Questionnaire Brief-COPE (Brief-COPE)

Le Brief-COPE (Brief Coping Orientation to Problems Experienced) est une échelle psychométrique de 28 items développée par Charles S. Carver en 1997 pour mesurer les stratégies de coping.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 16, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 16, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Brief-COPE (Brief Coping Orientation to Problems Experienced) est un instrument psychométrique auto-rapporté de 28 items, développé par le psychologue américain Charles S. Carver en 1997. Conçu comme une version abrégée de l’inventaire original COPE de 60 items (Carver et al., 1989), cet outil vise à évaluer la diversité des stratégies d’ajustement (ou coping) cognitives et comportementales mobilisées par un individu confronté à un événement de vie stressant ou à une adversité chronique. Le coping est défini au sens large comme l’ensemble des efforts cognitifs et comportementaux déployés pour maîtriser, réduire ou tolérer les tensions internes et externes générées par une transaction stressante.

L’instrument explore quatorze facettes distinctes du coping, réparties à raison de deux items par dimension : le coping actif, la planification, le recadrage positif, l’acceptation, l’humour, la religion, la recherche de soutien émotionnel, la recherche de soutien instrumental, l’auto-distraction, le déni, l’expression des sentiments (ventilation), l’usage de substances psychoactives, le désengagement comportemental et l’auto-culpabilisation. Les réponses sont recueillies sur une échelle de type Likert à 4 points (allant de 1 « I haven’t been doing this at all » à 4 « I’ve been doing this a lot »).

Sur le plan structurel, la littérature psychométrique regroupe couramment ces quatorze facettes selon des modèles d’ordre supérieur, notamment une architecture trifactorielle validée (Dias et al., 2012) distinguant le coping centré sur le problème, le coping centré sur l’émotion et le coping évitant, ou un modèle bifactoriel opposant les stratégies d’approche aux stratégies d’évitement (Eisenberg et al., 2012). Doté de qualités psychométriques rigoureuses, avec des coefficients de cohérence interne acceptables pour des sous-échelles à deux items et une excellente validité convergente et prédictive dans des contextes médicaux et psychiatriques variés, le Brief-COPE constitue une référence incontournable en psychologie de la santé, en psycho-oncologie et en psychopathologie clinique.

2. Mots-clés / Keywords

Brief-COPE, coping, stratégies d’ajustement, stress psychologique, psychométrie, coping centré sur le problème, coping centré sur l’émotion, coping évitant, régulation émotionnelle, psychologie de la santé, résilience, évaluation clinique.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue et standardisée par :

  • Charles S. Carver, Ph.D. (1947–2019) : Professeur émérite de psychologie au Département de Psychologie de l’Université de Miami (Coral Gables, Floride, États-Unis). Chercheur éminent et pionnier de renommée mondiale dans les domaines de la psychologie de la personnalité, de la motivation, de l’autorégulation comportementale et de l’oncologie psychosociale.

Travaux antérieurs fondateurs en collaboration avec :

  • Michael F. Scheier, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis), co-développeur de l’inventaire original COPE de 60 items et expert de l’optimisme dispositionnel.
  • Jagdish Kumari Weintraub : Chercheuse associée à l’Université de Miami, co-auteure des travaux initiaux d’opérationnalisation du concept de coping multidimensionnel.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental du Brief-COPE est de fournir une évaluation multidimensionnelle, concise et psychométriquement robuste des réponses cognitives, affectives et comportementales qu’un sujet adopte face à des situations génératrices de détresse psychologique. Contrairement à des mesures unidimensionnelles qui quantifient le stress perçu sans en expliciter la gestion, ou à des taxonomies simplistes opposant exclusivement l’action à la passivité, le Brief-COPE isole les mécanismes fonctionnels et dysfonctionnels sous-jacents aux efforts d’adaptation.

Dans la recherche clinique et médicale, la charge d’évaluation imposée aux participants représente une contrainte majeure. L’inventaire COPE complet de 60 items (Carver et al., 1989), bien que théoriquement exhaustif, induisait une fatigue attentionnelle excessive chez des patients sévèrement éprouvés par la maladie, la douleur ou des déficits cognitifs légers. Carver (1997) a donc développé le Brief-COPE pour répondre à la nécessité d’un protocole rapide d’administration (inférieur à 5 minutes) sans compromettre la granularité des sous-construits théoriques.

Les applications cliniques de cet instrument sont particulièrement étendues :

  • Oncologie et maladies chroniques : Évaluation de l’ajustement émotionnel des patients confrontés à un diagnostic vital ou lourd (ex. cancer du sein, insuffisance cardiaque congestive, affections neurodégénératives). Il permet de repérer précocement les profils à risque d’épuisement ou d’adhésion thérapeutique compromise.
  • Psychiatrie et psychothérapie : Identification des styles de gestion inadaptés (tels que le déni, la consommation de substances psychoactives ou le désengagement comportemental) chez des individus souffrant de troubles dépressifs, de troubles anxieux ou de trouble de stress post-traumatique (TSPT).
  • Psychologie d’urgence et victimologie : Suivi des survivants de catastrophes naturelles (contexte historique de la validation princeps post-ouragan de Carver en 1997), d’agressions physiques ou de chocs existentiels sévères.
  • Milieux organisationnels et sportifs de haute performance : Analyse de la résilience et des réactions sous haute pression compétitive ou organisationnelle (Poulus et al., 2020).

Sur le plan conceptuel, le test permet au praticien de poser un diagnostic fonctionnel précis : il ne s’agit pas de juger une stratégie comme intrinsèquement saine ou pathologique de manière rigide, mais d’évaluer son adéquation contextuelle, son intensité et son impact sur la trajectoire de santé globale du patient.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par le Brief-COPE est le coping transactionnel. Ce construit repose sur quatorze sous-construits élémentaires (facettes de 2 items chacune), qui peuvent être interprétés isolément ou agrégés en dimensions supérieures.

Les 14 facettes élémentaires du Brief-COPE

  • Coping actif (Active coping) : Déploiement d’efforts concrets pour modifier activement la situation problématique ou atténuer ses effets délétères. Exemple clinique : Réorganiser son emploi du temps pour suivre scrupuleusement un protocole médical complexe.
  • Planification (Planning) : Élaboration mentale de stratégies d’action réfléchies et séquencées pour faire face au stresseur. Exemple clinique : Établir une liste ordonnée de priorités financières suite à la perte d’un emploi.
  • Recherche de soutien instrumental (Use of instrumental support) : Démarche active auprès de tiers qualifiés visant à obtenir des conseils, des informations concrètes ou une assistance matérielle. Exemple clinique : Consulter des spécialistes pour comprendre les options thérapeutiques disponibles.
  • Recadrage positif (Positive reframing) : Réévaluation cognitive du stresseur sous un angle plus favorable, bienveillant ou constructif. Exemple clinique : Envisager une épreuve de santé comme une opportunité de redéfinir ses priorités existentielles.
  • Acceptation (Acceptance) : Reconnaissance lucide de la réalité incontournable du stresseur et de l’incapacité à annuler l’événement survenu. Exemple clinique : Admettre la perte irréversible d’une capacité motrice afin de concentrer ses forces sur la réadaptation.
  • Humour (Humor) : Utilisation du rire, de l’ironie ou de la dérision pour moduler la charge anxiogène d’une situation menaçante. Exemple clinique : Plaisanter sur les contraintes hospitalières avec ses proches pour dédramatiser l’environnement médical.
  • Religion et spiritualité (Religion) : Recours aux croyances, à la foi, à la prière ou à la méditation pour trouver réconfort et transcendance face à la souffrance. Exemple clinique : Prier régulièrement pour trouver la force psychologique d’endurer un traitement éprouvant.
  • Recherche de soutien émotionnel (Emotional support) : Quête de réassurance affective, d’empathie, de compréhension et de réconfort relationnel. Exemple clinique : Confier sa détresse et ses craintes intimes à son partenaire ou à un ami proche.
  • Expression des sentiments / Ventilation (Venting) : Décharge émotionnelle directe par verbalisation ou extériorisation des émotions pénibles sans nécessairement chercher de solution. Exemple clinique : Pleurer ouvertement ou exprimer avec véhémence sa colère face à une injustice.
  • Auto-distraction (Self-distraction) : Tentatives délibérées de détourner son attention du problème par des activités annexes (travail compensatoire, télévision, lecture, sommeil). Exemple clinique : S’immerger de manière compulsive dans des jeux vidéo pour échapper à des ruminations douloureuses.
  • Déni (Denial) : Refus cognitif ou perceptif d’admettre la réalité de l’événement stressant, se manifestant par une dénégation directe des faits. Exemple clinique : Agir comme si un diagnostic médical grave n’avait jamais été posé.
  • Usage de substances (Substance use) : Consommation d’alcool, de psychotropes ou de drogues récréatives comme moyen d’anesthésier temporairement la douleur psychique. Exemple clinique : Boire de l’alcool chaque soir pour dissiper l’anxiété liée à un conflit professionnel.
  • Désengagement comportemental (Behavioral disengagement) : Réduction drastique ou abandon des efforts engagés pour atteindre des objectifs ou tenter de résoudre la crise. Exemple clinique : Cesser de se lever le matin et renoncer à toute démarche administrative réparatrice.
  • Auto-culpabilisation (Self-blame) : Tendance à se reprocher excessivement la survenue de l’événement indésirable et à porter des jugements d’auto-critique sévères. Exemple clinique : Se tenir entièrement responsable d’une rupture relationnelle subie.

Les dimensions d’ordre supérieur

L’analyse psychométrique contemporaine regroupe couramment ces 14 facettes en trois macro-dimensions opérationnelles (Dias et al., 2012) :

  • Coping centré sur le problème : Regroupe le coping actif, la planification, le soutien instrumental et le recadrage positif. Il reflète une posture d’action pragmatique visant à modifier le stresseur.
  • Coping centré sur l’émotion : Comprend le soutien émotionnel, la ventilation, l’humour, l’acceptation, la religion et l’auto-culpabilisation. Il cible la modulation de l’impact affectif induit par la situation.
  • Coping évitant : Rassemble l’auto-distraction, le déni, l’usage de substances et le désengagement comportemental. Il traduit des efforts physiques ou psychiques de fuite face à la réalité menaçante.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le Brief-COPE s’enracine au croisement de deux des courants les plus influents de la psychologie cognitive et motivationnelle : la théorie transactionnelle et cognitive du stress de Richard Lazarus et Susan Folkman (1984), et le modèle d’autorégulation cybernétique des systèmes comportementaux développé par Carver et Scheier (1981, 1998).

Le modèle transactionnel de Lazarus et Folkman

Selon Lazarus et Folkman (1984), le stress n’est pas un stimulus externe univoque ni une réponse biologique passive, mais une relation dynamique (« transaction ») entre l’individu et son environnement. Cette transaction est médiée par deux processus d’évaluation cognitive :

  1. L’évaluation primaire (Primary appraisal) : L’individu juge si la situation représente une menace, un défi ou une perte pour son bien-être ou son intégrité.
  2. L’évaluation secondaire (Secondary appraisal) : L’individu évalue les ressources d’adaptation dont il dispose pour neutraliser la menace ou exploiter le défi.

Lazarus et Folkman avaient initialement dichotomisé le coping entre les stratégies centrées sur le problème (action directe) et celles centrées sur l’émotion (atténuation affective). Tout en conservant cet héritage fondamental, Carver et ses collègues ont enrichi cette approche en démontrant qu’une telle bipolarisation masque l’extrême diversité des sous-stratégies, certaines formes de gestion émotionnelle étant hautement adaptatives (recadrage, acceptation) tandis que d’autres s’avèrent pathogènes (auto-culpabilisation, déni prolongé).

Le modèle d’autorégulation comportementale de Carver et Scheier

Le cadre théorique spécifique apporté par Carver et Scheier intègre les concepts de boucles de rétroaction cybernétiques (feedback loops). Les individus comparent continuellement leur état présent à des valeurs cibles idéales (buts personnels). La confrontation à un stresseur introduit une perturbation dans cette boucle d’autorégulation :

  • Si les attentes de succès (expectancies) demeurent favorables, l’individu investit de l’énergie dans des stratégies d’approche (coping actif, persévérance, planification).
  • Si les attentes de succès s’effondrent, l’individu tend à abandonner la boucle d’autorégulation, basculant vers des stratégies de désengagement psychologique (déni, distraction cognitive) ou physique (abandon comportemental, repli autistique).

Le Brief-COPE a été précisément calibré pour cartographier ces moments de bascule fonctionnelle entre l’engagement adaptatif face au problème et le désengagement défensif.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du Brief-COPE a été documentée à travers un vaste corpus empirique international, confirmant sa pertinence conceptuelle, convergente, discriminante et prédictive.

Validité de contenu et de construit

Lors de sa construction (Carver, 1997), la validité de contenu a été garantie par la dérivation directe des items à partir de l’inventaire complet COPE (Carver et al., 1989), dont les propriétés conceptuelles reposaient sur une analyse sémiologique et clinique rigoureuse. Les deux items sélectionnés pour chacune des 14 échelles présentaient les saturations factorielles les plus élevées et les formulations les plus claires de l’échelle d’origine.

Validité convergente et concurrente

La validité convergente du Brief-COPE a été attestée par des corrélations cohérentes avec des construits de personnalité et de santé mentale :

  • Optimisme dispositionnel : Mesuré par le test LOT-R (Life Orientation Test-Revised), l’optimisme corrèle positivement et significativement avec le coping actif (r = 0,35 à 0,48, p < 0,001), la planification et le recadrage positif, tandis qu’il présente des corrélations négatives robustes avec le désengagement comportemental (r = -0,38, p < 0,001) et le déni.
  • Dépression et anxiété : Dans les cohortes de patients évaluées via l’échelle HADS (Hospital Anxiety and Depression Scale) ou le BDI (Beck Depression Inventory), les sous-échelles de coping évitant (déni, désengagement, consommation de substances) et l’auto-culpabilisation montrent des corrélations positives élevées (r compris entre 0,40 et 0,62, p < 0,001) avec la sévérité des symptômes dépressifs.
  • Qualité de vie : Dans les pathologies somatiques sévères (insuffisance cardiaque, cancer), les scores de coping centré sur le problème sont prédictifs d’une meilleure qualité de vie physique et psychosociale (SF-36).

Validité discriminante

Les analyses corrélationnelles indiquent que les sous-échelles du Brief-COPE ne sont pas de simples reflets du névrosisme (neuroticisme) mesuré par le modèle des Big Five. Bien que le névrosisme soit modérément associé à l’auto-culpabilisation et à la ventilation (r ≈ 0,30), les stratégies de coping expliquent une part de variance incrémentielle significative (entre 8 % et 15 %) dans la prédiction de la détresse psychologique, au-delà des seuls traits de personnalité stables.

Validité prédictive clinique

L’étude longitudinale menée par Eisenberg et al. (2012) auprès de patients atteints d’insuffisance cardiaque a révélé que le coping évitant modère de manière critique la relation entre l’anxiété et le fonctionnement physique évalué par les patients. Plus précisément, les patients anxieux recourant massivement au coping évitant présentaient une détérioration de leur capacité fonctionnelle significativement plus rapide que ceux mobilisant des stratégies d’approche.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité du Brief-COPE soulève des enjeux méthodologiques spécifiques inhérents aux échelles ultra-courtes constituées de seulement deux items par sous-dimension.

Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Dans l’étude princeps de validation (Carver, 1997), conduite auprès d’un échantillon communautaire de 168 participants confrontés aux ravages de l’ouragan Andrew, les coefficients alpha de Cronbach pour chaque paire d’items s’échelonnaient de façon globalement satisfaisante :

  • Coping actif : α = 0,68
  • Planification : α = 0,73
  • Recadrage positif : α = 0,64
  • Acceptation : α = 0,57
  • Humour : α = 0,73
  • Religion : α = 0,82
  • Soutien émotionnel : α = 0,71
  • Soutien instrumental : α = 0,64
  • Auto-distraction : α = 0,71
  • Déni : α = 0,54
  • Ventilation : α = 0,50
  • Usage de substances : α = 0,90
  • Désengagement comportemental : α = 0,65
  • Auto-culpabilisation : α = 0,69

Bien que certaines valeurs brutes (notamment pour la ventilation, le déni et l’acceptation) se situent en deçà du seuil académique standard de 0,70, les psychométriciens rappellent que l’alpha de Cronbach est mécaniquement dépendant de la longueur du test : un indice de 0,55 à 0,65 sur une échelle de 2 items traduit en réalité des inter-corrélations item-item robustes (souvent r > 0,40), largement conformes aux préconisations de Nunnally et Bernstein pour des micro-échelles.

Lorsque les items sont regroupés sous les trois macro-facteurs d’ordre supérieur (Dias et al., 2012), la consistance interne augmente substantiellement pour atteindre des niveaux d’excellence psychométrique :

  • Coping centré sur le problème (8 items) : α = 0,80 à 0,86
  • Coping centré sur l’émotion (12 items) : α = 0,74 à 0,81
  • Coping évitant (8 items) : α = 0,72 à 0,79

Stabilité temporelle (Test-retest)

Le coping étant théoriquement appréhendé comme une réponse adaptative situationnelle plutôt que comme un trait immuable, la fidélité test-retest dépend fondamentalement de la consigne d’administration (situationnelle versus dispositionnelle). Lorsqu’il est administré sous consigne dispositionnelle (« comment vous réagissez habituellement »), les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) à un intervalle de 4 à 6 semaines oscillent entre r = 0,58 et r = 0,79, attestant d’une stabilité temporelle adéquate tout en conservant une sensibilité clinique à la dynamique événementielle.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’exploration de la structure latente du Brief-COPE a fait l’objet de nombreuses investigations au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), mettant en lumière des configurations structurelles hiérarchisées.

Structure originale à 14 facteurs de Carver (1997)

L’analyse factorielle exploratoire princeps conduite par Carver (1997) par extraction en composantes principales avec rotation oblique a identifié 9 facteurs ayant des valeurs propres supérieures à 1,0, expliquant au total 72,4 % de la variance. Les paires d’items conçues pour mesurer la même facette saturaient de façon congruente sur leurs facteurs respectifs :

  • Les items d’usage de substances (items 4 et 11) saturaient à plus de 0,90 sur leur facteur unique sans saturation croisée.
  • Les échelles de religion (items 22 et 27), de planification (items 14 et 25) et d’humour (items 18 et 28) présentaient des saturations très nettes (supérieures à 0,70).
  • En revanche, certains regroupements fonctionnels émergeaient naturellement : les items de soutien émotionnel et de soutien instrumental présentaient des saturations croisées sur un facteur commun d’« appel au soutien social », justifiant leur proximité théorique.

Modèles structuraux d’ordre supérieur

Afin de simplifier l’exploitation clinique du test, deux modèles concurrents d’ordre supérieur dominent la littérature empirique :

1. Le modèle bifactoriel (Approche vs Évitement)

Validé notamment par Eisenberg et al. (2012) en contexte médical, ce modèle regroupe les stratégies selon une polarisation directionnelle :

  • Coping d’approche (Approach Coping) : Intègre le coping actif, la planification, le recadrage positif, l’acceptation et les formes instrumentales/émotionnelles de soutien social.
  • Coping d’évitement (Avoidant Coping) : Intègre le déni, la distraction, l’usage de substances, l’auto-culpabilisation et le désengagement comportemental.

2. Le modèle trifactoriel de Dias et al. (2012)

Ce modèle d’analyse factorielle confirmatoire démontre d’excellents indices d’ajustement global (CFI > 0,90 ; RMSEA < 0,06) et structure le test en trois macro-dimensions :

  • Coping centré sur le problème : 8 items (items 2, 7, 10, 12, 14, 17, 23, 25).
  • Coping centré sur l’émotion : 12 items (items 5, 9, 13, 15, 18, 20, 21, 22, 24, 26, 27, 28).
  • Coping évitant : 8 items (items 1, 3, 4, 6, 8, 11, 16, 19).

C’est ce modèle trifactoriel qui a été retenu par les plateformes de standardisation psychométrique clinique (telles que NovoPsych) pour l’établissement des normes contemporaines.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté).
  • Nombre total d’items : 28 questions courtes réparties en 14 sous-échelles de 2 items chacune.
  • Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée sur tablette/ordinateur ou administration en ligne assistée par intelligence artificielle.
  • Durée moyenne de complétion : 3 à 5 minutes.
  • Échelle de réponse (Likert à 4 points) :
    • 1 : I haven’t been doing this at all (Je n’ai pas du tout fait cela)
    • 2 : A little bit (Un petit peu)
    • 3 : A medium amount (Moyennement)
    • 4 : I’ve been doing this a lot (J’ai fait cela énormément)
  • Modalités de cotation :
    • Score moyen par sous-échelle : Somme des scores des items divisée par le nombre d’items de la dimension (donnant un score continu oscillant entre 1,00 et 4,00).
    • Absence totale d’inversion d’items : Aucun item n’est formulé sous forme négative inversée. Tous les items sont cotés de manière ascendante (1 = non utilisé, 4 = très fréquemment utilisé).
    • Attribution des items aux 3 macro-dimensions :
      • Coping centré sur le problème (8 items) : Somme ou moyenne des items 2, 7, 10, 12, 14, 17, 23, 25.
      • Coping centré sur l’émotion (12 items) : Somme ou moyenne des items 5, 9, 13, 15, 18, 20, 21, 22, 24, 26, 27, 28.
      • Coping évitant (8 items) : Somme ou moyenne des items 1, 3, 4, 6, 8, 11, 16, 19.
    • Attribution des items aux 14 facettes élémentaires :
      • Coping actif : Items 2 et 7.
      • Soutien instrumental : Items 10 et 23.
      • Recadrage positif : Items 12 et 17.
      • Planification : Items 14 et 25.
      • Soutien émotionnel : Items 5 et 15.
      • Ventilation émotionnelle : Items 9 et 21.
      • Humour : Items 18 et 28.
      • Acceptation : Items 20 et 24.
      • Religion : Items 22 et 27.
      • Auto-culpabilisation : Items 13 et 26.
      • Auto-distraction : Items 1 et 19.
      • Déni : Items 3 et 8.
      • Usage de substances : Items 4 et 11.
      • Désengagement comportemental : Items 6 et 16.
    • Données normatives et rangs percentiles :
      • Normes non-cliniques (Poulus et al., 2020 ; n = 316) : Coping centré sur le problème : M = 2,47 (SD = 0,63) ; Coping centré sur l’émotion : M = 2,23 (SD = 0,49) ; Coping évitant : M = 1,64 (SD = 0,45).
      • Normes cliniques en santé mentale ambulatoire (Hegarty & Buchanan, NovoPsych, 2021 ; n = 3635) : Permet la conversion des scores bruts en percentiles cliniques pour évaluer la position relative du patient au sein d’une population sous traitement psychologique.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1997 (publication de référence par Charles S. Carver dans l’International Journal of Behavioral Medicine).
  • Statut des droits d’auteur et licence d’utilisation : Le Brief-COPE est un instrument du domaine public à visée scientifique et clinique non-commerciale. Le Dr Charles S. Carver a formellement mis cet instrument en accès libre pour les chercheurs, les universitaires et les cliniciens du monde entier.
  • Tarifs / Coûts d’accès : L’utilisation du questionnaire original sous format papier ou électronique est entièrement gratuite. Aucun droit d’enregistrement, redevance (royalty) ou licence payante n’est exigible pour son utilisation dans le cadre de recherches académiques ou de la pratique clinique indépendante. Les plateformes psychométriques tierces informatisées peuvent appliquer des frais administratifs pour leurs propres logiciels d’analyse de données, mais le test en lui-même demeure libre de droits.

12. Références / References

Les sources et études scientifiques fondamentales encadrant l’échelle sont répertoriées ci-dessous selon les normes APA (7e édition) :

  • Carver, C. S. (1997). You want to measure coping but your protocol’s too long: Consider the brief COPE. International Journal of Behavioral Medicine, 4(1), 92–100. https://doi.org/10.1207/s15327558ijbm0401_6
  • Carver, C. S., & Scheier, M. F. (1981). Attention and self-regulation: A control-theory approach to human behavior. Springer-Verlag. https://doi.org/10.1007/978-1-4612-5887-2
  • Carver, C. S., & Scheier, M. F. (1998). On the self-regulation of behavior. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139174794
  • Carver, C. S., Scheier, M. F., & Weintraub, J. K. (1989). Assessing coping strategies: A theoretically based approach. Journal of Personality and Social Psychology, 56(2), 267–283. https://doi.org/10.1037/0022-3514.56.2.267
  • Dias, C., Cruz, J. F., & Fonseca, A. M. (2012). The relationship between multidimensional competitive anxiety, cognitive threat appraisal, and coping strategies: A multi-sport study. International Journal of Sport and Exercise Psychology, 10(1), 52–65. https://doi.org/10.1080/1612197X.2012.645131
  • Eisenberg, S. A., Shen, B. J., Schwarz, E. R., & Mallon, S. (2012). Avoidant coping moderates the association between anxiety and patient-rated physical functioning in heart failure patients. Journal of Behavioral Medicine, 35(3), 253–261. https://doi.org/10.1007/s10865-011-9358-0
  • Hegarty, D., & Buchanan, B. (2021). Brief Coping Orientation to Problems Experienced (Brief-COPE): Clinical Norms Report. NovoPsych Psychometrics Technical Report Series.
  • Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
  • Poulus, D., Coulter, T. J., Trotter, M. G., & Polman, R. (2020). Stress and coping in esports and the influence of mental toughness. Frontiers in Psychology, 11, 628. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2020.00628

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Scoring Formula: Scoring and Interpretation
1

= I haven’t been doing this at all
2

= A little bit
3

= A medium amount
4

= I’ve been doing this a lot
★

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Looti, M. (2026, octobre 16). Questionnaire Brief-COPE (Brief-COPE). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-brief-cope-brief-cope
Looti, Mohammed. “Questionnaire Brief-COPE (Brief-COPE).” Base de données de psychologie en français, 16 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-brief-cope-brief-cope.
Looti, Mohammed. “Questionnaire Brief-COPE (Brief-COPE).” Base de données de psychologie en français. octobre 16, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-brief-cope-brief-cope.