Questionnaire sur les attitudes envers l’érotisme

Le Questionnaire sur les attitudes envers l’érotisme (ATEQ), développé par Ilsa L. Lottes et Martin S. Weinberg, est une échelle psychométrique évaluant les perceptions des effets néfastes, des effets positifs et de la restriction légale des matériels sexuellement explicites.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire sur les attitudes envers l’érotisme (Attitudes Toward Erotica Questionnaire, ou ATEQ) est un instrument psychométrique et sociologique développé au début des années 1990 par la chercheuse Ilsa L. Lottes et le sociologue Martin S. Weinberg, en collaboration avec I. Weller. Conçu initialement au sein d’un groupe de travail universitaire (Task Force on Pornography) suite à des controverses juridiques et éthiques relatives à la diffusion publique de médias sexuellement explicites dans un campus du Midwest américain, cet outil évalue la structure multidimensionnelle des perceptions individuelles et normatives à l’égard de divers matériels érotiques et pornographiques.

L’ATEQ se compose de 21 items mesurant trois dimensions fondamentales :

  • La sous-échelle des effets néfastes (Harmful scale, 9 items), évaluant l’attribution de conséquences préjudiciables telles que l’exploitation d’autrui, la dégradation morale ou la violence sexuelle ;
  • La sous-échelle des effets positifs (Positive scale, 7 items), mesurant les bénéfices perçus sur l’épanouissement sexuel, la pédagogie intime et le soulagement des tensions ;
  • La sous-échelle de restriction et régulation (Restrict scale, 5 items), quantifiant le soutien accordé à la censure légale, aux interdictions de diffusion publique et à l’accès par les mineurs ou les adultes.

Les participants répondent à l’aide d’une échelle de type Likert en 5 points, allant de 1 (Fortement en désaccord) à 5 (Fortement en accord). L’une des particularités méthodologiques majeures de l’ATEQ réside dans sa flexibilité : il est paramétrable pour évaluer des supports spécifiques (par exemple les magazines de type Playboy ou Hustler, les revues de sex-shops) ou des formats audiovisuels (tels que les films classés X).

Sur le plan psychométrique, l’instrument démontre une excellente consistance interne. Dans l’échantillon princeps de 663 étudiants universitaires (52 % de femmes), les coefficients alpha de Cronbach oscillent entre 0,84 et 0,90 pour l’échelle des effets néfastes, entre 0,73 et 0,78 pour l’échelle des effets positifs, et entre 0,84 et 0,85 pour l’échelle de restriction. Bien que les trois dimensions offrent une granularité conceptuelle pertinente, l’analyse factorielle exploratoire orthogonale a mis en évidence un facteur général dominant expliquant 63 % de la variance totale, traduisant une polarisation évaluative globale binaire (« favorable » versus « défavorable ») envers les représentations érotiques. La validité de construit est étayée par des corrélations robustes avec la religiosité, l’activité sexuelle, la fréquence de consommation de pornographie et les disparités de genre.

2. Mots-clés / Keywords

Attitudes envers l’érotisme, ATEQ, pornographie, sexualité humaine, censure, normes communautaires, psychométrie, attitudes sociosexuelles, représentations sexuelles, régulation légale, Ilsa L. Lottes, Martin S. Weinberg.

3. Auteurs / Authors

Le Attitudes Toward Erotica Questionnaire a été élaboré par des figures majeures de la sociologie de la sexualité et de la recherche comportementale nord-américaine :

  • Ilsa L. Lottes, Ph.D. : Professeure émérite au Département de sociologie, d’anthropologie et de santé publique de l’Université du Maryland, Baltimore County (UMBC), États-Unis. Ses travaux universitaires portent sur les scripts sexuels, les droits reproductifs, les attitudes envers la pornographie et les violences de genre dans une perspective transnationale comparée.
  • Martin S. Weinberg, Ph.D. : Professeur émérite de sociologie à l’Université de l’Indiana à Bloomington, chercheur affilié de longue date au prestigieux Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction. Auteur prolifique, il a consacré sa carrière à l’étude des déviances perçues, de la bisexualité, de l’homosexualité et de la sociologie de l’érotisme.
  • Ingrid Weller : Chercheuse et collaboratrice méthodologique lors de l’étude empirique fondatrice menée sur les réactions socioculturelles face à la pornographie au sein des campus universitaires.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental du Questionnaire sur les attitudes envers l’érotisme est de fournir une mesure standardisée, quantitative et différentielle des attitudes individuelles et collectives face aux matériels sexuellement explicites. La genèse de l’instrument s’inscrit dans un contexte institutionnel critique : au sein d’une grande université du Midwest américain, l’arrestation d’un étudiant ayant organisé la projection payante d’un film pornographique classé X afin de financer les activités de sa résidence universitaire déclencha une vive controverse. Face aux tensions polarisées entre liberté d’expression, accusations d’obscénité et revendications féministes contre l’exploitation des femmes, les autorités universitaires mirent en place un groupe d’étude (University Task Force on Pornography) mandaté pour objectiver empiriquement les réactions de la communauté étudiante.

D’un point de vue scientifique et appliqué, l’ATEQ répond à plusieurs nécessités méthodologiques fondamentales :

  • Opérationnaliser les « normes communautaires contemporaines » (Community Standards) : Dans la jurisprudence américaine relative à l’obscénité, notamment issue de l’arrêt historique de la Cour suprême des États-Unis Miller v. California (1973), la qualification juridique d’un matériel comme obscène dépend en partie de l’application des standards moyens de la communauté locale. L’ATEQ a été pensé comme un instrument rigoureux permettant aux sociologues et aux experts judiciaires d’évaluer empiriquement si un public donné juge un contenu offensant, dénué de valeur sociale ou méritant une proscription pénale.
  • Distinguer les supports et les genres érotiques : Contrairement aux échelles antérieures qui traitaient la « pornographie » comme un bloc homogène et indifférencié, l’ATEQ part du postulat épistémologique que les réactions varient drastiquement selon le type de média. Il permet d’administrer les 21 items en regard d’une cible précise : magazines grand public érotisés (ex. Playboy), magazines pornographiques explicites (ex. Hustler), publications vendues exclusivement en sex-shops pour adultes, ou productions cinématographiques et vidéographiques explicites (ex. Deep Throat).
  • Recherche fondamentale en sexologie et en psychologie sociale : L’ATEQ permet d’analyser les déterminants idéologiques, religieux, cognitifs et comportementaux des attitudes à l’égard de la sexualité. Il est couramment employé pour investiguer comment la socialisation de genre, l’adhésion aux rôles traditionnels masculins/féminins, ou l’exposition répétée aux médias numériques modulent la tolérance envers les contenus érotiques.
  • Évaluation clinique et psychoéducative : En thérapie de couple et en sexologie clinique, l’ATEQ peut servir d’outil diagnostique pour mettre en lumière les décalages normatifs au sein du couple quant à la consommation de pornographie, clarifiant si les réticences d’un partenaire relèvent de la crainte d’un dommage relationnel, d’un dégoût moral ou d’un rejet de l’exploitation commerciale du corps humain.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par l’ATEQ appréhende le système d’attitudes envers les stimuli sexuellement explicites non pas comme une simple disposition affective positive ou négative, mais comme une constellation cognitive tripartite articulant des jugements de préjudice, des attributions de bénéfices et des intentions conatives de contrôle social.

1. La dimension des effets néfastes (Harmful Scale)

Cette dimension regroupe 9 items (items 1, 4, 6, 7, 9, 10, 12, 20 et 21). Elle évalue la croyance selon laquelle l’érotisme et la pornographie exercent un pouvoir destructeur sur les individus, les relations interpersonnelles et le tissu social. Cette sous-échelle intègre plusieurs facettes critiques :

  • L’exploitation et la dégradation de genre : Les items interrogent directement l’exploitation des femmes (item 1) ainsi que celle des hommes (item 7), mais aussi le caractère dégradant des représentations corporelles et des mises en scène (item 10 pour les hommes, item 21 pour les femmes).
  • L’association avec l’agression et la violence : L’item 9 mesure la perception d’une augmentation de la probabilité des violences sexuelles dans la société, tandis que l’item 12 explore l’association perçue entre sexualité et violence explicite dans le matériel.
  • L’anomie morale et le sentiment d’offense : L’item 4 capture l’idée d’un effondrement des valeurs morales communautaires sous l’effet de la disponibilité de tels médias, tandis que l’item 6 sonde la réaction affective directe d’offense personnelle ressentie par le sujet.

2. La dimension des effets positifs (Positive Scale)

Composée de 7 items (items 5, 11, 13, 15, 17, 18 et 19), cette sous-échelle opérationnalise les fonctions constructives, récréatives, éducatives et thérapeutiques attribuées aux médias érotiques. Elle s’ancre dans les perspectives sexologiques positives mettant en valeur :

  • L’amélioration relationnelle et la catharsis : L’item 5 postule que le matériel peut enrichir la vie sexuelle des adultes consentants, tandis que l’item 11 évalue l’hypothèse cathartique selon laquelle l’érotisme offre un exutoire sain aux tensions sexuelles refoulées.
  • L’amplification du plaisir masturbatoire : La sous-échelle prend soin de sonder distinctement l’utilité du matériel pour la masturbation féminine (item 13) et masculine (item 19), reflétant une conception non androcentrée de l’hédonisme sexuel.
  • L’apprentissage et la valorisation sociale : L’instrument mesure le potentiel pédagogique pour l’apprentissage de techniques sexuelles (item 15), la reconnaissance d’un rôle social globalement plus bénéfique que néfaste (item 18), et la nécessité d’informer activement la population sur ces bienfaits (item 17).

3. La dimension de restriction et régulation (Restrict Scale)

Structurée autour de 5 items (items 2, 3, 8, 14 et 16), cette dimension évalue l’adhésion aux politiques institutionnelles de censure et de contrôle étatique. Elle met en tension l’impératif de protection publique et les principes fondamentaux de libre expression :

  • La criminalisation et l’interdiction légale : L’item 14 sonde l’adhésion à l’interdiction pénale pure et simple du matériel sexuellement explicite.
  • La disponibilité commerciale et l’accessibilité selon l’âge : Les items 2, 3 et 8 mesurent respectivement le soutien à la vente et diffusion publique, à l’accès garanti pour les adultes, et à la mise à disposition contestée auprès des mineurs de moins de 18 ans.
  • La protection constitutionnelle : L’item 16 fait explicitement référence au premier amendement de la Constitution des États-Unis, mesurant le degré d’assimilation des productions érotiques à la liberté d’expression et à la liberté de la presse.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement de l’ATEQ s’enracine au confluent de plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie sociale, de la sociologie de la déviance et des études de genre.

1. Le débat féministe sur la pornographie : radicalisme contre pro-sexe

Au cours des années 1980 et 1990, le champ intellectuel anglo-saxon fut profondément traversé par les Feminist Sex Wars. D’un côté, le féminisme radical porté par Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon soutenait que la pornographie constitue une pratique directe de subordination et de violence sexiste, conditionnant les hommes à la domination et déshumanisant les femmes. De l’autre côté, le courant du féminisme « pro-sexe » (Sex-Positive Feminism), représenté par des théoriciennes telles qu’Ellen Willis ou Gayle Rubin, affirmait que la censure d’État est historiquement retournée contre les minorités sexuelles et les femmes elles-mêmes, et que l’érotisme peut constituer un vecteur d’émancipation, d’exploration du désir et de réappropriation corporelle. L’architecture de l’ATEQ reflète directement cette controverse en équilibrant rigoureusement les items dénonçant l’objectification et l’exploitation avec des items valorisant l’apprentissage technique et le plaisir féminin déculpabilisé.

2. Théorie de l’apprentissage social et théories des effets des médias

L’ATEQ mobilise implicitement la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura. Selon cette approche, l’exposition à des modèles médiatisés peut conduire à l’imitation de conduites agressives si la violence et la gratification y sont associées. L’échelle des effets néfastes opérationnalise les craintes du public issues de ce modèle (item 9 : accroissement des violences sexuelles ; item 12 : fusion de la sexualité et de la violence). À l’opposé, l’hypothèse de la catharsis, issue de la psychanalyse freudienne et reprise par certains sexologues humanistes, postule une décharge inoffensive des pulsions libidineuses (item 11), évitant leur passage à l’acte antisocial.

3. La théorie des scripts sexuels

Développée par John H. Gagnon et William Simon (1973), la théorie des scripts sexuels conçoit la sexualité non pas comme une pulsion purement biologique, mais comme une conduite hautement codifiée par des scénarios culturels, interpersonnels et intrapsychiques. L’ATEQ évalue dans quelle mesure les individus considèrent le matériel érotique comme une source légitime d’acquisition de scénarios sexuels (item 15 : apprentissage des techniques) ou, à l’inverse, comme une altération toxique des repères moraux de la collectivité (item 4).

4. Modèle tripartite des attitudes

En psychologie sociale classique (modèle ABC de l’attitude : Affectif, Comportemental, Cognitif), une attitude envers un objet combine des croyances évaluatives (effets positifs ou nocifs), des réponses émotionnelles (sentiment d’offense) et des prédispositions à l’action (volonté de légiférer, de restreindre ou de protéger au titre de la liberté d’expression). L’ATEQ traduit cette triade au sein d’une échelle standardisée particulièrement cohérente.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du Questionnaire sur les attitudes envers l’érotisme a été minutieusement documentée par Lottes, Weinberg et Weller (1993) auprès d’un échantillon représentatif de 663 étudiants de premier cycle universitaire, constitué selon une méthode d’échantillonnage aléatoire ayant atteint un taux de réponse exceptionnel de 70 %.

Validité de construit et hypothèses théoriques contrastées

La validité de construit de l’instrument a été établie par la vérification d’hypothèses théoriques prédéterminées reliant les scores de l’ATEQ à des variables sociodémographiques, religieuses et comportementales :

  • Religiosité : Conformément aux prédictions, les participants manifestant un haut degré d’engagement religieux ont obtenu des scores significativement plus élevés sur l’échelle des effets néfastes (Harmful) et sur l’échelle de restriction (Restrict), ainsi que des scores notablement plus faibles sur l’échelle des effets positifs (Positive), quelle que soit la catégorie de matériel érotique évaluée ($p < 0,001$).
  • Activité sexuelle et comportement intime : Les sujets déclarant une vie sexuelle plus active et un répertoire comportemental plus diversifié ont évalué l’ensemble des médias comme étant significativement moins dangereux, plus bénéfiques, et se sont opposés aux mesures restrictives de censure légale.
  • Fréquence de consommation : Une corrélation inverse substantielle a été mise en évidence entre la fréquence réelle de consultation de médias érotiques et les scores d’effets néfastes ou de restriction. Les consommateurs réguliers adoptent une posture nettement plus libérale et utilitariste.

Validité différentielle selon le genre et l’exposition préalable

L’analyse des contrastes de groupes a corroboré la sensibilité de l’ATEQ :

  • Différences de genre : Les hommes obtiennent systématiquement des scores plus élevés sur la sous-échelle Positive et des scores plus faibles sur les sous-échelles Harmful et Restrict par rapport aux femmes ($p < 0,001$). Cette divergence s’avère particulièrement prononcée concernant la tolérance vis-à-vis des magazines explicites et des films pour adultes, les femmes percevant davantage de risques d’exploitation et de dégradation sexiste (items 1 et 21).
  • Familiarité avec le stimulus : Les répondants ayant déjà visionné ou feuilleté le type spécifique de matériel interrogé (par exemple un film classé X spécifique) présentent une tolérance statistiquement supérieure et une anxiété morale inférieure par rapport aux sujets n’ayant jamais été exposés directement audit matériel.

Validité discriminante entre les types de supports

L’ATEQ a démontré une remarquable capacité à discriminer les perceptions selon la nature du stimulus. Les scores sur l’échelle des effets néfastes progressent de manière linéaire et significative depuis les magazines grand public (Playboy) vers les revues explicites (Hustler), puis les revues de sex-shops et les vidéos classées X, démontrant que l’échelle est sensible au degré de crudité visuelle et à la mise en scène du pouvoir sexuel.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’ATEQ a été explorée à travers l’analyse de la consistance interne de ses trois sous-échelles pour chacun des quatre stimuli médiatiques testés dans l’investigation empirique princeps ($N = 663$).

Coefficients de consistance interne (Alpha de Cronbach)

Les indices de cohérence interne calculés révèlent une homogénéité des items de niveau modéré à excellent pour l’ensemble des conditions expérimentales :

  • Sous-échelle des effets néfastes (Harmful Scale – 9 items) :
    • Magazines de type Playboy : $\alpha = 0,90$
    • Magazines de type Hustler : $\alpha = 0,85$
    • Revues pour adultes de sex-shops (Adult bookstore magazines) : $\alpha = 0,84$
    • Films et vidéos classés X (type Gorge Profonde / Deep Throat) : $\alpha = 0,85$
  • Sous-échelle des effets positifs (Positive Scale – 7 items) :
    • Magazines de type Playboy : $\alpha = 0,73$
    • Magazines de type Hustler : $\alpha = 0,76$
    • Revues pour adultes de sex-shops : $\alpha = 0,78$
    • Films et vidéos classés X : $\alpha = 0,78$
  • Sous-échelle de restriction (Restrict Scale – 5 items) :
    • Magazines de type Playboy : $\alpha = 0,85$
    • Magazines de type Hustler : $\alpha = 0,85$
    • Revues pour adultes de sex-shops : $\alpha = 0,84$
    • Films et vidéos classés X : $\alpha = 0,85$

Ces coefficients démontrent que, bien que la sous-échelle Positive comporte un nombre d’items réduit (7 items) abordant des facettes variées (santé de couple, masturbation individuelle, éducation), elle conserve une fiabilité tout à fait satisfaisante ($ge 0,73$). Les échelles Harmful et Restrict démontrent quant à elles une robustesse métrologique exemplaire, rendant l’instrument parfaitement viable pour la recherche comparative et les enquêtes épidémiologiques de grande envergure.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de l’ATEQ a fait l’objet d’investigations statistiques approfondies menées par Lottes, Weinberg et Weller (1993). Les auteurs ont soumis l’ensemble des 84 réponses fournies par chaque participant (correspondant aux 21 items déclinés sur les quatre types de matériels sexuellement explicites) à une analyse factorielle en composantes principales assortie d’une rotation orthogonale de type Varimax.

Émergence d’un facteur général bipolaire dominant

Contrairement au modèle théorique a priori prévoyant une nette séparation orthogonale entre trois dimensions indépendantes (effets néfastes, effets positifs, restriction), les résultats empiriques ont révélé l’existence d’un facteur général unique et prépondérant :

  • Ce méta-facteur général explique à lui seul 63 % de la variance totale des réponses.
  • Toutes les saturations factorielles (factor loadings) associées à ce facteur présentaient une valeur absolue remarquablement élevée, excédant systématiquement $|0,71|$.
  • Les saturations des items relatifs aux préjudices perçus et au soutien à la censure présentaient un signe opposé aux saturations des items relatifs aux bénéfices personnels et sociétaux.

Interprétation épistémologique et psychométrique

Cette convergence unifactorielle suggère que, dans la cognition sociale des individus non experts, les attitudes face aux stimuli sexuellement explicites s’organisent principalement le long d’un axe binaire simplificateur : une posture globale d’approbation hédoniste et libérale (pro-erotica) s’opposant à une posture de rejet moral et de méfiance conservatrice (anti-erotica). L’attribution de dommages psychosociaux s’accompagne quasi systématiquement d’un déni des bénéfices et d’un appel à la contrainte étatique.

Cependant, les auteurs soulignent que la décomposition en trois sous-échelles distinctes (Harmful, Positive, Restrict) conserve une pertinence clinique, sociologique et heuristique capitale. Elle permet aux chercheurs d’identifier des sous-groupes aux profils atypiques, par exemple des individus de sensibilité libertarienne ou pro-sexe qui reconnaissent l’existence de représentations dégradantes pour les femmes (score élevé sur certains items d’effets néfastes) tout en rejetant catégoriquement toute censure pénale ou restriction étatique (score très faible sur l’échelle de restriction).

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom officiel : Attitudes Toward Erotica Questionnaire (ATEQ).
  • Nom francophone : Questionnaire sur les attitudes envers l’érotisme.
  • Auteurs : Ilsa L. Lottes, Martin S. Weinberg et Ingrid Weller (1993).
  • Forme d’administration : Auto-questionnaire individuel sur support papier-crayon ou informatisé.
  • Nombre d’items : 21 items par catégorie de matériel évalué.
  • Temps de passation : Environ 8 minutes pour une série complète de 21 items liée à un support donné.
  • Population cible : Étudiants de l’enseignement supérieur, adultes issus de la population générale, panels juridiques ou juridictionnels.
  • Modalités de réponse : Échelle de Likert à 5 points :
    • 1 = Fortement en désaccord (Strongly Disagree)
    • 2 = En désaccord (Disagree)
    • 3 = Sans opinion / Neutre (No Opinion)
    • 4 = D’accord (Agree)
    • 5 = Fortement d’accord (Strongly Agree)
  • Cotation et calcul des sous-échelles :
    • Sous-échelle des effets néfastes (Harmful Scale) : Somme directe des 9 items suivants : 1, 4, 6, 7, 9, 10, 12, 20 et 21. L’étendue théorique des scores s’échelonne de 9 à 45. Un score élevé reflète une attribution massive de dommages sociaux, relationnels et éthiques au matériel ciblé.
    • Sous-échelle des effets positifs (Positive Scale) : Somme directe des 7 items suivants : 5, 11, 13, 15, 17, 18 et 19. L’étendue théorique des scores s’échelonne de 7 à 35. Un score élevé témoigne d’une reconnaissance marquée des vertus récréatives, intimes et éducatives du média.
    • Sous-échelle de restriction (Restrict Scale) : Comprend 5 items : 2, 3, 8, 14 et 16. Quatre items sont formulés dans un sens libéral ou permissif et nécessitent une inversion préalable de leur cotation (recodage : 5 devient 1, 4 devient 2, 3 reste 3, 2 devient 4, et 1 devient 5) : il s’agit des items 2, 3, 8 et 16. L’item 14 (« Ce matériel devrait être rendu illégal ») est coté de manière directe (1 à 5). La somme des 5 items après inversion produit un score allant de 5 à 25. Un score élevé indique un soutien rigide à la censure, à l’interdiction et à la régulation légale du matériel.
  • Orientation des items : Sur l’ensemble du questionnaire, 11 items indiquent une attitude favorable à l’érotisme lorsqu’ils reçoivent une réponse approbatrice, et 10 items indiquent une attitude hostile ou restrictive. Les items des trois échelles sont intercalés de manière pseudo-aléatoire dans le protocole final afin de contrecarrer les biais d’ancrage et les patrons de réponses stéréotypés.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception et publication princeps : 1993.
  • Statut légal et droits de reproduction : L’ATEQ est un instrument psychométrique du domaine académique, publié à des fins de recherche fondamentale par ses concepteurs dans la revue à comité de lecture Sex Roles.
  • Tarification : L’accès et l’utilisation de l’échelle sont totalement gratuits pour les chercheurs, enseignants, cliniciens et étudiants menant des travaux scientifiques à but non lucratif.
  • Conditions d’utilisation : L’échelle peut être administrée et adaptée à des supports pornographiques contemporains (ex. pornographie sur Internet, réseaux sociaux) sous réserve de citer scrupuleusement la publication de référence originale (Lottes, Weinberg, & Weller, 1993). Pour des exploitations commerciales ou des déploiements au sein de solutions logicielles propriétaires, l’accord préalable de l’éditeur scientifique détenteur des droits patrimoniaux de la revue originale (Springer Nature) ou des auteurs survivants doit être formellement sollicité.

12. Références / References

Les références suivantes documentent le développement de l’ATEQ ainsi que les cadres conceptuels et juridiques qui ont orienté sa conception :

  • Bandura, A. (1986). Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Prentice-Hall.
  • Dworkin, A. (1981). Pornography: Men possessing women. Perigee Books.
  • Gagnon, J. H., & Simon, W. (1973). Sexual conduct: The social sources of human sexuality. Aldine Publishing Company.
  • Lottes, I. L., Weinberg, M. S., & Weller, I. (1993). Reactions to pornography on a college campus: For or against? Sex Roles, 29(1–2), 69–89. https://doi.org/10.1007/BF00289994
  • MacKinnon, C. A. (1987). Feminism unmodified: Discourses on life and law. Harvard University Press.
  • Miller v. California, 413 U.S. 15 (1973). Décision de la Cour suprême des États-Unis établissant le test tripartite de l’obscénité légale. https://supreme.justia.com/cases/federal/us/413/15/
  • Rubin, G. (1984). Thinking sex: Notes for a radical theory of the politics of sexuality. In C. S. Vance (Ed.), Pleasure and danger: Exploring female sexuality (pp. 267–319). Routledge & Kegan Paul.
  • Weinberg, M. S., Williams, C. J., & Pryor, D. W. (1994). Dual attraction: Understanding bisexuality. Oxford University Press.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Attitudes Toward Erotica Questionnaire (ATEQ)

Directions: Indicate how strongly you agree or disagree with each of the following statements by writing the number corresponding to one of the five response options below in the space provided.

Response Scale:
1 = Strongly Disagree
2 = Disagree
3 = No Opinion
4 = Agree
5 = Strongly Agree
  1. The material exploits women.
  2. The material should be publicly sold (magazines) and publicly shown (movies).
  3. The material should be available to adults.
  4. The availability of the material leads to a breakdown in community morals.
  5. The material can improve sex relations among adults.
  6. I feel the material is offensive.
  7. The material exploits men.
  8. The material should be available to minors (under 18).
  9. The material increases the probability of sexual violence.
  10. In this material, the positioning and treatment of men is degrading to men.
  11. The material may provide an outlet for bottled-up sexual pressures.
  12. In this material, sex and violence are often shown together.
  13. This material can enhance the pleasure of masturbation for women.
  14. This material should be made illegal.
  15. The material may teach people sexual techniques.
  16. This material should be protected by the 1st Amendment (freedom of speech and the press).
  17. People should be made aware of the positive effects of this material.
  18. This material serves a more positive than negative function in society.
  19. This material can enhance the pleasure of masturbation for men.
  20. People should be made aware of the negative effects of this material.
  21. In this material, the positioning and treatment of women is degrading to women.
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Questionnaire sur les attitudes envers l’érotisme. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-attitudes-envers-erotisme-ateq
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur les attitudes envers l’érotisme.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-attitudes-envers-erotisme-ateq.
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur les attitudes envers l’érotisme.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-attitudes-envers-erotisme-ateq.