une profonde colère face à l’injustice institutionnelle et refuse catégoriquement toute forme de compromis ou de dissimulation. Exemple d’item caractéristique : « I have little desire to be around most heterosexuals » (Item 5) et « I am very proud to be gay and make it known to everyone around me » (Item 8).
Stade 6 : Synthèse de l’identité (Identity Synthesis)
Stade ultime du modèle, la synthèse identitaire correspond à l’intégration sereine de l’orientation sexuelle au sein de l’identité globale de la personne. La vision manichéenne cède la place à une appréciation nuancée des individus hétérosexuels, jugés sur leurs qualités personnelles et non sur leur orientation. L’homosexualité devient un aspect important du soi parmi d’autres, pleinement assumé sans colère ni besoin d’hypervisibilité militante. Exemple d’item caractéristique : « I am proud and open with everyone about being gay, but it isn’t the major focus of my life » (Item 30) et « I generally feel comfortable being the only gay person in a group of heterosexuals » (Item 10).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre conceptuel du GIQ s’enracine rigoureusement dans la théorie psychosociale du développement de l’identité formulée par Vivienne C. Cass (1979, 1984), elle-même fortement influencée par l’interactionnisme symbolique de George Herbert Mead et la théorie du développement psychosocial d’Erik Erikson. Dans cette perspective, l’identité n’est pas une donnée biologique statique, mais une construction cognitive, dynamique et interactive résultant de la négociation permanente entre la perception que l’individu a de ses propres comportements et sentiments (le soi intime) et les représentations renvoyées par son environnement social et culturel (le soi perçu par autrui).
Le modèle de formation de l’identité homosexuelle (Homosexual Identity Formation – HIF) de Cass postule que le moteur de la progression à travers les six stades est la résolution d’une incongruence cognitive et affective. Dans une société imprégnée d’hétéronormativité, tout individu intériorise initialement la croyance qu’il est hétérosexuel. L’émergence de désirs homoérotiques provoque une rupture de l’équilibre homéostatique cognitif (dissonance cognitive de Festinger). Face à cette incongruence, le sujet peut soit bloquer son développement identitaire par des stratégies défensives d’évitement, de déni ou de cloisonnement (stagnation identitaire), soit modifier ses perceptions, ses attitudes et ses affiliations sociales pour rétablir une congruence, ce qui le propulse vers le stade suivant.
Les six stades de Cass représentent ainsi une trajectoire dialectique d’individuation :
- Décentration initiale (Stades 1 et 2) : Déstabilisation du soi hétérosexuel présumé, générant confusion, sentiment d’anormalité et stratégies compensatoires.
- Exploration et transition (Stades 3 et 4) : Rapprochement exploratoire avec les pairs homosexuels, émergence d’un réseau affiliatif et validation progressive du concept de soi en milieu protégé.
- Affirmation et réconciliation (Stades 5 et 6) : Réaction d’affirmation combative contre l’hétérosexisme dominant (Stade 5), suivie d’un dépassement de l’hostilité binaire pour parvenir à une intégration holistique du soi dans la société pluraliste (Stade 6).
Stephen Brady a transposé cette modélisation théorique qualitative en un instrument quantitatif opérationnel, permettant de situer un sujet donné à un point précis de cette trajectoire développementale.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du GIQ a été documentée à travers les études empiriques de Brady (1983) et Brady et Busse (1994) menées auprès d’un échantillon de 225 hommes homosexuels et bisexuels. Les analyses ont porté sur la validité liée aux variables sociodémographiques, la validité de construit et la validité convergente avec des construits cliniques et comportementaux.
Indépendance à l’égard des biais sociodémographiques
L’évaluation des relations entre les stades du modèle HIF mesurés par le GIQ et diverses variables sociodémographiques (âge chronologique, niveau d’éducation formelle, revenu annuel, religiosité et orientation politique) n’a révélé aucune corrélation statistiquement significative. Cette absence de confusion confirme que le processus de formation de l’identité homosexuelle, tel que capturé par l’instrument, reflète un cheminement psychologique interne autonome qui transcende les déterminants socioéconomiques classiques.
Validité convergente avec le bien-être psychologique
Conformément aux prédictions théoriques du modèle de Cass, l’avancement dans les stades de l’identité gaie s’accompagne d’une réduction substantielle de la détresse psychologique et d’un gain d’affects positifs. Une analyse de variance unidirectionnelle a mis en évidence une relation positive hautement significative entre le stade identitaire du GIQ et une mesure composite de bien-être psychologique auto-rapporté en neuf items :
$$F(3, 189) = 8{,}67, \quad p < 0{,}01$$
Les analyses post-hoc conduites avec le test HSD de Tukey ont démontré que les participants classés au Stade 3 (Tolérance) rapportaient un niveau de bien-être psychologique significativement inférieur à celui de leurs pairs positionnés aux Stades 4 (Acceptation), 5 (Fierté) et 6 (Synthèse). En revanche, aucune divergence significative n’a été relevée entre les Stades 4, 5 et 6 sur cette dimension.
Validité prédictive et concomitante avec l’ajustement homosexuel
La validité concurrente a été explorée à travers cinq indices fondamentaux de l’ajustement psychosocial à l’homosexualité. Les résultats confirment que les individus situés au Stade 3, comparés à ceux des stades ultérieurs, présentent un profil significativement moins adapté :
- Perception de la viabilité de l’identité : Les participants au Stade 3 perçoivent l’homosexualité comme une option de vie nettement moins viable, $F(3, 190) = 9{,}86, p < 0{,}01$.
- Exclusivité de l’orientation sexuelle : Ils rapportent une homosexualité comportementale et fantasmatique moins exclusive, $F(3, 188) = 14{,}34, p < 0{,}01$.
- Dévoilement de soi (Coming out) : Ils sont significativement moins enclins à avoir révélé leur orientation à leurs proches et personnes significatives, $F(3, 190) = 25{,}04, p < 0{,}01$.
- Activité sexuelle : Ils déclarent une fréquence d’activité sexuelle homosexuelle moindre, $F(3, 191) = 4{,}52, p < 0{,}01$.
- Engagement relationnel intime : Ils manifestent une probabilité significativement plus faible d’être engagés dans une relation amoureuse homosexuelle stable, $chi^2(3, N = 194) = 9{,}68, p < 0{,}01$.
Remise en question de la granularité du modèle : Vers un modèle biphasique
Une constatation empirique majeure mise au jour par Brady et Busse (1994) concerne l’absence de différenciation statistique appréciable entre les participants des stades 4, 5 et 6 sur la plupart des indicateurs d’ajustement et de santé mentale. Ces résultats suggèrent que l’acquisition de l’identité homosexuelle pourrait fonctionner de manière biphasique plutôt que selon les six étapes séquentielles rigides postulées initialement :
- Phase 1 (Stades 1 à 3 – Confusion / Comparaison / Tolérance) : Phase de vulnérabilité caractérisée par l’incertitude, le rejet partiel ou l’inconfort face à son identité homosexuelle, associée à une plus faible estime de soi et à un coming out limité.
- Phase 2 (Stades 4 à 6 – Acceptation / Fierté / Synthèse) : Phase d’affirmation caractérisée par la reconnaissance consciente, la valorisation et l’intégration de son homosexualité, où les différences résident principalement dans les modalités stratégiques de gestion de la visibilité publique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de cohérence interne des sous-échelles du GIQ a été évaluée au moyen de la formule de Kuder-Richardson 20 (KR-20), formule statistique équivalente à l’alpha de Cronbach spécialement dédiée aux formats de réponse dichotomiques (Vrai/Faux) :
$$r_{KR20} = \frac{k}{k – 1} \left( 1 – \frac{\sum p_i q_i}{\sigma^2_X} \right)$$
En raison du mode de recrutement fondé sur le volontariat au sein d’organisations communautaires et de lieux de socialisation gais en Californie du Sud, un nombre insuffisant de répondants s’est retrouvé classé dans les deux premiers stades développementaux (Stade 1 : Confusion et Stade 2 : Comparaison). Par conséquent, les coefficients de cohérence interne n’ont pu être calculés de façon fiable pour ces deux stades initiaux.
Pour les quatre autres stades, les coefficients de cohérence interne obtenus sont les suivants :
- Stade 3 (Tolérance de l’identité) : $r = 0{,}76$ (satisfaisant pour une sous-échelle brève de 7 items).
- Stade 4 (Acceptation de l’identité) : $r = 0{,}71$ (acceptable).
- Stade 5 (Fierté de l’identité) : $r = 0{,}44$ (faible fidélité de cohérence interne).
- Stade 6 (Synthèse de l’identité) : $r = 0{,}78$ (bonne fidélité).
L’atténuation du coefficient pour le Stade 5 ($r = 0{,}44$) s’explique sur le plan psychométrique par l’hétérogénéité des contenus couverts par ses 7 items. Certains items évaluent l’isolement délibéré vis-à-vis des hétérosexuels (ex. item 5 et item 9), tandis que d’autres mesurent l’activisme confrontationnel direct (item 26 et item 34) ou la fierté publique proclamée (item 8 et item 41). Cette diversité de manifestations comportementales de la fierté et de la réactance face à l’oppression nuit à l’homogénéité unidimensionnelle stricte de cette sous-échelle spécifique.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Lors de la construction du GIQ par Brady (1983), les items ont été rédigés par déduction théorique directe à partir des descriptions qualitatives originales publiées par Cass (1979). Les procédures de développement ont comporté deux études pilotes préalables suivies de l’administration définitive à 225 hommes.
Sur le plan structurel, les analyses factorielles exploratoires (AFE) menées sur des matrices de corrélation tétrachoriques (appropriées aux données binaires) ont révélé la difficulté d’isoler empiriquement six composantes orthogonales indépendantes correspondant parfaitement aux six stades de Cass. Deux facteurs prédominants émergent systématiquement des analyses factorielles d’ordre supérieur :
- Facteur I : Dissonance et dissimulation identitaire : Regroupant les saturations élevées des items des stades 1, 2 et 3, caractérisés par l’ambivalence, la peur du stigmate, la compartimentation et la honte intériorisée.
- Facteur II : Intégration et affirmation identitaire : Regroupant les items des stades 4, 5 et 6, marqués par la clarté de l’auto-définition homosexuelle, l’engagement relationnel et la visibilité sociale.
Les modélisations en analyse factorielle confirmatoire (AFC) réalisées ultérieurement dans diverses thèses doctorales et mémoires universitaires ont confirmé qu’un modèle à six facteurs corrélés présente une adéquation modérée en raison des fortes intercorrélations entre stades adjacents (par exemple entre Acceptation et Synthèse, avec des saturations croisées substantielles). Cela appuie l’hypothèse théorique sous-jacente selon laquelle les stades de Cass ne sont pas des entités étanches, mais des phases d’un continuum développemental continu avec des zones de chevauchement transitoires.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument se présente sous la forme d’un auto-questionnaire standardisé comportant les caractéristiques suivantes :
- Type de test : Échelle de développement psychosocial / Questionnaire d’auto-évaluation.
- Nombre d’items : 45 items répartis de façon pseudo-aléatoire.
- Format de réponse : Format dichotomique binaire strict Vrai (True – T) ou Faux (False – F). Le répondant doit entourer Vrai si l’énoncé correspond entièrement à sa situation au moment présent, sinon entourer Faux.
- Durée de passation : Environ 15 à 20 minutes.
- Procédure de cotation et d’attribution des stades :
- Vérification de l’éligibilité (Validity Check) : Les items 4, 22 et 40 servent de filtre de validité. Le participant doit répondre « Vrai » à au moins un de ces trois items (attestant de sentiments, pensées ou comportements homosexuels) pour que l’évaluation soit considérée comme valide et interprétable.
- Attribution des points : Pour chacun des 42 items restants, chaque réponse « Vrai » accorde 1 point au stade de développement auquel l’item est rattaché (chaque stade compte 7 items, soit un score maximal de 7 points par stade). Une réponse « Faux » vaut 0 point.
- Désignation du stade dominant : Le stade dans lequel le répondant accumule le plus grand nombre de points définit son stade de formation de l’identité homosexuelle (ex. un score de 6/7 au Stade 4 classe l’individu au stade de l’Acceptation).
- Désignation de double stade (Dual stage designation) : Si un répondant obtient un score maximal identique dans deux ou plusieurs stades (par exemple 5/7 au Stade 3 et 5/7 au Stade 4), une désignation double ou combinée lui est attribuée, reflétant une phase de transition active entre ces deux échelons développementaux.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1983 (thèse doctorale de Stephen M. Brady) ; validation formelle publiée en 1994 dans le Journal of Homosexuality.
- Statut des droits d’auteur et licence : Instrument académique sous copyright de l’auteur original et de l’éditeur scientifique (Haworth Press / Taylor & Francis). L’outil a été mis à la disposition de la communauté scientifique pour un usage non commercial dans le cadre de la recherche et de la pratique clinique.
- Coût et tarification : Gratuit pour les chercheurs académiques, les étudiants de cycles supérieurs (thèses et mémoires) et les cliniciens à des fins d’évaluation individuelle.
- Demandes de permissions : Les demandes d’utilisation, de reproduction intégrale ou d’adaptation doivent être adressées au premier auteur : Dr. Stephen Brady, Division of Psychiatry, Boston University School of Medicine, 715 Albany Street, Robinson 2 B-2903, Boston, MA 02118, États-Unis ([email protected]).
12. Références / References
Les sources et publications scientifiques associées au développement, à la validation et aux fondements théoriques du GIQ sont présentées ci-dessous au format APA 7e édition :
- Brady, S. M. (1983). The relationship between differences in stages of homosexual identity formation and background characteristics, psychological well-being and homosexual adjustment (Doctoral dissertation, California School of Professional Psychology). Dissertation Abstracts International, 45(10B), 3328.
- Brady, S. M., & Busse, W. J. (1994). The Gay Identity Questionnaire: A brief measure of homosexual identity formation. Journal of Homosexuality, 26(4), 1–22. https://doi.org/10.1300/J082v26n04_01
- Cass, V. C. (1979). Homosexual identity formation: A theoretical model. Journal of Homosexuality, 4(3), 219–235. https://doi.org/10.1300/J082v04n03_01
- Cass, V. C. (1984). Homosexual identity formation: Testing a theoretical model. The Journal of Sex Research, 20(2), 143–167. https://doi.org/10.1080/00224498409551214
- Hays, W. L. (1973). Statistics for the social sciences (2nd ed.). Holt, Rinehart and Winston.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Directions: Please read each of the following statements carefully and then circle whether you feel the statements are true (T) or false (F) for you at this point in time. A statement is circled as true if the entire statement is true, otherwise it is circled as false.
Response format: True (T) / False (F)
- I probably am sexually attracted equally to men and women. (Stage 2)
- I live a homosexual lifestyle at home, while at work/school I do not want others to know about my lifestyle. (Stage 4)
- My homosexuality is a valid private identity, that I do not want made public. (Stage 4)
- I have feelings I would label as homosexual. (validity check item)
- I have little desire to be around most heterosexuals. (Stage 5)
- I doubt that I am homosexual, but still am confused about who I am sexually. (Stage 1)
- I do not want most heterosexuals to know that I am definitely homosexual. (Stage 4)
- I am very proud to be gay and make it known to everyone around me. (Stage 5)
- I don’t have much contact with heterosexuals and can’t say that I miss it. (Stage 5)
- I generally feel comfortable being the only gay person in a group of heterosexuals. (Stage 6)
- I’m probably homosexual, even though I maintain a heterosexual image in both my personal and public life. (Stage 3)
- I have disclosed to 1 or 2 people (very few) that I have homosexual feelings, although I’m not sure I’m homosexual. (Stage 2)
- I am not as angry about treatment of gays because even though I’ve told everyone about my gayness, they have responded well. (Stage 6)
- I am definitely homosexual but I do not share that knowledge with most people. (Stage 4)
- I don’t mind if homosexuals know that I have homosexual thoughts and feelings, but I don’t want others to know. (Stage 3)
- More than likely I’m homosexual, although I’m not positive about it yet. (Stage 3)
- I don’t act like most homosexuals do, so I doubt that I’m homosexual. (Stage 1)
- I’m probably homosexual, but I’m not sure yet. (Stage 3)
- I am openly gay and fully integrated into heterosexual society. (Stage 6)
- I don’t think that I’m homosexual. (Stage 1)
- I don’t feel as if I am heterosexual or homosexual. (Stage 2)
- I have thoughts I would label as homosexual. (validity check item)
- I don’t want people to know that I may be homosexual, although I’m not sure if I am homosexual or not. (Stage 2)
- I may be homosexual and I am upset at the thought of it. (Stage 2)
- The topic of homosexuality does not relate to me personally. (Stage 1)
- I frequently confront people about their irrational, homophobic (fear of homosexuality) feelings. (Stage 5)
- Getting in touch with homosexuals is something I feel I need to do, even though I’m not sure I want to. (Stage 3)
- I have homosexual thoughts and feelings but I doubt that I’m homosexual. (Stage 1)
- I dread having to deal with the fact that I may be homosexual. (Stage 2)
- I am proud and open with everyone about being gay, but it isn’t the major focus of my life. (Stage 6)
- I probably am heterosexual or non-sexual. (Stage 1)
- I am experimenting with my same sex, because I don’t know what my sexual preference is. (Stage 2)
- I feel accepted by homosexual friends and acquaintances, even though I’m not sure I’m homosexual. (Stage 3)
- I frequently express to others, anger over heterosexuals’ oppression of me and other gays. (Stage 5)
- I have not told most of the people at work that I am definitely homosexual. (Stage 4)
- I accept but would not say I am proud of the fact that I am definitely homosexual. (Stage 4)
- I cannot imagine sharing my homosexual feelings with anyone. (Stage 1)
- Most heterosexuals are not credible sources of help for me. (Stage 5)
- I am openly gay around heterosexuals. (Stage 6)
- I engage in sexual behavior I would label as homosexual. (validity check item)
- I am not about to stay hidden as gay for anyone. (Stage 5)
- I tolerate rather than accept my homosexual thoughts and feelings. (Stage 3)
- My heterosexual friends, family, and associates think of me as a person who happens to be gay, rather than as a gay person. (Stage 6)
- Even though I am definitely homosexual, I have not told my family. (Stage 4)
- I am openly gay with everyone, but it doesn’t make me feel all that different from heterosexuals. (Stage 6)