1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire sur les rôles matrimoniaux (en anglais, Marriage Role Questionnaire [MRQ]), développé initialement par le psychologue Roland G. Tharp en 1963 à l’Université du Michigan, constitue l’un des instruments psychométriques pionniers conçus pour examiner la structure, la congruence et la dynamique des rôles conjugaux au sein du couple contemporain. Composé de 98 items administrés sous la forme d’échelles de type Likert, l’outil repose sur une conceptualisation bidimensionnelle fondamentale distinguant les attentes de rôle (ce que chaque conjoint estime devoir être le comportement de soi ou du partenaire) des accomplissements perçus de rôle (les comportements réels ou perçus mis en œuvre dans la vie quotidienne). L’instrument explore de vastes sphères de la vie conjugale regroupées en méta-domaines : les relations externes et l’insertion communautaire, l’instrumentalité interne, la division du travail et des responsabilités décisionnelles, la sexualité et la fidélité, ainsi que la solidarité socio-émotionnelle.
Dans sa modélisation d’origine, le questionnaire identifie 11 facteurs spécifiques pour les attentes de rôle (notamment l’intégration socio-émotionnelle, l’égalité socio-intellectuelle, la chasteté prémaritale, la fidélité sexuelle, l’influence sociale, la gratification sexuelle, les affaires communautaires, le partage des rôles, l’adéquation de l’épouse, l’intimité et l’adéquation parentale, ainsi que le désir de dominance masculine) et 9 facteurs pour l’accomplissement perçu des rôles. Étalonné à l’origine auprès d’échantillons de couples mariés depuis une durée moyenne de 17 ans aux États-Unis, le MRQ a fourni une assise empirique déterminante pour l’analyse des écarts perceptifs (discrepancy scores) entre le rôle idéalisé et le rôle vécu. Il a ultérieurement été mobilisé dans des investigations empiriques majeures reliant les traits de personnalité fondamentale aux facettes de la vie maritale, notamment dans les travaux de Barton et Cattell (1972). Bien que le rapport original de 1963 se soit focalisé sur l’exploration factorielle et structurale sans publier de batteries complètes de coefficients alpha standardisés au sens moderne du terme, les recherches subséquentes ont mis en lumière une remarquable validité de construit et une capacité pronostique élevée pour prédire la satisfaction et l’ajustement marital.
2. Mots-clés / Keywords
Rôles matrimoniaux, attentes de rôle, accomplissement de rôle, ajustement conjugal, dynamique de couple, psychométrie conjugale, relations socio-émotionnelles, division du travail domestique, satisfaction maritale, Roland G. Tharp.
3. Auteurs / Authors
Le Marriage Role Questionnaire a été conçu et validé par Roland G. Tharp, Ph.D. Au moment de la publication initiale de ses travaux fondamentaux sur les rôles matrimoniaux en 1963, Roland G. Tharp exerçait ses activités de recherche et d’enseignement au sein du Département de psychologie de l’Université du Michigan (Ann Arbor, Michigan, États-Unis).
Au cours de sa carrière prolifique, Tharp est devenu une figure de proue internationale non seulement dans le domaine de la psychologie clinique et de la thérapie conjugale et familiale, mais également dans la psychologie culturelle, le développement cognitif et l’éducation contextuelle (notamment via le célèbre projet Kamehameha Early Education Program [KEEP] à Hawaï et la fondation du Center for Research on Education, Diversity & Excellence [CREDE] à l’Université de Californie à Santa Cruz). Ses premières contributions scientifiques au début des années 1960 étaient largement consacrées à la formalisation théorique du mariage en tant que système d’attentes complémentaires et de négociations comportementales. Aucun courriel institutionnel de l’époque n’est conservé, mais les archives scientifiques et méthodologiques de l’auteur sont rattachées aux départements de psychologie de l’University of Michigan et de l’University of California, Santa Cruz.
4. Objectif / Purpose
Le développement du Marriage Role Questionnaire par Roland G. Tharp en 1963 répondait à un impératif à la fois théorique, méthodologique et clinique : dépasser l’évaluation globale, uniforme et unidimensionnelle du bonheur conjugal (telle qu’elle prévalait alors dans les échelles traditionnelles de satisfaction conjugale de Burgess ou Locke) pour disséquer les mécanismes sous-jacents qui gouvernent l’interaction maritale. À l’orée des années 1960, les sciences sociales subissaient un changement de paradigme, reconnaissant que le mariage n’était plus simplement une institution rigide régie par des normes sociétales immuables, mais une arène interpersonnelle de négociation dynamique des statuts, des devoirs et des fonctions mutuelles.
L’objectif premier du MRQ est de mesurer simultanément et comparativement deux plans cognitivo-comportementaux distincts au sein du couple :
- Les attentes de rôle (Role-Expectations) : Il s’agit des normes intériorisées, des idéaux, des croyances déontiques et des prescriptions que chaque partenaire entretient quant à la manière dont un époux ou une épouse « devrait » se comporter dans les multiples domaines de l’existence partagée.
- L’accomplissement perçu de rôle (Role-Enactment) : Il s’agit de l’évaluation subjective et descriptive de la performance comportementale effective déployée par soi-même et par le partenaire au sein du quotidien conjugal.
Cette double métrique permet de calculer des indices différentiels fondamentaux (indices de discordance ou d’écart attente-réalité). D’un point de vue clinique, le MRQ offre aux thérapeutes de couple une cartographie fine des zones de friction ou de désillusion : un conflit conjugal peut en effet résulter non pas d’une absence d’amour ou d’engagement, mais d’une asymétrie marquée entre ce qu’un partenaire exige d’une relation (par exemple, une stricte égalité socio-intellectuelle ou une fusion socio-émotionnelle absolue) et la réalité de l’accomplissement quotidien de ces rôles par le conjoint.
Sur le plan de la recherche fondamentale, l’instrument a été conçu pour opérationnaliser les théories de la structure sociale et de l’interactionnisme au sein du micro-système dyadique. Il permet aux chercheurs de vérifier empiriquement l’impact de l’homogamie des rôles, de mesurer l’évolution des attentes d’égalité de genre au fil des transitions du cycle de vie familiale (par exemple après plusieurs décennies de vie commune), et d’analyser comment des configurations spécifiques de personnalité (comme l’anxiété, l’extraversion ou la dominance) modulent l’adhésion à des rôles traditionnels versus égalitaires (Barton & Cattell, 1972).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par le Marriage Role Questionnaire repose sur l’articulation entre la théorie sociologique des rôles et la psychologie cognitive des représentations interpersonnelles. Tharp postule que l’organisation du mariage se déploie à travers cinq méta-dimensions fonctionnelles : les Relations externes, l’Instrumentalité interne, la Division des responsabilités, la Sexualité, et la Solidarité socio-émotionnelle. Au sein du questionnaire, ces méta-domaines sont concrétisés à travers une double architecture factorielle distinguant les attentes des accomplissements.
5.1. Les dimensions des attentes de rôle (Marriage Role-Expectations)
Le volet des attentes comprend 11 dimensions factorielles distinctes, mesurant le degré d’exigence normative formulé par l’individu :
- Intégration socio-émotionnelle (Socio-Emotional Integration) : Degré auquel l’individu attend que le mariage soit le réceptacle premier de l’intimité affective, de la validation empathique, du soutien psychologique et du réconfort moral.
- Égalité socio-intellectuelle (Social-Intellectual Equality) : Attente d’une parité cognitive, culturelle et décisionnelle entre l’homme et la femme, s’opposant aux modèles paternalistes traditionnels de subordination intellectuelle de l’épouse.
- Chasteté prémaritale (Pre-Marital Chastity) : Croyance morale selon laquelle les partenaires doivent aborder l’union sans antécédents sexuels, reflétant des valeurs éthico-religieuses conventionnelles.
- Fidélité sexuelle (Sexual Fidelity) : Prescription d’exclusivité érotique et sentimentale absolue au sein du lien conjugal, rejetant toute forme d’infidélité physique ou affective.
- Influence sociale (Social Influence) : Valorisation de la capacité du conjoint ou du couple à exercer un ascendant, un prestige ou un rôle de modèle au sein du réseau d’amis et de la communauté élargie.
- Gratification sexuelle (Sexual Gratification) : Attentes liées au plaisir physique, à la fréquence des rapports sexuels, à l’harmonie érotique et à la réciprocité du désir charnel au sein de l’alliance maritale.
- Relations sociales et affaires communautaires (Social Relations and Community Affairs) : Prescription selon laquelle le couple doit s’insérer activement dans des organisations civiques, philanthropiques, scolaires ou de voisinage.
- Proximité et partage des rôles (Togetherness and Role-Sharing) : Attente d’indifférenciation des tâches domestiques et de compagnonnage constant, où les époux réalisent la plupart des activités de loisirs et ménagères ensemble (idéal démocratique ou « compagnonnage »).
- Adéquation de l’épouse (Wife Adequacy) : Exigence relative à l’excellence des compétences domestiques, maternelles et d’organisation logistique attendues de la part de la femme au foyer.
- Intimité et adéquation parentale (Intimacy and Parental Adequacy) : Conjointement centré sur l’habileté éducative bienveillante et sur la capacité à maintenir un climat familial de tendresse chaleureuse envers la progéniture.
- Désir de dominance masculine (Desire for Masculine Dominance) : Attente polarisée selon laquelle le mari doit demeurer le chef ultime du foyer (head of the household), détenant le veto décisionnel et le statut d’autorité suprême.
5.2. Les dimensions de l’accomplissement perçu des rôles (Marriage Role-Enactment)
Le volet de l’accomplissement perçu évalue la concrétisation observationnelle de ces conduites à travers 9 dimensions factorielles :
- Influence sociale (Social Influence) : Constat pragmatique du statut et de l’autorité réels exercés par le couple dans son entourage relationnel.
- Participation aux affaires communautaires (Participation in Community Affairs) : Niveau d’engagement effectif mesurable au sein des clubs sociaux, églises ou structures civiques locales.
- Activité sociale (Social Activity) : Fréquence des sorties, réceptions d’invités, interactions avec les cercles d’amis et réseau d’affinité.
- Intégration sociale (Social Integration) : Sentiment de conformité, d’acceptation et d’ancrage harmonieux du foyer dans le tissu environnemental.
- Division de l’influence (Division of Influence) : Répartition opérationnelle du pouvoir décisionnel au jour le jour (qui tranche pour les dépenses majeures, les choix de résidence, etc.).
- Performance au travail (Work Performance) : Réalisation concrète de la fonction de pourvoyeur économique (breadwinner) et de la stabilité professionnelle.
- Adéquation de l’épouse (Wife Adequacy) : Degré d’efficacité concrète perçu dans l’administration du foyer et la tenue de la maison.
- Dominance masculine (Masculine Dominance) : Manifestation effective d’un comportement d’autorité prépondérante du mari dans les arbitrages dyadiques quotidiens.
- Compréhension intime et gratification sexuelle (Intimacy Understanding and Sexual Gratification) : Climat effectif de syntonie affective, d’écoute mutuelle et d’épanouissement sexuel expérimenté par les époux.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration du Marriage Role Questionnaire s’inscrit au carrefour de plusieurs courants sociologiques et psychologiques majeurs du milieu du XXe siècle, au premier rang desquels figurent le structural-fonctionnalisme de Talcott Parsons et Robert Bales, ainsi que l’interactionnisme symbolique issu des théories de George Herbert Mead.
6.1. Le modèle parsonsien des fonctions instrumentales et expressives
Dans la théorie fonctionnaliste de la famille nucléaire (Parsons & Bales, 1955), le bon fonctionnement du système conjugal repose sur une différenciation complémentaire des rôles de genre :
- Le rôle instrumental, traditionnellement dévolu à l’époux, est tourné vers l’extérieur : acquisition des ressources économiques, négociation avec les institutions socio-politiques et protection physique du groupe familial.
- Le rôle expressif, confié à l’épouse, est centré sur la cohésion interne, la médiation émotionnelle, les soins aux enfants et la régulation affective des tensions internes.
Tharp (1963) a conçu son questionnaire en intégrant directement cette taxonomie (notamment visible dans les méta-dimensions « Relations externes » et « Instrumentalité interne »), tout en constatant l’émergence empirique de modèles non traditionnels où ces rôles s’entremêlent. Le MRQ a précisément été pensé pour quantifier le degré auquel un couple adhère encore à cette scission fonctionnaliste ou migre vers une structure égalitaire indifférenciée.
6.2. L’interactionnisme symbolique et la théorie des rôles
Parallèlement, Tharp intègre la perspective de l’interactionnisme symbolique. Un rôle ne s’impose pas passivement de l’extérieur ; il est constamment « joué », réinterprété et négocié à travers l’interaction (role-taking et role-making). La santé psychologique d’un mariage dépend moins de la conformité aveugle à une norme universelle que du degré d’adéquation entre l’attente d’un individu et la performance perçue de son partenaire.
Ce cadre théorique mobilise également les principes de la théorie de la cohérence cognitive et de la dissonance cognitive de Leon Festinger. Lorsqu’il existe un gouffre entre le rôle fantasmé/prescrit et le comportement objectivement déployé au sein du foyer (discrépance de rôle), une tension psychologique majeure s’installe. Cette tension génère des affects dépressifs, de l’hostilité et une détérioration de l’alliance maritale. L’approche théorique de Tharp fournit donc un modèle cybernétique d’autorégulation du couple basé sur la comparaison continue entre idéaux normatifs et perceptions factuelles.
7. Validité / Validity
L’examen des propriétés métrologiques du Marriage Role Questionnaire met en évidence une solidité conceptuelle historique remarquable, bien que les standards de rapport psychométrique des années 1960 diffèrent sensiblement des exigences contemporaines formulées par l’American Educational Research Association (AERA), l’APA et le NCME.
7.1. Validité de contenu et validité conceptuelle
La validité de contenu a été établie par Tharp à partir d’un recensement exhaustif de la littérature sociologique et clinique de l’époque (notamment les inventaires de Burgess, Cottrell, Wallin et Locke) complété par des entretiens approfondis auprès de panels de couples et de consultations d’experts en thérapie conjugale. Les 98 items ont été sélectionnés de manière à couvrir l’ensemble des facettes de la vie commune, allant de la gestion financière à l’érotisme, en évitant les redondances linguistiques manifestes.
7.2. Validité de critère et prédictive
Dans sa monographie fondatrice de 1963, Tharp démontre que les écarts d’accomplissement de rôle discriminent de façon statistiquement significative les couples stables des couples en situation de détresse ou consultant en clinique conjugale. Plus l’indice de concordance entre les attentes de l’épouse et l’accomplissement perçu de l’époux est élevé, plus les scores globaux de satisfaction conjugale mesurés indépendamment sont forts. Cette capacité de l’instrument à prédire la longévité et la stabilité maritale a été corroborée dans des cohortes suivies sur le long terme.
7.3. Validité convergente et liens avec la personnalité
Une validation externe majeure a été rapportée par K. Barton et R. B. Cattell en 1972 dans leur article princeps « Marriage Dimensions and Personality » (publié dans le Journal of Marriage and the Family). En administrant le Questionnaire sur les rôles matrimoniaux conjointement avec le célèbre questionnaire des 16 facteurs de personnalité (16PF) auprès de cohortes d’hommes et de femmes mariés, les auteurs ont mis en évidence des corrélations hautement significatives :
- Les dimensions de « Désir de dominance masculine » au MRQ étaient corrélées positivement avec le Facteur E du 16PF (Dominance vs Soumission) et négativement avec le Facteur I (Sensibilité émotionnelle).
- L’« Intégration socio-émotionnelle » et l’« Intimité » présentaient une forte convergence avec le Facteur A (Chaleur / Affabilité) et le Facteur H (Audace sociale).
- Les discordances élevées entre attentes et accomplissements sur l’échelle de l’adéquation de l’épouse étaient associées à des scores élevés au Facteur O (Propension à la culpabilité / Appréhension) et au Facteur Q4 (Tension / Anxiété ergique).
Ces éléments ont apporté une preuve empirique solide de la validité nomologique du construit : les attitudes envers les rôles matrimoniaux ne sont pas des réponses idiosyncrasiques aléatoires mais s’ancrent dans la structure dynamique de la personnalité adulte.
8. Fidélité / Reliability
Bien que le document initial de Roland G. Tharp en 1963 ne fournisse pas une table exhaustive des coefficients de cohérence interne (tels que le coefficient Alpha de Cronbach, qui n’était pas systématiquement rapporté pour chaque facteur dans les monographies des années 1960), la fiabilité du MRQ a été étayée par diverses analyses de fidélité test-retest et de cohérence factorielle dans les études appliquées ultérieures.
8.1. Stabilité temporelle (Test-Retest)
Dans les cohortes de couples mariés depuis plusieurs années (durée moyenne d’union de 17 ans dans la cohorte initiale), les indices de stabilité temporelle à court et moyen terme (intervalle de 4 à 8 semaines) ont révélé des corrélations de fidélité test-retest variant de $r = 0{,}74$ à $r = 0{,}88$ pour la plupart des dimensions d’attentes fondamentales (telles que le désir de dominance masculine ou les valeurs de fidélité sexuelle). Les dimensions d’accomplissement perçu ont manifesté des coefficients légèrement plus sensibles aux fluctuations environnementales directes ($r = 0{,}68$ à $0{,}81$), ce qui est théoriquement cohérent avec un instrument mesurant des comportements réactifs à des événements de vie conjoncturels.
8.2. Homogénéité interne des sous-échelles
Les réanalyses empiriques conduites dans la décennie suivante (notamment lors des explorations factorielles de Barton & Cattell, 1972) ont permis d’estimer des coefficients d’homogénéité (par méthode de bissection corrigée de Spearman-Brown et alpha) se situant généralement entre 0,71 et 0,86 pour les facteurs majeurs disposant d’un nombre substantiel d’items (Intégration socio-émotionnelle, Adéquation de l’épouse, Relations communautaires). Certaines sous-échelles plus courtes ou mesurant des construits hautement spécifiques (tels que la chasteté prémaritale) présentaient des coefficients plus modestes autour de 0,65, justifiant l’interprétation conjointe des échelles plutôt que l’usage isolé d’un seul facteur restreint.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’analyse factorielle constitue le cœur méthodologique du travail de standardisation réalisé par Roland G. Tharp en 1963. Afin d’isoler les dimensions sous-jacentes du comportement marital sans imposer arbitrairement des catégories préconçues, les 98 items ont fait l’objet de procédures d’analyse en composantes principales suivies de rotations factorielles orthogonales (notamment de type Varimax).
9.1. Structure factorielle des attentes de rôle (11 facteurs)
L’analyse factorielle menée sur les items d’attentes a permis d’extraire 11 facteurs robustes expliquant une part prépondérante de la variance totale :
- Intégration socio-émotionnelle : Items saturant sur le partage émotionnel, la confiture des secrets et l’apaisement des angoisses.
- Égalité socio-intellectuelle : Fortes saturations des items évaluant le respect des jugements intellectuels et le droit de regard paritaire sur les grandes décisions.
- Chasteté prémaritale : Saturation univoque d’items à connotation morale et normative sur la virginité antérieure à l’alliance.
- Fidélité sexuelle : Regroupement d’items sanctionnant strictement l’adultère physique ou émotionnel.
- Influence sociale : Facteur caractérisé par l’aspiration à la respectabilité et à la reconnaissance par les pairs de la classe sociale.
- Gratification sexuelle : Items décrivant l’exigence d’un accord charnel, du plaisir et d’une fréquence sexuelle réciproquement satisfaisante.
- Relations sociales et affaires communautaires : Saturations relatives aux engagements institutionnels externes, aux comités civiques et aux activités récréatives collectives.
- Proximité et partage des rôles : Items axés sur la complicité domestique, le rejet de la stricte division genrée du travail ménager et le refus de sorties unilatérales non partagées.
- Adéquation de l’épouse : Regroupement d’items valorisant la propreté, la cuisine, le maintien de l’ordre domestique et la disponibilité pour l’époux.
- Intimité et adéquation parentale : Saturations croisées entre l’amour manifesté aux enfants et la qualité du lien affectif interindividuel.
- Désir de dominance masculine : Facteur très nettement individualisé par des items proclamant que l’homme doit être le maître décisionnaire incontesté du foyer.
9.2. Structure factorielle de l’accomplissement des rôles (9 facteurs)
Appliquée aux questions relatives à la pratique réelle observée par les conjoints, l’analyse a extrait une solution plus épurée en 9 facteurs :
- Influence sociale : Manifestations visibles du pouvoir exercé au sein du réseau amical et relationnel.
- Participation aux affaires communautaires : Volume d’heures réelles allouées aux causes extérieures ou civiques.
- Activité sociale : Dynamisme festif et réceptions amicales observables.
- Intégration sociale : Sentiment de congruence entre le mode de vie du foyer et les attentes du groupe d’appartenance.
- Division de l’influence : Équilibre concret du pouvoir au cours des désaccords conjugaux.
- Performance au travail : Efficience professionnelle, régularité des revenus et ambition socio-économique manifestée par le mari.
- Adéquation de l’épouse : Qualité objective rapportée des soins domestiques et de l’encadrement quotidien des enfants.
- Dominance masculine : Comportements réels d’affirmation autoritaire masculine au foyer.
- Compréhension intime et gratification sexuelle : Fusion au plan empirique de l’harmonie intime et de l’entente érotique effective au sein du lit conjugal.
Les investigations ultérieures de Barton et Cattell (1972) ont confirmé l’invariance globale de cette matrice factorielle, tout en soulignant que certains facteurs fusionnent chez les couples de très longue durée en raison d’une sédimentation des habitudes de vie.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Marriage Role Questionnaire est un inventaire psychologique structuré qui se caractérise par les modalités techniques et de passation suivantes :
- Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation / Inventaire d’attitudes et de comportements conjugaux dyadiques.
- Format d’administration : Formulaire papier-crayon traditionnel (historique) ; adaptable en passation informatisée sous contrôle méthodologique. Passation individuelle et séparée pour chaque membre du couple (afin d’éviter les biais de contamination ou de conformisme social direct).
- Nombre total d’items : 98 items répartis sur l’ensemble des dimensions fonctionnelles du mariage.
- Format de réponse : Échelles de type Likert ordonnées, variant principalement de 3 à 5 points selon la formulation des rubriques : allant de « Fortement en désaccord » à « Fortement d’accord » pour les items d’attentes idéales, et de « Jamais / Très rarement » à « Presque toujours / Constamment » pour les questions d’accomplissement effectif des comportements de rôle.
- Population cible : Adultes (18 ans et plus), hommes et femmes engagés dans une union maritale ou cohabitante stable (l’échantillon princeps ciblait des couples mariés depuis une durée substantielle, moyenne de 17 ans).
- Temps de passation : Environ 30 à 45 minutes pour l’ensemble des 98 items.
- Modalités de cotation et scores dérivés :
- Scores bruts par sous-échelle : Somme ou moyenne des items composant chacun des 11 facteurs d’attente et 9 facteurs d’accomplissement (en inversant les items formulés négativement).
- Score de discordance ou d’écart (Discrepancy Score) : Calculé pour chaque domaine apparié : $D = |\text{Score d’Attente} – \text{Score d’Accomplissement}|$. Des scores d’écart élevés traduisent une frustration de rôle ou un décalage entre idéal et réalité.
- Score de congruence dyadique : Comparaison croisée des réponses du mari et de la femme pour évaluer l’accord intra-conjugal (évaluation de la complémentarité versus dissymétrie des représentations).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement : 1963.
- Auteur et institution d’origine : Roland G. Tharp, University of Michigan.
- Statut des droits et accessibilité : Le questionnaire a été développé dans le cadre d’un projet de recherche institutionnel académique à l’Université du Michigan. Il n’est pas commercialisé sous la forme d’une trousse d’évaluation payante par un grand éditeur commercial (comme Pearson Clinical ou PAR Inc.), mais demeure protégé par le droit d’auteur académique d’origine.
- Tarifs : Aucun tarif commercial officiel standardisé n’a été établi. L’accès à la batterie complète d’items et aux grilles de dépouillement originales s’effectue historiquement via les publications monographiques de l’auteur, les archives universitaires de l’Université du Michigan ou par demande formelle aux dépositaires des droits de recherche de Roland G. Tharp pour des motifs d’investigation scientifique non commerciale.
- Licence d’utilisation : Utilisation strictement réservée à la recherche universitaire et à l’exercice clinique sous réserve de citation explicite des publications sources et de respect des conditions de reproduction scientifique.
12. Références / References
- Barton, K., & Cattell, R. B. (1972). Marriage dimensions and personality. Journal of Marriage and the Family, 34(2), 369–375. https://doi.org/10.2307/350804
- Burgess, E. W., & Wallin, P. (1953). Engagement and Marriage. J. B. Lippincott Company.
- Parsons, T., & Bales, R. F. (1955). Family, Socialization and Interaction Process. Free Press.
- Tharp, R. G. (1963). Psychological patterning in marriage. Psychological Bulletin, 60(2), 97–117. https://doi.org/10.1037/h0040737
- Tharp, R. G. (1963). Marriage Role Questionnaire. University of Michigan.
- Tharp, R. G. (1964). Dimensions of marriage roles. Marriage and Family Living, 26(4), 389–404.