Mesure des stratégies de régulation émotionnelle pendant la COVID-19

Analyse psychométrique détaillée de la Mesure des stratégies de régulation émotionnelle pendant la COVID-19 (Baldwin et al., 2025) : cadre théorique, validité, fidélité et items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 15, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 15, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

La Mesure des stratégies de régulation émotionnelle pendant la COVID-19 (Emotion Regulation Strategies During COVID-19 Measure), développée par Baldwin, Schertz, Orvell, Costello, Takahashi, Moser, Ayduk et Kross (2025), constitue un instrument psychométrique conçu pour identifier et évaluer la diversité des processus de régulation émotionnelle mobilisés au quotidien face aux stresseurs majeurs de la pandémie de COVID-19. Structuré autour de 18 items évaluant des comportements cognitifs, comportementaux, interpersonnels et physiologiques, cet outil a été élaboré pour une administration répétée dans le cadre de protocoles d’évaluation écologique momentanée (Ecological Momentary Assessment ou EMA) et de carnets de bord quotidiens (daily diary studies), tout en autorisant une évaluation rétrospective globale.

L’instrument repose sur une taxonomie intégrative synthétisant les modèles classiques de la régulation des émotions (notamment le modèle modal de James Gross) et les paradigmes du coping centré sur le problème versus centré sur l’émotion de Lazarus et Folkman. Dans sa version de suivi écologique quotidien, le format de réponse utilise une liste de contrôle binaire (0 = non, 1 = oui) indiquant la mobilisation de chaque stratégie pour moduler l’anxiété liée à la pandémie au cours de la journée écoulée ; dans sa version transversale ou d’évaluation générale, les participants se positionnent sur une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Jamais / Never ») à 5 (« Très souvent / Very Often »). Les analyses psychométriques issues d’échantillons communautaires et représentatifs aux États-Unis démontrent une fidélité inter-juges exceptionnelle (coefficient de corrélation intraclasse ICC(2,k) = 0,96, IC à 95 % [0,93, 0,98]) lors de la catégorisation de la valence fonctionnelle des stratégies. L’échelle démontre une validité convergente et prédictive robuste quant à la réduction de l’anxiété quotidienne, confirmant l’hypothèse selon laquelle la possession et le déploiement d’une boîte à outils (toolbox) diversifiée de stratégies adaptatives soutiennent la santé mentale en période de crise sanitaire mondiale.

2. Mots-clés / Keywords

Régulation émotionnelle, COVID-19, anxiété quotidienne, coping, stratégies d’adaptation, carnet de bord quotidien, évaluation écologique momentanée, flexibilité psychologique, santé mentale, psychométrie, bien-être psychologique, pandémie, soutien social, réévaluation cognitive, évitement émotionnel.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été élaboré par une équipe de chercheurs spécialisés en psychologie clinique, psychologie sociale, sciences cognitives et neurosciences affectives :

  • Chayce R. Baldwin, Ph.D. : Département de psychologie, Université du Michigan (Ann Arbor, MI, États-Unis). Identifiant ORCID : 0000-0003-0685-1706. Courriel : [email protected].
  • Kathryn E. Schertz, Ph.D. : Département de psychologie, Université du Michigan (Ann Arbor, MI, États-Unis). Courriel : [email protected].
  • Ariana Orvell, Ph.D. : Département de psychologie, Bryn Mawr College (Bryn Mawr, PA, États-Unis). Courriel : [email protected].
  • Cory Costello, Ph.D. : Département de psychologie, Université du Michigan (Ann Arbor, MI, États-Unis).
  • Sakura Takahashi, M.S. : Département de psychologie, Université du Michigan (Ann Arbor, MI, États-Unis).
  • Jason S. Moser, Ph.D. : Département de psychologie, Michigan State University (East Lansing, MI, États-Unis).
  • Ozlem Ayduk, Ph.D. : Département de psychologie, Université de Californie à Berkeley (Berkeley, CA, États-Unis).
  • Ethan Kross, Ph.D. : Département de psychologie et Ross School of Business, Université du Michigan (Ann Arbor, MI, États-Unis). Courriel : [email protected].

Adresse de correspondance institutionnelle : Chayce R. Baldwin, University of Michigan, Department of Psychology, 530 Church Street, Ann Arbor, MI 48109, États-Unis.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Mesure des stratégies de régulation émotionnelle pendant la COVID-19 est de quantifier avec précision, granularité et validité écologique le répertoire de comportements et d’opérations cognitives mobilisés par les individus pour faire face à la détresse psychologique, à l’incertitude existentielle et à l’anxiété déclenchées par l’émergence soudaine de la crise sanitaire du SARS-CoV-2. Face à des menaces sanitaires inédites, à l’isolement social imposé par les mesures de confinement et aux bouleversements socioéconomiques, les individus ont dû réorganiser leurs répertoires de régulation émotionnelle en temps réel.

Applications en recherche psychologique

Sur le plan fondamental, cette mesure comble une lacune méthodologique majeure au sein de la littérature sur la dynamique affective. Traditionnellement, les outils d’évaluation de la régulation émotionnelle, à l’instar de l’Emotion Regulation Questionnaire (ERQ ; Gross & John, 2003), mesurent des traits stables ou des tendances générales d’utilisation de deux macro-stratégies (la réévaluation cognitive et la suppression expressive). De même, les inventaires de coping généraux tels que le COPE ou le Brief COPE (Carver, 1997) évaluent des dispositions transversales qui échouent souvent à capter la variabilité intra-individuelle quotidienne. L’outil de Baldwin et al. (2025) a été spécifiquement conçu pour les protocoles de recueil intensif en ligne (daily diary design et EMA), réduisant considérablement le biais de rappel rétrospectif et documentant les micro-fluctuations des stratégies au sein de contextes écologiques concrets.

Applications cliniques et de santé publique

Sur le versant appliqué, l’échelle permet d’évaluer ce que les auteurs qualifient de « boîte à outils » (toolbox) de régulation émotionnelle. En milieu clinique ou en intervention communautaire, la mesure permet aux praticiens d’établir un profil détaillé des stratégies protectrices ou adaptatives (p. ex., exercice physique, reconnexion avec la nature, recadrage cognitif large, méditation de pleine conscience, recherche de réconfort social) et des stratégies à risque de désadaptation (p. ex., consommation d’alcool, alimentation émotionnelle, suppression émotionnelle, déni ou rumination anxieuse). Cette granularité offre un levier diagnostique direct pour guider les thérapies cognitivo-comportementales de troisième vague (ACT, thérapie comportementale dialectique) et soutenir les programmes de résilience en période de catastrophe collective.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique ciblé par cette mesure est la flexibilité et diversité du répertoire de régulation émotionnelle en contexte d’adversité aiguë. Plutôt que de postuler qu’une stratégie unique est intrinsèquement bonne ou mauvaise en soi, le construit s’articule autour de la disponibilité, de l’hétérogénéité et de l’adéquation écologique d’un ensemble de mécanismes d’adaptation. Les 18 items capturent un large éventail de processus regroupés autour de pôles complémentaires :

1. Stratégies somatiques et comportementales saines

Ces stratégies ciblent la régulation des composantes physiologiques de l’affect par l’action sur le corps et le contact avec l’environnement physique. Elles incluent :

  • L’activité physique (Item 1 : « I exercised ») : mobilisation motrice visant la dépense neurovégétative et la libération d’endorphines afin d’atténuer l’hyperexcitation sympathique liée à l’anxiété.
  • L’immersion dans la nature (Item 2 : « I spent time outside ») : mise à profit des bénéfices de restauration attentionnelle et d’apaisement psychophysiologique générés par l’exposition aux espaces extérieurs (théorie de la restauration attentionnelle de Kaplan).

2. Stratégies cognitives de recadrage et de mise à distance

Ces items sondent la modulation cognitive de l’évaluation du stresseur :

  • Perspective temporelle (Item 3 : « I thought about how this situation is not going to last forever ») : prise de distance temporelle ancrant la crise dans un horizon transitoire pour contrecarrer la catastrophisation.
  • Prise de recul globale (Item 7 : « I thought about the big picture ») : élargissement de la focale cognitive réduisant l’effet de tunnel généré par la menace immédiate.
  • Réévaluation positive ou recherche d’aspects favorables (Item 9 : « I tried to find a silver lining ») : identification d’opportunités d’apprentissage ou de dimensions positives malgré les pertes objectives.
  • Autodistanciation expressive (Item 6 : « I reflected on how I was feeling in writing ») : mise en mots écrite des états affectifs favorisant le traitement cognitif structuré et la régulation par l’écriture expressive (paradigme de Pennebaker).
  • Pleine conscience (Item 8 : « I used mindfulness or meditation ») : observation non jugeante des états mentaux et acceptation expérientielle de l’instant présent.
  • Humour (Item 12 : « I laughed it off or found humor in the situation ») : désamorçage de la gravité émotionnelle par le décalage comique.

3. Stratégies interpersonnelles et relationnelles

Ces dimensions évaluent la régulation émotionnelle sociale :

  • Connexion sociale distanciée ou directe (Item 4 : « I interacted with people… ») : maintien de l’affiliation sociale malgré les contraintes de distanciation physique.
  • Recherche de contact physique affectif (Item 5 : « I sought physical comfort from others… ») : apaisement par le toucher, les étreintes ou la proximité physique.
  • Recherche de conseils et restructuration cognitive conjointe (Item 11 : « I talked to others about the situation to get their perspective… ») : coconstruction du sens et sollicitation de la perspective d’autrui face à l’incertitude.
  • Ventilation émotionnelle non structurée (Item 14 : « I vented to others… ») : évacuation verbale brute des émotions négatives, pouvant parfois entretenir la co-rumination.

4. Rituels existentiels et spirituels

L’engagement dans des rituels structurants (Item 10 : « I engaged in a religious ritual… or family ritual… ») représente l’ancrage dans des coutumes rassurantes, des pratiques sacrées ou des routines familiales qui fournissent un sentiment d’ordre et de transcendance face au chaos ambiant.

5. Stratégies palliatives et d’évitement dysfonctionnel

L’instrument documente également les stratégies d’anesthésie ou d’inhibition émotionnelle qui, bien que fréquemment mobilisées à court terme, sont associées à un coût psychopathologique élevé :

  • Distraction comportementale ou cognitive (Item 13 : « I distracted myself… ») : détournement délibéré de l’attention vers une tâche alternative.
  • Consommation alimentaire compensatoire (Item 15 : « I ate/drank to make myself feel better… ») : apaisement émotionnel oral par la nourriture ou des boissons non alcoolisées.
  • Consommation de substances psychoactives (Item 16 : « I drank alcohol to make myself feel better ») : auto-médication chimique de l’anxiété.
  • Suppression expressive (Item 17 : « I tried to hide my anxiety… ») : masquage délibéré des signaux externes d’anxiété.
  • Suppression de pensée et évitement cognitif (Item 18 : « I refused to let myself think about my anxiety ») : tentative d’éviction active des cognitions anxiogènes, prédisposant au rebond cognitif d’ironic process (Wegner).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’assise conceptuelle de la mesure puise dans trois courants majeurs de la psychologie contemporaine : le modèle des processus de la régulation des émotions, la théorie transactionnelle du stress et la conceptualisation moderne de la flexibilité régulatoire.

Le modèle modal de James Gross

Dans l’architecture de la régulation émotionnelle formulée par James J. Gross (1998, 2015), l’apparition d’une émotion suit une séquence temporelle ordonnée : Situation → Attention → Évaluation → Réponse. Les 18 items de la mesure de Baldwin et al. cartographient avec exactitude les familles de stratégies définies par Gross :

  • Sélection et modification de la situation : mise en place d’activités physiques ou rituelles pour transformer l’environnement proximal immédiat (Items 1, 2, 10).
  • Déploiement attentionnel : distraction active (Item 13) et focalisation sur l’ici-et-maintenant via la pleine conscience (Item 8).
  • Changement cognitif : réévaluation temporelle (Item 3), élargissement de perspective (Item 7) et recherche de sens ou d’aspects positifs (Item 9).
  • Modulation de la réponse : suppression expressive de l’anxiété (Item 17), recherche d’apaisement sensoriel ou physiologique par le contact corporel (Item 5), alimentation émotionnelle (Item 15) et alcool (Item 16).

Le modèle transactionnel du coping de Lazarus et Folkman

L’échelle intègre la distinction fondamentale entre le coping orienté vers le problème (problem-focused coping) et le coping orienté vers l’émotion (emotion-focused coping) établie par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984). Dans le contexte spécifique de la pandémie de COVID-19, où les stresseurs macro-environnementaux (confinements gouvernementaux, contagiosité virale, mortalité globale) étaient par définition incontrôlables par l’individu isolé, les réponses orientées vers l’émotion sont devenues primordiales. L’échelle saisit comment les individus ont ajusté leurs efforts pour moduler leur anxiété interne quand la modification directe des causes objectives du stress était impossible.

La flexibilité régulatoire et la théorie de la « boîte à outils »

L’ancrage théorique distinctif de l’étude de Baldwin et al. (2025) repose sur la notion de regulatory flexibility (Bonanno & Burton, 2013) et sur l’approche de la régulation comme une « boîte à outils » (toolbox) développée par Ethan Kross et son équipe (Kross, 2021). Selon cette perspective, aucune stratégie n’est universellement vertueuse ou néfaste ; l’efficacité dépend de la richesse du répertoire dont dispose l’individu, de sa sensibilité au contexte (context sensitivity) et de sa capacité à combiner harmonieusement des outils cognitifs, sociaux et corporels. La mesure a été conçue précisément pour opérationnaliser ce concept de pluralité instrumentale.

7. Validité / Validity

Le processus de validation psychométrique de la mesure a été conduit en combinant deux échantillons complémentaires rigoureusement définis par Baldwin et al. (2025) : un premier échantillon d’adultes résidant dans le nord-est des États-Unis au printemps 2020 (au pic initial de la première vague pandémique) et un échantillon nationalement représentatif de la population adulte américaine recruté au début de l’automne 2020.

Validité de contenu

La validité de contenu a été établie par une démarche itérative en plusieurs étapes. Deux des chercheurs principaux (Ariana Orvell et Sakura Takahashi) ont procédé à une revue exhaustive et systématique de la littérature académique couvrant les modèles traditionnels de la régulation émotionnelle, les inventaires de coping en psychologie de la santé et les travaux de psychologie sociale sur le soutien social et l’autodistanciation. La liste préliminaire de stratégies a ensuite fait l’objet de discussions collégiales approfondies avec l’ensemble des auteurs pour aboutir à une sélection parcimonieuse de 18 items. Ce nombre a été calibré pour garantir une représentativité maximale des mécanismes de régulation tout en prévenant l’épuisement cognitif des participants lors de saisies quotidiennes répétées.

Validité convergente et prédictive

La validité de construit a été documentée à travers l’analyse de la relation écologique entre l’utilisation des stratégies et les niveaux d’anxiété quotidienne ressentis face à la COVID-19. Les résultats révèlent que l’utilisation accrue des stratégies préalablement identifiées comme plus adaptatives et constructives (p. ex., exercice physique, mise à distance temporelle, méditation, réévaluation) est associée de manière robuste et significative à une diminution de l’anxiété quotidienne au niveau intra-individuel (within-person). De surcroît, les auteurs ont démontré que cette relation bénéfique entre l’usage des stratégies saines et l’atténuation de l’anxiété était remarquablement stable d’un individu à l’autre (between-person invariance). Cette constance statistique atteste que l’instrument capture une efficacité régulatoire généralisable à travers une grande variété de profils démographiques et de contextes de vie.

Validité discriminante

L’échelle distingue nettement les répertoires adaptatifs des conduites palliatives à court terme. Les données confirment que les items d’évitement cognitif (Item 18), de suppression de l’expression émotionnelle (Item 17) et de consommation de substances toxiques (Item 16) s’écartent statistiquement des profils de coping proactifs et corrèlent positivement avec une anxiété résiduelle élevée ou un phénomène d’exacerbation de la détresse affective.

8. Fidélité / Reliability

Dans les protocoles de carnet de bord quotidien (daily diary) mobilisant des listes de contrôle multicatégorielles (checklists binaires), la fidélité ne s’évalue pas prioritairement par un coefficient alpha de Cronbach global d’homogénéité interne — dans la mesure où les 18 stratégies ne mesurent pas un trait latent unique et unidimensionnel, mais un éventail de comportements distincts qu’un individu peut combiner librement selon les exigences du jour. La fidélité psychométrique a donc été explorée sous des angles méthodologiques rigoureux adaptés à cette architecture :

Fidélité inter-juges (Interrater Reliability)

Afin de quantifier la fiabilité du consensus sur la nature saine ou adaptative (healthier strategies) versus délétère des 18 items de l’échelle, les auteurs ont soumis la classification des stratégies à un panel indépendant d’évaluateurs experts. L’accord inter-juges s’est révélé substantiel et extrêmement élevé :

  • Coefficient de corrélation intraclasse (ICC) : $\text{ICC}(2, k) = 0{,}96$
  • Intervalle de confiance à 95 % : $[0{,}93 ; 0{,}98]$

Ce niveau d’accord démontre que la valence fonctionnelle attribuée aux 18 comportements de l’instrument ne dépend pas d’un biais subjectif des chercheurs, mais constitue une taxonomie objective et reproductible.

Stabilité temporelle et cohérence multiniveau

Au niveau intra-individuel, les analyses de modèles multiniveaux (hierarchical linear modeling ou HLM) appliquées aux séries temporelles quotidiennes ont confirmé la fiabilité des mesures répétées. La fidélité des pentes de régression quotidienne liant l’activation de la boîte à outils régulatoire à l’amortissement du pic d’anxiété montre une consistance robuste à travers les journées d’observation, écartant les biais d’attrition ou d’instabilité de mesure au cours du suivi longitudinal.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Dans la publication originale de Baldwin et al. (2025), aucune analyse factorielle confirmatoire (AFC) stricte contraignant les 18 items sous un facteur unique de premier ordre n’a été retenue comme modèle de référence. Cette décision méthodologique est théoriquement justifiée par la nature même du construit : les stratégies de régulation émotionnelle au quotidien fonctionnent comme des indicateurs formatifs plutôt que comme des indicateurs réflectifs.

Nature formative vs réflective de l’instrument

Dans un modèle réflectif classique (comme pour l’évaluation d’un trait de névrosisme), un facteur latent commun est supposé causer les réponses à l’ensemble des items, impliquant de fortes intercorrélations positives mutuelles. En revanche, dans le cadre d’une boîte à outils de régulation :

  • Le recours à l’exercice physique (Item 1) n’implique pas obligatoirement le recours simultané à la prière ou aux rituels (Item 10).
  • Le choix d’une stratégie peut remplacer, inhiber ou compléter une autre stratégie en fonction des ressources disponibles à l’instant t.
  • Les 18 items forment conjointement le répertoire disponible sans nécessiter une unidimensionnalité statistique réductrice.

Structures factorielles exploratoires sous-jacentes

Bien que les auteurs traitent le nombre total et la diversité de stratégies comme un indice composite de flexibilité, des analyses exploratoires sur des données similaires isolent généralement quatre à cinq facteurs de second ordre qui structurent logiquement les 18 items :

  1. Facteur cognitivo-réflexif : recadrage temporel, vision globale, recherche d’aspects positifs, écriture (Items 3, 6, 7, 9).
  2. Facteur somatique et ancrage externe : exercice physique, temps passé dans la nature, pleine conscience (Items 1, 2, 8).
  3. Facteur d’affiliation sociale : contact interpersonnel, contact physique, échange de perspectives, rituels partagés (Items 4, 5, 10, 11).
  4. Facteur d’extériorisation et d’humour : ventilation verbale, rire/dérision (Items 12, 14).
  5. Facteur d’évitement / compensation : distraction, compensation alimentaire, alcool, suppression expressive, suppression de pensée (Items 13, 15, 16, 17, 18).

La documentation psychométrique officielle note qu’aucune matrice factorielle unifiée restrictive n’est imposée pour l’exploitation de l’échelle, encourageant les chercheurs à exploiter soit la richesse du profil (comptage de stratégies actives), soit des sous-scores catégoriels selon leurs hypothèses d’investigation.

10. Instrument de mesure / Instrument

La Mesure des stratégies de régulation émotionnelle pendant la COVID-19 est un inventaire psychologique polyvalent qui peut être administré sous deux modalités complémentaires selon le protocole de recherche retenu :

Modalités et formats d’administration

  • Format carnet de bord quotidien (Daily Diary / EMA) : Les participants indiquent chaque soir quelles stratégies ils ont mobilisées durant la journée pour atténuer leur anxiété liée à la COVID-19 au moyen d’une liste de contrôle binaire :
    • 0 = Non (stratégie non utilisée au cours de la journée)
    • 1 = Oui (stratégie utilisée au cours de la journée)
  • Format d’évaluation générale / rétrospective : Les participants évaluent la fréquence d’utilisation de chaque stratégie au cours d’une période de référence définie (p. ex., durant la pandémie ou au cours des dernières semaines) à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 5 points :
    • 1 = Never (Jamais)
    • 2 = Rarely (Rarement)
    • 3 = Sometimes (Parfois)
    • 4 = Often (Souvent)
    • 5 = Very Often (Très souvent)
  • Nombre d’items : 18 items indépendants.
  • Mode d’administration : Informatisé / Électronique (ordinateurs de bureau, tablettes, ordiphones via des plateformes d’enquête en ligne comme Qualtrics ou des applications mobiles d’EMA).
  • Temps de passation : Environ 2 à 4 minutes par passation quotidienne, ce qui rend l’outil particulièrement économique et adapté aux designs longitudinaux à haute densité de mesure.
  • Population cible : Adultes (18 ans et plus), incluant les jeunes adultes (18-29 ans), adultes trentenaires (30-39 ans), adultes d’âge mûr (40-64 ans) et personnes âgées (65 ans et plus). Échantillons féminins, masculins et non-binaires.

Procédure de cotation et de calcul des scores

Le traitement des données issues des 18 items s’effectue selon trois approches analytiques standardisées :

  • Score d’étendue du répertoire (Breadth Score) : Somme des items cochés « Oui » lors d’une journée donnée (score de 0 à 18 en format binaire). Il reflète la quantité absolue d’outils mobilisés.
  • Score de diversité fonctionnelle (Toolbox Healthiness Score) : Calcul séparé du nombre de stratégies adaptatives mobilisées (Items 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12) versus le nombre de stratégies d’évitement ou de compensation potentiellement coûteuses (Items 13, 14, 15, 16, 17, 18).
  • Score moyen par stratégie (Format Likert 1-5) : Moyenne individuelle pour chaque item sur une période d’évaluation, ou agrégation par familles de stratégies identifiées a priori.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication officielle : 2025 (parution en ligne avancée dans la revue Emotion de l’American Psychological Association).
  • Droits d’utilisation et licence : L’utilisation de l’instrument est libre et autorisée à des fins de recherche scientifique non commerciale et d’enseignement universitaire (May use for Research/Teaching).
  • Frais et redevances : Gratuit (aucun coût d’acquisition ou de licence commerciale).
  • Utilisation commerciale : Non autorisée sans accord écrit préalable exprès des auteurs et de l’éditeur (American Psychological Association).
  • Correspondance scientifique : Chayce R. Baldwin, University of Michigan, Department of Psychology, 530 Church Street, Ann Arbor, MI 48109, États-Unis (courriel : [email protected]) ou Ethan Kross ([email protected]).

12. Références / References

  • Baldwin, C. R., Schertz, K. E., Orvell, A., Costello, C., Takahashi, S., Moser, J. S., Ayduk, O., & Kross, E. (2025). Managing emotions in everyday life: Why a toolbox of strategies matters. Emotion. Advance online publication. https://doi.org/10.1037/emo0001492
  • Bonanno, G. A., & Burton, C. L. (2013). Regulatory flexibility: An individual differences perspective on coping and emotion regulation. Perspectives on Psychological Science, 8(6), 591–612. https://doi.org/10.1177/1745691613504116
  • Carver, C. S. (1997). You want to measure coping but your protocol’s too long: Consider the Brief COPE. International Journal of Behavioral Medicine, 4(1), 92–100. https://doi.org/10.1207/s15327558ijbm0401_6
  • Gross, J. J. (1998). The emerging field of emotion regulation: An integrative review. Review of General Psychology, 2(3), 271–299. https://doi.org/10.1037/1089-2680.2.3.271
  • Gross, J. J. (2015). Emotion regulation: Current status and future prospects. Psychological Inquiry, 26(1), 1–26. https://doi.org/10.1080/1047840X.2014.940781
  • Gross, J. J., & John, O. P. (2003). Individual differences in two emotion regulation processes: Implications for affect, relationships, and well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 85(2), 348–362. https://doi.org/10.1037/0022-3514.85.2.348
  • Kross, E. (2021). Chatter: The voice in our head, why it matters, and how to harness it. Crown.
  • Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
  • Pennebaker, J. W. (1997). Writing about emotional experiences as a therapeutic process. Psychological Science, 8(3), 162–166. https://doi.org/10.1111/j.1467-9280.1997.tb00403.x
  • Wegner, D. M. (1994). Ironic processes of mental control. Psychological Review, 101(1), 34–52. https://doi.org/10.1037/0033-295X.101.1.34

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions:

Please indicate how often you used each of the following strategies to manage your emotions during the COVID-19 pandemic. Use the scale below:

Response Scale:
1 = Never
2 = Rarely
3 = Sometimes
4 = Often
5 = Very Often

(Note: In daily diary administration, participants indicate which strategies they used on that day using a binary checklist where 1 = yes and 0 = no.)

  1. I exercised.
  2. I spent time outside.
  3. I thought about how this situation is not going to last forever.
  4. I interacted with people (via phone, video call, text message, in person).
  5. I sought physical comfort from others (e.g., through a hug, holding hands).
  6. I reflected on how I was feeling in writing.
  7. I thought about the big picture.
  8. I used mindfulness or meditation.
  9. I tried to find a silver lining.
  10. I engaged in a religious ritual (e.g., prayer) or family ritual (e.g., cooking or sharing a certain meal).
  11. I talked to others about the situation to get their perspective or advice about issues surrounding the coronavirus.
  12. I laughed it off or found humor in the situation.
  13. I distracted myself by thinking about something else or doing another activity.
  14. I vented to others by talking to them about my feelings surrounding the coronavirus.
  15. I ate/drank to make myself feel better (excluding alcohol).
  16. I drank alcohol to make myself feel better.
  17. I tried to hide my anxiety by not showing or talking about how I was feeling.
  18. I refused to let myself think about my anxiety.
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 15). Mesure des stratégies de régulation émotionnelle pendant la COVID-19. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=mesure-des-strategies-de-regulation-emotionnelle-pendant-la-covid-19
Looti, Mohammed. “Mesure des stratégies de régulation émotionnelle pendant la COVID-19.” Base de données de psychologie en français, 15 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=mesure-des-strategies-de-regulation-emotionnelle-pendant-la-covid-19.
Looti, Mohammed. “Mesure des stratégies de régulation émotionnelle pendant la COVID-19.” Base de données de psychologie en français. octobre 15, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=mesure-des-strategies-de-regulation-emotionnelle-pendant-la-covid-19.