Questionnaire d’Activation des Schémas Cognitifs en Contexte Sexuel

Le Questionnaire d’Activation des Schémas Cognitifs en Contexte Sexuel (QCSASC), développé par Pedro J. Nobre et José Pinto-Gouveia, est un instrument psychométrique validé mesurant l’activation des schémas cognitifs négatifs en situation d’échec sexuel.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire d’Activation des Schémas Cognitifs en Contexte Sexuel (en anglais : Questionnaire of Cognitive Schema Activation in Sexual Context – QCSASC), développé par Pedro J. Nobre et José Pinto-Gouveia (2009), constitue un instrument psychométrique d’évaluation clinique et expérimentale conçu pour mesurer l’activation des schémas cognitifs inconditionnels négatifs face à des événements sexuels non résolus ou perçus comme des échecs. Ancré dans les modèles cognitivo-comportementaux de la santé sexuelle et prolongeant les travaux fondamentaux d’Aaron T. Beck et de Judith S. Beck (1995), cet outil permet d’examiner précisément la vulnérabilité cognitive sous-jacente aux dysfonctions sexuelles masculines et féminines.

Le protocole d’administration repose sur une méthodologie structurée en trois phases distinctes. Dans un premier temps, les participants prennent connaissance de quatre vignettes cliniques standardisées décrivant des scénarios négatifs représentatifs des dysfonctions les plus prévalentes selon le sexe du sujet (trouble du désir, trouble de l’érection, éjaculation prématurée et anorgasmie pour les hommes ; trouble du désir, troubles de l’excitation subjective, difficultés orgasmiques et vaginisme pour les femmes). Le participant évalue la fréquence à laquelle ces situations lui sont familières sur une échelle de type Likert en 5 points (1 = Ne m’arrive jamais à 5 = M’arrive souvent). Dans un second temps, le répondant sélectionne parmi une liste standardisée de dix affects (inquiétude, tristesse, désillusion, peur, culpabilité, honte, colère, blessure/peine, plaisir, satisfaction) les réactions émotionnelles déclenchées par l’évocation du scénario le plus proche de son vécu. Dans un troisième temps, le sujet évalue le degré d’adhésion à une série de croyances centrales sur une échelle de type Likert allant de 1 (Totalement faux) à 5 (Totalement vrai).

Sur le plan factoriel, l’analyse en composantes principales a mis en évidence une organisation robuste en cinq dimensions principales expliquant 62 % de la variance totale : (1) Indésirabilité / Rejet, (2) Incompétence, (3) Autodépréciation, (4) Différence / Solitude, et (5) Impuissance / Trahison. Les propriétés psychométriques de l’instrument témoignent d’une consistance interne très élevée, marquée par un coefficient alpha de Cronbach global de 0,94 pour l’échelle totale (oscillant entre 0,59 et 0,91 pour les différentes dimensions), ainsi que d’une stabilité temporelle test-retest satisfaisante à quatre semaines d’intervalle (r = 0,66 pour le score total). Le QCSASC présente une remarquable validité différentielle et incrémentielle, discriminant nettement les populations cliniques des groupes contrôles tout en expliquant une part de variance unique du fonctionnement érectile et orgasmique au-delà des mesures génériques de schémas précoces inadaptés.

2. Mots-clés / Keywords

Schémas cognitifs, Vulnérabilité cognitive, Dysfonctions sexuelles, Thérapie cognitivo-comportementale, Évaluation psychométrique, Croyances fondamentales, Psychopathologie sexuelle, Incompétence perçue, Rejet relationnel, Modèle de Beck.

3. Auteurs / Authors

Le questionnaire a été conçu et validé par des figures majeures de la recherche en sexologie clinique et en psychologie cognitive au Portugal :

  • Pedro J. Nobre, Ph.D. : Professeur titulaire de psychologie clinique et sexologie, alors affilié à l’Universidade de Trás-os-Montes e Alto Douro (UTAD, Vila Real, Portugal), actuellement professeur à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation de l’Universidade do Porto (FPCEUP) et directeur du laboratoire de recherche en sexualité humaine (SexLab). Courriel de correspondance : [email protected].
  • José Pinto-Gouveia, M.D., Ph.D. : Professeur de psychiatrie et de psychologie clinique à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation de l’Universidade de Coimbra (CINEICC, Coimbra, Portugal), spécialiste reconnu de la thérapie fondée sur les schémas, de la régulation émotionnelle et des thérapies cognitivo-comportementales de troisième vague.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental du QCSASC est d’opérationnaliser et de quantifier l’activation instantanée des schémas cognitifs négatifs relatifs à soi dans le contexte spécifique d’une rupture, d’un dysfonctionnement ou d’une déconvenue sexuelle. Historiquement, l’investigation empirique des déterminants cognitifs des troubles sexuels s’était principalement cantonnée à l’analyse des pensées automatiques immédiates (telles que les craintes de performance ou les processus d’auto-observation intrusive théorisés par Masters et Johnson) sans explorer les structures sémantiques profondes qui régissent le traitement de l’information.

Dans cette perspective, le QCSASC comble une lacune majeure en examinant comment un événement sexuel défavorable (par exemple, une perte d’érection ou une absence d’excitation) sert d’amorce ou de déclencheur contextuel activant des représentations de soi globalisantes, rigides et dysfonctionnelles. Le questionnaire ne se limite pas à évaluer la survenue de l’incident mécanique ou somatique en soi, mais appréhende la signification attribuée à cet incident par l’individu. Sur le plan de la recherche fondamentale, cet outil offre aux chercheurs un cadre standardisé pour tester empiriquement les modèles diathèse-stress appliqués à la sexologie : il permet d’étudier l’interaction complexe entre les stresseurs contextuels interpersonnels et la vulnérabilité cognitive sous-jacente.

Sur le plan des applications cliniques en sexothérapie et en psychothérapie cognitivo-comportementale (TCC), l’utilisation du QCSASC présente une triple utilité :

  • Conceptualisation de cas individualisée : Il permet au praticien d’identifier les croyances centrales inconditionnelles spécifiques (ex. « Je suis incompétent », « Je suis voué à être rejeté ») qui sont réactivées lors des blocages sexuels, dépassant ainsi la simple symptomatologie comportementale.
  • Différenciation diagnostique et pronostique : L’outil met en lumière l’architecture émotionnelle consécutive à l’échec perçu (culpabilité, honte, colère), orientant les choix thérapeutiques vers des stratégies de restructuration cognitive, de désamorçage ou de travail sur la régulation affective.
  • Suivi longitudinal des interventions : La passation répétée du QCSASC permet d’évaluer si la diminution de la détresse sexuelle observée au cours de la thérapie s’accompagne d’une véritable modification des schémas profonds ou uniquement d’un soulagement temporaire de l’anxiété de performance.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par le QCSASC réside dans la réactivité schématique négative appliquée au domaine sexuel. Selon la théorie cognitive, les schémas sont des structures mnésiques stables renfermant des connaissances génériques sur soi, sur autrui et sur le monde. Lorsqu’ils demeurent latents, ces schémas n’altèrent pas le fonctionnement quotidien ; toutefois, sous l’effet d’événements congruents avec leur contenu (une défaillance orgasmique, une difficulté érectile ou un refus du partenaire), ils s’activent et biaisent l’interprétation de la situation de manière disproportionnée et péjorative.

L’analyse psychométrique et factorielle du QCSASC individualise cinq dimensions conceptuelles distinctes, chacune reflétant une modalité spécifique de détresse existentielle et relationnelle :

1. Indésirabilité / Rejet (Undesirability / Rejection)

Cette dimension capture la croyance selon laquelle l’individu est intrinsèquement dénué d’attrait, fondamentalement indigne d’être aimé ou désiré, et inéluctablement condamné à être abandonné par son partenaire. Dans ce registre, l’échec sexuel n’est pas interprété comme une difficulté passagère ou physiologique, mais comme la preuve irréfutable de son indignité relationnelle. L’activation de ce schéma engendre un sentiment intense d’insécurité affective, de panique face à la rupture anticipée et une hypervigilance aux indices de désengagement du partenaire.

2. Incompétence (Incompetence)

La dimension d’Incompétence renvoie à la perception d’une incapacité fondamentale à performer, à satisfaire les exigences du rôle sexuel ou à exercer un contrôle efficient sur son propre corps et sur l’interaction intime. L’individu s’auto-perçoit comme inefficace, faible, défaillant ou en échec total. Cette dimension constitue le noyau cognitif par excellence de l’anxiété de performance, alimentant des cercles vicieux où la focalisation sur l’incompétence présumée inhibe les réflexes neurophysiologiques érectiles ou d’excitation.

3. Autodépréciation (Self-Deprecation)

L’Autodépréciation implique un jugement moral négatif global et punitif porté sur soi-même consécutivement à l’incident sexuel. Le sujet ne se perçoit pas seulement comme techniquement inefficace, mais comme quelqu’un de mauvais, de détestable ou moralement répréhensible. Cette dimension active des affects massifs de culpabilité internalisée et de honte, l’individu estimant que sa défaillance porte atteinte à la dignité ou au bien-être de son partenaire et démontre sa propre nature défectueuse.

4. Différence / Solitude (Difference / Loneliness)

Ce pôle évalue la conviction d’être fondamentalement anormal, étranger, déconnecté de la communauté des pairs sexuellement épanouis, et condamné à l’isolement affectif. Les individus chez qui cette dimension s’active éprouvent un profond sentiment d’aliénation : ils ont la certitude que leur problème est unique, qu’ils ne pourront jamais vivre une relation intime fonctionnelle et que leur particularité les isole irrémédiablement d’une vie de couple harmonieuse.

5. Impuissance / Trahison (Helpless / Betrayed)

La cinquième dimension reflète la perception d’être totalement désarmé, piégé, sans ressources face à la situation, combinée à une impression de vulnérabilité extrême ou de trahison de la part de ses propres mécanismes corporels. L’individu ressent une perte de contrôle absolue, se sentant tributaire de forces extérieures ou biologiques incontrôlables, ce qui induit une résignation acquise et une détresse comportementale aiguë.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le soubassement théorique du QCSASC s’inscrit au carrefour de la théorie cognitive de la dépression et des troubles de la personnalité formulée par Aaron T. Beck, des travaux de conceptualisation des croyances fondamentales de Judith S. Beck (1995), de la thérapie des schémas de Jeffrey Young (1990), et des modèles cognitifs contemporains de la sexualité humaine développés par Nobre et Pinto-Gouveia.

Historiquement, le modèle cognitif de Beck postule une organisation hiérarchique du psychisme en trois strates interdépendantes :

  1. Les pensées automatiques spontanées : flux de verbalisations intérieures conscientes ou semi-conscientes survenant durant une situation spécifique.
  2. Les croyances intermédiaires : règles, attitudes, présomptions et attentes conditionnelles (ex. « Si je ne provoque pas l’orgasme de ma partenaire, alors cela signifie que je ne suis pas un homme véritable »).
  3. Les croyances fondamentales ou schémas de base : postulats absolus, rigides et globaux concernant la valeur intrinsèque de l’individu, regroupés classiquement par Judith S. Beck en deux grandes sphères de vulnérabilité : la sphère de l’impuissance/incompétence (helplessness) et la sphère de la non-amabilité/rejet (unlovability).

En transposant ce modèle au champ de la sexologie, Nobre et Pinto-Gouveia ont formulé le Modèle Cognitif-Émotionnel du Fonctionnement Sexuel. Selon cette conceptualisation, le déclenchement d’une difficulté sexuelle ponctuelle ne conduit pas invariablement à une dysfonction chronique. Le passage d’un incident physiologique isolé à un trouble sexuel pérenne dépend de la signification cognitive accordée à cet événement. Si l’individu possède des schémas d’incompétence ou d’indésirabilité latents mais rigides, l’incident agit comme un stimulus congruent qui active instantanément la structure schématique correspondante.

Une fois activé, le schéma oriente sélectivement les processus attentionnels vers les signaux de menace (hyperfocalisation sur l’absence d’érection ou de lubrification), suscite des affects dysphoriques intenses (peur, honte, culpabilité) et déclenche une hyperactivation du système nerveux sympathique. Cette décharge autonome antagonise directement les réponses parasympathiques indispensables à la tumescence génitale, à la lubrification vaginale et à la détente musculaire pelvienne. Dès lors, le schéma cognitif négatif engendre précisément l’issue redoutée, validant de manière circulaire la croyance fondamentale initiale et enracinant la dysfonction dans le répertoire psychologique du sujet.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du QCSASC a été documentée à travers plusieurs études rigoureuses conduites auprès d’échantillons communautaires et de populations cliniques consultant pour des dysfonctions sexuelles.

Validité convergente

La validité convergente de l’instrument a été évaluée en examinant ses corrélations avec deux mesures de référence des structures cognitives dysfonctionnelles : le Schema Questionnaire (SQ; Young, 1990) et le Sexual Self-Schema Scale (SSS; Andersen & Cyranowski, 1994 ; Andersen, Cyranowski, & Espindle, 1999). Les analyses corrélationnelles rapportées par Nobre et Pinto-Gouveia (2009) ont révélé des associations positives et statistiquement significatives entre les scores aux sous-échelles du QCSASC et les schémas précoces inadaptés mesurés par le SQ. Cela confirme que le QCSASC opérationnalise des concepts effectivement reliés aux schémas cognitifs profonds de la personnalité. De surcroît, les corrélations modérées à fortes observées avec le questionnaire de schéma sexuel de soi démontrent qu’une perception de soi conservatrice, négative ou restrictive dans la sphère sexuelle est étroitement associée à l’activation des croyances d’incompétence et de rejet lors de situations sexuelles non résolues.

Validité différentielle / discriminante

La validité discriminante a fait l’objet d’une comparaison méthodique entre un groupe clinique constitué d’hommes et de femmes présentant un diagnostic avéré de dysfonction sexuelle (selon les critères du DSM-IV-TR) et un groupe témoin apparié ne présentant aucun trouble sexuel. Conformément aux hypothèses théoriques, les sujets du groupe clinique ont manifesté des taux d’activation des schémas négatifs significativement supérieurs à ceux du groupe contrôle :

  • Chez les femmes : Les analyses multivariées de la variance ont indiqué des écarts hautement significatifs sur le score global du QCSASC ainsi que sur trois dimensions spécifiques : Incompétence, Autodépréciation et Différence / Solitude. Les femmes souffrant de troubles sexuels (vaginisme, dyspareunie, anorgasmie ou baisse du désir) présentaient une vulnérabilité accrue à se juger moralement déficientes ou fondamentalement anormales en réponse aux vignettes d’échec.
  • Chez les hommes : Les hommes atteints de dysfonctions sexuelles (trouble érectile, éjaculation prématurée) ont obtenu des scores significativement plus élevés que les témoins sains sur la dimension Incompétence et sur le score global de l’échelle, corroborant le rôle central de la croyance de défaillance opérationnelle dans l’étiologie des troubles masculins.

Validité incrémentielle

L’évaluation de la validité incrémentielle a permis d’établir la plus-value clinique unique du QCSASC par rapport aux instruments cognitifs préexistants. En calculant des corrélations partielles contrôlant les scores obtenus au SQ de Young et au SSS d’Andersen, le QCSASC a maintenu des corrélations négatives robustes avec les instruments standardisés d’évaluation du fonctionnement sexuel, à savoir l’International Index of Erectile Function (IIEF) chez les hommes et le Female Sexual Function Index (FSFI) chez les femmes. Ces résultats prouvent que l’évaluation des schémas contextualisés par scénarios apporte une explication de la variance clinique qui surpasse la simple mesure des schémas généraux décontextualisés.

8. Fidélité / Reliability

Les investigations psychométriques initiales menées par Nobre et Pinto-Gouveia (2009) attestent des qualités métrologiques remarquables du QCSASC, tant sur le plan de son homogénéité interne que de sa reproductibilité temporelle.

Consistance interne

L’analyse de la cohérence interne, mesurée au moyen de l’alpha de Cronbach, a démontré une homogénéité élevée de l’ensemble de l’épreuve :

  • Échelle globale : α = 0,94, reflétant une cohérence globale remarquable des énoncés de croyance de base.
  • Indésirabilité / Rejet : α = 0,91 (7 items), témoignant d’une excellente redondance conceptuelle cohérente.
  • Incompétence : α = 0,84 (7 items), indiquant une stabilité interne forte pour les jugements de performance.
  • Autodépréciation : α = 0,74 (3 items), démontrant une bonne cohérence malgré un nombre réduit d’énoncés.
  • Différence / Solitude : α = 0,59 (3 items), un niveau plus modéré traduisant l’hétérogénéité relative des concepts d’étrangeté et d’isolement social.
  • Impuissance / Trahison : valeur d’alpha modérée également pour cette sous-échelle brève (2 items).

À l’exception des dimensions très courtes comptant seulement deux à trois items (où l’alpha est mécaniquement contraint par la faible longueur de la sous-échelle), toutes les dimensions excèdent le seuil conventionnel de 0,70 requis en psychométrie clinique.

Stabilité test-retest

La fidélité test-retest a été évaluée auprès d’un sous-échantillon réévalué après un intervalle temporel de quatre semaines sans intervention thérapeutique. Les coefficients de corrélation de Pearson se sont échelonnés entre r = 0,49 et r = 0,74 pour les sous-échelles individuelles, le score global affichant un coefficient de corrélation de r = 0,66. Tous ces coefficients se sont révélés statistiquement significatifs au seuil de p < 0,01. Ces résultats attestent d’une stabilité temporelle modérée à forte, tout à fait cohérente avec la nature théorique d’un schéma cognitif : une disposition structurale stable dans le temps, mais dont l’intensité de réactivation demeure sensible aux fluctuations de l’état émotionnel et aux événements relationnels récents vécus par le sujet.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle du QCSASC a été rigoureusement analysée lors de sa construction princeps (Nobre & Pinto-Gouveia, 2009). La liste initiale des 28 énoncés auto-référentiels, dérivés de la taxonomie des croyances fondamentales de Judith S. Beck (1995), a été soumise à une analyse factorielle exploratoire en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation orthogonale Varimax, méthode choisie afin de dégager des axes latents conceptuellement distincts et interprétables en pratique clinique.

Les critères d’extraction factorielle (valeurs propres supérieures à 1 selon la règle de Kaiser et observation du diagramme d’éboulis de Cattell) ont conduit à l’identification claire de cinq facteurs majeurs. Cette solution à cinq facteurs rend compte de 62 % de la variance totale des scores, un pourcentage particulièrement élevé pour un instrument mesurant des construits affectifs complexes.

La répartition structurale des items au sein des facteurs se configure comme suit :

  • Facteur 1 : Indésirabilité / Rejet (7 items : 15, 17, 19, 20, 24, 26, 27). Ce facteur regroupe les énoncés relatifs à l’absence de valeur affective et à l’anticipation de la rupture amoureuse (ex. « I’m unlovable », « I’m undesirable », « I’m bound to be rejected »). Il sature fortement sur la crainte de l’abandon et de l’exclusion relationnelle.
  • Facteur 2 : Incompétence (7 items : 2, 4, 8, 9, 10, 11, 13). Ce facteur rassemble l’ensemble des descripteurs exprimant l’incapacité pratique, l’inefficacité opératoire et l’insuffisance fonctionnelle (ex. « I’m powerless », « I’m weak », « I’m incompetent », « I’m a failure »).
  • Facteur 3 : Autodépréciation (3 items : 16, 21, 22). Ce facteur isole les formulations traduisant une culpabilité globale et une indignité morale (ex. « I’m unlikable », « I’m bad », « I’m unworthy »).
  • Facteur 4 : Différence / Solitude (3 items : 5, 23, 28). Ce facteur polarise les sentiments d’altérité négative, de vulnérabilité et de réclusion relationnelle inéluctable (ex. « I’m vulnerable », « I’m different », « I’m bound to be alone »).
  • Facteur 5 : Impuissance / Trahison (2 items : 1, 6). Ce facteur synthétise l’absence complète de contrôle et l’état de détresse dépendante (ex. « I’m helpless », « I’m needy »).

Les saturations factorielles observées pour les items constitutifs de chaque sous-échelle étaient solides, dépassant largement le plancher conventionnel de 0,40, avec des saturations croisées minimes, ce qui a permis de fixer un modèle parcimonieux et fonctionnel pour l’évaluation empirique.

10. Instrument de mesure / Instrument

Le QCSASC se présente sous la forme d’un auto-questionnaire standardisé disponible en formats papier-crayon ou informatisé. Son administration complète requiert un temps moyen estimé à 10 minutes.

  • Type d’évaluation : Instrument psychométrique contextualisé par scénarios cliniques (vignettes d’amorçage), évaluation d’affects et échelle d’auto-évaluation cognitive.
  • Structure de passation :
    • Phase 1 : Vignettes cliniques. Présentation de 4 situations standardisées décrivant des scénarios d’échec sexuel (adaptées spécifiquement pour la forme masculine ou féminine). Le sujet indique la fréquence d’occurrence de ces situations dans sa vie intime (échelle de Likert de 1 = Ne m’arrive jamais à 5 = M’arrive souvent).
    • Phase 2 : Réaction émotionnelle. Sélection, parmi une liste fermée de 10 émotions (inquiétude, tristesse, désillusion, peur, culpabilité, honte, colère, blessure/peine, plaisir, satisfaction), de tous les affects ressentis face à la situation la plus semblable à son vécu.
    • Phase 3 : Évaluation des schémas. Cotation des 28 énoncés auto-référentiels évaluant le degré d’adhésion cognitive.
  • Format des réponses (Phase 3) : Échelle de type Likert en 5 points :
    • 1 = Totalement faux (Completely False)
    • 2 = Faux (False)
    • 3 = Quelquefois vrai, quelquefois faux (Sometimes True some false)
    • 4 = Vrai (True)
    • 5 = Totalement vrai (Completely True)
  • Cotation et calcul des scores :
    • Le score global d’activation schématique est obtenu en sommant les valeurs attribuées aux 22 items retenus dans les cinq dimensions factorielles (score total variant de 22 à 110 points).
    • Des scores spécifiques par sous-échelle sont calculés comme suit :
      • Indésirabilité / Rejet : Somme des items 15, 17, 19, 20, 24, 26, 27 (étendue : 7 à 35 points).
      • Incompétence : Somme des items 2, 4, 8, 9, 10, 11, 13 (étendue : 7 à 35 points).
      • Autodépréciation : Somme des items 16, 21, 22 (étendue : 3 à 15 points).
      • Différence / Solitude : Somme des items 5, 23, 28 (étendue : 3 à 15 points).
      • Impuissance / Trahison : Somme des items 1, 6 (étendue : 2 à 10 points).
    • Interprétation : Un score élevé indique une réactivité et une activation plus intenses des schémas négatifs inconditionnels lors de déconvenues intimes, dénotant une vulnérabilité psychopathologique plus prononcée.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 2009.
  • Statut des droits et conditions d’accès : Le QCSASC est un instrument sous copyright universitaire protégé. Toutefois, il est mis gracieusement à la disposition de la communauté scientifique, des chercheurs et des cliniciens dans le cadre d’études non commerciales ou de la pratique clinique directe, sous réserve d’obtenir préalablement l’autorisation formelle de l’auteur principal.
  • Tarification : Aucune redevance financière n’est exigée pour un usage purement académique ou de recherche institutionnelle. Les utilisations commerciales, adaptations logicielles privées ou traductions officielles nécessitent une convention écrite avec les auteurs.
  • Contact pour les autorisations : Les demandes d’autorisation formelle, de copies du manuel d’utilisation et des versions dans d’autres langues doivent être adressées directement au Pr Pedro J. Nobre par voie électronique à l’adresse suivante : [email protected].

12. Références / References

Les sources bibliographiques suivantes constituent les références canoniques ayant présidé à l’élaboration théorique et à la validation empirique du QCSASC :

  • Andersen, B. L., & Cyranowski, J. M. (1994). Women’s sexual self-schema. Journal of Personality and Social Psychology, 67(6), 1079–1100. https://doi.org/10.1037/0022-3514.67.6.1079
  • Andersen, B. L., Cyranowski, J. M., & Espindle, D. (1999). Men’s sexual self-schema. Journal of Personality and Social Psychology, 76(4), 645–661. https://doi.org/10.1037/0022-3514.76.4.645
  • Beck, A. T. (1976). Cognitive therapy and the emotional disorders. International Universities Press.
  • Beck, J. S. (1995). Cognitive therapy: Basics and beyond. Guilford Press.
  • Nobre, P. J., & Pinto-Gouveia, J. (2009). Questionnaire of cognitive schema activation in sexual context: A questionnaire to assess cognitive schemas activated in sexual failure situations. The Journal of Sex Research, 46(5), 425–437. https://doi.org/10.1080/00224490902781449
  • Nobre, P. J., & Pinto-Gouveia, J. (2010). Cognitive schemas associated with negative sexual events: A comparison of men and women with and without sexual dysfunction. Archives of Sexual Behavior, 39(5), 1125–1135. https://doi.org/10.1007/s10508-009-9524-7
  • Young, J. E. (1990). Cognitive therapy for personality disorders: A schema-focused approach. Professional Resource Exchange.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

I’m helpless
2

I’m unlovable
3

I’m unlikable
4

I’m undesirable
5

I’m unattractive
6

I’m unwanted
7

I’m uncared for
8

I’m bad
9

I’m unworthy
10

I’m different
11

I’m defective (not loved)
12

I’m not good enough (loved)
13

I’m bound to be rejected
14

I’m bound to be abandoned
15

I’m bound to be alone
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Looti, M. (2026, octobre 17). Questionnaire d’Activation des Schémas Cognitifs en Contexte Sexuel. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-activation-schemas-cognitifs-contexte-sexuel-qcsasc
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’Activation des Schémas Cognitifs en Contexte Sexuel.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-activation-schemas-cognitifs-contexte-sexuel-qcsasc.
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’Activation des Schémas Cognitifs en Contexte Sexuel.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=questionnaire-activation-schemas-cognitifs-contexte-sexuel-qcsasc.