1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire de Métacognition-30 (Metacognitions Questionnaire-30, MCQ-30 ; Wells & Cartwright-Hatton, 2004) constitue l’un des instruments psychométriques auto-rapportés les plus rigoureusement validés et largement employés en psychopathologie cognitive et en psychologie clinique contemporaine. Issu d’une version abrégée du questionnaire princeps en 65 items développé par Cartwright-Hatton et Wells (1997), le MCQ-30 a été conçu pour opérationnaliser et évaluer empiriquement les dimensions centrales du modèle de la fonction exécutive autorégulatrice (Self-Regulatory Executive Function, modèle S-REF) et du syndrome cognitif attentionnel (Cognitive Attentional Syndrome, CAS) théorisés par Adrian Wells et Gerald Matthews.
L’instrument comporte 30 énoncés répartis de manière équilibrée sur cinq dimensions factorielles distinctes mais interdépendantes de six items chacune : (1) les croyances positives relatives à l’inquiétude (positive beliefs about worry), (2) les croyances négatives concernant l’incontrôlabilité et le danger des pensées (negative beliefs about uncontrollability and danger), (3) le manque de confiance cognitive (cognitive confidence), (4) le besoin de contrôle des pensées (beliefs about the need to control thoughts), et (5) la conscience de soi cognitive (cognitive self-consciousness). Les participants évaluent leur degré d’accord avec chaque énoncé à l’aide d’une échelle de Likert à 4 points, graduée de 1 (« Pas d’accord » / Do not agree) à 4 (« Tout à fait d’accord » / Agree very much), produisant un score total oscillant entre 30 et 120 points ainsi que des sous-scores dimensionnels allant de 6 à 24 points.
Sur le plan psychométrique, le MCQ-30 présente d’excellentes qualités de fidélité et de validité démontrées dans de multiples populations cliniques et non cliniques à l’échelle internationale. Sa cohérence interne globale s’avère robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach se situant généralement entre 0,88 et 0,93 pour l’échelle totale, et entre 0,72 et 0,89 pour les cinq sous-échelles. Les analyses factorielles confirmatoires appuient vigoureusement la structure invariante à cinq facteurs obliques, tout en validant l’existence d’une dimension métacognitive de second ordre. L’échelle démontre une validité convergente substantielle avec des mesures de l’anxiété-trait, du trouble d’anxiété généralisée, du trouble obsessionnel-compulsif, de la dépression majeure et de la rumination mentale. Elle s’impose aujourd’hui comme la mesure de référence incontournable pour le diagnostic fonctionnel, la planification thérapeutique et l’évaluation des processus de changement au sein des thérapies métacognitives (TMC).
2. Mots-clés / Keywords
métacognition, MCQ-30, thérapie métacognitive, syndrome cognitif attentionnel, modèle S-REF, inquiétude pathologique, anxiété généralisée, trouble obsessionnel-compulsif, croyances métacognitives, psychométrie.
3. Auteurs / Authors
Le Questionnaire de Métacognition-30 (MCQ-30) a été conceptualisé, développé et validé empiriquement par deux figures majeures de la recherche en psychologie clinique britannique :
- Adrian Wells, Ph.D. : Professeur titulaire de psychologie clinique à la Division de Psychologie et des Sciences de la Santé Mentale de l’Université de Manchester (Royaume-Uni), et professeur clinicien consultant honoraire auprès du Greater Manchester Mental Health NHS Foundation Trust. Adrian Wells est le créateur pionnier de la thérapie métacognitive (Metacognitive Therapy, MCT) et coauteur fondateur avec Gerald Matthews du modèle d’autorégulation exécutive (S-REF).
- Sam Cartwright-Hatton, D.Phil., D.Clin.Psy. : Professeure de recherche clinique en psychologie de l’enfant et de la famille à l’École de Psychologie de l’Université de Sussex (Royaume-Uni). Ses travaux pionniers avec Wells au tournant des années 1990 et 2000 ont posé les fondations empiriques de l’évaluation standardisée des métacognitions dans les troubles anxieux tant chez l’adulte que chez l’enfant et l’adolescent.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du MCQ-30 est d’opérationnaliser et de quantifier de manière standardisée les croyances métacognitives, les processus d’autosurveillance attentionnelle et les jugements réflexifs qu’un individu porte sur son propre fonctionnement cognitif. Contrairement aux approches cognitives classiques issues des travaux d’Aaron T. Beck — qui se focalisent prioritairement sur le contenu de premier ordre des pensées automatiques négatives (par exemple : « Je vais échouer », « Cette situation est dangereuse ») —, l’approche métacognitive postule que ce n’est pas la présence de pensées intrusives négatives en soi qui engendre et pérennise la détresse psychologique, mais plutôt la façon dont l’individu interprète, surveille et tente de réguler ces pensées (les croyances de second ordre).
Dans cette perspective, le MCQ-30 répond à plusieurs impératifs cliniques et théoriques majeurs :
- L’identification du profil métacognitif dysfonctionnel : Le questionnaire permet de cartographier avec précision la constellation des croyances explicites et implicites qui sous-tendent les stratégies de coping inadaptées d’un patient. Il quantifie notamment l’adhésion à des croyances positives quant à l’utilité fonctionnelle de l’inquiétude et de la rumination, ainsi que le poids des croyances négatives catastrophistes qui transforment ces mêmes états internes en menaces psychologiques perçues comme incontrôlables et biologiquement destructrices.
- La désintrication des processus du Syndrome Cognitif Attentionnel (CAS) : En clinique, le MCQ-30 sert à objectiver l’activation du CAS, une constellation pathologique caractérisée par une inquiétude répétitive prolongée (worry), une rumination dépressive stérile, une focalisation attentionnelle exacerbée sur la détection des signaux de menace (threat monitoring) et le déploiement de stratégies de contrôle mental paradoxalement contre-productives (comme la suppression de pensée).
- La conceptualisation de cas en Thérapie Métacognitive (TMC) : L’outil fournit au psychothérapeute les variables cibles requises pour élaborer une formulation de cas rigoureuse. L’identification des scores aux cinq sous-échelles oriente directement les interventions de restructuration métacognitive, la défocalisation attentionnelle (Attention Training Technique, ATT) et l’expérimentation comportementale visant la désactivation du mode de traitement « objet » au profit du mode « métacognitif » (ou detached mindfulness).
- L’évaluation des trajectoires de traitement et la prévention des rechutes : De nombreuses recherches ont démontré que la persistance de scores élevés au MCQ-30 — en particulier sur l’échelle des croyances négatives d’incontrôlabilité — constitue un facteur prédictif robuste de vulnérabilité résiduelle et de rechute symptomatique ultérieure dans les troubles dépressifs récurrents, le trouble d’anxiété généralisée (TAG) et le trouble obsessionnel-compulsif (TOC), même lorsque la symptomatologie affective manifeste semble transitoirement résolue.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par le MCQ-30 est la métacognition appliquée à la psychopathologie. La métacognition renvoie au système cognitif complexe dédié au suivi (monitoring), à l’interprétation, à l’évaluation et à la régulation des états et processus mentaux internes. L’architecture factorielle du MCQ-30 saisit ce construit multidimensionnel à travers cinq sous-échelles complémentaires composées chacune de 6 items :
1. Croyances positives sur l’inquiétude (Positive Beliefs about Worry)
Cette dimension évalue le degré auquel le sujet perçoit l’activité d’inquiétude (worrying) comme une stratégie cognitive fonctionnelle, protectrice et indispensable à son adaptation. L’individu adhère à l’idée que s’inquiéter de manière préventive permet de résoudre des problèmes complexes, d’anticiper les dangers futurs, d’éviter les déceptions affectives, de maintenir son organisation personnelle ou de travailler efficacement. Au niveau clinique, ces croyances positives agissent comme un déclencheur métacognitif direct : face à une pensée intrusive (« Et si je perdais mon emploi ? »), le sujet sélectionne activement et volontairement l’inquiétude comme plan d’action de coping.
2. Croyances négatives sur l’incontrôlabilité et le danger (Negative Beliefs about Worry concerning Uncontrollability and Danger)
Considérée comme la sous-échelle la plus étroitement corrélée à la détresse psychologique aiguë et à l’anxiété pathologique, cette dimension mesure la conviction que les pensées d’inquiétude sont intrinsèquement incontrôlables, permanentes et lourdes de conséquences catastrophiques. Le sujet croit fermement qu’une fois la chaîne d’inquiétude amorcée, il lui sera impossible de l’interrompre par sa seule volonté (« Quand je commence à m’inquiéter, je ne peux plus m’arrêter »). Parallèlement, ces pensées sont perçues comme une menace vitale pour l’intégrité biologique et mentale : le sujet craint que s’inquiéter de la sorte ne finisse par le rendre gravement malade ou complètement fou (dangerosité somatique et psychique de la métacognition).
3. Confiance cognitive (Cognitive Confidence)
Cette sous-échelle mesure le manque de confiance subjectif de l’individu envers le fonctionnement de ses propres capacités de traitement de l’information, et tout particulièrement envers l’efficacité de sa mémoire épisodique, de sa mémoire des noms, des lieux et de ses actions accomplies. Il ne s’agit généralement pas d’un déficit mnésique neurobiologique avéré, mais d’une méta-évaluation défavorable et perfectionniste de ses propres performances cognitives. En psychopathologie, un faible niveau de confiance cognitive alimente directement les conduites de vérification compulsives (typiques du TOC) et la nécessité compulsive de repasser en revue ses actions mentales passées.
4. Besoin de contrôle des pensées (Beliefs about the Need to Control Thoughts)
Cette composante évalue les croyances rigides et normatives relatives à la nécessité impérative de maîtriser, censurer ou supprimer certaines pensées jugées inacceptables, dangereuses ou moralement condamnables. Elle saisit des dimensions de responsabilité exagérée et de culpabilité rétrospective (« Si je ne contrôlais pas une pensée d’inquiétude et que cela arrivait, ce serait de ma faute »), des conceptions magiques ou morales (« Avoir certaines pensées est un péché / une mauvaise chose », « Ne pas être capable de contrôler ses pensées est un signe de faiblesse »), et la peur d’être puni pour des contenus idéiques involontaires. Ces croyances conduisent à des efforts d’évitement cognitif qui, par effet rebond, exacerbent les intrusions initiales.
5. Conscience de soi cognitive (Cognitive Self-Consciousness)
Cette dimension mesure la propension dispositionnelle de l’individu à diriger de manière continue et vigilante son attention vers l’intérieur de son propre esprit, scrutant, examinant et évaluant activement ses pensées en cours de formation (« Je surveille mes pensées », « Je suis constamment attentif à la façon dont mon esprit fonctionne »). Loin d’être une simple introspection bienveillante, cette autosurveillance hypervigilante surcharge les ressources attentionnelles exécutives et maintient l’appareil psychique focalisé sur les fluctuations infimes de l’activité cognitive, alimentant ainsi le cycle d’inquiétude et de rumination.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le socle conceptuel sur lequel repose le MCQ-30 est le modèle S-REF (Self-Regulatory Executive Function), élaboré au début des années 1990 par Adrian Wells et Gerald Matthews (Wells & Matthews, 1994, 1996). Le modèle S-REF s’inscrit au sein du courant de la psychologie cognitive du traitement de l’information, tout en opérant une rupture paradigmatique majeure avec les modèles cognitifs traditionnels de première et deuxième vagues.
L’architecture S-REF postule l’existence d’une organisation cognitive hiérarchisée en trois niveaux distincts en interaction constante :
- Le niveau inférieur (automatique et pré-attentionnel) : Il fonctionne de manière non consciente et indépendante de l’effort volontaire. C’est à ce niveau que sont générés les stimuli intrusifs initiaux, tels que les pensées automatiques spontanées, les images mnésiques flash ou les sensations somatiques transitoires. Chez tout individu sain, ces déclencheurs traversent régulièrement l’esprit sans conséquences pathologiques.
- Le niveau intermédiaire (exécutif, conscient et autorégulateur) : Il s’agit du niveau où s’exerce le traitement actif, sollicitant les ressources attentionnelles à capacité limitée. Lorsqu’une intrusion du niveau inférieur franchit le seuil de la conscience, le niveau exécutif est chargé de mobiliser des stratégies d’adaptation (coping) visant à restaurer un sentiment de sécurité et de cohérence personnelle. Dans la psychopathologie, ce niveau est détourné et capté par le Syndrome Cognitif Attentionnel (CAS).
- Le niveau supérieur (connaissances et croyances métacognitives stockées en mémoire à long terme) : Il renferme le « système d’exploitation » de l’esprit, c’est-à-dire l’ensemble des connaissances déclaratives (explicites) et procédurales (implicites) qu’une personne détient au sujet de ses propres processus cognitifs. Ces croyances sont précisément celles que quantifie le MCQ-30.
Le dysfonctionnement psychologique s’amorce lorsque les croyances métacognitives stockées en mémoire à long terme pilotent une activation inadaptée du niveau exécutif. Dès lors qu’une pensée intrusive survient (ex. : « Et si je tombais gravement malade ? »), des croyances métacognitives positives sont activées (« Si je m’inquiète méthodiquement pendant des heures, je pourrai prévenir cette maladie »). L’individu s’engage alors délibérément dans un épisode prolongé d’inquiétude (pensée répétitive verbale négative orientée vers l’anticipation d’issues catastrophiques).
Cependant, à mesure que l’inquiétude se prolonge sans apporter de résolution absolue, elle active en retour les croyances métacognitives négatives (« Cette inquiétude me ronge, je perds le contrôle de mon esprit, je vais faire une crise cardiaque ou devenir fou »). Cette interprétation de danger métacognitif génère une seconde vague d’anxiété massive — désignée sous le terme de méta-inquiétude (ou worry about worry). En réaction à cette menace perçue d’effondrement mental ou somatique, le sujet déploie des stratégies de neutralisation dysfonctionnelles : contrôle rigide de ses pensées, évitement situationnel, recherche excessive de réassurance et autosurveillance interne constante (alimentée par la conscience de soi cognitive et le manque de confiance cognitive). Ces stratégies bloquent le traitement émotionnel naturel, épuisent les fonctions exécutives et maintiennent le patient piégé au sein du CAS.
7. Validité / Validity
L’évaluation des propriétés psychométriques de validité du MCQ-30 a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques menées dans de multiples contextes transculturels, incluant des échantillons communautaires non cliniques ainsi que des cohortes psychiatriques lourdes souffrant de troubles dépressifs caractérisés, de phobies sociales, d’états de stress post-traumatique, de trouble d’anxiété généralisée, de trouble panique, d’addictions comportementales et de troubles obsessionnels-compulsifs.
Validité de construit et validité factorielle
Dans l’étude princeps de Wells et Cartwright-Hatton (2004), menée auprès d’un échantillon normatif adulte issu de la communauté (N = 182), l’analyse factorielle exploratoire (AFE) avec rotation oblique a mis en évidence une solution à cinq facteurs distincts expliquant plus de 50 % de la variance totale des scores. Cette structure a été systématiquement confirmée lors d’études ultérieures par analyse factorielle confirmatoire (AFC) dans de multiples pays (notamment en France, Italie, Turquie, Espagne, Japon, Corée et Australie), démontrant l’invariance structurelle robuste de la métacognition à travers différentes cultures.
Validité convergente
La validité convergente du MCQ-30 a été démontrée par l’analyse des corrélations bivariées et semi-partielles avec une large batterie d’instruments psychométriques standardisés :
- Inquiétude pathologique : Le score total du MCQ-30 ainsi que les sous-échelles de croyances positives et de croyances négatives présentent des corrélations positives statistiquement très hautement significatives (r variant de 0,55 à 0,73, p < 0,001) avec le Penn State Worry Questionnaire (PSWQ ; Meyer et al., 1990).
- Anxiété-trait : Des corrélations substantielles (r compris entre 0,48 et 0,68) sont régulièrement observées avec l’inventaire d’anxiété état-trait de Spielberger (STAI-Trait), confirmant que les croyances métacognitives constituent un substrat cognitif direct de la prédisposition anxieuse.
- Symptomatologie obsessionnelle-compulsive : La sous-échelle « Confiance cognitive » (mesurant la défiance vis-à-vis de sa propre mémoire) et la sous-échelle « Besoin de contrôler les pensées » sont fortement corrélées aux sous-échelles de vérification et de doute compulsif de l’inventaire d’obsessions-compulsions révisé (OCI-R) et de l’inventaire de Padoue (Padua Inventory).
- Dépression et rumination : Le MCQ-30 présente des liens étroits avec l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI-II ; r typiquement compris entre 0,42 et 0,60) ainsi qu’avec la Ruminative Responses Scale (RRS), démontrant que la métacognition négative alimente conjointement les processus ruminatifs et l’affect dépressif.
Validité prédictive et incrémentale
L’un des apports majeurs du MCQ-30 réside dans sa validité incrémentale prouvée. Des études de régression hiérarchique ont montré à maintes reprises que les sous-échelles du MCQ-30 — et tout particulièrement la dimension des « Croyances négatives sur l’incontrôlabilité et le danger » — expliquent une part de variance unique et significative des niveaux d’anxiété et de dépression, même après avoir contrôlé statistiquement l’impact des pensées automatiques négatives de premier ordre, du perfectionnisme névrotique, ou du niveau d’anxiété basale. De plus, dans des protocoles longitudinaux, les scores au MCQ-30 prédisent l’apparition future d’épisodes anxio-dépressifs en réponse à des stresseurs de vie aigus, confirmant le statut de la métacognition comme marqueur de vulnérabilité cognitive pérenne.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique du MCQ-30 a été minutieusement établie tant sous l’angle de la cohérence interne que de la stabilité temporelle (test-retest).
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon normatif initial de développement (Wells & Cartwright-Hatton, 2004), les coefficients alpha de Cronbach calculés ont attesté d’une remarquable homogénéité des items :
- Échelle globale (MCQ-30 Total) : α = 0,93
- Croyances positives sur l’inquiétude : α = 0,92
- Croyances négatives d’incontrôlabilité et danger : α = 0,81
- Confiance cognitive : α = 0,84
- Besoin de contrôle des pensées : α = 0,72
- Conscience de soi cognitive : α = 0,72
Ces résultats ont été largement répliqués dans les versions validées à travers le monde. Par exemple, l’adaptation et validation en langue française menée par Bouvard et ses collaborateurs (2007) a mis en évidence des coefficients alpha de Cronbach compris entre 0,74 et 0,89 pour les différentes sous-échelles, confirmant une homogénéité interne satisfaisante pour un usage en recherche comme en pratique clinique individuelle.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle des scores a été évaluée au moyen de corrélations de Pearson et de coefficients de corrélation intraclasse (CCI) sur des intervalles temporels variant de 4 à 8 semaines chez des participants n’ayant pas reçu d’intervention thérapeutique :
- Pour le score global du MCQ-30, le coefficient test-retest s’établit à r = 0,75 (p < 0,001), témoignant d’une excellente stabilité dispositionnelle du construit chez l’adulte.
- Au niveau des sous-échelles, les coefficients de corrélation se distribuent comme suit : Croyances positives (r = 0,79) ; Confiance cognitive (r = 0,83) ; Conscience de soi cognitive (r = 0,77) ; Besoin de contrôle (r = 0,73).
- La sous-échelle des « Croyances négatives d’incontrôlabilité et danger » présentait dans l’étude princeps une stabilité test-retest légèrement plus modérée (r = 0,59), ce qui reflète la sensibilité accrue de cette dimension particulière aux fluctuations contextuelles du niveau de stress et de l’état émotionnel aigu du sujet lors de la seconde passation.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La validation structurale du MCQ-30 représente un modèle d’ingénierie psychométrique, conçu précisément pour épurer la version d’origine en 65 items (MCQ-65) qui comportait certaines redondances sémantiques et une charge cognitive excessive pour les patients en détresse clinique aiguë.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la phase de réduction des données (Wells & Cartwright-Hatton, 2004), les items du MCQ original ont été soumis à une extraction en facteurs principaux suivie d’une rotation oblimin directe (supposant que les dimensions métacognitives théoriques sous-jacentes sont corrélées entre elles). Les critères d’inclusion pour la sélection finale des 30 items comprenaient :
- Une saturation factorielle primaire élevée (généralement > 0,50) sur son facteur théorique cible.
- L’absence de saturation secondaire croisée significative (cross-loading < 0,30 sur les autres facteurs).
- Une contribution substantielle à la cohérence interne globale de la sous-échelle sans redondance syntaxique.
- La sélection stricte des 6 meilleurs items par facteur pour aboutir à un questionnaire parfaitement équilibré de 30 questions.
La solution finale à 5 facteurs obliques a permis d’expliquer 53,7 % de la variance totale dans l’échantillon normatif initial, avec des saturations factorielles nettes comprises majoritairement entre 0,54 et 0,84, sans ambiguïté structurelle.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et modèles concurrents
Les investigations confirmatoires contemporaines menées à travers le monde (Spada et al., 2008 ; Fergus & Bardeen, 2017) ont testé et comparé plusieurs modèles factoriels concurrents par modélisation d’équations structurelles (SEM) :
- Modèle unifactoriel : L’hypothèse d’une dimension métacognitive indifférenciée a été systématiquement rejetée en raison d’indices d’adéquation très dégradés (RMSEA > 0,14 ; CFI < 0,65).
- Modèle à 5 facteurs orthogonaux : Rejeté en raison de l’intercorrélation naturelle entre les sous-dimensions (RMSEA > 0,09 ; CFI < 0,80).
- Modèle à 5 facteurs obliques corrélés : Ce modèle présente un ajustement très satisfaisant aux données empiriques dans la grande majorité des études, répondant aux standards stricts de Hu et Bentler : $\chi^2/df$ < 2,5 ; Comparative Fit Index (CFI) ≥ 0,92 à 0,96 ; Tucker-Lewis Index (TLI) ≥ 0,91 à 0,95 ; Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) ≤ 0,045 à 0,062 (avec intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,07) ; et Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) ≤ 0,055.
- Modèle hiérarchique / bifactoriel : Plusieurs analyses récentes appuient également l’existence d’un facteur métacognitif général (Facteur G) qui capture le dysfonctionnement métacognitif global, tout en maintenant la spécificité incrémentale des 5 facteurs de premier ordre, ce qui justifie formellement le calcul conjoint d’un score total et des 5 sous-scores distincts en clinique.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Questionnaire de Métacognition-30 est une échelle standardisée dont les paramètres d’administration et de calcul sont précisément définis :
- Type de test : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report measure).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée / numérique sécurisée.
- Nombre d’items : 30 énoncés formulés à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert authentique à 4 points :
- 1 = Pas d’accord (Do not agree)
- 2 = Légèrement d’accord (Agree slightly)
- 3 = Modérément d’accord (Agree moderately)
- 4 = Tout à fait d’accord (Agree very much)
- Règles de cotation (Scoring) :
- Tous les items sont cotés directement de 1 à 4 selon la valeur cochée par le répondant.
- Aucun item inversé (no reverse-scored items) : tous les items s’additionnent directement.
- Le score global (MCQ-30 Total) s’obtient par la somme des 30 items, avec une amplitude théorique allant de 30 à 120 points. Des scores élevés traduisent des niveaux plus sévères de métacognitions dysfonctionnelles.
- Sous-échelles et calcul des dimensions (6 items par sous-échelle, score de 6 à 24) :
- Croyances positives sur l’inquiétude (Positive Beliefs about Worry) : Somme des items 1, 7, 10, 19, 23 et 28.
- Croyances négatives sur l’incontrôlabilité et le danger (Negative Beliefs about Uncontrollability and Danger) : Somme des items 2, 4, 9, 11, 15 et 21.
- Manque de confiance cognitive (Cognitive Confidence) : Somme des items 8, 14, 17, 24, 26 et 29.
- Besoin de contrôler les pensées (Need to Control Thoughts) : Somme des items 6, 13, 20, 22, 25 et 27.
- Conscience de soi cognitive (Cognitive Self-Consciousness) : Somme des items 3, 5, 12, 16, 18 et 30.
- Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes, ce qui le rend particulièrement adapté pour un suivi régulier séance par séance.
- Interprétation clinique : L’analyse s’effectue en comparant les scores bruts aux normes en percentiles publiées par Wells et Cartwright-Hatton (2004). En règle générale, un score brut situé au-delà du 75e ou 80e percentile de la population générale signale une rigidité métacognitive cliniquement significative nécessitant une exploration ciblée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’instrument a été publié sous sa forme définitive en 2004 dans la revue scientifique internationale à comité de lecture Behaviour Research and Therapy.
- Année de parution : 2004 (faisant suite au MCQ original publié en 1997).
- Statut des droits et conditions d’utilisation : Les droits de publication de l’article princeps sont détenus par les auteurs et la maison d’édition scientifique Elsevier Ltd.. Néanmoins, conformément à l’usage académique établi par le Pr Adrian Wells et les standards internationaux en recherche psychologique, le MCQ-30 est accessible gratuitement pour la pratique clinique individuelle, l’enseignement universitaire et la recherche académique non commerciale, sous réserve de citer scrupuleusement la référence originale de Wells et Cartwright-Hatton (2004).
- Tarifs : Aucun coût d’utilisation, redevance ou redevance de licence n’est exigé pour une utilisation standard en contexte clinique ou universitaire. Toute intégration au sein d’une plateforme logicielle commerciale, d’un essai clinique sponsorisé par l’industrie pharmaceutique ou d’un dispositif marchand nécessite une autorisation formelle préalable auprès des ayants droit.
12. Références / References
Les publications académiques de référence ci-dessous constituent le socle scientifique de la conception, de la modélisation théorique et de la validation transculturelle du MCQ-30 :
- Bouvard, M., Denis, A., & Roulin, J. L. (2007). Étude préliminaire de l’adaptation française du questionnaire de métacognition (MCQ-30) de Wells et Cartwright-Hatton. European Review of Applied Psychology / Revue Européenne de Psychologie Appliquée, 57(4), 227-234. https://doi.org/10.1016/j.erap.2007.02.001
- Cartwright-Hatton, S., & Wells, A. (1997). Beliefs about worry and intrusions: The Meta-Cognitions Questionnaire and its correlates. Journal of Anxiety Disorders, 11(3), 279-296. https://doi.org/10.1016/S0887-6185(97)00011-X
- Fergus, T. A., & Bardeen, J. R. (2017). The Metacognitions Questionnaire-30: An examination of a bifactor model and measurement invariance across sexes. Assessment, 26(2), 223-234. https://doi.org/10.1177/1073191117693922
- Meyer, T. J., Miller, M. L., Metzger, R. L., & Borkovec, T. D. (1990). Development and validation of the Penn State Worry Questionnaire. Behaviour Research and Therapy, 28(6), 487-495. https://doi.org/10.1016/0005-7967(90)90135-6
- Spada, M. M., Mohiyeddini, C., & Wells, A. (2008). Measuring metacognitions associated with emotional distress: Factor structure and predictive validity of the Metacognitions Questionnaire-30. Personality and Individual Differences, 45(3), 238-242. https://doi.org/10.1016/j.paid.2008.04.005
- Wells, A. (2000). Emotional Disorders and Metacognition: Innovative Cognitive Therapy. John Wiley & Sons.
- Wells, A. (2009). Metacognitive Therapy for Anxiety and Depression. Guilford Press.
- Wells, A., & Cartwright-Hatton, S. (2004). A short form of the metacognitions questionnaire: Properties of the MCQ-30. Behaviour Research and Therapy, 42(4), 385-396. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(03)00147-5
- Wells, A., & Matthews, G. (1994). Attention and Emotion: A Clinical Perspective. Lawrence Erlbaum Associates.
- Wells, A., & Matthews, G. (1996). Modelling cognition in emotional disorder: The S-REF model. Behaviour Research and Therapy, 34(11-12), 881-888. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(96)00050-2