1. Résumé / Abstract
La Liste lexicale de compréhension (désignée à l’origine en néerlandais sous le titre Lexilijst Begrip) est un instrument psychométrique standardisé conçu pour évaluer le développement précoce du langage réceptif chez les jeunes enfants âgés de 15 à 20 mois révolus. Développée aux Pays-Bas par les chercheurs et cliniciens Liesbeth Schlichting et Henk Lutje Spelberg (2001), cette échelle s’inscrit dans la lignée des inventaires parentaux du développement communicatif, tels que le MacArthur-Bates Communicative Development Inventories (CDI). L’objectif central de l’outil est d’identifier précocement les retards ou déviations dans l’acquisition du vocabulaire passif, qui constituent souvent les premiers marqueurs prédictifs des troubles neurodéveloppementaux du langage ou du trouble développemental du langage (TDL).
L’instrument repose sur une méthode d’hétéro-évaluation parentale dans laquelle les parents ou les tuteurs légaux indiquent, à domicile et dans le contexte naturel de vie de l’enfant, les mots isolés et les courtes locutions que ce dernier comprend de manière avérée sans recourir nécessairement à des indices contextuels extralinguistiques majeurs. Les items lexicaux sont articulés autour de 12 catégories sémantiques distinctes couvrant l’univers quotidien et écologique du tout-petit (notamment les animaux, l’alimentation, les objets domestiques, les parties du corps, les verbes d’action familiers et les routines sociales). En complément de l’inventaire lexical, trois questions ciblées explorent les conditions générales et environnementales d’acquisition du langage (audition, antécédents et interactions familiales).
Sur le plan psychométrique, la Liste lexicale de compréhension affiche d’excellentes qualités de mesure. Sa cohérence interne est très élevée (coefficient alpha de Cronbach régulièrement supérieur à 0,90), confirmant l’homogénéité du construit de compréhension lexicale précoce. La fidélité test-retest à court terme est solide ($r > 0,85$), et l’outil démontre une sensibilité ainsi qu’une spécificité clinique adéquates pour le dépistage de première intention au sein des services de santé infantile, des consultations pédiatriques et des recherches en linguistique développementale.
2. Mots-clés / Keywords
Langage réceptif, compréhension lexicale, petite enfance, inventaire parental, dépistage précoce, psychométrie, vocabulaire passif, trouble développemental du langage, sémantique, évaluation orthophonique, développement de la communication, Schlichting.
3. Auteurs / Authors
La Liste lexicale de compréhension a été élaborée et standardisée par des figures majeures de la psychométrie et de la logopédie développementale aux Pays-Bas :
- Dr. Johanna E. P. T. (Liesbeth) Schlichting : Linguiste, orthophoniste et chercheuse émérite en sciences du langage et troubles de la communication. Elle a longtemps dirigé les travaux sur les échelles d’évaluation du langage chez l’enfant au sein du département de recherche en sciences de la réadaptation et de la communication de l’Université Radboud de Nimègue et dans diverses structures cliniques néerlandaises.
- Dr. Henk C. Lutje Spelberg : Psychométricien et statisticien réputé dans le champ de la psychologie de l’éducation et de l’orthopédagogie à l’Université de Groningue (Rijksuniversiteit Groningen). Spécialiste de la modélisation des aptitudes cognitives et des instruments diagnostiques pour l’enfance.
Pour les correspondances institutionnelles et les demandes scientifiques relatives aux instruments Schlichting, les requêtes sont généralement adressées aux éditeurs néerlandais spécialisés en tests psychologiques (tels que Pearson Assessment Pays-Bas ou Bohn Stafleu van Loghum / Boom Psychologie) ou aux archives de recherche de l’Université de Groningue.
4. Objectif / Purpose
Le développement langagier au cours de la deuxième année de vie représente une période charnière caractérisée par une asymétrie marquée entre la compréhension (langage réceptif) et la production verbale (langage expressif). La compréhension lexicale précède systématiquement l’expression : un enfant de 15 à 20 mois comprend généralement une grande diversité de termes avant de pouvoir les articuler intelligiblement. L’objectif clinique et diagnostique de la Liste lexicale de compréhension est de capturer cette dynamique réceptive latente en contournant les obstacles inhérents à l’examen clinique direct en laboratoire ou en cabinet de consultation.
Applications cliniques
En contexte clinique, administrer une épreuve directe de désignation d’images ou d’objets à un enfant âgé de 15 à 20 mois se heurte fréquemment à des facteurs d’interférence comportementale : timidité face à l’inconnu, anxiété de séparation, distractibilité, faible tolérance à la frustration ou passivité transitoire. L’utilisation d’un questionnaire d’hétéro-évaluation rempli à domicile par les parents permet d’obtenir un échantillonnage représentatif du répertoire réceptif de l’enfant dans ses conditions naturelles de vie. La liste sert principalement à :
- Identifier précocement les tout-petits présentant un décalage substantiel par rapport aux repères normatifs de leur groupe d’âge.
- Distinguer les simples retards expressifs isolés (les « late talkers » dont la compréhension demeure intacte, souvent d’évolution bénigne) des retards globaux impliquant le versant réceptif, ces derniers étant associés à un pronostic neurodéveloppemental plus réservé nécessitant une intervention logopédique ou pédiatrique ciblée.
- Fournir aux centres de protection maternelle et infantile (tels que les Consultatiebureaus aux Pays-Bas ou les centres de PMI dans les pays francophones) une base métrologique robuste pour orienter les enfants vers des investigations pluridisciplinaires (audiométrie comportementale, neuropédiatrie, pédopsychiatrie).
Applications en recherche
Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée en psychologie cognitive, psycholinguistique et sciences de l’éducation, la Liste lexicale de compréhension offre une mesure quantitative standardisée pour :
- Analyser les trajectoires longitudinales de constitution du lexique mental entre 15 et 20 mois.
- Étudier l’impact des variables environnementales (niveau socio-économique des familles, style d’étayage parental, quantité d’entrées verbales adressées à l’enfant) sur l’essor du vocabulaire passif.
- Mesurer l’efficacité d’interventions préventives ou d’enrichissement langagier dispensées auprès de populations d’enfants à risque socio-économique ou médical (grands prématurés, antécédents familiaux de dyslexie ou de dysphasie).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’outil est la capacité de compréhension lexicale précoce, définie comme l’aptitude d’un jeune enfant à associer de manière stable une empreinte phonologique entendue (un signifiant acoustique) à un concept mental, un référent réel ou une classe d’objets/actions (le signifié). Ce construit ne se limite pas à la simple réaction d’orientation à la voix ou à la compréhension d’intonations générales : il implique une véritable reconnaissance sémantique.
Pour assurer une couverture exhaustive et représentative de l’écologie cognitive du jeune enfant, l’instrument structure le lexique réceptif en 12 dimensions sémantiques interconnectées, complétées par un module d’anamnèse environnementale :
1. Sons et onomatopées familières
Cette dimension évalue la capacité de l’enfant à relier des bruits conventionnels à leurs sources réelles ou figurées (par exemple, le bruit de la voiture, l’aboiement du chien, le sifflement du train). Chez les enfants de 15 à 18 mois, les onomatopées servent souvent de passerelle prototypique vers les véritables étiquettes lexicales.
2. Les animaux
Ce domaine inclut le nom des animaux domestiques, de la ferme ou des livres d’images (chat, chien, canard, cheval, oiseau). Il reflète la capacité de catégorisation d’êtres vivants animés fréquemment surreprésentés dans les interactions de lecture partagée et le jeu symbolique.
3. Les véhicules et moyens de transport
Comprend les termes désignant les entités mobiles de l’environnement (voiture, camion, vélo, poussette, avion). Ce champ sémantique fait appel à la saillance perceptive du mouvement dans l’attention sélective de l’enfant.
4. Les jouets et activités de jeu
Regroupe les substantifs liés aux objets ludiques manipulés de manière routinière (ballon, poupée, bloc, livre, ours en peluche). La compréhension de ces termes est intrinsèquement liée aux interactions pragmatiques directes avec l’adulte lors d’épisodes d’attention conjointe.
5. La nourriture et les boissons
Cette catégorie concerne les aliments concrets, les liquides et les repas (pomme, pain, lait, eau, biscuit, banane). Il s’agit d’un lexique hautement motivé par les besoins physiologiques et les rituels quotidiens de prise de repas.
6. Les vêtements et accessoires
Englobe les pièces d’habillement que l’enfant porte ou voit enfiler quotidiennement (chaussures, chaussettes, manteau, chapeau, pantalon). L’intégration de ces mots repose sur des routines kinesthésiques et corporelles répétées.
7. Les parties du corps
Explore l’aptitude de l’enfant à identifier sur autrui, sur une image ou sur lui-même les zones anatomiques de base (nez, yeux, bouche, mains, pieds, oreilles, ventre). C’est un indicateur classique du développement du schéma corporel et de l’attention conjointe déictique.
8. Les objets de la maison et le mobilier
Contient les mots relatifs au mobilier et aux objets domestiques usuels (chaise, table, lit, porte, cuillère, tasse). Cette catégorie reflète l’exploration sensorimotrice continue de l’environnement physique immédiat.
9. Les personnes familières et les figures d’attachement
Désigne les termes d’adressage social et les rôles relationnels (maman, papa, bébé, grand-mère, grand-père). Ces items s’ancrent directement dans le système d’attachement et la sociabilité primaire de l’enfant.
10. Les actions quotidiennes et verbes d’action
Évalue la compréhension des verbes désignant des actes physiques ou physiologiques élémentaires (manger, boire, dormir, venir, donner, regarder, assis). La compréhension des verbes est cognitivement plus complexe que celle des substantifs, car elle requiert l’encodage de relations relationnelles et temporelles transitoires.
11. Les mots sociaux, routines et expressions pragmatiques
Regroupe les formules de salutation, les signaux conversationnels et les marqueurs régulateurs de l’interaction (bonjour, au revoir, merci, s’il te plaît, non, encore). Ils mesurent l’intégration des règles pragmatiques de communication sociale.
12. Les adjectifs, états et locutions descriptives simples
Comprend les prédicats de base qualifiant des attributs perceptifs ou affectifs (chaud, froid, grand, propre, sale, parti/plus là). Cette catégorie marque le passage d’une dénomination référentielle brute à une caractérisation des propriétés de l’environnement.
Questions sur les conditions générales d’acquisition
En supplément du corpus lexical, l’échelle intègre 3 questions contextuelles fondamentales qui ne forment pas un score lexical mais fournissent un cadre interprétatif :
- L’état de la fonction auditive (antécédents d’otites séreuses récurrentes, réactions aux bruits faibles).
- L’exposition linguistique (bilinguisme, modes de garde collectifs vs individuels).
- Les modalités d’interaction et de communication non verbale globale (pointage, imitation gestuelle).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La Liste lexicale de compréhension s’articule autour des fondements de la théorie socio-pragmatique et constructiviste du développement du langage, principalement développée par des théoriciens contemporains tels que Michael Tomasello, ainsi que sur l’approche interactionniste inspirée par Jerome Bruner et Lev Vygotski.
Contrairement aux modèles nativistes et modulaires stricts (dérivés des thèses de Noam Chomsky), qui postulent l’existence d’un dispositif inné spécifique d’acquisition du langage (Language Acquisition Device) largement étanche aux mécanismes généraux de l’apprentissage, le courant interactionniste constructiviste affirme que le langage émerge de la convergence d’aptitudes sociocognitives fondamentales :
- La capacité à partager l’attention avec autrui (joint attention frames).
- L’aptitude à lire les intentions communicatives de l’adulte (intention-reading).
- Les mécanismes généraux d’apprentissage statistique et de reconnaissance de patterns acoustiques et environnementaux.
Bruner a formalisé la notion de Système de Support à l’Acquisition du Langage (LASS – Language Acquisition Support System), insistant sur le rôle déterminant des « formats d’interaction » ou routines quotidiennes (comme le bain, les repas, le coucher ou les jeux de coucou). Ces routines fournissent une structure prévisible dans laquelle le jeune enfant peut progressivement associer une chaîne acoustique récurrente à un référent stable sans surcharge cognitive. La conception de la Liste lexicale de compréhension repose exactement sur ce postulat épistémologique : les 12 catégories sémantiques retenues par Schlichting et Lutje Spelberg correspondent point par point aux contextes écologiques des formats d’interaction parent-enfant décrits par Bruner.
Par ailleurs, l’approche repose sur la validation psychométrique des inventaires parentaux initiée par Elizabeth Bates, Philip Dale et Donna Thal dans le cadre du CDI de MacArthur-Bates. Ces auteurs ont démontré que les parents constituent des observateurs privilégiés et hautement fiables du vocabulaire de leur enfant, à la condition expresse qu’on ne leur demande pas une estimation rétrospective vague (« Votre enfant parle-t-il bien ? »), mais une tâche de reconnaissance explicite sur une liste fermée de comportements et de mots actuels (« Comprend-il ce mot spécifique lorsqu’il est prononcé sans qu’on le lui montre du doigt ? »). Schlichting et Lutje Spelberg ont adapté ce paradigme psychométrique à la spécificité structurale et socioculturelle de la langue néerlandaise, en ciblant une fenêtre développementale particulièrement sensible (15-20 mois), période où se prépare l’explosion lexicale réceptive avant l’accélération ultérieure de la production syntaxique.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la Liste lexicale de compréhension a fait l’objet d’études rigoureuses documentées dans les manuels de référence et les publications scientifiques associées aux instruments Schlichting aux Pays-Bas :
Validité de contenu
La validité de contenu a été établie par une analyse systématique des corpus de langage adressé aux tout-petits et des fréquences lexicales en néerlandais parlé. Un panel d’experts composé d’orthophonistes, de linguistes du développement et de psychologues de la petite enfance a procédé à l’examen qualitatif de chaque item candidat afin d’assurer l’équilibre entre les 12 catégories sémantiques, la pertinence écologique des termes et l’élimination des biais dialectaux ou régionaux excessifs. Les items retenus couvrent un gradient de difficulté progressif adapté à l’intervalle d’âge de 15 à 20 mois.
Validité de construit et validité liée à l’âge
L’argument central en faveur de la validité de construit dans les échelles de développement précoce réside dans la sensibilité de l’instrument à la progression chronologique. Les données normatives recueillies auprès d’échantillons représentatifs d’enfants tout-venant ont démontré une augmentation quasi linéaire et statistiquement significative ($p < 0,001$) des scores bruts totaux de compréhension entre 15 et 20 mois. Les corrélations entre l’âge chronologique en mois et le nombre total de mots compris oscillent généralement entre $r = 0,45$ et $r = 0,60$, ce qui correspond aux standards internationaux pour cette tranche d’âge où les écarts interindividuels sont naturellement très marqués.
Validité convergente et concurrente
La validité convergente a été démontrée en confrontant les scores obtenus à la Liste lexicale de compréhension avec les résultats d’épreuves directes de langage administrées ultérieurement, notamment le Schlichting Test voor Taalbegrip (test formel de compréhension du langage destiné aux enfants à partir de 2 ans). Les corrélations observées entre les scores du rapport parental à 18-20 mois et les performances au test direct standardisé administré à 24-30 mois se situent entre $r = 0,55$ et $r = 0,68$, confirmant que la mesure parentale saisit avec précision l’aptitude sous-jacente au traitement sémantique réceptif. De surcroît, une convergence modérée à forte ($r = 0,60$ à $0,72$) a été rapportée avec les versions néerlandaises des grilles MacArthur-Bates (N-CDI).
Validité discriminante et sensibilité clinique
L’instrument démontre une excellente capacité à différencier les enfants au développement typique de ceux présentant des facteurs de vulnérabilité avérés, tels que les enfants souffrant de surdité ou d’hypoacousie de transmission chronique non diagnostiquée, ou ceux présentant un retard global de développement. Les courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) indiquent des aires sous la courbe (AUC) oscillant entre 0,82 et 0,89 pour la détection précoce des enfants qui continueront à présenter un trouble structurel du langage à l’âge de 3 ans, conférant à la liste un pouvoir d’orientation clinique solide pour le dépistage de première ligne.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la Liste lexicale de compréhension a été évaluée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle (test-retest) :
Cohérence interne
L’homogénéité de l’échelle globale de vocabulaire réceptif a été testée au moyen du coefficient alpha de Cronbach et de la formule de Kuder-Richardson (KR-20), adaptée aux items à cotation dichotomique (compris / non compris). Dans les échantillons de standardisation de Schlichting et Lutje Spelberg, les coefficients de cohérence interne pour le score total dépassent de manière constante $\alpha = 0,92$ (avec des valeurs oscillant entre $0,91$ et $0,95$ selon les sous-groupes d’âge mensuels de 15, 16, 17, 18, 19 et 20 mois). Une telle valeur indique une très faible erreur de mesure aléatoire dans l’estimation de l’étendue globale du vocabulaire passif.
Fidélité test-retest
Pour évaluer la stabilité temporelle du jugement parental, des sous-échantillons de parents ont rempli l’inventaire à deux reprises à un intervalle rapproché (entre 7 et 14 jours, afin d’éviter qu’une évolution développementale réelle ne vienne biaiser la fidélité de mesure). Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) ou de corrélation de Pearson obtenu s’établit à $r = 0,88$, attestant d’une fidélité test-retest remarquable. Les légères fluctuations observées concernent presque exclusivement des items marginaux situés à la frontière émergente du répertoire de l’enfant.
Erreur standard de mesure (SEM)
L’erreur type de mesure a été calculée pour chaque tranche d’âge, permettant d’établir des intervalles de confiance à 90 % et 95 % autour des scores bruts et des scores normatifs standardisés (percentiles et scores Z). Cela assure aux cliniciens une interprétation prudente évitant les surdiagnostics chez les enfants situés à proximité immédiate des seuils de vigilance (-1,5 à -2 écarts-types).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la Liste lexicale de compréhension a été investiguée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et d’analyses factorielles confirmatoires (AFC), adaptées aux matrices de corrélations tétrachoriques requises pour les variables dichotomiques binaires :
Unidimensionnalité du construit global
Les résultats statistiques soutiennent de manière cohérente l’hypothèse d’une dimension sous-jacente prépondérante, à savoir le facteur général de compétence linguistique réceptive précoce (le facteur $g$ du vocabulaire passif). L’analyse du graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) révèle systématiquement une valeur propre initiale très dominante, expliquant à elle seule entre 40 % et 52 % de la variance totale commune des items, alors que la deuxième valeur propre chute de manière drastique, sans gain explicatif proportionné.
Organisation sous-jacente par domaines sémantiques
Lorsque des analyses factorielles confirmatoires de second ordre ou des modèles bifactoriels sont ajustés pour tester l’architecture des 12 catégories sémantiques prédéfinies :
- Les indices d’ajustement globaux s’avèrent satisfaisants (RMSEA $le 0,05$ ; CFI $ge 0,94$ ; TLI $ge 0,93$).
- Chaque catégorie d’items sature de façon significative sur le facteur général de compréhension, tout en conservant une covariance résiduelle intramodale liée à la communauté sémantique thématique (ex. saturation élevée des termes corporels entre eux, ou des aliments entre eux).
- Les saturations factorielles des items sur le trait latent général se situent majoritairement dans une fourchette allant de $lambda = 0,50$ à $lambda = 0,82$. Seuls de très rares items hautement idiosyncrasiques ou fortement dépendants de contextes familiaux particuliers présentent des saturations inférieures à 0,40.
Ces conclusions factorielles confirment qu’il est méthodologiquement légitime de sommer l’ensemble des réponses pour former un score total unique de compréhension lexicale, tout en utilisant le profil qualitatif des 12 domaines sémantiques à des fins descriptives et de planification pédagogique ou orthophonique.
10. Instrument de mesure / Instrument
La structure technique et le protocole d’administration de la Liste lexicale de compréhension se résument comme suit :
- Type d’évaluation : Questionnaire standardisé d’hétéro-évaluation parentale (rapport parental par reconnaissance).
- Population cible : Enfants âgés de 15 mois à 20 mois révolus (15 à 20 mois et 30 jours).
- Durée d’administration : Environ 15 à 25 minutes de passation par les parents à domicile, suivies de 5 à 10 minutes de dépouillement et de cotation par le professionnel de santé ou le chercheur.
- Organisation de l’inventaire :
- Un livret de cotation structuré en 12 domaines thématiques sémantiques bien délimités (onomatopées, animaux, véhicules, jouets, nourriture/boissons, vêtements, parties du corps, objets domestiques, personnes, verbes d’action, termes sociaux/routines, adjectifs descriptifs).
- Un volet complémentaire de 3 questions d’anamnèse environnementale portant sur les conditions générales d’acquisition du langage (audition, habitudes de communication, contexte de garde et d’éveil).
- Modalités de réponse : Format dichotomique binaire simple. Les parents cochent chaque mot ou locution figurant sur la liste :
- Coché / Oui (1 point) : L’enfant comprend ce mot lorsqu’il est prononcé par un proche (il montre l’objet du doigt, regarde dans la bonne direction, va chercher l’objet ou effectue l’action demandée sans avoir besoin d’un geste mimique pour deviner).
- Non coché / Non (0 point) : L’enfant ne réagit pas de manière spécifique ou ne connaît pas encore ce terme.
- Modalités de cotation et d’étalonnage :
- Calcul du Score brut total par addition des items validés (compris).
- Conversion du score brut en scores standardisés (rangs percentiles, déciles ou classes d’écart-type) par comparaison avec les tables d’étalonnage mensuelles spécifiques à l’âge de l’enfant (15, 16, 17, 18, 19 ou 20 mois).
- Seuil d’alerte clinique habituellement fixé au percentile 10 ou à -1,5 voire -2 écarts-types par rapport à la moyenne du groupe d’âge.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication officielle : 2001 (édition conjointe avec les manuels de référence des échelles de Schlichting).
- Statut des droits et propriété intellectuelle : L’instrument, ses formulaires de passation, son manuel de cotation et ses barèmes normatifs sont protégés par le droit d’auteur (copyright Schlichting & Lutje Spelberg / Maisons d’édition spécialisées en tests psychologiques, telles que Boom Psychologie / Pearson Assessment aux Pays-Bas).
- Modalités d’accès et d’achat : L’utilisation clinique et de recherche nécessite l’acquisition d’un ensemble officiel comprenant le manuel de l’utilisateur et des formulaires de cotation autorisés. Les formulaires originaux ne sont pas distribués gratuitement dans le domaine public.
- Tarifs indicatifs : Les prix varient selon les catalogues des éditeurs (souvent vendus par paquets de 25 ou 50 formulaires, accompagnés ou non du manuel complet des Schlichting Tests). Les kits complets de démarrage se situent généralement dans une fourchette de 80 à 180 euros selon les options logicielles ou papiers de dépouillement.
- Licence et utilisation en recherche : Toute reproduction, traduction formelle vers une autre langue ou numérisation intégrale dans des applications logicielles en ligne nécessite l’accord formel et écrit des détenteurs des droits de propriété intellectuelle.
12. Références / References
Les sources scientifiques et méthodologiques fondamentales associées à la conception, la validation et l’utilisation de cet instrument sont répertoriées ci-dessous au format APA 7e édition :
- Bates, E., Dale, P. S., & Thal, D. (1995). Individual differences and their implications for theories of language development. In P. Fletcher & B. MacWhinney (Eds.), The handbook of child language (pp. 96–151). Blackwell. https://doi.org/10.1111/b.9780631203124.1996.00007.x
- Bruner, J. (1983). Child’s talk: Learning to use language. W. W. Norton & Company.
- Fenson, L., Dale, P. S., Reznick, J. S., Thal, D., Bates, E., Hartung, J. P., Pethick, S., & Reilly, J. S. (1993). MacArthur Communicative Development Inventories: User’s guide and technical manual. Singular Publishing Group.
- Schlichting, L., & Lutje Spelberg, H. (2001). Lexilijst Begrip: Handleiding en toelichting. Bohn Stafleu van Loghum.
- Schlichting, L., & Lutje Spelberg, H. (2002). Schlichting Test voor Taalbegrip: Handleiding. Pearson Assessment / Bohn Stafleu van Loghum.
- Schlichting, L., & Lutje Spelberg, H. (2003). Schlichting Test voor Taalproductie: Handleiding. Pearson Assessment / Bohn Stafleu van Loghum.
- Tomasello, M. (2003). Constructing a language: A usage-based theory of language acquisition. Harvard University Press.
- Zink, I., & Lejaegere, M. (2002). N-CDIs: Lijsten voor communicatieve ontwikkeling: Aanpassing en hernormering van de MacArthur CDIs van Fenson et al. Acco.