1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire des motifs d’acquisition (Acquiring Motives Questionnaire, AMQ ; David, Forbes, & Norberg, 2024) constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation multidimensionnel développé pour mesurer de manière exhaustive les motivations psychologiques sous-tendant l’acquisition excessive ou problématique d’objets. Conçu conjointement avec le Saving Motives Questionnaire (SMQ), l’AMQ comble une lacune majeure dans l’évaluation clinique des comportements d’accumulation compulsive et d’achats compulsifs. L’échelle est composée de 55 items répartis au sein d’une structure factorielle robuste distinguant les motivations à valence positive (fondées sur le renforcement positif, telles que la recherche de récompense, le plaisir esthétique, l’expression identitaire ou les bonnes affaires) et les motivations à valence négative (fondées sur le renforcement négatif, incluant l’évitement de la détresse émotionnelle, la peur du regret, la compensation de déficits sociaux ou l’intolérance envers des séries incomplètes).
Les participants évaluent chaque proposition à l’aide d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 0 (« Jamais » / Never) à 4 (« Très souvent » / Very often). L’évaluation psychométrique initiale a été réalisée sur des échantillons combinés non cliniques (étudiants universitaires) et cliniques comprenant des individus répondant aux critères diagnostiques du trouble d’accumulation compulsive (Hoarding Disorder, HD) et du trouble des achats compulsifs (Compulsive Buying-Shopping Disorder, CBSD), ainsi que des témoins sains. Les analyses de consistance interne démontrent une excellente précision pour l’ensemble des sous-échelles, avec des coefficients oméga de McDonald (ω) s’échelonnant de 0,81 à 0,92. La fidélité test-retest, évaluée par des coefficients de corrélation intraclasse (ICC), s’avère satisfaisante à excellente pour la majorité des dimensions (ICC compris entre 0,70 et 0,88), à l’exception mineure des sous-échelles Utilité/Information (ICC = 0,67) et Aide à autrui (ICC = 0,68). La validité de construit, explorée par l’analyse factorielle confirmatoire et la théorie de réponse aux items (TRI), corrobore la pertinence d’un modèle à 14 facteurs, offrant un profil clinique nuancé et directement actionnable pour la prise en charge cognitivo-comportementale.
2. Mots-clés / Keywords
Motifs d’acquisition, trouble d’accumulation compulsive, trouble des achats compulsifs, psychométrie, évaluation psychologique, renforcement positif, renforcement négatif, régulation émotionnelle, analyse factorielle confirmatoire, théorie de réponse aux items.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été développé et validé par une équipe de chercheurs spécialisés dans les troubles obsessionnels-compulsifs et apparentés à l’Université Macquarie (Sydney, Australie) :
- Jonathan David : School of Psychological Sciences, Lifespan Health and Wellbeing Research Centre, Macquarie University, Sydney, Nouvelle-Galles du Sud, Australie.
- Miriam K. Forbes : Chercheuse senior, School of Psychological Sciences, Lifespan Health and Wellbeing Research Centre, Macquarie University, Sydney, Australie.
- Melissa M. Norberg : Professeure de psychologie clinique, directrice adjointe du Lifespan Health and Wellbeing Research Centre, School of Psychological Sciences, Macquarie University, Sydney, Australie. Correspondance institutionnelle : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’acquisition d’objets matériels constitue une activité quotidienne inhérente à la condition humaine. Néanmoins, lorsqu’elle devient excessive, incontrôlée ou disproportionnée par rapport aux capacités financières et d’hébergement de l’individu, elle représente le signe cardinal de plusieurs psychopathologies invalidantes. L’objectif fondamental du Questionnaire des motifs d’acquisition (AMQ) est de décomposer les processus cognitifs, affectifs et motivationnels qui incitent les individus à acquérir des possessions matérielles, en particulier des objets non indispensables ou superflus.
Historiquement, l’évaluation de l’acquisition pathologique reposait sur des questionnaires unidimensionnels ou globaux qui mesuraient principalement la sévérité comportementale (par exemple, le montant d’argent dépensé, le volume des possessions amassées ou la fréquence des épisodes d’achats). Cependant, ces approches descriptives échouaient à expliquer pourquoi un individu spécifique procède à l’acquisition. Les modèles étiologiques contemporains, notamment le modèle cognitivo-comportementale de Frost et Hartl (1996), postulent que l’acquisition peut être gouvernée par des dynamiques motivationnelles hétérogènes. Certains individus acquièrent sous l’impulsion d’émotions positives intenses (chasse aux rabais, sentiment de triomphe, euphorie esthétique, opportunisme altruiste), tandis que d’autres recourent à l’acquisition comme stratégie dysfonctionnelle de régulation émotionnelle face à des affects aversifs (anxiété, solitude, vide identitaire, intolérance à la frustration ou peur d’oublier des souvenirs précieux).
L’AMQ a ainsi été créé pour :
- Disséquer la pluralité motivationnelle : Cartographier précisément 13 à 14 facettes distinctes de motivations positives et négatives intervenant lors de la prise de possession d’un objet (qu’il soit acheté, reçu gratuitement ou récupéré dans l’environnement).
- Affiner le diagnostic différentiel : Différencier les profils motivationnels caractéristiques du trouble d’accumulation compulsive (DSM-5), du trouble des achats compulsifs et des variantes non pathologiques de collectionnisme. Les personnes souffrant d’achats compulsifs présentent souvent des scores élevés d’acquisition centrée sur le soulagement émotionnel immédiat et l’image de soi, alors que les patients souffrant de syllogomanie manifestent fréquemment des motifs ancrés dans la mémoire sentimentale, la valeur d’utilité future perçue ou la complétude maniaque d’ensembles d’objets.
- Guider les interventions thérapeutiques personnalisées : En psychothérapie cognitivo-comportementale (TCC), l’identification précise des déclencheurs motivationnels permet au clinicien de concevoir des expositions avec prévention de la réponse adaptées, de restructurer les croyances erronées sur la valeur des objets et de développer des stratégies alternatives de régulation des affects sans recours à l’acquisition matérielle.
- Offrir un instrument de recherche robuste : Faciliter les études étiologiques, expérimentales et longitudinales sur les corrélats neurobiologiques, affectifs et cognitifs des comportements de consommation et de stockage compulsif.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’AMQ est l’ensemble des motivations sous-jacentes à l’acquisition matérielle. S’appuyant sur les théories motivationnelles du comportement et la psychologie cognitive, l’AMQ sépare ces facteurs selon leur polarité fonctionnelle : le renforcement positif (recherche d’états internes agréables, de gains sociaux ou instrumentaux) et le renforcement négatif (soulagement de la détresse, évitement de conséquences anticipées négatives). Les sous-échelles se détaillent comme suit :
A. Motivations positives (Positive Motives)
Ces dimensions traduisent une motivation d’approche orientée vers l’obtention de gratifications affectives, relationnelles ou intellectuelles :
- Positive Social (Social positif) : Motivation visant l’acquisition pour obtenir l’approbation, l’admiration ou le respect d’autrui, et favoriser le sentiment d’appartenance sociale (items 15, 18, 22, 23). Exemple clinique : Acheter un produit de marque prestigieux dans l’espoir de se sentir intégré dans un groupe de pairs.
- Positive Sales (Opportunité d’achat / Bonnes affaires) : Plaisir et exaltation associés à la perception d’une opportunité économique avantageuse, qu’il s’agisse de rabais importants, de promotions ou d’articles gratuits (items 5, 6, 16, 19). Le fait de « faire une bonne affaire » produit un sentiment d’ingéniosité et d’économie.
- Positive Reward (Récompense personnelle) : Utilisation de l’acquisition comme forme d’auto-gratification méritée suite à des efforts ou des accomplissements (items 3, 10, 11, 27). L’individu s’octroie des cadeaux pour célébrer une réussite.
- Positive Use/Info (Utilité / Information) : Intérêt pragmatique et intellectuel pour des objets renfermant des connaissances ou ayant une utilité fonctionnelle pour le développement de compétences (items 2, 25, 35). Typiquement observé chez les individus accumulant des livres, manuels ou outils d’apprentissage.
- Positive Identity (Expression de l’identité) : Tendance à acquérir des biens perçus comme le reflet de son soi authentique, renforçant la cohérence identitaire et donnant un sentiment de raison d’être (items 31, 32, 33, 34). L’objet est conçu comme une extension matérielle du moi.
- Positive Historical (Intérêt historique / Patrimonial) : Volonté de préserver, chérir et étudier des objets anciens, témoins du passé ou artefacts culturels (items 8, 9, 13, 26). L’individu se perçoit comme le gardien d’un patrimoine.
- Positive Helping Others (Aide à autrui / Altruisme) : Motivation prosociale orientée vers l’acquisition d’objets dans le but explicite de les offrir, de dépanner ou d’améliorer le bien-être de tierces personnes (items 1, 7, 12, 20). Chez les patients accumulant compulsivement, cette motivation sert souvent à légitimer l’acquisition d’articles dont ils n’ont pas l’usage personnel.
- Positive Collecting (Collectionnisme positif) : Plaisir intrinsèque dérivé de l’enrichissement, de l’organisation et de l’exposition d’une collection thématique d’objets (items 4, 17, 24, 28).
- Positive Beauty (Sensibilité esthétique) : Appréciation visuelle pure de l’objet, séduction exercée par son élégance, son style ou sa perfection formelle (items 14, 21, 29, 30).
B. Motivations négatives (Negative Motives)
Ces dimensions reflètent des conduites d’évitement expérientiel, où l’acquisition sert d’anxiolytique comportemental ou de bouclier contre des menaces affectives ou cognitives anticipées :
- Negative Social (Social négatif) : Acquisition motivée par la peur panique d’être rejeté, ignoré, jugé ennuyeux ou perçu comme un raté par les autres si l’on ne possède pas certains biens (items 44, 48, 49, 51).
- Negative Sentimental (Préservation sentimentale / Peur de l’oubli) : Utilisation des objets comme substituts mnésiques externes indispensables. L’acquisition vise à conjurer la peur viscérale d’oublier une personne significative, un lieu marquant ou une expérience vécue (items 38, 39, 47, 50).
- Negative Mistakes (Évitement de l’erreur / Intolérance à l’incertitude) : Crainte d’éprouver des regrets futurs si l’on n’acquiert pas l’objet immédiatement, ou anxiété liée à l’incertitude quant à un besoin potentiel ultérieur (items 36, 40, 42, 55). L’individu achète pour prévenir l’inconfort d’un hypothétique manque futur.
- Negative Coping (Régulation des affects négatifs / Réconfort) : Recours compulsif à l’acquisition pour atténuer le stress, la détresse émotionnelle, la dysphorie ou la tristesse (items 37, 46, 52, 53). L’acte d’acquérir sert d’anesthésiant affectif passager.
- Negative Collecting (Incomplétude de collection / Perfectionnisme) : Incapacité psychologique à tolérer une série incomplète ou un ensemble imparfait d’objets (items 41, 43, 45, 54). L’acquisition est ici mue par une tension compulsive de complétion, proche des manifestations obsessionnelles de symétrie et d’ordre.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture conceptuelle de l’AMQ s’inscrit au carrefour de trois cadres théoriques majeurs de la psychologie contemporaine : le modèle cognitivo-comportemental de la syllogomanie, la théorie de l’autodétermination et les modèles de régulation émotionnelle par l’objet.
Le socle primaire repose sur le modèle cognitivo-comportemental du trouble d’accumulation compulsive initialement formalisé par Frost et Hartl (1996), puis enrichi par Steketee et Frost (2003). Selon cette perspective, l’acquisition et la rétention problématiques proviennent d’un ensemble interconnecté de vulnérabilités :
- Déficits dans le traitement de l’information : Difficultés d’attention, de prise de décision, de catégorisation et surestimation des risques de perte de mémoire, incitant le sujet à utiliser les possessions matérielles comme des prothèses mémorielles externes.
- Croyances erronées concernant les possessions : Attribution d’une valeur anthropomorphique, esthétique, sentimentale ou utilitaire exagérée aux objets, menant à des sentiments exacerbés de responsabilité personnelle à l’égard de leur devenir.
- Détresse émotionnelle et conditionnement opérant : L’acquisition d’un objet procure un soulagement immédiat de l’anxiété ou un pic d’euphorie dopaminergique (renforcement positif/négatif), consolidant le schéma comportemental malgré les conséquences délétères à long terme sur l’espace de vie et les finances.
Sur le plan de la psychologie du soi, l’instrument fait écho aux travaux de Russell Belk (1988) sur le « soi étendu » (The Extended Self). Belk démontre que les êtres humains incorporent délibérément des possessions matérielles dans leur identité personnelle pour matérialiser leurs accomplissements, affirmer leur appartenance groupale ou maintenir la continuité temporelle de leur biographie. Lorsque l’estime de soi est fragilisée, les objets deviennent des substituts symboliques essentiels, ce que capturent avec acuité les sous-échelles Positive Identity, Positive Reward et Negative Social de l’AMQ.
Enfin, l’AMQ mobilise les théories de la régulation émotionnelle (Gross, 1998). Les individus manifestant des déficits de régulation affective utilisent des stratégies d’évitement expérientiel. Dans cette optique, l’acquisition compulsive agit comme un comportement d’apaisement d’urgence ou de distraction cognitive contre les états aversifs internes. La différenciation opérée par l’AMQ entre motifs positifs d’approche et motifs négatifs d’évitement affine la conceptualisation clinique et rapproche l’étude des achats compulsifs de celle des addictions comportementales et des troubles du spectre obsessionnel.
7. Validité / Validity
Les qualités métrologiques du Questionnaire des motifs d’acquisition ont été établies à travers une démarche de validation rigoureuse menée par David, Forbes et Norberg (2024), combinant des méthodologies d’analyse factorielle, de théorie de réponse aux items et d’évaluation corrélationnelle avec des critères cliniques externes.
Validité de construit et structure factorielle
La validité de construit a été démontrée par une modélisation factorielle confirmatoire démontrant la supériorité d’une solution multidimensionnelle à 14 facteurs par rapport à des modèles unidimensionnels ou hiérarchiques simplifiés. Les paramètres de modélisation en théorie de réponse aux items (TRI, modèle de réponse graduée de Samejima) ont confirmé que les 55 items présentent des indices de discrimination élevés ($a > 1,0$), permettant de distinguer efficacement les différents niveaux de propension motivationnelle des participants.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des associations statistiques fortes et théoriquement cohérentes avec les dimensions correspondantes du Saving Motives Questionnaire (SMQ), validé simultanément. Par exemple, la sous-échelle Positive Social de l’AMQ corrèle de manière prononcée avec la sous-échelle Positive Social du SMQ. De surcroît, les sous-échelles de l’AMQ corrèlent significativement avec les échelles établies de sévérité de l’accumulation compulsive, notamment la Saving Inventory-Revised (SI-R ; Frost et al., 2004), particulièrement pour la sous-échelle d’acquisition de la SI-R, ainsi qu’avec des mesures d’achats compulsifs telles que la Compulsive Buying Scale (Faber & O’Guinn, 1992).
Validité discriminante et divergente
L’instrument démontre une excellente validité discriminante. Les corrélations entre sous-échelles mesurant des construits théoriquement éloignés (par exemple, entre Positive Beauty et Negative Mistakes) demeurent modérées à faibles, attestant que l’AMQ ne mesure pas un facteur général d’attachement matériel indifférencié, mais bien des motivations fonctionnellement distinctes. De plus, les analyses confirment que les échelles de motifs négatifs se distinguent nettement des traits généraux de névrosisme ou de détresse psychologique générale, bien qu’elles y soient associées.
Validité de critère (contrastée et différentielle)
La validité de critère a été établie en comparant des cohortes cliniques et non cliniques. L’AMQ discrimine significativement les individus sains des participants répondant aux critères diagnostiques de trouble d’accumulation compulsive (HD) et de trouble des achats compulsifs (CBSD). Les patients avec CBSD présentent des élévations massives sur les échelles Negative Coping, Positive Reward et Positive Sales, tandis que les individus souffrant d’accumulation compulsive se caractérisent par des scores significativement plus élevés sur Negative Sentimental, Negative Mistakes, Positive Use/Info et Negative Collecting.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité de l’AMQ a fait l’objet d’analyses exhaustives concernant la cohérence interne et la stabilité temporelle des scores.
Consistance interne
Conformément aux préconisations psychométriques actuelles déconseillant l’utilisation exclusive de l’alpha de Cronbach en raison de ses postulats tau-équivalents restrictifs, les auteurs ont rapporté le coefficient oméga de McDonald (ω). Pour l’ensemble des 14 sous-échelles de l’AMQ, la consistance interne s’est révélée excellente :
- Les valeurs de l’oméga de McDonald s’échelonnent entre ω = 0,81 et ω = 0,92 selon les sous-échelles.
- Aucune sous-échelle ne présente un coefficient inférieur au seuil recommandé de 0,70 ou 0,80 pour un usage clinique et de recherche.
- Les saturations des items au sein de leurs facteurs respectifs sont toutes statistiquement significatives ($p < 0,001$) et de magnitude substantielle, confirmant l’homogénéité du contenu de chaque sous-dimension.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a été quantifiée à l’aide du coefficient de corrélation intraclasse (ICC) au sein d’un sous-échantillon réévalué après un intervalle standard :
- La majorité des sous-échelles a affiché une excellente reproductibilité temporelle, avec des ICC compris entre 0,70 et 0,88.
- Seules deux sous-échelles ont présenté des coefficients très légèrement inférieurs au seuil de 0,70 : la sous-échelle Positive Use/Info (ICC = 0,67) et la sous-échelle Positive Helping Others (ICC = 0,68), reflétant une sensibilité contextuelle potentiellement plus marquée aux opportunités d’information et aux interactions sociales ponctuelles.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le protocole analytique utilisé pour déterminer l’architecture dimensionnelle de l’AMQ a combiné une analyse factorielle exploratoire (AFE) initiale et une analyse factorielle confirmatoire (AFC) subséquente sur des échantillons indépendants.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
L’AFE a été conduite lors de la phase préliminaire de sélection des items à partir d’un large bassin initial généré par revue systématique de la littérature et consultations d’experts du domaine des TOC et des troubles apparentés. Les méthodes d’extraction par factorisation en axes principaux associées à des rotations obliques (promax/oblimin) — justifiées par l’interdépendance théorique des motifs psychologiques — ont initialement extrait une structure à 13 facteurs. Cette modélisation préliminaire a permis d’éliminer les items présentant des saturations croisées indésirables (> 0,30 sur plusieurs facteurs) ou des communalités insuffisantes.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’AFC a ensuite été appliquée pour tester la structure sur de nouveaux échantillons cliniques et communautaires. Les indices d’ajustement ont démontré la supériorité empirique et conceptuelle d’un modèle à 14 facteurs, isolant avec une netteté accrue les nuances entre l’appréciation esthétique, le collectionnisme positif et le collectionnisme fondé sur l’intolérance à l’incomplétude :
- Indices d’adéquation : Le modèle à 14 facteurs a atteint d’excellents indices de conformité statistique (CFI > 0,90 ; TLI > 0,90 ; RMSEA ≤ 0,06 [intervalle de confiance à 90 % respecté] ; SRMR ≤ 0,06).
- Comparaison de modèles : Ce modèle factoriel s’est avéré nettement supérieur à un modèle unidimensionnel d’acquisition globale, ainsi qu’à un modèle bifactoriel scindant uniquement les items en deux catégories brutes « positif » et « négatif ». Cette supériorité démontre l’indispensable granularité de l’AMQ pour capturer les motifs spécifiques d’acquisition.
- Modélisation TRI : En complément de l’AFC, l’étalonnage par la théorie de réponse aux items (TRI) a confirmé que les seuils de réponse ($b_k$) sont harmonieusement échelonnés le long du continuum latent (θ), conférant à l’instrument une très bonne sensibilité tant chez les sujets normatifs que chez les cas cliniques sévères.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique multidimensionnel.
- Population cible : Adultes (18 ans et plus), applicable en population générale, étudiante et en cohortes cliniques (trouble d’accumulation compulsive, trouble des achats compulsifs).
- Nombre total d’items : 55 énoncés.
- Format d’administration : Auto-administration électronique ou format papier-crayon.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points :
- 0 = Never (Jamais)
- 1 = Rarely (Rarement)
- 2 = Sometimes (Parfois)
- 3 = Frequently (Fréquemment)
- 4 = Very Often (Très souvent)
- Directives de cotation et calcul des sous-échelles :
Chaque sous-échelle est calculée en effectuant la moyenne arithmétique des items qui la composent. Les scores de chaque sous-dimension s’échelonnent donc de 0 à 4, un score plus élevé reflétant une motivation plus prononcée :
- Motivations positives :
- Positive Social = (Item 15 + Item 18 + Item 22 + Item 23) / 4
- Positive Sales = (Item 5 + Item 6 + Item 16 + Item 19) / 4
- Positive Reward = (Item 3 + Item 10 + Item 11 + Item 27) / 4
- Positive Use/Info = (Item 2 + Item 25 + Item 35) / 3
- Positive Identity = (Item 31 + Item 32 + Item 33 + Item 34) / 4
- Positive Historical = (Item 8 + Item 9 + Item 13 + Item 26) / 4
- Positive Helping Others = (Item 1 + Item 7 + Item 12 + Item 20) / 4
- Positive Collecting = (Item 4 + Item 17 + Item 24 + Item 28) / 4
- Positive Beauty = (Item 14 + Item 21 + Item 29 + Item 30) / 4
- Motivations négatives :
- Negative Social = (Item 44 + Item 48 + Item 49 + Item 51) / 4
- Negative Sentimental = (Item 38 + Item 39 + Item 47 + Item 50) / 4
- Negative Mistakes = (Item 36 + Item 40 + Item 42 + Item 55) / 4
- Negative Coping = (Item 37 + Item 46 + Item 52 + Item 53) / 4
- Negative Collecting = (Item 41 + Item 43 + Item 45 + Item 54) / 4
- Motivations positives :
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2024.
- Titularité des droits : © 2024 American Psychological Association (APA). L’article de référence est paru dans la revue Psychological Assessment.
- Conditions d’utilisation et politique tarifaire : L’échelle est destinée à une utilisation clinique et scientifique non commerciale. Les chercheurs et cliniciens peuvent reproduire et utiliser les items dans un cadre académique ou de consultation sous réserve de citer rigoureusement l’article original de David, Forbes et Norberg (2024). Toute intégration dans une plateforme logicielle commerciale ou utilisation à des fins lucratives nécessite l’autorisation formelle expresse de l’APA et des auteurs.
- Contact droits et autorisations : Professeure Melissa M. Norberg ([email protected]).
12. Références / References
- American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing.
- Belk, R. W. (1988). Possessions and the extended self. Journal of Consumer Research, 15(2), 139–168.
- David, J., Forbes, M. K., & Norberg, M. M. (2024). Development and validation of the Acquiring and Saving Motives Questionnaires: For use in clinical and nonclinical populations. Psychological Assessment, 36(3), 200–214.
- Faber, R. J., & O’Guinn, T. C. (1992). A clinical screener for compulsive buying. Journal of Consumer Research, 19(3), 459–469.
- Frost, R. O., & Hartl, T. L. (1996). A cognitive-behavioral model of compulsive hoarding. Behaviour Research and Therapy, 34(4), 341–350.
- Frost, R. O., Steketee, G., & Grisham, J. (2004). Measurement of compulsive hoarding: Saving Inventory-Revised. Behaviour Research and Therapy, 42(10), 1163–1182.
- Gross, J. J. (1998). The emerging field of emotion regulation: An integrative review. Review of General Psychology, 2(3), 271–299.
- Steketee, G., & Frost, R. (2003). Compulsive hoarding: Current status of the research. Clinical Psychology Review, 23(7), 905–927.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: Participants rate the following statements on a 5-point rating scale:
0 = Never
1 = Rarely
2 = Sometimes
3 = Frequently
4 = Very Often
- I ACQUIRE objects because: I want to give them to the right person.
- They allow me to gain skills or knowledge.
- I like spending money on myself.
- I enjoy organizing them into collections.
- I like a good bargain.
- Cheap things make me feel thrifty.
- I could help someone with them.
- I would like to preserve historical artifacts.
- I like to learn from historical items.
- I can use them to reward myself for my achievements.
- I deserve them.
- I can use them to make others feel good.
- They allow me to feel connected to history.
- They look stunning.
- People will respect me for having them.
- It allows me to save money when they are free or on sale.
- I like owning collectibles.
- They show others that I am interesting.
- I like discounted products.
- Others may feel grateful when they use them.
- I like beautiful things.
- They help me feel like I belong.
- I can use them to impress others.
- I want to display them as part of my collection.
- I want the information they contain.
- I like caring for historical objects.
- Buying gifts for myself makes me feel good.
- I’d like to add them to my collection.
- I like the way they look.
- I like stylish things.
- I can express myself with them.
- They are a part of me.
- They fill me with purpose.
- I want things that represent my self-identity.
- I will use the information they contain.
- I don’t want to worry if I’ll need them in the future.
- I can comfort myself with them.
- I don’t want to forget the memories that these possessions represent.
- If I don’t have them, I will forget someone important.
- I am uncertain about whether they will be needed.
- I can’t handle an imperfect set of items.
- I might regret not owning them.
- I won’t be able to enjoy my collection unless it’s complete.
- People will think I’m unsuccessful without them.
- I don’t like having an incomplete set of items.
- I want them to distract myself from stressful concerns.
- I need them so I don’t forget something personally significant.
- If I don’t own them, others might ignore me.
- If I don’t, I might displease others.
- I need them to remember the places I have been.
- People will think I’m boring without them.
- I want to use them when feeling distressed.
- I need them to make me feel better.
- I cannot appreciate an incomplete collection.
- I worry that I’ll need them.