1. Résumé / Abstract
La méthode de reconstruction de la journée (en anglais, Day Reconstruction Method ou DRM, parfois référencée sous l’acronyme DRC pour Day Reconstruction Calendar/Chart) est un protocole d’évaluation psychométrique et chronologique novateur conçu pour saisir la nature, le déroulement et la texture affective des expériences de la vie quotidienne. Élaborée par une équipe pluridisciplinaire d’économistes et de psychologues de renom — notamment Daniel Kahneman, Alan B. Krueger, David A. Schkade, Norbert Schwarz et Arthur A. Stone (2004) —, la méthode combine les atouts méthodologiques des enquêtes d’emploi du temps (time-use surveys) et les protocoles d’évaluation écologique momentanée (Ecological Momentary Assessment ou EMA / Experience Sampling Method ou ESM), tout en éliminant une grande partie des contraintes logistiques et de la charge cognitive imposées aux répondants.
L’instrument repose sur une procédure en deux étapes cognitives séquentielles. Dans un premier temps, le participant réactive en mémoire épisodique sa journée de la veille sous la forme d’un journal chronologique confidentiel découpé en épisodes consécutifs, mobilisant des repères autobiographiques analogiques aux calendriers des événements de vie (Event History Calendars). Dans un second temps, le répondant renseigne un questionnaire systématique caractérisant chaque épisode : nature de l’activité, durée, contexte spatial, partenaires d’interaction sociale et évaluation de multiples facettes émotionnelles au moyen d’une série d’items d’affects cotés sur une échelle de Likert de 0 (« Not at all ») à 6 (« Very much »). La modélisation psychométrique distingue les dimensions de l’affect positif (ex. heureux, chaleureux/amical, s’amusant/profitant) et de l’affect négatif (ex. frustré/agacé, déprimé/triste, bousculé/sous pression, en colère/hostile, inquiet/anxieux, critiqué/réprimandé), complétées par des indicateurs d’état somatique et cognitif (fatigué, compétent/capable, impatient que cela se termine). Ces données permettent le calcul d’indicateurs synthétiques novateurs tels que l’affect net (net affect) et l’indice U (U-index ou indice d’affect désagréable), qui quantifie la proportion de temps vécue dans un état où l’émotion négative prédomine.
Les propriétés psychométriques établies auprès de vastes cohortes démontrent une fidélité de cohérence interne robuste (coefficients alpha de Cronbach variant généralement de .78 à .91 pour les construits affectifs épisodiques) et une validité convergente remarquable avec l’échantillonnage d’expériences en temps réel (ESM/EMA), tout en démontrant une résistance substantielle aux biais mnésiques de reconstruire globale, aux effets de saillance rétrospective et à l’illusion de focalisation (focusing illusion).
2. Mots-clés / Keywords
Méthode de reconstruction de la journée, Day Reconstruction Method, bien-être subjectif, bien-être hédonique, affect positif, affect négatif, indice U, budget-temps, mémoire épisodique, échantillonnage des expériences.
3. Auteurs / Authors
La méthode de reconstruction de la journée a été initialement théorisée, formalisée et validée par un consortium de chercheurs en sciences économiques, en psychologie cognitive et en psychométrie comportementale :
- Daniel Kahneman, Ph.D. — Professeur émérite de psychologie et d’affaires publiques à l’École des affaires publiques et internationales Woodrow Wilson et au Département de psychologie de l’Université de Princeton (Princeton, New Jersey, États-Unis), lauréat du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel (2002).
- Alan B. Krueger, Ph.D. — Professeur d’économie et d’affaires publiques à l’Université de Princeton et chercheur associé au National Bureau of Economic Research (NBER, Cambridge, Massachusetts, États-Unis).
- David A. Schkade, Ph.D. — Professeur de gestion et de sciences de la décision à la Rady School of Management de l’Université de Californie à San Diego (La Jolla, Californie, États-Unis).
- Norbert Schwarz, Ph.D. — Professeur distingué de psychologie et de marketing, Dornsife College of Letters, Arts and Sciences et Marshall School of Business de l’Université de Californie du Sud (Los Angeles, Californie, États-Unis).
- Arthur A. Stone, Ph.D. — Professeur de psychologie et directeur du Center for Self-Report Science au Dornsife College de l’Université de Californie du Sud (Los Angeles, Californie, États-Unis).
Correspondance scientifique originale : Département de psychologie, Université de Princeton, Princeton, NJ 08544, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
La méthode de reconstruction de la journée a été spécifiquement conçue pour résoudre un problème épistémologique et méthodologique fondamental au sein des sciences sociales, de la psychologie de la santé et de l’économie comportementale : comment mesurer avec exactitude, granularité et fidélité l’expérience vécue par les individus au cours de leur vie quotidienne ? Jusqu’au début des années 2000, les chercheurs se heurtaient à un dilemme méthodologique polarisé entre deux grandes familles d’instruments :
- D’un côté, les questionnaires rétrospectifs globaux évaluant la satisfaction de vie ou l’affect moyen sur des périodes prolongées (ex. « Au cours des quatre dernières semaines, à quelle fréquence vous êtes-vous senti heureux ? »). Si ces mesures sont peu coûteuses et faciles à administrer, elles sont lourdement contaminées par des biais mnésiques de rappel, l’heuristique de disponibilité, les théories implicites du changement personnel, l’état émotionnel au moment précis de la passation et des facteurs d’auto-présentation socioculturelle.
- D’un autre côté, la méthode d’échantillonnage des expériences (Experience Sampling Method, ESM) ou évaluation écologique momentanée (EMA), qui invite les sujets à consigner leur état émotionnel et leur activité en réponse à des signaux émis de façon aléatoire par des avertisseurs ou téléphones intelligents. Bien qu’offrant une excellente validité écologique en temps réel, l’ESM souffre d’un fardeau considérable pour le participant (respondent burden), de taux d’attrition élevés, de données manquantes non aléatoires (notamment durant les activités intenses, la conduite, le travail ou le sommeil) et d’un coût financier et logistique prohibitif à grande échelle.
L’objectif fondamental de la DRM est d’instituer un compromis optimal en combinant la rigueur temporelle des enquêtes d’emploi du temps avec la profondeur phénoménologique de l’évaluation écologique, tout en minimisant la charge cognitive. En demandant aux sujets de reconstruire la veille de manière systématique sous forme d’épisodes discrets avant de qualifier leurs émotions, l’instrument réactive les traces de la mémoire épisodique autobiographique et neutralise les biais de jugement heuristique global.
Sur le plan des applications empiriques, la DRM remplit de multiples fonctions :
- En économie du bien-être et politiques publiques : Permettre le calcul de « comptes nationaux du bien-être » (National Well-Being Accounts), quantifiant le temps agrégé alloué à des activités perçues comme gratifiantes ou déplaisantes au sein de sous-populations spécifiques (actifs, chômeurs, soignants, retraités).
- En psychologie clinique et comportementale : Examiner avec précision les patrons d’anhédonie, l’évitement comportemental, les fluctuations de l’humeur en fonction des activités quotidiennes et les retombées d’interventions thérapeutiques ciblées sur l’activation comportementale.
- En santé au travail et ergonomie : Identifier précisément les phases de la journée de travail (réunions, trajets domicile-travail, temps administratif) génératrices de détresse psychologique, de surcharge mentale ou d’épuisement émotionnel.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par la DRM s’inscrit au cœur de la conception kahnemanienne du bien-être objectif ou hédonique expérimenté (experienced well-being), qu’il convient de distinguer rigoureusement du bien-être évaluatif (evaluative well-being ou satisfaction de vie cognitive globale). Alors que le bien-être évaluatif reflète une construction réflexive et rétrospective filtrée par l’identité et les normes sociales (« Ma vie est-elle réussie ? »), le bien-être expérimenté se définit comme la résultante temporelle continue des flux d’affects positifs et négatifs ressentis moment après moment.
La DRM structure ce construit autour de plusieurs composantes clés, mesurées pour chaque épisode discret de la journée :
1. L’affect positif épisodique
Cette dimension capture la présence d’états hédoniques agréables durant l’épisode. Elle est mesurée à travers trois items spécifiques :
- Happy (Heureux) : Réfère au sentiment global de joie, de contentement et de positivité émotionnelle éprouvé lors de l’activité.
- Warm / friendly (Chaleureux / amical) : Saisit la tonalité affiliative et le sentiment d’ouverture relationnelle ou de connexion interpersonnelle bienveillante avec autrui.
- Enjoying myself (S’amusant / prenant du plaisir) : Évalue l’engagement hédonique direct, le divertissement ou la satisfaction intrinsèque retirée de l’action en cours.
2. L’affect négatif épisodique
Cette sous-échelle mesure la détresse, l’inconfort émotionnel et l’aversion vécus durant l’activité. Elle combine six dimensions d’états dysphoriques fondamentaux :
- Frustrated / annoyed (Frustré / agacé) : Traduit l’entrave perçue dans l’atteinte d’un objectif, l’irritation face à des obstacles contextuels ou des contrariétés mineures.
- Depressed / blue (Déprimé / triste) : Reflète un ralentissement affectif, un sentiment de mélancolie, de déprime ou d’abattement psychologique.
- Hassled / pushed around (Bousculé / sous pression / malmené) : Évalue la sensation de contrainte temporelle, d’oppression hiérarchique ou environnementale et le manque d’autonomie dans l’exécution de l’épisode.
- Angry / hostile (En colère / hostile) : Capture une émotion d’agressivité réactive, d’amertume ou d’animosité aiguë dirigée envers un événement ou un pair.
- Worried / anxious (Inquiet / anxieux) : Mesure l’appréhension cognitive, l’insécurité psychologique et la tension nerveuse face à des menaces potentielles.
- Criticized / scolded (Critiqué / réprimandé) : Rend compte de l’exposition perçue à un jugement dépréciatif ou à une réprobation sociale provenant de supérieurs, de collègues ou de proches.
3. Les états somato-cognitifs et conatifs complémentaires
Trois descripteurs indépendants apportent un éclairage phénoménologique crucial :
- Tired (Fatigué) : Épuisement physiologique et baisse d’énergie vitale au fil du rythme circadien.
- Competent / capable (Compétent / capable) : Sentiment d’auto-efficacité, de maîtrise technique et de contrôle exécutif mobilisé dans la tâche.
- Impatient for it to end (Impatient que cela se termine) : Indicateur direct d’aversion motivationnelle et d’expérience vécue comme une corvée non gratifiante.
4. Les métriques composites dérivées
À partir de ces items primaires, la DRM calcule deux indices intégrateurs majeurs :
- L’affect net (Net Affect) : Calculé par épisode comme la moyenne arithmétique des scores d’affects positifs diminuée de la moyenne arithmétique des scores d’affects négatifs :
Affect Net = Moyenne(Positifs) - Moyenne(Négatifs). Il reflète l’équilibre hédonique relatif d’un créneau temporel donné. - L’indice U (Unpleasant Index ou indice d’affect désagréable) : Un épisode est catégorisé comme désagréable si le score maximal attribué à l’un des affects négatifs excède strictement le score maximal attribué aux affects positifs. L’indice U individuel ou populationnel représente la fraction de temps totale pondérée passée dans un tel état aversif :
Indice U = Durée cumulée des épisodes où Max(Affects Négatifs) > Max(Affects Positifs) / Durée totale de la journée. Cet indice a l’immense avantage de constituer une métrique ordinale robuste, insensible aux variations individuelles de style de réponse ou d’ancrage d’échelle (scale calibration).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement conceptuel de la DRM repose sur une synthèse entre la psychologie cognitive de la mémoire autobiographique, les modèles d’accessibilité de l’information (Robinson & Clore, 2002 ; Schwarz & Sudman, 1994) et l’économie du bien-être expérientiel impulsée par Daniel Kahneman et ses collaborateurs.
Le modèle d’accessibilité de l’affect (Accessibility Model of Emotional Beliefs)
Selon les travaux pionniers de Michael D. Robinson et Gerald L. Clore (2002), les individus ne possèdent pas un registre mémoriel continu et direct de leurs émotions passées sous la forme d’un fichier figé qu’il suffirait d’interroger. Lorsqu’un chercheur pose une question générale rétrospective (ex. « Étiez-vous heureux la semaine dernière ? »), le répondant ne peut effectuer un calcul arithmétique de ses millions d’instants émotionnels. Par conséquent, il recourt à des heuristiques sémantiques, à ses stéréotypes personnels, à son concept de soi et à ses croyances théoriques (« Je suis marié et j’ai un bon emploi, je dois donc être heureux »).
À l’inverse, l’accès direct aux détails expérientiels d’un moment précis nécessite la réactivation d’un réseau mnésique spécifique au sein de la mémoire épisodique. Pour rendre ces souvenirs accessibles, l’esprit humain s’appuie sur des indices contextuels : l’heure, le lieu, l’enchaînement causal des actions et la présence de personnes physiques. La structure en calendrier de la DRM fournit précisément ce cadre de facilitation cognitive (Belli, 1998) : en demandant d’abord d’écrire la chronologie séquentielle des épisodes sans penser aux questions émotionnelles, le sujet reconstitue le décor mental de sa journée, activant des représentations sensori-motrices et situationnelles précises qui court-circuitent les croyances générales.
Le tapis roulant hédonique et l’illusion de focalisation
Un autre pan théorique central mobilisé par Kahneman et Krueger réside dans la dissociation entre l’adaptation hédonique (hedonic treadmill) et le jugement global. Lorsqu’on interroge des individus sur des éléments statutaires (revenus, accession à la propriété, maladie chronique), ils surestiment considérablement l’impact de ces facteurs sur leur humeur quotidienne : c’est l’illusion de focalisation (focusing illusion). La DRM a permis de démontrer empiriquement que si les revenus élevés augmentent substantiellement les jugements de satisfaction globale d’existence, ils ont une influence marginale, voire nulle, sur la réduction de l’affect négatif ou l’amplification de l’affect positif vécu d’heure en heure au travail ou dans les loisirs.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la DRM a fait l’objet de multiples vérifications comparatives depuis la publication princeps de 2004 dans la revue Science.
Validité convergente avec l’échantillonnage d’expériences (ESM / EMA)
Dans l’étude fondatrice menée auprès de 909 femmes en activité professionnelle au Texas, Kahneman et al. (2004) ont comparé les profils journaliers obtenus par la DRM avec les distributions types issues des protocoles ESM antérieurs (notamment Stone, Shiffman & DeVries, 1999). La DRM reproduit avec une exactitude quasi parfaite :
- Les profils temporels circadiens : montée progressive de la fatigue tout au long de la journée, creux de l’affect positif en milieu d’après-midi et remontée sensible lors des activités sociales vespérales.
- La hiérarchie des activités quotidiennes : les activités les plus agréables (relations intimes, interactions entre amis, repas partagés) et les moins agréables (trajets professionnels domicile-travail, corvées ménagères, travail sous contrainte hiérarchique) présentent des classements rigoureusement identiques entre DRM et ESM (corrélations de rang de Spearman supérieures à r = .90 au niveau agrégé).
Validité écologique et réduction des biais mnésiques
Schwarz et ses collaborateurs ont démontré que la DRM atténue radicalement les biais d’évaluation rétrospective habituellement observés :
- Résistance à la saillance émotionnelle de pointe (Peak-End Rule) : Contrairement aux rétrospections globales où le sujet ne se rappelle que du moment le plus aigu ou de la fin de l’événement, la pondération par la durée de chaque épisode dans la DRM rétablit l’impact réel des périodes calmes ou neutres.
- Indépendance vis-à-vis de l’humeur du moment : Des études manipulant l’humeur au moment de remplir le questionnaire montrent que l’humeur présente contamine lourdement les échelles de satisfaction de vie globale (effet d’amorce), mais n’exerce qu’un impact non significatif sur la reconstruction systématique des épisodes via la DRM.
Validité discriminante
Les indicateurs de la DRM se distinguent nettement des traits de personnalité globaux (comme le névrosisme ou l’extraversion de l’inventaire Big Five). Bien que les traits tempéramentaux corrèlent modérément avec les moyennes journalières d’affect, la DRM capture une variance intra-individuelle majeure attribuable aux fluctuations de l’environnement immédiat, des personnes présentes et de l’activité, démontrant que l’outil mesure véritablement l’état expérientiel dynamique plutôt qu’une disposition stylistique invariable.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la DRM s’apprécie à la fois au niveau du construit affectif épisodique et au niveau de la stabilité agrégée des patrons journaliers.
Cohérence interne des dimensions d’affect
Les indices de consistance interne calculés pour les blocs d’items affectifs évalués lors de chaque épisode présentent d’excellents coefficients :
- Sous-échelle d’affect positif (3 items) : Le coefficient alpha de Cronbach varie typiquement entre .82 et .91 selon les études et les épisodes considérés. Les corrélations inter-items entre Happy, Warm/friendly et Enjoying myself dépassent régulièrement r = .60.
- Sous-échelle d’affect négatif (6 items) : Le coefficient alpha oscille entre .79 et .88. L’échelle démontre une grande homogénéité tout en couvrant le spectre étendu des émotions dysphoriques (anxiété, irritation, tristesse, sentiment d’hostilité).
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Par nature, une journée spécifique ne se répète pas à l’identique ; la fidélité test-retest classique ne peut s’appliquer directement au contenu des journées individuelles. Néanmoins, les méthodologistes ont évalué la stabilité de la DRM sous deux angles :
- Stabilité des moyennes journalières agrégées : Lorsque des groupes d’individus remplissent la DRM sur plusieurs jours de la même semaine ou à deux semaines d’intervalle, la corrélation test-retest des niveaux moyens d’affect net et de l’indice U se situe entre r = .65 et r = .78, confirmant une stabilité substantielle des conditions de vie et du bien-être habituel tout en préservant la sensibilité aux variations circonstancielles.
- Fidélité de la mémoire des épisodes : Des protocoles comparant le remplissage de la DRM le lendemain (J+1) avec un réexamen différé à deux jours (J+2) démontrent une concordance remarquable (> 92 % d’accords sur la nature des épisodes déclarés et corrélations intra-classes supérieures à .85 sur les évaluations affectives associées).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La dimensionnalité des items d’affect évalués au sein des épisodes de la DRM a été examinée par des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), adaptées aux structures de données imbriquées (modélisation multiniveau où les épisodes sont nichés au sein des individus).
Structure factorielle multiniveau
Les modélisations factorielles confirmatoires conduites sur les matrices de variance-covariance intra-individuelles (within-person, niveau de l’épisode) et inter-individuelles (between-person, niveau du participant) valident systématiquement une structure bidimensionnelle dominante, complétée par des dimensions autonomes pour la fatigue et l’efficacité personnelle :
- Facteur 1 : Valence positive / Vitalité hédonique
- Happy : saturation factorielle standardisée comprise entre .84 et .92.
- Enjoying myself : saturation comprise entre .81 et .89.
- Warm / friendly : saturation comprise entre .68 et .76.
- Facteur 2 : Valence négative / Détresse épisodique
- Frustrated / annoyed : saturation entre .75 et .83.
- Hassled / pushed around : saturation entre .72 et .80.
- Angry / hostile : saturation entre .68 et .77.
- Worried / anxious : saturation entre .64 et .73.
- Depressed / blue : saturation entre .61 et .72.
- Criticized / scolded : saturation entre .52 et .66.
Les indicateurs d’ajustement global pour ce modèle bifactoriel multiniveau démontrent une adéquation exemplaire aux données empiriques : le ratio chi-carré / degrés de liberté (χ²/ddl) est inférieur à 3, l’indice de comparaison de Tucker-Lewis (TLI) et le Comparative Fit Index (CFI) dépassent fréquemment .95, tandis que le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) demeure inférieur à .045.
Les items « Tired », « Competent / capable » et « Impatient for it to end » présentent des saturations croisées faibles sur ces deux grands axes hédoniques, justifiant leur traitement psychométrique distinct en tant qu’indices de régulation de l’effort, d’auto-efficacité situationnelle et de désengagement téléologique.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’administration standard de la méthode de reconstruction de la journée repose sur une architecture méthodologique rigoureusement cadencée en livrets ou enveloppes distinctes :
- Type d’évaluation : Protocole d’auto-évaluation standardisé structuré combinant calendrier d’emploi du temps épisodique et questionnaires d’affects à échelle d’intervalles.
- Format d’administration : Papier-crayon sous enveloppes scellées séquentielles, ou version informatisée sous logiciel Web avec verrouillage conditionnel de navigation (interdiction de passer à l’étape suivante avant validation de la chronologie).
- Architecture en livrets (Packets) :
- Packet 1 : Questionnaire d’amorçage général portant sur les caractéristiques sociodémographiques, la santé perçue, la vie professionnelle et la satisfaction de vie globale.
- Packet 2 (Le journal chronologique d’épisodes) : Formulaire confidentiel où le participant reconstruit sa journée de la veille du lever au coucher, en découpant le flux temporel en épisodes séquentiels (généralement 10 à 25 épisodes par jour). Le sujet consigne l’heure de début, l’heure de fin et un titre mnémonique privé. Ce livret reste strictement confidentiel et personnel, afin d’éliminer toute censure relative à des activités intimes ou sensibles.
- Packet 3 (L’évaluation systématique des épisodes) : Le sujet reporte la structure de ses épisodes et renseigne pour chacun les descripteurs situationnels (lieu, activité principale, activités secondaires, personnes présentes, interactions) ainsi que les 12 items d’affects et d’états.
- Packet 4 : Questions finales complémentaires (contexte inhabituel de la journée, événements exceptionnels survenus la veille).
- Durée de passation : Environ 45 à 75 minutes pour l’ensemble du protocole complet.
- Nombre d’items d’affects par épisode : 12 items systématiques.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert en 7 points allant de
0 = Not at all(Pas du tout) à6 = Very much(Énormément / Très fortement). - Procédure de cotation et de calcul des scores :
- Score d’Affect Positif Épisodique (PA) : Moyenne arithmétique des 3 items positifs (Happy, Warm/friendly, Enjoying myself).
- Score d’Affect Négatif Épisodique (NA) : Moyenne arithmétique des 6 items négatifs (Frustrated/annoyed, Depressed/blue, Hassled/pushed around, Angry/hostile, Worried/anxious, Criticized/scolded).
- Affect Net de l’épisode :
PA - NA(amplitude théorique de -6.00 à +6.00). - Affect Net Journalier Pondéré : Somme des affects nets de chaque épisode multipliés par leur durée respective en minutes, divisée par la durée totale de la journée documentée.
- Indice U (Unpleasant Index) : Détermination binaire pour chaque épisode (1 si
Max(NA) > Max(PA), sinon 0), puis calcul de la fraction temporelle pondérée par la durée des épisodes marqués comme désagréables sur l’ensemble de la journée éveillée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et publication princeps : 2004.
- Titulaires des droits d’auteur : Daniel Kahneman, Alan B. Krueger, David A. Schkade, Norbert Schwarz et Arthur A. Stone.
- Statut d’utilisation et licence : Libre d’accès (open access / open source instrument) à des fins de recherche académique, scientifique et non commerciale. Les chercheurs sont autorisés à adapter le format des livrets, les activités listées ou la liste des affects sous réserve de citer scrupuleusement la publication de référence de 2004 dans Science.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit pour l’enseignement et la recherche académique. Aucune redevance commerciale n’est requise pour une mise en œuvre scientifique standard. Les utilisations commerciales, organisationnelles ou de conseil à but lucratif nécessitent l’autorisation préalable expresse des auteurs ou de leurs institutions détentrices de droits.
12. Références / References
Les sources et études académiques fondamentales relatives à la méthode de reconstruction de la journée et à ses assises méthodologiques sont listées ci-après selon les normes APA 7e édition :
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- Juster, F. T., & Stafford, F. P. (Eds.). (1985). Time, goods, and well-being. Institute for Social Research, University of Michigan.
- Kahneman, D., Krueger, A. B., Schkade, D. A., Schwarz, N., & Stone, A. A. (2004). A survey method for characterizing daily life experience: The day reconstruction method. Science, 306(5702), 1776–1780. https://doi.org/10.1126/science.1103572
- Kahneman, D., Krueger, A. B., Schkade, D., Schwarz, N., & Stone, A. A. (2006). Would you be happier if you were richer? A focusing illusion. Science, 312(5782), 1908–1910. https://doi.org/10.1126/science.1129688
- Krueger, A. B., Kahneman, D., Schkade, D., Schwarz, N., & Stone, A. A. (2009). National time accounting: The currency of life. In A. B. Krueger (Ed.), Measuring the subjective well-being of nations: National accounts of time use and well-being (pp. 9–86). University of Chicago Press. https://doi.org/10.7208/chicago/9780226454580.003.0002
- Robinson, J. P., & Godbey, G. (1997). Time for life: The surprising ways Americans use their time. Pennsylvania State University Press.
- Robinson, M. D., & Clore, G. L. (2002). Belief and feeling: An accessibility model of emotional self-report. Psychological Bulletin, 128(6), 934–960. https://doi.org/10.1037/0033-2909.128.6.934
- Schwarz, N., & Oyserman, D. (2001). Asking questions about behavior: Cognition, communication, and questionnaire construction. American Journal of Evaluation, 22(2), 127–160. https://doi.org/10.1177/109821400102200202
- Schwarz, N., & Sudman, S. (Eds.). (1994). Autobiographical memory and the validity of retrospective reports. Springer-Verlag. https://doi.org/10.1007/978-1-4612-2624-6
- Stone, A. A., Shiffman, S., & DeVries, M. W. (1999). Ecological momentary assessment. In D. Kahneman, E. Diener, & N. Schwarz (Eds.), Well-being: The foundations of hedonic psychology (pp. 26–39). Russell Sage Foundation.