1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire des attentes relatives aux effets du cannabis – Usage médical (Cannabis Effects Expectancy Questionnaire-Medical [CEEQ-M] ; Weiss et al., 2023) est un instrument d’auto-évaluation psychométrique composé de 17 items, conçu spécifiquement pour quantifier et évaluer les croyances et les attentes cognitives des individus concernant les répercussions thérapeutiques du cannabis sur diverses manifestations cliniques. Développé pour pallier l’absence d’outils standardisés adaptés au contexte médical — les échelles antérieures ciblant quasi exclusivement l’usage récréatif et les conséquences psychosociales négatives —, le CEEQ-M constitue le premier outil validé de manière longitudinale dans le cadre d’un essai clinique prospectif évaluant l’obtention d’une carte de cannabis médical chez des adultes américains.
L’instrument repose sur une structure bidimensionnelle robuste issue d’un processus rigoureux en quatre étapes, combinant des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires. La première dimension, intitulée Soulagement des symptômes (Symptom relief), mesure le degré selon lequel les usagers anticipent une amélioration de leurs affections somatiques ou psychiatriques (notamment la douleur chronique, les troubles de l’insomnie, la dépression majeure et les troubles anxieux). La seconde dimension, désignée sous le terme de Croyances atypiques (Atypical beliefs), capture les attentes moins conventionnelles ou physiologiquement inhabituelles quant aux vertus curatives ou modulatrices du cannabis. Chaque item est évalué au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 10 points, graduée de « fortement en désaccord » (1-2) à « fortement d’accord » (9-10).
Les propriétés psychométriques du CEEQ-M attestent d’une cohérence interne remarquable, avec un coefficient alpha de Cronbach de 0,906 et un oméga de McDonald de 0,907 pour le facteur Soulagement des symptômes, ainsi qu’un alpha de 0,779 et un oméga de 0,772 pour le facteur Croyances atypiques. De surcroît, les analyses de modélisation par équations structurelles ont confirmé une invariance de mesure scalaire stricte selon le groupe de randomisation, les tranches d’âge (jeunes adultes de 18 à 25 ans comparativement aux adultes d’âge mûr de 26 à 65 ans), le sexe biologique et le temps (entre la ligne de base et le suivi à 1 mois). Le CEEQ-M s’impose ainsi comme un dispositif méthodologique d’excellence pour la recherche en addictologie, la psychiatrie translationnelle et l’évaluation des interventions thérapeutiques à base de cannabinoïdes.
2. Mots-clés / Keywords
Attentes cognitives, cannabis médical, psychométrie, soulagement des symptômes, croyances atypiques, invariance de mesure, fidélité test-retest, analyse factorielle confirmatoire, douleur chronique, troubles du sommeil, anxiété, dépression, addictologie.
3. Auteurs / Authors
Le développement initial et la validation psychométrique du Cannabis Effects Expectancy Questionnaire-Medical ont été réalisés par une équipe de chercheurs spécialisés en psychiatrie clinique, en neuropsychologie et en addictologie translationnelle au sein du Massachusetts General Hospital et de la Harvard Medical School :
- Jakob H. Weiss, Ph.D. : ORCID: 0000-0002-3879-0568 — Center for Addiction Medicine, Department of Psychiatry, Massachusetts General Hospital, Boston, MA, États-Unis.
- Brenden Tervo-Clemmens, Ph.D. : Center for Addiction Medicine, Department of Psychiatry, Massachusetts General Hospital ; Department of Psychiatry, Harvard Medical School, Boston, MA, États-Unis.
- Kevin W. Potter, Ph.D. : Center for Addiction Medicine, Department of Psychiatry, Massachusetts General Hospital, Boston, MA, États-Unis.
- A. Eden Evins, M.D., M.P.H. : Center for Addiction Medicine, Department of Psychiatry, Massachusetts General Hospital ; Cox Family Professor of Psychiatry in the Field of Addiction Medicine, Harvard Medical School, Boston, MA, États-Unis.
- Jodi M. Gilman, Ph.D. (Auteure correspondante) : ORCID: 0000-0001-5180-6694 — Center for Addiction Medicine, Department of Psychiatry, Massachusetts General Hospital, 101 Merrimac Street, Suite 320, Boston, MA 02114, États-Unis. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
Le Cannabis Effects Expectancy Questionnaire-Medical (CEEQ-M) a été élaboré pour combler une lacune conceptuelle et méthodologique majeure dans la littérature contemporaine consacrée à l’usage des cannabinoïdes. Au cours des deux dernières décennies, l’évolution rapide des législations encadrant le cannabis thérapeutique à l’échelle internationale a favorisé un recours croissant à cette substance pour soulager une multitude d’affections médicales et psychiatriques. Néanmoins, la majorité écrasante des outils psychométriques disponibles jusqu’alors — à l’instar du Marijuana Effect Expectancy Questionnaire (MEEQ) mis au point par Schafer et Brown (1991) ou du Comprehensive Effects of Marijuana Questionnaire (CEOM) développé par Morean et al. (2018) — avaient été construits dans une optique de psychopathologie de l’addiction récréative. Ces questionnaires ciblaient préférentiellement l’hédonisme, la désinhibition sociale, les altérations cognitives perçues ou le renforcement négatif lié au soulagement du stress quotidien, négligeant de fait les indications cliniques formelles revendiquées par les patients souffrant de pathologies chroniques.
L’objectif fondamental du CEEQ-M est d’opérationnaliser et de quantifier de façon rigoureuse les attentes cognitives spécifiques au champ médical. Ces attentes correspondent aux croyances explicites qu’un individu entretient quant aux probabilités et à l’ampleur avec lesquelles la consommation de cannabis modifiera favorablement l’intensité de ses symptômes cliniques. L’instrument a été conçu pour examiner simultanément les représentations thérapeutiques conventionnelles (liées à la gestion de la douleur, à la régulation du cycle veille-sommeil, à la thymie et à la détresse anxieuse) et les attentes plus marginales ou non fondées sur des données probantes (croyances atypiques sur la modification des processus physiologiques fondamentaux ou la guérison de maladies systémiques complexes).
Sur le plan des applications cliniques et de la recherche translationnelle, le CEEQ-M remplit plusieurs rôles déterminants :
- Caractérisation phénotypique pré-traitement : Il permet d’évaluer le profil cognitif initial des patients sollicitant une autorisation ou une prescription de cannabis médical, fournissant aux praticiens une mesure standardisée de l’ampleur des espérances thérapeutiques avant toute exposition pharmacologique.
- Décomposition de l’effet placebo et des composantes pharmacologiques : En psychiatrie et en pharmacologie clinique, les attentes des patients exercent une influence substantielle sur la réponse symptomatique observée, constituant l’un des moteurs cardinaux de l’effet placebo. Le CEEQ-M offre la possibilité d’isoler la part de variance du soulagement clinique attribuable aux croyances subjectives préalables par rapport à l’action biochimique directe des agonistes des récepteurs cannabinoïdes CB1 et CB2.
- Prédiction de l’adhésion, du mésusage et des trajectoires d’escalade posologique : Des attentes irréalistes ou disproportionnées quant à l’efficacité du cannabis sont susceptibles d’induire des comportements de surconsommation, une tolérance accrue et, à terme, le développement d’un trouble de l’usage du cannabis (Cannabis Use Disorder, CUD). La mesure de ces cognitions permet d’identifier précocement les profils à risque d’échec thérapeutique ou d’abus.
- Évaluation longitudinale de la malléabilité cognitive : Grâce à sa stabilité temporelle démontrée, l’outil sert à monitorer la manière dont les attentes initiales se recalibrent ou se renforcent au fil de l’expérience vécue de la pharmacothérapie cannabinoïde au sein d’essais cliniques contrôlés.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique au cœur du CEEQ-M s’ancre dans le concept d’attentes relatives aux effets des substances (substance use expectancies), qui désigne des structures mnésiques durables associant l’ingestion d’un produit psychoactif à un ensemble de conséquences biopsychosociales anticipées. Dans le cadre précis de l’usage médical, ce construit ne reflète pas simplement une attitude générale favorable envers la substance, mais plutôt un réseau structuré d’inférences causales reliant l’administration de cannabinoïdes à des modifications physiologiques et symptomatiques ciblées. Les travaux de Weiss et al. (2023) ont démontré que ce champ cognitif s’organise autour de deux dimensions orthogonales interdépendantes :
1. Le facteur « Soulagement des symptômes » (Symptom relief)
Cette sous-échelle centrale regroupe les croyances selon lesquelles le cannabis constitue un agent thérapeutique efficace pour atténuer des manifestations pathologiques courantes et validées par la nosographie médicale contemporaine. Ces cognitions se subdivisent en plusieurs domaines symptomatologiques majeurs :
- L’analgésie et la gestion de la douleur : Croyance selon laquelle la substance atténue la perception nociceptive aiguë, réduit la douleur neuropathique périphérique, apaise les spasmes musculaires et améliore la tolérance fonctionnelle à l’inconfort physique.
- La régulation architecturale du sommeil : Anticipation d’un raccourcissement de la latence d’endormissement, d’une diminution des réveils nocturnes et d’une restauration globale de l’efficacité du sommeil chez les personnes atteintes d’insomnie chronique.
- La modulation des troubles de l’humeur : Espérance d’une élévation de l’affect positif, d’un apaisement de l’anhédonie et d’une atténuation des manifestations cognitives dépressives.
- La réduction de l’hyperactivité émotionnelle et de l’anxiété : Croyance en une sédation de la détresse somatique liée à l’anxiété, une baisse de l’hypervigilance et une facilitation de la détente psychique face à des stresseurs environnementaux.
Dans ce facteur, les items reflètent les motifs primaires formulés par les patients dans les études épidémiologiques menées au sein des cliniques de cannabis médical (p. ex., Reinarman et al., 2011), illustrant une conceptualisation du cannabis comme une alternative ou un adjuvant aux antalgiques opioïdes, aux benzodiazépines ou aux antidépresseurs sérotoninergiques.
2. Le facteur « Croyances atypiques » (Atypical beliefs)
La seconde dimension isolée par le modèle factoriel correspond à des représentations cognitives non conventionnelles, excentriques ou médicalement infondées quant aux propriétés de la plante. Ces attentes dépassent le cadre des données probantes issues de la pharmacologie clinique moderne et traduisent une attribution quasi panacéique au cannabis :
- Anticipations d’effets physiologiques idiosyncrasiques : Croyances relatives à des modifications métaboliques improbables, à une amplification inédite de capacités physiques ou sensorielles, ou à la guérison spontanée de pathologies organiques réfractaires n’ayant aucun fondement mécanistique établi au regard du système endocannabinoïde.
- Sous-estimation des effets indésirables : Tendance cognitive à considérer que le cannabis agit comme un remède universel exempt de toute toxicité biologique ou d’altération neurocognitive, contrastant avec les connaissances scientifiques sur les effets secondaires des molécules agonistes du récepteur CB1 (telles que le tétrahydrocannabinol [THC]).
L’évaluation distincte de ces Croyances atypiques s’avère fondamentale en psychométrie : elle permet de dissocier les attentes thérapeutiques rationnelles et proportionnées d’un enthousiasme cognitif non critique, souvent alimenté par la désinformation numérique ou le marketing commercial entourant les produits dérivés du chanvre.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise théorique du CEEQ-M s’enracine dans la convergence de la théorie de l’apprentissage social et cognitif d’Albert Bandura (1977, 1986) et du modèle des attentes cognitives relatives aux drogues développé initialement par des auteurs de référence tels que Goldman, Brown et Christiansen (Goldman et al., 1987 ; Brown et al., 1980).
Selon le paradigme sociocognitif de Bandura, le comportement humain n’est pas uniquement gouverné par des stimuli environnementaux directs ou des contingences de renforcement immédiates, mais par des mécanismes médiateurs internes, au premier rang desquels figurent les attentes de résultats (outcome expectancies). Ces dernières constituent des représentations prédictives selon lesquelles un comportement donné (en l’espèce, l’administration de cannabis) produira des conséquences déterminées (telles que la sédation d’une céphalée ou la levée d’un état d’anxiété anticipatoire). Dans le modèle du CEEQ-M, ces représentations mnésiques opèrent comme des schémas d’interprétation qui guident le traitement des signaux intéroceptifs après la prise de la substance.
Le cadre théorique s’enrichit également des apports de la théorie du conditionnement et du traitement de l’information appliquée aux substances psychoactives. Comme l’ont explicité Goldman et ses collaborateurs, les attentes relatives aux effets des drogues sont stockées dans la mémoire à long terme sous forme de réseaux sémantiques interconnectés. Lorsqu’un patient est confronté à un contexte médicalisé (douleur physique persistante, diagnostic nosologique, interaction avec un médecin prescripteur), ces nœuds mnésiques sont activés de façon pré-attentionnelle. Dès lors, l’expérience pharmacologique subséquente est largement filtrée et modulée par ces attentes préexistantes. Ce processus cognitif s’apparente étroitement aux mécanismes de l’effet placebo actif et de l’effet nocebo décrits par Kirsch (1997) dans sa théorie de l’espérance de réponse (response expectancy theory) : la croyance anticipée d’une amélioration symptomatique induit des modifications neurobiologiques réelles, notamment par la libération d’endorphines endogènes ou la désactivation de réseaux cérébraux associés à la détresse affective (tels que le cortex cingulaire antérieur).
Dans le domaine particulier du cannabis à visée médicale, Weiss et al. (2023) ont opérationnalisé le postulat selon lequel les attentes médicales ne sont pas de simples reflets passifs des effets pharmacocinétiques de la molécule, mais des déterminants proactifs des résultats thérapeutiques. Le modèle théorique sous-jacent au CEEQ-M stipule ainsi que des attentes élevées en matière de soulagement des symptômes peuvent amplifier l’efficacité clinique perçue du traitement, tandis que des croyances atypiques exacerbées peuvent induire des désillusions thérapeutiques ou masquer des complications addictives émergentes.
7. Validité / Validity
La validité de construit, la validité structurelle et la validité longitudinale du CEEQ-M ont été documentées de façon approfondie par Weiss et al. (2023) au moyen de méthodologies psychométriques de pointe appliquées à une cohorte clinique d’adultes américains éligibles à l’obtention d’une carte d’usager de cannabis médical pour le traitement de douleurs chroniques, d’insomnies, d’états dépressifs ou de troubles anxieux.
Invariance de mesure (Measurement Invariance)
L’un des apports majeurs de l’étude de validation réside dans la démonstration systématique de l’invariance de mesure scalaire (scalar invariance) du modèle factoriel bidimensionnel à 17 items. L’invariance de mesure garantit que les items du questionnaire opérationnalisent les mêmes construits psychologiques avec la même métrique et les mêmes seuils d’origine à travers divers sous-groupes démographiques et au fil du temps. Les chercheurs ont procédé à des analyses multigroups par modélisation d’équations structurelles (SEM), testant séquentiellement l’invariance configurationnelle (structure factorielle identique), métrique (charges factorielles contraintes à l’égalité) et scalaire (intercepts des items contraints à l’égalité). Les résultats ont validé l’invariance scalaire stricte selon plusieurs axes fondamentaux :
- Invariance selon le groupe d’assignation : Aucune distorsion de mesure n’a été observée entre le groupe de participants ayant obtenu immédiatement leur carte de cannabis médical et le groupe témoin dont l’accès a été différé dans le cadre de l’essai randomisé.
- Invariance selon les tranches d’âge : Les paramètres psychométriques se sont révélés équivalents entre les jeunes adultes (18 à 25 ans) et les adultes d’âge mûr (26 à 65 ans), confirmant que l’outil ne subit pas de biais lié à la maturité développementale ou aux stéréotypes générationnels.
- Invariance selon le sexe biologique : Les métriques de mesure sont rigoureusement identiques entre les hommes et les femmes, autorisant des comparaisons intergroupes directes sans risque d’artefact méthodologique.
- Invariance temporelle (stabilité longitudinale) : La comparaison des données recueillies à l’inclusion (ligne de base) et lors du suivi clinique à un mois a confirmé le maintien de l’invariance scalaire. Cette propriété autorise l’usage du CEEQ-M pour quantifier les véritables trajectoires de changement cognitif dans le temps.
Validité convergente et prédictive
La validité convergente du CEEQ-M a été appuyée par des corrélations statistiquement significatives entre les scores du facteur Soulagement des symptômes et les échelles standardisées d’évaluation clinique des symptômes cibles à l’inclusion (échelles visuelles analogiques de la douleur, indices de sévérité de l’insomnie, inventaires d’anxiété et de dépression de Beck). Les participants rapportant une sévérité symptomatique plus prononcée manifestaient des attentes de soulagement significativement plus intenses. De plus, la validité prédictive a été illustrée par la capacité des scores initiaux au CEEQ-M à moduler la réduction symptomatique subjective observée après un mois d’utilisation effective de cannabis, attestant de l’impact des cognitions préalables sur le bénéfice perçu.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’échelle CEEQ-M a été évaluée sous l’angle de la cohérence interne et de la précision de mesure au moyen d’indicateurs paramétriques recommandés par les standards méthodologiques actuels de l’American Psychological Association (APA).
Cohérence interne
L’évaluation de l’homogénéité des items composant les deux dimensions a révélé des indices d’une excellente tenue statistique, attestant d’une faible erreur de mesure aléatoire au sein de l’échantillon cible :
- Facteur « Soulagement des symptômes » (Symptom relief) : Ce facteur présente une consistance interne remarquable, avec un coefficient alpha de Cronbach (α) de 0,906 et un coefficient oméga de McDonald (ω) de 0,907. L’estimation convergente de ces deux métriques — l’oméga de McDonald s’avérant particulièrement robuste face aux violations éventuelles du postulat de tau-équivalence — démontre que l’ensemble des items converge avec force vers l’évaluation univoque des attentes thérapeutiques symptomatiques.
- Facteur « Croyances atypiques » (Atypical beliefs) : Cette dimension secondaire affiche une fidélité tout à fait satisfaisante, avec un alpha de Cronbach de 0,779 et un oméga de McDonald de 0,772. Bien que légèrement inférieurs à ceux du premier facteur en raison d’une dispersion plus hétérogène des croyances non conventionnelles, ces coefficients dépassent largement le seuil conventionnel d’acceptabilité fixé à 0,70 en psychométrie clinique.
Fidélité longitudinale et erreur de mesure
Les analyses de stabilité menées entre la ligne de base et le point d’évaluation à un mois chez les participants témoins n’ayant pas modifié leurs habitudes de consommation ont révélé une corrélation test-retest élevée, confirmant que le CEEQ-M mesure des dispositions cognitives structuralement stables en l’absence d’interventions extérieures, tout en demeurant suffisamment sensible aux ajustements cognitifs résultant d’une exposition pharmacologique effective.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture interne du CEEQ-M a été formalisée à travers un protocole analytique séquentiel comprenant une phase d’Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) suivie d’une étape d’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC).
Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Le pool initial d’items comportait 21 questions tirées principalement des travaux d’enquête de Reinarman et al. (2011) portant sur les motivations cliniques des usagers de cannabis médical. L’AFE a été menée en employant la méthode d’extraction par factorisation de l’axe principal (principal axis factoring) complétée par une rotation oblique (telle que Promax ou Oblimin), tenant compte de la corrélation théorique présumée entre les dimensions d’attentes cognitives.
L’examen des valeurs propres (eigenvalues), du diagramme d’éboulis de Cattell (scree plot) et de l’analyse parallèle a mis en évidence une structure sous-jacente claire en deux facteurs distincts. Au terme de cette étape d’épuration, 17 items ont été retenus en raison de leurs saturations factorielles primaires élevées (généralement supérieures à 0,40) et de l’absence de saturations croisées significatives :
- Le facteur « Soulagement des symptômes » a expliqué à lui seul 31,0 % de la variance totale parmi les 17 items finaux, constituant la composante dominante du questionnaire.
- Le facteur « Croyances atypiques » a rendu compte de 13,9 % de la variance totale.
- Ensemble, ces deux dimensions expliquent 44,9 % de la variance globale des croyances relatives aux effets médicaux du cannabis, ce qui représente un pouvoir explicatif substantiel pour une échelle d’attentes cognitives.
Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
Une AFC a ensuite été conduite sur le modèle à deux facteurs et 17 items auprès de l’ensemble des participants lors de l’évaluation à un mois pour tester l’adéquation empirique de la structure préalablement découverte. Les indices d’ajustement globaux ont confirmé la robustesse du modèle théorique :
- Indices d’ajustement incrémentaux : L’indice de comparaison de Bentler (Comparative Fit Index [CFI]) et l’indice de Tucker-Lewis (Tucker-Lewis Index [TLI]) se sont révélés élevés et nettement supérieurs aux seuils conventionnels d’adéquation (généralement ≥ 0,90 à 0,95), signalant un ajustement optimal comparativement à un modèle nul.
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : Le SRMR a affiché des valeurs très faibles (< 0,08), confirmant que les covariances résiduelles entre items étaient minimes.
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : L’indice RMSEA a indiqué un ajustement empirique adéquat, confortant le fait que la partition bidimensionnelle reproduit avec précision la matrice de variance-covariance des données observées.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure présente des spécifications techniques précises permettant son intégration harmonieuse en pratique clinique comme dans les protocoles d’investigation académique :
- Type d’instrument : Inventaire psychométrique standardisé / Questionnaire d’auto-évaluation (self-report questionnaire).
- Nombre d’items : 17 items distincts.
- Sous-échelles / Facteurs : Deux facteurs cotés séparément : Soulagement des symptômes (Symptom relief) et Croyances atypiques (Atypical beliefs).
- Format et échelle de réponse : Items évalués sur une échelle de type Likert en 10 points, structurée de la manière suivante :
- 1 et 2 : « Fortement en désaccord » (Strongly disagree)
- 3 et 4 : « En désaccord » (Disagree)
- 5 et 6 : « Neutre » (Neutral)
- 7 et 8 : « D’accord » (Agree)
- 9 et 10 : « Fortement d’accord » (Strongly agree)
- Modalités de passation : Auto-administration individuelle sur support papier-crayon ou par interface numérique sécurisée (ex. REDCap, Qualtrics). La durée moyenne de remplissage oscille entre 5 et 8 minutes.
- Population cible : Adultes âgés de 18 ans et plus (incluant les jeunes adultes de 18-29 ans, les adultes d’âge mûr de 30-64 ans et les personnes âgées de 65 ans et plus) envisageant ou expérimentant l’usage de cannabis pour traiter des symptômes d’ordre médical ou psychiatrique.
- Méthode de cotation : Le calcul des scores s’effectue en établissant la moyenne ou la somme des items rattachés à chaque facteur. Un score dimensionnel élevé dans la sous-échelle Soulagement des symptômes dénote de fortes attentes quant à l’efficacité analgésique, sédative ou anxiolytique du produit. Un score élevé dans la sous-échelle Croyances atypiques reflète une adhésion marquée à des représentations thérapeutiques idiosyncrasiques, non éprouvées ou panacéiques.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le CEEQ-M a été publié au cours de l’année 2023 par l’American Psychological Association (APA) dans la revue scientifique internationale Psychological Assessment.
- Droits d’utilisation et permissions : Le questionnaire peut être utilisé librement à des fins de recherche scientifique et d’enseignement académique (Research and Teaching purposes). Aucune redevance financière ni licence commerciale n’est requise pour ces usages non lucratifs.
- Tarifs : Gratuit pour la recherche académique et l’évaluation clinique indépendante (aucun honoraire exigé).
- Contact et correspondances : Toute demande d’autorisation formelle, de renseignement méthodologique ou d’accès aux annexes de cotation détaillée peut être transmise directement à la chercheuse responsable du projet :
Dr. Jodi M. Gilman
Center for Addiction Medicine, Department of Psychiatry, Massachusetts General Hospital
101 Merrimac Street, Suite 320, Boston, MA 02114, États-Unis
Courriel : [email protected].
12. Références / References
- Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191
- Bandura, A. (1986). Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Prentice-Hall.
- Brown, S. A., Goldman, M. S., Inn, A., & Anderson, L. R. (1980). Expectations of reinforcement from alcohol: Their domain and measurement. Journal of Personality and Social Psychology, 38(3), 419–426. https://doi.org/10.1037/0022-3514.38.3.419
- Goldman, M. S., Brown, S. A., & Christiansen, B. A. (1987). Expectancy theory: Thinking about drinking. In H. T. Blane & K. E. Leonard (Eds.), Psychological theories of drinking and alcoholism (pp. 181–226). Guilford Press.
- Kirsch, I. (1997). Response expectancy theory and application: A foundation for common principles. Journal of Psychotherapy Integration, 7(2), 69–86. https://doi.org/10.1023/B:JOPI.0000010884.23861.a8
- Morean, M. E., de Dios, M. A., & Black, A. C. (2018). The Comprehensive Effects of Marijuana Questionnaire: Factor structure and measurement invariance across recreational and medicinal users. Psychology of Addictive Behaviors, 32(4), 464–473. https://doi.org/10.1037/adb0000371
- Reinarman, C., Nunberg, H., Lankenau, F., & Saunders, B. (2011). Who are medical marijuana patients? Population characteristics from nine California clinics. Journal of Psychoactive Drugs, 43(2), 128–135. https://doi.org/10.1080/02791072.2011.587700
- Schafer, J., & Brown, S. A. (1991). Marijuana and cocaine effect expectancies and drug use patterns. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 59(4), 558–565. https://doi.org/10.1037/0022-006X.59.4.558
- Weiss, J. H., Tervo-Clemmens, B., Potter, K. W., Evins, A. E., & Gilman, J. M. (2023). The Cannabis Effects Expectancy Questionnaire–Medical (CEEQ-M): Preliminary psychometric properties and longitudinal validation within a clinical trial. Psychological Assessment, 35(8), 659–673. https://doi.org/10.1037/pas0001244
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items originaux et complets du Cannabis Effects Expectancy Questionnaire-Medical (CEEQ-M) sont protégés par le droit d’auteur de l’American Psychological Association (APA) et des auteurs de l’instrument. Le texte intégral des 17 items n’est pas reproduit publiquement dans l’article principal en accès ouvert, mais est disponible au sein du matériel supplémentaire officiel (Supplemental Material, document de référence : 2023-78778-001, Supplemental Material, Page 10) rattaché à la publication originale. Conformément aux directives éthiques et légales de diffusion des tests psychologiques, les utilisateurs autorisés sont invités à consulter la publication source ou à contacter directement les auteurs pour obtenir le protocole intégral d’évaluation.
Authentic Response Scale Format (CEEQ-M)
Items are rated on a 10-point Likert scale. The response options range from « strongly disagree » (1 and 2) to « disagree » (3 and 4), « neutral » (5 and 6), « agree » (7 and 8), and « strongly agree » (9 and 10).
- 1 & 2 : Strongly disagree
- 3 & 4 : Disagree
- 5 & 6 : Neutral
- 7 & 8 : Agree
- 9 & 10 : Strongly agree
Factor Architecture & Item Coverage (17 Items)
The 17 items of the CEEQ-M map exclusively onto two empirically demonstrated factors:
-
Factor 1: Symptom relief (Items assessing anticipated therapeutic benefits):
- Anticipated alleviation of physical pain and bodily aches (e.g., pain intensity, muscle tension).
- Expectations of improved sleep onset, sleep duration, and restfulness.
- Beliefs regarding mood enhancement and reduction of depressive feelings.
- Expectancies concerning the alleviation of anxiety, nervous tension, and emotional distress.
-
Factor 2: Atypical beliefs (Items assessing unusual or non-standard beliefs):
- Uncommon expectancies regarding idiosyncratic physiological or bodily modifications.
- Atypical beliefs concerning unverified curative capacities or universal symptom-free recovery.