1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire de classification du style d’attachement pour enfants d’âge de latence (connu sous l’acronyme anglophone Attachment Style Classification Questionnaire for Latency Age Children ou ASCQ) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu spécifiquement par la chercheuse Ricky Finzi-Dottan et ses collaborateurs (Finzi et al., 1996, 2000). Ce dispositif quantitatif a été élaboré pour opérationnaliser et évaluer empiriquement les modèles internes opérants et les représentations relationnelles chez les enfants se situant dans la phase dite de latence développementale, s’étendant généralement de 7 ou 8 ans jusqu’au seuil de l’adolescence (environ 12 ans). L’instrument constitue une adaptation directe pour la population infantile de la version hébraïque (Mikulincer, Florian & Tolmacz, 1990) du modèle paradigmatique de classification tripartite développé originellement par Cindy Hazan et Phillip Shaver (1987) pour les adultes, lui-même ancré dans les découvertes pionnières de Mary Ainsworth et John Bowlby.
Sur le plan structurel, l’ASCQ comprend un total de 15 items rédigés dans un style cognitif et linguistique rigoureusement calibré pour les enfants d’âge scolaire primaire. Les items sont distribués de manière équilibrée sur trois dimensions factorielles principales comprenant chacune 5 énoncés : l’attachement sécure, l’attachement anxieux/ambivalent et l’attachement évitant. Chaque proposition est évaluée à l’aide d’une échelle de réponse de type Likert en 5 points graduée de 1 (« Pas du tout vrai » / All wrong) à 5 (« Tout à fait vrai » / Very right), favorisant ainsi une appréhension intuitive de l’accord subjectif par l’enfant. Selon les contextes de recherche et les postulats théoriques adoptés, l’outil peut être administré selon une approche catégorielle (classification de l’enfant dans son profil dominant) ou selon une approche dimensionnelle et continue évaluant deux grands axes structuraux orthogonaux : l’anxiété d’abandon et l’évitement de l’intimité, conformément aux modélisations de Brennan, Clark et Shaver (1998) ainsi que de Fraley et Spieker (2003).
Les propriétés psychométriques de l’ASCQ ont fait l’objet d’investigations exhaustives dans diverses cohortes pédiatriques, incluant des enfants issus de la population générale, des enfants souffrant de troubles psychiatriques comme le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), ainsi que des populations à haut risque psychosocial telles que les mineurs victimes de maltraitance physique, de négligence grave ou vivant auprès de parents toxicomanes. Les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) oscillent habituellement entre 0,70 et 0,86 selon les sous-échelles, témoignant d’une excellente consistance interne pour un instrument destiné à cette tranche d’âge. La validité convergente, la validité discriminante et la fidélité test-retest ont été confirmées à maintes reprises, établissant l’ASCQ comme un étalon méthodologique incontournable pour la recherche en psychologie du développement et la pratique pédopsychiatrique.
2. Mots-clés / Keywords
Attachement chez l’enfant, théorie de l’attachement, période de latence, styles d’attachement, attachement sécure, attachement anxieux-ambivalent, attachement évitant, psychométrie pédiatrique, modèles internes opérants, évaluation de l’attachement, maltraitance infantile, relations entre pairs.
3. Auteurs / Authors
Le développement et la validation du Attachment Style Classification Questionnaire for Latency Age Children sont principalement attribués à la Professeure Ricky Finzi-Dottan, chercheuse émérite et clinicienne affiliée à l’École de travail social Louis et Gabi Weisfeld de l’Université Bar-Ilan (Ramat Gan, Israël). Spécialiste mondialement reconnue des dynamiques familiales, de la parentalité à risque, des répercussions psychologiques de la maltraitance et de la théorie de l’attachement à travers le cycle de vie, elle a dirigé l’élaboration théorique et les premières expérimentations cliniques de l’instrument.
L’opérationnalisation psychométrique de l’outil et ses applications cliniques approfondies ont été conduites en étroite synergie avec d’éminents psychiatres et chercheurs en santé mentale infantile de l’Université de Tel-Aviv et du centre de santé mentale Geha (Petah Tikva, Israël) :
- Ricky Finzi-Dottan, Ph.D. : Chaire de recherche sur la résilience familiale et le développement de l’enfant, École de travail social, Université Bar-Ilan, Israël. Courriel académique : finzir[at]biu.ac.il.
- Abraham Weizman, M.D. : Professeur de psychiatrie, directeur de l’Unité de recherche en psychiatrie biologique au Centre de santé mentale Geha et à la Faculté de médecine Sackler, Université de Tel-Aviv, Israël.
- Orna Cohen, Ph.D. : Chercheuse et spécialiste des interactions familiales, École de travail social Bob Shapell, Université de Tel-Aviv.
- Yael Sapir, M.A. : Psychologue clinicienne pour enfants, Unité de pédopsychiatrie, Centre de santé mentale Geha.
- Dan Shnit, Ph.D. et Dov Har-Even, Ph.D. : Chercheurs au Département de psychologie et à l’École de travail social de l’Université Bar-Ilan et de l’Université de Tel-Aviv.
4. Objectif / Purpose
Le Questionnaire de classification du style d’attachement pour enfants d’âge de latence (ASCQ) a été élaboré pour combler un vide méthodologique majeur dans l’évaluation psychologique des enfants âgés de 7 à 12 ans. Historiquement, l’étude empirique de l’attachement s’est concentrée sur deux grandes étapes de la vie : la petite enfance (au moyen du protocole d’observation en laboratoire de la Strange Situation de Mary Ainsworth) et l’adolescence ou l’âge adulte (à travers l’entretien semi-structuré Adult Attachment Interview [AAI] développé par George, Kaplan et Main, ou des inventaires auto-rapportés tels que l’Experiences in Close Relationships [ECR]). L’âge scolaire intermédiaire — qualifié en psychanalyse freudienne et en psychologie développementale de période de latence — a longtemps souffert d’un déficit d’outils standardisés, rapides et peu invasifs permettant de mesurer directement les dispositions relationnelles de l’enfant.
Sur le plan fondamental, l’objectif primordial de l’ASCQ est d’évaluer la manière dont les représentations d’attachement primaires, initialement forgées au contact des figures parentales (caregivers), ont été intériorisées sous la forme de « modèles internes opérants » (Internal Working Models [IWM]) et généralisées au monde social plus large, notamment à la sphère des pairs et des amis proches. Durant la période de latence, l’enfant effectue une transition cruciale où l’école et le groupe d’égaux deviennent des théâtres privilégiés d’expérimentation socio-affective. L’ASCQ permet ainsi de cartographier la perception qu’a l’enfant de sa propre valeur affective, sa confiance envers la disponibilité d’autrui, sa tolérance à l’intimité relationnelle et ses réactions face à l’angoisse de séparation ou au rejet social.
Dans le domaine de la recherche clinique et épidémiologique, l’ASCQ sert d’instrument pivot pour documenter l’impact psychopathologique de divers contextes d’adversité précoce. Les travaux fondateurs de Finzi-Dottan et de son équipe ont illustré son utilité pour élucider les altérations de l’attachement consécutives aux violences physiques intra-familiales, aux carences éducatives et négligences graves (Finzi et al., 2001, 2002), ainsi qu’à la présence d’une toxicomanie parentale paternelle (Finzi et al., 2003 ; Finzi-Dottan et al., 2006). L’outil s’est également révélé indispensable pour étudier l’interaction complexe entre la neurobiologie, le tempérament de l’enfant et les pratiques parentales dans l’émergence des styles insécures, notamment chez les enfants présentant un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (Finzi-Dottan, Manor & Tyano, 2006).
Sur le plan de l’application clinique individuelle, l’ASCQ offre aux psychologues d’enfants, aux pédopsychiatres et aux intervenants sociaux un moyen standardisé de dépister les vulnérabilités relationnelles, de guider la planification des psychothérapies individuelles ou familiales, et de mesurer l’efficacité des interventions thérapeutiques visant à restaurer un sentiment de sécurité affective chez des mineurs institutionnalisés, placés en famille d’accueil ou suivis en pédopsychiatrie ambulatoire.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique évalué par l’ASCQ repose sur la triade classique des configurations d’attachement individualisées par Mary Ainsworth (1978), transposée aux cognitions et aux interactions sociales de l’enfant d’âge scolaire. Chaque sous-échelle matérialise une stratégie cognitive, affective et comportementale distincte régulant l’accès à la proximité, la gestion de la détresse et l’évaluation de soi et des autres.
5.1. L’attachement sécure (Secure Attachment)
La sous-échelle de l’attachement sécure (items 1, 3, 7, 10 et 15) traduit un modèle interne opérant harmonieux où le soi est perçu comme intrinsèquement digne d’amour, et autrui comme fondamentalement bienveillant, digne de confiance et disponible. Les enfants affichant des scores élevés sur cette dimension manifestent une aisance sociale naturelle, une capacité à former des liens d’amitié réciproques et une absence de méfiance pathologique. Face aux difficultés, ces enfants n’hésitent pas à s’appuyer sur leurs amis proches tout en acceptant volontiers que leurs pairs comptent sur eux (ex. : item 3, « It is easy for me to depend on others, if they’re good friends of mine » ; item 7, « It’s all right with me if good friends trust and depend on me »). Ils possèdent une foi robuste dans la pérennité du lien et ne redoutent pas d’être abandonnés lors d’éloignements temporaires (item 10, « I usually believe that others who are close to me will not leave me »). De surcroît, la proximité physique ou émotionnelle d’autrui ne suscite chez eux aucune anxiété défensive (item 15, « Usually, when anyone tries to get too close to me it does not bother me »).
5.2. L’attachement anxieux/ambivalent (Anxious/Ambivalent Attachment)
Cette composante (items 5, 6, 9, 11 et 14) reflète une hyperactivation chronique du système d’attachement, caractérisée par une vigilance excessive aux signaux d’abandon, de rejet ou de perte d’attention. L’enfant présentant un profil anxieux nourrit un sentiment aigu de dévalorisation personnelle, couplé à un désir fusionnel, parfois étouffant, de contact avec ses pairs (item 6, « I’d like to be really close to some children and always be with them »). La dynamique émotionnelle est dominée par la crainte constante d’être exclu du groupe ou d’être marginalisé (item 5, « Sometimes I’m afraid that other kids won’t want to be with me ») et par un doute existentiel angoissant quant à l’affection que les autres lui portent (item 11, « I’m sometimes afraid that no one really loves me »). Ces enfants éprouvent fréquemment une dissymétrie douloureuse dans leurs relations, percevant un décalage entre leur propre désir d’intimité et celui d’autrui (item 9, « I sometimes feel that others don’t want to be good friends with me as much as I do with them »), ce qui aboutit souvent à un sentiment d’évitement de la part des pairs (item 14).
5.3. L’attachement évitant (Avoidant Attachment)
La dimension d’attachement évitant (items 2, 4, 8, 12 et 13) découle d’une stratégie de désactivation défensive du système d’attachement, née le plus souvent d’expériences précoces de rejet, d’insensibilité ou d’intrusivité de la part des figures d’attachement. Chez ces enfants, la proximité affective est perçue non comme une source de réconfort mais comme une menace potentielle contre leur autonomie psychologique ou leur intégrité émotionnelle. Ils rapportent d’importantes difficultés à s’ouvrir à leurs camarades et une gêne marquée lors de la création de nouveaux liens (item 2, « I don’t feel comfortable trying to make friends »). Ils réagissent avec agacement ou inconfort lorsque d’autres tentent de franchir leurs barrières défensives (item 4, « Sometimes others get too friendly and too close to me » ; item 12, « I find it uncomfortable and get annoyed when someone tries to get too close to me »). Une méfiance fondamentale sous-tend l’ensemble de leurs représentations d’autrui, y compris envers les individus identifiés comme étant des amis proches (item 8, « It’s hard for me to trust others completely » ; item 13, « It’s hard for me to really trust others, even if they’re good friends of mine »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre conceptuel de l’ASCQ s’enracine directement dans la théorie de l’attachement initialement formulée par le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby (1969, 1973, 1980) et opérationnalisée empiriquement par la psychologue américaine Mary Ainsworth et ses collègues (1978). Selon Bowlby, l’attachement humain est un système motivationnel inné, d’origine biologique et évolutionniste, destiné à réguler la proximité physique et affective avec une figure protectrice dans le but d’assurer la survie face aux dangers environnementaux.
Au fil des interactions récurrentes de la petite enfance, la qualité des soins parentaux (notamment la sensibilité, la contingence et la capacité de mentalisation de la mère ou du père) est intériorisée par le jeune enfant sous forme de « modèles internes opérants » (MIO). Ces schèmes cognitivo-affectifs agissent comme des structures de filtrage informationnel qui façonnent la mémoire autobiographique, orientent l’attention, dictent les anticipations relationnelles et influencent l’interprétation des comportements d’autrui.
L’apport déterminant de Cindy Hazan et Phillip Shaver (1987) a consisté à démontrer que ces patterns d’attachement infantile survivent à la petite enfance et structurent fondamentalement les relations affectives à l’âge adulte. En adaptant les trois grandes catégories d’Ainsworth (sécure, évitant, anxieux-ambivalent) sous la forme de paragraphes descriptifs auto-rapportés, Hazan et Shaver ont ouvert la voie à la mesure psychométrique directe des représentations relationnelles. Mikulincer, Florian et Tolmacz (1990) ont par la suite traduit et raffiné ces descriptions en Israël, décomposant les paragraphes globaux en items individuels d’évaluation dimensionnelle.
Ricky Finzi-Dottan et ses collaborateurs ont saisi l’importance de transposer ce paradigme à la période de latence. Du point de vue de la psychologie du développement, cette phase, théorisée à l’origine par Sigmund Freud puis réexaminée par des auteurs contemporains, se distingue par une maturation cognitive substantielle (l’accès aux opérations concrètes de Jean Piaget) qui confère à l’enfant la capacité réflexive d’auto-observation (introspection) et d’évaluation de son propre comportement social par comparaison avec autrui. Cependant, à cet âge, l’enfant n’est pas encore engagé dans des relations de couple amoureuses comme chez Hazan et Shaver ; l’univers des relations horizontales (amitiés, camaraderies, groupes scolaires) constitue son arène d’attachement secondaire par excellence. L’ASCQ a donc réécrit les postulats théoriques de l’attachement pour les inscrire dans la réalité phénoménologique quotidienne des enfants d’école primaire.
Parallèlement, le cadre théorique de l’ASCQ a intégré la rupture épistémologique introduite par Brennan, Clark et Shaver (1998) ainsi que Fraley et Waller (1998), qui contestent le cloisonnement strictement typologique de l’attachement. Dans les études ultérieures de Finzi-Dottan (notamment Finzi-Dottan, Manor & Tyano, 2006), l’instrument a été mobilisé à travers un prisme dimensionnel continu, postulant que l’attachement s’organise autour de deux dimensions orthogonales fondamentales :
- L’anxiété liée à l’attachement : degré auquel un individu craint le rejet, l’inattention, la solitude ou l’inconsistance affective de ses partenaires.
- L’évitement de l’attachement : degré auquel un individu se méfie de la proximité interpersonnelle, s’efforce de maintenir une autosuffisance compulsive et réprime ses besoins d’aide.
Dans cette architecture bidimensionnelle, les sujets sécures se caractérisent par de faibles niveaux simultanés d’anxiété et d’évitement, tandis que les profils insécures se distribuent selon des pondérations variables de ces deux axes.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de la validité de l’ASCQ repose sur un corpus empirique étendu, accumulé au cours de plusieurs décennies d’études portant sur des populations cliniques et non cliniques.
7.1. Validité de construit et validité convergente
La validité de construit de l’ASCQ a été établie par la concordance entre les scores des sous-échelles et divers indicateurs théoriquement liés au fonctionnement socio-émotionnel de l’enfant. Les recherches ont invariablement démontré que les enfants catégorisés comme « sécures » via l’ASCQ présentent une estime de soi significativement plus élevée, des compétences sociales supérieures rapportées par les enseignants, ainsi qu’une moindre détresse psychologique générale mesurée par des inventaires standardisés tels que le Child Behavior Checklist (CBCL) d’Achenbach.
À l’inverse, l’échelle d’anxiété de l’ASCQ corrèle positivement et fortement avec des mesures d’anxiété généralisée, d’anxiété de séparation clinique et de symptomatologie dépressive (Finzi et al., 2000). Les scores d’évitement montrent des corrélations convergentes significatives avec des traits de retrait social, d’alexithymie pédiatrique, d’inhibition émotionnelle et d’hostilité passive dans les cours de récréation.
7.2. Validité discriminante et études comparatives de groupes
L’une des preuves les plus robustes de la validité discriminante de l’ASCQ provient des études comparatives rigoureuses menées par Finzi et ses collègues auprès de populations pédiatriques maltraitées. Dans une étude devenue classique comparant 82 enfants victimes d’abus physiques confirmés, 43 enfants souffrant de négligence grave et 85 enfants témoins tout-venant appariés (Finzi, Ram, Har-Even, Shnit & Weizman, 2001), l’ASCQ a mis en évidence des profils hautement discriminants :
- Les enfants du groupe témoin présentaient majoritairement un style d’attachement sécure (près de 70 % de la cohorte).
- Les enfants physiquement maltraités manifestaient une prévalence spectaculaire d’attachement insécure-évitant, caractérisé par une méfiance radicale envers toute tentative de rapprochement et un refus de dépendre de quiconque.
- Les enfants négligés affichaient des scores disproportionnellement élevés d’attachement insécure-anxieux/ambivalent, reflétant un besoin désespéré de proximité mêlé à une peur permanente de l’abandon.
Ces divergences statistiques significatives (p < 0,001) ont persisté après contrôle strict du niveau socio-économique, attestant de l’aptitude précise du questionnaire à discriminer des étiologies relationnelles distinctes (Finzi et al., 2002). De plus, dans l’évaluation de familles marquées par l’addiction paternelle, l’ASCQ a isolé les répercussions émotionnelles spécifiques vécues par les enfants dont le père présente une dépendance aux opiacés (Finzi et al., 2003).
7.3. Indépendance dimensionnelle
Dans l’approche dimensionnelle continue validée par Finzi-Dottan, Manor et Tyano (2006) sur une cohorte d’enfants avec et sans TDAH, les analyses corrélationnelles de Pearson ont révélé que les scores globaux d’anxiété et d’évitement n’étaient pas corrélés de manière statistiquement significative (r = 0,32, p > 0,05 ou coefficients quasi-nuls selon les sous-groupes), confirmant que l’anxiété et l’évitement représentent deux dimensions orthogonales et indépendantes, validant l’architecture théorique préconisée par Brennan et al. (1998).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’ASCQ a été documentée tant en termes de cohérence interne (homogénéité des énoncés) que de stabilité temporelle (fidélité test-retest).
8.1. Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Bien que l’instrument ne comporte que cinq items par facteur — ce qui tend mécaniquement à abaisser la valeur numérique de l’alpha selon la formule de Spearman-Brown —, les indices de cohérence interne calculés dans les diverses publications de référence se situent à des niveaux méthodologiquement très satisfaisants :
- Sous-échelle Anxieuse / Ambivalente : Les valeurs de l’alpha de Cronbach rapportées oscillent régulièrement entre α = 0,78 et α = 0,85. Dans l’étude de Finzi-Dottan, Manor et Tyano (2006), la consistance interne atteignait α = 0,80.
- Sous-échelle Évitante : L’alpha de Cronbach fluctue typiquement entre α = 0,70 et α = 0,78 selon les échantillons. Dans Finzi-Dottan et al. (2006), l’alpha s’établissait précisément à α = 0,70.
- Sous-échelle Sécure : Les études fondatrices (Finzi et al., 1996, 2000) rapportent des coefficients oscillant entre α = 0,71 et α = 0,79.
Les corrélations item-total corrigées dépassent systématiquement le seuil critique conventionnel de 0,35, démontrant que chaque item participe significativement à la mesure de son construit d’appartenance.
8.2. Fidélité Test-Retest
La stabilité temporelle des scores de l’ASCQ a été examinée sur des intervalles de deux à quatre semaines au sein d’échantillons scolaires non cliniques. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de Pearson test-retest se situent entre r = 0,74 et r = 0,82 pour les trois sous-échelles, indiquant une stabilité satisfaisante des représentations d’attachement à court et moyen terme chez les enfants en phase de latence, tout en conservant la sensibilité nécessaire pour enregistrer des réorganisations affectives consécutives à des interventions psychothérapeutiques ciblées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La validité factorielle de l’ASCQ a été explorée à travers des analyses factorielles exploratoires (AFE) initiales, suivies d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) destinées à tester la robustesse du modèle tri-factoriel chez les enfants.
9.1. Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Lors de l’adaptation initiale de l’instrument (Finzi et al., 1996, 2000), les 15 items ont été soumis à une extraction en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) et rotation oblique (Promax ou Oblimin). Les résultats empiriques ont invariablement soutenu une solution à trois facteurs distincts avec des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0 (critère de Kaiser), expliquant conjointement plus de 52 % à 58 % de la variance totale des réponses selon les échantillons :
- Le Facteur 1 (Évitement) regroupe exclusivement les items 2, 4, 8, 12 et 13, avec des saturations factorielles (factor loadings) substantielles s’échelonnant généralement de 0,55 à 0,78.
- Le Facteur 2 (Anxiété / Ambivalence) rassemble les items 5, 6, 9, 11 et 14, présentant des saturations allant de 0,58 à 0,81.
- Le Facteur 3 (Sécurité) associe les items 1, 3, 7, 10 et 15, avec des saturations factorielles oscillant entre 0,51 et 0,75.
Aucune saturation croisée majeure (cross-loading > 0,30 sur un facteur secondaire) n’a été décelée, confirmant l’excellente clarté de structure de l’inventaire.
9.2. Analyses factorielles confirmatoires (AFC) et modélisation dimensionnelle
L’application ultérieure de modèles d’équations structurelles a validé l’adéquation du modèle trifactoriel par rapport à des modèles rivaux unifactoriels ou bifactoriels simples. Les indices d’ajustement globaux rapportés dans la littérature sont conformes aux standards méthodologiques recommandés : un indice de comparaison de Bentler (CFI) > 0,92, un indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,90 et une racine de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,06.
Dans l’optique dimensionnelle contemporaine défendue par Fraley et Spieker (2003) et opérationnalisée sur l’ASCQ par Finzi-Dottan et al. (2006), l’instrument peut également être modélisé selon une configuration où l’attachement sécure est conceptuellement représenté par l’absence d’élévation sur les deux dimensions fondamentales d’anxiété et d’évitement. Dans ce cadre, les items sécurisants inversés peuvent s’intégrer dans l’évaluation globale de la sécurité versus insécurité, confirmant la souplesse psychométrique de l’outil.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : Questionnaire de classification du style d’attachement pour enfants d’âge de latence (Attachment Style Classification Questionnaire for Latency Age Children — ASCQ).
- Nature psychométrique : Échelle d’auto-évaluation psychologique (auto-questionnaire papier-crayon ou administré numériquement).
- Population cible : Enfants scolarisés en âge de latence, typiquement de 7 à 12 ans (pouvant s’étendre de 6 ans sous assistance de lecture jusqu’à 13 ans).
- Durée approximative de passation : 10 à 15 minutes.
- Nombre total d’items : 15 énoncés rédigés à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points comprenant les ancres sémantiques suivantes :
- 1 = All wrong (Pas du tout vrai / Complètement faux)
- 2 = Wrong (Faux)
- 3 = A bit wrong/a bit right (Un peu faux / un peu vrai)
- 4 = Right (Vrai)
- 5 = Very right (Tout à fait vrai)
- Structure des sous-échelles :
- Attachement Sécure (Secure) : Items 1, 3, 7, 10, 15.
- Attachement Anxieux / Ambivalent (Anxious) : Items 5, 6, 9, 11, 14.
- Attachement Évitant (Avoidant) : Items 2, 4, 8, 12, 13.
- Méthodes de cotation et d’interprétation :
- Approche continue / dimensionnelle : Calcul de la moyenne des items constitutifs de chaque sous-échelle (somme des items divisée par 5), générant un score continu variant de 1,00 à 5,00 pour l’anxiété, l’évitement et la sécurité. Des scores plus élevés traduisent une expression plus aiguë de la dimension évaluée. Dans les travaux de Finzi-Dottan et al. (2006), l’accent est mis sur les deux dimensions orthogonales d’anxiété et d’évitement.
- Approche catégorielle / typologique : Attribution du profil d’attachement dominant selon la sous-échelle obtenant la moyenne la plus élevée parmi les trois configurations possibles (sécure, anxieux/ambivalent, évitant). En cas d’égalité stricte, un protocole d’examen qualitatif ou l’usage prioritaire des scores continus est requis.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : 1996 (premières validations cliniques) ; publications méthodologiques complètes en 2000 et 2001.
- Auteure principale détentrice des droits : Professeure Ricky Finzi-Dottan, Université Bar-Ilan, Israël.
- Statut des droits d’utilisation : L’ASCQ relève du domaine de la recherche académique ouverte (instrument mis à disposition de la communauté scientifique sans redevance commerciale, royalty-free for academic research and non-profit clinical use).
- Tarification : L’accès au questionnaire et à ses clefs de cotation est entièrement gratuit pour les chercheurs, universitaires, étudiants et cliniciens du secteur public ou associatif, sous réserve de citer expressément les publications originales de référence.
- Modalités d’autorisation : Aucune licence commerciale onéreuse n’est exigée. Il demeure toutefois vivement recommandé aux équipes de recherche planifiant de nouvelles traductions transculturelles ou des études standardisées de solliciter formellement par courriel l’accord de la Professeure Ricky Finzi-Dottan afin de préserver l’intégrité psychométrique du test.
12. Références / References
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- Bowlby, J. (1973). Attachment and loss: Vol. 2. Separation: Anxiety and anger. Basic Books.
- Bowlby, J. (1980). Attachment and loss: Vol. 3. Loss: Sadness and depression. Basic Books.
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- Finzi, R., Cohen, O., Sapir, Y., & Weizman, A. (2000). Attachment styles in maltreated children: A comparative study. Child Psychiatry & Human Development, 31(2), 113–128. https://doi.org/10.1023/A:1001925307738
- Finzi, R., Har-Even, D., Shnit, D., & Weizman, A. (2002). Psychosocial characterization of physically abused children from low socio-economic households in comparison to neglected and non-maltreated children. Journal of Child and Family Studies, 11(4), 441–453. https://doi.org/10.1023/A:1020925219001
- Finzi, R., Ram, A., Har-Even, D., Shnit, D., & Weizman, A. (2001). Attachment styles in physically abused and neglected children. Journal of Youth and Adolescence, 30(6), 769–786. https://doi.org/10.1023/A:1012242502758
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