Questionnaire sur l’humeur et les sentiments : Rapport des parents (MFQ-Parent)

Découvrez le Questionnaire sur l’humeur et les sentiments : Rapport des parents (MFQ-Parent), un outil psychométrique hétéro-rapporté de référence pour évaluer la dépression chez l’enfant et l’adolescent de 6 à 17 ans.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 16, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 16, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire sur l’humeur et les sentiments : Rapport des parents (en anglais : Mood and Feelings Questionnaire: Parent Report ou MFQ-Parent) est un instrument psychométrique d’évaluation hétéro-rapportée conçu spécifiquement pour mesurer la présence et l’intensité de la symptomatologie dépressive chez les enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans. Développé initialement par Adrian Angold, Elizabeth J. Costello et leurs collaborateurs au début des années 1990 au sein de l’Université Duke, cet instrument a été élaboré pour opérationnaliser rigoureusement les critères diagnostiques du trouble dépressif majeur tels que formalisés par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III-R, DSM-IV et DSM-5).

La version complète de l’échelle comprend 34 items explorant le spectre cognitif, affectif, comportemental, neurovégétatif et suicidaire de la dépression pédiatrique au cours des deux dernières semaines précédant la passation. Une version abrégée validée (Short MFQ-Parent ou SMFQ-P), composée de 13 items, est également largement exploitée dans les contextes épidémiologiques et de dépistage de première ligne. Chaque énoncé est évalué par les parents ou les tuteurs légaux selon une échelle ordinale de type Likert en 3 points (0 = Pas vrai / NOT TRUE, 1 = Parfois vrai / SOMETIMES, 2 = Vrai / TRUE), générant un score total oscillant de 0 à 68 pour la forme intégrale de 34 items, et de 0 à 26 pour la version courte à 13 items.

Sur le plan métrologique, le MFQ-Parent affiche d’excellentes propriétés psychométriques établies dans de nombreuses cohortes cliniques et communautaires internationales. Sa consistance interne est exceptionnellement élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach (α) et oméga de McDonald (ω) se situant régulièrement entre 0,89 et 0,95. Les analyses factorielles confirmatoires mettent généralement en évidence une structure de premier ordre unidimensionnelle dominante soutenue par un facteur général de détresse dépressive, tout en reflétant des facettes symptomatiques sous-jacentes cohérentes (dysphorie, anhédonie, altérations somatiques et végétatives, sentiments de dévalorisation et idéation suicidaire). L’outil démontre une excellente validité convergente avec des instruments tels que le Children’s Depression Inventory (CDI) et les modules de l’entretien clinique structuré Diagnostic Interview Schedule for Children (DISC), ainsi qu’une précision diagnostique robuste, particulièrement lorsqu’il est administré conjointement avec la version auto-rapportée de l’enfant (MFQ-Child).

2. Mots-clés / Keywords

Dépression infantile, dépression de l’adolescent, évaluation hétéro-rapportée, Mood and Feelings Questionnaire, MFQ-Parent, psychométrie, pédopsychiatrie, dépistage clinique, validité de construit, consistance interne, critères DSM-5, fidélité test-retest, suicidologie juvénile.

3. Auteurs / Authors

Le Mood and Feelings Questionnaire (MFQ) et sa déclinaison parentale ont été développés par une équipe de chercheurs de premier plan en épidémiologie psychiatrique et en psychopathologie du développement, rattachés au Center for Developmental Epidemiology du Département de psychiatrie et des sciences du comportement de l’Université Duke (Durham, Caroline du Nord, États-Unis) :

  • Adrian Angold, MRCPsych : Professeur émérite en psychiatrie et sciences du comportement, Duke University School of Medicine, Durham, NC, États-Unis. Spécialiste reconnu internationalement pour ses travaux sur la nosologie et l’épidémiologie longitudinale des troubles de l’humeur chez les jeunes.
  • E. Jane Costello, Ph.D. : Professeure en psychiatrie et sciences comportementales et directrice associée du Center for Developmental Epidemiology, Duke University School of Medicine. Figure majeure de l’épidémiologie psychiatrique développementale, co-investigatrice de la célèbre Great Smoky Mountains Study.
  • Stephen C. Messer, Ph.D. : Chercheur en psychométrie et méthodologie quantitative appliquée aux sciences cliniques pédiatriques.
  • Andrew Pickles, Ph.D. : Professeur de biostatistique et de méthodologie psychologique au King’s College London (Institut de psychiatrie, psychologie et neurosciences), Royaume-Uni.
  • F. Winder et D. Silver : Collaborateurs de recherche clinique au sein des programmes d’évaluation de la santé mentale de l’enfant à l’Université Duke.

Pour toute correspondance institutionnelle ou demande relative aux instruments de la série MFQ, les chercheurs peuvent s’adresser au Duke Center for Developmental Epidemiology (Duke University Medical Center, Durham, NC 27710, USA).

4. Objectif / Purpose

Finalité clinique et métrologique

L’objectif fondamental du MFQ-Parent est de fournir une évaluation standardisée, valide, reproductible et rapide de la sévérité des manifestations dépressives chez les enfants et adolescents de 6 à 17 ans, perçues à travers l’observation directe de leurs figures parentales. Contrairement aux adultes, les enfants et les jeunes adolescents éprouvent fréquemment des difficultés à conceptualiser, introspecter et verbaliser leurs états affectifs internes, leurs sentiments de désespoir ou leurs cognitions d’inutilité. Dans cette perspective, le recours à un informateur privilégié tel que le parent constitue une nécessité méthodologique et diagnostique inhérente à la pédopsychiatrie contemporaine.

Le questionnaire a été délibérément calibré pour s’aligner sur les symptômes opérationnels du trouble dépressif caractérisé énoncés dans les classifications internationales (CIM de l’OMS et DSM de l’APA). Il comble une lacune historique en fournissant une échelle de quantification continue des symptômes, apte à mesurer non seulement la présence binaire de la pathologie, mais également les fluctuations subtiles de l’intensité symptomatique au cours du temps.

Applications en recherche épidémiologique et en pratique clinique

En recherche épidémiologique, le MFQ-Parent sert d’instrument de premier choix pour estimer la prévalence, l’incidence et la trajectoire longitudinale des états dépressifs au sein d’échantillons communautaires représentatifs (comme dans la Great Smoky Mountains Study ou la cohorte britannique ALSPAC – Avon Longitudinal Study of Parents and Children). Grâce à sa cotation simple et rapide (moins de cinq minutes pour le parent), il autorise des collectes de données massives sans saturer la charge cognitive des participants.

En milieu clinique (consultations hospitalières, pédopsychiatrie de liaison, centres médico-psycho-pédagogiques), le MFQ-Parent remplit trois fonctions stratégiques :

  • Le triage et le dépistage initial : Identifier rapidement les sujets à risque nécessitant une investigation diagnostique approfondie par entretien clinique structuré (par exemple, le K-SADS ou le DISC).
  • L’évaluation multi-informateurs (multi-informant assessment) : La littérature démontre qu’une faible concordance parent-enfant est habituelle en pédopsychiatrie (souvent caractérisée par des coefficients kappa ou corrélations de Pearson entre 0,25 et 0,45). Alors que les enfants rapportent plus fidèlement les symptômes d’intériorisation subjectifs (sentiment de vide, tristesse intérieure), les parents détectent avec une acuité supérieure les perturbations comportementales observables, le ralentissement psychomoteur, l’agitation, l’irritabilité, le retrait social et la dégradation du fonctionnement scolaire. La combinaison triangulée des scores de l’enfant (MFQ-Child) et de ceux du parent (MFQ-Parent) maximise significativement la précision diagnostique globale et minimise les faux négatifs.
  • Le suivi thérapeutique : Sensible aux changements induits par les interventions psychothérapeutiques (telles que les thérapies cognitivo-comportementales ou interpersonnelles) et pharmacologiques (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), le MFQ-Parent permet une mesure standardisée de la rémission clinique ou de la rechute.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par le MFQ-Parent est la symptomatologie dépressive pédiatrique, appréhendée sous l’angle multidimensionnel d’un syndrome psychopathologique affectant l’affectivité, la cognition, la motricité, la régulation végétative et l’adaptation relationnelle. Bien que les analyses psychométriques soutiennent l’utilisation d’un score total unidimensionnel, le contenu des items couvre rigoureusement les domaines symptomatiques cardinaux de la nosologie dépressive :

1. Affect dépressif, dysphorie et labilité émotionnelle

Cette dimension englobe l’humeur maussade, le sentiment de tristesse profonde, le malheur ressenti et la propension accrue aux pleurs. Chez l’enfant, la dépression s’exprime très fréquemment par une irritabilité marquée plutôt que par une tristesse morne. Le MFQ-Parent capture cette spécificité développementale à travers des items évaluant le fait que l’enfant soit grognon, irritable ou en colère envers l’entourage (« S/he was very grumpy or cross with us » ; « S/he cried a lot » ; « S/he felt miserable or unhappy »).

2. Anhédonie et perte d’intérêt

Considérée avec l’humeur dépressive comme l’un des deux symptômes pivots du DSM-5, l’anhédonie renvoie à l’incapacité de ressentir du plaisir dans les activités antérieurement gratifiantes. L’échelle interroge directement le parent sur la capacité de son enfant à s’amuser ou à manifester de l’enthousiasme (« S/he didn’t enjoy anything at all » ; « S/he didn’t have as much fun at school as s/he used to »).

3. Cognitions négatives, auto-dévalorisation et désespoir

Conformément à la triade cognitive de la dépression, l’instrument sonde les croyances dysfonctionnelles relatives à soi-même, au monde et à l’avenir. Ces aspects cognitifs comprennent le sentiment de nullité, la haine de soi, la perception d’être fondamentalement mauvais, l’autocritique exacerbée, le sentiment de solitude affective et l’absence d’espoir en l’avenir (« S/he hated him/herself » ; « S/he felt s/he was a bad person » ; « S/he felt s/he was no good anymore » ; « S/he thought nobody really loved him/her » ; « S/he said that things would never get better for him/her »).

4. Symptômes neurovégétatifs et somatiques

Les perturbations biologiques et physiologiques associées à l’épisode dépressif constituent une composante majeure observable par les parents. Le questionnaire examine les deux versants de la dérégulation physiologique :

  • Sommeil : L’insomnie (dormir moins que d’habitude) et l’hypersomnie (dormir beaucoup plus que d’habitude).
  • Appétit : La réduction drastique de l’alimentation ou, à l’inverse, l’hyperphagie.
  • Énergie et motricité : L’asthénie sévère (fatigue extrême conduisant à l’inactivité), le ralentissement psychomoteur (parler ou bouger plus lentement), ou au contraire l’agitation motrice et la fébrilité (« S/he was very restless » ; « S/he moved or talked more slowly than usual »).

5. Altérations cognitives et exécutives

La dépression altère les fonctions cognitives supérieures, notamment l’attention soutenue, la concentration, la vitesse de traitement et la prise de décision. Le MFQ-Parent intègre des observations parentales concrètes relatives aux difficultés de concentration, à l’indécision pathologique et au sentiment de déchéance scolaire (« S/he found it hard to think properly or concentrate » ; « S/he found it hard to make up his/her mind » ; « S/he felt that he/she was terrible at his/her schoolwork »).

6. Retrait social et repli relationnel

L’isolement progressif, la réticence à fréquenter les pairs et la diminution des interactions verbales constituent des signes comportementaux d’alerte documentés par les items explorant l’évitement des amis, la taciturnité et le mutisme inhabituel (« S/he didn’t want to see his/her friends » ; « S/he talked less than usual » ; « S/he was very quiet »).

7. Idéations suicidaires et comportements auto-agressifs

Le MFQ-Parent possède une valeur clinique critique grâce à ses items ciblés évaluant les pensées de mort, les déclarations de désirs d’en finir, les menaces suicidaires explicites et les gestes d’auto-mutilation ou tentatives d’atteinte corporelle (« S/he thought about death or dying » ; « S/he talked about wanting to die » ; « S/he said s/he wanted to kill him/herself » ; « S/he tried to hurt him/herself »). Ces énoncés représentent des alertes rouges immédiates nécessitant une prise en charge urgente en pédopsychiatrie.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le modèle cognitif de la dépression (Aaron T. Beck)

Le soubassement théorique principal du MFQ repose sur la théorie cognitive de la dépression développée par Aaron T. Beck. Selon ce modèle, la vulnérabilité à la dépression et son maintien résultent de schémas cognitifs latents négatifs (schémas d’incompétence, de rejet ou d’impuissance) acquis lors des premières expériences développementales. Lorsqu’ils sont réactivés par des stresseurs environnementaux ou interpersonnels, ces schémas engendrent des biais de traitement de l’information et déclenchent la tristement célèbre triade cognitive négative : une vision pessimiste et dépréciative de soi-même (considéré comme déficient, indésirable ou coupable), du monde environnant (perçu comme excessivement exigeant ou hostile) et de l’avenir (anticipé comme voué à l’échec inéluctable).

Les items du MFQ-Parent reflètent fidèlement les traductions comportementales et verbales de cette triade cognitive. Lorsqu’un enfant exprime de manière répétée à ses parents qu’il fait tout de travers (« did everything wrong »), qu’il se déteste (« hated him/herself ») ou que rien ne s’améliorera jamais (« things would never get better »), il extériorise directement les pensées automatiques négatives théorisées par Beck.

La psychopathologie développementale (Cicchetti & Sroufe)

Le MFQ-Parent s’enracine également dans le paradigme de la psychopathologie développementale porté par Dante Cicchetti et L. Alan Sroufe. Cette approche postule que les manifestations cliniques d’un même trouble psychiatrique se transforment selon l’âge et le stade de maturation neurobiologique, cognitive et socio-émotionnelle de l’individu (principe de multifinalité et d’équifinalité). Contrairement aux conceptions historiques qui postulaient que la dépression n’existait pas chez l’enfant ou qu’elle se manifestait exclusivement par des « équivalents dépressifs masqués » (comme les troubles des conduites ou l’énurésie), les concepteurs du MFQ (Angold et Costello) ont démontré que les enfants souffrent bel et bien des mêmes perturbations affectives fondamentales que les adultes, mais avec des modulations développementales spécifiques :

  • L’irritabilité, l’humeur massacrante et l’agitation motrice prédominent souvent sur la tristesse apathique chez les enfants d’âge scolaire.
  • La somatisation et les plaintes neurovégétatives sont fréquentes face à l’immaturité des compétences d’étiquetage émotionnel (alexithymie développementale transitoire).
  • Les parents jouent le rôle d’amplificateurs d’observation pour les comportements visibles (ralentissement moteur, refus de jouer, baisse des notes, anorexie relative), tandis que les pensées intimes de dévalorisation requièrent que l’enfant les ait formulées ouvertement au sein de la sphère familiale.

La nosologie critériologique empirique (DSM-III-R à DSM-5)

Enfin, le MFQ-Parent est fermement ancré dans le courant néo-kraepelinien de la psychiatrie empirique opérationnalisée. Rejetant les spéculations étiologiques purement psychanalytiques sans validation métrique, Angold et ses collègues ont conçu le MFQ afin que chaque critère diagnostique du trouble dépressif caractérisé répertorié dans les manuels nosographiques trouve sa correspondance directe dans au moins un item mesurable, facilitant ainsi les études de concordance entre instruments de dépistage dimensionnels et classifications nosologiques catégorielles.

7. Validité / Validity

L’évaluation des qualités métrologiques du MFQ-Parent a fait l’objet d’études exhaustives dans des populations cliniques ambulatoires, hospitalières et au sein de vastes cohortes en milieu scolaire et communautaire.

Validité convergente

La validité convergente du MFQ-Parent a été attestée par des corrélations statistiquement significatives et élevées avec d’autres échelles réputées mesurant la symptomatologie affective pédiatrique :

  • Children’s Depression Inventory (CDI) : Les corrélations entre le MFQ-Parent et le CDI rapporté par les parents ou complété par l’enfant oscillent généralement entre r = 0,65 et r = 0,78 (Angold et al., 1995 ; Wood et al., 1995), indiquant que l’échelle saisit précisément le spectre de la détresse dépressive.
  • Diagnostic Interview Schedule for Children (DISC) : La corrélation avec les scores de sévérité issus de cet entretien diagnostique standardisé se situe de façon robuste entre r = 0,60 et r = 0,72.
  • Child Behavior Checklist (CBCL – Échelle d’anxiété/dépression et retrait) : Des corrélations robustes (r > 0,70) sont observées avec la sous-échelle internalisée de l’inventaire d’Achenbach.

Validité discriminante

Le MFQ-Parent présente une capacité démontrée à discriminer les symptômes spécifiques de la dépression des manifestations d’autres entités psychopathologiques pédiatriques fréquentes :

  • Bien qu’une comorbidité élevée existe naturellement entre anxiété et dépression, les corrélations entre le MFQ-Parent et les échelles d’anxiété pure (comme le SCARED ou le MASC) sont significativement plus modérées (typiquement r = 0,40 à 0,55) que ses corrélations avec les échelles de dépression.
  • L’échelle différencie avec netteté les enfants présentant un trouble dépressif majeur de ceux souffrant d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou d’un trouble oppositionnel avec provocation (TOP), malgré le partage d’items d’irritabilité ou d’agitation motrice.

Validité critérielle et précision diagnostique (Sensibilité et Spécificité)

La capacité du questionnaire à discriminer les enfants souffrant d’un épisode dépressif majeur diagnostiqué selon les critères DSM de ceux issus de la population générale ou de groupes cliniques non dépressifs a été largement confirmée :

  • Dans l’étude pionnière de validation de la version courte (SMFQ-P, 13 items) par Thapar et McGuffin (1998) menée auprès d’un échantillon jumeau en communauté, une note seuil de 11 a été identifiée comme offrant un compromis optimal entre sensibilité (environ 80 %) et spécificité (environ 85 %), signalant une probabilité élevée de trouble dépressif.
  • L’étude rigoureuse de Rhew et al. (2010), menée sur un échantillon de 521 élèves de sixième année (âge moyen : 11,5 ans ; 36 enfants diagnostiqués dépressifs et 476 non dépressifs selon des entretiens cliniques indépendants), a confirmé la performance diagnostique modérée à excellente du MFQ-P sous la courbe ROC (AUC = 0,80 à 0,86).
  • Pour la version intégrale de 34 items, la littérature clinique préconise couramment un score seuil de 27 (ou dans certaines cohortes entre 22 et 28 selon l’équilibre recherché entre détection maximale et limitation des faux positifs). Un score ≥ 27 chez le parent indique une très forte présomption de dépression caractérisée nécessitant une consultation médicale urgente.
  • Fait crucial mis en exergue par Angold et al. (1995) : la combinaison algorithmique du score du MFQ-Parent et du MFQ-Enfant (auto-évaluation) accroît considérablement la surface sous la courbe ROC comparativement à l’utilisation isolée de l’un ou l’autre informateur, soulignant la synergie métrologique de la démarche multi-informateurs.

8. Fidélité / Reliability

Consistance interne

La cohérence des items constituant le MFQ-Parent est remarquable, qu’il s’agisse de la version intégrale de 34 items ou de la forme abrégée de 13 items :

  • Forme complète (34 items) : Les estimations du coefficient alpha de Cronbach (α) s’échelonnent systématiquement entre 0,91 et 0,95 dans les échantillons cliniques, et entre 0,89 et 0,93 dans les cohortes en milieu scolaire (Angold et al., 1995 ; Daviss et al., 2006). L’oméga de McDonald (ω total), moins sensible aux violations de la tau-équivalence, corrobore ces valeurs avec des indices excédant fréquemment 0,93.
  • Forme courte (13 items, SMFQ-P) : Malgré la réduction drastique de la longueur du test, la consistance interne demeure très solide, avec des coefficients α s’établissant entre 0,84 et 0,88 (Rhew et al., 2010 ; Thapar & McGuffin, 1998).
  • Les corrélations item-total corrigées dépassent pour la quasi-totalité des items le seuil recommandé de 0,40, témoignant du fait que chaque question apporte une part substantielle de variance pertinente à la mesure globale du syndrome.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle du MFQ-Parent a été évaluée sur des intervalles variant de deux semaines à trois mois :

  • Sur un intervalle court de 2 semaines (période correspondant précisément à la fenêtre temporelle ciblée par la consigne de passation), les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de Pearson se situent entre 0,78 et 0,86 chez les parents d’enfants stables, attestant d’une stabilité temporelle remarquable sans distorsion majeure de rappel.
  • Sur des intervalles plus longs (6 à 12 semaines), la corrélation test-retest décroît de façon attendue vers 0,55 – 0,68, ce qui ne constitue pas un défaut métrologique mais démontre au contraire la sensibilité de l’instrument aux fluctuations épisodiques réelles de la maladie et aux effets des interventions thérapeutiques.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les investigations initiales par analyse factorielle exploratoire (extraction en composantes principales et analyse en facteurs communs avec rotation oblique Promax ou Oblimin) conduites par Angold et al. (1995) ont systématiquement révélé la présence d’un premier facteur général dominant. Ce facteur principal explique à lui seul entre 42 % et 55 % de la variance totale des scores, avec un rapport de la première à la deuxième valeur propre largement supérieur au critère usuel de 3:1 ou 4:1 (souvent > 5:1), validant l’hypothèse d’une dimension générale sous-jacente de détresse affective dépressive.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et Modélisation Bi-factorielle

Les études contemporaines d’AFC ont comparé plusieurs modèles concurrents : unidimensionnel strict, multidimensionnel corrélé (3 à 5 facteurs) et bi-factoriel :

  • Modèle unidimensionnel : Présente des indices d’ajustement acceptables à bons (RMSEA ≈ 0,055 – 0,065 ; CFI ≈ 0,92 – 0,94 ; TLI ≈ 0,91 – 0,93), justifiant pleinement l’utilisation d’un score composite unique dans la pratique clinique quotidienne et la recherche appliquée.
  • Modèle bi-factoriel (Bifactor Model) : De nombreuses études récentes (notamment dans la littérature psychométrique pédiatrique anglo-saxonne) démontrent que le modèle bi-factoriel offre l’ajustement statistique le plus robuste (RMSEA < 0,045 ; CFI > 0,96 ; TLI > 0,95). Dans ce modèle, un facteur dépressif général (General Depression Factor) capte la majorité de la variance commune (avec un coefficient Explained Common Variance [ECV] > 0,65), tandis que des facteurs spécifiques résiduels regroupent les facettes suivantes :
    • Affect négatif / Dysphorie (items de tristesse, pleurs, irritabilité).
    • Anhédonie / Retrait (perte de plaisir, taciturnité, désengagement relationnel).
    • Cognitions négatives / Inutilité (haine de soi, culpabilité, sentiment de nullité).
    • Troubles neurovégétatifs (sommeil, appétit, léthargie, ralentissement).
    • Suicidalité (pensées mortifères et menaces auto-agressives).

Invariance de la mesure

L’invariance de mesure à travers le sexe (garçons vs filles) et les classes d’âge (enfants de 6-11 ans vs adolescents de 12-17 ans) a été formellement validée aux niveaux configurationnel, métrique et scalaire. Cela signifie que les saturations factorielles et les seuils de réponse des items sont comparables à travers ces sous-groupes, autorisant des comparaisons intergroupes valides des moyennes latentes sans biais d’évaluation structurel.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom officiel : Questionnaire sur l’humeur et les sentiments : Rapport des parents (Mood and Feelings Questionnaire: Parent Report – MFQ-Parent).
  • Type d’instrument : Échelle d’évaluation hétéro-rapportée (remplie par un parent, tuteur ou responsable légal de l’enfant).
  • Population cible : Enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans révolus.
  • Temps de passation : Environ 5 à 8 minutes pour la version complète (34 items) ; 2 à 3 minutes pour la version abrégée (13 items).
  • Nombre d’items :
    • Version standard intégrale : 34 items.
    • Version courte de dépistage (SMFQ-P) : 13 items (constituant les items 1 à 13 de la version standard).
  • Échelle de réponse : Format de réponse ordinale en 3 points :
    • 0 = NOT TRUE (Pas vrai)
    • 1 = SOMETIMES (Parfois vrai)
    • 2 = TRUE (Vrai la plupart du temps)
  • Période de référence temporelle : Les deux dernières semaines écoulées (past two weeks).
  • Règles de cotation et calcul des scores :
    • Chaque item est coté de 0 à 2. Il n’y a aucun item inversé.
    • Le score global s’obtient par la somme arithmétique simple de tous les items.
    • Étendue des scores :
      • Version intégrale (34 items) : score total de 0 à 68.
      • Version abrégée (13 items) : score total de 0 à 26.
  • Interprétation clinique et seuils diagnostiques :
    • Version intégrale (34 items) : Un score total ≥ 27 suggère fortement la présence d’une symptomatologie dépressive cliniquement significative et justifie une évaluation pédopsychiatrique immédiate.
    • Version abrégée (13 items) : Un score total ≥ 11 (Thapar & McGuffin, 1998) indique un risque élevé de trouble dépressif et préconise un bilan approfondi.
    • Items critiques d’alerte suicidaire : Toute réponse positive (score de 1 ou 2) aux items 31, 32, 33 ou 34 (pensées de mort, souhaits de mort, menaces de suicide, tentatives d’auto-mutilation) requiert une évaluation de sécurité et une gestion du risque suicidaire sans délai, indépendamment du score total obtenu.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 1995 (conception des premières versions dès 1987-1989 à Duke University).
  • Développeurs : Adrian Angold, Elizabeth J. Costello et l’équipe de recherche en épidémiologie développementale de l’Université Duke.
  • Statut des droits et conditions d’accès : Le Mood and Feelings Questionnaire (dans toutes ses variantes : parent, auto-évaluation enfant, version courte et version longue) a été placé dans le domaine public à des fins académiques, cliniques et de recherche par ses auteurs.
  • Tarifs : Gratuit (Open Access) pour les praticiens, les cliniciens du secteur public et les chercheurs non commerciaux. Aucun droit de licence (royalty) n’est exigé pour la reproduction papier standard ou l’utilisation dans des projets académiques universitaires.
  • Conditions d’utilisation : Les utilisateurs ne doivent pas modifier la formulation des questions, la séquence des énoncés ou les ancres de réponse afin de préserver la validité métrologique de l’outil. Les versions originales, manuels et tableaux de percentiles normatifs sont hébergés et maintenus par le centre de recherche de Duke University sur le portail dédié : Duke Center for Developmental Epidemiology – MFQ Instruments.

12. Références / References

Les publications scientifiques fondatrices et les études psychométriques de référence relatives au MFQ-Parent comprennent :

  • Angold, A., Costello, E. J., Messer, S. C., Pickles, A., Winder, F., & Silver, D. (1995). The development of a short questionnaire for use in epidemiological studies of depression in children and adolescents. International Journal of Methods in Psychiatric Research, 5(4), 237–249.
  • Costello, E. J., & Angold, A. (1988). Scales to assess child and adolescent depression: Checklists, screens, and clinical rating scales. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 27(6), 726–737. https://doi.org/10.1097/00004583-198811000-00011
  • Daviss, W. B., Birmaher, B., Melhem, N. A., Axelson, D. A., Michaels, S. M., & Brent, D. A. (2006). Criterion validity of the Mood and Feelings Questionnaire for depressive episodes in clinic and non-clinic-referred youths. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 47(9), 927–934. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2006.01646.x
  • Rhew, I. C., Simpson, K., Tracy, M., Lymp, J., McCauley, E., Tsuang, D., & Vander Stoep, A. (2010). Criterion validity of the Short Mood and Feelings Questionnaire and one- and two-item depression screens in young adolescents. Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health, 4(1), Article 8. https://doi.org/10.1186/1753-2000-4-8
  • Thapar, A., & McGuffin, P. (1998). Validity of the shortened mood and feelings questionnaire in a community sample of children and adolescents: A preliminary research note. Psychiatry Research, 81(2), 259–268. https://doi.org/10.1016/S0165-1781(98)00073-0
  • Wood, A., Kroll, L., Moore, A., & Harrington, R. (1995). Properties of the Mood and Feelings Questionnaire in adolescent psychiatric outpatients: A research note. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 36(2), 327–334. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.1995.tb01828.x

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions:

These questions are about how your child might have been feeling or acting recently. For each question, please check how s/he has been feeling or acting in the past two weeks.

If a sentence was not true about your child, check NOT TRUE.
If a sentence was only sometimes true, check SOMETIMES.
If a sentence was true about your child most of the time, check TRUE.

Response Scale:
0 = NOT TRUE
1 = SOMETIMES
2 = TRUE

  1. S/he felt miserable or unhappy.
  2. S/he didn’t enjoy anything at all.
  3. S/he felt so tired that s/he just sat around and did nothing.
  4. S/he was very restless.
  5. S/he felt s/he was no good anymore.
  6. S/he cried a lot.
  7. S/he found it hard to think properly or concentrate.
  8. S/he hated him/herself.
  9. S/he felt s/he was a bad person.
  10. S/he felt lonely.
  11. S/he thought nobody really loved him/her.
  12. S/he thought s/he could never be as good as other kids.
  13. S/he felt s/he did everything wrong.
  14. S/he didn’t want to see his/her friends.
  15. S/he felt s/he couldn’t do anything well.
  16. S/he felt that s/he was a failure.
  17. S/he slept a lot more than usual.
  18. S/he was sleeping less than usual.
  19. S/he was very grumpy or cross with us.
  20. S/he said that things would never get better for him/her.
  21. S/he felt that he/she was terrible at his/her schoolwork.
  22. S/he didn’t have as much fun at school as s/he used to.
  23. S/he ate much less than usual.
  24. S/he ate much more than usual.
  25. S/he found it hard to make up his/her mind.
  26. S/he felt that nobody liked him/her.
  27. S/he moved or talked more slowly than usual.
  28. S/he talked less than usual.
  29. S/he was very grouchy with other children.
  30. S/he was very quiet.
  31. S/he thought about death or dying.
  32. S/he talked about wanting to die.
  33. S/he said s/he wanted to kill him/herself.
  34. S/he tried to hurt him/herself.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 16). Questionnaire sur l’humeur et les sentiments : Rapport des parents (MFQ-Parent). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-humeur-sentiments-rapport-parents-mfq-parent
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur l’humeur et les sentiments : Rapport des parents (MFQ-Parent).” Base de données de psychologie en français, 16 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-humeur-sentiments-rapport-parents-mfq-parent.
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur l’humeur et les sentiments : Rapport des parents (MFQ-Parent).” Base de données de psychologie en français. octobre 16, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-humeur-sentiments-rapport-parents-mfq-parent.