1. Résumé / Abstract
Le Test d’association de phrases — Version modifiée et élargie (Phrase Association Test–Amended and Expanded, couramment désigné par le sigle PT) a été développé par George Mandler, Jean M. Mandler, Irwin Kremen et Robert D. Sholiton en 1961. Il s’agit d’une refonte méthodologique et clinique majeure du test initialement conçu par Douglas H. Heath (1956, 1960), lequel comportait 22 énoncés. Le PT a été spécifiquement élaboré pour évaluer l’activité verbale et les dynamiques de défense cognitive face à des stimuli verbaux inducteurs de menace ou de conflits intrapsychiques ciblés. Contrairement aux paradigmes traditionnels d’association de mots isolés inspirés des travaux pionniers de Carl Gustav Jung, le PT emploie des propositions syntaxiques complètes qui contraignent le champ sémantique, facilitant ainsi la détection, la délimitation et la quantification objective de l’éveil affectif et des perturbations verbales.
L’instrument repose sur une procédure projective et expérimentale dans laquelle les sujets sont exposés à une série d’énoncés répartis en domaines conflictuels spécifiques : Neutre, Agression, Sexualité, Dépendance et Compétition. La tâche du participant consiste à produire la première phrase ou association verbale spontanée qui lui vient à l’esprit. Les réponses orales recueillies font ensuite l’objet d’un codage minutieux au moyen d’une grille standardisée comprenant 29 critères d’évaluation (items du système de cotation), regroupés en cinq dimensions fonctionnelles de défense : l’Évitement (Avoidance), l’Interférence (Interference), le Recodage (Recoding), la Rationalisation (Rationalization) et la Personnalisation (Personalization).
Sur le plan des qualités psychométriques, la fidélité inter-juges du système de cotation a été démontrée empiriquement par un pourcentage d’accord oscillant entre 73 % et 77 % selon les études (notamment 77 % dans l’Étude I et 75 % dans l’Étude II du protocole princeps). La validité de construit a été appuyée par l’observation de corrélations significatives entre les perturbations verbales au PT et les indices projectifs du test de Rorschach : conformément aux hypothèses psychodynamiques et cognitives des auteurs, l’anxiété conflictuelle indicée par le PT est négativement corrélée à l’imagerie menaçante manifeste, tout en étant positivement corrélée à l’imagerie menaçante latente. Cet outil constitue un jalon fondamental dans l’histoire de la psychologie cognitive et expérimentale des défenses verbales.
2. Mots-clés / Keywords
Test d’association de phrases, association verbale, défenses cognitives, conflit intrapsychique, réponse à la menace, anxiété, psychométrie projective, interférence verbale, George Mandler, fidélité inter-juges, évaluation psychologique, processus cognitifs.
3. Auteurs / Authors
Le Phrase Association Test–Amended and Expanded a été conçu et validé par une équipe de chercheurs de renom affiliés aux départements de psychologie et de relations sociales de l’Université Harvard et de l’Université de Toronto :
- George Mandler, Ph.D. (1924–2016) : Figure de proue de la révolution cognitive, professeur à l’Université Harvard, puis à l’Université de Toronto, et fondateur du Département de psychologie cognitive à l’Université de Californie à San Diego (UCSD). Ses recherches ont profondément influencé les théories modernes de l’émotion, du stress, de la mémoire et de la conscience.
- Jean Matter Mandler, Ph.D. : Éminente chercheuse en sciences cognitives et en psychologie du développement, professeur émérite à l’Université de Californie à San Diego, renommée pour ses travaux fondateurs sur les schémas cognitifs, les représentations conceptuelles précoces et les structures narratives.
- Irwin Kremen, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur en psychologie de la personnalité et en dynamique émotionnelle, ayant exercé à l’Université Harvard et ultérieurement à l’Université Duke.
- Robert D. Sholiton, B.A. : Chercheur associé au laboratoire de relations sociales de l’Université Harvard lors de la conduite des études empiriques sur la réponse à la menace.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du Test d’association de phrases — Version modifiée et élargie est de mesurer et de qualifier rigoureusement l’activité verbale et les opérations défensives déployées par un individu lorsqu’il est confronté à des énoncés porteurs d’un potentiel menaçant ou conflictuel. Alors que les tests d’association de mots traditionnels (tels que ceux de Jung ou de Kent-Rosanoff) présentent des vocables isolés (« table », « mère », « peur »), le stimulus sous forme de mot unique souffre d’une trop grande ambiguïté polysémique. Un mot isolé permet au sujet d’éluder aisément le conflit latent sans que le clinicien ou l’expérimentateur ne puisse discerner avec certitude si la réponse découle d’une simple association lexicale courante ou d’un mécanisme de défense actif. L’innovation décisive du PT réside dans l’utilisation de phrases complètes, syntaxiquement articulées et sémantiquement contraignantes, ce qui resserre considérablement le champ contextuel et émotionnel de la tâche.
Sur le plan fonctionnel, le test a pour dessein d’activer sélectivement des réseaux sémantiques et affectifs associés à des conflits psychologiques majeurs :
- L’agression (tant agie que subie, dirigée contre l’autorité parentale ou exercée par autrui) ;
- La sexualité (conflits hétérosexuels, homosexualité perçue comme menaçante, transgressions éthiques) ;
- La dépendance (rejet parental, abandon, soumission et subjugation à l’égard de figures tutélaires) ;
- La compétition (échec académique, rivalité fraternelle, déception du regard parental, sentiment d’infériorité).
Dans les contextes de recherche clinique et expérimentale, le PT est employé pour étudier l’interface dynamique entre la cognition, le langage et l’éveil physiologique autonome. Les auteurs ont conçu ce paradigme afin de tester comment l’anxiété déclenchée par un contenu conflictuel spécifique altère le cours fluide de la production discursive. La désorganisation ou la rigidification du discours (temps de latence extrêmes, répétitions stéréotypées, rationalisations intellectuelles, dénis de la réalité de l’énoncé) constituent des indicateurs quantifiables de la mobilisation défensive de l’appareil psychique face au stress.
Sur le plan diagnostique et psychopathologique, le PT permet d’identifier les domaines thématiques de vulnérabilité élective chez un sujet donné. Alors qu’un individu névrotique peut conserver un débit verbal parfaitement fluide, articulé et neutre face à des stimuli compétitifs, il peut manifester un effondrement syntaxique, des rires d’embarras ou des conduites d’évitement massives face à des stimuli évoquant la dépendance ou l’agression parentale. L’évaluation standardisée offerte par le système de cotation en 29 critères fournit ainsi un profil quantifié des mécanismes d’adaptation et de régulation cognitive du sujet.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par le PT est la réponse cognitive défensive à la menace verbale (Cognitive Defensive Activity / Verbal Response to Threat). Ce construit intègre deux composantes indissociables : d’une part, l’éveil d’une anxiété conflictuelle ciblée déclenchée par des représentations symboliques signifiantes, et d’autre part, la mise en œuvre de compromis langagiers et comportementaux destinés à neutraliser cette anxiété ou à restaurer l’intégrité du soi cognitif.
Le système de dépouillement standardisé développé par Mandler et ses collaborateurs structure cette activité défensive en cinq dimensions cliniques et théoriques majeures :
1. L’Évitement (Avoidance — Items 1 à 8)
L’évitement regroupe l’ensemble des manœuvres discursives visant à refuser ou à contourner la confrontation directe avec la signification affective du stimulus. Le sujet tente de désinvestir le contenu émotionnel en focalisant son attention sur la forme linguistique ou sur les caractéristiques physiques de l’expérience. Les manifestations typiques incluent :
- Les commentaires métalinguistiques ou critiques portant sur le style ou la syntaxe de la phrase (Item 1 : « On dirait un titre de journal ») ;
- Les remarques sur l’aspect matériel ou la voix de l’expérimentateur (Item 2) ;
- La demande de répétition de l’énoncé (Item 3), qui permet de gagner du temps face à la sidération émotionnelle ;
- L’absence pure et simple de réponse substantielle ou la déclaration d’incapacité cognitive (Item 4 : « Je ne vois rien ») ;
- La rétractation immédiate ou la mise en doute de sa propre production (Item 5 : « Non, je voulais dire… ») ;
- La répétition tautologique ou l’écholalie partielle de la phrase sans production de matière nouvelle (Items 6 et 7) ;
- Les temps de réaction anormalement brefs (Item 8), révélateurs d’une décharge motrice impulsive pour se débarrasser immédiatement du stimulus.
2. L’Interférence (Interference — Items 9 à 15)
L’interférence traduit l’impact direct de l’anxiété sur l’organisation exécutive de la production verbale. La menace génère une surcharge cognitive qui désorganise le contrôle fluide du discours. Cette dimension capte les ruptures du débit, les télescopages associatifs et les décharges physiologico-motrices :
- La production de réponses multiples, morcelées ou fragmentaires (Item 9) ;
- L’inachèvement ou la rupture brutale de la proposition verbale (Item 10) ;
- La persévération verbale (Item 11 : répétition compulsive de ses propres mots) ;
- Les variations extrêmes dans la longueur de la réponse par rapport à la moyenne du sujet (Item 12) ;
- La constriction monosyllabique ou le recours à des réponses formées d’un seul mot substantif (Item 13) ;
- Les vocalisations involontaires telles que les soupirs ou les rires nerveux (Item 14), traduisant une décharge autonome de tension ;
- Les temps de réaction extrêmement longs (Item 15), reflétant une inhibition psychomotrice ou un blocage associatif face au choc conflictuel.
3. Le Recodage (Recoding — Items 16 à 21)
Le recodage constitue un ensemble sophistiqué de distorsions cognitives où le sujet altère activement la signification sémantique de l’énoncé source pour en annihiler le potentiel anxiogène. C’est l’équivalent linguistique des mécanismes d’isolation, de dénégation et d’annulation rétroactive :
- La mécompréhension patente ou l’émission d’une réponse non-sensique (Item 16) ;
- L’esquive tangentielle (Item 17), où la réponse s’accroche à un détail périphérique en ignorant sciemment le nœud dramatique de la phrase ;
- L’inversion du sens (Item 18), transformant une relation d’agression en acte bienveillant (ex. transformer « le père torture son fils » en « le père protège son fils ») ;
- L’attaque portée contre la clarté sémantique de l’énoncé (Item 19 : « Cette phrase ne veut rien dire ») ;
- Le déni explicite ou implicite de la véracité de la situation (Item 20 : « Les gens ne font pas des choses pareilles » ou « Ma mère ne ferait jamais cela ») ;
- L’intensification ironique ou l’approbation outrancière de comportements déviants (Item 21 : « Et puis il l’a violée, bien fait ! »), qui opère une annulation par l’absurde et la surenchère grotesque.
4. La Rationalisation (Rationalization — Items 22 à 26)
La rationalisation correspond à une tentative d’intellectualisation et de neutralisation du stimulus conflictuel au moyen d’un appareil explicatif logique, moral ou statistique :
- La reformulation interrogative (Item 22) ;
- La mise en doute sceptique de la réalité du stimulus (Item 23 : « Je me demande si cela arrive vraiment ») ;
- La justification psychologique de l’acte délictueux ou immoral par l’invocation de théories causales ou psychopathologiques (Item 24 : « Il a fait cela parce qu’il était profondément anormal ou traumatisé ») ;
- Le recours défensif à la normalité statistique ou culturelle (Item 25 : « C’est une réaction tout à fait courante et banale ») ;
- L’introduction de personnages tiers extérieurs pour diluer l’impact personnel de la scène évoquée (Item 26).
5. La Personnalisation (Personalization — Items 27 à 29)
La personnalisation rend compte de la rupture des barrières d’objectivation du stimulus, caractérisée par une implication affective directe, autoréférentielle ou morale :
- L’autoréférence explicite au sujet, à sa propre cellule familiale ou à ses amis intimes (Item 27) ;
- L’irruption d’un jugement éthique, moralisateur ou d’une réaction émotionnelle viscérale (Item 28 : « C’est une monstruosité absolue ») ;
- L’attribution d’un état affectif ou d’un jugement de valeur interne à l’un des protagonistes décrits dans la phrase (Item 29).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre conceptuel du Phrase Association Test se situe au confluent historique de trois paradigmes majeurs de la psychologie du XXe siècle : la théorie psychanalytique des mécanismes de défense de Sigmund Freud et d’Anna Freud, le béhaviorisme médiationnel de l’apprentissage (notamment les formulations de Clark L. Hull, Kenneth Spence et Neal E. Miller), et la psychologie cognitive naissante impulsée par George Mandler lui-même.
Dans la perspective psychodynamique originelle, formalisée notamment par Carl Gustav Jung (1906) dans ses expériences sur les associations diagnostiques, tout stimulus symbolique renvoyant à un complexe affectif refoulé induit des « indicateurs de complexe » (Komplexmerkmale) : allongement du temps de réaction, échecs associatifs, persévérations. Anna Freud (1936), dans son ouvrage fondateur Le Moi et les mécanismes de défense, a systématisé la manière dont le Moi tente d’échapper à l’angoisse par l’évitement, le déni, la formation réactionnelle ou l’intellectualisation. Cependant, Mandler et ses contemporains reprochaient à l’approche psychanalytique son manque de rigueur opérationnelle et ses critères subjectifs de dépouillement. Le PT constitue précisément une tentative d’opérationnaliser ces mécanismes de défense sous la forme de comportements verbaux objectivement observables et quantifiables.
Parallèlement, le cadre néo-béhavioriste de l’époque concevait la menace comme un stimulus aversif conditionné capable de susciter une pulsion d’anxiété (anxiety drive). Selon les modèles de conflit approche-évitement de Miller (1944), lorsqu’un organisme est confronté à des indices associés à des punitions ou des tabous sociaux (comme l’agression filiale ou les transgressions sexuelles), le gradient d’évitement s’élève fortement à mesure que le sujet se rapproche du noyau du stimulus. Sur le plan verbal, cela se traduit par des comportements d’évitement langagier et de blocage opérant.
Enfin, l’apport propre de George Mandler réside dans l’intégration de la physiologie autonome au traitement de l’information. Mandler postulait que l’activation du système nerveux autonome (variation de la résistance cutanée, accélération du rythme cardiaque) entre en interaction directe avec les schémas cognitifs. Face à un stimulus conflictuel véhiculé par le langage, la perception de la menace déclenche un état d’éveil physiologique qui interrompt les plans d’action verbale en cours. Les 29 critères de cotation du PT représentent ainsi les compromis sémiotiques et exécutifs générés lorsque le système cognitif tente de résoudre l’interférence entre l’éveil affectif et la consigne d’association libre.
7. Validité / Validity
La validité du PT a été rigoureusement éprouvée par George Mandler et son équipe dans le cadre d’un vaste programme expérimental publié dans les Psychological Monographs (1961), explorant les interrelations entre les indices verbaux, l’éveil physiologique et les dimensions projectives de la personnalité.
Validité de construit et hypothèses princeps
La validité de construit reposait sur l’hypothèse centrale formulée par les auteurs : le niveau d’anxiété et de perturbation cognitive lié à un domaine conflictuel spécifique (mesuré par le cumul des scores défensifs au PT) entretiendrait des relations différentielles avec les productions projectives au test de Rorschach. Précisément, Mandler et ses collaborateurs ont émis l’hypothèse que :
- Une anxiété élevée au PT sur un domaine donné serait négativement corrélée avec l’expression d’une imagerie menaçante manifeste au Rorschach (le sujet évitant d’exprimer ouvertement des contenus tabous dans ses réponses conscientes) ;
- Cette même anxiété au PT serait en revanche positivement corrélée avec l’imagerie menaçante latente ou indirecte au Rorschach (le conflit sous-jacent continuant de transparaître sous forme masquée ou symbolique).
Les résultats empiriques issus de leurs cohortes d’étudiants de l’Université Harvard ont largement confirmé ces prédictions théoriques. Les sujets affichant de forts indices de perturbation verbale (Évitement, Recodage, Interférence) face aux phrases d’agression ou de sexualité inhibaient l’imagerie agressive manifeste au Rorschach, confirmant ainsi que le test capture bien des conduites de défense et de refoulement actif plutôt qu’une simple volubilité discursive.
Validité discriminante et corrélation physiologique
L’expérimentation princeps incluait l’enregistrement continu d’indices électrodermaux et cardiovasculaires pendant la passation du PT. Les analyses ont démontré que les phrases appartenant aux registres hautement conflictuels (Agression, Sexe, Dépendance) induisaient des réponses de conductance cutanée (RED) significativement plus amples et plus fréquentes que les phrases du registre Neutre. De plus, les items caractérisés par des temps de réaction prolongés (Item 15) ou des interruptions du discours (Item 10) coïncidaient de manière synchrone avec des décharges du système nerveux sympathique, apportant une preuve de validité convergente et discriminante objective entre le comportement verbal défensif et l’activation végétative d’alerte.
8. Fidélité / Reliability
Dans la mesure où le PT repose sur la cotation d’un matériau verbal qualitatif ouvert et spontané, l’exigence psychométrique prioritaire concerne la fidélité inter-juges (interrater reliability). La question fondamentale était de savoir si deux évaluateurs indépendants, formés au manuel de cotation standardisé, parvenaient à attribuer les mêmes scores parmi les 29 critères possibles sur chaque protocole de réponse.
Les résultats rapportés par Mandler, Mandler, Kremen et Sholiton (1961) ont mis en évidence des niveaux remarquables de concordance inter-juges :
- Dans l’Étude I, le pourcentage brut d’accord entre deux juges indépendants a atteint 77 % sur l’ensemble des réponses analysées.
- Dans l’Étude II, qui comportait un échantillon de phrases enrichi et subdivisé, le taux de concordance inter-juges s’est maintenu à 75 %.
- Au niveau global de l’instrument sur l’ensemble des jeux d’essais cliniques, l’accord moyen entre évaluateurs s’est établi à 73 %.
Pour un instrument projectif complexe reposant sur 29 catégories d’analyse qualitatives fines (englobant des nuances subtiles d’inversion de sens, d’esquive ou de rationalisation), un niveau de concordance oscillant entre 73 % et 77 % représentait un standard de rigueur méthodologique exceptionnel pour l’époque, surpassant de loin les niveaux d’accord couramment observés sur d’autres techniques projectives ouvertes comme le TAT (Thematic Apperception Test).
Concernant la consistance interne, bien que les coefficients alpha de Cronbach modernes n’aient pas été calculés dans la monographie originale de 1961 (le coefficient alpha venant tout juste d’être formalisé), l’homogénéité des catégories de stimuli conflictuels a été attestée par la corrélation interne élevée entre les réponses données aux différents items d’un même domaine (ex. corrélations significatives entre les différentes phrases d’agression intrafamiliale).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Dans la monographie originale de Mandler et al. (1961), aucune analyse factorielle confirmatoire (AFC) ni exploratoire (AFE) formelle n’a été mise en œuvre. L’absence d’analyse factorielle mathématique s’explique par le contexte historique et technologique de l’époque (calcul matriciel lourd avant la généralisation de l’informatique statistique dans les laboratoires de recherche) ainsi que par la nature même du protocole expérimental.
La structure de l’instrument repose sur une modélisation a priori conceptuelle et déductive, issue du croisement de deux axes structurants :
- L’axe thématique des stimuli : structuré selon les domaines de conflit psychodynamique (Neutre, Agression, Sexualité, Dépendance, Compétition), ces catégories ayant été sélectionnées pour leur pertinence développementale et clinique. Dans l’Étude II, ces catégories ont été subdivisées de manière logique (ex. Agression « exercée contre autrui » vs « subie de la part d’autrui » ; Sexualité « hétérosexuelle » vs « homosexuelle » ; Dépendance « par rejet » vs « par soumission »).
- L’axe typologique des défenses : les 29 critères de cotation ont été regroupés de manière rationnelle et clinique en cinq dimensions fonctionnelles (Évitement, Interférence, Recodage, Rationalisation, Personnalisation).
Les auteurs ont privilégié une analyse de contingence et d’analyse de profil plutôt qu’une réduction dimensionnelle factorielle, considérant que les différentes défenses n’avaient pas vocation à saturer sur un facteur unique général, mais constituaient au contraire des voies de décharge mutuellement exclusives ou complémentaires selon le style de régulation cognitive propre à chaque individu.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le PT est un instrument psychométrique d’administration individuelle, combinant une présentation verbale de stimuli contraignants et une grille d’observation comportementale et discursive hautement structurée.
- Type d’instrument : Test de performance projective et expérimentale / Mesure des processus de défense cognitive et d’association verbale.
- Format d’administration : Passation individuelle en laboratoire ou cabinet clinique. L’expérimentateur lit oralement chaque phrase stimulus (ou la présente sous forme visuelle standardisée au tachistoscope ou sur carton). Le sujet répond à voix haute sous consigne de spontanéité immédiate. Les passations sont enregistrées sur bande magnétique pour permettre la transcription intégrale et le relevé précis des latences temporelles.
- Nombre de stimuli verbaux :
- Étude I : 18 phrases réparties en 4 catégories (6 Neutres, 4 Agression, 4 Sexualité, 4 Dépendance).
- Étude II : 40 phrases au total, réparties en 5 catégories équilibrées (8 Neutres, 8 Agression [4 Agression contre / 4 Agression par], 8 Sexualité [4 Hétérosexuelle / 4 Homosexuelle], 8 Dépendance [4 Rejet / 4 Soumission], 8 Compétition).
- Nombre d’items de cotation : 29 critères diagnostiques standardisés (Scoring Manual) servant à analyser chaque réponse verbale produite par le sujet.
- Échelle de réponse du sujet : Production verbale libre et ouverte sous la consigne impérative : « Répondez avec la première phrase ou association qui vous vient immédiatement à l’esprit ».
- Système de cotation (Scoring) : Chaque réponse est scorée de manière binaire (présence = 1, absence = 0) sur chacun des 29 critères du manuel de dépouillement. On calcule ensuite :
- Un score global de perturbation par domaine de conflit (somme des critères défensifs déclenchés par les phrases de ce domaine) ;
- Des sous-scores dimensionnels pour chacune des 5 catégories de défense : Évitement (items 1 à 8), Interférence (items 9 à 15), Recodage (items 16 à 21), Rationalisation (items 22 à 26), Personnalisation (items 27 à 29).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 1961 (dans le cadre de la monographie publiée par l’American Psychological Association).
- Statut des droits et permissions : L’instrument a été publié dans le domaine universitaire et scientifique au sein de la revue Psychological Monographs: General and Applied. Conformément aux politiques de l’APA régissant la reproduction scientifique des tests historiques, le test et son manuel de cotation peuvent être librement utilisés à des fins de recherche fondamentale, d’enseignement académique et d’application clinique non commerciale (May use for Research/Teaching), sous réserve de citer scrupuleusement la source bibliographique originale des auteurs.
- Tarifs : Aucun coût d’acquisition ou redevance de licence commerciale n’est requis. Le manuel de dépouillement et les listes de phrases stimuli font partie intégrante du corpus scientifique ouvert de la monographie princeps de 1961.
12. Références / References
- Freud, A. (1936). Das Ich und die Abwehrmechanismen. Internationaler Psychoanalytischer Verlag. [Traduction française : Freud, A. (1949). Le Moi et les mécanismes de défense. Presses Universitaires de France].
- Heath, D. H. (1956). Individual anxiety thresholds and their physiological correlates. The Journal of Abnormal and Social Psychology, 52(3), 403–408. https://doi.org/10.1037/h0040776
- Heath, D. H. (1960). Defensive verbal behavior under threat: An experimental approach. Journal of Personality, 28(2), 171–185. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.1960.tb01610.x
- Jung, C. G. (1906). Diagnostische Assoziationsstudien: Beiträge zur experimentellen Psychopathologie (Vol. 1). Barth.
- Mandler, G., Mandler, J. M., Kremen, I., & Sholiton, R. D. (1961). The response to threat: Relations among verbal and physiological indices. Psychological Monographs: General and Applied, 75(9), 1–22. https://doi.org/10.1037/h0093803
- Miller, N. E. (1944). Experimental studies of conflict. In J. McV. Hunt (Ed.), Personality and the behavior disorders (Vol. 1, pp. 431–465). Ronald Press.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Scoring Manual for the Phrase Association Test (29 Evaluation Items)
I. Avoidance
- Comment on wording or phrasing, reference to task or to other phrases, explicit or implicit (e.g., « These are all bad guys, » « It looks like a headline »).
- Comment on physical aspects of stimulus material.
- Asks for repetition of phrase.
- Gives no substantive response, or says he cannot think of response (whether or not he gives a response).
- Denies own response or questions its adequacy (e.g., « No, » « I meant . . . »).
- Simple repetition of stimulus or restatement without addition of new content—may be synonymous expression. Major content of phrases must be restated in order to score. Also score if subject adds only « Why? » to repetition of phrase.
- Repeats exactly one or two words of the stimulus only.
- One of three shortest reaction times in record, unless there are ties.
II. Interference
- More than one response, even if only fragmentary or if one of the responses is non-substantive. Do not score if second response is a simple elaboration of the first, but always score if there is clearly more than a one-phrase response. Do not score enumerations.
- Response is unfinished or broken.
- Repeats own response (one word or more).
- Change in length from other responses: the longest (shortest) response is at least twice (no more than half) as long as the next longest (shortest). Or response is one of two (but not more) which fulfill his criterion.
- Gives one-word substantive response or two responses which each consist of a single word.
- Laughs or sighs.
- One of three longest reaction times for substantive responses. Also score for absence of a substantive response.
III. Recoding
- Misinterpretation or non-sensible response.
- Evasion. Evades central notion of stimulus by giving irrelevant or tangential response which has some connection with the stimulus. Major criterion is evasion of central meaning of the stimulus phrase, a failure to take into account the essential communication of the phrase. Also score if no substantive response.
- Reversal of meaning, e.g., from « a does to b » to « b does to a » or from « a hates b » to « a loves b. » Also score if inserts positive qualities for actor engaged in reprehensible deed.
- Criticizes or questions clarity of meaning (e.g., » I don’t understand that sentence »).
- Denial of truth of phrase, explicit (« People don’t act that way ») or implicit (from « a does x » to « b does not do x »). Explicit or implicit denial of stimulus or its consequences for the responder (« It doesn’t matter, » « My mother wouldn’t »).
- Intensification or approval of deviant behavior. Frequently this changes meaning by making phrase seem ridiculously extreme—an undoing by intensification (e.g., « And then he raped her, » « So what! » « Good! »).
IV. Rationalization
- Response is in the form of a question.
- Questions rather than denies the validity of the stimulus phrase. Expresses doubt rather than disbelief (e.g., « I wonder, » « Does that really happen? »).
- Justifies or defends central theme of phrase by invoking psychological motives such as character structure (« He was weak, abnormal ») or by inventing sufficient psychological causes for the act. Also score if asks for such an explanation or cause for the act or shifts responsibility within the phrase.
- Reference to norm, e.g., « x is usual, typical, common. » Justification by reference to norm.
- Introduction of characters, other than subject’s family or friends.
V. Personalization
- Reference to self or family or name of friends or acquaintances.
- Any emotional reaction to statement; any value, ethical, or moral judgment. Must be clear-cut in terms of our cultural norms, not just descriptive adjectives such as « smart. »
- Affect or value judgment is attributed to actor in phrase.