1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire sur les Changements du Fonctionnement Sexuel (connu sous l’acronyme anglophone Changes in Sexual Functioning Questionnaire ou CSFQ, et sa forme abrégée standardisée CSFQ-14) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation et d’hétéro-évaluation clinique conçu pour dépister, quantifier et caractériser les altérations du cycle de la réponse sexuelle humaine. Développé initialement par la professeure Anita H. Clayton et ses collaborateurs à l’École de médecine de l’Université de Virginie (University of Virginia School of Medicine), le questionnaire a été spécifiquement élaboré pour remédier aux lacunes des outils d’évaluation traditionnels, qui négligeant fréquemment la symptomatologie féminine spécifique (notamment la baisse du désir et l’anhédonie sexuelle) et échouaient à mesurer avec précision les effets iatrogènes des traitements pharmacologiques, en particulier les antidépresseurs sérotoninergiques.
Dans sa forme abrégée validée de 14 items (déclinée en versions spécifiques selon le sexe biologique : CSFQ-14-F pour les femmes et CSFQ-14-M pour les hommes), l’outil évalue cinq dimensions fondamentales correspondant aux phases classiques de la physiologie sexuelle : le plaisir sexuel global, le désir sexuel mesuré par la fréquence, le désir sexuel mesuré par l’intérêt cognitif, l’excitation/éveil sexuel et l’orgasme/achèvement. Chaque item est évalué au moyen d’une échelle ordinale de type Likert en 5 points, quantifiant soit la fréquence temporelle (de « Jamais » à « Tous les jours »), soit l’intensité de la satisfaction ressentie (de « Aucun plaisir » à « Plaisir immense »). La cotation globale oscille entre 14 et 70 points, un score inférieur ou égal à 41 chez la femme et à 47 chez l’homme attestant de la présence d’une dysfonction sexuelle cliniquement significative.
Les propriétés psychométriques du CSFQ et du CSFQ-14 révèlent une consistance interne exceptionnelle (coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,89 et 0,90 pour les scores totaux), une fidélité test-retest substantielle, ainsi qu’une excellente validité de construit, discriminante et convergente, établie notamment par rapport au Derogatis Interview for Sexual Functioning (DISF). Adapté dans plus de 51 langues, cet instrument constitue une référence internationale incontournable tant dans la recherche en neuropsychopharmacologie que dans la pratique clinique psychiatrique, oncologique, gynécologique et urologique.
2. Mots-clés / Keywords
Dysfonction sexuelle, Cycle de la réponse sexuelle, Évaluation psychométrique, Antidépresseurs, Effets indésirables iatrogènes, Désir sexuel hypoactif, Excitation sexuelle, Orgasme, Qualité de vie, Échelle de Clayton, CSFQ-14, Psychopharmacologie clinique.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu, développé et validé sous la direction scientifique de chercheuses et cliniciens de premier plan affiliés au Département de psychiatrie et des sciences neurocomportementales de l’Université de Virginie :
- Anita H. Clayton, M.D. : Professeure titulaire de la chaire David C. Wilson, présidente émérite du Département de psychiatrie et des sciences neurocomportementales (Department of Psychiatry and Neurobehavioral Sciences), École de médecine de l’Université de Virginie, Charlottesville, Virginie, États-Unis. Spécialiste internationale des troubles de l’humeur, de la santé mentale des femmes et des dysfonctions sexuelles induites par les psychotropes. Adresse institutionnelle : 2955 Ivy Road, Suite 210, Charlottesville, VA 22903. Courriel : [email protected].
- Elizabeth L. McGarvey, Ed.D. : Professeure associée de sciences de la santé publique et de psychiatrie, École de médecine de l’Université de Virginie, Charlottesville, Virginie, États-Unis. Experte en méthodologie quantitative, épidémiologie psychiatrique et développement d’échelles d’évaluation.
- G. J. Clavet, Ph.D. : Collaborateur de recherche clinique, Département de psychiatrie et des sciences neurocomportementales, École de médecine de l’Université de Virginie.
- Lisa Piazza, M.D. : Chercheuse et clinicienne en psychiatrie, Département de psychiatrie et des sciences neurocomportementales, École de médecine de l’Université de Virginie.
- A. Keller, Ph.D. : Méthodologiste et statisticien, co-auteur de la validation psychométrique de la forme courte (CSFQ-14).
4. Objectif / Purpose
Le fonctionnement sexuel représente un déterminant primordial de la santé globale, de l’équilibre conjugal et de la qualité de vie perçue. Historiquement, l’évaluation de la sexualité dans les contextes médicaux a souffert de deux biais majeurs : d’une part, un androcentrisme marqué focalisant les investigations quasi exclusivement sur la fonction érectile masculine ; d’autre part, une sous-estimation systématique des plaintes sexuelles dans les consultations médicales en raison de la pudeur des patients et de la réticence ou du manque de temps des cliniciens. L’objectif premier de la création du Changes in Sexual Functioning Questionnaire (CSFQ) était de fournir un outil standardisé, non invasif, rigoureux et sensible aux changements, capable d’appréhender l’ensemble des phases du cycle sexuel chez les deux sexes.
Sur le plan étiologique, l’échelle a été spécifiquement conçue pour répondre à l’émergence des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) au début des années 1990. Bien que ces molécules aient révolutionné la prise en charge de la dépression majeure et des troubles anxieux, elles s’accompagnent d’un taux élevé d’effets secondaires sexuels (baisse de la libido, retard éjaculatoire, anorgasmie, sécheresse vaginale) touchant entre 30 % et 70 % des patients. Sans un instrument de quantification précis, ces effets délétères conduisent fréquemment à une non-observance thérapeutique clandestine, précipitant la rechute dépressive. Le CSFQ a donc été bâti pour discriminer les dysfonctions sexuelles inhérentes à l’épisode dépressif lui-même (comme l’anhédonie et la perte d’élan vital) de celles induites iatrogéniquement par le traitement pharmacologique.
Dans le domaine de la recherche translationnelle et des essais cliniques randomisés, le CSFQ sert d’indicateur objectif pour comparer les profils d’effets indésirables de nouvelles molécules psychotropes, endocriniennes ou oncologiques. En pratique clinique ambulatoire ou hospitalière, l’outil remplit une triple fonction :
- Dépistage systématique : Permettre au praticien d’objectiver rapidement la présence d’une souffrance sexuelle sans imposer un entretien direct intrusif de longue durée.
- Diagnostic différentiel dimensionnel : Identifier avec précision la ou les phases physiologiques compromises (désir, excitation, lubrification, érection, orgasme, douleur) afin d’orienter stratégiquement l’intervention thérapeutique (changement de molécule, co-prescription d’antidotes pharmacologiques, thérapie sexologique comportementale ou hormonothérapie substitutive).
- Suivi longitudinal : Quantifier objectivement l’évolution du score au cours du temps, permettant d’évaluer la résolution ou l’aggravation des symptômes sous traitement.
Au-delà de la psychiatrie, le CSFQ est aujourd’hui intensivement exploité auprès de populations médicales variées, notamment les patientes traitées pour un cancer gynécologique ou mammaire, les patients souffrant de troubles métaboliques (diabète, obésité), d’affections neurologiques (sclérose en plaques, traumatismes médullaires) ou de pathologies urologiques (hypertrophie bénigne de la prostate).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par le CSFQ repose sur une approche dimensionnelle intégrée du comportement et du vécu érotique, combinant composantes comportementales, cognitives, affectives et neurophysiologiques. Contrairement aux approches catégorielles rigides du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV / DSM-5), le CSFQ décompose le fonctionnement sexuel en cinq sous-construits interdépendants, complétés par des items spécifiques évaluant la tolérance et la douleur :
Plaisir et satisfaction globale (Item 1)
Cette dimension évalue l’affect hédonique conscient rattaché à la vie intime de l’individu par rapport à son niveau optimal historique personnel. Il ne s’agit pas simplement de mesurer une performance mécanique, mais d’appréhender le sentiment subjectif d’épanouissement, d’intimité et de gratification procuré par la sexualité. Une baisse dans ce domaine traduit souvent un état dépressif sous-jacent, une détresse conjugale profonde ou une anhédonie généralisée.
Désir sexuel mesuré par la fréquence des comportements (Items 2 et 3)
Ce construit quantifie l’expression motrice et comportementale de la pulsion sexuelle. L’item 2 évalue la fréquence effective des activités sexuelles partagées (rapports sexuels, caresses érotiques) ou solitaires (masturbation). L’item 3 mesure la fréquence subjective du besoin ou de l’envie interne d’initier ou de participer à de telles activités. Cette dissociation permet de mettre en lumière d’éventuels décalages, comme des conduites de conformisme conjugal où l’activité est maintenue sans élan intérieur, ou inversement une libido conservée mais entravée par l’absence de partenaire.
Désir sexuel mesuré par l’intérêt et la composante cognitive (Items 4, 5 et 6)
Complétant la dimension fréquentielle, ce domaine explore l’univers intrapsychique, fantasmatique et appétitif du patient. L’item 4 évalue la récurrence des pensées sexuelles spontanées et de l’imaginaire érotique au cours de la journée. L’item 5 mesure la réceptivité et l’appréciation des stimuli extérieurs à contenu érotique (littérature, cinéma, musique, arts visuels). L’item 6 quantifie le plaisir ressenti lors de l’évocation mentale ou du fantasme érotique. Cette dimension est particulièrement vulnérable à l’action des psychotropes sérotoninergiques, qui provoquent fréquemment un émoussement affectif et une extinction de l’activité fantasmatique.
Excitation et éveil sexuel (Items 7, 8 et 9)
Cette sous-échelle évalue la réactivité physiologique et psychologique face à la stimulation sexuelle. L’item 7 mesure la fréquence d’apparition de l’excitation. L’item 8 évalue la facilité et la promptitude avec lesquelles cet état est atteint. L’item 9 évalue les manifestations physiologiques périphériques vasocongestives directes : la lubrification vaginale adéquate chez la femme, ou la tumescence érectile chez l’homme. Ce domaine reflète l’intégrité des axes neurovasculaires et autonomes (sympathique et parasympathique).
Orgasme et achèvement (Items 11, 12 et 13)
Ce construit mesure la phase terminale du cycle de réponse sexuelle, marquée par la décharge neuromusculaire et l’expérience culminante du plaisir. L’item 11 quantifie la fréquence d’atteinte de l’orgasme lors des activités sexuelles. L’item 12 explore la dimension de contrôle et de fiabilité perçue (« Êtes-vous capable d’atteindre l’orgasme quand vous le désirez ? »). L’item 13 évalue l’intensité affective et corporelle du plaisir orgasmique. Ce pôle est le site d’impact préférentiel des antidépresseurs à recapture sérotoninergique, générant anorgasmie complète ou éjaculation retardée chez l’homme.
Items complémentaires non factorisés (Items 10 et 14)
Deux items cruciaux sont inclus dans le score total sans appartenir aux sous-échelles factorielles standards en raison de leur valence inversée ou spécifique : l’item 10 évalue la labilité de l’excitation (le fait de s’exciter puis de perdre soudainement tout intérêt), indicateur fréquent de trouble de l’attention ou de dysfonctionnement relationnel ; l’item 14 quantifie la dyspareunie et les douleurs orgasmiques, symptômes cardinaux dans les pathologies vulvaires, pelviennes, prostatiques ou hormonales (ménopause chirurgicale ou naturelle).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique structurant le CSFQ s’enracine directement dans l’évolution historique des modèles de la physiologie et de la psychodynamique de la sexualité humaine élaborés tout au long du XXe siècle :
Le modèle quadriphasique de Masters et Johnson (1966)
Les travaux pionniers de William H. Masters et Virginia E. Johnson ont formalisé le premier modèle biologique expérimental de la réponse sexuelle, décrivant une succession linéaire de quatre phases physiologiques : l’excitation (excitement), le plateau (plateau), l’orgasme (orgasm) et la résolution (resolution). Ce modèle privilégiait principalement les modifications anatomiques, vasocongestives et myotoniques périphériques observables en laboratoire.
Le modèle triphasique de Helen Singer Kaplan (1974, 1979)
Constatant que de nombreux patients présentaient des blocages sévères de la sexualité sans anomalie vasocongestive périphérique initiale, la psychiatre et psychanalyste Helen Singer Kaplan a profondément remanié la conceptualisation psychologique en introduisant la notion fondamentale de désir sexuel. Kaplan postule un cycle triphasique composé de :
- Le désir : pulsion motivationnelle sous-tendue par des structures limbiques et dopaminergiques centrales ;
- L’excitation : phénomène vasomoteur parasympathique périphérique ;
- L’orgasme : réflexe d’éjection clonique sous contrôle spinal et sympathique.
Le CSFQ adopte explicitement la taxonomie de Kaplan comme fondement structural, en subdivisant le désir en composantes motivationnelles comportementales et cognitives/fantasmatiques, comblant ainsi le fossé entre neurobiologie centrale et ressenti expérientiel.
Le modèle de la boucle incitative et de la circularité du désir féminin (Basson, 2000)
Bien que contemporain et légèrement postérieur à la création initiale du CSFQ, le modèle circulaire développé par Rosemary Basson éclaire la sensibilité psychométrique du CSFQ chez la femme. Basson a démontré que chez de nombreuses femmes engagées dans des relations stables, le désir sexuel spontané peut être initialement absent, mais émerger secondairement à partir d’une disposition à la réceptivité érotique déclenchée par une stimulation adéquate et un contexte d’intimité émotionnelle. En incluant des items explorant l’appréciation des stimuli érotiques (livres, musique, films) et le plaisir dérivé du fantasme, le CSFQ s’est révélé remarquablement congruent avec cette conceptualisation moderne du désir responsive féminin.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du CSFQ et de sa déclinaison CSFQ-14 a fait l’objet d’un programme d’investigation rigoureux dirigé par Clayton, McGarvey et leurs équipes successives, attestant d’une robustesse méthodologique remarquable dans des contextes cliniques et non cliniques variés.
Validité de contenu et d’apparence (Face and Content Validity)
La version originale de l’instrument (CSFQ-I, sous forme d’entretien clinique comprenant 35 items pour les femmes et 36 pour les hommes) a été dérivée d’un recensement minutieux des plaintes spontanées de patients ambulatoires en psychiatrie et des données de la pharmacovigilance relatives aux psychotropes. Les items ont été soumis à un panel pluridisciplinaire d’experts médicaux, psychiatres, sexologues et méthodologistes afin de garantir la pertinence clinique de chaque formulation et d’éliminer toute ambiguïté sémantique.
Validité convergente et concurrente
La validité concurrente a été établie lors de la validation initiale (Clayton, McGarvey, Clavet, & Piazza, 1997) en corrélant le CSFQ avec le Derogatis Interview for Sexual Functioning (DISF/DISF-SR), considéré à l’époque comme le standard d’évaluation psychométrique. Les corrélations observées entre les sous-échelles homologues des deux instruments étaient hautement significatives (valeurs de r comprises entre 0,65 et 0,82, p < 0,001), attestant que l’outil mesurait fidèlement les construits physiologiques ciblés.
Validité discriminante et différentielle
Le questionnaire démontre une capacité exceptionnelle à discriminer les populations cliniques des cohortes saines. Dans l’étude princeps comparant des sujets sains non déprimés à des patients souffrant de trouble dépressif majeur consultant en clinique psychiatrique, des différences hautement significatives ont été enregistrées sur le score total ainsi que sur l’ensemble des sous-échelles (p < 0,0001). De plus, l’échelle a démontré une sensibilité aiguë pour différencier les taux de dysfonctionnement sexuel induits par différentes classes thérapeutiques d’antidépresseurs : les études menées par Clayton et al. (2002) ont mis en évidence des scores significativement plus bas (reflétant une plus grande altération) chez les patients sous venlafaxine, sertraline, paroxétine ou citalopram comparativement à ceux recevant du bupropion ou un placebo.
Seuils cliniques (Cut-off scores) et sensibilité diagnostique
L’analyse des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) menée sur de vastes échantillons cliniques a permis d’établir des scores seuils précis définissant la présence d’un dysfonctionnement sexuel global et spécifique :
- Chez la femme (CSFQ-14-F) : Le seuil de pathologie pour le score total est établi à ≤ 41,0 (fourchette : 14 à 70). Pour les sous-échelles : Plaisir ≤ 4,0 ; Désir/Fréquence ≤ 6,0 ; Désir/Intérêt ≤ 9,0 ; Excitation ≤ 12,0 ; Orgasme ≤ 11,0.
- Chez l’homme (CSFQ-14-M) : Le seuil de pathologie pour le score total est fixé à ≤ 47,0 (fourchette : 14 à 70). Pour les sous-échelles : Plaisir ≤ 4,0 ; Désir/Fréquence ≤ 8,0 ; Désir/Intérêt ≤ 11,0 ; Excitation ≤ 13,0 ; Orgasme ≤ 13,0.
Ces seuils procurent une sensibilité supérieure à 85 % et une spécificité supérieure à 80 % pour l’identification des dysfonctions sexuelles avérées.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique du CSFQ a été corroborée par de multiples analyses de consistance interne et de stabilité temporelle à travers le monde.
Consistance interne
Dans l’étude de validation de la version abrégée CSFQ-14 réalisée par Keller, McGarvey et Clayton (2006), le coefficient alpha de Cronbach global a atteint des niveaux d’excellence remarquables :
- CSFQ-14 Version féminine : Alpha global de 0,90. Les coefficients alpha des sous-échelles individuelles s’échelonnent entre 0,78 et 0,88.
- CSFQ-14 Version masculine : Alpha global de 0,89. Les sous-échelles oscillent entre 0,76 et 0,87.
Dans la version d’entretien clinique initiale (CSFQ-I), les corrélations item-total se situaient de manière homogène entre 0,45 et 0,60, indiquant une absence de redondance excessive entre les items tout en préservant une cohérence thématique étroite.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été mesurée auprès de cohortes d’individus cliniquement stables sur des intervalles de deux à quatre semaines. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) rapportés par Clayton et al. (1997) oscillent entre 0,78 et 0,89 pour l’ensemble des sous-échelles et atteignent 0,91 pour le score total, ce qui démontre que l’instrument n’est pas sujet à des fluctuations aléatoires ou à un biais d’apprentissage intempestif en l’absence de modification de l’état clinique ou pharmacologique du patient.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La confirmation de l’architecture factorielle du questionnaire constitue l’une des étapes méthodologiques les plus robustes de son développement.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la réduction de l’échelle d’entretien initiale à sa forme abrégée de 14 items, une analyse en composantes principales avec rotation varimax et promax a été effectuée par Clayton et collègues sur un échantillon mixte comprenant plus de 400 sujets sains et patients déprimés. Cette extraction a mis en évidence une solution stable expliquant plus de 62 % de la variance totale des scores. Les 14 items sélectionnés saturaient de manière univoque sur les dimensions théoriques anticipées :
- Les items relatifs à la fréquence des rapports et du désir (items 2 et 3) saturaient fortement sur le facteur Désir/Fréquence (saturations > 0,75).
- Les items cognitifs explorant l’imaginaire, la réceptivité aux médias érotiques et la rêverie (items 4, 5 et 6) se regroupaient nettement sur le facteur Désir/Intérêt (saturations comprises entre 0,68 et 0,81).
- Les items d’excitation subjective et de vasocongestion (items 7, 8 et 9) saturaient de concert sur le facteur Éveil/Excitation (saturations > 0,70).
- Les items évaluant la fréquence, le contrôle et le plaisir de l’orgasme (items 11, 12 et 13) composaient le facteur Achèvement/Orgasme (saturations > 0,72).
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’étude ultérieure de Keller, McGarvey et Clayton (2006) a formellement testé la structure pentafactorielle au moyen de l’analyse factorielle confirmatoire (modélisation d’équations structurelles). Les indices d’ajustement globaux obtenus dans les cohortes masculines et féminines ont démontré une adéquation remarquable aux données empiriques (Comparative Fit Index [CFI] > 0,94 ; Tucker-Lewis Index [TLI] > 0,93 ; Root Mean Square Error of Approximation [RMSEA] < 0,06). Les items 10 (perte d’excitation) et 14 (dyspareunie/douleur orgasmique), bien que non assignés à une sous-échelle spécifique en raison d’une variance résiduelle transversale, ont été maintenus dans le calcul du score global en raison de leur charge clinique diagnostique irremplaçable.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : Changes in Sexual Functioning Questionnaire (CSFQ) / Changes in Sexual Functioning Questionnaire Short-Form (CSFQ-14).
- Déclinaisons de l’instrument :
- CSFQ-I : Entretien clinique semi-structuré d’origine (35 items femme, 36 items homme ; durée : 30 à 45 minutes).
- CSFQ-14-F : Questionnaire d’auto-évaluation clinique féminin (14 items ; durée : 4 à 5 minutes).
- CSFQ-14-M : Questionnaire d’auto-évaluation clinique masculin (14 items ; durée : 4 à 5 minutes).
- Format de passation : Auto-questionnaire papier-crayon ou numérique administré individuellement ; peut être complété en hétéro-évaluation par le clinicien lors de la consultation.
- Temps de réponse : 4 à 5 minutes pour les versions courtes CSFQ-14.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points, ancrée spécifiquement selon la nature de l’item : soit fréquentielle (« 1 = Never » à « 5 = Every Day » / « 5 = Always »), soit qualitative/hédonique (« 1 = No Enjoyment or Pleasure » à « 5 = Great Enjoyment or Pleasure »).
- Inversion de cotation (Reverse Scoring) :
- Item 10 : Coté de manière inverse (5 = Never, 4 = Rarely, 3 = Sometimes, 2 = Often, 1 = Always).
- Item 14 : Coté de manière inverse (5 = Never, 4 = Rarely, 3 = Sometimes, 2 = Often, 1 = Every Day).
- Calcul des scores :
- Score total CSFQ : Somme arithmétique directe des 14 items (plage théorique de 14 à 70). Plus le score est bas, plus la dysfonction est sévère.
- Sous-échelle Plaisir (Item 1) : Plage de 1 à 5. Dysfonction si score ≤ 4,0 (femme et homme).
- Sous-échelle Désir/Fréquence (Items 2 + 3) : Plage de 2 à 10. Dysfonction si score ≤ 6,0 (femme) ou ≤ 8,0 (homme).
- Sous-échelle Désir/Intérêt (Items 4 + 5 + 6) : Plage de 3 à 15. Dysfonction si score ≤ 9,0 (femme) ou ≤ 11,0 (homme).
- Sous-échelle Excitation/Éveil (Items 7 + 8 + 9) : Plage de 3 à 15. Dysfonction si score ≤ 12,0 (femme) ou ≤ 13,0 (homme).
- Sous-échelle Orgasme/Achèvement (Items 11 + 12 + 13) : Plage de 3 à 15. Dysfonction si score ≤ 11,0 (femme) ou ≤ 13,0 (homme).
- Score Total Global : Dysfonction si score ≤ 41,0 chez la femme ; dysfonction si score ≤ 47,0 chez l’homme.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1997 pour la validation clinique initiale (CSFQ-I) ; 2006 pour la validation standardisée de la version abrégée (CSFQ-14).
- Titulaire du copyright : © Dr. Anita H. Clayton, University of Virginia, Charlottesville, VA, États-Unis. Tous droits réservés.
- Conditions d’utilisation clinique : L’utilisation de l’instrument dans le cadre d’une pratique clinique individuelle non rémunérée auprès de patients est généralement accordée à titre gracieux sur demande écrite adressée à l’autrice principale ([email protected]).
- Conditions d’utilisation en recherche académique : L’usage dans le cadre de thèses, mémoires universitaires ou protocoles académiques institutionnels indépendants non financés par l’industrie peut faire l’objet d’une exemption de frais sous réserve d’une approbation formelle et de l’engagement à citer rigoureusement les publications princeps.
- Recherche industrielle et essais cliniques commandités : Toute utilisation dans le cadre d’essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique ou de protocoles commerciaux requiert une convention de licence contractuelle et le versement de droits d’utilisation par participant ou par centre d’étude.
- Traductions linguistiques : L’instrument bénéficie de plus de 51 traductions validées selon des protocoles de rétro-traduction rigoureux (notamment en espagnol validé par Bobes et al., 2000).
12. Références / References
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Clayton, A. H., McGarvey, E. L., & Clavet, G. J. (1997). The Changes in Sexual Functioning Questionnaire (CSFQ): Development, reliability, and validity. Psychopharmacology Bulletin, 33(4), 731–745. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9493486/
Clayton, A. H., McGarvey, E. L., Clavet, G. J., & Piazza, L. (1997). Comparison of sexual functioning in clinical and non-clinical populations using the Changes in Sexual Functioning Questionnaire (CSFQ). Psychopharmacology Bulletin, 33(4), 747–753. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9493487/
Clayton, A. H., Pradko, J. F., Croft, H. A., Montano, C. B., Leadbetter, R. A., Bolden-Watson, C., Somoza, E. C., & Metz, A. (2002). Prevalence of sexual dysfunction among newer antidepressants. The Journal of Clinical Psychiatry, 63(4), 357–366. https://doi.org/10.4088/jcp.v63n0414
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Keller, A., McGarvey, E. L., & Clayton, A. H. (2006). Reliability and construct validity of the Changes in Sexual Functioning Questionnaire Short-Form (CSFQ-14). Journal of Sex & Marital Therapy, 32(1), 43–52. https://doi.org/10.1080/00926230500232909
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