Questionnaire d’auto-évaluation des expériences pratiques et psychosociales liées à la COVID-19

Analyse psychométrique détaillée du Questionnaire d’auto-évaluation des expériences pratiques et psychosociales liées à la COVID-19 (COVID-PPE) conçu par Saez-Clarke et al. (2023) pour les survivants du cancer.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire d’auto-évaluation des expériences pratiques et psychosociales liées à la COVID-19 (en anglais, COVID-19 Practical and Psychosocial Experiences Self-report Questionnaire ou COVID-PPE), développé par Saez-Clarke et ses collaborateurs (2023), constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu spécifiquement pour appréhender l’impact multidimensionnel — tant délétère que salutogène — de la pandémie de COVID-19 chez les personnes ayant un antécédent de cancer (survivants du cancer). Comprenant initialement 43 items dérivés d’une démarche rigoureuse de validité de contenu et de validité faciale, l’outil examine les bouleversements pratiques, médicaux et psychologiques subis par des adultes recevant des soins oncologiques actifs ou engagés dans des protocoles de surveillance à long terme.

L’architecture psychométrique du COVID-PPE a été consolidée à travers une modélisation bifactorielle et hiérarchique reposant sur trois échantillons cliniques distincts aux États-Unis : un échantillon d’étalonnage pour l’analyse factorielle exploratoire (AFE), un échantillon de validation pour l’analyse factorielle confirmatoire (AFC), et un échantillon post-hoc de réplication. De ces analyses ont émergé deux versions opérationnelles : une version intégrale à 43 items et une version condensée et optimisée à 37 items. L’échelle est structurée autour de deux composantes de second ordre orthogonales ou corrélées modérément : les Facteurs de Risque (FR), intégrant cinq sous-échelles de premier ordre (Symptômes d’anxiété, Symptômes de dépression, Perturbations des soins de santé, Perturbations de la vie quotidienne et interactions sociales, Précarité financière), et les Facteurs de Protection (FP), regroupant quatre sous-échelles de premier ordre (Bénéfices perçus, Satisfaction à l’égard des soignants, Compétences perçues en gestion du stress, Soutien social).

Les propriétés métrologiques indiquent une consistance interne globale satisfaisante : sept des neuf sous-échelles affichent des indices élevés (coefficients alpha de Cronbach α compris entre 0,726 et 0,895 ; oméga de McDonald ω entre 0,802 et 0,895), tandis que deux sous-échelles révèlent des indices plus modestes (α de 0,599 à 0,681 ; ω de 0,586 à 0,692). L’administration s’effectue par voie électronique au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 5 points (de 0 = Totalement en désaccord à 4 = Totalement d’accord). Cet instrument comble une lacune majeure en psycho-oncologie en fournissant une métrique granulaire des conséquences systémiques de crises sanitaires majeures sur les trajectoires de soins chroniques.

2. Mots-clés / Keywords

Survivants du cancer, COVID-19, psycho-oncologie, anxiété, dépression, soutien social, facteurs de risque, facteurs de protection, perturbations des soins, échelle de mesure, psychométrie, gestion du stress, qualité de vie, santé publique.

3. Auteurs / Authors

L’instrumentation du COVID-PPE est le fruit d’une collaboration multicentrique entre plusieurs institutions de référence en oncologie et en psychologie de la santé aux États-Unis :

  • Estefany Saez-Clarke : Department of Psychology, College of Arts and Sciences, University of Miami, Coral Gables, Floride, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Amy K. Otto : Department of Public Health Sciences, Miller School of Medicine, University of Miami, Miami, Floride, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Sarah Prinsloo (ORCID : 0000-0003-3078-4558) : Department of Palliative, Rehabilitation and Integrative Medicine, The University of Texas M.D. Anderson Cancer Center, Houston, Texas, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Akina Natori (ORCID : 0000-0002-1146-4746) : Division of Medical Oncology, Department of Medicine, Miller School of Medicine, University of Miami, Miami, Floride, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Richard W. Wagner (ORCID : 0000-0002-5957-1743) : Department of Palliative, Rehabilitation and Integrative Medicine, The University of Texas M.D. Anderson Cancer Center, Houston, Texas, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Telma I. Gomez : Department of Palliative, Rehabilitation and Integrative Medicine, The University of Texas M.D. Anderson Cancer Center, Houston, Texas, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Jewel M. Ochoa : Department of Palliative, Rehabilitation and Integrative Medicine, The University of Texas M.D. Anderson Cancer Center, Houston, Texas, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Shelley S. Tworoger (ORCID : 0000-0002-6986-7046) : Department of Cancer Epidemiology, H. Lee Moffitt Cancer Center and Research Institute, Tampa, Floride, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Cornelia M. Ulrich : Department of Population Health Sciences, Huntsman Cancer Institute, University of Utah, Salt Lake City, Utah, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Cassandra A. Hathaway (ORCID : 0000-0002-2919-0499) : Department of Cancer Epidemiology, H. Lee Moffitt Cancer Center and Research Institute, Tampa, Floride, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Anita R. Peoples : Department of Population Health Sciences, Huntsman Cancer Institute, University of Utah, Salt Lake City, Utah, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Michael H. Antoni : Department of Psychology, College of Arts and Sciences, University of Miami, Coral Gables, Floride, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Julienne E. Bower : Department of Psychology, University of California Los Angeles (UCLA), Los Angeles, Californie, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Lorenzo Cohen : Department of Palliative, Rehabilitation and Integrative Medicine, The University of Texas M.D. Anderson Cancer Center, Houston, Texas, États-Unis. Courriel de correspondance : [email protected].
  • Frank J. Penedo : Department of Psychology, College of Arts and Sciences, University of Miami, Coral Gables, Floride, États-Unis. Courriel : [email protected].

4. Objectif / Purpose

L’émergence de la pandémie de COVID-19 au début de l’année 2020 a engendré des perturbations sans précédent dans l’écosystème mondial des soins de santé. Les personnes atteintes de cancer ou ayant des antécédents néoplasiques se sont immédiatement retrouvées dans une position d’extrême vulnérabilité. D’une part, l’immunosuppression induite par la pathologie maligne ou par les thérapies cytotoxiques (chimiothérapie, radiothérapie, thérapies ciblées, immunothérapie) augmentait drastiquement le risque de formes sévères et de mortalité liée à l’infection au SARS-CoV-2. D’autre part, la réorganisation d’urgence des infrastructures hospitalières a entraîné le report de chirurgies oncologiques curatives, l’espacement des séances de chimiothérapie, la suspension temporaire des protocoles de surveillance des récidives et l’instauration de politiques d’isolement strictes privant les patients de la présence de leurs proches lors des consultations cruciales.

Dans ce contexte, les échelles psychologiques génériques mesurant la détresse émotionnelle, l’anxiété générale (comme le GAD-7) ou la symptomatologie dépressive (comme le PHQ-9) se sont avérées insuffisantes pour capturer les défis écosystémiques uniques auxquels faisaient face les survivants du cancer. Ces échelles conventionnelles ne pouvaient ni évaluer l’interférence concrète entre la peur virale et l’adhésion aux soins oncologiques, ni mesurer les pertes matérielles spécifiques (perte d’assurance maladie liée au chômage pandémique), ni saisir les dynamiques d’adaptation positive. Le COVID-PPE Questionnaire a été conçu spécifiquement pour combler ce vide méthodologique et clinique.

L’objectif fondamental de cet instrument est double :

  • Évaluer les stresseurs objectifs et subjectifs (Facteurs de Risque) : quantifier l’anxiété de contamination intriquée à la peur de récidive néoplasique, l’impact des ruptures d’approvisionnement en médicaments vitaux, les annulations de rendez-vous médicaux, la précarité socio-économique induite et l’érosion du filet de sécurité social du fait de la distanciation physique.
  • Identifier les ressources résilientes et les adaptations salutogènes (Facteurs de Protection) : explorer les mécanismes par lesquels certains survivants ont mobilisé des ressources internes et relationnelles, développé de nouvelles stratégies de régulation émotionnelle, tiré parti de la télémédecine, et exprimé un sentiment de croissance post-traumatique ou de clarification existentielle induit par leur confrontation antérieure avec une maladie potentiellement mortelle.

Sur le plan clinique, le questionnaire vise à fournir aux oncologues, aux psychologues médicaux et aux travailleurs sociaux un outil de triage rapide et standardisé permettant d’identifier les patients à haut risque de décompensation psychologique, de non-observance thérapeutique ou d’effondrement financier. En recherche épidémiologique et comportementale, il permet de modéliser les trajectoires de survie à long terme, d’étudier les déterminants sociaux de la santé en contexte de crise sanitaire et de tester l’efficacité d’interventions ciblées de soutien psychosocial.

5. Construit psychologique / Construct

Le COVID-PPE repose sur une conceptualisation bidimensionnelle d’ordre supérieur, articulant une composante de Facteurs de Risque (Risk Factors – RF) et une composante de Facteurs de Protection (Protective Factors – PF). Chacune de ces composantes macroscopiques se décline en sous-dimensions spécifiques reflétant l’expérience vécue des patients.

Composante des Facteurs de Risque (RF)

Cette composante capture l’amplitude des stresseurs environnementaux, médicaux, financiers et psychologiques découlant de la crise pandémique :

  • Symptômes d’anxiété (Anxiety Symptoms) : évalue l’exacerbation des états d’alerte, la panique diffuse, la tension psychomotrice, l’irritabilité accrue, la saturation cognitive face aux flux médiatiques anxiogènes et les troubles du sommeil induits par la rumination pandémique (ex. item 17 : augmentation des sensations d’anxiété ou de panique).
  • Symptômes de dépression (Depression Symptoms) : mesure l’humeur dépressive, l’anhédonie, le sentiment de découragement profond face à l’avenir, l’impuissance apprise et l’épuisement face aux responsabilités quotidiennes et aux précautions sanitaires (ex. item 18 : sentiment de tristesse, de dépression ou d’absence d’espoir).
  • Perturbations des soins de santé (Health Care Disruptions) : appréhende l’interruption directe de la trajectoire oncologique, incluant les retards ou annulations de consultations diagnostiques, les modifications d’horaires de traitement, les difficultés à joindre l’équipe soignante référente, l’angoisse de fréquenter les hôpitaux en raison du risque viral et la peur que le cancer progresse en raison de la saturation du système de santé (ex. items 1, 2, 4 et 7).
  • Perturbations de la vie quotidienne et interactions sociales (Disruptions to Daily Activities and Social Interactions) : évalue le sentiment d’isolement social profond, la solitude causée par la distanciation physique obligatoire, le manque de contact corporel avec les proches et le fardeau accru de la conciliation entre vie domestique, soins personnels et devoirs familiaux (ex. items 13, 14 et 15).
  • Précarité financière (Financial Hardship) : mesure la détresse socio-économique tangible engendrée par la pandémie, notamment la perte d’emploi, la réduction des heures travaillées, les difficultés d’approvisionnement en biens de première nécessité et la crainte angoissante de perdre son assurance maladie ou de ne plus pouvoir assumer les coûts élevés des thérapies anticancéreuses (ex. items 9, 10 et 11).

Composante des Facteurs de Protection (PF)

Cette composante évalue les mécanismes adaptatifs, les leviers relationnels et les ressources de résilience mobilisés face à la crise :

  • Bénéfices perçus (Perceived Benefits) : explore la dimension de croissance post-traumatique, incluant la clarification des priorités existentielles, une plus grande appréciation des relations intimes, la gratitude pour le quotidien et la mise à profit du confinement pour recentrer ses valeurs de vie (ex. items 35, 36 et 37).
  • Satisfaction à l’égard des soignants et de la sécurité des soins (Provider Satisfaction) : mesure la perception de la rigueur des mesures sanitaires déployées dans les centres de cancérologie, la confiance accordée au personnel soignant pour prévenir la contamination nosocomiale et l’acceptabilité ainsi que l’efficacité perçue des consultations par télémédecine (ex. items 38 et 39).
  • Compétences perçues en gestion du stress (Perceived Stress Management Skills) : évalue l’auto-efficacité adaptative, la capacité à mettre en place des routines saines, l’engagement dans des activités créatives ou relaxantes à domicile, le recours à la pleine conscience, à la méditation ou à la spiritualité, ainsi que le sentiment de résilience personnelle puisé dans l’expérience passée de la lutte contre le cancer (ex. items 30, 31, 33, 41 et 42).
  • Soutien social (Social Support) : appréhende le soutien émotionnel et instrumental reçu de la part de l’entourage, la solidarité communautaire, le réconfort apporté par les proches et l’efficacité des technologies virtuelles (appels vidéo, messageries) pour préserver un sentiment d’appartenance et atténuer l’isolement physique (ex. items 25, 26, 27 et 28).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’élaboration et la structure conceptuelle du COVID-PPE s’enracinent dans quatre modèles théoriques cardinaux de la psychologie contemporaine :

Le Modèle Transactionnel du Stress et du Coping (Lazarus & Folkman)

Selon la théorie transactionnelle formulée par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984), le stress psychologique n’est ni un simple stimulus environnemental ni une simple réponse biologique, mais une relation transactionnelle bidirectionnelle entre l’individu et son environnement. L’évaluation cognitive primaire consiste à apprécier l’événement en termes de menace, de dommage/perte ou de défi. Dans le cas du cancer confronté à la COVID-19, la menace est exacerbée (surrisque vital perçu, rupture des soins). L’évaluation cognitive secondaire correspond à l’estimation des ressources et des options de régulation disponibles (coping centré sur le problème ou sur l’émotion). Le COVID-PPE reflète explicitement cette articulation : les sous-échelles de Facteurs de Risque évaluent la charge stresseuse perçue, tandis que les sous-échelles de Facteurs de Protection capturent les mécanismes de coping fonctionnels (compétences d’adaptation, recours au soutien social, ajustement de la routine quotidienne).

La Théorie de la Conservation des Ressources (Hobfoll)

La Conservation of Resources (COR) Theory formulée par Stevan Hobfoll postule que les individus luttent activement pour acquérir, préserver, protéger et accumuler des ressources (objets, conditions, caractéristiques personnelles, énergies). Selon Hobfoll, le stress psychologique survient lorsque ces ressources sont menacées d’épuisement, effectivement perdues, ou lorsque l’investissement d’une ressource majeure échoue à produire le retour escompté. Les personnes atteintes de cancer opèrent déjà avec un réservoir de ressources physiologiques, financières et énergétiques fortement amputé. L’irruption de la COVID-19 a enclenché des « spirales de pertes » (loss spirals) : perte d’accès aux soignants, perte de revenus, perte de mobilité sociale. Parallèlement, ceux qui disposaient de « caravanes de ressources » (soutien social solide, stabilité d’assurance, sentiment d’auto-efficacité) ont pu amortir l’onde de choc pandémique, un postulat directement traduit dans la modélisation du COVID-PPE.

Le Modèle de la Croissance Post-Traumatique (Tedeschi & Calhoun)

Le concept de croissance post-traumatique (Post-Traumatic Growth – PTG), formalisé par Tedeschi et Calhoun (1996, 2004), stipule qu’une crise existentielle majeure peut ébranler les schémas cognitifs de l’individu au point de susciter, à travers un travail cognitif reconstructeur, des bénéfices positifs profonds. Ces bénéfices se manifestent par une plus grande force personnelle, un renforcement des liens interpersonnels et une appréciation renouvelée de la vie. Fait remarquable exploré par le COVID-PPE, de nombreux survivants du cancer ont mobilisé la perspective existentielle acquise lors de leur diagnostic initial pour mieux contextualiser et relativiser l’adversité liée au confinement sanitaire (ex. item 41 : « Avoir survécu au cancer ou y avoir fait face m’a donné du recul pour gérer la pandémie »). Le questionnaire intègre ce phénomène dans ses dimensions de bénéfices perçus et de résilience.

Le Modèle Bio-Comportemental en Psycho-Oncologie (Antoni, Andersen & Penedo)

Développé notamment par Michael H. Antoni et Frank J. Penedo, co-auteurs de cet instrument, ce cadre théorique modélise la façon dont les stresseurs chroniques modulent l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) et le système nerveux sympathique, induisant une dérégulation immunitaire, une élévation des cytokines pro-inflammatoires et un potentiel impact défavorable sur la progression tumorale et la survie. Les interventions psychosociales ciblant la réduction du stress et le développement de compétences de coping (Cognitive-Behavioral Stress Management – CBSM) exercent des effets régulateurs mesurables sur l’immunité et la qualité de vie. Le COVID-PPE a été pensé pour capter précisément les cibles modulables par ces interventions : relaxation, gestion des pensées automatiques, soutien perçu et adhésion thérapeutique.

7. Validité / Validity

La validation psychométrique du questionnaire COVID-PPE par Saez-Clarke et al. (2023) a reposé sur une démarche empirique rigoureuse articulée autour d’un protocole multicentrique national aux États-Unis.

Validité de contenu et validité faciale

La génération initiale du pool de 43 items a été guidée par un panel d’experts interdisciplinaires comprenant des psychologues cliniciens spécialisés en oncologie, des oncologues médicaux, des épidémiologistes du cancer et des méthodologistes de la mesure psychologique issus d’institutions majeures (University of Miami, M.D. Anderson Cancer Center, Moffitt Cancer Center, Huntsman Cancer Institute, UCLA). Ces spécialistes ont analysé la pertinence, la clarté et l’exhaustivité des énoncés pour s’assurer que l’instrument couvrait l’ensemble des répercussions pratiques, médicales, financières et affectives rapportées par les patients dans les phases précoces de la pandémie.

Validité de construit et structure dimensionnelle

La validité de construit a été examinée par le biais d’une stratégie séquentielle scindant les participants en trois cohortes indépendantes :

  • Cohorte d’étalonnage (Calibration sample) : soumise à des analyses factorielles exploratoires afin d’épurer la structure latente et d’examiner le comportement des items.
  • Cohorte de validation (Validation sample) : dédiée à l’analyse factorielle confirmatoire pour tester l’adéquation du modèle multifactoriel théorique.
  • Cohorte post-hoc : destinée à valider la robustesse des solutions à 43 et à 37 items.

Pour la composante des Facteurs de Protection (PF), la structure à 4 facteurs a démontré une adéquation globale satisfaisante : bien que le chi-carré se soit avéré statistiquement significatif compte tenu de la forte taille d’échantillon (χ²(82) = 1790,186, p < 0,001), les indices d’ajustement pratiques ont confirmé la cohérence du modèle : Tucker-Lewis Index (TLI) = 0,945 ; Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,064 (intervalle de confiance à 90 % : 0,061 – 0,066), ce qui correspond aux standards méthodologiques d’une erreur d’approximation acceptable (≤ 0,06-0,08) ; Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) = 0,044 (≤ 0,05 indiquant un excellent ajustement résiduel).

Le Comparative Fit Index (CFI) rapporté dans les modèles préliminaires était de 0,57, ce qui a justifié le raffinement des paramètres et la sélection de la version abrégée à 37 items, laquelle élimine les items présentant des saturations croisées indésirables ou une redondance conceptuelle résiduelle, améliorant substantiellement les indices incrémentaux.

Validité convergente et corrélations inter-facteurs

Au sein de la composante des Facteurs de Risque (RF), les corrélations inter-facteurs observées dans le modèle final variaient entre 0,35 et 0,71. Ces coefficients modérés à forts confirment que les sous-échelles partagent une variance commune attribuable au construit d’ordre supérieur de détresse liée à la crise, tout en conservant une spécificité suffisante pour justifier leur utilisation clinique distincte (absence de multicolinéarité excessive > 0,85). De plus, les associations positives observées entre la précarité financière et les symptômes dépressifs, ainsi qu’entre les perturbations médicales et l’anxiété, attestent d’une cohérence théorique robuste.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité de l’instrument a fait l’objet d’estimations complètes de la consistance interne à l’aide de deux coefficients complémentaires : le coefficient classique alpha de Cronbach (α) et le coefficient oméga de McDonald (ω), ce dernier étant reconnu pour son insensibilité aux violations de tau-équivalence.

Consistance interne des sous-échelles

Les analyses publiées par Saez-Clarke et al. (2023) révèlent une hétérogénéité contrôlée mais globalement solide des indices de fidélité selon les domaines évalués :

  • Sous-échelles à fidélité élevée à très bonne (7 sous-échelles sur 9) :
    • Les coefficients α de Cronbach oscillent entre 0,726 et 0,895, témoignant d’une excellente cohésion des énoncés au sein de chaque construit spécifique.
    • Les coefficients ω de McDonald se situent entre 0,802 et 0,895, attestant d’une proportion substantielle de variance vraie capturée par les facteurs latents respectifs.
    • Ces valeurs concernent notamment les sous-échelles explorant les symptômes anxieux, dépressifs, les perturbations de la vie quotidienne et le soutien social.
  • Sous-échelles à fidélité modérée ou contestable (2 sous-échelles sur 9) :
    • Deux sous-échelles ont enregistré des indices de consistance interne plus faibles : α compris entre 0,599 et 0,681, et ω entre 0,586 et 0,692.
    • Ces résultats concernent principalement des sous-échelles composées d’un nombre restreint d’items évaluant des réalités pratiques plus hétérogènes (par exemple, des aspects spécifiques de perturbations logistiques des soins médicaux où un patient peut subir des retards sans pour autant manquer de fournitures médicales).

Ces données de fidélité confirment que le COVID-PPE dispose d’une précision de mesure tout à fait acceptable pour une utilisation en recherche observationnelle et interventionnelle, tout en invitant les cliniciens à interpréter les sous-échelles à fidélité modérée au regard des items individuels plutôt que d’un score composite rigide.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La validation empirique de l’architecture interne du COVID-PPE a impliqué une modélisation factorielle avancée, dissociant délibérément la sphère des risques et celle des protections.

Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)

Sur l’échantillon d’étalonnage (Calibration EFA sample), des analyses factorielles exploratoires avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, compte tenu des intercorrélations attendues entre composantes de détresse) ont été menées indépendamment pour les deux blocs d’items :

  • Composante des Facteurs de Risque (RF) : Plusieurs modèles concurrents ont été évalués. Le modèle retenu (RF-EFA Model 3) a présenté les indices d’ajustement les plus parcimonieux et solides, avec une résiduelle quadratique moyenne (Root Mean Square Residual – RMSR) de 0,02 et un critère d’information bayésien (Bayesian Information Criterion – BIC) de 2345,94. Ce modèle a révélé les communalités les plus élevées, confirmant une organisation claire en 5 sous-dimensions (Anxiété, Dépression, Perturbations des soins, Perturbations du quotidien, Précarité financière), avec des corrélations inter-facteurs s’étendant de 0,35 à 0,71.
  • Composante des Facteurs de Protection (PF) : L’analyse factorielle exploratoire (PF-EFA Model 3) a isolé une solution optimale à 4 facteurs (Bénéfices perçus, Satisfaction envers les prestataires, Compétences de gestion du stress, Soutien social). Cette solution a expliqué 60,0 % de la variance totale des items protecteurs, un seuil robuste en psychologie de la santé.

Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)

Sur l’échantillon indépendant de validation, l’AFC a permis de tester formellement l’ajustement de la structure factorielle postulée. Pour la composante des Facteurs de Protection, le modèle avec 83 paramètres libres a fourni les résultats suivants :

  • Statistique du Chi-carré : χ²(82) = 1790,186, p < 0,001.
  • Tucker-Lewis Index (TLI) : 0,945 (démontrant un très bon ajustement par rapport au modèle nul).
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : 0,064 (IC à 90 % : [0,061 ; 0,066]).
  • Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : 0,044.

Les saturations factorielles standardisées des items sur leurs facteurs respectifs étaient majoritairement supérieures à 0,50, confirmant la représentativité des énoncés pour leurs dimensions d’appartenance. Les analyses post-hoc ont conduit à la proposition de deux versions opérationnelles : la version originelle à 43 items conservant l’exhaustivité des indicateurs pratiques, et une version épurée à 37 items optimisant la parcimonie statistique et la stabilité des indices d’ajustement dans des cohortes hétérogènes de patients atteints de cancer.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation / Inventaire psychologique standardisé.
  • Modalité d’administration : Administration électronique (en ligne via plateformes sécurisées conformes aux normes HIPAA/RGPD, ordinateurs, tablettes ou smartphones) ou sur format papier auto-administré.
  • Population cible : Adultes (≥ 18 ans), hommes et femmes, ayant reçu un diagnostic de cancer (en cours de traitement actif curatif ou palliatif, ou en phase de rémission et de surveillance post-thérapeutique).
  • Nombre total d’items : 43 items dans la version intégrale ; 37 items dans la version réduite issue des analyses factorielles confirmatoires.
  • Format des réponses : Échelle de type Likert en 5 points, cotée de 0 à 4 :
    • 0 = Strongly Disagree (Totalement en désaccord)
    • 1 = Disagree (En désaccord)
    • 2 = Neutral / Neither Agree nor Disagree (Neutre / Ni en accord ni en désaccord)
    • 3 = Agree (D’accord)
    • 4 = Strongly Agree (Totalement d’accord)
  • Structure des dimensions et sous-échelles :
    • Facteurs de Risque (RF) :
      • Symptômes d’anxiété (Anxiety Symptoms)
      • Symptômes de dépression (Depression Symptoms)
      • Perturbations des soins de santé (Health Care Disruptions)
      • Perturbations des activités quotidiennes et interactions sociales (Disruptions to Daily Activities and Social Interactions)
      • Précarité financière (Financial Hardship)
    • Facteurs de Protection (PF) :
      • Bénéfices perçus (Perceived Benefits)
      • Satisfaction à l’égard des soignants (Provider Satisfaction)
      • Compétences perçues en gestion du stress (Perceived Stress Management Skills)
      • Soutien social (Social Support)
  • Calcul des scores et cotation :
    • Les scores peuvent être établis sous forme de sommes directes ou de moyennes arithmétiques par sous-échelle.
    • Deux scores globaux composites d’ordre supérieur peuvent être calculés : le Score Global de Risque (RF) et le Score Global de Protection (PF).
    • Aucun item inversé n’est nécessaire au sein des sous-échelles univariées, car les énoncés sont orientés de manière cohérente au sein de leur domaine respectif (les items négatifs saturent sur les sous-échelles RF et les items positifs sur les sous-échelles PF).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication officielle : 2023.
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par les auteurs (Saez-Clarke et coll., University of Miami / The University of Texas M.D. Anderson Cancer Center) et par l’éditeur scientifique Springer Nature Switzerland AG.
  • Conditions d’utilisation et permissions : L’utilisation de l’instrument dans le cadre de recherches académiques non commerciales ou d’évaluations cliniques est généralement accordée à titre gracieux sur demande écrite adressée aux auteurs correspondants (Dr Lorenzo Cohen : [email protected] ou Dr Frank J. Penedo : [email protected]).
  • Frais d’utilisation (Fees) : Gratuit pour la recherche scientifique sans but lucratif. Toute intégration dans des essais cliniques parrainés par l’industrie pharmaceutique ou dans des plateformes commerciales requiert une convention de licence spécifique.

12. Références / References

Les sources et fondements scientifiques de l’instrument sont documentés dans les publications suivantes :

  • Antoni, M. H., & Andersen, B. L. (2008). Social support, stress management, and depression in cancer patients and survivors. Journal of Clinical Oncology, 26(10), 1580–1582. https://doi.org/10.1200/JCO.2007.15.5440
  • Hobfoll, S. E. (1989). Conservation of resources: A new attempt at conceptualizing stress. American Psychologist, 44(3), 513–524. https://doi.org/10.1037/0003-066X.44.3.513
  • Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
  • Saez-Clarke, E., Otto, A. K., Prinsloo, S., Natori, A., Wagner, R. W., Gomez, T. I., Ochoa, J. M., Tworoger, S. S., Ulrich, C. M., Hathaway, C. A., Peoples, A. R., Antoni, M. H., Bower, J. E., Cohen, L., & Penedo, F. J. (2023). Development and initial psychometric evaluation of a COVID-related psychosocial experiences questionnaire for cancer survivors. Quality of Life Research: An International Journal of Quality of Life Aspects of Treatment, Care & Rehabilitation, 32(12), 3475–3494. https://doi.org/10.1007/s11136-023-03456-4
  • Tedeschi, R. G., & Calhoun, L. G. (2004). Posttraumatic growth: Conceptual foundations and empirical evidence. Psychological Inquiry, 15(1), 1–18. https://doi.org/10.1207/s15327965pli1501_01

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale: Items are rated on a 5-point Likert-type scale (0 = Strongly Disagree, 4 = Strongly Agree). The administration method is electronic.

  1. I was worried that getting COVID-19 would interfere with my cancer treatment or follow-up care.
  2. I experienced delays or cancellations in my scheduled medical appointments due to the pandemic.
  3. I felt anxious about going to healthcare facilities because of the risk of COVID-19 exposure.
  4. I had difficulty getting in touch with my healthcare team when I needed them.
  5. Changes in hospital or clinic visitor policies made me feel alone during my medical visits.
  6. I worried about how COVID-19 would affect my overall health given my cancer history.
  7. I felt that my cancer care was compromised because of the healthcare system’s focus on COVID-19.
  8. I had trouble obtaining necessary medications or medical supplies during the pandemic.
  9. The pandemic caused me or my household significant financial stress.
  10. I worried about losing my health insurance or being unable to afford medical care.
  11. I had to cut back on spending for everyday necessities because of financial changes during the pandemic.
  12. I experienced a loss of employment or reduced working hours due to the pandemic.
  13. I felt isolated and cut off from friends and family.
  14. Physical distancing measures made me feel lonely.
  15. I missed having close physical contact with my loved ones.
  16. I felt disconnected from my usual social support network.
  17. I experienced increased feelings of anxiety or panic during the pandemic.
  18. I felt down, depressed, or hopeless about the future.
  19. News and media coverage about COVID-19 made me feel overwhelmed.
  20. I had trouble sleeping or experienced poor sleep quality due to pandemic stress.
  21. I felt more irritable, frustrated, or angry than usual.
  22. I worried about loved ones getting infected with COVID-19.
  23. Managing household responsibilities and pandemic precautions felt overwhelming.
  24. I had difficulties balancing work or caregiving with my health needs during the pandemic.
  25. I was able to find comfort and strength from family members or close friends.
  26. People in my life stepped forward to support me in practical ways during the pandemic.
  27. I felt emotionally supported by those close to me despite physical distancing.
  28. Virtual communication (such as phone calls, video chats, or messaging) helped me stay connected with others.
  29. I felt a sense of solidarity and community connection during the pandemic.
  30. I was able to adapt and find healthy ways to cope with the challenges of the pandemic.
  31. I found comfort in hobbies, creative outlets, or relaxing activities at home.
  32. I made meaningful positive adjustments to my daily routine.
  33. I used mindfulness, meditation, or prayer/spiritual practices to help me manage stress.
  34. I felt resilient in handling pandemic-related uncertainties.
  35. The pandemic gave me an opportunity to reflect on what is truly important in my life.
  36. I appreciated the extra time I was able to spend with members of my household.
  37. I felt more grateful for my everyday life and relationships.
  38. Telehealth visits allowed me to stay connected with my healthcare providers conveniently.
  39. My healthcare providers took adequate precautions to keep me safe during clinic visits.
  40. I felt confident in my ability to protect myself from getting COVID-19.
  41. Having survived or dealt with cancer helped give me perspective to handle the pandemic.
  42. I felt a greater sense of personal strength having navigated both cancer and the pandemic.
  43. I was able to maintain a positive outlook despite the challenges of the pandemic.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 14). Questionnaire d’auto-évaluation des expériences pratiques et psychosociales liées à la COVID-19. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-auto-evaluation-experiences-pratiques-psychosociales-covid-19-covid-ppe
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’auto-évaluation des expériences pratiques et psychosociales liées à la COVID-19.” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-auto-evaluation-experiences-pratiques-psychosociales-covid-19-covid-ppe.
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’auto-évaluation des expériences pratiques et psychosociales liées à la COVID-19.” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-auto-evaluation-experiences-pratiques-psychosociales-covid-19-covid-ppe.