Mesures de religion engagée et consensuelle

Analyse psychométrique détaillée des Mesures de religion engagée et consensuelle (Committed-Consensual Measures, CCM) développées par Russell O. Allen et Bernard Spilka.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Les Mesures de religion engagée et consensuelle (en anglais, Committed-Consensual Measures, abrégé en CCM) constituent un instrument d’évaluation psychométrique développé à l’origine par Bernard Spilka et Russell O. Allen (1967), puis perfectionné par Spilka et ses collaborateurs (Spilka, Read, Allen, & Dailey, 1968 ; Spilka & Mullin, 1977 ; Spilka, Minton, Sizemore, & Stout, 1977). Cet outil a été élaboré pour opérationnaliser la structuration cognitive et le style de traitement de l’information sous-jacents aux croyances religieuses, indépendamment du contenu confessionnel spécifique ou de la simple intensité dévotionnelle. L’échelle distingue deux orientations fondamentales au sein des traditions judéo-chrétiennes : la religion engagée (committed religion), caractérisée par une pensée religieuse ouverte, nuancée, hautement individualisée et intégrée à une philosophie globale de l’existence, et la religion consensuelle (consensual religion), définie par un attachement conformiste, ritualiste, dogmatique et extrinsèquement régulé aux symboles et cérémonies institutionnelles.

Dans sa version par auto-questionnaire standardisé, le dispositif comprend 28 items répartis en deux sous-échelles : 15 items évaluant la foi engagée (Cm) et 13 items mesurant la foi consensuelle (Cn). La majorité des énoncés adopte une échelle de réponse de type Likert en six points (allant de 1 = « Totalement en désaccord » à 6 = « Totalement d’accord »), complétée par quelques items à choix forcé évaluant des comportements religieux concrets. Sur le plan psychométrique, les estimations de cohérence interne calculées par la formule de Kuder-Richardson 20 (KR-20) atteignent 0,93 pour la dimension engagée et 0,84 pour la dimension consensuelle, démontrant une fidélité élevée. L’échelle a joué un rôle déterminant dans la clarification des liens paradoxaux entre religiosité et préjugés raciaux, montrant que les préjugés et le dogmatisme sont positivement corrélés à l’orientation consensuelle mais inversement associés à l’orientation engagée.

2. Mots-clés / Keywords

Mesures engagées-consensuelles, psychométrie de la religion, religion engagée, religion consensuelle, style cognitif religieux, préjugés raciaux, orientation religieuse, dogmatisme, Gordon Allport, Bernard Spilka, validité de construit, cohérence interne.

3. Auteurs / Authors

Le développement théorique et psychométrique des Committed-Consensual Measures est le fruit des travaux pionniers menés par deux chercheurs de premier plan en psychologie sociale et psychologie de la religion :

  • Russell O. Allen : Chercheur en psychologie sociale à l’Université de Denver (Denver, Colorado, États-Unis), co-auteur de l’étude séminale de 1967 établissant la distinction entre religion engagée et consensuelle en lien avec les attitudes discriminatoires.
  • Bernard Spilka, Ph.D. : Professeur émérite au Département de psychologie de l’Université de Denver. Figure d’autorité mondiale en psychologie scientifique de la religion, ancien président de la Division 36 de l’American Psychological Association (Society for the Psychology of Religion and Spirituality). Ses travaux se sont concentrés sur la modélisation cognitive des attributions religieuses, les schémas psychosociaux de la foi et l’impact de la religiosité sur l’adaptation face à la mort et aux maladies graves.
  • Collaborateurs ultérieurs : Susan Read, Kenneth A. Dailey, Mary Mullin, Barbara Minton, Douglas Sizemore et Larry Stout (Université de Denver), ayant activement contribué à la transition du format d’entretien clinique vers les versions d’auto-questionnaires psychométriques standardisés (Spilka et al., 1968 ; Spilka & Mullin, 1977 ; Spilka et al., 1977).

4. Objectif / Purpose

L’objectif initial des Committed-Consensual Measures résidait dans la résolution d’une énigme empirique majeure qui traversait la psychologie sociale des années 1950 et 1960 : l’ambiguïté relationnelle entre religiosité et intolérance sociale. Alors que les préceptes moraux des grandes traditions religieuses occidentales enjoignent l’amour du prochain, la compassion et l’altruisme universel, de nombreuses recherches mettaient en évidence une corrélation positive troublante entre l’appartenance religieuse et les préjugés raciaux, ethniques et xénophobes (notamment documentée par Gordon Allport). Allen et Spilka (1967) ont postulé que cette incohérence provenait d’une erreur de conceptualisation : traiter la religion comme une variable unidimensionnelle, focalisée uniquement sur la fréquence des pratiques ou l’adhésion formelle à un crédo.

Les auteurs ont conçu les CCM non pas pour mesurer ce que les individus croient (le contenu théologique ou dogmatique), mais comment ils croient, c’est-à-dire l’architecture cognitive et la dynamique fonctionnelle sous-jacentes à leur engagement religieux. L’instrument vise à neutraliser les controverses doctrinales interconfessionnelles en évitant les références sectaires ou christologiques restrictives, se concentrant sur des termes transversaux de la tradition judéo-chrétienne (Dieu, prière, communauté, rituels). L’ambition méthodologique était de bâtir un système d’évaluation préservé de deux biais de confusion majeurs : la psychopathologie (la détresse névrotique ou le besoin compulsif de réassurance) et la simple intensité émotionnelle ou ferveur religieuse.

Dans les contextes de recherche fondamentale et appliquée, les CCM répondent à plusieurs impératifs critiques :

  • En psychologie sociale et politique : analyser comment la rigidité cognitive religieuse façonne l’ethnocentrisme, l’autoritarisme, les stéréotypes raciaux et le rejet des minorités hors-groupe.
  • En psychologie de la personnalité : explorer l’articulation entre les styles épistémiques (besoin de clôture cognitive, tolérance à l’ambiguïté) et la manière dont les valeurs spirituelles guident les conduites quotidiennes.
  • En psychologie clinique et pastorale : distinguer les formes d’engagement religieux saines, autonomes et intégratives (engagées) des formes défensives, ritualisées de manière obsessionnelle ou adoptées par simple conformisme social (consensuelles), offrant ainsi des repères diagnostiques précieux pour évaluer le bien-être existentiel face à la maladie ou à la mort.

5. Construit psychologique / Construct

Le modèle des CCM repose sur une typologie cognitive bipolaire distinguant deux styles fondamentaux de traitement de l’information et d’expérience religieuse. Initialement isolées à travers des protocoles d’entretiens qualitatifs standardisés, ces dimensions se décomposent selon cinq composantes cognitives transversales : le contenu, la clarté, la complexité, la flexibilité et l’importance.

5.1. La religion engagée (Committed Religion)

La religion engagée représente un mode d’intériorisation existentielle dans lequel la foi constitue le principe organisateur central de la personnalité et de la vision du monde de l’individu. Ses caractéristiques cognitives et fonctionnelles sont les suivantes :

  • Principes abstraits et ouverts : Les concepts religieux ne sont pas de simples règles rigides à appliquer mécaniquement ; ils reposent sur des idées transcendantes abstraites dotées d’une signification claire, personnelle et signifiante pour l’individu.
  • Complexité différentielle : L’architecture cognitive de la foi engagée intègre un nombre élevé de catégories conceptuelles. L’individu est capable de nuances théologiques, éthiques et relationnelles face aux situations de dilemme moral.
  • Flexibilité et examen critique : L’individu manifeste une ouverture à l’examen rationnel, serein et lucide de ses croyances. Loin de fuir le questionnement philosophique ou la confrontation avec des perspectives divergentes, il intègre le doute constructif comme une étape de croissance spirituelle.
  • Transversalité existentielle : La religion engagée n’est pas confinée aux murs du lieu de culte ou aux moments rituels. Elle innerve l’ensemble des activités humaines, les choix professionnels, la sollicitude désintéressée pour autrui et la recherche de sens (ex. item 2 : « Je m’efforce d’appliquer ma religion à toutes mes relations dans la vie »).

5.2. La religion consensuelle (Consensual Religion)

À l’opposé, la religion consensuelle traduit une adhésion conventionnelle, externe et socialement régulée. Elle s’apparente à une religion d’assentiment passif aux normes d’un groupe social donné :

  • Concrétude et imprécision conceptuelle : Les croyances sont ancrées dans des formulations littérales, anthropomorphiques et simplistes. Bien que les formules canoniques soient répétées avec aplomb, leurs implications éthiques et théologiques profondes demeurent vagues ou non élaborées.
  • Faible complexité catégorielle : Le système de croyance mobilise très peu de catégories mentales, réduisant le monde social à des dichotomies manichéennes simplificatrices (le pur contre l’impur, le fidèle contre l’infidèle).
  • Rigidité et dogmatisme : La structure mentale est fermée à toute contestation, divergence d’opinion ou modification du statu quo liturgique. Le conformisme doctrinal sert de rempart contre l’anxiété existentielle et l’ambiguïté.
  • Focalisation ritualiste et institutionnelle : La vitalité de la foi est conditionnée par la conformité aux cérémonies publiques, à l’ordre formel et aux symboles matériels. Le rituel est investi d’une valeur quasi magique visant à garantir la sécurité psychologique et la paix matérielle (ex. item 9 : « Plus un service religieux est ritualisé, plus il a de sens pour moi »). La religion a un impact transversal limité sur la conduite morale globale, servant avant tout d’instrument d’intégration sociale et de légitimation du statut.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique des CCM s’inscrit au carrefour de la psychologie cognitive, de la psychologie sociale des attitudes et des théories humanistes de la personnalité. Trois courants théoriques majeurs soutiennent l’architecture conceptuelle d’Allen et Spilka :

6.1. La théorie du dogmatisme et des systèmes de croyance de Rokeach

L’assise conceptuelle la plus directe provient des travaux de Milton Rokeach (1960) sur la structure de l’esprit ouvert et fermé (The Open and Closed Mind). Rokeach a démontré que le dogmatisme ne dépend pas du contenu politique ou religieux professé, mais de l’organisation structurelle des croyances : la manière dont les croyances rejetées sont perçues, la perméabilité des frontières cognitives et l’indépendance de jugement face à l’autorité. Allen et Spilka (1967) ont transposé cette analyse cognitive à la religiosité : la religion consensuelle correspond à un système cognitif fermé (fermeture à l’expérience, dépendance absolue à l’autorité ecclésiale, rejet de l’altérité), tandis que la religion engagée incarne un système cognitif ouvert, capable d’assimiler la complexité sans s’effondrer.

6.2. Le modèle allportien de l’orientation intrinsèque versus extrinsèque

La parenté entre les CCM et les travaux fondateurs de Gordon Allport et J. Michael Ross (1967) sur la Religious Orientation Scale (ROS) est cardinale. Allport formulait l’adage célèbre selon lequel « la religion extrinsèque est utilisée, tandis que la religion intrinsèque est vécue » (the extrinsically motivated person uses his religion, whereas the intrinsic lives his). Spilka (1976) s’est appuyé sur cette dichotomie de la foi « instrumentalisée » contre la foi « vécue ».

Toutefois, la conceptualisation de Spilka apporte une plus-value cognitive distincte. Là où Allport s’intéressait principalement aux motivations sous-jacentes (sécurité, statut, réconfort personnel), Allen et Spilka analysent la structuration cognitive du traitement de l’information religieuse. Les recherches empiriques ont rapidement démontré que si l’orientation engagée présente un recouvrement substantiel avec la religiosité intrinsèque allportienne, la religion consensuelle ne se superpose que partiellement à la religiosité extrinsèque. Cette dernière reflète souvent un opportunisme social dénué d’engagement rituel profond, alors que la religion consensuelle se distingue par une focalisation absolue sur l’orthodoxie rituelle, le cérémonial et le sentiment de sécurité ecclésiale (Spilka, 1977).

6.3. La psychologie théologique et l’attribution de sens

Dans ses théorisations ultérieures sur la psychologie théologique de la personne totale, Spilka (1976 ; Spilka & Mullin, 1977) a intégré les théories de l’attribution causale. Selon cette perspective, les êtres humains mobilisent des schémas religieux pour répondre à trois besoins fondamentaux : le besoin de sens (meaning-making), le besoin de contrôle prédictif et le besoin d’estime de soi. La religion engagée répond à la quête de sens par une herméneutique symbolique intégrative, permettant de traverser les crises sans recours aux boucs émissaires. À l’inverse, la religion consensuelle répond au besoin de contrôle par un conformisme strict et une défense de l’ordre établi, interprétant toute déviation comme une menace pour l’équilibre psychologique individuel et collectif.

7. Validité / Validity

L’examen des propriétés métrologiques des Committed-Consensual Measures a fait l’objet de plusieurs validations empiriques rigoureuses, documentant sa validité de construit, sa validité divergente et sa validité prédictive.

7.1. Validité de construit et prédiction des préjugés

La validité d’origine de l’échelle repose sur sa capacité à discriminer les attitudes face aux minorités raciales. Dans l’étude princeps d’Allen et Spilka (1967), les participants catégorisés comme adeptes d’une religion engagée ont obtenu des scores significativement et massivement inférieurs sur les échelles de préjugés raciaux et d’ethnocentrisme par rapport à ceux orientés vers une religion consensuelle. Raschke (1973) a confirmé cette relation en administrant l’échelle de dogmatisme de Rokeach simultanément aux mesures de Spilka : l’orientation consensuelle s’est avérée positivement et significativement corrélée au dogmatisme cognitif, tandis que l’orientation engagée affichait une corrélation nulle ou négative, corroborant l’hypothèse d’une structuration cognitive différentielle.

7.2. Validité convergente et discriminante : Utilitarisme, statut et matérialisme

Dans une investigation expérimentale menée par Spilka (1977) auprès de 90 étudiants chrétiens, les relations entre les dimensions engagée/consensuelle et les orientations utilitaristes d’auto-glorification ont été évaluées. Les résultats ont démontré une dissociation nette :

  • La religion engagée a manifesté une corrélation inverse significative avec le matérialisme économique et la quête de réussite axée sur l’autopromotion égocentrique (success achievement).
  • La religion consensuelle s’est révélée positivement et significativement corrélée au souci du statut social (status concern), à l’ambition sociale et à la réussite conventionnelle.

Ces patrons corrélationnels convergent remarquablement avec ceux observés à l’aide des échelles d’orientation intrinsèque et extrinsèque d’Allport et Ross (1967) et de l’échelle de motivation religieuse intrinsèque d’Hoge (1972).

7.3. Ambiguïtés psychométriques et problèmes de validité discriminante

Malgré ces confirmations empiriques, la littérature psychométrique souligne deux limites conceptuelles et empiriques majeures (Spilka, 1977 ; Spilka et al., 1977) :

  1. Corrélation positive entre les deux dimensions : Théoriquement, l’engagement et le consensualisme avaient été conceptualisés comme les deux pôles opposés d’un continuum bipolaire unique. Or, les données empiriques montrent régulièrement une corrélation positive modérée entre les scores de l’échelle engagée et ceux de l’échelle consensuelle. Cela indique qu’un individu peut apprécier la profondeur existentielle de sa foi tout en accordant une valeur affective réelle aux formes liturgiques de sa communauté.
  2. Hétérogénéité des motivations de la dimension consensuelle : Plusieurs items de la sous-échelle consensuelle ciblent l’importance des rituels et du culte formel. Or, l’attachement au rituel peut découler soit d’une foi purement conventionnelle et culturelle (conformisme passif), soit d’une foi personnelle vivante où le rituel sert de médiation signifiante avec Dieu. Cette double interprétation possible crée un bruit de mesure qui atténue la pureté discriminante de l’échelle consensuelle.

8. Fidélité / Reliability

Les indices de fidélité des Committed-Consensual Measures ont été documentés à la fois pour le protocole d’entretien qualitatif initial et pour les versions par questionnaire standardisé.

8.1. Fidélité inter-évaluateurs (Format Entretien)

Dans le protocole original d’Allen et Spilka (1967), les réponses issues de l’entretien semi-structuré d’une durée de 30 à 60 minutes étaient évaluées par des juges indépendants. Les évaluateurs bénéficiaient d’une session de formation standardisée de quatre heures portant sur le codage des cinq composantes cognitives (contenu, clarté, complexité, flexibilité, importance). En utilisant une procédure d’analyse de variance pour estimer l’accord inter-juges, les auteurs ont obtenu un coefficient de fidélité global exceptionnel de 0,93 à travers l’ensemble des cinq critères d’évaluation, démontrant la robustesse du guide de codage qualitatif.

8.2. Cohérence interne (Format Questionnaire)

Pour la version auto-administrée en 28 items, les propriétés de consistance interne ont été formellement quantifiées par Spilka, Minton, Sizemore et Stout (1977) à l’aide de la formule 20 de Kuder-Richardson (KR-20), équivalente au coefficient alpha de Cronbach :

  • Échelle de religion engagée (Committed Religion, 15 items) : coefficient KR-20 = 0,93. Cette valeur très élevée reflète une homogénéité remarquable des énoncés mesurant l’intégration existentielle et la centralité philosophique de la foi.
  • Échelle de religion consensuelle (Consensual Religion, 13 items) : coefficient KR-20 = 0,84. Ce niveau de fidélité est pleinement satisfaisant pour la recherche fondamentale et les comparaisons de groupes, bien que légèrement inférieur en raison de la nature multidimensionnelle de l’attachement aux rituels liturgiques.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’exploration de la structure factorielle des CCM a constitué une étape charnière pour comprendre l’organisation interne de la religiosité cognitive. Les analyses factorielles exploratoires (AFE) conduites par Spilka et al. (1968) puis réexaminées par Spilka et Mullin (1977) ont permis de tester l’indépendance des construits.

9.1. Structure bi-factorielle orthogonale vs oblique

Les extractions factorielles réalisées sur les 28 items confirment l’émergence de deux facteurs principaux distincts expliquant la majorité de la variance commune :

  • Facteur I : Intégration existentielle et primauté de la foi (Religion engagée). Ce facteur regroupe les items où s’expriment la recherche active de sens, l’application de la foi dans la vie courante et la méditation personnelle. Les saturations factorielles les plus élevées concernent des items tels que « Mes croyances religieuses sont ce qui sous-tend véritablement toute mon approche de la vie » (item 16) et « J’essaie de transposer ma religion dans toutes mes relations de la vie » (item 2), avec des saturations oscillant régulièrement entre 0,65 et 0,82.
  • Facteur II : Attachement rituel, conformité et ordre institutionnel (Religion consensuelle). Ce second facteur capture la dépendance aux structures formelles du culte. Les items à fortes saturations (entre 0,55 et 0,78) incluent : « Le rituel du culte est une partie très importante de la religion » (item 15), « Il est important pour moi que les offices religieux soient standardisés » (item 23) et « La précision et l’ordre avec lesquels les cérémonies religieuses sont accomplies sont importants » (item 21).

9.2. Problématique de la dimensionalité

Bien que l’analyse factorielle confirme la présence de deux regroupements cohérents, elle réfute définitivement le modèle d’un facteur bipolaire unique strict. Lorsque des rotations obliques (Promax ou Oblimin) sont appliquées, les deux facteurs présentent une inter-corrélation positive oscillant entre r = 0,25 et r = 0,40 selon les échantillons. Cela prouve que l’orientation consensuelle et l’orientation engagée ne s’excluent pas mutuellement sur un continuum linéaire, mais forment deux axes orthogonaux ou légèrement obliques. Un croyant peut ainsi manifester des niveaux élevés à la fois d’engagement existentiel et d’appréciation de l’ordre cérémonial, ce qui justifie le traitement séparé des deux scores plutôt que le calcul d’un score différentiel composite unique.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’inventaire des Committed-Consensual Measures se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé combinant échelles d’attitude et questions comportementales ciblées.

  • Format d’administration : Auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé. Passation individuelle ou collective.
  • Durée de passation : Approximativement 10 à 15 minutes.
  • Nombre total d’items : 28 items, répartis en :
    • 15 items affectés à la sous-échelle Religion engagée (Cm) (items 2, 3, 6, 8, 12, 13, 14, 16, 19, 20, 22, 24, 26, 27, 28).
    • 13 items affectés à la sous-échelle Religion consensuelle (Cn) (items 1, 4, 5, 7, 9, 10, 11, 15, 17, 18, 21, 23, 25).
  • Format des réponses :
    • Items 1 à 25 : Échelle de type Likert en 6 points :
      1 = Strongly Disagree (Totalement en désaccord)
      2 = Moderately Disagree (Modérément en désaccord)
      3 = Slightly Disagree (Légèrement en désaccord)
      4 = Slightly Agree (Légèrement d’accord)
      5 = Moderately Agree (Modérément d’accord)
      6 = Strongly Agree (Totalement d’accord)
    • Item 26 : Format dichotomique (yes [oui] / no [non]).
    • Item 27 : Choix préférentiel forcé en 4 points évaluant l’orientation vers l’étude biblique vs les réunions d’amitié sociale.
    • Item 28 : Échelle ordinale en 3 points mesurant le temps hebdomadaire consacré à la lecture religieuse.
  • Cotation et inversion :
    • L’item 13 (« Religion is a subject in which I am not particularly interested ») fait l’objet d’une inversion de cotation (score inversé : 1 devient 6, 2 devient 5, etc.).
    • L’item 5 (« I do not think that the sequences of prayers, songs, etc., is very important in religious services ») est également formulé négativement pour la dimension consensuelle et doit être inversé lors du calcul.
    • Deux scores distincts doivent être calculés : le score total de Religion engagée (somme ou moyenne des items Cm) et le score total de Religion consensuelle (somme ou moyenne des items Cn). Il est déconseillé de soustraire un score de l’autre en raison de leur non-bipolarité empirique.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception originale : 1967 (format entretien clinique par Russell O. Allen et Bernard Spilka).
  • Années des versions standardisées par questionnaire : 1968 (Spilka, Read, Allen, & Dailey) et 1977 (Spilka, Minton, Sizemore, & Stout ; Spilka & Mullin).
  • Statut du copyright et propriété intellectuelle : Les articles sources ont été publiés dans le Journal for the Scientific Study of Religion (sous l’égide de la Society for the Scientific Study of Religion) et le Journal of Psychology and Theology.
  • Permissions et accès : L’instrument appartient au domaine de la recherche académique ouverte. Il n’existe aucun manuel commercial payant ni kit propriétaire édité par un éditeur de tests psychotechniques. L’échelle est librement accessible et utilisable par les chercheurs, psychologues et étudiants à des fins d’investigation scientifique non commerciale, sous réserve de citer scrupuleusement les publications sources des auteurs.
  • Tarifs : Utilisation gratuite dans le cadre de la recherche académique.

12. Références / References

  • Allen, R. O., & Spilka, B. (1967). Committed and consensual religion: A specification of religion-prejudice relationships. Journal for the Scientific Study of Religion, 6(2), 191–206. https://doi.org/10.2307/1384046
  • Allport, G. W., & Ross, J. M. (1967). Personal religious orientation and prejudice. Journal of Personality and Social Psychology, 5(4), 432–443. https://doi.org/10.1037/h0021212
  • Hoge, D. R. (1972). A validated intrinsic religious motivation scale. Journal for the Scientific Study of Religion, 11(4), 369–376. https://doi.org/10.2307/1384677
  • Raschke, V. (1973). Dogmatism and committed and consensual religion. Journal for the Scientific Study of Religion, 12(3), 339–344. https://doi.org/10.2307/1384435
  • Rokeach, M. (1960). The open and closed mind: Investigations into the nature of belief systems and personality systems. Basic Books.
  • Spilka, B. (1976). The complete person: Some theoretical views and research findings for a theological-psychology of religion. Journal of Psychology and Theology, 4(1), 15–24. https://doi.org/10.1177/009164717600400102
  • Spilka, B. (1977). Utilitarianism and personal faith. Journal of Psychology and Theology, 5(3), 226–233. https://doi.org/10.1177/009164717700500305
  • Spilka, B., Minton, B., Sizemore, D., & Stout, L. (1977). Death and personal faith: A psychometric investigation. Journal for the Scientific Study of Religion, 16(2), 169–178. https://doi.org/10.2307/1385747
  • Spilka, B., & Mullin, M. (1977). Personal religion and psychosocial schemata: A research approach to a theological psychology of religion. Character Potential: A Record of Research, 8(2), 57–66.
  • Spilka, B., Read, S., Allen, R. O., & Dailey, K. A. (1968, December). Specificity vs. generality: The criterion problem in religious measurement. Communication présentée au congrès annuel de l’American Association for the Advancement of Science, Dallas, TX, États-Unis.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

One of the most important aspects of religion is the religious ceremonies. (Cn)
2

I try hard to carry my religion over into all my other dealings in life. (Cm)
3

My ideas about religion are one of the most important parts of my philosophy of life. (Cm)
4

Religion is most real to me during my attendance at public church or religious services. (Cn)
5

I do not think that the sequences of prayers, songs, etc., is very important in religious services. (Cn)
6

Quite often I have been keenly aware of the presence of God or the Divine Being. (Cm)
7

Every person needs to have the feeling of security given by a church. (Cn)
8

Tender concern for others is a means of finding joy in one's religion. (Cm)
9

The more a religious service is ritualized the more it has meaning for me. (Cn)
10

The purpose of prayer is to secure a happy and peaceful life. (Cn)
11

The truly religious person believes honestly and wholeheartedly in the doctrines of his church. (Cn)
12

My interest in and real commitment to religion is greater now than when I first joined the church. (Cm)
13

Religion is a subject in which I am not particularly interested. (Cm – reverse scored)
14

It is important to me to spend periods of time in private thought and meditation. (Cm)
15

The ritual of worship is a very important part of religion. (Cn)
16

My religious beliefs are what really lie behind my whole approach to life. (Cm)
17

I like to think that people all over are going through nearly the same ritual in their reli­gious worship. (Cn)
18

I think that the placement and treatment of the various articles of worship is very impor­tant in a worship service. (Cn)
19

I often think about matters relating to religion. (Cm)
20

Believing as I do about religion is very important to being the kind of person I want to be. (Cm)
21

The precision and orderliness with which religious ceremonies are performed is impor­tant. (Cn).
22

Religion is especially important to me because it answers many questions about the meaning of life. (Cm)
23

It is important to me that religious services be standardized. (Cn)
24

If my ideas about religion were different, I believe that my way of life would be very different. (Cm)
25

The aim of missionaries should be to establish church buildings where religious services and ceremonies can be conducted. (Cn)
26

I read literature about my faith or church. (Cm)
27

yes (b) no
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Mesures de religion engagée et consensuelle. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=mesures-de-religion-engagee-et-consensuelle
Looti, Mohammed. “Mesures de religion engagée et consensuelle.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=mesures-de-religion-engagee-et-consensuelle.
Looti, Mohammed. “Mesures de religion engagée et consensuelle.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=mesures-de-religion-engagee-et-consensuelle.