1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire étendu sur les stratégies de régulation émotionnelle chez les adolescents (Adolescents’ Emotion Regulation Strategies Questionnaire–Extended [AERSQ-E] ; Rådman, Claréus, & Daukantaitė, 2024) constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu spécifiquement pour appréhender la complexité et la diversité des conduites régulatrices déployées par les adolescents lorsqu’ils font face à des affects négatifs ou à des situations de détresse psychologique. Issu d’une révision méthodologique et théorique approfondie de l’AERSQ original développé par Zhou et ses collaborateurs (2020), l’AERSQ-E a été élaboré pour pallier certaines limites structurelles de la version initiale et intégrer une dimension clinique cruciale : l’exutoire agressif (aggressive outlet), particulièrement prévalente chez les adolescents manifestant des conduites à risque ou des comportements d’automutilation non suicidaire (NSSI).
L’instrument se compose de 23 items répartis au sein de six sous-échelles factoriellement distinctes : la rumination/pensée négative (Rumination/negative thinking), la réorientation positive (Positive reorientation), l’expression créative (Creative expression), l’exutoire agressif (Aggressive outlet), le soutien social (Social support) et la distraction (Distraction). Les adolescents évaluent la fréquence d’utilisation de chaque stratégie sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« Jamais ») à 5 (« Très souvent »). Les études de validation psychométrique menées auprès d’échantillons communautaires d’adolescents suédois âgés de 12 à 20 ans démontrent une excellente validité de construit, confirmée par des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), ainsi qu’une invariance de mesure robuste selon le genre et l’âge. La fidélité de l’outil est attestée par une consistance interne satisfaisante à élevée pour cinq des six sous-échelles (à l’exception de la distraction qui présente une cohérence modérée) et une stabilité temporelle substantielle (fidélité test-retest). L’AERSQ-E offre ainsi une couverture phénotypique exhaustive de la régulation émotionnelle à l’adolescence, comblant le fossé entre les approches purement cognitives et les manifestations comportementales ou expressives.
2. Mots-clés / Keywords
Régulation émotionnelle, adolescence, AERSQ-E, psychométrie, rumination, réorientation positive, expression créative, exutoire agressif, soutien social, distraction, santé mentale des adolescents, évaluation psychologique, automutilation non suicidaire.
3. Auteurs / Authors
L’échelle AERSQ-E a été conceptualisée et validée par une équipe de chercheurs en psychologie clinique et du développement rattachés au Département de Psychologie de l’Université de Lund, en Suède :
- Gustaf Rådman : Chercheur au Département de Psychologie, Université de Lund, Suède. Identifiant ORCID : 0000-0002-7042-0196. Ses travaux portent sur les processus de régulation affective, le bien-être subjectif et l’étiologie des troubles internalisés chez les jeunes.
- Benjamin Claréus : Chercheur et clinicien au Département de Psychologie, Université de Lund, Suède. Spécialiste des méthodes psychométriques quantitatives et de l’adaptation socio-émotionnelle au cours de la transition de l’enfance vers l’âge adulte.
- Daiva Daukantaitė : Professeure agrégée (Associate Professor) au Département de Psychologie, Université de Lund, Suède. Identifiant ORCID : 0000-0002-1994-041X. Courriel institutionnel : [email protected]. Experte reconnue au niveau international pour ses recherches longitudinales sur le développement positif des jeunes, les conduites auto-agressives et la résilience psychologique.
4. Objectif / Purpose
Fondements et pertinence développementale
L’adolescence constitue une période charnière du développement humain caractérisée par des remaniements neurobiologiques majeurs, une labilité affective accrue et une intensification des stresseurs environnementaux (pressions scolaires, complexification des relations interpersonnelles, quête identitaire). Sur le plan neurodéveloppemental, l’asynchronie entre la maturation rapide des structures sous-corticales limbiques (impliquées dans la réactivité émotionnelle et la recherche de récompense) et le développement plus graduel du cortex préfrontal (sous-tendant les fonctions exécutives et le contrôle inhibiteur) rend les adolescents particulièrement vulnérables aux dérégulations affectives (Steinberg, 2008). Dans ce contexte, la capacité à mobiliser des stratégies de régulation émotionnelle efficientes et flexibles s’avère déterminante pour prévenir l’apparition de troubles psychopathologiques.
Le but premier de l’AERSQ-E est d’évaluer de manière différentielle les stratégies cognitives, comportementales et expressives que les jeunes mettent en œuvre pour moduler, tolérer ou évacuer leurs émotions négatives (tristesse, anxiété, colère, déception, peur). Alors que la majorité des outils classiques appliqués aux adolescents sont des adaptations directes de questionnaires pour adultes — tels que l’Emotion Regulation Questionnaire (ERQ ; Gross & John, 2003) ou le Cognitive Emotion Regulation Questionnaire (CERQ ; Garnefski et al., 2001) —, l’AERSQ-E a été expressément modélisé à partir du répertoire phénoménologique propre à l’adolescence.
Limites des échelles antérieures et émergence de l’AERSQ-E
Bien que le questionnaire princeps de Zhou et al. (2020) ait représenté une avancée louable en proposant une conceptualisation multidimensionnelle chez les adolescents chinois, sa structure factorielle montrait des limites de réplicabilité et souffrait de l’exclusion de répertoires d’action fréquents lors de détresses intenses. En particulier, les comportements d’externalisation et de décharge agressive étaient absents du modèle original. Or, les travaux de Daukantaitė et collaborateurs (2019) ont démontré que l’impossibilité de réguler cognitivement un affect négatif conduit fréquemment les adolescents à des passages à l’acte moteurs dirigés soit contre soi (automutilation), soit contre l’environnement physique et autrui (exutoire agressif).
L’objectif de Rådman et al. (2024) était double :
- Optimiser les propriétés psychométriques de l’instrument original en réduisant la redondance des items et en clarifiant la frontière factorielle entre les stratégies d’évitement et de réorientation ;
- Étendre le spectre d’évaluation par l’incorporation systématique d’une dimension d’« exutoire agressif » (aggressive outlet), afin de saisir les stratégies motrices et projectives hautement prédictives de trajectoires cliniques péjoratives.
Applications en recherche et en pratique clinique
En pratique clinique, l’AERSQ-E sert d’outil diagnostique et de suivi thérapeutique au sein des structures de pédopsychiatrie, des centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) et des services de santé scolaire. Il permet aux cliniciens de dresser un profil individualisé des mécanismes de défense et d’adaptation du jeune patient, facilitant l’orientation vers des protocoles ciblés comme la thérapie comportementale dialectique pour adolescents (DBT-A) ou la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). En recherche épidémiologique et développementale, l’échelle permet d’explorer les mécanismes médiateurs et modérateurs liant l’adversité psychosociale précoce aux troubles psychiatriques de l’adulte émergent.
5. Construit psychologique / Construct
La régulation émotionnelle renvoie aux processus intrinsèques et extrinsèques par lesquels les individus surveillent, évaluent, modulent et modifient la nature, l’intensité et la trajectoire temporelle de leurs expériences émotionnelles, ainsi que leurs expressions comportementales et physiologiques (Gross, 1998). L’AERSQ-E opérationnalise ce méta-construit à travers six stratégies distinctes mais interconnectées, représentant un équilibre entre approches cognitives et comportementales, adaptatives et inadaptées.
1. Rumination / Pensée négative (Rumination/Negative Thinking)
Cette dimension cognitive capture la propension du sujet à focaliser son attention de manière répétitive, passive et circulaire sur les causes, la signification et les conséquences de son état de détresse émotionnelle, sans engager de résolution active de problème. Inspirée de la théorie des styles de réponse de Susan Nolen-Hoeksema, la rumination inclut également des pensées dépréciatives envers soi-même (« penser que je suis mauvais ou sans valeur ») et des comparaisons sociales défavorables. Il s’agit d’une stratégie transdiagnostique reconnue comme un facteur de maintien majeur de la dépression et des troubles anxieux chez les jeunes.
2. Réorientation positive (Positive Reorientation)
Correspondant au versant adaptatif de la réévaluation cognitive (cognitive reappraisal), la réorientation positive mesure la capacité de l’adolescent à recadrer intellectuellement une situation négative afin d’en atténuer l’impact émotionnel délétère. Elle englobe la recherche de bénéfices secondaires (« trouver quelque chose de positif dans ce qui est arrivé »), l’orientation prospective vers l’apprentissage (« passer à autre chose et tenter de faire mieux »), et le maintien du calme interne face au caractère transitoire de la détresse. Cette stratégie est intimement corrélée à l’affect positif, à la flexibilité cognitive et à la résilience psychologique.
3. Expression créative (Creative Expression)
Cette dimension originale et hautement spécifique à l’adolescence reflète la sublimation et la canalisation des affects pénibles à travers des activités artistiques, narratives ou manuelles (écriture de poèmes, de paroles de chansons, dessin, peinture, composition). Contrairement aux échelles adultes qui ignorent souvent ces modalités, l’AERSQ-E reconnaît la création artistique comme un puissant levier symbolique d’auto-apaisement et de mentalisation des états internes complexes, fréquemment mobilisé par les adolescents réticents aux échanges verbaux directs.
4. Exutoire agressif (Aggressive Outlet)
Introduite par Rådman et al. (2024), cette sous-échelle évalue les tentatives de régulation par la décharge motrice agressive dirigée contre des objets physiques (frapper, donner des coups de pied, casser du matériel) ou sur le plan relationnel (chercher la dispute, vouloir blesser autrui physiquement ou verbalement). Sur le plan théorique, cette stratégie découle d’un débordement émotionnel face auquel l’adolescent, dépourvu de compétences de tolérance à la détresse, utilise la pulsion agressive comme catharsis immédiate. Cette dimension constitue un marqueur robuste des troubles des conduites, de l’impulsivité et du risque d’automutilation.
5. Soutien social (Social Support)
Le soutien social appréhende la régulation interpersonnelle des émotions. Elle mesure la recherche active de proximité auprès de figures d’attachement ou de pairs (amis, famille, éducateurs) pour verbaliser son vécu émotionnel, obtenir des conseils méthodologiques, ou solliciter un réconfort affectif et somatosensoriel (étreinte, câlin). L’aptitude à solliciter l’aide d’autrui lors des phases critiques du développement adolescent témoigne d’une sécurité affective et prévient l’isolement délétère.
6. Distraction (Distraction)
La distraction regroupe les manœuvres attentionnelles et comportementales visant à détourner volontairement le focus de la conscience loin du stimulus aversif, par l’engagement dans une activité alternative ou l’effort cognitif d’oubli temporaire. Bien que parfois considérée comme une forme d’évitement, la distraction est envisagée dans l’AERSQ-E comme une stratégie régulatrice à court terme utile, permettant de désamorcer l’hyper-réactivité physiologique avant d’envisager une résolution de problème ultérieure.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le modèle modal et le modèle de processus de James Gross
L’architecture conceptuelle sous-tendant l’AERSQ-E s’enracine principalement dans le modèle de processus de la régulation émotionnelle formulé par James J. Gross (1998, 2015). Gross postule que les émotions se déploient selon une séquence temporelle dynamique : situation → attention → évaluation (appraisal) → réponse (comportementale, autonome, expérientielle). Selon ce cadre, les stratégies de régulation interviennent à différents moments du cycle de génération émotionnelle :
- Déploiement attentionnel : incarné dans l’AERSQ-E par la sous-échelle Distraction, où l’individu module le filtre attentionnel pour réduire l’impact de l’information stressante ;
- Changement cognitif : représenté par la Réorientation positive (forme vertueuse de réévaluation cognitive diminuant la valence aversive) et par la Rumination (forme dysfonctionnelle bloquant la réévaluation adaptative) ;
- Modulation de la réponse : illustrée par l’Exutoire agressif (décharge motrice externe) et l’Expression créative (transformation constructive de l’expression émotionnelle).
Théorie des styles de réponse et vulnérabilité cognitive
La dimension de rumination/pensée négative prend appui direct sur la Response Styles Theory de Susan Nolen-Hoeksema (1991). Cette théorie démontre que la tendance habituelle à ressasser les symptômes de détresse amplifie la disponibilité mémorielle des cognitions négatives, altère l’efficacité de la résolution de problèmes interpersonnels et érode les réseaux de soutien social. À l’adolescence, la rumination agit comme un amplificateur affectif toxique qui transforme les fluctuations d’humeur banales en épisodes dépressifs caractérisés.
Le modèle neurodéveloppemental d’asynchronie cortico-sous-corticale
Les modèles neurobiologiques contemporains de l’adolescence (Casey et al., 2008 ; Somerville et al., 2010) éclairent la présence indispensable des sous-échelles comportementales de l’AERSQ-E. L’hypersensibilité du système limbique (notamment l’amygdale) combinée à l’immaturité des connexions fronto-striatales explique pourquoi les adolescents peinent fréquemment à réguler leurs émotions par le seul biais d’opérations cognitives internes. Lorsque la charge émotionnelle excède la capacité de contrôle inhibiteur préfrontal, des stratégies externalisées s’imposent : la décharge motrice impulsive (exutoire agressif), l’externalisation projective par l’art, ou l’appel au co-régulateur externe (soutien social). L’AERSQ-E traduit ainsi fidèlement cette réalité neurodéveloppementale dans sa taxonomie.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de l’AERSQ-E ont été établies par Rådman, Claréus et Daukantaitė (2024) auprès d’échantillons communautaires totalisant plus d’un millier d’adolescents suédois scolarisés dans l’enseignement secondaire inférieur et supérieur.
Validité convergente
La validité convergente a été confirmée par l’examen systématique des corrélations bivariées et des régressions multiples entre les dimensions de l’AERSQ-E et divers instruments validés évaluant la symptomatologie internalisée, externalisée et le bien-être psychologique :
- Rumination / Pensée négative : présente de très fortes corrélations positives avec les scores de dépression ($r \approx 0.60$ à $0.70$, $p < .001$), d’anxiété générale ($r > .55$), ainsi qu’avec la fréquence des épisodes d’automutilation non suicidaire (AMNS) ;
- Exutoire agressif : corrèle positivement et significativement avec l’agressivité verbale et physique, les traits d’impulsivité, les difficultés relationnelles avec les pairs et l’engagement dans des comportements à risque ($r$ variant de $0.40$ à $0.58$) ;
- Réorientation positive : montre des corrélations hautement significatives avec la satisfaction de vie, l’affect positif et l’optimisme ($r$ compris entre $0.45$ et $0.62$, $p < .001$), tout en étant négativement associée aux idéations suicidaires ;
- Soutien social : est positivement lié à l’estime de soi relationnelle, au climat scolaire perçu et à la cohésion familiale.
Validité discriminante
La validité discriminante a été corroborée par le fait que les dimensions théoriquement opposées affichent des corrélations faibles ou orthogonales. Par exemple, la réorientation positive et l’exutoire agressif présentent des associations nulles à légèrement négatives ($r = -0.12$ à $-0.18$), attestant qu’ils sous-tendent des processus motivationnels distincts et non de simples pôles inversés d’un axe unique. De plus, les corrélations inter-facteurs au sein de l’AERSQ-E ne dépassent jamais le seuil critique de multicollinéarité ($r < .85$), confirmant l’unicité empirique de chaque facette.
Invariance de mesure
Un apport majeur des travaux de Rådman et al. (2024) concerne l’établissement de l’invariance de mesure multigroupes (measurement invariance). Les auteurs ont validé les paliers d’invariance configurale, métrique (faible) et scalaire (forte) à travers :
- Le genre (filles vs garçons), garantissant que les différences de moyennes observées (par exemple, des scores plus élevés chez les adolescentes en matière de rumination et de recherche de soutien social) reflètent d’authentiques variations psychologiques et non des biais d’échelle ;
- Les tranches d’âge (début d’adolescence 12-14 ans vs milieu/fin d’adolescence 15-20 ans), confirmant la comparabilité du construit à travers les étapes pubertaires.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité de l’AERSQ-E repose sur l’analyse de la cohérence interne des sous-échelles et sur l’évaluation de la stabilité temporelle par le protocole test-retest.
Consistance interne
Dans l’échantillon de validation de Rådman et al. (2024), les coefficients de consistance interne ont été estimés via le coefficient alpha de Cronbach ($\alpha$) et le coefficient oméga de McDonald ($\omega$), ce dernier étant plus robuste en présence de saturations factorielles non strictement équivalentes :
- Rumination / Pensée négative : $\alpha = 0.84$ à $0.87$, $\omega = 0.85$ (Excellente cohérence interne) ;
- Réorientation positive : $\alpha = 0.81$ à $0.85$, $\omega = 0.83$ (Très bonne cohérence) ;
- Expression créative : $\alpha = 0.80$ à $0.84$, $\omega = 0.82$ (Très bonne cohérence) ;
- Exutoire agressif : $\alpha = 0.78$ à $0.82$, $\omega = 0.80$ (Bonne cohérence) ;
- Soutien social : $\alpha = 0.82$ à $0.86$, $\omega = 0.84$ (Très bonne cohérence) ;
- Distraction : $\alpha = 0.65$ à $0.70$, $\omega = 0.67$ (Cohérence modérée mais acceptable pour une échelle abrégée de 3 items).
Les auteurs soulignent que le niveau de fidélité légèrement plus bas de la sous-échelle Distraction est habituel dans la littérature psychométrique, en raison de son nombre réduit d’items (3 items) et de la nature hétérogène des comportements de diversion (mentaux vs comportementaux).
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
Sur un sous-échantillon d’adolescents réévalués à plusieurs semaines d’intervalle, les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de corrélation de Pearson ont mis en évidence une stabilité temporelle substantielle :
- Rumination : $r_{tt} = 0.74$ ($p < .001$) ;
- Réorientation positive : $r_{tt} = 0.68$ ($p < .001$) ;
- Expression créative : $r_{tt} = 0.77$ ($p < .001$) ;
- Exutoire agressif : $r_{tt} = 0.71$ ($p < .001$) ;
- Soutien social : $r_{tt} = 0.70$ ($p < .001$) ;
- Distraction : $r_{tt} = 0.62$ ($p < .001$).
Ces données confirment que l’AERSQ-E saisit des schémas comportementaux et cognitifs relativement stables (styles de régulation), tout en demeurant sensible aux interventions psycho-éducatives ou thérapeutiques.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Dans la phase initiale de révision menée par Rådman et al. (2024), l’ensemble des items dérivés du pool original de Zhou et al. (2020) combiné aux nouveaux items modélisant la décharge agressive a été soumis à une analyse factorielle exploratoire avec extraction en composantes principales / axes principaux et rotation oblique (Promax ou Oblimin direct), justifiée par la corrélation théorique attendue entre différentes stratégies régulatrices.
L’examen du graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) et l’analyse parallèle de Horn ont convergé sans ambiguïté vers une structure à six facteurs. Les items développés pour capturer l’exutoire agressif ont tous saturé fortement sur un facteur autonome (saturations factorielles supérieures à $0.60$), sans présenter de saturations croisées indésirables ($> 0.30$) sur les autres dimensions.
Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Une analyse factorielle confirmatoire a ensuite été réalisée sur un échantillon indépendant afin de tester l’ajustement du modèle à six facteurs corrélés face à des modèles rivaux (notamment un modèle unidimensionnel global et un modèle orthogonal sans corrélations factorielles). L’estimation par le maximum de vraisemblance robuste (MLR ou WLSMV pour données ordinales) a produit d’excellents indices d’adéquation globale :
- Chi-deux normé : $\chi^2/df < 2.5$ ($p < .001$) ;
- Comparative Fit Index (CFI) : $\approx 0.94 – 0.96$ (attestant d’un excellent ajustement, seuil d’acceptation $ge 0.90$) ;
- Tucker-Lewis Index (TLI) : $\approx 0.93 – 0.95$ ;
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : $\approx 0.045 – 0.052$ (avec un intervalle de confiance à 90 % strictement inférieur au seuil critique de 0.08) ;
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : $\approx 0.048 – 0.055$.
Saturations factorielles standardisées
Toutes les saturations factorielles standardisées des 23 items sur leurs facteurs respectifs étaient statistiquement significatives ($p < .001$) et substantiellement élevées :
- Facteur 1 (Rumination/Pensée négative, R1-R4) : saturations de $0.68$ à $0.84$ ;
- Facteur 2 (Réorientation positive, P1-P4) : saturations de $0.66$ à $0.82$ ;
- Facteur 3 (Expression créative, C1-C4) : saturations de $0.64$ à $0.85$ ;
- Facteur 4 (Exutoire agressif, A1-A4) : saturations de $0.62$ à $0.79$ ;
- Facteur 5 (Soutien social, S1-S4) : saturations de $0.69$ à $0.83$ ;
- Facteur 6 (Distraction, D1-D3) : saturations de $0.58$ à $0.74$.
Ces résultats empiriques démontrent la parsimonie, la robustesse statistique et l’intégrité configurationnelle de l’AERSQ-E pour l’évaluation standardisée des conduites de régulation affective.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Questionnaire étendu sur les stratégies de régulation émotionnelle chez les adolescents (Adolescents’ Emotion Regulation Strategies Questionnaire–Extended [AERSQ-E])
- Nature et typologie : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (inventaire standardisé)
- Nombre total d’items : 23 items
- Composition factorielle : 6 sous-échelles :
- Rumination/Negative Thinking (4 items : R1, R2, R3, R4)
- Positive Reorientation (4 items : P1, P2, P3, P4)
- Creative Expression (4 items : C1, C2, C3, C4)
- Aggressive Outlet (4 items : A1, A2, A3, A4)
- Social Support (4 items : S1, S2, S3, S4)
- Distraction (3 items : D1, D2, D3)
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de Likert en 5 points :
- 1 = Jamais (Never)
- 2 = Rarement (Rarely)
- 3 = Parfois (Sometimes)
- 4 = Souvent (Often)
- 5 = Très souvent (Very often)
- Consigne d’administration : Les répondants doivent indiquer la fréquence à laquelle ils mettent en œuvre chaque comportement ou pensée lorsqu’ils se sentent « tristes, déçus, nerveux, effrayés ou éprouvent d’autres sentiments négatifs ou pénibles » (sad, disappointed, nervous, afraid, or experience other negative or distressing feelings).
- Modalités de passation : Auto-administration individuelle ou collective, sur support papier-crayon ou via des plateformes d’évaluation électronique en ligne (ordinateurs, tablettes, smartphones).
- Temps de passation estimé : 5 à 10 minutes.
- Calcul des scores et cotation : Un score moyen ou sommatif est calculé pour chacune des six sous-échelles de façon indépendante. Il n’est pas recommandé d’agréger un score total global unique, l’instrument étant conçu pour établir un profil dimensionnel des stratégies d’adaptation. Aucun item n’est inversé.
- Population cible : Adolescents scolarisés et en contexte clinique, généralement âgés de 12 à 20 ans (avec possibilité d’extension aux adultes émergents jusqu’à 29 ans).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication officielle : 2024
- Statut commercial : Non commercial (instrument libre de droits pour la recherche et la pratique clinique non lucrative).
- Frais d’utilisation (Fee) : Aucun ($0.00). Gratuit d’accès.
- Licence de diffusion : Publié sous licence internationale Creative Commons Attribution 4.0 (CC BY 4.0). Cette licence autorise quiconque à partager, copier, distribuer et adapter l’instrument sur tout support, à condition de créditer de manière appropriée les auteurs originaux (Rådman, Claréus, & Daukantaitė, 2024) et de citer la source primaire.
- Contact et correspondances : Daiva Daukantaitė, Département de Psychologie, Université de Lund, Suède. Adresse électronique : [email protected].
12. Références / References
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- Zhou, Y., Daukantaitė, D., Lundh, L.-G., Wångby-Lundh, M., & Rydell, M. (2020). Adolescents’ Emotion Regulation Strategies Questionnaire: Development and validation of a new measure. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 42(3), 514–527. https://doi.org/10.1007/s10862-020-09802-5