1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire de sexualité humaine (en anglais, Human Sexuality Questionnaire [HSQ]), conçu par le psychologue et psychométricien américain Marvin Zuckerman et ses collaborateurs à l’Université du Delaware (notamment Zuckerman, Tushup, & Finner, 1976), constitue un dispositif d’évaluation multidimensionnel développé pour mesurer de manière rigoureuse tant les comportements sexuels effectifs que les attitudes normatives et affectives relatives à la sexualité. L’instrument est structuralement articulé en deux grands volets : les échelles d’expérience sexuelle (Experience Scales) et les échelles d’attitudes sexuelles (Attitude Scales). Le volet comportemental évalue l’expérience hétérosexuelle cumulative au moyen d’un format quasi-scalogrammique de type Guttman comprenant 14 items, l’expérience homosexuelle (4 items), le nombre de partenaires hétérosexuels (1 item), le nombre de partenaires homosexuels (1 item), la diversité des modalités conduisant à l’orgasme (8 items, conceptuellement inspiré du modèle de « débit total » d’Alfred Kinsey), ainsi que la masturbation (1 item). Le volet attitudinal explore les attitudes parentales face à la sexualité enfantine (12 items dérivés du Parental Attitude Research Instrument), les attitudes envers les activités hétérosexuelles selon le contexte relationnel social (14 items) et émotionnel (14 items, inspirés des travaux de Reiss), et enfin les attitudes envers l’homosexualité (4 items).
Les propriétés psychométriques de la batterie démontrent une cohérence interne et une reproductibilité exceptionnelles. Les échelles d’expérience hétérosexuelle et d’attitudes atteignent des coefficients de reproductibilité de Guttman variant entre 0,93 et 1,00, ainsi que des coefficients de scalabilité oscillant entre 0,76 et 0,96. La fidélité test-retest à 15 semaines s’établit à des niveaux robustes pour l’expérience hétérosexuelle (r = 0,80 à 0,95) et les attitudes normatives, bien qu’elle présente des fluctuations méthodologiques compréhensibles sur les items à faible prévalence ou fortement stigmatisés (tels que le nombre de partenaires homosexuels). La validité de construit est étayée par des corrélations substantielles avec le modèle de la recherche de sensations (Sensation Seeking Scale), des différentiels nets entre sous-groupes cliniques ou sociaux (notamment des groupes universitaires hétérosexuels, des collectifs homosexuels et des associations confessionnelles), ainsi que des associations endocriniennes précurseures avec les taux plasmatiques de testostérone et d’œstradiol (Daitzman & Zuckerman, 1980).
2. Mots-clés / Keywords
Questionnaire de sexualité humaine, Marvin Zuckerman, comportement sexuel, attitudes sexuelles, échelle de Guttman, permissivité sexuelle, recherche de sensations, orgasme, attitudes parentales, psychométrie sexologique.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu et validé sous la direction scientifique de :
- Marvin Zuckerman, Ph.D. : Professeur émérite au Département de psychologie de l’Université du Delaware (Newark, Delaware, États-Unis). Connu internationalement pour ses travaux pionniers sur la théorie biopsychologique de la recherche de sensations et la psychométrie de la personnalité. Adresse institutionnelle historique : Department of Psychology, 220 Wolf Hall, University of Delaware, Newark, DE 19711. Courriel académique : [email protected].
- Richard J. Tushup : Chercheur associé et clinicien, Université du Delaware.
- Stephen L. Finner : Collaborateur de recherche méthodologique et sociologique, Université du Delaware.
- Peter L. Myers : Chercheur collaborateur sur les investigations différentielles intergroupes (Zuckerman & Myers, 1983).
- Reid J. Daitzman : Collaborateur sur les protocoles d’endocrinologie comportementale et les corrélats hormonaux (Daitzman & Zuckerman, 1980).
4. Objectif / Purpose
Le Questionnaire de sexualité humaine a été élaboré pour pallier une carence méthodologique majeure observée dans la recherche sexologique des années 1960 et 1970 : l’absence d’outils standardisés, multidimensionnels et psychométriquement validés permettant de quantifier objectivement les répertoires comportementaux sans les confondre avec les normes morales ou les idéologies sexuelles. Jusqu’alors, la majorité des évaluations reposaient sur des entretiens semi-structurés lourds, tels que ceux développés par Kinsey et ses collègues (1948), ou sur des questionnaires unidimensionnels manquant de contrôle statistique contre les biais d’acquiescement et la désirabilité sociale.
L’objectif central de Zuckerman était double : d’une part, construire une échelle cumulative ordonnée capable d’évaluer la progression du répertoire érotique individuel le long d’un continuum de difficulté psychologique et comportementale croissante ; d’autre part, dissocier systématiquement le niveau de tolérance normative d’un individu des contextes interpersonnels spécifiques dans lesquels les actes s’inscrivent. L’échelle distingue de manière fondamentale la légitimation d’un acte selon le statut social officiel du couple (par exemple : mariage, fiançailles, simple connaissance) et selon la profondeur du lien affectif (amour passionnel, affection sincère ou absence totale d’engagement émotionnel).
Sur le plan des applications cliniques et académiques, le HSQ remplit plusieurs fonctions critiques :
- Évaluation des interventions éducatives et thérapeutiques : L’échelle a été conçue pour mesurer la sensibilité au changement induite par des programmes universitaires d’éducation sexuelle ou des thérapies sexologiques de groupe. Les travaux de Zuckerman, Tushup et Finner (1976) ont ainsi établi comment un enseignement académique structuré modifie significativement le seuil d’acceptation cognitive des conduites sans nécessairement bouleverser de manière immédiate l’historique comportemental.
- Recherche différentielle et biopsychologique : Dans le cadre des programmes de recherche sur la personnalité, le HSQ permet d’analyser les interconnexions entre la dimension de recherche de sensations désinhibée (Disinhibition), l’impulsivité et les profils endocriniens gonadiques, notamment les concentrations d’androgènes et d’œstrogènes libres chez les adultes émergents.
- Contrôle de cohérence interne des auto-déclarations : Grâce à la présence conjointe d’échelles de fréquence des pratiques (coït, fellation, cunnilingus), d’échelles d’exclusivité ou de multiplicité des partenaires et d’échelles d’expériences orgasmiques, le HSQ intègre des mécanismes intrinsèques de validation croisée. Les réponses sur le nombre de partenaires hétérosexuels ou homosexuels servent d’indices de corroboration statistique directe par rapport aux déclarations faites sur les items coïtaux correspondants.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par le Questionnaire de sexualité humaine repose sur une architecture bi-factorielle transversale dissociant l’action motrice/comportementale de la représentation axiologique. Zuckerman formalise la sexualité humaine non comme une pulsion monolithique, mais comme un ensemble de facettes graduées régies par des seuils d’inhibition sociocognitive variables.
Volet I : Les dimensions de l’expérience sexuelle
- Expérience hétérosexuelle cumulative : Cette dimension modélise l’acquisition progressive des conduites érotiques intersexuées. Partant de conduites socialement et physiquement peu invasives (le baiser sans contact lingual), l’échelle progresse vers le baiser intime avec contact de la langue, les caresses mammaires habillées puis dénudées, la stimulation manuelle des organes génitaux, les contacts bucco-génitaux actifs et passifs, et culmine dans la réalisation du coït selon diverses configurations spatiales (position missionnaire, femme au-dessus, position latérale, pénétration vaginale par l’arrière). Chaque palier implique une réduction progressive des tabous corporels et une levée des défenses de pudeur.
- Expérience homosexuelle : Cette sous-échelle cible la manipulation génitale manuelle et les stimulations oro-génitales réciproques (actives et passives) entre personnes de même genre, quantifiant l’implication dans des pratiques de même sexe au cours de la trajectoire de vie.
- Répertoire orgasmique (Orgasmic Experience) : Conçu en écho au concept kinseyen de « décharge sexuelle totale », ce construit mesure l’amplitude et la pluralité des voies physiologiques et psychologiques menant à la résolution orgasmique : auto-érotisme, caresses poussées (petting), manipulations partenaires, rapports coïtaux, rapports homosexuels, stimulations orales, mais également médiations purement psychiques telles que les rêves nocturnes avec émission et les fantasmes solitaires sans stimulation tactile directe.
- Expérience masturbatoire et métriques partenariales : Items évaluant de manière autonome la manipulation auto-érotique génitale ainsi que la distribution discrète du nombre de partenaires hétérosexuels et homosexuels uniques.
Volet II : Les dimensions attitudinales et normatives
- Attitudes parentales envers la sexualité infantile : Ce construit mesure le degré de tolérance, de bienveillance ou, à l’inverse, de répression et d’anxiété manifesté par un individu face aux expressions spontanées de la curiosité sexuelle des enfants (jeux érotiques de l’enfance, questions sur la reproduction, nudité domestique partagée entre frères et sœurs, exposition accidentelle ou régulée à l’imagerie pornographique).
- Permissivité hétérosexuelle conditionnée par le statut social : Évalue le seuil normatif exigé en termes de reconnaissance sociale et d’institutionnalisation légale du couple pour qu’un acte sexuel précis soit jugé moralement acceptable pour une personne de son propre sexe (depuis l’obligation formelle du mariage jusqu’à l’acceptation sans réserve envers un individu rencontré le jour même).
- Permissivité hétérosexuelle conditionnée par le lien émotionnel : Mesure l’exigence d’engagement affectif intérieur nécessaire pour légitimer les mêmes 14 pratiques sexuelles (exigence d’un amour romantique profond, affection sincère, simple sympathie amicale ou indifférence sentimentale totale).
- Attitudes envers l’homosexualité : Ce construit capte le degré d’adhésion aux droits civiques des personnes homosexuelles (droit d’accès au mariage civil, droit d’adopter des enfants) conjugué au rejet de la psychopathologisation traditionnelle de l’orientation homosexuelle.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique du Questionnaire de sexualité humaine s’enracine au confluent de trois courants fondamentaux de la psychologie contemporaine : la théorie psychobiologique de la personnalité de Marvin Zuckerman, le modèle sociologique de la permissivité prémaritale d’Ira Reiss, et les principes méthodologiques de la mesure d’attitude et de scalabilité développés par Louis Guttman.
Au cœur de l’approche de Zuckerman réside le modèle de la Recherche de sensations (Sensation Seeking), conceptualisée comme un trait de personnalité à fort ancrage biologique défini par le besoin de sensations et d’expériences variées, nouvelles, complexes et intenses, et par la volonté de prendre des risques physiques et sociaux pour de telles expériences. Dans cette perspective, la sexualité n’est pas uniquement perçue sous l’angle de la fonction reproductrice ou de l’attachement affectif (théories psychanalytiques ou théories de l’attachement de Bowlby), mais constitue une modalité élective d’exploration sensorielle et de stimulation corticale. La composante de « Désinhibition » (Disinhibition) de la personnalité trouve ainsi dans l’inventaire sexuel une résonance directe : les individus à haute recherche de sensations manifestent une moindre vulnérabilité à l’anxiété morale, ce qui favorise l’exploration précoce d’un spectre étendu de comportements sexuels et l’adoption d’attitudes tolérantes.
Sur le versant sociocognitif, Zuckerman s’inspire directement des formalisations théoriques d’Ira Reiss (1967) concernant la permissivité sexuelle prémaritale. Reiss a démontré que les jugements d’acceptabilité morale portés sur les actes sexuels ne dépendent pas simplement de l’acte physique perçu dans l’abstrait, mais du « script social » dans lequel il prend place. Zuckerman a opérationnalisé cette théorie en concevant les deux échelles parallèles de relation sociale et de relation émotionnelle. Cette dissociation permet de tester l’hypothèse théorique selon laquelle certaines cultures ou sous-groupes requièrent impérativement un ancrage institutionnel (mariage) pour autoriser le plaisir corporel, tandis que d’autres exigent une justification d’ordre affectif intérieur (l’amour romantique comme absolution morale du désir).
Enfin, sur le plan métrologique, l’instrument mobilise la théorie du scalogramme de Guttman. Selon ce postulat, les comportements hétérosexuels se déploient de manière cumulative et unidimensionnelle : l’approbation ou la réalisation d’un item situé à un niveau d’intimité élevé (par exemple, la pénétration vaginale postérieure ou les rapports oraux réciproques) prédit de manière quasi-déterministe l’adhésion préalable à tous les items d’intensité inférieure (caresses mammaires, baisers profonds). Ce modèle s’oppose aux échelles additives simples d’items indépendants en affirmant l’existence d’une trajectoire ordonnée du développement psychosexuel.
7. Validité / Validity
Les investigations psychométriques menées par Zuckerman et ses collaborateurs ont accumulé un faisceau substantiel de preuves quant à la validité de construit, la validité convergente, la validité discriminante et la sensibilité expérimentale du HSQ.
Validité de construit et sensibilité au changement
Dans l’étude princeps de validation (Zuckerman, Tushup, & Finner, 1976), des groupes d’étudiants inscrits à un cursus universitaire d’éducation à la sexualité humaine ont été comparés à des groupes témoins inscrits à un cours théorique sur la personnalité. À l’évaluation initiale, les participants ayant choisi l’enseignement de sexualité présentaient des scores d’expérience hétérosexuelle significativement plus élevés que les témoins, confirmant la validité prédictive de l’orientation motivationnelle vers ces thématiques. Suite à l’intervention pédagogique de 15 semaines, les étudiants masculins du cours de sexualité ont montré une augmentation statistiquement significative de leurs pratiques sexuelles par rapport aux témoins masculins, tandis qu’aucune modification comportementale n’a été observée chez les femmes. À l’inverse, sur le plan des attitudes parentales, les femmes ayant suivi le programme ont manifesté une transition significative vers une tolérance accrue (plus permissive), ce qui n’a pas été le cas des hommes témoins.
Validité convergente avec les traits de personnalité et la biologie
La validité convergente de l’échelle d’expérience hétérosexuelle est attestée par des corrélations positives statistiquement significatives avec l’intégralité des sous-échelles de l’inventaire de recherche de sensations (Sensation Seeking Scale) de Zuckerman, chez les hommes comme chez les femmes. Les individus recherchant activement des stimulations sensorielles inédites s’engagent plus fréquemment dans un répertoire érotique varié.
Dans une série de protocoles novateurs d’endocrinologie comportementale, Daitzman et Zuckerman (1980) ont examiné les relations entre les scores au HSQ et les concentrations plasmatiques d’hormones gonadiques chez de jeunes adultes de sexe masculin :
- L’expérience hétérosexuelle globale et le nombre de partenaires hétérosexuels corrèlent positivement et significativement avec les concentrations de testostérone et d’œstradiol plasmatiques.
- L’expérience homosexuelle est positivement associée aux taux d’œstradiol, sans corrélation significative avec la testostérone.
- L’expérience orgasmique présente une corrélation sélective positive avec la testostérone plasmatique uniquement.
- Les attitudes permissives (relations sociales et émotionnelles) présentent une corrélation sélective avec l’œstradiol circulant chez les hommes.
Validité discriminante entre sous-groupes cliniques et sociaux
Les investigations menées par Zuckerman et Myers (1983) démontrent une étanchéité discriminante majeure :
- Sur l’échelle d’expérience homosexuelle, les cohortes d’hommes homosexuels ont obtenu des scores massivement supérieurs à ceux des groupes d’hommes hétérosexuels, les distributions statistiques ne présentant quasiment aucun chevauchement empirique.
- Sur l’échelle du nombre de partenaires hétérosexuels, les hommes hétérosexuels ont obtenu des scores significativement plus élevés que les hommes appartenant à des groupes universitaires homosexuels et que les membres de groupes confessionnels étudiants (church group).
- Concernant les attitudes envers l’homosexualité, les groupes homosexuels affichent les positions les plus favorables, suivis des étudiants hétérosexuels du campus général, les étudiants issus des fraternités et groupements religieux conservateurs manifestant les scores de tolérance les plus faibles.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité du Questionnaire de sexualité humaine a fait l’objet d’évaluations méthodologiques minutieuses articulant la consistance interne au sens des modèles cumulatifs de Guttman et la stabilité temporelle par test-retest sur un intervalle longitudinal standardisé de 15 semaines (Zuckerman, Tushup, & Finner, 1976).
Coefficients de reproductibilité et de scalabilité (Guttman)
Pour l’échelle d’expérience hétérosexuelle, la version préliminaire à 12 items présentait un coefficient de reproductibilité (CR) de 0,97 pour les deux sexes (Zuckerman, 1973). Sur la version standardisée actuelle à 14 items, le CR s’établit à 0,93 pour les hommes et 0,94 pour les femmes, dépassant largement le seuil psychométrique canonique de 0,90 exigé par Guttman. Les coefficients de scalabilité (CS) atteignent 0,77 chez les hommes et 0,81 chez les femmes, attestant d’une unidimensionnalité cumulative réelle (seuil minimal acceptable fixé conventionnellement à 0,60).
Sur l’échelle d’expérience homosexuelle (4 items), les coefficients de reproductibilité atteignent 0,98 pour les hommes et 1,00 pour les femmes, avec des coefficients de scalabilité respectifs de 0,76 et 1,00.
Concernant les échelles d’attitudes envers les activités hétérosexuelles :
- Relation sociale : CR = 0,96 (hommes) et 1,00 (femmes) ; CS = 0,89 (hommes) et 0,96 (femmes).
- Relation émotionnelle : CR = 0,96 (hommes) et 0,98 (femmes) ; CS = 0,91 pour les deux sexes.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest à 15 semaines)
| Sous-échelle du HSQ | Hommes (Groupes testés) | Femmes (Groupes testées) |
|---|---|---|
| Expérience hétérosexuelle (14 items) | r = 0,80 à 0,94 | r = 0,92 à 0,95 |
| Expérience homosexuelle (4 items) | r = 0,49 à modéré | r = 0,67 à 0,80 |
| Nombre de partenaires hétérosexuels (1 item) | r = 0,76 et 0,91 | r = 0,85 et 0,94 |
| Nombre de partenaires homosexuels (1 item) | r = 0,37 et 0,56 | r = 0,26 et 0,27 |
| Expérience orgasmique (8 items) | r = 0,75 et 0,80 | r = 0,80 et 0,84 |
| Masturbation (1 item) | r = 0,63 et 0,76 | r = 0,77 et 0,90 |
| Attitudes parentales (12 items) | r = 0,63 et 0,64 | r = 0,44 et 0,56 |
| Attitudes : Relation sociale (14 items) | r = 0,64 et 0,83 | r = 0,85 et 0,86 |
| Attitudes : Relation émotionnelle (14 items) | r = 0,48 et 0,72 | r = 0,72 et 0,75 |
Les faibles coefficients observés sur l’échelle à item unique du Nombre de partenaires homosexuels s’expliquent par un effet plancher massif dans les échantillons étudiants non sélectionnés (variabilité extrêmement restreinte, l’immense majorité cochant la modalité « Aucun ») et par une évolution sémantique possible de l’expression subjective « relations sexuelles » chez les participants au fil de la scolarité.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’analyse structurale du Questionnaire de sexualité humaine a été configurée autour du statut métrologique spécifique des échelles cumulatives et des techniques d’analyse en composantes principales appliquées aux sous-échelles d’attitudes.
Pour les 14 items de l’échelle d’Expérience hétérosexuelle, l’analyse a confirmé que les items s’organisent selon une hiérarchie scalaire unidimensionnelle quasi-parfaite. L’analyse factorielle exploratoire sur ces items met en évidence un facteur général prédominant expliquant la majeure partie de la variance commune (saturations factorielles comprises entre 0,65 et 0,88 pour les pratiques coïtales et bucco-génitales). La progression ordonnée des saturations reflète exactement la progression du scalogramme :
- Pôle d’initiation basale (items 1 à 3 : baisers, caresses mammaires légères) : saturation sur le facteur d’intimité préliminaire.
- Pôle intermédiaire de contact génital (items 4 à 8 : manipulation des seins nus, masturbation mutuelle génitale et clitoridienne).
- Pôle de pénétration et de pratique avancée (items 9 à 14 : coït sous diverses positions et relations bucco-génitales actives et passives).
Dans l’échelle des Attitudes parentales (12 items), construite à partir des items du PARI de Schaefer et Bell (1958) et des items inversés de Zuckerman (1959), l’analyse factorielle isole un facteur bipolaire robuste de « Permissivité versus Répression sexuelle infantile ». Les cinq items directs du PARI chargent négativement sur la permissivité (mettant l’accent sur le danger moral, la perversion précoce et l’interdiction de voir la nudité), tandis que les cinq items inversés et l’item de banalisation du bain partagé chargent positivement (saturations supérieures à 0,55). Cette structure factorielle symétrique confirme l’élimination réussie du biais d’acquiescement qui altérait l’instrument original de Schaefer et Bell.
Concernant les échelles d’Attitudes hétérosexuelles (sociales et émotionnelles), l’analyse multivariée démontre une distinction nette entre le facteur de permissivité générale et le facteur de conformisme conjugal. Les items impliquant des actes non coïtaux (baisers, caresses) saturent sur une dimension de liberté précoce, alors que les variantes coïtales complexes (positions non conventionnelles, rapports bucco-génitaux) saturent massivement sur un facteur d’émancipation normative avancée.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Questionnaire de sexualité humaine (Human Sexuality Questionnaire [HSQ] / Parental Attitudes Scale [HSQ-PAS]).
- Auteur : Marvin Zuckerman, Ph.D.
- Domaine d’application : Sexologie clinique, psychométrie de la personnalité, psychologie sociale, recherche biopsychologique et endocrinienne.
- Structure générale : Batterie d’évaluation comportant 9 sous-échelles réparties en 2 volets majeurs (Expérience et Attitudes), totalisant 69 items d’évaluation distincts.
- Volet des échelles d’expérience (33 items) :
- Expérience hétérosexuelle : 14 items décrivant des activités sexuelles ordonnées. Échelle en 5 points de fréquence cumulative : 1 = Never (Jamais), 2 = Once or twice (Une ou deux fois), 3 = Several times (Plusieurs fois), 4 = More than several times, less than ten times (Plus de plusieurs fois, moins de dix fois), 5 = Ten times or more (Dix fois ou plus). Score total : 14 à 70.
- Expérience homosexuelle : 4 items (manipulations génitales et contacts bucco-génitaux de même sexe). Échelle en 5 points identique (1 à 5). Score total : 4 à 20.
- Nombre de partenaires hétérosexuels : 1 item. Format en 5 points : 1 = None (Aucun), 2 = One (Un), 3 = Two (Deux), 4 = Three (Trois), 5 = Four or more (Quatre ou plus). Score : 1 à 5.
- Nombre de partenaires homosexuels : 1 item. Même échelle ordinale en 5 points (1 = None à 5 = Four or more). Score : 1 à 5.
- Expérience orgasmique : 8 items explorant les modes d’atteinte de l’orgasme (masturbation, caresses, manipulations partenaires, coït, relations homosexuelles, stimulation orale, rêves nocturnes, fantasmes seuls). Échelle en 5 points (1 = Never à 5 = Ten times or more). Score total : 8 à 40.
- Expérience masturbatoire : 1 item relatif à la manipulation de ses propres organes génitaux. Format en 5 points (1 = Never [noté parfois ‘once or twice’ selon édition] à 5 = Ten times or more). Score : 1 à 5.
- Volet des échelles d’attitudes (36 items) :
- Attitudes parentales (Parental Attitudes Scale) : 12 items au format Likert en 4 points (A = Strongly agree, B = Mildly agree, C = Mildly disagree, D = Strongly disagree). Cotation orientée vers la permissivité : items directs (2, 3, 6, 8, 9, 10) pondérés A=1, B=2, C=3, D=4 ; items inversés (1, 4, 5, 7, 11, 12) pondérés A=4, B=3, C=2, D=1. Score total : 12 à 48.
- Attitudes envers les activités hétérosexuelles : Relation sociale : 14 items (reprenant les activités de l’échelle d’expérience). Échelle ordinale en 5 points d’acceptabilité sociale : 1 = Never (Jamais acceptable), 2 = All right with someone you are married to (Acceptable avec une personne mariée), 3 = All right with someone you are engaged to, or intend to marry (Acceptable avec une personne fiancée), 4 = All right with someone you have been going with for some time / know well (Acceptable avec une personne fréquentée depuis un certain temps), 5 = All right with anyone, no matter how long you have known them (Acceptable avec n’importe qui, peu importe la durée de fréquentation). Score total : 14 à 70.
- Attitudes envers les activités hétérosexuelles : Relation émotionnelle : 14 items (mêmes activités). Échelle en 5 points de condition affective : 1 = Never all right regardless of how much you love the person (Jamais acceptable quel que soit le degré d’amour), 2 = All right if you are deeply in love with the person (Acceptable si profondément amoureux), 3 = All right if you feel strong affection for the person (Acceptable si forte affection ressentie), 4 = All right if you really like the person (Acceptable si simple appréciation réelle), 5 = All right regardless of how you generally feel about the person (Acceptable quel que soit le sentiment éprouvé envers la personne). Score total : 14 à 70.
- Attitudes envers l’homosexualité : 4 items évaluant le mariage, l’adoption et la santé mentale. Items 1, 2, 4 pondérés de 1 à 4 ; item 3 (« les homosexuels sont psychiatriquement perturbés ») pondéré de manière inversée (A=4, B=3, C=2, D=1). Score total : 4 à 16.
- Procédure de passation standardisée : Il est préconisé dans le protocole standard d’administrer les échelles d’attitudes avant les échelles d’expérience (en débutant impérativement par l’échelle des attitudes parentales), afin d’éviter qu’une évocation rétrospective préalable de l’historique intime n’influence les jugements moraux et cognitifs généraux.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le Questionnaire de sexualité humaine a été formalisé dans sa configuration complète par l’étude de Marvin Zuckerman, Richard Tushup et Stephen Finner en 1976, consolidant des versions préliminaires développées dès 1973. Les extensions comparatives et endocriniennes ont été complétées en 1980 et 1983.
Statut légal et droits de reproduction : Conformément aux mentions expresses stipulées par l’auteur dans la publication source, le test n’est pas soumis à un copyright commercial restrictif (« This test is not copyrighted and may be used with the permission of the author for research purposes only »). L’outil est accessible gratuitement pour les protocoles de recherche académique, universitaire et clinique non commerciale. Toute exploitation dans le cadre d’études scientifiques implique l’obligation d’adresser une notification d’usage et de citer rigoureusement les publications originales de référence de Marvin Zuckerman.
12. Références / References
- Daitzman, D., & Zuckerman, M. (1980). Disinhibitory sensation seeking and gonadal hormones. Personality and Individual Differences, 1(2), 103–110. https://doi.org/10.1016/0191-8869(80)90028-4
- Kinsey, A. C., Pomeroy, W. B., & Martin, C. E. (1948). Sexual behavior in the human male. W. B. Saunders.
- Reiss, I. L. (1967). The social context of premarital sexual permissiveness. Holt, Rinehart & Winston.
- Schaefer, E. S., & Bell, R. Q. (1958). Development of the Parental Attitude Research Instrument. Child Development, 29(3), 339–361. https://doi.org/10.2307/1126744
- Zuckerman, M. (1959). Reversed scales to control acquiescence response set in the Parental Attitude Research Instrument. Child Development, 30(4), 523–532. https://doi.org/10.2307/1126792
- Zuckerman, M. (1973). Scales for sex experience for males and females. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 41(1), 27–29. https://doi.org/10.1037/h0035626
- Zuckerman, M., & Myers, P. L. (1983). Sensation seeking in homosexual and heterosexual males. Archives of Sexual Behavior, 12(4), 347–356. https://doi.org/10.1007/BF01542194
- Zuckerman, M., Tushup, R., & Finner, S. (1976). Sexual attitudes and experience: Attitude and personality correlates and changes produced by a course in sexuality. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 44(1), 7–19. https://doi.org/10.1037/0022-006X.44.1.7