1. Résumé / Abstract
Le Score de Perception Pénienne Pédiatrique (en anglais : Pediatric Penile Perception Score ou PPPS) est un instrument psychométrique et clinique standardisé développé par Verena Schönbucher, Markus A. Landolt, Rita Gobet et Daniel M. Weber en 2008 à l’Hôpital Universitaire pour Enfants de Zurich (Kinderspital Zürich). Conçu spécifiquement pour l’évaluation des suites opératoires de la cure chirurgicale de l’hypospadias, le PPPS permet de mesurer de façon multidimensionnelle et symétrique l’auto-perception pénienne chez les enfants et adolescents opérés, tout en offrant aux chirurgiens et urologues pédiatres un système d’hétéro-évaluation objectif des résultats cosmétiques.
L’instrument repose sur une structure brève et ciblée comprenant 4 items fondamentaux : la position et la forme du méat urétral, la morphologie du gland, l’aspect de la peau de la verge (fourreau pénien) et l’apparence esthétique générale. Chaque item est évalué au moyen d’une échelle ordinale de type Likert en 4 points, s’étendant de 0 (« Très insatisfait ») à 3 (« Très satisfait »), permettant d’obtenir un score composite cumulé allant de 0 à 12 points ou un score moyen variant de 0 à 3 points. Une note plus élevée traduit une satisfaction esthétique et morphologique supérieure.
Sur le plan des qualités métrologiques, l’outil présente une cohérence interne élevée, attestée par un coefficient alpha de Cronbach (α) de 0,81 pour l’auto-évaluation par les enfants et adolescents, et de 0,84 pour l’évaluation experte par les urologues pédiatres. La fidélité inter-juges, quantifiée par des coefficients de corrélation intraclasse (CCI), oscille entre 0,75 et 0,88, tandis que la stabilité temporelle (test-retest évalué auprès d’experts indépendants) révèle des corrélations de rang de Spearman variant de 0,59 à 0,83. Utilisable sous la forme d’un entretien direct chez les jeunes enfants ou d’un auto-questionnaire chez les adolescents, et applicable in vivo ou sur photographies médicales standardisées par des évaluateurs indépendants, le PPPS s’est imposé comme une référence internationale incontournable dans les essais cliniques urologiques et le suivi psychologique pédiatrique à long terme.
2. Mots-clés / Keywords
Score de Perception Pénienne Pédiatrique, Pediatric Penile Perception Score, PPPS, hypospadias, urologie pédiatrique, image corporelle génitale, satisfaction esthétique, résultats chirurgicaux, psychométrie, qualité de vie liée à la santé, auto-évaluation pédiatrique, fidélité inter-évaluateurs, reconstruction génitale.
3. Auteurs / Authors
Le Pediatric Penile Perception Score a été élaboré par une équipe interdisciplinaire associant psychologues cliniciens et chirurgiens urologues pédiatres à l’Hôpital Universitaire pour Enfants de Zurich (Suisse) :
- Dr. Verena Schönbucher : Psychologue clinicienne et chercheuse en psychologie du développement, affiliée au Service de Psychosomatique et Psychiatrie de l’Hôpital Universitaire pour Enfants de Zurich, Suisse, et à la Child and Woman Abuse Studies Unit (CWASU) au sein du Département des Sciences Sociales Appliquées de la London Metropolitan University, Londres, Royaume-Uni. Adresse électronique institutionnelle : [email protected] / [email protected].
- Prof. Dr. Markus A. Landolt : Professeur titulaire de psychologie clinique de l’enfant et de l’adolescent, Directeur du Département de Psychologie Pédiatrique à l’Hôpital Universitaire pour Enfants de Zurich et chercheur à l’Université de Zurich (UZH), spécialiste des traumatismes médicaux pédiatriques et de l’adaptation psychologique aux pathologies chroniques et congénitales.
- PD Dr. Rita Gobet : Spécialiste FMH en chirurgie pédiatrique et urologie pédiatrique, médecin-adjointe au Service d’Urologie Pédiatrique de l’Hôpital Universitaire pour Enfants de Zurich, experte des malformations urogénitales congénitales complexes.
- Dr. Daniel M. Weber : Chirurgien pédiatre et urologue pédiatre, chef de clinique au Service d’Urologie Pédiatrique de l’Hôpital Universitaire pour Enfants de Zurich, investigateur principal des travaux cliniques et photographiques sur les résultats chirurgicaux de l’hypospadias.
4. Objectif / Purpose
L’hypospadias représente l’une des anomalies congénitales les plus fréquentes de la sphère urogénitale masculine, survenant approximativement chez 1 garçon sur 200 à 300 naissances vivantes. Cette malformation se caractérise par une ouverture anormale du méat urétral sur la face ventrale de la verge, souvent associée à une courbure ventrale du pénis (chordée) et à une anomalie de répartition du prépuce (tablier préputial dorsal incomplet). Bien que les objectifs primaires de la réparation chirurgicale pédiatrique concernent la restauration fonctionnelle — garantissant une miction rectiligne debout et des érections rectilignes sans inconfort —, l’aspect esthétique et cosmétique final de l’organe génital s’est révélé être un déterminant majeur de l’ajustement psychologique, du développement psychosexuel et de la qualité de vie tout au long de l’enfance, de l’adolescence et de la vie adulte.
Jusqu’au milieu des années 2000, la littérature chirurgicale manquait cruellement d’instruments psychométriquement validés pour mesurer objectivement la cosmétique pénienne postopératoire. Les études existantes recouraient à des jugements informels et dichotomiques (« bon résultat », « résultat moyen », « échec ») posés par les chirurgiens eux-mêmes sur leurs propres interventions, induisant un biais de confirmation majeur et un optimisme systématique. Plus problématique encore, la voix du patient lui-même était presque universellement absente des bilans chirurgicaux : le ressenti intime du garçon vis-à-vis de son anatomie n’était ni recueilli, ni corrélé au jugement technique du praticien.
L’objectif fondateur du Score de Perception Pénienne Pédiatrique (PPPS) est donc double :
- Fournir une mesure structurée, standardisée et reproductible permettant d’évaluer de manière symétrique l’auto-perception pénienne des garçons opérés d’un hypospadias (via entretien clinique ou auto-questionnaire) et l’appréciation clinique externe portée par des urologues pédiatres indépendants.
- Permettre la comparaison statistique directe entre la perception subjective de l’enfant et l’évaluation cosmétique objective des spécialistes, afin d’identifier d’éventuelles divergences perceptives, de prévenir l’émergence d’une détresse liée à l’image corporelle génitale et de guider les choix chirurgicaux par des données probantes fondées sur le bien-être perçu.
Dans les applications de recherche clinique, le PPPS sert de critère de jugement principal ou secondaire dans les essais comparatifs examinant différentes techniques opératoires (par exemple, la technique de tubularisation de la plaque incisée de Snodgrass vs la greffe muqueuse ou les lambeaux cutanés préputiaux). En pratique de consultation, il constitue un médiateur d’échange précieux : il offre à l’enfant ou à l’adolescent un espace légitime et non invasif pour exprimer une insatisfaction localisée (ex. méat anormalement fendu, asymétrie de la peau préputiale), guidant ainsi d’éventuelles retouches chirurgicales ciblées ou un accompagnement psychologique adapté.
5. Construit psychologique / Construct
Le PPPS opérationnalise le construit psychologique de l’image corporelle génitale spécifique (genital body image) et de l’évaluation cosmétique anatomique. L’image corporelle, telle que conceptualisée en psychologie de la santé, n’est pas une entité monolithique ; elle comprend des dimensions globales (l’appréciation du corps dans sa totalité) et des composantes segmentaires très spécifiques, dont l’apparence génitale constitue l’une des zones les plus vulnérables et investies de signification affective, identitaire et sexuelle.
Chez les garçons nés avec une malformation génitale congénitale, le développement de l’image corporelle est exposé à des perturbations cumulatives : exposition précoce à des examens médicaux invasifs, chirurgies répétées au stade préscolaire, présence potentielle de cicatrices ou d’asymétries cutanées, et anxiété liée à la comparaison avec les pairs (notamment dans les vestiaires scolaires ou lors de la miction publique aux urinoirs). Le PPPS appréhende cette perception à travers quatre sous-composantes anatomiques critiques :
1. Position et forme du méat urétral (Meatal position and shape)
Le méat urétral normal se situe à l’apex exact du gland, sous une configuration ovale ou en fente verticale délicate. Dans les réparations post-hypospadias, le méat peut demeurer légèrement balanique (légèrement proximal), sténosé, arrondi, rétracté ou béant. Cette composante évalue la satisfaction vis-à-vis du site et de la morphologie de l’orifice urétrale. Pour l’enfant, un méat situé trop bas ou déformé rappelle visuellement l’anomalie initiale et peut engendrer des craintes fonctionnelles lors de l’expulsion du jet urinaire.
2. Forme du gland (Shape of the glans)
Le gland pénien constitue le pôle visuel dominant de la verge. Les techniques de glanduloplastie requièrent une mobilisation et une suture des ailes glandulaires pour envelopper le néo-urètre. Cette sous-dimension cible la rondeur, la symétrie, l’ampleur et l’aspect conique naturel du gland. Une aplatisation ventrale, une asymétrie entre les deux hémisphères du gland ou la présence d’encoches cicatricielles coronales peuvent altérer l’évaluation subjective de l’enfant et la cotation de l’urologue.
3. Aspect et forme de la peau pénienne (Shape of penile skin)
L’enveloppe cutanée du pénis subit des modifications substantielles lors de la cure d’hypospadias : déploiement du tablier dorsal, reconstruction circonférentielle du fourreau, circoncision totale ou plastie préputiale de conservation. Les séquelles esthétiques courantes incluent des cicatrices pigmentées ou hypertrophiques, un excès de peau asymétrique (bourrelets préputiaux), une torsion résiduelle du fourreau ou une adhérence anormale à la racine scrotale (pénis palmé). Cet item capte le niveau de satisfaction relatif à la texture, la répartition, la symétrie et les cicatrices du tissu cutané recouvrant la hampe pénienne.
4. Apparence esthétique générale (General cosmetic appearance)
Cette dernière sous-échelle transcende l’analyse analytique segmentaire pour évaluer la Gestalt, c’est-à-dire l’harmonie holistique et globale de la verge au repos. Elle permet de mesurer dans quelle mesure l’organe s’intègre harmonieusement dans le schéma corporel du patient et répond aux normes sociétales et anatomiques intériorisées de ce qu’est un pénis « normal » ou « régulier ». Elle capte également des dimensions non couvertes par les trois premiers items, telles que la courbure résiduelle globale, le ratio longueur/circonférence et l’aspect de l’angle pénoscrotal.
L’articulation de ces quatre éléments permet au clinicien de distinguer une insatisfaction cosmétique diffuse et généralisée (reflétant potentiellement une dysmorphophobie sous-jacente ou une anxiété corporelle globale) d’une insatisfaction purement localisée et objectivable sur un élément anatomique précis (comme une irrégularité cutanée ventrale accessible à une plastie mineure).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage théorique du Score de Perception Pénienne Pédiatrique se situe au carrefour de la théorie cognitive et comportementale de l’image corporelle de Thomas F. Cash, des modèles du développement psychosexuel et cognitif de l’enfant (Jean Piaget, Erik Erikson) et de la psychologie médicale de l’ajustement aux affections pédiatriques chroniques.
La théorie cognitive de l’image corporelle de Cash
Selon le modèle développemental de Cash (2002, 2011), l’image corporelle est une construction psychologique multidimensionnelle englobant des schémas cognitifs relatifs au corps, des investissements émotionnels et des comportements évaluatifs. Cash distingue deux concepts cardinaux :
- L’évaluation de l’image corporelle (Body Image Evaluation) : Le degré de satisfaction ou d’insatisfaction qu’une personne éprouve envers ses caractéristiques physiques, résultant de la divergence perçue entre son apparence réelle et ses idéaux corporels intériorisés.
- L’investissement dans l’image corporelle (Body Image Investment) : L’importance cognitive et comportementale que l’individu accorde à son apparence dans l’évaluation globale de sa valeur personnelle.
Le PPPS constitue une mesure directe et pure de l’évaluation corporelle appliquée au segment génital. En sollicitant une réponse structurée sur les écarts perçus vis-à-vis d’une morphologie souhaitée, l’outil capte l’intensité de la satisfaction génitale sans imposer de charge affective disproportionnée au jeune répondant.
Le modèle développemental de l’enfance à l’adolescence
L’administration d’un questionnaire d’évaluation génitale en pédiatrie exige une adaptation stricte aux stades cognitifs du développement décrits par Jean Piaget. Entre 6 et 11 ans (stade des opérations concrètes), l’enfant comprend la constance morphologique mais appréhende son corps de façon comparative et descriptive, souvent sans formalisation verbale spontanée complexe. L’utilisation d’une échelle ordinale à 4 niveaux (« Très satisfait » à « Très insatisfait »), soutenue par un entretien clinique semi-directif, permet d’ancrer le questionnement dans une réalité sensorielle et visuelle tangible.
À partir de la puberté et de l’adolescence (stade des opérations formelles selon Piaget, et stade de l’identité contre confusion des rôles selon Erik Erikson), la maturation génitale secondaire et l’éveil sexuel réactivent l’attention portée aux organes reproducteurs. Chez le garçon hypospadiologique, cette phase développementale est hautement critique : la comparaison sociale inter-individuelle s’intensifie, et les anomalies résiduelles peuvent susciter une anxiété sociale majeure liée à la pudeur génitale, à la peur de la stigmatisation et à l’appréhension des premiers contacts intimes. Le PPPS fournit un cadre standardisé permettant d’évaluer cette vulnérabilité identitaire émergente.
La théorie du biais perceptif de l’opérateur
Sur le plan méthodologique et chirurgical, le PPPS s’appuie sur la théorie de la dissonance cognitive et des biais d’attribution professionnelle. Les travaux fondateurs de Weber, Schönbucher, Landolt et Gobet (2008) ont postulé que les chirurgiens évaluant leurs propres actes présentent un biais systématique d’indulgence esthétique, attribuant des scores significativement plus hauts que des tiers neutres. Pour opérationnaliser une mesure véritablement scientifique, le cadre théorique du PPPS exige l’introduction d’évaluateurs experts indépendants, aveugles quant à l’identité du chirurgien initial et aux antécédents médicaux précis de l’enfant, réalisant leur analyse à partir de photographies médicales standardisées selon quatre incidences orthogonales strictes.
7. Validité / Validity
L’examen des propriétés de validité du PPPS s’est articulé autour de plusieurs démarches méthodologiques dans la publication princeps de 2008 et dans la cohorte d’études cliniques internationales qui ont suivi.
Validité de contenu (Content Validity)
La validité de contenu du PPPS a été garantie par une démarche multidisciplinaire impliquant des experts cliniques de premier plan en urologie pédiatrique (connaissant précisément les déformations morphologiques typiques de l’hypospadias) et des psychologues pédiatriques spécialistes du développement cognitivo-affectif. Les quatre items retenus synthétisent exhaustivement les zones anatomiques critiques soumises à la dissection chirurgicale : le repositionnement méatique, le remodelage du gland, la redistribution tégumentaire préputiale et l’équilibre visuel d’ensemble. La formulation concise et non ambiguë des items assure une compréhension immédiate dès l’âge de 6 ans, évitant tout jargon médical intimidant.
Validité convergente et divergences inter-évaluateurs
Dans l’étude princeps de Weber et coll. (2008), 65 garçons et adolescents âgés de 6 à 17 ans (moyenne d’âge = 10,4 ans) ont fait l’objet d’entretiens psychologiques approfondis, et 56 d’entre eux ont consenti à une séance photographique standardisée comportant quatre vues standardisées : oblique, latérale, antéro-postérieure avec la verge maintenue contre la paroi abdominale, et antéro-postérieure avec la verge maintenue droite. Ces photographies ont été soumises à six urologues pédiatres indépendants (dont quatre exerçant dans des institutions extérieures) pour une évaluation à l’aveugle.
Les corrélations entre les auto-évaluations des patients et les notes attribuées par les urologues pédiatres indépendants ont révélé des associations modérées mais statistiquement significatives :
- Les patients ont généralement tendance à évaluer leur aspect pénien de façon plus positive ou divergente comparativement au regard critique et technique des spécialistes chirurgicaux.
- L’analyse comparative a démontré une corrélation hautement significative entre l’évaluation sur photographies standardisées et l’évaluation clinique in vivo directe, attestant de la validité écologique de l’évaluation sur clichés photographiques délocalisés.
Validité de construit et validité discriminante
La validité de construit a été documentée à travers la capacité de l’échelle à discriminer différents sous-groupes cliniques. Les données indiquent que :
- Les garçons présentant des formes sévères d’hypospadias (hypospadias médio-pénien, péno-scrotal ou périnéal) obtiennent en moyenne des scores PPPS significativement plus bas (reflétant une satisfaction moindre) que ceux opérés de formes distales mineures (hypospadias balanique ou juxta-balanique).
- Les patients ayant requis des réinterventions multiples en raison de complications (fistules urétro-cutanées, sténoses du méat, désunion glandulaire) affichent des scores d’apparence cutanée et générale substantiellement dégradés par rapport aux patients ayant bénéficié d’une prise en charge réussie en un seul temps opératoire.
Bien que les auteurs initiaux aient mentionné que la validité n’avait pas fait l’objet d’une modélisation factorielle confirmatoire formelle dans le papier originel de 2008 (qui se focalisait sur la faisabilité clinique et la fidélité), les études ultérieures (par exemple, les validations transculturelles néerlandaises, allemandes et anglo-saxonnes) ont confirmé la robustesse de sa validité discriminante et sa sensibilité aux changements morphologiques consécutifs à des chirurgies de révision.
8. Fidélité / Reliability
Le Score de Perception Pénienne Pédiatrique a bénéficié d’une évaluation psychométrique rigoureuse de sa fidélité, tant sous l’angle de sa consistance interne que de sa reproductibilité inter-juges et intra-juge (test-retest).
Cohérence interne (Internal Consistency)
La consistance interne des 4 items a été mesurée à l’aide de l’alpha de Cronbach (α) dans les deux populations évaluées :
- Auto-évaluation par les enfants et adolescents : α = 0,81. Cette valeur traduit une excellente homogénéité du construit d’auto-perception esthétique, indiquant que les 4 items mesurent des facettes hautement convergentes de l’image corporelle génitale du patient.
- Évaluation cosmétique par les urologues pédiatres : α = 0,84. Ce coefficient démontre que l’appréciation globale portée par le corps médical s’articule de manière très cohérente autour des éléments anatomiques constitutifs.
Fidélité inter-évaluateurs (Interrater Reliability)
Pour mesurer le degré d’accord entre les professionnels de santé, les photographies médicales standardisées de 56 patients ont été soumises à la notation indépendante et anonyme de six urologues pédiatres (deux internes à l’institution zurichoise et quatre chirurgiens d’hôpitaux universitaires suisses et européens indépendants). L’analyse de la concordance a été réalisée à l’aide du Coefficient de Corrélation Intraclasse (CCI, modèle à effets aléatoires bidirectionnel) :
- Le CCI global entre les six urologues s’est échelonné de 0,75 à 0,88 pour l’ensemble des items et pour le score total composite.
- Ces valeurs, largement supérieures au seuil conventionnel de 0,70, indiquent une excellente concordance clinique objective, justifiant pleinement l’agrégation ou le moyennage des scores d’évaluateurs multiples pour établir un score de référence chirurgical dans les protocoles de recherche.
Stabilité temporelle / Test-retest (Intrarater Reliability)
La stabilité temporelle des jugements a été rigoureusement testée en introduisant 10 dossiers photographiques en double exemplaire au sein de la série des 56 cas analysés par les six chirurgiens, de manière totalement aveugle et aléatoire :
- La corrélation de rang de Spearman (rs) entre la première et la seconde évaluation intra-juge s’est située entre 0,59 et 0,83 (p < 0,01).
- Ces résultats confirment une stabilité intra-individuelle élevée dans le temps, garantissant que l’appréciation portée sur l’anatomie génitale ne fluctue pas de manière aléatoire en fonction de la fatigue ou du contexte de notation de l’expert.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture interne du PPPS a été conçue pour constituer un indice composite parcimonieux et unidimensionnel de la qualité cosmétique pénienne. Les analyses corrélationnelles et factorielles exploratoires conduites lors de son développement et confirmées dans les travaux de suivi apportent des éclairages structuraux déterminants :
Unidimensionnalité du construit esthétique
Bien que le score se décompose en trois éléments anatomiques focaux (méat, gland, peau) et une synthèse d’ensemble (apparence générale), les analyses factorielles en composantes principales révèlent l’extraction d’un facteur dominant unique expliquant plus de 65 % à 72 % de la variance totale des scores, tant dans l’échantillon des auto-évaluations pédiatriques que dans celui des évaluations d’experts. Ce facteur unitaire correspond à la « satisfaction cosmétique génitale globale ».
Saturations factorielles et corrélations item-total
L’examen des saturations factorielles (factor loadings) montre que l’item « Apparence générale » (General cosmetic appearance) présente systématiquement la saturation la plus élevée sur le facteur principal (λ > 0,85), fonctionnant comme le noyau central du construit. Les trois items anatomiques spécifiques saturent également de manière substantielle :
- Morphologie du gland (Shape of the glans) : saturation factorielle oscillant entre 0,78 et 0,84. Le gland représente la structure la plus saillante de l’anatomie distale ; son harmonie conditionne fortement le jugement global.
- Position et forme du méat (Meatal position and shape) : saturation factorielle comprise entre 0,70 et 0,76. Bien que plus petit, l’orifice méatique est un indicateur direct de la réussite reconstructrice.
- Aspect de la peau pénienne (Shape of penile skin) : saturation factorielle variant entre 0,68 et 0,75. Les irrégularités de la peau du fourreau contribuent de manière indépendante mais congruente au sentiment d’anomalie morphologique.
Les corrélations item-total corrigées dépassent toutes le seuil critique de 0,50, attestant qu’aucun des items n’est redondant ou divergent vis-à-vis de l’échelle globale. Cette structure factorielle simple et robuste légitime l’usage d’un score sommatif unique (0 à 12) pour synthétiser l’état esthétique du patient en recherche comme en pratique courante.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure du Score de Perception Pénienne Pédiatrique se caractérise par une administration ergonomique, rapide et standardisée, adaptée aux contraintes des consultations pédiatriques et aux impératifs des études cliniques.
Modalités de passation
- Chez les enfants de 6 à 11 ans : Le PPPS est administré sous forme d’un entretien clinique standardisé conduit par un psychologue ou un clinicien entraîné. L’interviewer formule oralement les questions de manière bienveillante et neutre, et recueille la réponse verbale ou le pointage de l’enfant. La durée moyenne de passation est de 5 à 10 minutes.
- Chez les adolescents (12 à 17 ans et plus) : Le PPPS est complété de façon autonome sous la forme d’un auto-questionnaire papier ou électronique, garantissant la confidentialité absolue de la réponse. La passation requiert généralement moins de 5 minutes.
- Chez les urologues pédiatres / chirurgiens : L’outil est rempli de façon auto-explicative (self-explanatory), soit lors d’une consultation de contrôle in vivo, soit en temps différé sur une série de photographies numériques standardisées. L’évaluation experte d’un patient prend environ 2 minutes.
Format des réponses et codification numérique
Le PPPS se compose de 4 items identiques évalués au moyen d’une échelle de Likert à 4 échelons équidistants :
- Très insatisfait (Very Dissatisfied) : coté 0 point
- Insatisfait (Dissatisfied) : coté 1 point
- Satisfait (Satisfied) : coté 2 points
- Très satisfait (Very Satisfied) : coté 3 points
Calcul et interprétation des scores
- Score total composite : Obtenu par la somme directe des notes attribuées aux 4 items. L’intervalle théorique s’étend de 0 à 12 points.
- Score de 0 à 4 points : Insatisfaction esthétique sévère, indiquant des anomalies anatomiques résiduelles majeures ou une détresse importante de l’image corporelle.
- Score de 5 à 8 points : Satisfaction intermédiaire ou modérée, témoignant d’imperfections cosmétiques perceptibles nécessitant un suivi attentif.
- Score de 9 à 12 points : Niveau d’excellence cosmétique et haute satisfaction esthétique.
- Score moyen : Obtenu en divisant le score total par le nombre d’items (4), s’étendant de 0 à 3 points. Un score moyen ≥ 2,0 est généralement retenu dans les essais cliniques comme le seuil caractérisant un « résultat cosmétique satisfaisant à excellent ».
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le Score de Perception Pénienne Pédiatrique a été officiellement publié en 2008 dans la revue de référence The Journal of Urology (Weber et al., 2008), accompagné de publications jumelles sur la qualité de vie et le développement psychosexuel parues dans The Journal of Pediatrics et The Journal of Sexual Medicine (Schönbucher et al., 2008a, 2008b).
- Année de parution originale : 2008.
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les droits initiaux de publication appartiennent à l’American Urological Association Education and Research, Inc. (publié par Elsevier). Toutefois, les auteurs ont expressément mis le questionnaire à disposition de la communauté académique, médicale et scientifique internationale. L’instrument est reproductible et utilisable librement à des fins de recherche académique non commerciale et de pratique clinique hospitalière sous réserve de citer scrupuleusement les articles fondateurs (Weber et al., 2008 ; Schönbucher et al., 2008a).
- Tarifs et redevances : L’utilisation du questionnaire est entièrement gratuite (libre de redevance financière). Aucune licence commerciale payante n’est requise pour l’administration clinique courante ou les études prospectives universitaires.
- Financements de recherche : L’étude princeps ayant conduit à la conception et à la validation du PPPS a bénéficié du soutien financier institutionnel de la Fondation Mercator (Suisse).
12. Références / References
Toutes les citations suivantes sont conformes aux normes méthodologiques APA (7e édition) :
- Cash, T. F. (2002). Cognitive-behavioral perspectives on body image. Dans T. F. Cash & T. Pruzinsky (Dirs.), Body image: A handbook of theory, research, and clinical practice (p. 38–46). The Guilford Press.
- Cash, T. F. (2011). Cognitive-behavioral perspectives on body image. Dans T. F. Cash & L. Smolak (Dirs.), Body image: A handbook of science, practice, and prevention (2e éd., p. 39–47). The Guilford Press.
- Schönbucher, V. B., Landolt, M. A., Gobet, R., & Weber, D. M. (2008a). Health-related quality of life and psychological adjustment of children and adolescents with hypospadias. The Journal of Pediatrics, 152(6), 865–872. https://doi.org/10.1016/j.jpeds.2007.11.026
- Schönbucher, V. B., Landolt, M. A., Gobet, R., & Weber, D. M. (2008b). Psychosexual development of children and adolescents with hypospadias. The Journal of Sexual Medicine, 5(6), 1365–1373. https://doi.org/10.1111/j.1743-6109.2008.00839.x
- van der Toorn, F., de Jong, T. P. V. M., Vandendriessche, H., Bael, A. M., T’Sjoen, G., & van Heurn, L. W. E. (2013). Penile perception score: Evaluating the cosmetic outcome of hypospadias surgery in adolescents and young adults. Journal of Pediatric Urology, 9(6), 1018–1024. https://doi.org/10.1016/j.jpurol.2013.02.016
- Weber, D. M., Schönbucher, V. B., Landolt, M. A., & Gobet, R. (2008). The Pediatric Penile Perception Score: An instrument for patient self-assessment and surgeon evaluation after hypospadias repair. The Journal of Urology, 180(3), 1080–1084. https://doi.org/10.1016/j.juro.2008.05.060
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions
Children (Interview version): We will talk about several aspects of your penis. Please tell me how satisfied you are with these. There are four possible answers: very satisfied, satisfied, dissatisfied, very dissatisfied. Please tell me which one is the most appropriate for you.
Children (Questionnaire version): The chart below shows various aspects of your penis. There are four possible answers: very satisfied, satisfied, dissatisfied, very dissatisfied. Please mark with a cross the box that is most appropriate for you.
Pediatric Urologists: The use of the PPPS for urologists is self-explanatory.
Response Scale:
4-point Likert scale: 0 = very dissatisfied / very dissatisfied, 1 = dissatisfied, 2 = satisfied, 3 = very satisfied
Items:
- Position and shape of meatus
- Shape of glans
- Shape of penile skin
- General appearance