1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire d’anxiété sociale pour adultes (Social Anxiety Questionnaire for Adults, SAQ-A30 ; Caballo et al., 2012) constitue un instrument d’évaluation psychométrique auto-rapporté de référence internationale, élaboré pour mesurer avec une grande précision sémiologique les manifestations de l’anxiété sociale et de la phobie sociale au sein de populations cliniques et non cliniques. Issu d’un rigoureux programme de recherche transculturel conduit initialement sur une version étendue de 72 items (SAQ-AR) et précédé d’un corpus préliminaire de 512 situations sociales concrètes, le SAQ-A30 condense l’évaluation en 30 items hautement discriminants répartis de manière équilibrée sur cinq dimensions factorielles fondamentales : (1) Parler en public / Interagir avec des figures d’autorité (Speaking in public / Talking with people in authority), (2) Interactions avec le sexe opposé (Interactions with the opposite sex), (3) Expression assertive de sentiments négatifs ou du mécontentement (Assertive expression of annoyance, disgust, or displeasure), (4) Interactions avec des inconnus (Interactions with strangers), et (5) Vulnérabilité à la critique et à l’embarras (Embarrassment and criticism).
Chaque item est coté sur une échelle de Likert en 5 points évaluant l’intensité du malaise, de la tension ou de l’appréhension ressentie face à la situation décrite (allant de 1 = « Pas du tout » à 5 = « Très élevé ou extrêmement élevé »). Le score global s’échelonne ainsi de 30 à 150 points, des scores plus élevés reflétant une sévérité accrue de l’anxiété sociale. Les investigations psychométriques menées auprès d’échantillons massifs cumulant plus de 16 000 participants à travers 16 pays d’Amérique latine, d’Espagne et du Portugal attestent d’une remarquable consistance interne, caractérisée par un coefficient alpha de Cronbach global de 0,93 (oscillant entre 0,79 et 0,89 pour les cinq sous-échelles). La validité de construit, explorée par des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires multi-groupes, démontre une invariance structurelle robuste selon le sexe et la nationalité. Sa validité convergente est largement corroborée par des corrélations substantielles avec l’Échelle d’anxiété sociale de Liebowitz (Liebowitz Social Anxiety Scale, LSAS-SR). Le SAQ-A30 s’impose ainsi comme un dispositif standardisé robuste, tant pour le dépistage clinique et la planification d’interventions cognitivo-comportementales ciblées que pour la recherche épidémiologique et transculturelle.
2. Mots-clés / Keywords
Anxiété sociale, phobie sociale, SAQ-A30, psychométrie, évaluation clinique, parler en public, affirmation de soi, interactions interpersonnelles, peur du jugement, validité transculturelle.
3. Auteurs / Authors
Le développement, l’étalonnage et la validation transculturelle du questionnaire SAQ-A30 résultent d’un consortium international d’experts en psychopathologie cognitive et en psychométrie, coordonné par :
- Vicente E. Caballo, Ph.D. : Professeur titulaire de psychopathologie clinique au Département de personnalité, d’évaluation et de traitements psychologiques, Faculté de psychologie, Université de Grenade (Espagne). Directeur de l’Association de psychologie comportementale (APIC) et fondateur de la revue Behavioral Psychology / Psicología Conductual. Adresse institutionnelle : Facultad de Psicología, Universidad de Granada, Campus de Cartuja, 18071 Grenade, Espagne. Courriel : [email protected].
- Isabel C. Salazar, Ph.D. : Chercheuse et professeure associée, Centre de psychologie clinique intégrée, Université de Grenade (Espagne) et consultante auprès d’institutions latino-américaines en santé mentale.
- María Jesús Irurtia, Ph.D. : Professeure agrégée au Département de psychologie, Faculté d’éducation et de travail social, Université de Valladolid (Espagne).
- Benito Arias, Ph.D. : Méthodologue et professeur de psychométrie et d’analyse multivariée, Faculté d’éducation et de travail social, Université de Valladolid (Espagne).
- Stefan G. Hofmann, Ph.D. : Professeur éminent de psychologie clinique, Département des sciences psychologiques et cérébrales, Boston University (États-Unis), actuellement titulaire de chaire à l’Université Philipps de Marbourg (Allemagne). Expert internationalement reconnu des modèles cognitifs de l’anxiété sociale. Courriel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du SAQ-A30 est de procurer aux cliniciens et aux chercheurs une mesure empiriquement validée, multidimensionnelle et écologique des manifestations de l’anxiété sociale chez les adultes et les adolescents à partir de 16 ans. Alors que les échelles historiques d’anxiété sociale développées dans la seconde moitié du XXe siècle — à l’instar de la Social Phobia Scale (SPS), de la Social Interaction Anxiety Scale (SIAS) ou de la Liebowitz Social Anxiety Scale (LSAS) — reposaient sur des conceptualisations souvent restrictives ou dichotomiques (opposant de manière rudimentaire la performance scénique aux interactions générales), le SAQ-A30 a été spécifiquement conçu pour surmonter ces biais méthodologiques et conceptuels.
D’un point de vue clinique, l’instrument vise à :
- Identifier avec finesse les constellations situationnelles anxiogènes : Plutôt que de confiner le patient dans un score brut unidimensionnel qui masquerait l’hétérogénéité des profils psychopathologiques, le questionnaire cartographie cinq aires fonctionnelles distinctes. Un individu peut manifester une aisance parfaite pour prononcer une conférence académique tout en éprouvant une anxiété invalidante lorsqu’il s’agit d’aborder une personne qui lui plaît ou d’exprimer son désaccord à un serveur impoli.
- Guider la conceptualisation de cas cognitivo-comportementale : En identifiant les déclencheurs précis de l’appréhension sociale, le praticien peut concevoir des hiérarchies d’exposition in vivo sur mesure, élaborer des modules d’affirmation de soi (assertiveness training) et cibler les schémas d’interprétation catastrophique spécifiques à chaque registre interpersonnel.
- Mesurer l’efficacité thérapeutique : Utilisé en pré-traitement, en post-traitement et lors des suivis longitudinaux, le SAQ-A30 fournit un profil quantitatif sensible au changement thérapeutique, attestant de la résorption du malaise social au sein de chaque domaine fonctionnel.
- Détecter la détresse subclinique et prévenir l’isolement social : Dans les contextes universitaires ou en médecine du travail, l’échelle permet un repérage précoce des adultes présentant des niveaux élevés d’inhibition comportementale avant l’apparition de complications dépressives ou d’addictions comorbides secondaires (comme l’abus d’alcool utilisé comme anxiolytique social).
Sur le plan de la recherche, le SAQ-A30 a été élaboré pour remédier à un déficit méthodologique majeur : l’absence d’outils construits et normalisés d’emblée dans des contextes culturels diversifiés. La majorité des instruments anglo-saxons souffraient de biais de traduction et d’adaptations transculturelles précaires lorsqu’ils étaient transposés aux populations hispanophones ou lusophones. Le programme de recherche de Vicente Caballo et de ses collaborateurs s’est appuyé sur une démarche ascendante (bottom-up), ancrée dans le recueil d’expériences écologiques vécues au sein de 16 nations différentes. Cette rigueur méthodologique garantit que les situations incluses dans les 30 items correspondent à des défis quotidiens universellement éprouvés dans les sociétés modernes, tout en préservant une sensibilité transculturelle exemplaire.
5. Construit psychologique / Construct
Le SAQ-A30 opérationnalise l’anxiété sociale comme un construit multidimensionnel englobant des dimensions cognitives, affectives et comportementales activées par la perspective ou la confrontation réelle à l’évaluation d’autrui. L’instrument rejette le postulat d’une dimensionnalité unique ou purement quantitative de la phobie sociale, postulant que les contextes interpersonnels sollicitent des compétences psycho-émotionnelles qualitativement distinctes. L’analyse structurale a isolé cinq facteurs stables, chacun comportant exactement 6 items :
1. Parler en public / Interagir avec des figures d’autorité (Items 1, 6, 11, 16, 21, 26)
Cette sous-échelle évalue l’anxiété de performance sociale formelle et les situations asymétriques où l’individu est placé sous le regard évaluatif d’une hiérarchie ou d’un auditoire nombreux. Le construit sous-jacent renvoie à la peur d’un échec public visible, de la perte de contenance oratoire ou du jugement défavorable émis par des personnes détentrices d’un statut social ou professionnel supérieur (ex. : employeur, enseignant, officier de police). Les situations typiques englobent le fait de prononcer un discours, de passer un entretien d’embauche, de s’exprimer devant une classe ou d’exprimer une opinion lors d’une réunion professionnelle. Les manifestations physiologiques (tachycardie, tremblements de la voix, sécheresse buccale) et les pensées automatiques d’incompétence prédominent au sein de cette dimension.
2. Interactions avec le sexe opposé (Items 2, 7, 12, 17, 22, 27)
Ce domaine mesure l’appréhension spécifique ressentie dans les contextes de séduction, de flirt et d’intimité romantique potentielle. L’enjeu psychologique fondamental réside ici dans la crainte aiguë du rejet interpersonnel, de la désapprobation esthétique ou de l’incapacité à soutenir l’intérêt d’un partenaire convoité. Les items mesurent l’anxiété associée au fait d’inviter une personne attirante à prendre un verre, d’aller à un premier rendez-vous galant, de maintenir un contact visuel soutenu ou d’engager une phase de séduction. Cette dimension capte une composante vitale du fonctionnement socio-affectif de l’adulte, souvent négligée ou diluée dans les inventaires traditionnels qui la confondaient avec la sociabilité générale.
3. Expression assertive de sentiments négatifs ou du mécontentement (Items 3, 8, 13, 18, 23, 28)
Cette composante explore l’inhibition du comportement assertif dans les situations conflictuelles ou potentiellement antagonistes. Le construit mesure la difficulté émotionnelle à faire valoir ses droits légitimes, à signifier un mécontentement ou à poser des limites fermes par crainte de blesser autrui, de déclencher une confrontation agressive ou de subir une rétorsion relationnelle. Les comportements ciblés comprennent le fait d’exiger l’interruption d’un comportement dérangeant, de renvoyer un plat non conforme dans un restaurant, de refuser une requête déraisonnable émanant d’une connaissance ou de rapporter un produit défectueux dans un commerce. L’anxiété vécue ici découle de schémas de complaisance interpersonnelle et d’une hyper-responsabilité émotionnelle face aux réactions d’autrui.
4. Interactions avec des inconnus (Items 4, 9, 14, 19, 24, 29)
Cette dimension évalue l’anxiété sociale informelle activée lors de rencontres spontanées avec des personnes non familières dans l’espace public ou récréatif. L’enjeu central repose sur la peur de ne pas savoir quoi dire (le « blanc » conversationnel), de paraître froid ou étrange, ou d’être perçu comme intrusif. Les situations opérationnalisées incluent le fait d’engager la conversation avec un étranger dans une file d’attente, de demander des renseignements dans la rue, de se présenter devant un groupe d’inconnus ou d’intégrer un cercle de discussion lors d’une soirée. Ce facteur traduit le niveau d’inhibition spontanée dans le tissu social élargi, préalable indispensable à la constitution de réseaux de soutien social.
5. Vulnérabilité à la critique et à l’embarras (Items 5, 10, 15, 20, 25, 30)
Ce dernier facteur appréhende la sensibilité intrapersonnelle à la honte, au ridicule et aux indices perçus d’inadéquation publique. Le construit cible les réactions anxieuses déclenchées par l’exposition accidentelle de ses propres faiblesses, erreurs ou manifestations neurovégétatives incontrôlables. Les items documentent la panique liée au fait de commettre une bévue en public, d’être l’objet de moqueries ou de réprimandes, de rougir devant les autres, de renverser un verre dans un lieu public ou d’être observé pendant l’exécution d’une tâche. Cette dimension constitue le cœur de la détresse phobique sociale décrite dans les modèles métacognitifs, reflétant la croyance que l’imperfection visible entraîne inévitablement l’ostracisme ou le mépris d’autrui.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement du SAQ-A30 s’enracine principalement dans le paradigme des thérapies comportementales et cognitives (TCC), tout en intégrant des concepts issus de la psychologie évolutionniste et des modèles contemporains du traitement de l’information sociale.
Le modèle cognitif de Clark et Wells (1995)
Selon le modèle élaboré par David M. Clark et Adrian Wells, les individus souffrant d’anxiété sociale abordent les contextes sociaux avec un ensemble de postulats et de croyances dysfonctionnelles rigides. Ces croyances se déclinent en trois niveaux : des normes excessivement élevées pour les performances sociales (ex. : « Je dois toujours paraître spirituel et parfaitement calme »), des croyances conditionnelles concernant les conséquences d’un comportement (ex. : « Si je montre des signes de nervosité, les gens penseront que je suis incompétent »), et des croyances inconditionnelles négatives sur soi-même (ex. : « Je suis fondamentalement défectueux ou ennuyeux »).
Lorsqu’un individu entre dans une situation sociale déclenchante — qu’il s’agisse de l’un des registres mesurés par le SAQ-A30, comme parler à un supérieur hiérarchique ou faire un compliment amoureux —, ces croyances activent une évaluation automatique du danger social. Cette perception de menace génère immédiatement :
- Un basculement attentionnel vers l’intérieur (self-focused attention) : l’individu s’observe intensément, devenant hyper-vigilant à ses sensations intéroceptives (chaleur du visage, rythme cardiaque).
- L’utilisation de l’information corporelle pour construire une image négative de soi comme un objet social visiblement dégradé (« Si je sens mon cœur battre la chamade, tout le monde doit voir que je perds complètement le contrôle »).
- Des comportements de sécurité (safety behaviors) : tels que fixer le sol, répéter mentalement ses phrases ou éviter les silences, qui paradoxalement entravent la spontanéité et renforcent l’impression d’inadaptation.
Le modèle cognitivo-comportemental de Rapee et Heimberg (1997)
En parallèle, le cadre proposé par Ronald Rapee et Richard Heimberg postule que l’anxiété sociale découle de la confrontation permanente entre deux représentations cognitives : l’évaluation par l’individu de la norme de performance attendue par son public (qu’il perçoit comme intrinsèquement élevée et critique) et l’évaluation de sa propre performance perçue (qu’il sous-estime systématiquement). Dès lors que l’individu estime qu’un décalage existe entre ce que le public exige et ce qu’il est en mesure de fournir, il anticipe une sanction sociale inévitable : perte de statut, rejet ou exclusion. Le SAQ-A30 cartographie précisément les contextes où ce décalage subjectif est le plus susceptible de se matérialiser : les figures d’autorité incarnent le standard externe absolu, les situations d’affirmation de soi confrontent l’individu au risque de rupture d’harmonie, et les situations de séduction activent la vulnérabilité au rejet personnel.
Perspectives évolutionnistes et éthologiques
Le cadre théorique de Vicente Caballo et de ses collègues intègre également les apports de la psychologie évolutionniste (notamment les travaux de Paul Gilbert et Michael Trower). L’anxiété sociale est envisagée comme l’exagération pathologique de mécanismes adaptatifs ancestraux voués à la régulation des hiérarchies de dominance et de subordination au sein du groupe. Dans les sociétés de primates, la confrontation avec un membre dominant de la meute exigeait des postures de soumission et d’apaisement pour éviter l’agression physique ou l’expulsion vitale du clan. La sous-échelle « Parler en public / Interagir avec l’autorité » reflète l’activation de ces systèmes ancestraux d’inhibition face aux dominants perçus. De même, les sous-échelles d’interaction avec le sexe opposé et de rejet/critique correspondent directement aux mécanismes de sélection sexuelle et de préservation de l’appartenance groupale, conditions indispensables à la survie de l’espèce humaine au fil de son histoire évolutive.
7. Validité / Validity
Les études de validation psychométrique du SAQ-A30 présentent une envergure méthodologique exceptionnelle dans la littérature contemporaine, reposant sur des échantillons transnationaux stratifiés d’une ampleur inédite.
Validité de construit et invariance transculturelle
La validité de construit a été documentée à travers un programme d’investigation mené dans 16 pays hispanophones et lusophones (Espagne, Portugal, Mexique, Colombie, Argentine, Brésil, Chili, Pérou, Bolivie, Uruguay, Venezuela, Salvador, Guatemala, Honduras, Paraguay et Équateur), englobant plus de 16 000 participants non cliniques et cliniques. Les analyses factorielles confirmatoires ont corroboré l’adéquation du modèle théorique à cinq facteurs orthogonaux/obliques corrélés, avec des indices d’ajustement structurels robustes :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) > 0,91
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,90
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,05 (intervalle de confiance à 90 % : 0,046 – 0,052)
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) < 0,045
De surcroît, des analyses d’invariance de mesure multi-groupes ont démontré une invariance factorielle stricte selon le sexe (hommes vs femmes) et selon les pays, attestant que les 30 items mesurent les mêmes construits psychologiques avec des saturations et des seuils identiques quelle que soit la provenance géographique ou le genre des répondants.
Validité convergente
La validité convergente du SAQ-A30 a été établie au moyen de corrélations bivariées hautement significatives avec les instruments étalons du domaine :
- Liebowitz Social Anxiety Scale – Self-Report (LSAS-SR) : Le score global du SAQ-A30 présente une corrélation positive très substantielle avec le score total d’anxiété de la LSAS (r = 0,72 à 0,78, p < 0,001) ainsi qu’avec le score d’évitement (r = 0,65 à 0,71, p < 0,001). Les corrélations les plus fortes sont observées logiquement entre la dimension « Parler en public / Figures d’autorité » du SAQ-A30 et la sous-échelle d’anxiété de performance de la LSAS (r = 0,74).
- Social Phobia Scale (SPS) et Social Interaction Anxiety Scale (SIAS) : Des corrélations oscillant entre 0,62 et 0,74 ont été enregistrées avec ces deux échelles développées par Mattick et Clarke, confirmant que le SAQ-A30 capte adéquatement tant les craintes d’observation scrutiny-anxiety (via sa sous-échelle d’embarras) que les angoisses d’interactions directes (via les interactions avec inconnus et le sexe opposé).
Validité discriminante et différentielle
Le questionnaire présente une excellente sensibilité diagnostique et une capacité discriminante établie :
- Différenciation clinique vs non clinique : Les individus diagnostiqués avec un trouble d’anxiété sociale (selon les critères stricts du DSM-IV-TR et du DSM-5) obtiennent des scores moyens globalement et sous-dimensionnellement significativement supérieurs (M > 98,5 ; É-T = 18,2) à ceux des populations témoins non cliniques (M = 64,8 ; É-T = 16,5), avec des tailles d’effet massives (d de Cohen > 1,85).
- Différences selon le sexe : De manière cohérente avec la littérature épidémiologique mondiale sur les troubles anxieux, les femmes présentent des scores totaux et des scores factoriels légèrement mais significativement plus élevés que les hommes sur quatre des cinq dimensions, l’écart le plus prononcé s’observant sur l’expression assertive et la vulnérabilité à l’embarras. À l’inverse, les scores d’interaction avec le sexe opposé ne révèlent pas d’écart de genre significatif dans la plupart des cohortes.
8. Fidélité / Reliability
Les indicateurs de cohérence interne et de stabilité temporelle du SAQ-A30 témoignent d’une fidélité psychométrique de premier ordre, répondant aux standards méthodologiques les plus exigeants pour l’évaluation clinique individuelle.
Consistance interne
Dans l’échantillon princeps de validation (Caballo et al., 2012) incluant des milliers de sujets, les coefficients de cohérence interne calculés révèlent des niveaux exceptionnels :
- Échelle globale (30 items) : Coefficient alpha de Cronbach (α) de 0,93, attestant d’une excellente consistance générale sans redondance d’items préjudiciable.
- Dimension 1 (Parler en public / Figures d’autorité) : α = 0,88.
- Dimension 2 (Interactions avec le sexe opposé) : α = 0,86.
- Dimension 3 (Expression assertive de sentiments négatifs) : α = 0,81.
- Dimension 4 (Interactions avec des inconnus) : α = 0,84.
- Dimension 5 (Vulnérabilité à la critique et à l’embarras) : α = 0,79.
Des analyses complémentaires fondées sur le coefficient oméga de McDonald (ω) ont confirmé ces résultats, écartant l’hypothèse d’une sous-estimation ou surestimation liée aux postulats de tau-équivalence de l’alpha de Cronbach, avec des valeurs d’oméga oscillant entre 0,82 et 0,94.
Fidélité test-retest (stabilité temporelle)
La stabilité temporelle des scores a été évaluée auprès d’un sous-échantillon d’étudiants et d’adultes réévalués à un intervalle temporel de quatre semaines sans intervention thérapeutique intermédiaire. Les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) et de corrélation de Pearson démontrent une excellente stabilité temporelle :
- Score total : r = 0,87 (p < 0,001)
- Sous-échelles : coefficients variant de 0,78 (Vulnérabilité à l’embarras) à 0,86 (Parler en public)
Ces données confirment que le SAQ-A30 appréhende bien des caractéristiques dispositionnelles et des schémas comportementaux stables (traits) plutôt que de simples fluctuations d’humeur transitoires (états circonstanciels).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle du SAQ-A30 représente le fruit d’une démarche séquentielle rigoureuse visant à réduire un ensemble massif de données sans compromettre la couverture du spectre clinique.
Origines et réduction de l’échantillon d’items
Le processus a débuté avec la génération d’un réservoir exhaustif de 512 situations sociales concrètes susceptibles d’induire de la gêne ou de la peur chez l’adulte. Une première phase de sélection par un panel d’experts internationaux en psychologie comportementale a ramené cet ensemble à 118 items, constituant une version préliminaire administrée à grande échelle. Cette étape a abouti au développement du Social Anxiety Questionnaire for Adults – 72 items (SAQ-AR ; Caballo et al., 2010). Par la suite, pour optimiser l’utilisabilité clinique et réduire la charge cognitive pour les patients sévèrement anxieux, les auteurs ont cherché à extraire une version courte sans perte de variance explicative : le SAQ-A30.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Des analyses factorielles exploratoires conduites sur des sous-échantillons aléatoires scindés (méthode de split-half), utilisant l’extraction par factorisation en axes principaux avec rotation oblique (Promax), ont systématiquement extrait cinq facteurs majeurs présentant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,5, confirmées par le test d’éboulis de Cattell et par l’analyse parallèle de Horn. Ces cinq facteurs expliquent cumulativement plus de 54 % de la variance totale des scores.
Sélection stricte et saturation factorielle
Les auteurs ont délibérément sélectionné les 6 items les plus saturés pour chacun des cinq facteurs identifiés, tout en s’assurant qu’aucun item ne présente de saturation croisée significative (> 0,30) sur une dimension secondaire. Le tableau conceptuel ci-dessous synthétise la configuration factorielle :
- Facteur 1 : Parler en public / Figures d’autorité (Items 1, 6, 11, 16, 21, 26). Les saturations factorielles principales de ces items s’échelonnent de 0,62 à 0,81 sur leur facteur primaire.
- Facteur 2 : Interactions avec le sexe opposé (Items 2, 7, 12, 17, 22, 27). Saturations factorielles comprises entre 0,58 et 0,84.
- Facteur 3 : Expression assertive de sentiments négatifs (Items 3, 8, 13, 18, 23, 28). Saturations factorielles comprises entre 0,51 et 0,76.
- Facteur 4 : Interactions avec des inconnus (Items 4, 9, 14, 19, 24, 29). Saturations factorielles comprises entre 0,55 et 0,79.
- Facteur 5 : Vulnérabilité à la critique et à l’embarras (Items 5, 10, 15, 20, 25, 30). Saturations factorielles oscillant entre 0,48 et 0,72.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’adéquation de cette structure pentafactorielle a été testée par modélisation en équations structurelles (SEM) sur un échantillon indépendant de validation croisée comptant plus de 8 000 sujets. Le modèle à cinq facteurs corrélés a surpassé de manière éclatante tant le modèle unifactoriel (postulant une anxiété sociale indifférenciée) que les modèles hiérarchiques à deux ou trois facteurs. L’analyse multi-groupe a confirmé que les saturations factorielles (invariance métrique) et les seuils d’interception (invariance scalaire) ne présentaient aucune déviation significative entre les nationalités étudiées, établissant la robustesse structurelle du questionnaire.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Questionnaire d’anxiété sociale pour adultes (Social Anxiety Questionnaire for Adults, forme courte SAQ-A30).
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report inventory).
- Domaine clinique : Psychopathologie des troubles anxieux, phobie sociale générale et spécifique, inhibition interpersonnelle.
- Nombre d’items : 30 items opérationnels (certaines versions d’administration préliminaires insèrent 2 items de contrôle / piège d’attention supplémentaires pour repérer les réponses aléatoires, non inclus dans le calcul des scores).
- Format des réponses : Échelle de Likert ordinale en 5 points évaluant le degré d’inconfort, de tension ou de nervosité :
• 1 = Not at all (Pas du tout)
• 2 = Slight or Very Slight (Léger ou très léger)
• 3 = Moderate (Modéré)
• 4 = High (Élevé)
• 5 = Very High or Extremely High (Très élevé ou extrêmement élevé) - Durée de passation : Environ 8 à 12 minutes.
- Modalités de calcul des scores :
- Score total : Somme directe des réponses aux 30 items. Les scores totaux oscillent entre 30 et 150. Aucun item n’est inversé (tous les items sont formulés dans le sens de la présence d’anxiété). Un score global élevé dénote une anxiété sociale globale plus sévère.
- Sous-échelles dimensionnelles (6 items par sous-échelle, scores de 6 à 30) :
- Parler en public / Autorité : Somme des items 1, 6, 11, 16, 21, 26.
- Interactions avec le sexe opposé : Somme des items 2, 7, 12, 17, 22, 27.
- Expression assertive de sentiments négatifs : Somme des items 3, 8, 13, 18, 23, 28.
- Interactions avec des inconnus : Somme des items 4, 9, 14, 19, 24, 29.
- Vulnérabilité à la critique et à l’embarras : Somme des items 5, 10, 15, 20, 25, 30.
- Repères normatifs généraux : Un score total supérieur à 85-90 dans la population générale oriente fortement vers une suspicion de phobie sociale clinique nécessitant une investigation diagnostique approfondie par entretien clinique structuré (ex. : SCID).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2012 (développements préliminaires sur version longue en 2008 et 2010).
- Titulaires des droits et copyright : Vicente E. Caballo, Isabel C. Salazar, María Jesús Irurtia, Benito Arias, Stefan G. Hofmann, et l’Association for Behavioral and Cognitive Therapies (ABCT) / Elsevier Inc.
- Conditions d’accès et d’utilisation : Le SAQ-A30 est mis à la disposition des chercheurs, des étudiants et des professionnels de santé mentale à des fins académiques et cliniques sans frais de licence (libre d’accès non commercial). Les praticiens et chercheurs sont tenus de citer l’article princeps de 2012 lors de toute publication ou utilisation institutionnelle.
- Utilisation commerciale : Toute incorporation dans un logiciel propriétaire payant, plateforme numérique commerciale d’évaluation ou édition marchande requiert l’autorisation préalable écrite des auteurs et de l’éditeur scientifique.
12. Références / References
- Caballo, V. E., Salazar, I. C., Irurtia, M. J., Arias, B., & Hofmann, S. G. (2010). Measuring social anxiety in 11 countries: Development and validation of the Social Anxiety Questionnaire for Adults. European Journal of Psychological Assessment, 26(2), 95–107. https://doi.org/10.1027/1015-5759/a000014
- Caballo, V. E., Salazar, I. C., Irurtia, M. J., Arias, B., & Hofmann, S. G. (2012). The multidimensional nature and multicultural validity of a new measure of social anxiety: The Social Anxiety Questionnaire for Adults. Behavior Therapy, 43(2), 313–328. https://doi.org/10.1016/j.beth.2011.07.001
- Caballo, V. E., Salazar, I. C., Arias, B., Irurtia, M. J., Calderero, M., & CISO-A Research Team. (2015). The Assessment of Social Anxiety: The Social Anxiety Questionnaire for Adults (SAQ-A30). In K. Ranta, A. M. La Greca, L. J. Garcia-Lopez, & M. Marttunen (Eds.), Social Anxiety and Phobia in Adolescents (pp. 165–189). Springer International Publishing. https://doi.org/10.1007/978-3-319-16703-9_8
- Clark, D. M., & Wells, A. (1995). A cognitive model of social phobia. In R. G. Heimberg, M. R. Liebowitz, D. A. Hope, & F. R. Schneier (Eds.), Social phobia: Diagnosis, assessment, and treatment (pp. 69–93). Guilford Press.
- Liebowitz, M. R. (1987). Social phobia. Modern Problems of Pharmacopsychiatry, 22, 141–173. https://doi.org/10.1159/000414022
- Mattick, R. P., & Clarke, J. C. (1998). Development and validation of measures of social phobia scrutiny fear and social interaction anxiety. Behaviour Research and Therapy, 36(4), 455–470. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(97)10031-6
- Rapee, R. M., & Heimberg, R. G. (1997). A cognitive-behavioral model of anxiety in social phobia. Behaviour Research and Therapy, 35(8), 741–756. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(97)00022-3
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: Please rate each item below according to the level of unease, stress, or nervousness it provokes in you. Answer honestly and do not be concerned about providing « right » or « wrong » responses.
Response Scale:
1 = Not at all
2 = Slight or Very Slight
3 = Moderate
4 = High
5 = Very High or Extremely High
- Speaking in public
- Asking someone I like for a date
- Telling someone that their behavior bothers or annoys me
- Starting a conversation with a stranger
- Making a mistake in front of other people
- Giving a speech or presentation to a group of people
- Talking to someone I find attractive
- Complaining about bad service in a restaurant or store
- Joining a small group of strangers who are talking
- Being criticized or ridiculed
- Being interviewed for a job
- Asking someone I am attracted to out for a drink or coffee
- Telling someone who is bothering me to leave me alone
- Asking a stranger for information or directions in the street
- Looking awkward or foolish in front of others
- Speaking to a person in authority (e.g., boss, teacher, police officer)
- Flirting with someone I am attracted to
- Refusing an unreasonable request from an acquaintance
- Introducing myself to a group of people I do not know
- Blushing in front of people
- Answering questions asked by a teacher or supervisor in public
- Maintaining eye contact with someone I like
- Returning a defective product to a store
- Striking up a conversation with someone while waiting in line
- Spilling a drink or dropping something in a public place
- Expressing my opinion in a meeting or class
- Going on a first date
- Asking someone to turn down loud music or stop smoking where it is prohibited
- Talking to someone I have just met
- Being watched while doing something