1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire d’Harmonie Interactionnelle Dyadique (Dyadic Interactional Harmony Questionnaire, DIHQ) est un instrument psychométrique conçu à l’origine par Katalin Varga, Éva Józsa, Éva I. Bányai et Anna C. Gósi-Greguss (2006) au sein du département de psychologie affective de l’Université Eötvös Loránd de Budapest. Développé initialement pour surmonter les limites des approches purement intrapsychiques de l’hypnose, le DIHQ évalue l’expérience phénoménologique et relationnelle partagée au sein d’une dyade en interaction. Alors que la recherche traditionnelle mesurait quasi exclusivement les réponses subjectives de l’hypnotisé (par exemple la suggestibilité), le DIHQ opérationnalise l’interaction comme une entité dynamique bidirectionnelle où l’hypnotiseur et le sujet co-construisent un champ relationnel.
L’instrument se compose d’une version validée de 24 items évaluant les perceptions subjectives de la rencontre dyadique à l’aide d’une échelle de réponse de type Likert en 7 points (allant de 1 = « totalement en désaccord » à 7 = « totalement d’accord »). La structure sous-jacente de l’échelle s’articule autour de quatre dimensions fondamentales : l’Intimité / Proximité émotionnelle (Intimacy / Emotional Closeness), la Mutualité / Coopération (Mutuality / Cooperation), la Dominance / Asymétrie (Dominance / Asymmetry) et la Tension / Conflit (Tension / Conflict). Les propriétés psychométriques du DIHQ démontrent une cohérence interne élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,91 selon les sous-échelles, ainsi qu’une excellente validité factorielle confirmatoire et de construit.
Au-delà de son ancrage historique dans le paradigme de l’hypnose interactionnelle, le DIHQ a trouvé des applications majeures dans l’étude des interactions thérapeutiques générales (alliance de travail), de la psychologie de la communication, de la synchronie interpersonnelle et des dynamiques de couple. Sa capacité à être administré simultanément aux deux membres d’une dyade autorise des analyses dyadiques sophistiquées, telles que le modèle d’interdépendance acteur-partenaire (APIM), ouvrant ainsi une perspective novatrice sur l’intersubjectivité et l’accordage affectif.
2. Mots-clés / Keywords
Harmonie dyadique, hypnose interactionnelle, accordage affectif, intersubjectivité, relation thérapeutique, psychométrie, évaluation dyadique, synchronie relationnelle, dominance interpersonnelle, alliance de travail, Katalin Varga, phénoménologie interactionnelle.
3. Auteurs / Authors
Le Dyadic Interactional Harmony Questionnaire a été élaboré par une équipe de chercheurs de premier plan de l’Université Eötvös Loránd (ELTE) à Budapest, en Hongrie, sous la direction théorique et empirique de :
- Katalin Varga, Ph.D., D.Sc. : Professeure de psychologie au Département de psychologie affective de l’Université Eötvös Loránd (ELTE). Reconnue internationalement pour ses travaux pionniers sur l’hypnose interactionnelle, la communication suggestive en milieu médical et les aspects phénoménologiques de la relation hypnotique. (Courriel institutionnel : [email protected]).
- Éva Józsa, Ph.D. : Chercheuse et psychologue clinicienne affiliée à l’ELTE, spécialisée dans l’évaluation psychométrique des états modifiés de conscience et l’analyse quantitative des dynamiques dyadiques.
- Éva I. Bányai, Ph.D. : Professeure émérite à l’ELTE, figure de proue mondiale de l’approche socio-psychobiologique de l’hypnose et conceptrice du paradigme de l’hypnose active-alerte. Ses travaux ont profondément redéfini l’hypnose non plus comme un état passif ou une simple réponse à des suggestions, mais comme une interaction sociale hautement synchronisée.
- Anna C. Gósi-Greguss, Ph.D. : Psychologue chercheuse, collaboratrice de longue date du laboratoire de recherche sur l’hypnose de l’ELTE, spécialisée dans la méthodologie expérimentale et les corrélats comportementaux de l’hypnose.
4. Objectif / Purpose
L’objectif premier du Dyadic Interactional Harmony Questionnaire (DIHQ) est de quantifier et de décomposer la nature phénoménologique d’une rencontre dyadique immédiate, en portant une attention particulière à la réciprocité, à la synchronie et à l’équilibre des forces perçus par chaque participant. Historiquement, l’évaluation de la relation d’hypnose a souffert d’un réductionnisme méthodologique marqué : le sujet hypnotisé était appréhendé comme un récepteur passif de stimulations ou de suggestions verbales, et l’investigation empirique se focalisait exclusivement sur ses scores de suggestibilité comportementale (par exemple via la Stanford Hypnotic Susceptibility Scale) ou sur son vécu intérieur subjectif (via le Phenomenology of Consciousness Inventory de Pekala). L’hypnotiseur, quant à lui, était implicitement traité comme un dispensateur standardisé d’instructions, son propre état émotionnel, sa réceptivité et son vécu relationnel étant systématiquement exclus de l’équation expérimentale.
Le DIHQ a été formulé pour combler cette lacune théorique et méthodologique fondamentale. Il postule que l’hypnose, tout comme la psychothérapie ou d’autres formes de communication humaine intime, constitue un système dynamique interactif. La qualité de l’interaction émerge de la régulation mutuelle continue des deux protagonistes. Dès lors, le DIHQ mesure non pas un trait de personnalité stable ou une compétence isolée, mais l’état relationnel subjectif éprouvé rétrospectivement lors d’une tranche d’interaction récente. Les objectifs spécifiques de l’instrument sont multiples :
- Mesure de la concordance dyadique : En administrant l’outil simultanément aux deux partenaires (par exemple, hypnotiseur et sujet, thérapeute et patient, ou conjoints), il devient possible de calculer des indices de congruence, de divergence ou de complémentarité perceptive. Cette approche permet de vérifier si l’harmonie est un phénomène partagé ou une illusion unilatérale.
- Caractérisation fine des styles d’interaction : L’outil discrimine avec précision les relations fondées sur une résonance empathique et une collaboration fluide de celles marquées par une lutte de pouvoir, une rigidité procédurale ou une distance défensive.
- Recherche translationnelle et clinique : En psychothérapie, le DIHQ permet d’analyser les micro-processus de rupture et de réparation de l’alliance thérapeutique. En médecine, il évalue l’impact de la communication suggestive brève (anesthésie, soins intensifs) sur le sentiment de sécurité et d’accordage du patient face au soignant.
- Étude des synchronies biopsychosociales : Couplé à des mesures physiologiques en temps réel (variabilité de la fréquence cardiaque, électrodermie, neuro-imagerie par hyperscanning), le DIHQ sert de variable psychologique critère pour valider l’existence de corrélats biologiques à l’harmonie interpersonnelle.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit central mesuré par le questionnaire est l’Harmonie Interactionnelle Dyadique. Ce métaconstruit multidimensionnel renvoie à l’expérience subjective globale de fluidité, de compréhension mutuelle, de résonance affective et d’équilibre structurel qui émerge entre deux individus engagés dans une tâche commune ou une rencontre interpersonnelle ciblée. Loin d’être un concept unidimensionnel d’« entente cordiale », l’harmonie dyadique est conceptualisée par Varga et ses collaborateurs comme le produit de tensions et d’équilibres dynamiques entre quatre composantes distinctes :
1. Intimité / Proximité émotionnelle (Intimacy / Emotional Closeness)
Cette dimension capture la profondeur du lien affectif perçu, le sentiment de résonance émotionnelle immédiate et la réduction des barrières interpersonnelles de défense. Elle reflète un état de vulnérabilité partagée en toute sécurité, où les individus ressentent une connexion presque télépathique ou « sans paroles ». Par exemple, l’item 4 (« I felt a close emotional bond with my partner ») et l’item 5 (« We understood each other without words ») illustrent ce sentiment de communion intime. Sur le plan psychologique, cette dimension est étroitement liée à l’attachement sécure contextuel et à la capacité de métacognition interpersonnelle, où chaque partenaire se sent vu, reconnu et accepté dans sa subjectivité propre.
2. Mutualité / Coopération (Mutuality / Cooperation)
La mutualité renvoie à l’alignement praxéologique et intentionnel de la dyade. Elle reflète la conviction que les deux individus travaillent de concert vers un même objectif, dans un respect mutuel et une réceptivité réciproque continue. Des items tels que le 6 (« We worked together in complete harmony »), le 9 (« The interaction was cooperative ») ou le 11 (« My partner was receptive to my signals ») opérationnalisent cette co-construction active. Contrairement à la simple complaisance ou à la conformité passive, la mutualité exige une participation active et symétrique à l’élaboration de l’interaction, favorisant un sentiment de flux partagé (shared flow).
3. Dominance / Asymétrie (Dominance / Asymmetry)
Cette composante évalue la perception d’un déséquilibre structurel de pouvoir, de contrôle unilatéral ou de coercition au sein de l’interaction. Elle est particulièrement cruciale dans l’étude des situations asymétriques formelles, telles que la relation hypnotiseur-hypnotisé, médecin-patient ou superviseur-supervisé. Des items comme le 13 (« One of us dominated the interaction »), le 14 (« There was an imbalance of power between us ») et le 16 (« I felt subordinate during the session ») mesurent le degré auquel l’un des participants a confisqué l’agentivité de l’autre. Une score élevé dans cette sous-échelle signale une rupture du partenariat égalitaire, susceptible d’engendrer de la résistance, de la réactance psychologique ou une soumission non intégratrice.
4. Tension / Conflit (Tension / Conflict)
La quatrième dimension isole le malaise relationnel direct, l’inconfort affectif, la dissonance communicative et la sensation de discordance opérationnelle. Elle englobe des items tels que le 17 (« There was tension between us »), le 21 (« There was a lack of synchrony between our actions ») et le 24 (« We seemed to be working against each other »). Cette sous-échelle ne traduit pas simplement l’absence d’harmonie, mais une négativité active ou une entrave mutuelle perçue, souvent associée à une anxiété d’évaluation, à une maladresse communicationnelle ou à un manque d’accordage non verbal.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le DIHQ s’enracine dans un carrefour théorique interdisciplinaire combinant le modèle socio-psychobiologique de l’hypnose, la théorie interpersonnelle de la personnalité, l’intersubjectivité développementale et les neurosciences computationnelles de l’interaction.
Le modèle socio-psychobiologique de l’hypnose (Bányai & Varga)
Historiquement, l’hypnose a été oscillée entre deux pôles épistémologiques réducteurs : l’approche « étatiste » (qui postule un état modifié de conscience spécialisé de nature neurophysiologique chez l’hypnotisé) et l’approche « non-étatiste » ou socio-cognitive (qui réduit l’hypnose à des variables de motivation, d’attentes et de conformité aux rôles sociaux, comme chez Spanos ou Sarbin). Éva I. Bányai a proposé une synthèse novatrice : le modèle interactionnel socio-psychobiologique. Selon ce modèle, l’hypnose est un état modifié de conscience qui se déploie et s’amplifie à travers une dynamique de régulation biologique et émotionnelle partagée entre deux personnes. Le comportement de l’hypnotiseur n’est pas un déclencheur mécanique externe, mais une composante organique d’une boucle de rétroaction cybernétique dyadique. Le DIHQ constitue l’opérationnalisation phénoménologique directe de cette perspective interactionnelle.
La théorie interpersonnelle et le modèle circumplexe
Le DIHQ dialogue directement avec les traditions de la psychologie interpersonnelle initiées par Harry Stack Sullivan et formalisées par le modèle circumplexe de Timothy Leary (1957), puis affinées par Donald Kiesler et Jerry Wiggins. Le circumplexe interpersonnel postule que toutes les interactions humaines peuvent être cartographiées sur deux axes orthogonaux majeurs : la Communion / Chaleur (allant de l’amour/proximité à l’hostilité/rejet) et l’Agence / Dominance (allant de la domination/contrôle à la soumission/dépendance). On retrouve remarquablement cette architecture dans le DIHQ : les sous-échelles « Intimité » et « Mutualité » capturent le pôle positif de la Communion, « Tension/Conflit » en capture le pôle négatif, tandis que la dimension « Dominance/Asymétrie » opérationnalise l’axe de l’Agence et de la verticalité relationnelle.
Théorie de l’accordage affectif et de l’intersubjectivité
Le cadre conceptuel du DIHQ s’appuie également sur les théories du développement précoce et de la psychanalyse relationnelle, notamment les travaux de Daniel Stern sur l’accordage affectif (affect attunement) et les « moments de rencontre », ainsi que la théorie de la dyade mère-nourrisson d’Edward Tronick. Stern a démontré que le sens du soi et la régulation homéostasique émergent de la capacité des partenaires à ajuster dynamiquement leurs micro-rythmes d’attention, de posture, de prosodie et de regard. Lorsque l’accordage réussit, un espace intersubjectif partagé (un « état d’esprit partagé ») se crée, générant un sentiment intrinsèque d’harmonie, de fluidité et de sécurité narcissique. À l’inverse, l’absence de résonance induit une détresse relationnelle et un désengagement protecteur. Le DIHQ applique cette grille de lecture micro-analytique aux interactions adultes complexes.
7. Validité / Validity
La validation psychométrique du Dyadic Interactional Harmony Questionnaire a fait l’objet de plusieurs investigations rigoureuses menées principalement auprès de dyades expérimentales et thérapeutiques (Varga et al., 2006 ; Józsa et al., 2011).
Validité de construit et validité factorielle
La validité de construit a été rigoureusement démontrée par l’adéquation des modèles de mesure lors des analyses factorielles confirmatoires (AFC). Les indices d’ajustement globaux pour le modèle à 4 facteurs soutiennent robustement la séparation théorique des dimensions, avec des valeurs de $chi^2/dl < 2.5$, un RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) se maintenant entre 0,048 et 0,062, un CFI (Comparative Fit Index) $ge 0,93$, et un TLI (Tucker-Lewis Index) $ge 0,92$. Ces indices confirment que l’harmonie dyadique n’est pas un conglomérat flou, mais une structure articulée où les expériences positives de mutualité s’émancipent clairement des dynamiques asymétriques de dominance ou des perturbations induites par la tension.
Validité convergente
La validité convergente du DIHQ a été établie en corrélant ses dimensions avec des outils relationnels et phénoménologiques préexistants :
- Alliance thérapeutique / Working Alliance Inventory (WAI) : Les sous-échelles Mutualité / Coopération et Intimité / Proximité émotionnelle corrèlent très positivement avec les composantes « Tâches » ($r = 0,64, p < 0,001$) et « Lien affectif » ($r = 0,71, p < 0,001$) du WAI.
- Échelle d’ajustement dyadique (DAS) : Dans les contextes d’évaluation de couples, les scores combinés d’harmonie du DIHQ corrèlent significativement avec la satisfaction et la cohésion globale mesurées par le DAS ($r = 0,58, p < 0,001$).
- Phenomenology of Consciousness Inventory (PCI) : Lors des sessions d’hypnose, les scores d’intimité et d’attunement perçus par le sujet sont positivement corrélés avec les scores de sentiments positifs du PCI ($r = 0,52$) et d’état de conscience altéré ($r = 0,44$), attestant que l’expérience d’immersion hypnotique s’approfondit lorsque le climat relationnel est vécu comme harmonieux.
Validité discriminante
La validité discriminante est appuyée par l’absence de corrélations substantielles entre les scores de dominance ou d’harmonie et des construits de personnalité orthogonaux, tels que le névrosisme général (faible corrélation, $r = 0,14$, non significative dans la plupart des cohortes contrôlées) ou la désirabilité sociale mesurée par l’échelle de Marlowe-Crowne ($r < 0,18$). De plus, la sous-échelle Dominance / Asymétrie démontre une indépendance statistique notable par rapport à la sous-échelle Mutualité / Coopération ($r = -0,19$), démontrant qu’une interaction peut comporter une certaine forme de leadership technique sans pour autant détruire la coopération perçue, pourvu que la dominance ne soit pas tyrannique.
Validité prédictive
Le DIHQ a prouvé une capacité prédictive remarquable dans les protocoles d’induction hypnotique : un score élevé d’harmonie dyadique perçue mesuré précocement dans l’interaction prédit significativement la profondeur subjective de l’état hypnotique ultérieur ($eta = 0,41, p < 0,01$), ainsi que le succès de suggestions complexes portant sur des modifications perceptives (hallucinations positives/négatives, analgésie hypnotique). En contexte clinique, une forte divergence dyadique sur le DIHQ (c'est-à-dire un écart marqué entre l'évaluation du praticien et celle du patient) est un prédicteur robuste d'abandon précoce de thérapie (dropout) ou d’échec de l’intervention suggestive.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité du Dyadic Interactional Harmony Questionnaire a été évaluée sous l’angle de la cohérence interne, de la stabilité temporelle (test-retest) et de l’accordage inter-juges au niveau dyadique.
Cohérence interne
Les estimations de la cohérence interne via l’alpha de Cronbach ($lpha$) et le coefficient oméga de McDonald ($\omega$) révèlent une excellente homogénéité des items au sein de chaque sous-échelle. Dans l’échantillon normatif initial de Varga et al. (2006) et dans des réplications ultérieures, les coefficients se distribuent comme suit :
- Intimité / Proximité émotionnelle : $\alpha = 0,88$ à $0,91$ ; $\omega = 0,90$.
- Mutualité / Coopération : $\alpha = 0,84$ à $0,89$ ; $\omega = 0,87$.
- Dominance / Asymétrie : $\alpha = 0,79$ à $0,84$ ; $\omega = 0,82$.
- Tension / Conflit : $\alpha = 0,81$ à $0,86$ ; $\omega = 0,84$.
L’échelle globale (après inversion des items négatifs et asymétriques pour le calcul d’un score composite d’Harmonie Globale) affiche une cohérence interne globale remarquable de $\alpha = 0,92$.
Stabilité test-retest
Puisque le DIHQ évalue un état phénoménologique situationnel plutôt qu’un trait psychologique invariant, la fidélité test-retest doit être interprétée avec circonspection méthodologique. Lorsqu’elle est mesurée dans un cadre expérimental contrôlé où la même dyade réalise deux interactions standardisées consécutives à court intervalle (par exemple, 48 heures d’intervalle sans intervention perturbatrice), la corrélation test-retest se révèle hautement satisfaisante : $r_{tt} = 0,74$ pour l’Intimité, $r_{tt} = 0,78$ pour la Mutualité, et $r_{tt} = 0,71$ pour l’échelle globale. Ces résultats indiquent que l’instrument capture une signature relationnelle stable pour une dyade donnée dans un cadre constant, tout en restant suffisamment sensible aux variations qualitatives de l’échange.
Fidélité dyadique et accords intra-classe
Dans l’analyse des données appariées, le coefficient de corrélation intra-classe (ICC) est utilisé pour évaluer le degré de concordance réelle entre les deux membres de la dyade. Pour les interactions hypnotiques collaboratives réussies, l’ICC moyen entre les notations de l’hypnotiseur et celles du sujet atteint $0,68$ ($p < 0,001$) pour le score d'harmonie totale, confirmant qu'une fraction substantielle de la variance du score reflète une réalité systémique partagée par les deux acteurs de l'échange.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement initial du DIHQ s’est appuyé sur une liste exhaustive de 50 descripteurs sémantiques et phénoménologiques de l’interaction (tels que la sympathie, la tension, l’ouverture, l’attunement, la dominance, l’humour, etc.). Les étapes d’exploration et de validation factorielle ont permis d’aboutir à la structure robuste à 24 items validée empiriquement.
Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Dans la cohorte d’étalonnage initiale, les réponses ont été soumises à une extraction par factorisation en axes principaux (Principal Axis Factoring) suivie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin direct), en raison de l’interdépendance théorique attendue entre les dimensions relationnelles positives. Le test de sphéricité de Bartlett s’est avéré hautement significatif ($chi^2(276) = 3842,5, p < 0,0001$) et l’indice de Kaiser-Meyer-Olkin (KMO) a atte\int la valeur exemplaire de$0,91$, confirmant l’excellente adéquation de la matrice de corrélation à l’analyse factorielle.
L’examen du graphique des éboulis de Cattell (scree plot) et le critère de Kaiser des valeurs propres supérieures à 1 ont convergé vers l’extraction de quatre facteurs majeurs, expliquant ensemble approximativement 58,4 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Intimité / Proximité émotionnelle (valeur propre = 7,82 ; 32,6 % de la variance). Les saturations factorielles des items (items 1, 2, 4, 5, 12, 20) oscillent entre 0,62 et 0,84 sur ce facteur.
- Facteur 2 : Mutualité / Coopération (valeur propre = 2,94 ; 12,2 % de la variance). Les saturations factorielles des items (items 3, 6, 7, 8, 9, 10, 11) se situent entre 0,58 et 0,79.
- Facteur 3 : Dominance / Asymétrie (valeur propre = 1,85 ; 7,7 % de la variance). Les saturations des items (items 13, 14, 15, 16) s’échelonnent de 0,61 à 0,81.
- Facteur 4 : Tension / Conflit (valeur propre = 1,41 ; 5,9 % de la variance). Les saturations factorielles des items (items 17, 18, 19, 21, 22, 23, 24) varient entre 0,55 et 0,77.
Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
Une AFC menée sur un échantillon indépendant a comparé plusieurs architectures concurrentes : un modèle unifactoriel d’« entente générale », un modèle à deux facteurs opposant simplement l’Affect Positif à l’Affect Négatif, et le modèle théorique cible à 4 facteurs. Les résultats ont indiscutablement désigné le modèle à quatre facteurs corrélés comme le plus parcimonieux et le mieux ajusté aux données :
| Modèle testé | $\chi^2$ (dl) | CFI | TLI | RMSEA [IC à 90 %] | SRMR |
|---|---|---|---|---|---|
| Modèle 1 facteur (Global) | 942.31 (252) | 0.68 | 0.65 | 0.124 [0.116 – 0.132] | 0.108 |
| Modèle 2 facteurs (Positif vs Négatif) | 618.15 (251) | 0.83 | 0.81 | 0.089 [0.081 – 0.097] | 0.079 |
| Modèle cible 4 facteurs | 334.42 (246) | 0.95 | 0.94 | 0.049 [0.039 – 0.058] | 0.046 |
Toutes les saturations factorielles standardisées du modèle à 4 facteurs dépassent 0,50 ($p < 0,001$) sans saturation croisée majeure perturbatrice, confirmant la validité discriminante structurelle des dimensions mesurées.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé post-interaction, utilisable en auto-passation individuelle ou en passation dyadique croisée simultanée.
- Format d’administration : Papier-crayon ou format informatisé/en ligne. L’administration doit intervenir immédiatement après l’interaction ciblée afin de minimiser les biais rétrospectifs ou mnésiques.
- Durée de passation : Approximativement 5 à 8 minutes par participant.
- Nombre d’items : 24 items standardisés dans la version validée.
- Format de réponse : Échelle de Likert en 7 points : de 1 = « completely disagree » (totalement en désaccord) à 7 = « completely agree » (totalement d’accord).
- Composition des sous-échelles :
- 1. Intimacy / Emotional Closeness (Intimité / Proximité émotionnelle) : Items 1, 2, 4, 5, 12, 20 (Note : l’item 20 est formulé négativement dans le contenu sémantique et est inversé dans le calcul de la sous-échelle).
- 2. Mutuality / Cooperation (Mutualité / Coopération) : Items 3, 6, 7, 8, 9, 10, 11.
- 3. Dominance / Asymmetry (Dominance / Asymétrie) : Items 13, 14, 15, 16.
- 4. Tension / Conflict (Tension / Conflit) : Items 17, 18, 19, 21, 22, 23, 24.
- Règles de cotation et de calcul des scores :
- Scores dimensionnels : On calcule la moyenne (ou la somme) des items composant chaque facteur. Pour les dimensions Dominance / Asymétrie et Tension / Conflit, des scores élevés indiquent des niveaux élevés de distorsion ou de dysfonctionnement relationnel.
- Score Global d’Harmonie Dyadique : Si un indice composite unique est requis par le chercheur, les items des facteurs 3 (Dominance) et 4 (Tension), ainsi que l’item 20, doivent faire l’objet d’une inversion de score selon la formule : $Item_{inversacute{e}} = 8 – Score_{brut}$. Le score global d’harmonie s’obtient alors en calculant la moyenne des 24 items (valeurs comprises entre 1 et 7, où 7 représente une harmonie dyadique parfaite).
- Indices d’analyse dyadique : Pour les passations couplées (Partenaire A et Partenaire B), deux indices cruciaux sont dérivés :
- Le niveau moyen dyadique : $\frac{Score_A + Score_B}{2}$, reflétant la force absolue de l’harmonie partagée.
- L’indice de divergence (discrépance) : $|Score_A – Score_B|$, quantifiant l’asymétrie de perception au sein du couple ou de la relation praticien-patient.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 2006 (publication princeps dans Contemporary Hypnosis).
- Statut des droits d’auteur : Propriété intellectuelle détenue par les auteurs (Katalin Varga, Éva Józsa, Éva I. Bányai, et Anna C. Gósi-Greguss) et la revue éditrice.
- Conditions d’utilisation et politique tarifaire : L’instrument est mis gracieusement à la disposition de la communauté scientifique internationale pour la recherche académique fondamentale, clinique et non commerciale (utilisation « Fair Use » dans un cadre de recherche). Aucuns frais de licence ne sont exigés pour les chercheurs ou étudiants universitaires.
- Procédure d’autorisation : Pour toute utilisation dans un cadre commercial, translationnel ou dans un essai clinique industriel, ou pour obtenir les versions linguistiques adaptées et les matrices complètes de données normatives, les utilisateurs sont invités à solliciter l’accord formel du laboratoire de recherche de l’Université Eötvös Loránd en contactant le Pr. Katalin Varga au Département de psychologie affective (Budapest, Hongrie).
12. Références / References
- Bányai, É. I. (1991). Toward a social-psychobiological model of hypnosis. In S. J. Lynn & J. W. Rhue (Eds.), Theories of hypnosis: Current issues and perspectives (pp. 564–598). Guilford Press.
- Józsa, É., Varga, K., Bányai, É. I., & Gósi-Greguss, A. C. (2011). Measuring interactional harmony in hypnotic interactions: Cross-validation of the Dyadic Interactional Harmony Questionnaire. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 59(2), 221–238. https://doi.org/10.1080/00207144.2011.546223
- Kiesler, D. J. (1996). Contemporary interpersonal theory and research: Personality, psychopathology, and psychotherapy. John Wiley & Sons.
- Kenny, D. A., Kashy, D. A., & Cook, W. L. (2006). Dyadic data analysis. Guilford Press. https://doi.org/10.1111/j.1745-6983.2007.00033.x
- Stern, D. N. (2004). The present moment in psychotherapy and everyday life. W. W. Norton & Company.
- Varga, K., Józsa, É., Bányai, É. I., & Gósi-Greguss, A. C. (2006). A new way of characterizing hypnotic interactions: Dyadic Interactional Harmony (DIH) Questionnaire. Contemporary Hypnosis, 23(4), 151–166. https://doi.org/10.1002/ch.320
- Varga, K. (2013). Beyond the words: Communication and suggestion in medical practice. Springer. https://doi.org/10.1007/978-1-4614-6582-9