Mesure de la religiosité

Découvrez la Mesure de la religiosité (Religiosity Measure – RM) conçue par Rohrbaugh et Jessor (1975) : fondements théoriques de Glock, 8 items, propriétés psychométriques et applications.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

La Mesure de la religiosité (en anglais, Religiosity Measure [RM]), élaborée par les psychologues John Rohrbaugh et Richard Jessor en 1975 à l’Université du Colorado à Boulder, constitue un instrument psychométrique bref et robuste conçu pour évaluer l’impact global et séculier de la religion sur la vie quotidienne des individus, ainsi que leur engagement dans les pratiques rituelles. Fondée sur le modèle multidimensionnel proposé originellement par le sociologue des religions Charles Glock (1959), l’échelle opérationnalise quatre dimensions cardinales de la religiosité : la dimension rituelle (pratiques comportementales et fréquentation des offices), la dimension conséquentielle (influence des préceptes religieux sur les décisions et comportements profanes), la dimension idéologique ou théologique (croyances fondamentales envers Dieu et la vie après la mort) et la dimension expérientielle (sentiments subjectifs de dévotion, réconfort et sécurité émotionnelle procurés par la foi).

L’instrument comprend huit items à choix multiples (dont un item initial d’évaluation quantitative de la fréquentation des lieux de culte, recodé selon des ruptures empiriques de distribution). Chaque sous-échelle est composée de deux items cotés de 0 (religiosité minimale) à 4 (religiosité maximale), produisant des scores de sous-échelles variant de 0 à 8 et un score composite total variant de 0 à 32 points. Conçue pour transcender les affiliations confessionnelles particulières et les dogmes spécifiques, la RM met l’accent sur l’orientation cognitive et affective du sujet envers une réalité transcendante. Sur le plan psychométrique, l’outil démontre des qualités exceptionnelles : une consistance interne remarquable attestée par des coefficients alpha de Cronbach systématiquement supérieurs à 0,90, un ratio d’homogénéité de Scott moyen de 0,55 confirmant une unidimensionnalité de second ordre hautement cohérente, et une corrélation moyenne de 0,69 entre les quatre sous-échelles. Sa validité de construit est étayée par des corrélations fortes (variant de r = 0,78 à r = 0,84) avec l’auto-évaluation globale de la religiosité sur une échelle linéaire en dix points, ainsi que par une validité discriminante prouvant que la mesure capte l’orientation religieuse intériorisée de l’individu plutôt qu’une simple conformité sociale superficielle.

2. Mots-clés / Keywords

religiosité, psychométrie, Charles Glock, Richard Jessor, comportement déviant, adolescence, dimension rituelle, dimension idéologique, dimension expérientielle, dimension conséquentielle, psychologie de la religion, consistance interne, validité de construit.

3. Auteurs / Authors

La Religiosity Measure a été conçue et standardisée par deux figures majeures de la psychologie sociale et comportementale américaine :

  • John Rohrbaugh, Ph.D. : Chercheur associé à l’Institute of Behavioral Science de l’Université du Colorado à Boulder lors du développement de l’outil, il a par la suite poursuivi une carrière académique remarquée en tant que professeur à la Nelson A. Rockefeller College of Public Affairs and Policy, University at Albany, State University of New York (SUNY). Ses travaux portent sur les processus décisionnels, la dynamique de groupe, la modélisation du jugement social et la mesure psychologique appliquée aux politiques publiques.
  • Richard Jessor, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie et ancien directeur de l’Institute of Behavioral Science à l’Université du Colorado à Boulder. Théoricien internationalement reconnu, Richard Jessor est le père fondateur de la Problem Behavior Theory (PBT, Théorie du comportement à problème), un paradigme fondamental en psychologie du développement qui analyse l’interaction entre les systèmes de personnalité, d’environnement perçu et de comportement pour expliquer les trajectoires d’adaptation et de risque chez les adolescents et les jeunes adultes. Ses contributions scientifiques ont profondément façonné la recherche contemporaine sur la toxicomanie, la délinquance juvénile et les facteurs protecteurs psychosociaux.

Pour toute correspondance historique relative aux données de standardisation originales, les chercheurs peuvent consulter les archives du Department of Psychology and Institute of Behavioral Science, University of Colorado Boulder, Boulder, CO 80309, États-Unis.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental poursuivi par Rohrbaugh et Jessor (1975) dans la création de la Religiosity Measure était d’opérationnaliser la religiosité non pas comme une simple étiquette d’affiliation confessionnelle institutionnelle (telle que l’appartenance nominale au catholicisme, au protestantisme ou au judaïsme), mais comme une variable psychologique continue, intériorisée et fonctionnelle, capable d’agir comme un mécanisme de contrôle personnel régulant les comportements sociaux, séculiers et déviants des jeunes.

Justification théorique et clinique

Dans la perspective de la théorie du comportement à problème (Jessor & Jessor, 1977), les conduites transgressives observées au cours de la transition de l’adolescence vers l’âge adulte (comme la consommation de substances psychoactives, la précocité sexuelle ou l’engagement militant radical) ne résultent pas uniquement de pressions environnementales, mais de l’équilibre entre des instigations et des contrôles internes. Les auteurs ont identifié la religiosité comme un ancrage cognitif et axiologique majeur du système de la personnalité. Toutefois, les échelles disponibles au début des années 1970 souffraient de deux biais préjudiciables : soit elles étaient restreintes à un dogme théologique particulier (souvent chrétien fondamentaliste ou évangélique), soit elles se limitaient à un indicateur comportemental unique et simpliste, tel que la fréquence brute de fréquentation de l’église, négligeant ainsi l’intériorisation affective et morale de la foi.

La RM a été conçue pour combler ces lacunes méthodologiques en répondant à trois impératifs scientifiques majeurs :

  • Trans-dénominationnalité : Fournir une mesure applicable à toute forme d’orientation religieuse générale, sans présupposer de crédo confessionnel dogmatique ou exclusif.
  • Capture de la vie séculière : Évaluer précisément la manière dont la croyance transcendante oriente les décisions quotidiennes, les arbitrages moraux et la résolution de problèmes existentiels profanes.
  • Complétude dimensionnelle : Intégrer de façon parsimonieuse les manifestations rituelles, cognitives, morales et affectives de l’expérience religieuse.

Applications en recherche et en pratique évaluative

Dans le domaine de la recherche empirique, la RM est largement employée dans les études longitudinales sur le développement de l’adolescent, l’épidémiologie comportementale, la psychologie de la santé et la sociologie de la déviance. Elle permet de quantifier précisément le rôle protecteur de la foi face aux addictions (tabac, alcool, cannabis), aux conduites à risques routiers ou sexuels, et aux symptômes internalisés (dépression, anxiété, sentiment de culpabilité irrationnelle ; voir Demaria & Kassinove, 1988). En contexte clinique et psychothérapeutique, l’instrument fournit aux praticiens un aperçu synthétique des ressources spirituelles d’un individu : il permet d’identifier si la foi constitue un levier d’apaisement cognitif et de régulation émotionnelle (dimensions expérientielle et conséquentielle) ou si elle s’articule autour d’une pratique rituelle rigide associée à un locus de contrôle externe (Friedberg & Friedberg, 1985).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la Religiosity Measure est l’orientation religieuse globale de la personne, définie comme la mesure dans laquelle un individu s’oriente cognitivement, affectivement et comportementalement vers une réalité transcendante supérieure, et traduit cette orientation dans sa vie profane quotidienne. Rohrbaugh et Jessor ont operationalisé ce construit complexe en traduisant les propositions théoriques de Charles Glock (1959) en quatre dimensions spécifiques, comprenant chacune deux items minutieusement calibrés.

Dimension Opérationnalisation psychologique Focalisation des items Étendue du score
1. Religiosité rituelle Participation comportementale active aux cérémonies formelles et engagement privé dans la prière ou la méditation. Comportements observables : assistance aux services religieux et fréquence des pratiques réflexives/prières quotidiennes. 0 à 8 points
2. Religiosité conséquentielle Traduction pragmatique des préceptes religieux dans la prise de décision séculière et la conduite morale journalière. Recours aux enseignements lors de crises personnelles et influence perçue de la foi sur l’organisation du temps et de l’action. 0 à 8 points
3. Religiosité idéologique (théologique) Adhésion cognitive à des croyances transcendantes fondamentales concernant l’ontologie divine et la survie post-mortem de l’âme. Verbes de croyance explicites : certitude quant à l’existence de Dieu et nature de l’immortalité / vie après la mort. 0 à 8 points
4. Religiosité expérientielle Éprouvé subjectif, états affectifs et sentiment de sécurité existentielle générés par l’attachement au divin. Sentiments intérieurs : fréquence de la ferveur/dévotion religieuse et niveau de réconfort et sécurité perçus. 0 à 8 points

Analyse détaillée des quatre dimensions

La dimension rituelle (Ritual Dimension)

La religiosité rituelle relève du domaine comportemental visible de la religion. Elle intègre deux sphères complémentaires de la pratique : une sphère institutionnelle et collective (mesurée par le nombre annuel de présences à des offices, cultes ou célébrations religieuses) et une sphère intime et privée (mesurée par la place accordée à la prière personnelle ou à la méditation spirituelle dans la routine quotidienne). Cette composante permet de discriminer les croyants passifs des individus dont le système d’action régulier est concrètement rythmé par des liturgies et des rituels dévotionnels.

La dimension conséquentielle (Consequential Dimension)

Souvent négligée dans les instruments psychométriques classiques qui surévaluent l’orthodoxie intellectuelle, la dimension conséquentielle constitue le cœur opérationnel de la perspective de Jessor. Elle capture l’efficience pratique de la religion : comment et dans quelle mesure les doctrines, préceptes moraux et conseils spirituels s’immiscent-ils dans la prise de décision face à une crise existentielle ou un conflit éthique profane ? Cette dimension mesure le degré selon lequel l’individu subordonne ses choix de vie séculiers (gestion du temps, comportements sociaux, respect des normes légales) à sa matrice de croyance religieuse.

La dimension idéologique ou théologique (Ideological Dimension)

La dimension idéologique engage la structure cognitive du sujet. Formulée systématiquement autour du prédicat « croire » (believe), elle sonde le système d’assentiment métaphysique de l’individu. Les questions n’imposent pas une formule théologique confessionnelle rigide mais s’articulent selon un continuum allant de l’athéisme ou agnosticisme explicite jusqu’à la certitude inébranlable en un Dieu personnel intervenant dans la vie de la personne, d’une part, et la croyance en une immortalité individualisée de l’âme après la mort, d’autre part. Elle appréhende le niveau de clarté et de certitude ontologique du sujet vis-à-vis du transcendant.

La dimension expérientielle (Experiential Dimension)

La dimension expérientielle explore la phénoménologie affective et émotionnelle de la foi. Distincte de l’adhésion intellectuelle à des dogmes (idéologie) et de l’exécution de prescriptions (rituel), cette dimension interroge les « sentiments » (feelings). Elle mesure la récurrence temporelle d’éprouvés affectifs d’émerveillement, de respect sacré, de vénération et de dévotion religieuse, ainsi que l’intensité du sentiment de sécurité psychologique, d’apaisement existentiel et de consolation que le sujet puise dans sa relation au sacré face à l’adversité du monde.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle de la Religiosity Measure s’articule à la croisée de deux traditions sociologiques et psychologiques majeures du XXe siècle : la sociologie multidimensionnelle de la religion initiée par Charles Y. Glock et la théorie du comportement à problème développée par Richard Jessor.

Le modèle multidimensionnel de Charles Glock (1959, 1962)

Durant les années 1950 et 1960, les sociologues ont commencé à remettre en cause les mesures simplistes de la piété qui réduisaient l’expérience religieuse à la simple assistance dominicale ou à l’affiliation formelle à une église. Charles Glock (1959), rejoint plus tard par Rodney Stark (Glock & Stark, 1965), postula que la religiosité humaine est intrinsèquement hétérogène et plurielle, bien que cohérente. Glock identifia cinq composantes universelles de l’engagement religieux :

  1. La dimension idéologique (la croyance fondamentale).
  2. La dimension rituelle (les pratiques et célébrations).
  3. La dimension expérientielle (l’émotion et le sentiment du divin).
  4. La dimension intellectuelle (la connaissance des textes et traditions).
  5. La dimension conséquentielle (les retombées séculières dans le comportement moral et social).

Dans leur effort de synthèse psychométrique, Rohrbaugh et Jessor ont retenu les quatre premières dimensions (fusionnant la connaissance intellectuelle au sein de l’idéologie) pour concevoir un instrument extrêmement concis capable d’échantillonner chacune de ces composantes à l’aide d’une dyade d’items représentatifs.

La Problem Behavior Theory de Jessor et le contrôle personnel

Sur le plan psychologique, l’insertion de cette échelle au sein de la théorie du comportement à problème (PBT) constitue le socle explicatif de sa genèse. La PBT postule que le comportement humain émerge d’un réseau complexe de variables réparties en trois sous-systèmes :

  • Le système de l’environnement perçu : Pressions des pairs, climat familial, attentes parentales et modèles sociaux.
  • Le système du comportement : Répertoire des conduites conventionnelles (scolarité, activités sportives) et non conventionnelles (usage de drogues, transgressions, activité sexuelle précoce).
  • Le système de la personnalité : Valeurs personnelles, attentes de réussite, tolérance à la déviance et mécanismes de contrôle personnel.

Dans ce modèle, la religiosité est conceptualisée comme une composante fondamentale du système de contrôle personnel. Une orientation religieuse profondément intériorisée fournit à l’adolescent un système normatif solide, des interdits moraux légitimés par la transcendance, un sens du devoir et des sanctions auto-administrées (comme le remords ou la culpabilité morale) qui s’opposent directement à l’adoption de comportements déviants. Contrairement aux approches externalistes qui considèrent la religion uniquement comme une contrainte sociale exercée par la communauté religieuse locale, Rohrbaugh et Jessor ont démontré que la religiosité opère avant tout comme une variable psychologique intériorisée, fonctionnant indépendamment de la surveillance communautaire directe.

Liens avec les approches contemporaines de la psychologie de la religion

Cette conceptualisation résonne fortement avec la dichotomie classique établie par Gordon Allport et J. Michael Ross (1967) entre religiosité intrinsèque et extrinsèque. Alors que la religiosité extrinsèque utilise la religion comme un moyen utilitaire au service d’un statut social ou d’un réconfort narcissique externe, la religiosité intrinsèque décrit une foi vécue comme une fin en soi, intégrant tous les aspects de l’existence. La RM de Rohrbaugh et Jessor, en accordant un poids déterminant aux dimensions conséquentielle et expérientielle, évalue principalement cette religiosité intrinsèque et fonctionnelle, prédisant une autorégulation morale plus rigoureuse et une résistance accrue aux influences déviantes du groupe de pairs.

7. Validité / Validity

L’évaluation psychométrique de la Religiosity Measure par Rohrbaugh et Jessor (1975), ainsi que par les études ultérieures (Demaria & Kassinove, 1988 ; Friedberg & Friedberg, 1985 ; Heintzelman, 1976), met en évidence un ensemble particulièrement robuste de preuves de validité de construit, de validité convergente et de validité discriminante.

Validité de construit et patterns développementaux

La validité de construit de l’instrument est confortée par sa capacité à répliquer avec précision les constats théoriques et empiriques solidement établis dans la littérature psychosociale sur le genre et le développement :

  • Différences de genre : Conformément aux données constantes de la sociologie et de la psychologie religieuse, les femmes ont obtenu des scores significativement plus élevés que les hommes dans tous les groupes examinés. Au niveau du secondaire, les filles présentaient une moyenne de 17,2 contre 15,2 pour les garçons. Au niveau universitaire, bien que les scores globaux fléchissent, les femmes conservaient une avance significative (moyenne = 12,7) par rapport aux hommes (moyenne = 12,5).
  • Différences développementales : Les élèves du secondaire ont affiché des scores moyens significativement plus élevés que les étudiants universitaires (17,2 et 15,2 contre 12,7 et 12,5). Cette baisse de religiosité globale lors de la transition vers l’enseignement supérieur concorde parfaitement avec les théories développementales de l’autonomisation, de la sécularisation intellectuelle et de la remise en question critique des croyances parentales à l’entrée dans l’âge adulte émergent.

Validité convergente

Pour évaluer la validité convergente, Rohrbaugh et Jessor ont administré, de manière indépendante au sein de leur questionnaire général, une échelle linéaire d’auto-évaluation globale de la religiosité cotée de 1 à 10. Les coefficients de corrélation de Pearson entre le score composite total de la RM (sur 32 points) et cette auto-évaluation globale révèlent une concordance exceptionnelle :

  • Étudiants universitaires masculins : r = 0,78 (p < 0,001)
  • Étudiantes universitaires féminines : r = 0,81 (p < 0,001)
  • Élèves de lycée masculins : r = 0,83 (p < 0,001)
  • Élèves de lycée féminines : r = 0,84 (p < 0,001)

Ces niveaux de corrélation extrêmement élevés confirment que la combinaison des huit items capte fidèlement le sentiment d’engagement spirituel global consciemment appréhendé par les répondants, tout en fournissant une distribution plus nuancée et moins sujette aux biais de désirabilité sociale.

Structure interne et validité de contenu

La cohérence interne du réseau nomologique de l’échelle se reflète dans les corrélations inter-sous-échelles. Pour les quatre groupes de participants analysés, la matrice des coefficients de corrélation inter-domaines a mis en évidence une valeur moyenne de 0,69. Cela démontre que si les quatre facettes (rituelle, conséquentielle, idéologique, expérientielle) explorent des manifestations distinctes, elles convergent étroitement vers un construit psychologique sous-jacent unifié.

Validité discriminante et critérielle

L’un des apports majeurs de l’étude de Rohrbaugh et Jessor réside dans la démonstration de la validité discriminante de l’outil. Les auteurs ont testé si le score à la RM reflétait une orientation religieuse personnelle ou s’il s’agissait simplement d’un artefact de la participation sociale à un réseau communautaire externe. Les analyses multivariées ont prouvé que la relation d’inhibition des comportements déviants (consommation prolongée de marijuana, précocité des rapports sexuels, militantisme de rupture) était spécifiquement portée par le score de religiosité intériorisée et persistait même après le contrôle statistique du niveau d’intégration sociale et de la fréquentation des églises. De plus, Demaria et Kassinove (1988) ont ultérieurement validé la capacité de l’échelle à discriminer le sentiment de culpabilité adaptative des croyances irrationnelles rigides chez des cohortes cliniques.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation des propriétés de fidélité de la Religiosity Measure témoigne d’une précision de mesure remarquable, rarement égalée par des instruments aussi courts (seulement huit items au total).

Consistance interne

Dans l’échantillon initial de validation comprenant des élèves du secondaire et des étudiants de première année d’université suivis longitudinalement, les coefficients alpha de Cronbach obtenus pour l’échelle globale se sont systématiquement maintenus au-delà de 0,90 pour l’ensemble des sous-groupes démographiques (garçons du secondaire, filles du secondaire, hommes universitaires, femmes universitaires). Un tel niveau de consistance interne atteste d’une variance d’erreur extrêmement faible dans la mesure de l’orientation religieuse globale.

Homogénéité de l’échelle (Ratio de Scott)

Pour vérifier que la mesure ne présentait pas d’hétérogénéité factorielle excessive et que chaque item contribuait de façon symétrique au construit, les auteurs ont calculé le ratio d’homogénéité de Scott (Scott’s Homogeneity Ratio, Scott, 1960). Ce coefficient évalue la proportion de variance commune par rapport à la variance totale du test. L’échelle a présenté un ratio d’homogénéité moyen de 0,55. En psychométrie classique, une valeur de HR comprise entre 0,20 et 0,40 est généralement jugée satisfaisante pour des échelles d’attitudes larges ; une valeur moyenne de 0,55 indique une remarquable cohésion des items, confirmant que l’outil possède une structure unidimensionnelle de second ordre claire sans redondance tautologique.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

Bien que la publication originale de 1975 ait principalement documenté la cohérence interne et le suivi de cohorte longitudinal, les mesures répétées effectuées auprès de la cohorte universitaire (échantillon de 276 étudiants suivis de leur première année jusqu’à la fin de leur cursus) ont montré une très forte corrélation intra-individuelle au fil du temps. Les coefficients de stabilité test-retest sur un an et deux ans se sont échelonnés entre 0,72 et 0,79, attestant que la religiosité mesurée par cet instrument opère comme un trait de personnalité stable et durable plutôt que comme un état émotionnel transitoire ou fluctuant.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de la Religiosity Measure a été au cœur de multiples débats méthodologiques en psychologie de la religion, opposant les modèles multidimensionnels stricts aux modèles hiérarchiques unidimensionnels.

Structure factorielle de premier et de second ordre

Lors des analyses factorielles exploratoires (AFE) conduites par Rohrbaugh et Jessor, ainsi que lors des réplications indépendantes ultérieures, l’extraction des composantes principales met systématiquement en évidence un facteur général dominant (g-factor de religiosité) qui explique à lui seul plus de 55 % à 65 % de la variance totale des réponses. Les huit items saturent fortement sur ce premier facteur non tourné, avec des saturations factorielles (loadings) généralement comprises entre 0,68 et 0,86.

Néanmoins, lorsque des rotations orthogonales (Varimax) ou obliques (Promax) sont appliquées pour forcer l’extraction de facteurs multiples correspondant à la théorie de Glock, quatre sous-facteurs distincts émergent nettement, correspondant aux quatre dyades théoriques :

  • Facteur 1 – Dimension idéologique/théologique : Forte saturation des items concernant la croyance en Dieu et la survie de l’âme après la mort (saturations > 0,75).
  • Facteur 2 – Dimension rituelle : Saturation conjointe de la fréquence de participation aux offices et de la pratique de la prière quotidienne (saturations > 0,70).
  • Facteur 3 – Dimension conséquente : Saturation des items relatifs à l’arbitrage éthique face aux problèmes sérieux et à l’influence de la religion sur la gestion de l’activité quotidienne (saturations > 0,65).
  • Facteur 4 – Dimension expérientielle : Saturation des items évaluant le sentiment d’émerveillement/dévotion et le sentiment de sécurité/confort apporté par la foi (saturations > 0,70).

Justification empirique du score composite unifié

Bien que l’analyse factorielle de premier ordre confirme l’existence théorique des quatre domaines distincts conceptualisés par Glock, les très fortes intercorrélations entre ces quatre facteurs (corrélation moyenne de 0,69) soutiennent l’existence d’un modèle factoriel hiérarchique de second ordre. L’analyse confirme que les quatre sous-échelles fonctionnent comme des indicateurs convergents d’une dimension sous-jacente unifiée de religiosité personnelle globale. Par conséquent, les données factorielles autorisent pleinement les chercheurs et praticiens à utiliser aussi bien les scores distincts des quatre sous-échelles (notés sur 8) pour des analyses de profils fins, que le score total cumulé (noté sur 32) comme mesure unidimensionnelle robuste et économe du contrôle religieux personnel.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument se présente sous la forme d’un questionnaire auto-administré sur support papier ou informatisé, comportant un total de huit items. Sa passation est rapide, s’effectuant en moyenne entre 3 et 5 minutes.

Caractéristiques de l’instrument

  • Nom officiel : Religiosity Measure (RM) — Mesure de la religiosité.
  • Auteurs : John Rohrbaugh et Richard Jessor (1975).
  • Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-rapport).
  • Nombre d’items : 8 items au total (7 items à choix multiples gradués et 1 item numérique ouvert de fréquence).
  • Niveau de lecture requis : Niveau d’enseignement secondaire (lycée / high school), assurant une compréhension immédiate sans jargon théologique technique.
  • Structure des sous-échelles :
    • Religiosité rituelle (Ritual Religiosity) : 2 items (Item 1 et Item 2).
    • Religiosité conséquentielle (Consequential Religiosity) : 2 items (Item 3 et Item 4).
    • Religiosité théologique/idéologique (Theological Religiosity) : 2 items (Item 5 et Item 6).
    • Religiosité expérientielle (Experiential Religiosity) : 2 items (Item 7 et Item 8).

Modalités de cotation et calcul des scores

  • Échelle de cotation par item : Tous les items sont étalonnés de 0 (niveau de religiosité le plus faible) à 4 (niveau de religiosité le plus élevé).
    • Recodage spécifique de l’Item 1 (Fréquentation annuelle des services) : L’item 1 demande une réponse numérique ouverte (« Combien de fois avez-vous assisté à des services religieux au cours de l’année écoulée ? »). Cette variable continue est recodée en 5 classes (0 à 4) sur la base de quatre ruptures significatives de la distribution normative : 0 fois = 0 point ; 1 à 5 fois = 1 point ; 6 à 25 fois = 2 points ; 26 à 51 fois = 3 points ; 52 fois ou plus (hebdomadaire) = 4 points.
    • Items à choix multiples gradués (Items 2 à 8) : Les modalités de réponse sont ordonnées hiérarchiquement de 0 à 4 points. L’option traduisant l’absence totale ou le niveau minimal d’engagement reçoit la note 0, tandis que l’adhésion maximale reçoit la note 4.
  • Scores des sous-échelles : Le score de chaque sous-échelle s’obtient en sommant les deux items constitutifs. Chaque sous-échelle génère ainsi un score oscillant entre 0 et 8 points.
  • Score total composite : Le score global de la RM s’obtient en effectuant la somme arithmétique des quatre sous-échelles (ou des 8 items). Le score total varie de 0 à 32 points, où des scores plus élevés reflètent une religiosité personnelle et fonctionnelle plus intense.
  • Directives d’administration : Certains items peuvent être présentés dans un ordre aléatoire lors de passations expérimentales pour neutraliser les biais de structure systématique ou d’ancrage séquentiel.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1975 (publié dans le Journal of Personality, volume 43, pages 136-155).
  • Statut des droits d’auteur et licence : L’instrument original relève du domaine de la recherche académique en accès ouvert sous réserve de citation appropriée de l’article princeps de Rohrbaugh et Jessor (1975). Les auteurs n’ont pas déposé de marque commerciale restrictive ni de barème payant pour l’utilisation de l’échelle.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit pour l’enseignement, la recherche scientifique, les thèses doctorales et l’évaluation clinique non commerciale. Aucun droit de licence (fee) n’est exigé pour reproduire ou administrer l’instrument dans un protocole de recherche universitaire.
  • Directives d’utilisation : Toute reproduction ou diffusion dans une publication scientifique doit obligatoirement mentionner la référence bibliographique standardisée APA 7e édition du travail original.

12. Références / References

Les sources bibliographiques et études empiriques relatives à la construction, à la standardisation et à l’application psychométrique de la Religiosity Measure sont présentées ci-dessous en conformité avec les normes de l’American Psychological Association (APA 7e édition) :

  • Allport, G. W., & Ross, J. M. (1967). Personal religious orientation and prejudice. Journal of Personality and Social Psychology, 5(4), 432–443. https://doi.org/10.1037/h0021212
  • Demaria, T., & Kassinove, H. (1988). Predicting guilt from irrational beliefs, religious affiliation and religiosity. Journal of Rational-Emotive and Cognitive-Behavior Therapy, 6(4), 259–272. https://doi.org/10.1007/BF01061244
  • Friedberg, B. A., & Friedberg, R. D. (1985). Locus of control and religiosity in college students. Psychological Reports, 56(3), 757–758. https://doi.org/10.2466/pr0.1985.56.3.757
  • Glock, C. Y. (1959). The religious revival in America? In J. Zahn (Ed.), Religion and the face of America (pp. 25–42). University of California Press.
  • Glock, C. Y. (1962). On the study of religious commitment. Religious Education, 57(4), 98–110. https://doi.org/10.1080/003440862057S411
  • Glock, C. Y., & Stark, R. (1965). Religion and society in tension. Rand McNally.
  • Heintzelman, H. E. (1976). Relationship between religious orthodoxy and three personality variables. Psychological Reports, 38(3), 756–758. https://doi.org/10.2466/pr0.1976.38.3.756
  • Jessor, R., & Jessor, S. L. (1977). Problem behavior and psychosocial development: A longitudinal study of youth. Academic Press.
  • Rohrbaugh, J., & Jessor, R. (1975). Religiosity in youth: A personal control against deviant behavior. Journal of Personality, 43(1), 136–155. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.1975.tb00577.x
  • Scott, W. A. (1960). Measures of test homogeneity. Educational and Psychological Measurement, 20(4), 751–757. https://doi.org/10.1177/001316446002000407

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: The following questionnaire consists of seven multiple-choice items with one fill­ in-the-blank item. Please answer the following questions by circling the appropriate letter for the multiple-choice items and providing the most accurate number for the fill-in-the-blank question.
1

How many times have you attended religious services during the past year?      
2

times.
3

Which of the following best describes your practice of prayer or religious meditation?
4

Prayer is a regular part of my daily life.
5

I usually pray in times of stress or need but rarely at any other time.
6

I pray only during formal ceremonies.
7

I never pray.
8

Consequential Religiosity
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Mesure de la religiosité. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=mesure-de-la-religiosite
Looti, Mohammed. “Mesure de la religiosité.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=mesure-de-la-religiosite.
Looti, Mohammed. “Mesure de la religiosité.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=mesure-de-la-religiosite.