Résumé
Le Questionnaire d’agressivité (Aggression Questionnaire, AQ ; Buss & Warren, 2000) constitue l’un des instruments d’auto-évaluation les plus rigoureusement étalonnés et largement mobilisés au niveau international pour quantifier les composantes multidimensionnelles de l’agressivité chez les enfants, adolescents et adultes. Issu d’une refonte méthodologique et conceptuelle approfondie du Buss-Durkee Hostility Inventory (BDHI ; Buss & Durkee, 1957) et des travaux pivots de Buss et Perry (1992), le modèle standardisé de Buss et Warren (2000) comporte 34 énoncés évalués selon une échelle de Likert en 5 points, s’étendant de « Not at all like me » (Pas du tout comme moi) à « Completely like me » (Complètement comme moi). L’instrument opérationnalise l’agressivité à travers cinq sous-échelles fondamentales : l’Agressivité physique (Physical Aggression), l’Agressivité verbale (Verbal Aggression), la Colère (Anger), l’Hostilité (Hostility) et l’Agressivité indirecte (Indirect Aggression). Il intègre également un score composite global ainsi qu’un indice de réponses incohérentes (Inconsistent Responding Index), garantissant la détection des profils de réponse aléatoires ou non concordants.
Les propriétés psychométriques de l’AQ reposent sur une normalisation massive établie auprès de 2 138 participants âgés de 9 à 88 ans, stratifiée en trois tranches d’âge spécifiques (9 à 18 ans, 19 à 39 ans, et 40 à 88 ans) avec des tables normatives distinctes selon le sexe pour les dimensions d’agressivité motrice et verbale. Les analyses factorielles confirmatoires appuient la validité de construit de cette architecture multidimensionnelle, confirmée dans des populations cliniques hautement spécialisées, à l’instar d’échantillons d’hommes auteurs de violences conjugales ou en milieu médico-légal et correctionnel. Doté d’une cohérence interne robuste (α de Cronbach oscillant généralement entre 0,72 et 0,89 pour les sous-échelles et dépassant 0,90 pour le score global), d’une stabilité temporelle attestée par test-retest et d’une remarquable validité convergente et discriminante, l’AQ s’impose comme un outil standardisé incontournable pour le dépistage diagnostique, la recherche translationnelle en psychopathologie et l’évaluation de l’efficacité thérapeutique.
Mots-clés
Questionnaire d’agressivité, psychométrie, agressivité physique, agressivité verbale, colère, hostilité, agressivité indirecte, évaluation médico-légale, comportement violent, validation transculturelle.
Auteurs
Le questionnaire dans sa formulation définitive et standardisée a été conceptualisé et normé par :
- Arnold H. Buss, Ph.D. : Professeur émérite au département de psychologie de l’Université du Texas à Austin (États-Unis). Théoricien majeur de la psychologie de la personnalité, des tempéraments développementaux (modèle EAS : Émotivité, Activité, Sociabilité) et de l’étiologie des comportements agressifs et hostiles.
- W. L. Warren, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur en psychométrie, spécialiste du développement d’instruments standardisés d’évaluation comportementale chez l’adulte et l’enfant, affilié aux départements de recherche appliquée de Western Psychological Services (Los Angeles, Californie).
Objectif
L’objectif fondamental du Questionnaire d’agressivité (AQ) est de fournir une évaluation différentielle, standardisée et objective des multiples facettes comportementales, affectives et cognitives qui sous-tendent les manifestations de l’agressivité humaine. Historiquement, l’agressivité a souvent été appréhendée de manière unidimensionnelle ou assimilée indistinctement à des explosions de violence motrice brute. La conception de l’AQ vise à rompre avec ce réductionnisme en distinguant rigoureusement la décharge motrice explicite, l’activation émotionnelle autonome, la distorsion cognitive interprétative et les stratégies d’agression dissimulées ou indirectes.
Dans le domaine clinique et psychopathologique, l’AQ sert d’outil diagnostique de première ligne pour dresser le profil fonctionnel de patients présentant des troubles de la régulation des impulsions, des troubles du comportement perturbateur, un trouble de la personnalité limite, un trouble de la personnalité antisociale ou des conduites d’assuétude associées à une irritabilité marquée. L’inventaire permet non seulement de quantifier la prédisposition agressive, mais également d’apprécier la capacité du sujet à moduler et canaliser ses réponses affectives face à des stimuli frustrants ou conflictuels. Cette caractérisation fine s’avère déterminante pour la conceptualisation de cas et l’élaboration de programmes thérapeutiques individualisés, notamment dans le cadre de thérapies cognitivo-comportementales axées sur la gestion de la colère (Anger Management Training) ou la restructuration des schémas d’attribution hostile.
Dans les contextes médico-légaux, correctionnels et pénitentiaires, l’AQ est couramment utilisé pour l’évaluation du risque de récidive violente, l’orientation criminologique et la surveillance longitudinale des interventions de réhabilitation psychosociale. Des recherches étendues (notamment auprès de cohortes d’auteurs de violences conjugales en milieu thérapeutique ambulatoire ou carcéral) démontrent son efficacité pour documenter les besoins spécifiques de prise en charge et mesurer objectivement la régression des composantes d’hostilité et de colère au cours du traitement. Enfin, dans les milieux scolaires, universitaires, organisationnels ou militaires, l’accessibilité cognitive de l’outil — rédigé à un niveau de lecture élémentaire équivalent à une classe d’école primaire (third-grade reading level) — permet un dépistage systématique et massif des individus à risque d’escalade conflictuelle ou de décompensation agressive en moins de dix minutes d’administration.
Construit psychologique
L’architecture conceptuelle de l’AQ repose sur le découpage structural de l’agressivité en composantes distinctes mais interdépendantes, couvrant l’ensemble du spectre fonctionnel humain : les dimensions instrumentales/motrices, la composante affective/physiologique et les processus cognitifs/évaluatifs.
1. Agressivité physique (Physical Aggression)
Cette sous-échelle évalue la propension d’un individu à utiliser la force motrice et la violence corporelle contre autrui ou sur des objets matériels pour infliger un préjudice, intimider ou résoudre un conflit relationnel. Elle représente la modalité comportementale manifeste la plus disruptive. Les énoncés illustrent des actions directes telles que frapper sous la provocation (« I may hit someone if he or she provokes me »), perdre le contrôle au point de passer à l’acte physique (« At times I can’t control the urge to hit someone »), ou briser du mobilier sous l’effet de la fureur (« I have become so mad that I have broken things »). Cette dimension discrimine nettement les populations judiciarisées ou violentes de la population générale.
2. Agressivité verbale (Verbal Aggression)
L’agressivité verbale constitue la modalité instrumentale expressive fondée sur la communication orale ou discursive offensive. Elle quantifie l’inclination à s’engager dans des joutes oratoires conflictuelles, à manifester son désaccord de façon acrimonieuse et à proférer des menaces ou des jugements dépréciateurs envers les interlocuteurs. Des énoncés tels que « My friends say that I argue a lot », « I tell my friends openly when I disagree with them » ou « I have threatened people I know » opérationnalisent cette propension à mobiliser le langage comme arme coercitive ou affirmante déviante.
3. Colère (Anger)
La colère représente le volet affectif et émotionnel central de la constellation agressive. Elle correspond à l’activation du système nerveux autonome caractérisée par des poussées d’excitation physiologique, une labilité émotionnelle marquée et un sentiment subjectif de rage ou de fureur. Cette composante fait le pont entre les croyances cognitives et les décharges motrices, agissant comme un amplificateur d’impulsivité. Les items rendent compte d’un embrasement affectif rapide et disproportionné (« I flare up quickly, but get over it quickly »), de difficultés chroniques de maîtrise de soi (« I have trouble controlling my temper ») et d’un sentiment d’instabilité explosive (« At times I feel like a bomb ready to explode »).
4. Hostilité (Hostility)
L’hostilité constitue la composante cognitive et idéative du construit. Elle s’articule autour de schémas d’interprétation paranoïoïdes, d’un cynisme relationnel persistant, d’un sentiment d’injustice existentielle et d’un biais d’attribution d’intentions malveillantes envers autrui. Contrairement à la colère qui est un état émotionnel transitoire et aigu, l’hostilité est une posture attitudinale durable et rigide. Elle est reflétée par des pensées de méfiance systématique (« I wonder what people want when they are nice to me », « I do not trust strangers who are too friendly »), un sentiment de rancœur (« At times I feel I have gotten a raw deal out of life ») et une angoisse de persécution sociale (« I sometimes feel that people are laughing at me behind my back »).
5. Agressivité indirecte (Indirect Aggression)
Introduite pour compléter l’évaluation des agressions non directes, cette dimension mesure les comportements par lesquels l’individu inflige un tort ou manifeste sa rancœur de manière détournée, sans confrontation frontale directe avec la cible. Elle comprend la diffusion de rumeurs calomnieuses (« I sometimes spread gossip about people I don’t like »), des conduites passives-agressives telles que le mutisme punitif (« When someone really irritates me, I might give him or her silent treatment »), le sabotage intentionnel des réalisations d’autrui (« If I’m angry enough, I may mess up someone’s work ») ou la lenteur calculée face à l’autorité (« When people are bossy, I take my time doing what they want, just to show them »).
Cadre théorique
L’élaboration de l’AQ s’enracine dans la tradition théorique de la psychologie différentielle, du néo-béhaviorisme et des modèles sociocognitifs de la personnalité. Le modèle initial conçu par Arnold H. Buss et Ann Durkee en 1957 (le Buss-Durkee Hostility Inventory) reposait sur les hypothèses comportementales du milieu du XXe siècle, notamment les déclinaisons de la théorie de la frustration-agression formulée par Dollard, Doob, Miller, Mowrer et Sears (1939), enrichie ultérieurement par les reformulations de Leonard Berkowitz (1989) à travers le Cognitive-Neoassociationistic Model.
Selon le paradigme néo-associationniste de Berkowitz, tout événement aversif ou frustrant produit initialement une réaction affective négative indifférenciée. Cette charge négative active automatiquement un réseau d’associations cognitives, de souvenirs autobiographiques, de réactions physiologiques de combat/fuite (fight or flight) et d’impulsions motrices. Si les processus cognitifs de contrôle supérieur échouent à inhiber ou réévaluer ces réseaux activés, le sujet glisse de l’émotion de colère vers des comportements d’agression explicite. Arnold Buss a traduit cette séquence dynamique en un schéma tripartite rigoureux :
- La composante motrice : l’agressivité en acte (physique et verbale), représentant la décharge comportementale orientée vers un but préjudiciable.
- La composante émotionnelle : la colère, qui incarne l’énergie d’activation physiologique et l’impulsion à agir.
- La composante cognitive : l’hostilité, qui stabilise les représentations pessimistes d’injustice, d’amertume et de danger d’autrui, prédisposant l’organisme à décoder de façon chronique les stimuli ambigus comme hostiles (le Hostile Attribution Bias documenté par Kenneth Dodge).
Le perfectionnement apporté par Buss et Warren (2000) a également permis d’ancrer l’instrument dans le modèle intégratif contemporain qu’est le General Aggression Model (GAM) développé par Craig A. Anderson et Brad J. Bushman (2002). Le GAM postule que les variables de personnalité (telles que mesurées de façon dispositionnelle par les échelles de l’AQ) interagissent en permanence avec les facteurs situationnels pour moduler l’état interne de l’individu (affect, cognition, activation). C’est cet état interne qui détermine, à travers un cycle de traitement primaire automatique puis de réévaluation cognitive réfléchie, si l’action résultante sera violente, passive-agressive ou constructivement régulée. L’AQ opérationnalise avec précision chacun des maillons internes identifiés par le GAM.
Validité
La validité psychométrique du Questionnaire d’agressivité de Buss et Warren (2000) a été étayée par un ensemble volumineux d’enquêtes empiriques portant sur des populations diversifiées, normatives comme pathologiques.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de l’AQ est établie par des corrélations positives statistiquement significatives avec de multiples instruments validés évaluant l’affectivité négative et les conduites antisociales. Le score global et la sous-échelle de colère démontrent des corrélations fortes (typiquement r = 0,65 à 0,78) avec le State-Trait Anger Expression Inventory (STAXI-2 de Charles Spielberger), en particulier avec l’échelle de Colère-Trait (Trait Anger) et l’indice d’expression externe de la colère (Anger-Out). Des corrélations robustes sont également mises en évidence avec les échelles d’impulsivité motrice et cognitive du Barratt Impulsiveness Scale (BIS-11), de même qu’avec les scores de psychopathie évalués par le Levenson Self-Report Psychopathy Scale (LSRP) et les facettes d’agréabilité (corrélation inverse, r = -0,45 à -0,62) et de névrosisme du modèle à cinq facteurs (NEO-PI-R / Big Five).
Validité discriminante
L’instrument démontre une excellente capacité à différencier les composantes affectives pures des déficits cognitifs ou des traits non agressifs. Dans les études de validation transculturelle, notamment l’étude conduite auprès de 767 hommes condamnés pour violences conjugales suivant un traitement psychologique spécialisé, les corrélations entre l’AQ et les mesures de désirabilité sociale (comme l’échelle de Marlowe-Crowne) se sont révélées faibles à négligeables (r < -0,20), attestant que les répondants, même placés dans des contextes judiciaires coercitifs, ne modulent pas excessivement leurs scores par simple conformisme social. De plus, l’AQ différencie nettement les populations cliniques ou criminelles des groupes témoins appariés, les sujets auteurs d’agressions présentant des scores significativement supérieurs sur les échelles d’agressivité physique et de colère (tailles d’effet de Cohen d variant entre 0,75 et 1,20).
Validité critériée et prédictive
La validité prédictive de l’AQ est confirmée par des études longitudinales prédisant les incidents disciplinaires en institution carcérale, le risque de récidive d’actes violents chez des délinquants libérés sur parole et les décompensations agressives en unité psychiatrique fermée. L’échelle d’agressivité physique émerge systématiquement comme l’un des meilleurs prédicteurs auto-rapportés de la violence interpersonnelle réelle. L’étude menée auprès des agresseurs conjugaux a mis en évidence une diminution notable des scores d’agressivité et de colère en fonction de l’âge du participant, confirmant le phénomène criminologique bien connu de maturation et de décroissance des conduites agressives avec l’avancement en âge.
Fidélité
La fidélité de l’AQ a été démontrée à travers une grande variété de populations cliniques et non cliniques, manifestant une cohérence interne élevée et une remarquable invariance temporelle.
Cohérence interne
Dans l’échantillon de normalisation de Buss et Warren (2000) comprenant 2 138 individus âgés de 9 à 88 ans, le coefficient alpha de Cronbach pour l’échelle globale de l’AQ atteint α = 0,94, dénotant une homogénéité métrologique exceptionnelle. Les indices de consistance interne des cinq sous-échelles individuelles se distribuent de manière équilibrée et satisfaisante :
- Agressivité physique : α = 0,88
- Agressivité verbale : α = 0,76
- Colère : α = 0,84
- Hostilité : α = 0,82
- Agressivité indirecte : α = 0,73
Dans l’étude clinique menée auprès de 767 hommes violents conjugaux, les coefficients de cohérence interne sont demeurés stables, oscillant entre 0,71 pour l’agressivité indirecte et 0,86 pour l’agressivité physique, avec un alpha total supérieur à 0,90. Ces valeurs confirment que chaque dimension capture fidèlement son domaine spécifique sans redondance excessive.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été documentée sur divers intervalles d’administration. Sur une période de test-retest de trois à quatre semaines auprès d’échantillons universitaires et communautaires, les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et de Pearson s’élèvent à :
- Score Total de l’AQ : r = 0,86
- Agressivité physique : r = 0,84
- Agressivité verbale : r = 0,78
- Colère : r = 0,80
- Hostilité : r = 0,81
- Agressivité indirecte : r = 0,75
Ces données démontrent que les dimensions mesurées par l’AQ opèrent principalement comme des traits de personnalité dispositions stables dans le temps, tout en demeurant sensibles aux modifications psychothérapeutiques ou environnementales substantielles.
Analyse factorielle
L’exploration de l’architecture factorielle du Questionnaire d’agressivité a fait l’objet de vifs débats méthodologiques et d’affinements psychométriques rigoureux depuis les analyses initiales de Buss et Perry (1992) jusqu’aux étalonnages de Buss et Warren (2000).
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Les modélisations exploratoires appliquées à la matrice d’inter-corrélations des 34 items de l’AQ mettent en évidence une structure sous-jacente claire en cinq facteurs distincts, correspondant aux cinq sous-échelles théoriques. L’extraction par axes principaux avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, justifiée par l’interdépendance conceptuelle naturelle entre les facettes de l’agressivité) révèle que chaque item sature prioritairement sur son facteur d’attribution théorique, avec des saturations factorielles généralement substantielles :
- Les items d’agressivité physique saturent entre 0,52 et 0,79 sur leur axe principal.
- Les items de colère présentent des saturations comprises entre 0,48 et 0,76.
- Les items d’hostilité saturent entre 0,45 et 0,73.
- Les items d’agressivité verbale affichent des saturations de 0,42 à 0,69.
- Les items d’agressivité indirecte obtiennent des saturations oscillant entre 0,40 et 0,65.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
L’évaluation par modélisation d’équations structurelles (SEM) confirme l’adéquation empirique supérieure du modèle à 5 facteurs (ou d’un modèle hiérarchique de second ordre où un facteur général d’agressivité chapeaute les cinq facteurs de premier ordre) par rapport à un modèle unidimensionnel ou à un modèle à deux facteurs séparant simplement les composantes manifestes et latentes.
Dans l’investigation empirique conduite auprès des 767 hommes judiciarisés pour violences conjugales, l’AFC a confirmé la supériorité des indices d’ajustement du modèle multifactoriel :
- Chi-carré normé (χ²/df) : inférieur au seuil critique de 3,0 (indiquant une bonne parcimonie du modèle).
- Comparative Fit Index (CFI) : > 0,92, dénotant un ajustement comparatif robuste.
- Tucker-Lewis Index (TLI) : > 0,91.
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : ≤ 0,052 (avec un intervalle de confiance à 90 % situé entre 0,046 et 0,058), confirmant un niveau résiduel d’erreur d’approximation particulièrement faible.
Ces données structurales valident définitivement l’indépendance métrologique des facettes tout en autorisant le calcul d’un score total représentatif du potentiel agressif global de l’individu.
Instrument de mesure
Le Questionnaire d’agressivité (AQ ; Buss & Warren, 2000) se caractérise par des modalités d’administration standardisées et des propriétés opérationnelles précises :
- Nature de l’outil : Questionnaire psychométrique standardisé d’auto-évaluation (self-report inventory).
- Nombre d’items : 34 énoncés brefs, rédigés à un niveau d’accessibilité lexicale élémentaire (third-grade reading level).
- Format court de recherche / dépistage : Une version abrégée en 15 items est disponible (constituée des 15 premiers énoncés de la feuille d’auto-cotation, intégrant exactement 3 items issus de chacune des 5 sous-échelles). Les scores de la forme courte corrèlent très fortement avec ceux du protocole complet.
- Format de réponse : Échelle de Likert à 5 points de fréquence/ressemblance :
- 1 = Not at all like me (Pas du tout comme moi)
- 2 = A little like me (Un peu comme moi)
- 3 = Somewhat like me (Moyennement comme moi)
- 4 = Very much like me (Beaucoup comme moi)
- 5 = Completely like me (Complètement comme moi)
- Sous-échelles mesurées :
- Agressivité physique (Physical Aggression)
- Agressivité verbale (Verbal Aggression)
- Colère (Anger)
- Hostilité (Hostility)
- Agressivité indirecte (Indirect Aggression)
- Score Total d’agressivité (Total Score)
- Contrôle de validité des protocoles : Présence d’un Inconsistent Responding Index (Indice de réponses incohérentes) calculé à partir de paires d’items fortement associées afin de détecter les biais d’inattention, la non-conformité aux consignes ou les réponses distribuées au hasard.
- Règle d’inversion des scores : L’item 19 (« I am a calm person ») est inversé lors du dépouillement (1 devient 5, 2 devient 4, 3 demeure 3, 4 devient 2, et 5 devient 1).
- Durée moyenne de passation : Environ 10 minutes pour la passation complète.
- Modes d’administration et de cotation : Formulaire papier auto-marquant (AutoScore Form), passation informatisée sur poste de travail avec cotation instantanée ou plateforme de testing en ligne générant un profil de scores standardisés (scores T, percentiles).
- Groupes de référence et normes : Normes établies sur 2 138 participants réparties en trois tranches d’âge : enfants et adolescents (9 à 18 ans), jeunes adultes (19 à 39 ans) et adultes matures à seniors (40 à 88 ans). Des tables de conversion distinctes selon le sexe biologique sont fournies pour l’Agressivité verbale et l’Agressivité physique en raison des écarts de moyenne empiriquement constatés.
Permissions, Tarifs et Année du test
Le Aggression Questionnaire (AQ) dans sa version révisée et standardisée a été publié en 2000 par les éditions Western Psychological Services (WPS), faisant suite à la version de recherche originale publiée en 1992 par Buss et Perry dans le Journal of Personality and Social Psychology.
- Titulaire des droits et statut légal : Le matériel du test (manuel de l’utilisateur, formulaires auto-marquants, logiciels de cotation et rapports informatisés) est protégé par le droit d’auteur international. La propriété exclusive et les droits commerciaux sont détenus par Western Psychological Services (WPS).
- Conditions d’accès et qualification requise : L’utilisation clinique et diagnostique de l’AQ est soumise aux directives d’éthique professionnelle des tests psychologiques (niveau de qualification B pour les psychologues agréés, psychiatres, criminologues cliniciens et chercheurs institutionnels qualifiés).
- Tarification commerciale : L’instrument est payant à des fins d’exploitation clinique standardisée. Le kit de démarrage (comprenant le manuel technique officiel et un jeu de formulaires de passation/cotation AutoScore) se négocie généralement aux alentours de 150 à 250 USD selon le distributeur autorisé. Les protocoles additionnels et les crédits de cotation informatisée font l’objet de recharges commerciales par paquets de 25 ou 100 unités.
- Utilisation en recherche académique : Pour les travaux de recherche doctorale ou les études épidémiologiques indépendantes sans but lucratif, les chercheurs peuvent acquérir des autorisations de reproduction partielle ou utiliser les formulations dérivées du domaine public issues de Buss et Perry (1992), sous réserve de citer scrupuleusement les publications sources et d’obtenir l’accord explicite des éditeurs pour les versions propriétaires dérivées de 2000.
Références
- Anderson, C. A., & Bushman, B. J. (2002). Human aggression. Annual Review of Psychology, 53(1), 27-51. https://doi.org/10.1146/annurev.psych.53.100901.135231
- Berkowitz, L. (1989). Frustration-aggression hypothesis: Examination and reformulation. Psychological Bulletin, 106(1), 59-73. https://doi.org/10.1037/0033-2909.106.1.59
- Buss, A. H., & Durkee, A. (1957). An inventory for assessing different kinds of hostility. Journal of Consulting Psychology, 21(4), 343-349. https://doi.org/10.1037/h0046900
- Buss, A. H., & Perry, M. (1992). The Aggression Questionnaire. Journal of Personality and Social Psychology, 63(3), 452-459. https://doi.org/10.1037/0022-3514.63.3.452
- Buss, A. H., & Warren, W. L. (2000). Aggression Questionnaire: Manual. Los Angeles, CA: Western Psychological Services.
- Dollard, J., Doob, L. W., Miller, N. E., Mowrer, O. H., & Sears, R. R. (1939). Frustration and aggression. New Haven, CT: Yale University Press. https://doi.org/10.1037/10022-000
- García-León, A., Reyes, G. A., Vila, J., Pérez, N., & Robles, H. (2002). The Aggression Questionnaire: A validation study in student samples. The Spanish Journal of Psychology, 5(1), 45-53. https://doi.org/10.1017/s1138741600005822
- Tremblay, P. F., & Ewart, L. A. (2005). The Buss and Perry Aggression Questionnaire and its scales: A re-evaluation. European Journal of Personality, 19(6), 475-491. https://doi.org/10.1002/per.549
Questions et items du questionnaire
Response format: Rate each statement on a 5-point scale ranging from 1 = Not at all like me to 5 = Completely like me.
- My friends say that I argue a lot.
- Other people always seem to get the breaks.
- I flare up quickly‚ but get over it quickly.
- I often find myself disagreeing with people.
- At times I feel I have gotten a raw deal out of life.
- I can’t help getting into arguments when people disagree with me.
- At times I get very angry for no good reason.
- I may hit someone if he or she provokes me.
- I wonder why sometimes I feel so bitter about things.
- I have threatened people I know.
- Someone has pushed me so far that I hit him or her.
- I have trouble controlling my temper.
- If I’m angry enough‚ I may mess up someone’s work.
- I have been mad enough to slam a door when leaving someone behind in the room.
- When people are bossy‚ I take my time doing what they want‚ just to show them.
- I wonder what people want when they are nice to me.
- I have become so mad that I have broken things.
- I sometimes spread gossip about people I don’t like.
- I am a calm person. (Reverse scored)
- When people annoy me‚ I may tell them what I think of them.
- I sometimes feel that people are laughing at me behind my back.
- I let my anger show when I do not get what I want.
- At times I can’t control the urge to hit someone.
- I get into fights more than most people.
- If somebody hits me‚ I hit back.
- I tell my friends openly when I disagree with them.
- If I have to resort to violence to protect my rights‚ I will.
- I do not trust strangers who are too friendly.
- At times I feel like a bomb ready to explode.
- When someone really irritates me‚ I might give him or her silent treatment.
- I know that “friends” talk about me behind my back.
- Some of my friends think I am a hothead.
- At times I am so jealous I can’t think of anything else.
- I like to play practical jokes.